Thématique

La justice a été saisie par le propriétaire des locaux de l’ex-Institut Bouisson Bertrand, 778 rue de la croix verte, actuellement occupé sous la bannière de l’association « Solidarité partagée » par plus de 100 réfugiés laissés à la rue par le dispositif national d’accueil.

www.solidaritepartagee.com

Groupe FB : Solidarité partagée

 

                                                      LETTRE OUVERTE

           

            Peuples colonisés, néo-colonisés, accablés, trompés, massacrés, pillés, déplacés, expropriés...  Après des siècles de dictature coloniale, d'esclavage et de traîte des Noirs, pour fonder nos économies occidentales...

            Chassés par les effets du réchauffement climatique, auquel ils n'ont quasiment pas contribué... Balayés par les catastrophes naturelles, les sécheresses, les inondations... Ruinés par les banksters, les spéculateurs, les multinationales, qui accaparent les meilleures terres, arrachent les concessions minières, s'approprient des aquifères, alimentent les guerres, planifient la misère... Réduits à la désolation pour pouvoir préserver notre mode insensé d'hyperconsommation. Enchaînés à la dette, soumis à des taux d'intérêt malhonnêtes, accablés par les taux de change, étranglés par les institutions économiques internationales, ces organisations mercenaires du grand capital... Subissant les conséquences d'une crise économique et financière dont nous sommes les artisans, coupables négligents, dans laquelle ils ne portent aucune responsabilité, pendant que les plus riches peuvent continuer de s'enrichir outrageusement. Contraints de brader leur patrimoine commun, d’ouvrir leurs marchés, de libérer les prix, d’apurer leurs déficits, de privatiser leurs services publics. On produit de la croissance, mais pas de développement. On fait flamber les cours de la Bourse, mais aussi les taux de mortalité, de chômage et de pauvreté. On est prêt à tout pour assurer notre approvisionnement en matières premières: corrompre des potentats locaux ou nationaux, commanditer des assassinats, fomenter des coups d’Etat, et si cela ne suffit pas, envoyer l’armée faire le dégât. La guerre des ressources fait rage. Elle conduit au terrorisme et à des crises humanitaires, à des expropriations, à des déplacements de populations. Elle est particulièrement injuste et vile, car la plupart des victimes sont civiles.

            Ils n'ont plus qu'à migrer, à leurs risques et périls, pour chercher un asile, à boire et à manger, une vie tranquille et sans danger. Combien d'entre eux vont échouer, refoulés, noyés, incarcérés, torturés? De notre côté de la Méditerranée, ce que l'on craint par-dessus tout, c'est le raz-de-marée humain. 

            Notre mode de vie est marqué par l’abondance, le gaspillage, l’obsolescence… Il est dépendant de ses approvisionnements en matières premières, de sa production d'énergies fossiles et nucléaire, de ses émissions de gaz à effet de serre, du pillage éhonté des pays les moins avancés, maintenus à dessein dans un état sous-développé, au stade préindustriel, sous la coupe de tyrannies cupides et cruelles, d'Etats autoritaires, de grands propriétaires terriens, latifundiaires, seigneurs de guerre, marchands d'armes, pour que nos cartels puissent continuer de siphonner leurs richesses naturelles.

            Les revenus miniers et pétroliers alimentent les conflits, contribuent à l'achat d'armes et font tourner nos industries de l'armement. Les 5 pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, dont la France fait partie, produisent 95% des armes dans le monde. Le Dalaï-lama a raison: "Un pays qui vend des armes vend son âme."

            Sans guerre, pas de croissance, pas de retour sur investissement, pas de nouvelles commandes militaires, pas de bulle sécuritaire... Dans le monde des oligopoles, il faut faire la guerre pour faire des affaires, détruire pour reconstruire, polluer pour dépolluer et faire du PIB. On dépense des milliards dans la conquête spatiale, la guerre des étoiles. On part en quête de nouvelles vies dans l'univers mais on oublie celles qui sont sur Terre.

            C’est une minorité qui appauvrit la planète et la plus grande partie de l’humanité. Nous en faisons partie. L’écrasante majorité ne connait pas cette addiction à l'énergie et à la consommation. Mais elle en subit les conséquences. 

            À nous de remettre en question ce modèle de développement fondé sur le consumérisme et la croissance aveugles. À nous d'exiger l'universalité des droits. Il faut effacer la dette odieuse, améliorer leur situation économique, politique et sociale, créer des services publics dans la santé, l'éducation, le logement, l'eau et l'assainissement, apporter de la nourriture en cas de famine, des médicaments en cas de pandémie, promouvoir l'autosuffisance vivrière… Les solutions existent, prêtes à l'emploi, les moyens ne manquent pas. Il faut seulement brider les intérêts oligopolistiques. Arrêtons de plumer l'Afrique!

            Ce que nous partageons, tous sans exception, c'est notre condition, notre humanité. Nous sommes tous égaux devant la nécessité, tous d'égale dignité. Nous avons tous les mêmes droits. Nous ne pouvons accepter qu'un seul en soit privé. La responsabilité existe dans cette société. Il faut la déployer comme la démocratie doit se répandre de la base au sommet. Le pouvoir politique ne doit pas rester hors de portée des populations. Notre mode de vie doit faire l'objet de discussions et de remises en question. Nous devons mettre fin au sacrifice humain, résister à la déshumanisation. Nous revendiquons pour chacun une vie digne d’être vécue, et la satisfaction de ses besoins essentiels. Il faut ressusciter l’esprit de résistance, dénoncer la politique de compétitivité et de puissance.

            Trop de vies brisées, aliénées, anéanties, trop de souffrances endurées! Nous ne voulons plus être complices de ces crimes contre l'humanité. Nous ne pouvons rester muets devant les atrocités commises en notre nom, pour assouvir notre soif de surconsommation. On a renversé les valeurs de la vie, ne reconnaissant que celle de l'argent, ne légitimant que celles du marchand. On a dénaturé l'économie, subordonnant tout au profit, au lieu de répondre aux besoins des gens. Nous sommes en guerre contre un système qui asservit l’espèce humaine, qui nous déconsidère, incapable de reconnaître la dignité humaine en chaque être.

           

            L'association "Solidarité partagée" a pour but de proposer aux réfugiés, sans-papiers et demandeurs d'asile, un hébergement, un accompagnement et des activités en lien avec la population, contribuant au développement durable. L’Etat n'assume pas ses obligations, quand il n’assure pas les conditions matérielles d’accueil de personnes en détresse et qui ont besoin de protection. La pénurie de places d’hébergement est le résultat d’une politique délibérée, que nous n'acceptons pas. 

            Tissons des liens d'entraide et de coopération, pour un accueil digne et décent !

 

L.M.