Grande-Bretagne : élections, espoir et défis

6 jours ago

Grande-Bretagne : élections, espoir et défis

C'est l'absence de majorité au parlement pour résoudre le Brexit qui, après des mois d'impasse, a forcé
à l'organisation d'élections anticipées pour le 12 décembre. Mais si cette crise politique est d'une
ampleur historique, ce n'est pas la seule qui touche la Grande-Bretagne.

Il s'agit de la cinquième puissance économique mondiale, et pourtant les usager·e·s des « banques
alimentaires » (dons de nourriture) se comptent par millions. Après la Grèce, la Grande-Bretagne est le
pays développé où les salaires ont le plus baissé après la crise de 2008. Les services publics ont été
ravagés par des années d'austérité. Le système du « Crédit universel », regroupement de plusieurs
allocations (chômage, logement...) a permis une politique particulièrement cruelle de contrôle, de
sanction et de baisse des revenus des personnes les plus pauvres. Le montant des loyers a explosé,
ainsi que le nombre de personnes sans-abri ou sans logement digne. Cette crise sociale, absente des
grands médias, est un facteur essentiel. Elle nourrit une colère anti-système qui a contribué au vote de
2016 pour la sortie de l'Union européenne, mais en se tournant davantage contre l'immigration que pour
la justice sociale. Les élections seront-elles dominées par le Brexit, ou permettront-elles de mettre en
avant le partage des richesses ?

À l'heure actuelle, les pronostics sont très difficiles. Le Parti conservateur est en tête des sondages, le
débat médiatique tourne autour du Brexit, mais la campagne peut changer bien des choses.
Les conservateurs (droite), emmenés par Boris Johnson, promettent de « réaliser le Brexit ». L'accord de
sortie qu'ils proposent ouvre la voie à un rapprochement avec les États-Unis, à la réduction des normes
environnementales et du droit du travail, et au renforcement des politiques racistes déjà en place. Le
Parti du Brexit le concurrence sur sa droite en défendant une sortie brutale de l'Union européenne. Au
contraire, les démocrates-libéraux (Lib Dems, « centristes » mais qui ont gouverné avec les
conservateurs de 2010 à 2015) se veulent le parti du maintien dans l'Union européenne.

Le Parti travailliste (gauche) arrive aux élections avec une double orientation. D'une part, un programme
de progrès social qui rompt avec les politiques passées. En 2017, son programme radical (pour le
contexte britannique) et une campagne très dynamique lui avaient permis d'obtenir un résultat bien
meilleur qu'attendu. Pour 2019, le programme devrait être encore renforcé. Par exemple, la neutralité
carbone en 2030 et peut-être la réduction de la semaine de travail à 32h devraient rejoindre les
engagements de hausse des salaires, de renationalisation progressive du rail et de la poste, et de
gratuité de l'université. D'autre part, le Parti travailliste propose de négocier un accord de sortie de
l'Union européenne qui préserve le droit du travail et les normes environnementales, et de le soumettre à
un référendum en proposant également la possibilité de rester dans l'UE.

Cette orientation reflète des divergences au sein du parti : faut-il s'opposer au Brexit ou respecter le vote
de 2016 ? peut-on se concentrer sur les questions sociales et esquiver celle du Brexit ? Mais elle peut
aussi rassembler deux électorats partiellement distincts, les personnes qui font passer les revendications
sociales en priorité, et celles qui souhaitent un nouveau référendum pour rester dans l'UE.
Cinq semaines de campagne vont précéder l'élection. On peut s'attendre à un déferlement de
propagande et de calomnies de la part des grands médias, en particulier contre les travaillistes. En face,
des dizaines de milliers de militant·e·s de gauche se préparent au porte-à-porte, à mener campagne sur
les réseaux sociaux et à tirer partie de leur nombre, de leur motivation et de l'espoir porté par leur
programme.

Le résultat est très incertain. Une majorité pour les conservateurs serait désastreuse et démoralisante.
Une victoire travailliste est possible, mais pourrait ne pas donner de majorité absolue au parlement. Un
gouvernement travailliste risquerait d'être fragile, d'une part s'il dépendait du soutien des
indépendantistes écossais (centre-gauche) ou s'il faisait le choix de s'allier aux démocrates-libéraux, et
d'autre part du fait de ses divisions internes.

La gauche a beaucoup progressé dans le Parti travailliste depuis que Jeremy Corbyn en a été élu
président, mais la droite domine encore le groupe parlementaire. Le fonctionnement du parti a peu
changé et la culture dominante, même à gauche, est l'obéissance fidèle à la direction plutôt que la
réflexion critique. L'activité du parti tourne presque totalement autour des élections et des institutions. En
cas de victoire, de nouveaux défis se dresseront et l'application du programme nécessitera forcément

Une bataille politique à l'extérieur comme à l'intérieur du parti, ce qui pour l'heure n'a pas été préparé.
Les mobilisations sociales sont les grandes absentes de la situation britannique. Battu durant les
décennies néolibérales, le mouvement syndical est faible et mise majoritairement sur un changement
par les élections. Signe encourageant toutefois, plusieurs grèves victorieuses ont été menées à Londres
par des travailleurs·ses migrant·es et précaires, souvent organisé·es dans de petits syndicats combatifs.
Par ailleurs, une grève nationale pourrait également avoir lieu à la fin de l'année à la Royal Mail (poste)
et faire l'objet d'une campagne de soutien dans la population. Une victoire électorale pourrait aussi
encourager les luttes. En tout cas, une vraie rupture avec l'austérité ne semble possible qu'avec la
pression de mobilisations.

 

Nicolas V.

