Stop au bétonnage des terres agricoles

Décathlon veut installer aux portes de Montpellier ( 1km après Trifontaine sur la  commune de St Clément de Rivière)   un nouveau complexe commercial: le projet " Oxylane". Outre le fait qu'une zone commerciale de plus en périphérie de la ville est inutile, ce sont 24 ha d'espaces naturels et agricoles qui seraient détruits ainsi que nombre de commerces de proximité. 

Depuis 2 ans le collectif d'associations " Oxygène" se bat contre ce projet.

Nous avons demandé à Françoise Helary,  une représentante du Collectif Oxygène , de faire le point.  Nous l'en remercions.

 

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Voir les vidéos de JC Carcenac pour le collectif Oxygène

Non à Oxylane

Artistes contre Oxylane

Des terres pas d'hypers

 

 

Interview de Françoise Hélary par JC Carcenac

1) Le projet décathlon " Oxylane", veut  se présenter comme un "projet vert" . Pouvez-vous vous rappeler ce qu'est ce projet, et pourquoi vous le  contestez  d'un point de vue environnemental...

 

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Projet vert ? Disons plutôt : enrobage vert, pour faire passer la pilule, pilule toxique dans un enrobage anesthésiant. C’est de la pure technique commerciale pour obtenir le plus vite possible le feu vert pour la bétonisation !

Cela fait partie de la stratégie de séduction des promoteurs de ce type de projets. Mais derrière les apparences trompeuses il y a  l’achat d’une terre agricole et naturelle qui, elle, est bien verte depuis toujours et qui peut le rester encore très longtemps pour faire face aux besoins alimentaires, à la santé et  à la qualité de vie des habitants, et aussi pour permettre l’installation de jeunes agriculteurs qui cherchent des terres aux abords de la grande métropole.

Pour rappel, ce projet consiste à installer un « lotissement multi-activités » (essentiellement commercial) sur un espace de 24ha, situé au lieu-dit « Les Fontanelles » sur la commune de Saint-Clément-de-Rivière, à la limite de Montpellier. Le permis d’aménager prévoit trois grandes enseignes : Décathlon, Truffaut (jardinerie) et O’Tera (grande distribution alimentaire), plus des espaces de « services » dédiés « au sport, au bien-être et à la santé ».  Sur ces 24ha, 12ha seront bétonnés (surfaces de plancher, parkings, voiries de dessertes ), le reste se répartissant entre bassins de rétention grillagés, espaces « verts » cloisonnés entre les installations, et quelques hectares préservés, car inconstructibles : 4 ha de bois (mais équipés d’un accrobranche), et seulement 4ha d’espaces restant cultivés, au bénéfice exclusif d’O’Tera.

Pourquoi bétonner des terres fertiles, les rendre définitivement stériles, et menacer gravement la biodiversité dont la nature et le travail humain nous gratifient? Il faut observer la vie sur ce terrain, écouter les habitants, et ne pas se laisser impressionner par les études commerciales des promoteurs qui prennent essentiellement en compte le rapport des surfaces commerciales/profits attendus surtout en fonction du prix de location des murs et secondairement du volume des ventes attendues.

Pourquoi chasser le vert qu’on a déjà ? Pour le transformer en billets verts ?

 

 

 

2) Un autre argument pro-projet est la création d'emplois. Qu'en pensez- vous ?

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Il ne faut pas confondre création de postes et création d’emplois ! Lorsque les promoteurs du projet annoncent un chiffre de « créations d’emplois », ils nous mentent. Certes, un certain nombre de postes seront créés (combien ? Eux-mêmes n’en sont pas très sûrs!). Mais le recrutement sur un poste signifie-t-il automatiquement une création d’emploi ?

Selon les propos de Martine Donnette (En Toute Franchise, co-fondatrice du collectif « Des Terres pas d’Hypers ») reprenant de nombreuses études, la grande distribution  emploie 3 fois moins de personnes que le petit commerce. En ouvrant son point de vente, une enseigne de grande distribution détruit 3 fois plus d’emplois qu’elle n’en crée.

 

De plus, il s’agit de vision à très court terme. Ces commerces ne sont pas pérennes, ils peuvent évoluer au gré des fluctuations de leur chiffre d’affaires et de celui du contexte socio-économique local et national dont l’avenir est pour le moins incertain. Des tensions sur l’emploi commencent à se faire sentir chez les distributeurs eux-mêmes : plan social chez Auchan, projet de regroupement de sites des entrepôts d'Intermarché, etc : le patron de Système U lui-même dénonçait, en 2014, "une logique destructive et mortifère" (Le Point, 13/06/2014).

Comment savoir si d’ici peu, de ventes en reventes des murs, ce ne seront pas d’autres commerces discount qui s’installeront, car il faudra bien s’adapter à la diminution des ressources des citoyens. Pire encore, en l’absence de repreneurs, il n’est pas impossible d’imaginer aux Fontanelles une grande friche commerciale très difficilement récupérable. La création d’emplois pérennes est décidément à chercher ailleurs que dans la grande distribution.

