Catalogne : une crise majeure dans l’État espagnol

Un article de notre camarade Francis Viguié, Ensemble!34, paru sur le site Regards.fr
« Nous devons intensifier notre soutien au droit à l’autodétermination, à la solidarité contre la répression et à un débouché politique comme le référendum négocié. »

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Avec un PP qui a opté pour une intransigeance aveugle, le roi qui la légitime et un PSOE qui s’aligne, les compromis ne semblent plus possibles. Un référendum négocié permettrait pourtant de sortir de la crise et de définir l’indépendance catalane.

 

Le référendum du 1er octobre est une défaite politique pour le gouvernement et le PP ! Voilà l’élément nouveau, et très important, dans la situation actuelle. Malgré l’envoi de milliers de policiers et de la Guardia Civil, le referendum a pu se tenir dans de nombreux bureaux avec une participation de 2,2 millions d’électeurs et des centaines de milliers de personnes regroupées devant les bureaux de vote.

Nous avons toutes et tous vu les images d’une Guardia Civil forçant les portes des écoles et des bâtiments publics à la recherche des urnes et des bulletins de vote, nous les avons vus aussi charger et frapper des milliers de personnes pacifiques ne cherchant qu’à assurer leur droit démocratique, celui de voter. Nous avons vu un gouvernement espagnol isolé, n’ayant que la force de sa police pour empêcher le droit à décider d’un peuple.

Ce succès du referendum s’est confirmé le mardi 3 octobre avec la grève générale. Les manifestations ont été considérables, la presse annonce 700.000 à Barcelone, 60 à 70.000 à Gérone et 10.000 à Figueras, ce qui pour ces deux dernières villes correspond à leur population. Il s’agit des manifestations les plus importantes depuis la fin du franquisme.

Déclarations guerrières du PP et du roi

Le roi, dont on nous dit qu’il a un rôle de fédérateur, a, dans un discours violemment anti-catalan, donné des gages à la droite dure et refusé toute forme de dialogue. Seule la répression et la fidélité à la « grande Espagne » trouvaient place dans son discours.

Le gouvernement PP cherche aujourd’hui les moyens juridiques et politiques contre le « droit à décider » du peuple catalan. Il vient d’inculper pour sédition le responsable des Mossos (la police catalane) et les responsables des associations ANC et Omnium. Il est décidé à aller bien plus loin. Les discussions portent sur l’utilisation de l’article 155 ou de l’article 116 de la Constitution espagnole.

L’article 155 permet de supprimer un statut d’autonomie, dans la situation actuelle il s’agit de celui de la Catalogne ! Dans ce cas, la gestion est reprise par l’État espagnol en attendant de nouvelles élections, dont les partis indépendantistes comme le PDCat, ERC ou la CUP pourraient être exclus. Le PP a les moyens légaux de prendre cette décision étant donnée sa majorité absolue au Sénat, mais… pour le PSOE et le PNV, cela irait trop loin. Ne souhaitant pas affaiblir son rapport de forces, le PP n’a pour le moment pas fait ce choix.

L’article 116 valide l’état d’exception, il doit être voté en Congrès. Le volet répressif politico-juridique est des plus forts, les deux possibilités sont évoquées en attendant un choix précis. Le gouvernement a déjà de fait créé une rupture démocratique en mettant sous tutelle politique, financière et policière la Catalogne. Nous avons déjà une sorte d’état d’exception sans un vote formel du Congrès.

Le PSOE complice

Ce parti, très affaibli mais toujours à plus de 20% et 85 députés, a un rôle déterminant dans la situation. Il a choisi de coller au gouvernement du PP et, dépourvu de ligne indépendante, de rester dans le camp du bloc refusant tout débat, toute ouverture.

Pourtant, avec un peu de courage, ce parti aurait pu défendre l’estatut négocié avec le gouvernement Zapatero, voté aux Cortes par les députés PSOE, voté au parlement catalan et validé par referendum. Ce fameux estatut, qui en étant vidé de son sens à la suite de la plainte du PP, a ouvert un nouveau cycle de mobilisations. Il pourrait aussi accepter la proposition d’une motion de censure faite par Podemos. Elle permettrait de faire tomber le gouvernement de Rajoy et ouvrir une autre perspective concernant la Catalogne et les questions sociales. Mais non ! Le PSOE reste satellisé par le PP et participe directement au blocage de la situation.

