Compte-rendu de notre correspondant biterrois :

 

"Pour le « Xème acte » de la mobilisation des Gilets Jaunes (GJ), le mot avait circulé qu’à Béziers aurait lieu une convergence de Gilets Jaunes d’autres villes mobilisées comme par exemple Narbonne, Montpellier, Nîmes… Cette volonté de tourner dans différentes villes permet notamment aux Gilets Jaunes de faire connaissance avec d’autres GJ et de grossir les rangs à tour de rôle dans différentes villes.

Comme souvent depuis le 17 novembre, l’organisation de la journée s’est surtout faite par internet via les réseaux sociaux mais aussi les groupes accessibles par les portables grâce notamment à des applications.

Sur la ville de Béziers compte tenu du "furher" de maire, il est légitime d'être vigilants lorsqu'on y manifeste afin d'éviter que l'extrême droite tente de récupérer le mouvement. Les GJ étant opposés à toute forme de récupération, pour le moment la clique de Ménard n'a pas réussi à prendre le leadership sur le mouvement local malgré ses tentatives permanentes. Il était d'autant plus risqué pour Ménard de parader ce samedi 19 du fait de la venue de GJ d'autres villes et de la présence potentielle d'anti-fas. La suite de la manifestation nous montrera qu'il ne pointera pas le bout de son nez craignant sûrement d'être pris à partie par des GJ et de laisser une image négative vers l'extérieur en montrant qu'il n'était pas le bienvenu pour tous les GJ.

 

Le côté non structuré a fait qu’il y a eu deux horaires de RDV pour la journée du 19 janvier à Béziers. L’un, non déclaré, dès 9h sur le parking d’Auchan. L’autre, plus « officiel » et visiblement déclaré, à 13h30 sur le parvis de la médiathèque.

A noter que dès le matin avait lieu des fouilles des voitures par les forces de « l’ordre » aux sorties d’autoroute à proximité de Béziers.

Il y a eu notamment 2 personnes cueillies par la police directement chez eux le vendredi après-midi. En comparution immédiate lundi, ils risquent 4 ans dont un avec sursis pour l’un et deux ans dont un avec sursis pour le second alors que leur avocat plaide qu’il n’a pas été démontré avec une certitude absolue qu’ils sont coupables de ce qui leur est reproché. Au total dans la journée 7 personnes auront été interpellées sur Béziers. Comme quoi, la répression continue…

 

Pour ce qui est de la manifestation, dès 9h les premiers groupes de GJ arrivaient et discutaient en petits groupes. Vers 10h la manifestation a démarré, avec environ 500 personnes venant du Biterrois et d’autres villes de la région. Manifestation assez dynamique avec un certain nombre de pancartes. Différents slogans étaient scandés comme le très populaire « Macron démission ».

A noter qu’on pouvait voir plus de militants d’organisations syndicales ou politique que les fois précédentes. La très grande majorité sans l’afficher avec des badges ou autres autocollants siglés de leurs organisations. La France Insoumise du Biterrois avait fortement mobilisé comme c’est le cas depuis le 17 novembre. Il y avait aussi des militants d’Ensemble, des camarades de SUD Solidaires qui s’étaient cette fois-ci assez mobilisés sur le secteur. Un petit groupe de la CNT était aussi présent et collaient des autocollants dans les rues. Un peu de militants du PCF mais très peu par rapport à ce qu’ils pourraient mobiliser objectivement, témoignant que pour un nombre certain de militants du PCF biterrois le mouvement des GJ n’est pas un mouvement qu’il faut accompagner… Idem pour la CGT, presque pas mobilisée proportionnellement à ses effectifs. A noter tout de même la présence du secrétaire général CGT des agents de la mairie de Béziers. Espérons que les organisations traditionnelles qui n’étaient pas mobilisées jusqu’à aujourd’hui se réveillent à présent. Mieux vaut tard que jamais...

Les autocollants Gilets Jaunes, Gilets Rouges et Gilets Verts créés par les camarades d’Ensemble 34 et la Carmagnole ont été distribués et très appréciés par les manifestantes et les manifestants.

 

La manifestation a duré pendant plus de 2h30 en circulant à différents endroits de la ville avec une bonne ambiance et un fort soutien de la population, avec de nombreux encouragements de personnes aux fenêtres ou dans la rue.

Les forces de l’ordre étaient assez fortement présentes en civil dans la manifestation. La police nationale et municipale se déplaçant à chaque carrefour autour du cortège. Cependant il n’y a pas eu de provocations policières particulières et la manifestation est restée bon enfant.

Cette première manifestation s’est terminée sur le parvis de la médiathèque vers 13h, après environ 7 km de marche.

Le temps que les GJ les plus matinaux se restaurent un peu, les manifestants de l’après-midi commençaient à arriver pour le second RDV de la journée à 13h30.

Comme un champs fleuri, la place se couvrait progressivement de jaune éclatant. La bonne humeur était au rendez-vous et les GJ s’étaient déplacés en masse. Une batucada était venue pour donner le rythme et appuyer fortement les revendications des GJ. Plusieurs manifestants étaient venus avec un mégaphone, certains avec de quoi diffuser de la musique, d’autres encore avec leurs propres instruments. En cette après-midi ensoleillée, tous les ingrédients étaient réunis pour une belle manifestation.

