I) Introduction

Se livrer à l’exercice d’analyse des élections municipales de Montpellier en 2020 est un exercice à la fois délicat et ingrat. Délicat, car l’abondance de listes (14) en dispute avec la faible participation (moins de 35% en moyenne, voir en fin de section)

Parce qu’aussi, la valse des étiquettes et des conflits internes qui ont touché la totalité des courants politiques présents sur la scène montpelliéraine, jusqu’à monopoliser par moments l’actualité de la campagne, rend difficile l’attribution des listes à des courants.

Parce qu’enfin, les conditions particulières de la fin de campagne, menée alors que la France allait entrer dans le confinement généralisé, on ajouté à la confusion et pesé sur la participation.

 

Pour autant, ces conditions particulières n’empêcheront pas d’observer nombre de similitudes entre ce scrutin et les scrutins antérieurs, sur ce qu’est le vote de gauche et de droite aux élections locales par exemple. Elles n’interdiront pas non plus la mise en évidence du gâchis qu’a causé la guerre des gauches. Alors que la mairie était à prendre, la division, voulue par les appareils nationaux et leurs relais locaux, a permis a l’héritier de la gauche du frêchisme d’être le seul recours au second tour pour espérer battre Saurel. Cette situation défavorable intervient, cerise sur le gâteau, dans l’une des villes où le sortant est le plus durement sanctionné dans les urnes, le maire sortant n’atteignant ni les 20 % des voix, ni même les 10000 votants.

 

Le parti-pris de cette étude est de présenter des cartes de la ville, augmentées du nombre de votant.e.s par bureau de vote pour les listes étudiées. Ceci parce que les pourcentages, s’ils facilitent la comparaison entre listes, passent à côté de certaines réalités, comme celle de la participation très faible dans certains quartiers de la ville, donnant à des listes y bénéficiant de réseaux clientélistes un bonus important en pourcentage, pour quelques dizaines de voix.

 

Carte de la participation aux municipales de 2020

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II) Les listes de la gauche désunie

1) Le contexte

L’histoire du frêchisme rendait illusoire, à Montpellier, d’espérer l’union de toutes les forces classées à gauche au premier tour et il était légitime de voir la gauche divisée en deux pôles, l’un, productiviste, préoccupé par la poursuite du projet frêchiste, et porté par Delafosse sous les étiquettes PS et PC, mais tout de même réorienté vers des positions plus sociales et écologiques, et l’autre, issu des opposions de gauche et écologistes à ce projet et désireux de changer l’avenir d’une ville tournée vers sa propre croissance, pour en faire un modèle d’une ville de demain, pionnière de la transition écologique et sociale.

 

Mais, une longue litanie de conflits et de divisions ont conduit à ce que trois listes se présentent sur ce créneau politique. Entre l’influence des directions parisiennes aveugles aux réalités locales et l’ambition personnelle de responsables locaux plus intéressé.e.s par leur propre position dans la vie politique que par la construction d’une alternative à gauche, le pire est arrivé. Aucune de ces trois listes n’est parvenue à atteindre le second tour, alors même que la victoire du camp politique qu’elles représentent était possible, au vu des résultats des dernières élections à Montpellier (30 % pour Mélenchon au premier tour des élections présidentielles de 2017) et des sondages commandés avant que le camp de la division n’emporte la partie.

 

2) Les résultats des trois listes de la gauche d’alternative

Trois cartes permettent de faire le résumé des performances électorales de ces trois listes. On remarque ce qui les rapproche : des électorats concentrés sur le centre-ville, les quartiers de faubourg qui l’entoure, les zones où se concentrent les jeunes et les travailleur.euse.s intellectuels, nombreux à Montpellier. Aussi, on constate des performances faibles voire, très faibles, sur les périphéries intérieures à la commune, tant dans les quartiers populaires comme à la Paillade que dans les quartiers de villas excentrés et vivant déjà comme des zones périurbaines.

