Quand l’Etat détruit petit à petit la qualité du service public d’Education Nationale...

Moins d’heures pour les élèves ! Voici un exemple des moyens alloués à la rentrée 2018 aux établissements de l’Hérault :

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Dans la multitude (et la complexité) des indicateurs de l’Education nationale, il en est un qui est particulièrement intéressant : c’est le ratio, pour un ensemble d’élèves (d’un établissement, d’un département, d’une académie…) du nombre d’heures hebdomadaires* allouées par les services de l’Etat à ces élèves divisé par le nombre d’élèves. Si, sur une année donnée, ce ratio nommé H/E est peu parlant, en revanche ses variations d’années en années sont très intéressantes et permettent de mesurer clairement l’évolution de l’engagement de l’Etat auprès des élèves.

Prenons celui de l’année scolaire 2017-2018 et celui prévu pour l’année scolaire 2018-2019 :

 

Année scolaire

2017-2018

2018

Nombre d’élèves dans les collèges

42 381 (constatés)

43 151 (prévus)

Dotation par l’Etat en heures hebdomadaires

49 510

50 135

Ratio H/E

1,168

1,162

Sources DSDEN 34

 

Nous constatons une légère baisse mais qui nous allons voir n’est pas anodine car les quantités en jeu sont importantes.

Cette petite baisse de 6 millièmes permet à l’Etat d’économiser plus de 274 h/semaine dans notre département sur le dos des élèves et des enseignant-e-s. L’équivalent de 15 postes d’enseignant-e-s non créés (et donc manquants) pour les 80 collèges de l’Hérault (un poste = 18h devant élèves) !

 

Des classes de plus en plus chargées !

L’analyse des données fournies par le rectorat pour les collèges de l’Hérault nous amène à une seconde constatation. Pour la rentrée 2018, 770 élèves de plus sont prévu-e-s à répartir dans seulement 17 classes supplémentaires !

17 classes absorbent à peine plus de 500 élèves et encore dans des conditions extrêmes et non souhaitables pédagogiquement, sans parler des problèmes de sécurité liés à un trop grand nombre de personnes (élèves, enseignant-e-s, Auxiliaires de Vie Scolaire pour les élèves en situation de handicap…) dans des salles trop petites. Il y aura donc des divisions beaucoup plus chargées à la rentrée 2018 pour compenser le manque de moyens alloués à notre département.

Il manque clairement 11 divisions dans l’Hérault pour retrouver l’équivalent de la situation actuelle, qui n’est déjà pas satisfaisante.

Cette constatation n’est hélas pas la première du genre. Si nous reprenons notre indicateur H/E sur les 10 dernières années la baisse est globalement continue :

Evolution des effectifs et des dotations dans l’Hérault depuis 2008 : la dégradation est manifeste :

 

Tableau de répartition des moyens d'enseignement au regard des effectifs

Année

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017

2018

Effectifs

40888

40787

40787

41472

42040

42691

42169

41873

41674

42381

43151

Dotation (heures par semaine)

51145

51308

50980

50579

50349

50890

51156

48254

49018

49510

50135

H/E

1,251

1,258

1,250

1,220

1,198

1,192

1,213

1,152

1,176

1,168

1,162

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prévisions

Sources DSDEN 34

 

            Et si nous nous mettons à rêver que les élèves et les personnels des collèges puissent bénéficier du H/E de 2009, les premiers pour apprendre et grandir en tant que futurs citoyens, les seconds pour s’acquitter au mieux de cette mission essentielle pour l’avenir de notre pays, le réveil est cauchemardesque. C’est 230 postes d’enseignant-es qui ont disparu en moins de 10 ans pour les seuls 80 collèges de l’Hérault.

 

  Estimation de la dotation nécessaire avec le H/E de 2009

H/E 2009

Effectifs prévus rentrée 2018

Dotation horaire  hebdomadaire  théorique avec le H/E de 2009

Différence horaire 2009 / 2018

Besoin en Equivalent Temps Plein

(service hebdomadaire enseignant = 18h)

1,258

43151

54283,96

-4 149

230

 

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Et en remontant plus loin dans le temps :

 

graphique 1.PNG
 

 

Education Nationale et entreprises de services publics : Une même politique pernicieuse…

Cette politique de réduction des coûts n’est pas nouvelle. Elle est à l’œuvre depuis longtemps dans l’éducation nationale mais aussi dans des entreprises publiques. Dans ces dernières, les dégradations de service qu’elle entraîne nécessairement sert de justification aux gouvernements successifs pour réclamer des changements de statuts ou des privatisations partielles ou totales d’entreprises qui fonctionnaient très bien et même s’en sortent toujours honorablement au vu du manque de moyens alloués par l’Etat à leur mission de service public.

La SNCF en en un bon exemple.  Il est désespérant de voir à la tête de l’Etat des hommes et des femmes politiques qui luttent pour son démantèlement.

Défendons nos services publics ! Luttons pour leur amélioration ! Ce sont encore les meilleurs garants pour que toutes et tous, nous ayons accès à des services de qualité dans les meilleures conditions.

Nous ne sommes pas naïfs : les entreprises privées n’ont pas comme objectif premier le service public. Par nature, leur but est de faire du profit. Et si, lors de privatisations déjà réalisées, elles ont parfois pu faire illusion un temps, c’est entre autre par la dégradation continuelle, scandaleuse et parfois dramatique des conditions de travail de leurs salarié-e-s.

Citoyen-ne-s de ce pays, ne baissons pas les bras devant la dégradation des acquis sociaux et luttons pour l’amélioration des droits et des conditions de travail de tous les salarié-e-s pour qu’ils accomplissent au mieux leur mission de service public rendus à tou-te-s.

 

(*) Les services des enseignants étant définis hebdomadairement, les moyens attribués sont affichés sous cette forme.

                                                                                                                            

                                                                                                                       Julien Landais