Le PSOE / PSC n’est déjà plus l’ombre de ce qu’il était quand Pascal Maragall était maire de Barcelone (courant qui a scissionné pour créer le MES) : nous assistons là au final de son suicide.

Quelle indépendance pour la République catalane ?

Le Parlement catalan a voté une série de lois organisant la « déconnexion », autrement dit la rupture avec l’État espagnol. Il était prévu une annonce de la déclaration unilatérale d’indépendance dans les 48 heures suivant le referendum. Un bras de fer a eu lieu entre les partis du gouvernement (PDCat et ERC) et la CUP lors de l’élaboration de cette déclaration. Le gouvernement catalan a choisi de prendre un peu de temps et d’établir un bilan des élections le lundi 9 octobre. Cette réunion du parlement catalan se fera finalement le mardi 10, après l’intervention juridique du PS. Des hésitations se font jour sur l’annonce de la déclaration d’indépendance au sein du PDCat.

En effet, l’annonce d’une République indépendante de Catalogne ne signifierait pas que cette indépendance deviendrait réelle. Une indépendance effective suppose des négociations globales et une reconnaissance par l’Espagne, l’Union européenne, la communauté internationale… La Generalitat, l’ANC et Omnium ont démontré qu’ils dirigeaient le processus et que, jusqu’à présent ils avaient la confiance de la masse des Catalans. Après le succès des manifestations, du référendum et de la grève générale, il faut trouver une traduction politique répondant aux nouveaux besoins.

Il est maintenant trop tard pour trouver un compromis qui aurait peut-être été acceptable il y a quelques mois. Après tout ce chemin parcouru, un nouveau pacte fiscal accordant aux Catalans ce que les Basques ont acquis – comme le prélèvement de l’impôt – a peu de chances d’être satisfaisant. La mobilisation s’est construite et consolidée autour de la revendication de République catalane. Elle est mise en avant par tous les courants politiques et les puissantes associations.

L’exigence d’un « référendum négocié »

Elle peut être indépendante, mais elle peut aussi exister dans le cadre d’un état confédéral. « Une république catalane dans une confédération espagnole », telle est la position de Catalunya en Comu, le parti dirigé par Ada Colau. Podemos vient de proposer un cadre commun pour un référendum négocié donnant toutes les garanties politiques en terme de reconnaissance – l’exemple fréquemment invoqué étant l’Écosse. Dans la déclaration de Zaragoza, nous retrouvons le PDCat, ERC, Catalunya en Comu, Podemos, IU, Compromis (coalition de Valence).

La Catalogne est la manifestation la plus évidente de la crise du régime. Les trois piliers de la Transition sont aujourd’hui en plein marasme : le bipartisme n’existe plus, le régime des autonomies ne satisfait plus personne, le roi et sa famille sont au cœur des scandales de la corruption. Cette constitution ne peut rester en l’état.

Sortir de la crise suppose de donner une perspective politique. Un référendum négocié peut être la réponse à la hauteur. Le peuple catalan a démontré une capacité de mobilisation impressionnante et une auto-organisation qui l’est tout autant. En restant puissamment mobilisé, de manière pacifique mais très déterminée, il a imposé une défaite politique au gouvernement du PP, qui n’a trouvé rien d’autre que l’envoi de 10.000 Guardias Civiles pour réprimer les manifestants.

Une semaine décisive

Le gouvernement du PP est minoritaire au Parlement et le niveau de corruption de son appareil est énorme. Il est un parti fragile qui ne tient que par l’abstention des députés du PSOE. La demande de la démission de Rajoy monte dans le pays, demandée par Iglesias et Colau, et une pétition signée par 440.000 personnes en un temps record reprend cette exigence.

Nous connaîtrons mardi la déclaration du Parlement catalan et les décisions politico-judiciaires du gouvernement concernant la Catalogne. L’héritage franquiste du PP, comme nous venons de le voir, doit nous rendre très vigilants. Rajoy semble vouloir demander de nouvelles élections au Parlement catalan. Elles ne peuvent constituer une solution politique à la crise, à moins de penser qu’une nouvelle majorité PP-Ciudadanos-PSOE pourraitt sortir des élections catalanes. La faiblesse du PP et maintenant du PSC en Catalogne, la mobilisation actuelle du peuple catalan rendent ce scénario hautement improbable. De nouvelles élections ont plutôt toutes les chances de conforter les positions actuelles et de renvoyer à la situation de blocage actuel.

