Parole de cheminot : "Nous gardons le cap de la lutte, quoi qu’il arrive !"

Ensemble!34 a interviewé Jackie Tello, président du Comité pluraliste de défense et promotion de la ligne SNCF Béziers- Millau-Neussargues-Clermont-Paris, ancien conducteur de train.

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Pourrais-tu présenter ce comité pluraliste et ses objectifs ?

"Le comité pluraliste a été créé le 25 juillet 1995, à Marvejols (Lozère) à l’initiative de la CGT Cheminots. C’est devant les décisions de fermetures des lignes [6500 km en France dont les 2/3 dans le Massif central, la fameuse tache blanche] que cheminots, usagers, populations, élus, collectivités territoriales, associations et organisations de « l’arc républicain » ont décidé de faire converger leurs forces.

L’objectif initial n’était pas seulement de défendre simplement une ligne, mais de la réhabiliter, de la moderniser, de la promouvoir dans le cadre du service public ferroviaire.
     Pratiquement 25 ans après c’est le même combat pour que la ligne d’Aubrac « Béziers -Neussargues-Clermont » » soit préservée."

 

Il devait y avoir un débat à Saint-Flour sur l'avenir de la ligne. Où en est-on aujourd'hui ?

"Le débat de Saint-Flour du 10 février 2018 a permis pour la première fois, devant une assistance fournie ( 153 personnes ) de mettre côte à côte les 2 Consseils Régionaux concernés par la ligne : Occitanie et Auvergne-Rhône Alpes. C’est à l’occasion d’un large rassemblement pour défendre la gare de Saint-Flour avec  son guichet ouvert avec un cheminot, que fut lancée « la bataille du rail » dans le Cantal.

     A partir de ce point, loin de céder à la désespérance, le combat a repris de la vigueur.

Dans le même temps, cette assemblée citoyenne pour que le service public ferroviaire perdure dans le Massif Central a arrêté le principe d’élaborer un manifeste, construit avec le concours actif de tous ceux qui souhaitent que le Massif Central ne voie pas disparaître le réseau ferroviaire, essentiel à leurs yeux pour un aménagement du territoire équilibré.
 

L’idée est de soumettre aux votes des collectivités ce manifeste puis de pratiquer une votation citoyenne pour que les populations portent cette démarche démocratique et se réapproprient le service public.

Aujourd’hui nos différentes initiatives ont fait bouger les lignes, mais beaucoup reste à faire, surtout avec la nouvelle loi des mobilités et des infrastructures. Car au-delà de la réforme ferroviaire, la question essentielle est celle qui porte sur l’utilité de la ligne et des lignes ferroviaires en général.

     Il faut répondre à ces questions : Pour quelle utilité ? Pour quels objectifs ? Quels sont les éléments nouveaux à prendre en compte ? Quelles priorités ? Avec quels financements ?"

 

Quels sont les intérêts de cette ligne ? En terme de Fret, de transport de voyageurs, d'aménagement du territoire ? Comment voyez-vous l'avenir de cette ligne ? Que faudrait-il faire en terme d'équipement, de travaux ? Cela représenterait quel budget et qui financerait ?

"C’est la dégringolade en terme de transport ferré, illustrée par près de 6 millions de poids lourds qui passent les frontières pyrénéennes vers l’Espagne et le fret qui voit passer de 75% sa part dans le transport ferré de marchandise à seulement 10% aujourd’hui.
Alors que la libre concurrence existe pour le fret, on voit que non seulement ça n’a rien réglé, mais pesé sur les rapports sociaux, avec des diminutions d’effectifs, des fermetures de triages importants, un transfert d’une partie des parts vers la route, et notamment via les filiales créées à cet effet par la société mère, la SNCF.

Le meilleur exemple, entre autres est celui, encore, de la ligne Béziers-Neussargues-Clermont-Paris, inscrite dans le schéma européen Fret le 3 décembre 2000 et pour laquelle depuis l’alternance politique de 2002, rien n’a été fait, privilégiant ainsi les autoroutes A75 et A9 et le système autoroutier de Clermont vers Bordeaux ou Lyon.
Pourtant en terme de comparaison de coût il n’y a pas photo :

-1 km de ligne rénovée de Béziers à Clermont : 1 million d’euros

-1 km de route 2x2 voies : 5 millions d’euros

-1km d’autoroute A75 construite gratuitement par l’Etat (sauf le pont de Millau) : 18 millions d’euros

-1 km de ligne à grande vitesse TGV : 12 millions d’euros.

 Alors que les questions d’environnement, d’avenir de la planète avec les émissions de CO2 sont devenues majeures, rappelons que les transports routiers sont responsables pour plus de 87% des émissions de CO2. Le gouvernement dont seul le gouvernail de la haute finance guide les pas, irait à contre courant de l’histoire et de l’espérance souhaitée dans notre pays ?