La liste la plus faible, relativement à ses résultats globaux, sur cette zone est la liste menée par Alenka Doulain : le mouvement Nous Sommes n’a pas capté l’électorat des quartiers populaires, alors que c’était une des prétentions de ce mouvement. La liste Mention réalise les résultats les moins hétérogènes, elle a sans doute réussi, en toute fin de campagne, a capter un électorat du logo EELV qui a fini par manquer à la liste Ollier, qui réalise dans ce périurbain montpelliérain ses pires performances. C’est peut être cette population qui a été le plus impactée par les campagnes frisant la diffamation que la liste que nous avons soutenu à subie, tant de ses adversaires naturels du camp des bétonneurs que des diviseur.euse.s de son propre camp politique.

 

Répartition des voix de la liste Doulain (Nous Sommes, LFI nationale)

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Voix de la liste Ollier (Confluences, Générations, primaire EELV)

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Voix de la liste Mantion (EELV et alliés)

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3) La victoire à laquelle nous avons échappé

Le cumul des trois listes montre bien l’homogénéité de cette répartition géographique et donne une indication sur les points de force du vote de gauche aux élections locales. Il montre aussi combien, et même sans aucune mobilisation dans les quartiers populaires de la ville, une liste unie aurait pu réaliser une performance considérable dans notre ville, comme des listes d’union similaires l’ont fait dans des contextes sociaux différents près de nous à Sète, un peu plus loin à Toulouse et Marseille.

 

Cumul des trois listes étudiées.

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4) Et quid de Delafosse ?

La liste représentant, à gauche, l’héritage du frêchisme, a fait un résultat remarquable et remarqué, en talonnant le maire sortant. On observe sur la carte de ses résultats que, si une grande part de sa base électorale se retrouve sur les mêmes quartiers que les autres listes de gauche, il parvient à capter un petit peu de l’électorat populaire et des zones périphériques de la commune. Parmi les explications à apporter, pèse le fait qu’il soit parvenu à rassembler son camp politique et qu’il se soit maintenu à bonne distance des conflits fratricides qui ont pollué la campagne des autres listes de gauche.

 

Résultats de la liste Delafosse

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III) Comparaison aux élections antérieures

Les municipales de 2014 et les régionales de 2015 présentent des résultats qui confirment l’hypothèse selon laquelle le vote de gauche à Montpellier se concentre sur les quartiers du centre ville, des faubourgs et des universités. Les résultats de la liste FDG menée par Muriel Ressiguier et de la liste d’union Nouveau Monde montrent une constance remarquable des quartiers où Montpellier vote le plus à gauche. Comme dans beaucoup d’endroits, le vote populaire ne lui est pas garanti, le vote des personnes extérieure à la vie des centre-villes non plus. Pourtant, et les performances de la liste Delafosse le montrent déjà en partie, lorsque la victoire paraît possible, ces populations peuvent se déplacer pour aller voter en faveur de listes portant une possibilité réelle de changement économique et social. C’est ce que montre la carte du vote Mélenchon en 2017, qui ne fait pas tant que cela mieux sur les quartiers traditionnels du vote de gauche à Montpellier, mais qui réalise des résultats bien plus homogènes sur la ville. Cela laisse penser que l’union, et la perspective de gagner qu’elle amène, auraient pu permettre de faire encore mieux unis que ce qu’un simple cumul des voix laisse déjà paraître.

 

Liste Front de Gauche aux élections municipales de 2014

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Liste Nouveau Monde aux élections régionales de 2015

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Vote Mélenchon aux élections présidentielles de 2017

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IV) Les autres listes notables :

L’analyse du vote de droite n’est pas l’objet de cette étude, mais il convient de consacrer quelques mots aux listes Altrad, Saurel et Gaillard. La qualification du vote Gaillard fait partie des enjeux politiques de cette élection, pour se faire une idée de son devenir. Ces cartes montrent un phénomène intéressant : le vote pour Saurel, pour Altrad et pour Rémi Gaillard tendent à se concentrer sur les quartiers où le vote de gauche est traditionnellement faible, même si le vote Gaillard est le plus faible sur les quartiers populaires Les deux candidats LREM-compatibles1 font voter un électorat populaire, notoirement sur des bases clientélistes qui expliquent et les pourcentages intéressants et le nombre finalement limité de voix sur ces bureaux, ainsi, que dans l’électorat du périurbain interne à la commune.

