Les terres agricoles menacées, la parole est à Vincent Nourigat…

Le  projet Oxylane/Décathlon, contre lequel nous nous insurgeons, est prévu sur 23 ha dont 11,4 ha de terres cultivées en plein cœur de la ceinture verte au nord de Montpellier, sur la commune de Saint Clément de rivière, en bordure de la route de Ganges... Pourtant des solutions alternatives sont possibles.
En fait, il s'agit ni plus ni moins d'un banal projet commercial supplémentaire, un projet inutile imposé de plus... Ce phénomène n’étant malheureusement pas isolé dans l’Hérault ni en France, nous avons interviewé à ce sujet notre camarade Vincent Nourigat, acteur du monde paysan et militant dans de nombreuses associations, dont le collectif Oxygène qui se bat depuis le début contre le projet Oxylane.

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Voir aussi le site du collectif Oxylane :  http://collectif-oxygene.fr/ 

 

 

 

 

 

 

 

     

    • En quoi les terres agricoles sont elles menacées au niveau national et dans le 34 ?
       

    La France perdrait en surface l’équivalent d’un département moyen tous les 10 ans, (26m² par seconde), la zone méditerranéenne est particulièrement touchée par ce phénomène du notamment à une urbanisation galopante et une pression spéculative supérieure à bien d’autres régions. Cette évolution  met en danger l’avenir des surfaces agricoles dans les territoires ruraux, et la perte d’espaces cultivés et naturels accroit certains risques comme les inondations, les incendies ou l’érosion, elle complexifie également la problématique de la gestion des ressources naturelles, qu’il s’agisse de l’eau, du sol ou de la biodiversité.

    Dans la métropole de Montpellier, on observe le maintien d’une forte pression d’urbanisation entraînant l’artificialisation du sol : 169 ha artificialisés par an entre 2004 et 2010.

     

     

    • Quelles en sont les raisons ?

     

    Les raisons principales sont en premier la spéculation foncière, qui fait que la terre est utilisée uniquement pour sa valeur spéculative et non pour sa valeur première qui est sa valeur d’usage ayant pour but l’alimentation, ensuite le développement considérable par exemple de surfaces commerciales, avec son corollaire de voies de circulation, de parkings, (nos déplacement ne sont concevables et conçus que pour l’automobile) , Montpellier : 418m²/1000 habitants, soit plus que Marseille et Aix en Provence (405m²/1000 habitants), ces surfaces sont généralement prises sur du terrain agricole car ils sont souvent constitués de fonds de vallées plats et faciles à excaver et d’accès aisé, dans la métropole, entre 2004 et 2010, l’artificialisation des sols a plus touché les terres agricoles (-595 ha) que les espaces naturels (-471 ha)(Bilan du SCOT, Montpellier Agglomération, 2012).En 2010, le territoire métropolitain était couvert par une répartition équivalente entre espaces bâtis, naturels et agricoles.

     

     

    • Dans le département quelles sont les surfaces disponibles, en distinguant vignoble et maraichage ?

     

    La surface agricole utilisée du département est de 185 048 hectares soit prés de 30 % du département. (39% des besoins de l’Hérault ou 100% des besoins de la région urbaine de Montpellier),  La viticulture est importante avec 85 525 hectares, les autres terres arables sont utilisées pour les vergers (olives, châtaignes, noix, prunes, pommes) avec 3400 hectares, les prairies artificielles avec 7090 hectares, la culture de légumes avec 3788 hectares, la culture des céréales avec 20 095 hectares, les jachères avec 4991 hectares. (wikipedia),  D’après une étude déjà ancienne (Mégane Bollon, Nicolas Bricas, Cirad, UMR Moisa 2010), il faudrait cultiver  372000 ha (80%) pour des aliments productibles dans l’Hérault+41000 Ailleurs en France+42000 à l’étranger.

     

    • Pour un approvisionnement de proximité ces terres sont elles suffisantes dans le 34 ?

     

    La superficie cultivée en Hérault est largement inférieure à la superficie qui serait nécessaire pour alimenter l’ensemble de la population départementale, de plus, près de 20% des produits consommés sont quasiment non-productibles dans le département tels que le café, le thé, les fruits tropicaux, etc., dans ce contexte, le territoire de la métropole ne peut pas être autosuffisant et dépend donc fortement du système alimentaire global, néanmoins, s’il n’est pas envisageable ou pertinent de « relocaliser » l’ensemble de la production de denrées alimentaires, la coopération entre territoires « consommateurs » telle que la Métropole Montpelliéraine et d’autres territoires « producteurs » voisins (plaine de Mauguio) ou plus éloignés (arrière-pays ruraux) peut être à développer, ceci-dit il faut relativiser, les chiffres cités dans ces études sont applicables à condition de pratiquer l’agriculture industrielle, très mécanisée et dévoreuse d’espaces, à l’inverse une culture menée avec les principes de l’agro-écologie pourrait optimiser et produire davantage sur ces mêmes surfaces.

     

    • Quel type d'agriculture faudrait-il pratiquer ?

     

    L’agriculture telle que pratiquée généralement en France, sous la pression des industriels et des gros syndicats, est une exploitation agricole basée sur le profit, elle est basée sur la monoculture intensive, utilisatrice d’intrants chimiques, et sous la coupe des semenciers et des agroindustriels

    Une agriculture paysanne, plus respectueuse de l’environnement, en polyculture, employant plus de main d’œuvre est à mon avis à promouvoir, la bio elle aussi progresse, pratiquée dans 51 des 640 exploitations agricoles de la Métropole (12,5%).

     

    • Comment pourrait-on alimenter les cantines scolaires notamment ?

     

    Pour nous, l’approvisionnement de la restauration collective doit êtres une démarche collective, il y a actuellement peu d’agriculteurs aptes à répondre individuellement aux appels d’offre, une démarche doit être entreprise rapidement afin de recenser les terres agricoles à fort potentiels afin de les préserver (fait dans la métropole  de Montpellier pour le domaine public), d’utiliser ces surfaces en créant des régies agricoles, gie, groupements de producteurs ou autre formules permettant une utilisation collective de ces surfaces afin de les relier, qui à une cantine scolaire, une maison de retraite, …

     

    • As-tu des exemples dans la métropole ou ailleurs dans le 34 de terres sacrifiées inutilement ?

     

                Oui, on peut citer notamment le projet Oxylane, caractéristique de ce qu’il ne faut pas faire, qui détruirait  23 ha de terres agricoles de bonne qualité, le projet Caylus, entre Castelnau et Jacou, la aussi sur des terrains à haut potentiel et sur un aquifère de surface, donc à protéger, il y a d’autres exemples la gare de la Mogère ou autres que je n’ai pas en tète.

     

    • Que faudrait-il faire ?

     

                Vaste question dont je n’ai pas la réponse, j’ai évoqué plus haut plusieurs pistes, nos associations se battent pour faire des propositions, une des pistes est la formation du consommateur, de nos élus et de nos enfants, il faut sensibiliser à la sauvegarde des ressources naturelles, le sol, l’eau, la biodiversité, la conservation des corridors écologiques, et avant tout de notre patrimoine, celui dont nous aurons besoin pour vivre demain.