La situation présente de l'Afghanistan, pour prévisible qu'elle soit n'en représente pas moins un évènement historique.

Le départ des troupes américaines, après 20 ans de guerre et d'occupation, permet un retour au pouvoir triomphal des Talibans. Pour les puissances occidentales, les Etats-Unis au premier chef bien sûr, mais aussi leurs alliés occidentaux, dont la France, le fiasco est total.

C'est celui des politiques impérialistes et guerrières menées depuis Bush. Celles-ci alliant cynisme et incohérences. Ainsi, les Talibans, suite aux dissensions entre les groupes de moudjahidines après la victoire sur le régime pro-soviétique,  ont d'abord été instrumentalisés par le Pakistan et les Etats-Unis, pour prendre le pouvoir à Kaboul. C'est après le 11 septembre 2001, qu'ils ont été dénoncés comme les suppôts du terrorisme international et des ennemis mortels de l'Occident. Alors que leur principal soutien, le régime pakistanais, n'en demeurait pas moins l'allié de Washington dans la région. On pourrait aussi dans un registre voisin évoquer la relation privilégiée entre La France et le Qatar.

Une fois encore démonstration est faite que les proclamations de défense de la démocratie et des droits humains, ceux des femmes en premier lieu, pèsent de peu au regard des intérêts impérialistes. Lesquels imposent leur lot d'oppression et de corruption, privant les peuples de leurs droits.  De cette terrible leçon, c'est toujours le peuple qui en paie la note.

Biden, et Macron lui fait écho, peut bien proclamer "mission accomplie". Il occulte ainsi l'échec, après l'Irak, des projets de "nation building". L'évidence est là d'un échec de la politique menée au long des dernières décennies, des conséquences négatives de celui-ci au regard des crises que connaît la région et au-delà, de la situation désastreuse dans laquelle le peuple afghan est abandonné.

Il faut exiger du gouvernement français qu'il ne se paye pas de mots. Tout doit être fait pour assurer la sécurité et l'accueil des Afghanes et Afghans qui veulent se réfugier en France et en Europe, à commencer par ceux et celles qui ont travaillé au service de la présence française, ainsi que celles et ceux qui sont directement menacés par le nouveau pouvoir et demandent l'asile.

Il est scandaleux d'agiter le spectre de "flux migratoires irréguliers importants" dont il faudrait se protéger, comme le fait Macron,  alors qu'il s'agit de répondre à la demande légitime de personnes dont la sécurité est menacée, situation dont sont responsables au premier chef les puissances occidentales.

Sur le plus long terme il s'agit de maintenir tant que faire se peut les soutiens aux Afghanes et Afghans, aux organisations qu'ils se sont démocratiquement données, cela dans un pays qui est appelé à connaître de nouveaux soubresauts et de considérables difficultés.

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Nous vous transmettons cette contribution :

Vous l'avez sans doute déjà vue. Cette photo figure à la une de pratiquement tous les organes de presse du monde. On y voit un groupe de talibans autour du bureau présidentiel à Kaboul. Un homme est assis dans le fauteuil du président. Cet homme est un commandant taliban qui a été emprisonné à Guantanamo.

Un prisonnier de Guantanamo assis en vainqueur dans le fauteuil du président afghan en fuite. Quel symbole ! Gageons que le service de comm des talibans s'est fait plaisir.

Ce qui vient de se passer à Kaboul est un signe très fort de l'absurdité de la guerre Americano-Europeenne contre l'islamisme et le Jihadisme.

On ne fait pas la guerre contre le mal. Parce que ce n'est pas le sujet. Et que ça ne l'a jamais été.

On ne fait pas la guerre en intervenant militairement dans un pays musulman. Le résultat est toujours pire qu'avant l'intervention.

L'emprisonnement des islamistes ne sert quasiment à rien. Sinon à faciliter le recrutement des islamistes

Les seuls à pouvoir combattre efficacement les djihadistes nazillons de l'EI, ce sont des Syriens (kurdes certes, mais plus syriens que les djihadistes de l'EI).

Il s'agit la plupart du temps de mouvements politiques nationalistes conservateurs (talibans, Hamas, Hezbollah, touaregs, etc...) et face à un mouvement politique, on fait de la politique. Arrêtons de nous gargariser avec des histoires de laïcité ou de droit des femmes qui ne concernent que la « bourgeoisie locale comprador », (celle qui vit du détournement de l'argent occidental, de la corruption et du trafic de drogue) allez enquêter dans les villages afghans qui en 20 ans de présence occidentale n'ont toujours pas vu l'ombre d'une école ou d'un hôpital, alors, le droit des femmes... . La question n'est pas religieuse, elle est politique et géopolitique.

Et la lutte politique on la mène chez nous pas chez les autres !

Pourquoi les talibans ont gagné? Parce plus personne en Afghanistan ne voulait défendre le gouvernement mis en place par les occidentaux, corrompu jusqu'à l'invraisemblable et indifférent au sort de sa population, hors la zone verte de Kaboul. C'est donc la politique qui a fait gagner les talibans bien plus que les armes.

En revanche, avez-vous lu des enquêtes sur le fonctionnement des zones sous contrôle taliban ou sur leur programme politique ? Non, bien sûr, puisqu'on n'enquête pas sur le mal. Il aura fallu attendre des reportages d'aujourd'hui pour découvrir qu'ils ont été souvent accueillis en libérateurs dans les villages (pas à Kaboul bien sûr), alors que 20 ans c'est pas vieux, les gens les connaissent.

Il y a encore une semaine, le Monde publiait une analyse de la vie en zone talibane en commentant uniquement des vidéos tournées par les talibans eux mêmes sans y avoir mis les pieds. C'est quand même incroyable, cette stupidité « on n'enquête pas sur le diable ».

En tout cas, tirons nous vite du Sahel et de tous les autres lieux de ce type. Ces pantalonnades meurtrières et guerrières d'occidentaux nostalgiques de la colonie doivent prendre fin au plus vite.

Les niaiseries morales des « droit de l'hommistes » ne les étouffent pas quand il s'agit des migrants mourant  par milliers en Mediterranee ou, comble de l'horreur, renvoyées en esclavage en Lybie. Là, plus question de droit des femmes...

Marc Le Tourneur, militant associatif