 

La démarche « anti-système » de Gaillard a le plus parlé dans des quartiers par ailleurs les plus en phase politiquement avec l’équipe en marche à la mairie (ou avec Altrad, qui porte des valeurs quasi-identiques) et à peu mordu sur l’électorat traditionnel de gauche à Montpellier.

 

Une comparaison avec le vote FN de 2014 confirme une forte corrélation spatiale des électorat. Dans une élection où le candidat RN s’est vu retirer l’investiture et a fini en dessous de la barre des 5 %, il est possible qu’une partie du vote protestataire se soit reporté sur la liste Gaillard. Attention : comparaison n’est pas raison et si la tête de liste à mené une campagne résolument populiste et anti-politique, il n’a pas donné dans le racisme, l’autoritarisme et l’idéologie sécuritaire qui sont la marque de fabrique du Front, puis du Rassemblement National.

1) Le candidat officiel LREM ne sauve ses 5 % que grâce à une alliance avec le CDS, qui fait ses voix sur les quelques bureaux où il pèse.

 

Voix liste Altrad

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Voix liste Saurel

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Voix liste Gaillard

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Vote Jamet en 2014

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V) Quelques chiffres pour fixer les idées :

En guise de conclusion, car la conclusion politique de cette élection ne sera connue qu’une fois le second tour organisé, ou le premier annulé, voici quelques chiffres pour aider à fixer les idées. Il y a à Montpellier 153 403 inscrits sur les listes électorales. Parmi eux, seuls 53099, soit un gros tiers, se sont déplacés en 2020. La liste Saurel est en tête avec 9908 voix (18,6 % des votants) , La liste Delafosse arrive seconde avec 8636 voix (16,2 % des votants). Nous Sommes réalise 4797 voix, Mantion 3849, Ollier 3762. Aucune de ces trois listes n’est au second tour, alors qu’ensemble, elles représentent 12590 voix, loin devant Saurel lui-même. C’est le prix de la désunion.

 

Notons que le vote pour une gauche d’alternative reste en progrès par rapport à 2014, où seules les listes FDG, réunissant 5552 voix, et NPA, 1509 voix, représentaient ces options politiques. Par contre, les résultats de 2020 de la gauche d’alternative sont comparables aux 13042 voix obtenues par Roumegas au second tour en 2008, même si la plus forte participation en 20082 induit un meilleur étiage en 2020 pour la gauche d’alternative, relativement à ce que pesaient ces forces en 2008.

 

Un chiffre donne le vertige : Jean Luc Mélenchon obtenait 34639 voix à Montpellier au premier tour des présidentielles de 2017. Alors qu’en 2020, seuls 53099 Montpelliérain.e.s se sont déplacés pour voter pour une des 14 listes proposées au vote. La ville est gagnable à gauche. Il faut s’en donner les moyens et le montrer aux habitants de la ville, qui ne donneront pas un chèque en blanc à une gauche qui s’est, pour le moment, montrée incapable de représenter autre chose qu’une force divisée et incapable de se mettre en ordre de bataille pour gagner la ville. Comme ailleurs, les électeur.euse.s montpelliérains ne feront gagner une liste de transformation écologique et sociale que si elle est en capacité de gagner puis de gérer la ville, face aux forces politiques et sociales qui lutteront pour l’en empêcher. Or, pour montrer que nous sommes en mesure d’y parvenir, il faudra déjà nous montrer capables de rassembler notre camp.

 

Bastien MARCHINA, Montpellier, Mai 2020

2) Soit 73025 votants : c’est plus de 30 % de votants en plus par rapport à 2020, sur un corps électoral plus réduit ; 137180 personnes

 

Pour obtenir la version pdf c'est ici : analyse_1er_tour_municipales_2020