Une contribution de notre camarade Jean-Claude Carcenac suite à la situation électorale de Montpellier pour le second tour des municipales...

 

 

Le désenchantement

 

Après tant d’années de militantisme politique, on se dit qu’on en a vu de toutes les couleurs, et que pas grand-chose peut nous surprendre. On se dit aussi qu’avoir mené et souvent perdu trop de combats, ne donne pas les bonnes clés pour comprendre le présent et moins encore, l’avenir.

D’autant plus que ma génération, celle de 68, rêvait de transformer le monde et voilà que triomphent les Trump, Bolsonaro, Orban , Erdogan, Poutine, Xi Jin ping … et tant d’autres. Les sociaux-démocrates au pouvoir ont été emportés par la vague libérale, et le populisme surfe sur les peurs d’un futur incertain.

Bref, on se dit, place aux jeunes. Ils ne feront pas pire !

Ici à Montpellier, ils pourraient s’appeler Rémy G. , Alenka D. , Clothilde O.

Dans mon passé, on avait des mots ringards pour parler politique, on disait socialisme,  égalité, autogestion, démocratie… mais aujourd’hui le langage est renouvelé : Rémy G dit : «  La politique c’est le cirque. Moi je ne fais que continuer le numéro pour leur foutre au cul… Si tu regardes bien, avec moi, Ollier et Doulain ça fait GOD et tant mieux si ça vibre…Moi, j’ai baissé mon pantalon dans le local du PS, j’ai demandé s’ils voulaient m’enculer direct… Moi, j’aime bien la mettre… » (1)

La pensée est si profonde qu’elle a séduit Alenka et Clothilde.

Dans mon passé, on discutait des virgules d’un programme, on débattait jusqu’à plus d’heures, on aimait les idées, on se méfiait de la personnalisation. Alenka Doulain conjugue la première personne au pluriel. Ca donne « Nous sommes » qui additionne les individus honnissant les partis. Curieux toutefois de voir que la politique autrement c’est le marketing relooké : Alenka, photo grandeur nature collée sur tous les murs, en rock star de la nouvelle scène. Coup de bottine si dégagiste dans le troupeau des vieux éléphants, qu’un nouveau fan applaudit, et le chef de la France Insoumise, depuis Paris impose son soutien à l’opération « citoyenne » …  

 

Dans mon passé on s’appuyait sur des décisions collectives, on respectait la démocratie, on refusait toute ambition personnelle. Clothilde Ollier élue des primaires vertes est soutenue par un panel d’organisations écologistes et de gauche, des insoumis insoumis à Mélenchon, des écolos, des citoyens, bref un collectif prometteur.  Mais après le premier tour, la tête de liste n’en fait qu’à sa tête, contre l’avis de sa propre liste !

Le trio GOD se constitue et passe un accord avec le patron millardaire Altrad !

C’est peu de dire qu’on est dépassé ! Dans mon passé on pouvait faire des compromis, on pouvait soutenir le moins pire, mais jamais un patron exploiteur , on se serait pendu plutôt que de se vendre au plus offrant.

Et bien, le « triangle des bermudes » l’a fait ! C’est dire si on s’y perd ! on s’y enfonce jusqu’à la vase dans ce nouveau marigot.

Parce que oui Altrad n’est pas millardaire par miracle. Le no 1 mondial de la bétonnière, le no 1 européen de l’échafaudage et de la brouette, et le no 1 français du matériel tubulaire pour collectivités est un champion de la spéculation financière et de l’exploitation de ses 20.000 salariés.

Ses milliards je m’en fous, ce qui compte c’est sa parole. Et il m’a promis une Ferrari (Rires) dit Rémy Gaillard. Mais les ouvriers d’Altrad ne rient pas eux. Le journal le Monde  ( 2) titre : Dans le Golfe, le cauchemar des ouvriers d’Altrad : cela fait deux mois que notre employeur ne nous paye pas » . L’employeur c’est  Mohed Altrad, 31e fortune française.  Ses 15. 000 employés dans le Golfe,  Emirats arabes unis, Qatar et Bahreïn, quand ils sont payés touchent 290 euros par mois ! «  l’entreprise profite de l’absence totale de syndicats dans cette région pour faire à peu près ce qu’elle veut. En France, de telles pratiques ne seraient pas acceptées. Mais dans le Golfe, avec des travailleurs non éduqués, parmi les plus vulnérables du monde, tout passe. »

Bref, les tenants de la  nouvelle  politique ( citoyenne / autrement / nouvelle / dégagiste / clownesque…) ont perdu tout repère, accroissent la confusion, alimentent  le «  tous pourris » bref, foulent aux pieds ce qui fait la noblesse de la politique,  le militantisme désintéressé, une incorruptible éthique.

L’inconcevable a un goût de cendres, mais gardons quelques tisons pour un autre demain.

Jean-Claude Carcenac

 

(1)  Interview à l’actu.fr  occitanie 4 juin 2020

 

       (2) Le Monde  édition du 6 juin 2020