Béziers, la guerre des religions : No pasarán !
 
Les horribles attentats de Nice qui ont coûté la vie à trois personnes sont pour Robert Ménard, maire de Béziers, et ses suiveurs, l’occasion rêvée d’un déferlement de haine. Ainsi, avec les outils habituels de sa propagande, la ville se trouve recouverte d’affiches que nous condamnons fermement. Celles-ci représentent un Christ en croix couvert de plaies suintantes accompagné d’un message sans équivoque : « attaques au couteau, va-t-on réagir ? », « expulsion des islamistes ».
 
À la suite d’une première campagne d’affichage reprenant une des caricatures de Charlie Hebdo, Ménard récidive avec une seconde affiche qui ne fait pas référence, cette fois, à l’attentat meurtrier contre Samuel Paty, mais à celui de Nice. Or, si nous pouvons déjà être plus que dubitatif quant à l’intérêt de cette première campagne, nous dénonçons vivement la seconde. Cette dernière affiche n’est en rien le miroir des caricatures de Charlie Hebdo dont il s’agit de dire que toutes les religions, tous leurs symboles, toutes leurs icônes, peuvent faire l’objet d’une image détournée au nom de la liberté d’expression. Les soutiens de Monsieur Ménard voudraient volontiers nous faire croire que l’affiche procède de la liberté d’expression qui serait exemplaire de la mentalité républicaine française héritée de l’histoire. Liberté d’expression qui autorise le détournement des images religieuses et notamment le blasphème. Blasphème dont découle la polémique autour des premières caricatures, jusqu’aux attentats perpétrés par des terroristes islamistes, ceux de Charlie Hebdo, et plus récemment celui qui a coûté la vie à l’enseignant, Samuel Paty.
 
Or, ce vaste fourre-tout que représente cette affiche est surtout l’occasion d’attiser la haine, de générer des clivages inter-religion sans objet, de mélanger culture et religion. Quel sens porte cette représentation de la crucifixion du Christ exagérément blessé, placardée en ville au lendemain du terrible attentat de Nice ? Il ne s’agit ni plus ni moins que de l’utilisation d’un atroce fait d’actualité au service d’une manœuvre politique dangereuse. Parce que l’attentat a eu lieu dans une église, Robert Ménard oppose au terrorisme islamiste, la religion chrétienne : le Christ lui-même aurait été blessé dans sa chair. Outre le fait que la manœuvre est intolérable dans un État laïc, elle est aussi sans fondement.
 
Bien sûr, le lieu de l’attentat relève, sans aucun doute, d’un choix éminemment symbolique de la part du terroriste, mais le terrain du religieux sur lequel Ménard essaie de nous amener, est à la fois dangereux, abject, et sans intérêt, car faut-il le rappeler encore, l’islamisme n’est pas l’islam. Quoiqu’il en soit, opposer une religion à une autre est à la fois stérile, injustifiable et inacceptable. Rejouer les croisades qui ont secoué le Moyen Âge n’est pas un projet d’avenir porté par le vivre-ensemble, plutôt, il est celui nourri par la haine pour un ennemi musulman qui n’existe pas. Se dessine, sous les traits de cette affiche, la pensée de l’extrême-droite dont l’objectif n’est autre que d’attiser les tensions, générer du communautarisme, nuire au vivre-ensemble, bref diviser pour mieux régner.
À travers cela se lit encore une pensée raciste qui pointe du doigt un ennemi qui ne l’est pas. Ce n’est pas l’islamisme qui est attaqué dans ce propos et c’est certainement encore moins de cette manière que nous le combattrons. Ne nous laissons pas berner, l’opposition caricaturale orchestrée par Robert Ménard doit nous faire réagir collectivement et nous devons nous efforcer de la contrer : contre l’exclusion d’une minorité nous prônons le vivre-ensemble et l’inclusion. Toutes et tous, faisons bloc face à cette stratégie d’extrême-droite clivante, malhonnête et haineuse !
 
 
Une de nos correspondantes de Béziers.
 
ménard affiche jésus
 
ménard