Que faire du 17 novembre ? Quelques propositions à discuter et à essayer

Depuis début novembre nous le voyons partout, au travail, dans la rue, avec nos voisins : de nombreuses colères accumulées ces derniers mois sont en train de se cristalliser autour de la mobilisation du 17 novembre. Des centaines de blocages sont organisés et ce nombre augmente jour après jour.

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Bien sûr, compte-tenu de la thématique, l’extrême droite et la droite dure tentent de récupérer ce mouvement de grogne, ce début de jacquerie, mais heureusement ni leur implantation, ni leur force ne leur permettent d'être aux commandes. De notre point de vue, ils n'auront que l'espace que nous leur laisserons.

 

Les expériences historiques sur ce type de mobilisation autour du prix des carburants1, nous déstabilisent quelque peu face à ce mouvement qui s'amorce, surtout quelques jours à peine après l'élection au Brésil du néofasciste Bolsonaro où la question des taxes, de la hausse des prix ont joué un rôle. Nous n'avons pas l'habitude de nous mobiliser autour (autour ne veut pas dire avec) de ce type de mouvement, c'est inconfortable, mais cela ne doit pas nous immobiliser pour autant.

 

Cette colère légitime contre la perte de pouvoir d’achat et une fiscalité injuste (qui prend aux pauvres pour donner aux riches) n’est pas à prendre à la légère. Elle est hautement politique, elle traverse notre camp social. Elle pose la question de la redistribution des richesses, sans forcément le formuler ainsi (mais c'est aussi notre rôle de mouvement politique d'aider à le faire), et derrière celle de la transition écologique et de sa mise en place.

 

Pour Macron et sa clique, ce serait une aubaine que la gauche sociale et politique se tienne à l'écart de cette amorce de jacquerie. Une véritable chance pour eux si nous ne politisons pas sur nos base ce mouvement. La politique ayant horreur du vide, nous laisserions alors un espace énorme à l'extrême droite et à la droite dure, et nous nous retrouverions avec une situation analogue à celle qui leur a permis de gagner l’Élysée et qu'ils veulent imposer pour les Européennes : " Macron et les néolibéraux ou Le Pen / Orban".

 

Ne rien faire autour du 17 novembre serait à notre sens une erreur, et prendre, pour le coup, un risque politique majeur.

 

L'augmentation du prix du carburant est le grain de sable qui provoque le grondement des dunes et qui va déclencher très probablement un événement important dans la situation sociale et politique du pays. La situation est des plus tendue sur le plan social. Les cadeaux aux plus riches et aux grandes entreprises pleuvent, financés par l'argent que Macron et Philippe prennent dans les poches des salarié-e-s, de la population : blocage du SMIC, des allocations familiales, baisse des pensions de retraite, des allocations chômage, augmentation des impôts les plus injustes socialement avec l'augmentation des taxes et de la TVA impactant proportionnellement plus fortement les faibles revenus tout en épargnant et même favorisant les premiers de cordée…

La question du prix du carburant a cristallisé toutes ces colères accumulées contre Macron et sa politique depuis plus d'un an. Comment justifier en effet d'augmenter le prix du carburant que vont subir les particuliers qui bien souvent n’ont pas d'autres choix pour se rendre au travail ou assurer les déplacements familiaux quotidiens, alors que des grandes entreprises, comme Total qui fait des bénéfices mirobolants grâce aux énergies fossiles, ne sont pas mises à contribution, bien au contraire, pour financer la transition écologique qu'il est urgent de lancer.

 

Dans l'Hérault, comme dans d'autres départements nous pensons que la gauche sociale, la gauche politique ont des choses à dire. Nous avons des propositions pour sortir de cette impasse libérale incapable de répondre aux enjeux sociaux et écologiques de l’heure.

 

Augmentation des salaires, augmentation des pensions, des minimas sociaux. Suppression de la TVA sur les produits de première nécessité. Rétablissement de l'impôt sur la fortune. Nationalisation des autoroutes, création d'un grand service public de l'énergie, renationalisation de la SNCF, développement du Fret, avec notamment la reconversion des salariés du secteur du transport routier. Augmentation de la sphère de la gratuité avec les premiers kWh gratuits, les premiers m³ d'eau gratuits… Développement des transports publics et aller vers leur gratuité en commençant par les jeunes, les personnes les plus fragiles. Rénovation thermique des bâtiments en commençant par les logements sociaux. Développement des circuits courts… Montrons que répondre à l'urgence climatique, c'est changer de paradigme et qu'il faut pour cela articuler les réponses sociales et écologiques.

 

Dans l'Hérault, à Béziers, à Montpellier notamment nous avons donc décidé d'être à l'initiative de rencontres des différentes forces sociales, écologiques, politiques qui se mobilisent sur les questions sociales, sur les questions écologiques pour échanger sur ce mouvement du 17 novembre et voir comment ensemble on peut répondre à ce vide politique et apporter une grille de lecture, proposer des revendications pour redistribuer les richesses et lutter contre le réchauffement climatique.

 

L'idée serait de déboucher sur un accord le plus largement partagé avec ces forces pour qu'ensemble nous organisions une conférence de presse en amont du 17 novembre afin de faire connaître nos positionnements, nos propositions. Un tract pourrait également sortir de cette réunion pour expliciter l'articulation sociale et écologique qu'il faut mettre en place pour répondre à la double urgence à laquelle nous devons faire face. Nous discuterons également de l'organisation d'un débat public à la Carmagnole, tiers-lieu de confluence à Montpellier, sur la question « Quelles politiques peut-on mettre en œuvre pour répondre aux urgences sociales et écologiques ?".

 

On ne choisit pas toujours le champ de bataille politique. Et même si la bataille autour du 17 novembre s'est engagée sur un terrain délicat pour nous, les questions politiques de fond qu'elle pose correspondent pleinement à ce que l'on défend sur le plan social et écologique. Ce que nous faisons à l'échelle du 34, ce que d'autres camarades font dans d'autres départements doit pouvoir s'étendre à d'autres territoires. Un appel national large signé par des forces politiques, sociales et écologiques aiderait grandement pour que ce soit les bonnes questions et les bonnes réponses qui soient posées autour de ce mouvement. Cela dépend aussi de nous.

 

Nicole, Julien, Gaël, Delphine, Boris.

 

1Un bémol avec le mouvement du LKP en Guadeloupe contre la profitation dont une des étincelles avait été la hausse du prix du carburant.