Beaucoup de slogans sur les Gilets Jaunes, des pas de danse à côté de la batucada. Un nombre assez important d’autocollants distribués et collés sur tout le parcours. Les manifestants étaient clairement dans l’affirmation des revendications diverses des Gilets Jaunes. On entendait toujours des « Macron Démission » ou des « Castaner en prison » mais, encore plus que dans la matinée, la forte affluence aidant, des slogans plus « traditionnels » étaient scandés comme « travaille, consomme, et ferme ta gueule », « partage du travail, partage des richesse, ou alors ça va péter », Tous ensemble, tous ensemble ouais ouais»… provenant pour partie des militants d’orga comme FI, Ensemble, Solidaires… et repris diversement par des Gilets Jaunes « non encartés ».

Lorsqu’on proposait l’autocollant « le problème ce sont les banquiers, pas les immigrés » personne n’a été hostile. Cependant, il y avait bien sûr, malheureusement, des GJ proches voir militants de l’extrême droite. Mais leur propagande restait plutôt discrète malgré un certain nombre d’autocollants où il était marqué « Macron Dégage » signé par « La France Rebelle » provenant de « Rébellion » un groupuscule Nationaliste Radical distribués et collés sur le parcours.

Ces autocollants étaient suffisamment flous pour ne pas sembler, vu de loin et pour le plus grand nombre, provenir de prime abord de l’extrême droite. Mais la manip était bien là…

 

Ceci dit, dès le lendemain les autocollants d’extrême droite n’étaient plus visibles dans la ville... alors qu’il restait un nombre important, par exemple, des autocollants Gilets Jaunes, Verts et Rouges.

Vers le début de la manifestation, juste à proximité du commissariat de police, un groupe d’une quinzaine de personnes, majoritairement des femmes, se sont mis à genoux, les mains sur la nuque, devant le cordon de policiers postés devant le commissariat en écho notamment à la répression contre les lycéens en décembre et plus largement en opposition à la répression orchestré par le pouvoir contre les mouvements sociaux en général.

Un certain malaise chez les policiers qui avaient visiblement du mal à regarder ces manifestants dans les yeux…

La manifestation de l’après midi a parcouru la ville en passant par la préfecture, le commissariat, les allées Riquet, le Polygone, la gare.

Justement, à la gare, des GJ ont bloqué les trains pendant quelques minutes pour montrer la capacité d’action des manifestants.

(Photo du quotidien Midi Libre)

La manifestation a duré pendant plus de 3h avec plus de 14 km parcourus en comptabilisant la manifestation du matin.

Il est remarquable que Ménard n’ait pas fait d’apparition durant la manifestation. Ce dernier avait plusieurs problèmes par rapport à cette manifestation. Tout d’abord s’il y avait de la casse, il ne voulait pas risquer d’être mal vu par une frange de la population en ayant participé à la manifestation. Et puis, certains commerçants voyaient d’un mauvais œil la manifestation des GJ et le courageux Ménard voulait conserver une capacité électorale de ce côté-là, même si, dans la ville, un certain nombre de petits commerçants voient bien que Ménard n’est pas obligatoirement une solution pour eux…

Par ailleurs, alors que les GJ allaient en direction de la mairie, la police municipale a été positionnée de sorte à fermer la rue et dévier les GJ pour éviter qu'ils ne s’opposent symboliquement à Ménard devant la mairie. On comprend là aussi pourquoi le maire, le soir de la manifestation, a félicité les « policiers d'avoir parfaitement assuré la sécurité de tous ». Ahhh Ménard, lui qui est si bavard ne dit pas un mot depuis le 17 novembre contre les violences policières qui défendent le système Macron, mais pour féliciter les policiers là il est le premier. Comme quoi, "l’idiot utile" de la Macronie se comporte toujours comme un guignol.

Pendant ce temps là, des Insoumis et Insoumises décoraient la ville avec des affichettes revendicatives d’inspiration poético-écolosoc-situ-soixante-huitarde et quant à eux n’hésitaient pas à condamner les violences policières tout en appuyant des revendications des Gilets Jaunes. Là aussi, le masque malsain de l’extrême droite tombe et les actes montrent les différences de fond entre eux et nous…

Une grande journée de manifestation qui montre à Béziers que les GJ sont loin de se démobiliser comme cela a été aussi le cas au niveau national. Le mouvement va continuer à mobiliser de façon protéiforme et ne se laissera pas, à en croire les discussions qu’on a pu avoir avec les GJ à Béziers, piéger par le grand débat du pouvoir en place.

D’autre mobilisation auront lieu. Contre la répression durant cette semaine et pour créer des ponts dans d’autres mobilisation comme par exemple avec les marches pour le climat du 27 janvier. Le 5 février lors de la journée nationale syndicale.

Gilets Jaunes, Gilets Verts, Gilets Rouges, tous ensemble, on lâche rien !"