Nous devons intensifier notre soutien au droit à l’autodétermination, à la solidarité contre la répression et à un débouché politique comme le référendum négocié.

Francis Viguié |  7 octobre 2017

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http://www.regards.fr/web/article/catalogne-une-crise-majeure-dans-l-etat-espagnol

 

Voir aussi l’article précédent de Francis Viguié :  Respect du « droit de décider » pour le peuple catalan

http://www.regards.fr/web/article/respect-du-droit-de-decider-pour-le-peuple-catalan

 

 

 

Déclaration de l'Equipe nationale d'Ensemble ! du 9 octobre 2017 : 

Contre la répression et pour la démocratie, soyons solidaires du droit à l’autodétermination de la Catalogne !

Un mouvement de fond secoue la Catalogne avec des répercussions non seulement en Espagne mais dans toute l’Europe.

Après le référendum du 1er Octobre réprimé brutalement par les forces de police liées au gouvernement central de Madrid, la grève générale du 3 Octobre a été un grand succès avec sans aucun doute les manifestations les plus puissantes enregistrées en Catalogne depuis la Transition. La presse évoque 700 000 personnes à Barcelone, 60 à 70000 à Gérone et 10000 à Figueras, ce qui pour ces deux dernières villes égale leur population !

Le discours du Roi, censé avoir un rôle fédérateur, a été une véritable déclaration de guerre contre les Catalans. Il s’est aligné sur les secteurs les plus durs du Parti Populaire (droite) et a donné le ton sur ce qui attend les Catalans dans les jours à venir. Vont dans le même sens l’inculpation de Trapero, le dirigeant des Mossos (police catalane), pour « sédition » et celles de dirigeants de l’ANC (Assemblée Nationale de Catalogne) et de Omnium . Ces deux mouvements, très puissants, sont les organisateurs du mouvement de masse.

Nous assistons à un mouvement social très puissant mobilisant des millions de personnes avec une capacité d’initiative impressionnante, une auto-organisation rarement vue qui s’est manifestée face à la répression le 1er octobre et lors de la grève générale du 3 octobre. Ce mouvement reste aujourd’hui dirigé par les partis à la tête de la Catalogne, c’est à dire le PDECat (libéral catalan) et ERC (centre gauche républicaine catalane) avec le soutien de la CUP (gauche radicale) pour le projet indépendantiste. Une déclaration unilatérale est à l’ordre du jour le mardi 10 octobre. Elle ne signifiera pas pour autant une indépendance effective, pour cela il faut une reconnaissance espagnole, européenne et internationale. Pour y parvenir, avec un soutien populaire dans toute l’Espagne,  les mobilisations actuelles posent la question d’une République catalane dans le cadre  d’une nouvelle Constitution plus démocratique que celle de 1978 issue de la transition postfranquiste Le PP peut avoir recours à la suppression du statut d’autonomie de la Catalogne ou à l’état d’exception.  Ces deux possibilités vont continuer à être sur la table et sont des menaces tout à fait réelles pour les jours qui viennent.

Un affrontement d’ampleur se profile dont l’onde de choc va se diffuser dans toute l’Europe. et le gouvernement espagnol (soutenu par la couronne) mène une politique de répression, antidémocratique qui sert de levier aux franges les plus réactionnaires dans toute l’Espagne.

Ensemble ! alerte contre cette   fuite en avant antidémocratique avec la mise en place de fait par le gouvernement PP d’un état d’exception où la Catalogne est mise sous tutelle politique, financière, policière.

Ensemble ! exprime, une nouvelle fois, son soutien au peuple catalan qui a le droit  de décider de son avenir .Ce droit à l’autodétermination passe par un référendum négocié (comme en Ecosse) dont la mise en œuvre nécessite un cadre international.

Ensemble ! appelle à la solidarité pour le respect et l’exercice de son  droit à l’autodétermination pour la Catalogne et contre la répression.

Ensemble ! appelle  à la constitution d’un cadre regroupant associations, syndicats, partis, citoyen-ne-s ...permettant d’organiser la mobilisation de soutien.

Déclaration de l'EAN d'Ensemble ! Le 9 octobre 2017. 

 

Nos articles précédents :

Soutien au droit à décider du peuple catalan. Non à la répression.

Montpellier : la solidarité avec le peuple catalan s'élargit