 

3) Vous avez initié de multiples mobilisations et des recours juridiques. Concernant le recours contre  l'aménagement commercial  vous avez été déboutés .  Sur le plan juridique Décathlon a-t-il définitivement gagné ?

 

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Nous sommes totalement lucides sur les difficultés auxquelles nous devons faire face. Elles sont bien réelles. Mais nous sommes aussi conscients de l’évolution de la loi qui a considérablement rétréci le rayon d’action des associations environnementales et des commerces indépendants. Notre représentation en commission commerciale gène encore un peu, et nous devons nous battre, concentrer nos forces, par exemple en nous liant avec d’autres collectifs au sein de la « Fédération Des Terres pas d’Hypers » pour porter ce combat au plus haut niveau.

Toutefois, grâce à la mobilisation autour de notre collectif - et notamment la souscription citoyenne - nous pouvons toujours agir localement sur le plan juridique, et c’est ce qui retient Décathlon de ne pas envoyer les bétonneuses sur le terrain. Dans une interview au journal « Midi Libre » du 13 septembre 2016, le responsable du projet déclarait ne pouvoir lancer l’opération qu’après avoir obtenu «  le feu vert de la justice ». Actuellement, nous avons un recours pendant auprès du tribunal Administratif de Montpellier (contre le permis d’aménager) et un autre en préparation contre l’arrêté préfectoral « loi sur l’eau ».

Nous comptons aller jusqu’au bout, sachant que le temps peut jouer en notre faveur et aboutir à l’abandon du projet par ses promoteurs. Décathlon n’a donc pas définitivement gagné, y compris sur le plan juridique !

 

4) Avez-vous un contre projet ?

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Nous préférons parler de projets alternatifs. Nous avons en effet un projet, voire des projets, non pas contre mais pour s’adapter aux urgences environnementales, au maintien d’une agriculture de proximité,  aux exigences d’une alimentation saine et locale. Nous sommes tous  de plus en plus sensibles à la nécessité de protéger les biens communs que sont l’eau, l’air, la terre. Il y va de la survie des humains que nous sommes. Tout le monde le reconnaît, nous sommes dans une période de transition incontournable si nous voulons éviter un désastre écologique planétaire et un effondrement social,  il n’est plus possible d’attendre, c’est tout de suite, maintenant et partout qu’il faut s’en préoccuper.

A notre échelle donc, nous proposons un projet agricole respectueux de l’environnement, tenant compte du potentiel existant, dont la production pourrait servir à la restauration collective locale. Ce projet serait à affiner, avec un relais politique qui, comme dans la Métropole voisine, permettrait de sanctuariser ces terres fertiles, d’y élaborer des projets équilibrés adaptés au contexte périurbain, de trouver des compensations sur le long terme pour leurs propriétaires qui ne souhaitent pas conserver leurs terres, afin de sortir de l’actuelle situation qui autorise la vente d’un terrain rendu « administrativement » constructible, plusieurs dizaines de fois son prix initial, ce qui ne peut qu’être vécu comme une injustice scandaleuse en particulier par de jeunes paysans qui rencontrent beaucoup de difficultés pour avoir accès à des terres cultivables et y exercer leur métier.

 

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5) Quelles sont vos prochaines initiatives ? Qu'attendez-vous des sympatisant-e-s de votre lutte ?

 

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Nous poursuivons le travail d’information que nous souhaitons voir relayé par tout un chacun dans son propre réseau. C’est ainsi que peut se faire la prise de conscience des enjeux locaux que nous essayons de mettre en évidence.

Nous interpellons nos élus à chaque échelon de responsabilité, en pointant l’absurdité de ce projet, déjà dépassé par les exigences du monde qui vient. Nous souhaitons qu’ils donnent des signaux de soutien suffisamment forts, et qu’ils manifestent leur opposition au plan politique.

Nous voulons continuer à organiser des événements qui nous rassemblent : réunions d’information, projections, débats, manifestations sur le terrain et la voie publique.

Nous attendons des sympathisant-e-s de notre lutte outre le relais d’information déjà mentionné, une présence forte lors de ces événements, ainsi que leur soutien militant en faisant signer notre pétition en ligne, et, à la mesure des possibilités de chacun-e, le soutien financier via notre souscription citoyenne nous permettant la poursuite des recours avec l’aide des avocats. Les modalités pratiques se trouvent sur notre site. Bien entendu, pour celles et ceux qui souhaitent - et qui peuvent - s’engager plus activement pour nous apporter directement leur aide dans la préparation et l’organisation des actions, qu’ils n’hésitent pas à nous contacter - via le site et facebook-  pour être informés des dates de réunions.

A RETENIR : Samedi 22 avril à Montferrier sallle du devezou : Une grande réunion publique " Des terres , pas d'hypers" avec de nombreux intervenants .

Informez vous sur le site du collectif Oxygène : http://collectif-oxygene.fr/.  Voir aussi la page facebook du collectif

 

Soutien financier pour les recours juridiques :  http://collectif-oxygene.fr/?page_id=24

 

Signez la pétition en ligne : http://www.petitions24.net/contre_limplantation_du_village_oxylane_a_st_clement_de_riviere