C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, la bataille de l’opinion publique, comme le disent les bien-pensants, s’avère décisive. S’appuyer sur les aspirations, les besoins réels, démontrer l’utilité du service public, s’emparer par la démocratie et les luttes de tous les lieux  de décision, sont essentiels.

Grâce à notre ténacité depuis 25 ans, la démonstration technique, sociale, économique et environnementale de la ligne Béziers-Neussargues- Clermont est en permanence remise en selle, tant du point de vue idéologique que concret.
Que représente 300 millions d’euros pour transférer 350 000 camions qui passent par l’autoroute  vers Béziers Neussargues ?

Ce chiffre est à rapprocher du coût de 12 milliards d’euros pour le TGV entre Montpellier et Perpignan -100 km- donc aux 300 millions entre Béziers et Clermont -400 km-
Quatre fois plus de kilomètres et 40 fois moins cher !

Alors, qu’est-ce qui fait courir tous ceux qui accusent les cheminots, leur statut et le service public de tous les maux possibles ?

Il s’agit d’un affrontement de concepts sociétaux où solidarité, fraternité, collectif, conscience environnementale s’opposent au « tout pour l’argent et la haute finance », l’individualisme, la loi de la jungle… Un monde sans gout et sans saveur où seul « travailler plus pour gagner moins » est devenu le leitmotiv, à condition d’alimenter par le travail du plus grand nombre, dettes et finances. 

Dans ce qui apparait comme étant sacrifié, c'est-à-dire ce qui n’est pas rentable financièrement, je ferme ou je reporte encore plus sur la collectivité, ça reste à minima, c’est bien-sûr un projet sociétal.

Le  rapport de force peut imposer la volonté populaire, si celle-ci prend conscience de sa force dans son unité, et sa capacité à innover et inventer, avec comme fil conducteur la démocratie."


 

Ces mois-ci dans les médias est orchestré une campagne de dénigrement plus ou moins bien déguisé à l'encontre de la SNCF, des cheminots, préparant la sortie du projet de « réforme » de la SNCF par le gouvernement Macron -Philippe. Quels sont pour toi les points importants de cette contre-réforme de la SNCF ?

"Au fur et à mesure que direction SNCF et gouvernements appliquaient les directives européennes à la SNCF, cela a été une chute des effectifs, fragilisant encore plus ce qu’on appelle « la chaine de sécurité » provoquant des dysfonctionnements en interne, avec pour conséquences suppressions de trains, retards importants, trains surchargés dans les fortes zones denses en population, ou fermetures ou abandons de lignes, surtout pour l’entretien dans les zones rurales.
     Une mécanique bien huilée pour que les populations arrivent au constat suivant : « Mieux vaut que ce soit privatisé, cela fonctionnerait mieux.»
Un plan machiavélique, bien pensé et organisé !"

 

Quel danger pour votre combat concernant la ligne Béziers- Neussargues ?
Concernant votre comité pluraliste, quelles vont être les prochaines étapes importantes ?

"La ligne Béziers-Neussargues, depuis ¼ de siècle est condamnée par la logique capitaliste. Mais avec tous ceux qui soutiennent et agissent avec le comité pluraliste, démonstration est faite que résister-proposer-innover sont des points d’ancrage forts pour garder espoir et espérance.

Il faut avoir conscience que nous luttons, certes pour le présent, mais aussi et surtout pour les générations futures. C’est de cette alchimie que peut naître le rapport de forces nécessaire pour inverser la courbe d’une révolution des droites en cours en France, en Europe et dans le monde.

Comme quoi de la lutte pour la ligne Béziers-Neussargues, on arrive vite aux grands défis de notre temps.

C’est pour cela que nos prochains rendez-vous s’inscrivent dans le soutien, la solidarité et l’action active auprès des cheminots. Comme :

-Le mercredi 11 avril à 10h rassemblement devant la gare de Marvejols

-Le vendredi 27 avril grand débat à Millau

-Le mardi 15 mai, débat à Bédarieux*

-Le samedi 26 mai, le train des citoyens de Béziers à Saint Flour, avec 2 rassemblements : St Chély d’Apcher et St Flour.

Nous gardons le cap de la lutte, quoi qu’il arrive !"

 

Merci Jackie Tello, Ensemble!34 vous assure de tout son soutien pour votre lutte.

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* Le mardi 15 mai à BEDARIEUX, Débat Public : « La réforme ferroviaire du gouvernement est elle de nature à garantir l’avenir de la ligne SNCF Béziers-Neussargues-Clermont-Paris ? » Organisé par le Comité Pluraliste. Le Comité Pluraliste vous invite.pdf Un apéritif convivial, offert par la Municipalité de Bédarieux, clôturera ce débat. A 18h, salle Achille Bex

Voir la vidéo du journal de Millau :

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Voir aussi notre précédent article :

SNCF : Défendons et développons le service public ferroviaire ici et maintenant !