Type:  Article Mercredi, 6 Novembre, 2019 - 16:35 International Politique Analyses
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UDA : grande soirée Catalogne

2 semaines 1 jour ago

6ème Université D'ensemble

 

Pour conclure notre première journée de l'université d'Ensemble, nous aurons le plaisir de participer à une soirée spéciale Catalogne.

Se chargerons d'animer cette soirée pleine de promesses: 

 

Nicolas Garcia ( secrétaire du PCF 66)

Gildas Girodeau et Marie-Pierre Vieu ( co-auteur.e.s de "Les Catalans" Ed. Arcanes 17)

Maria Rovira (CUP)

Mariana Sanchez ( coordinatrice de "Catalogne, la République libre" Ed. Sylleps)

Francis Viguié (Esemble 34)

 

Nous vous accueillerons avec grand plaisir, donc si vous ne vous êtes pas encore inscrit.e.s, il n'est pas encore trop tard.

https://www.ensemble-fdg.org/content/inscription-luda

 

 

 

Type:  Article Lundi, 28 Octobre, 2019 - 16:17 Université d'Ensemble!
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Ecologie : gestion et conséquences des menaces naturelles sur les arbres et les forêts.

3 semaines ago
Crédit photo:  Dépérissement Pinus par carence hydrique. Crédit photo ACER, arboristes conseils

Présentation :

Il est difficile d’appréhender les conséquences qu’aura le « changement climatique » sur notre environnement. Vous trouvez ici une contribution qui décrit les dégâts qui sont d’ores et déjà causés aux arbres et aux forêts. Ce texte a été publié dans le n° 78 de « l’Alternative Rouge & Verte » journal trimestriel publié par les collectifs d’Ensemble ! Bourgogne Franche Comté. Il établit un constat lucide de la situation et ébauche quelques pistes pour faire face à ces changements d’ampleur qui s’annoncent. Jean Marie, son auteur, est un professionnel de la nature, par ailleurs militant engagé sur le terrain social et environnemental.

Ecologie : gestion et conséquences des menaces naturelles sur les arbres et les forêts.

Les arbres meurent dans notre région, par dizaines, par centaines et par milliers...

Il faut avant tout garder à l'esprit que, quelles que soient les espèces, les dépérissements constatés aujourd'hui sont, en partie, la résultante des canicules et sécheresses qui ont sévi en 2015, 2017 et 2018... Le constat actuel n'a que peu de lien avec la canicule et la sécheresse de 2019. Il aurait très bien pu pleuvoir plus cette année que cela n'eût pas changé grand-chose ...

La canicule et la sécheresse de cette année se paieront cash en 2020 - 2021... voire 2022 ou 25 ou plus tard, selon les essences.

Ainsi, les cèdres expriment les stress subits parfois au-delà de 5 années après un événement climatique extrême, les séquoias de 8 à 10 ans...

Nous n'avons encore pas pris la mesure de la catastrophe climatique. Si certains pensent qu'il est encore possible de changer la donne, je pense personnellement qu'il est déjà fort tard... Nous ne pourrons que limiter à la marge, même en prenant des mesures drastiques, la catastrophe climatique qui s'annonce.

Les "petits "aléas climatiques successifs affaiblissent les arbres qui deviennent plus sensibles aux différentes maladies et parasites. Ces maladies affectent à leur tour la vigueur des arbres qui deviennent, en retour, plus sensibles aux aléas climatiques...

La boucle est bouclée. C’est la spirale du dépérissement, à laquelle les arbres, du fait d’un développement lent, ne savent pas répondre.

S’ensuit une courbe exponentielle de dépérissement dont aucun ordinateur, aucun algorithme ne peut mesurer l'ampleur tant on est devant l'inconnu et tant la multitude des facteurs est grande.

Petit tour d'horizon, Grand Frisson

- Dépérissement massif des sapins dans les Vosges,

- Dépérissement de l'épicéa partout. L'épicéa a été planté massivement dans le Doubs en dessous de 500 mètres, (alors que on biotope idéal- milieu naturel- se situe au-dessus de 800 m). Il n'est pas surprenant qu'il dépérisse aux premiers aléas climatiques ! S'ajoute à ce facteur, la présence de cette sale bestiole appelée scolyte qui se disperse et se multiplie. Lors des épisodes secs, chauds, en l’absence de pluie, le scolyte vole d'épicéa en épicéa, y dépose sa progéniture qui détruit les arbres.

A ces deux facteurs du dépérissement de l'épicéa, s'ajoute l'action des marchands de bois. Ces derniers profitent du prétexte de la maladie des bois pour fixer des prix bas, provoquant la peur du propriétaire.  Lorsqu'il constate une attaque dans ses bois, il se dépêche d'abattre les bois sains de peur que la totalité du peuplement soit atteint et que leur valorisation se fasse à la baisse !

Ce dernier facteur de la disparition des arbres vaut pour presque toutes les essences, même si les causes initiales en sont différentes.

- Les frênes dépérissent à cause d'un champignon appelé Chalara Fraxinéa. Là aussi les ravages sont massifs. Là aussi l'abattage représente la réponse irraisonnée : on abat massivement sans attendre de voir quels sujets sont résistants à cette maladie. On se prive ainsi de toute possibilité de sélectionner les sujets résistant puisqu'abattus prématurément. Il semblerait que la ville de Besançon mette en place un protocole de recherche en ce sens, (j'aime ma ville !).

- Les hêtres, très sensibles au manque d'eau, dépérissent massivement dans le Jura, et partout dans le nord de l’Europe.

- Les platanes: touchés par la maladie du chancre coloré. Cette dernière a été importée en 1945 par les Américains lors du débarquement à Marseille dans des caisses contaminées emballant l'armement et les munitions.

C'est un champignon de la même famille que celui qui a provoqué la quasi-disparition de l'orme en France et qui a entrainé l'abattage de centaines de milliers de platanes dans le sud. Les foyers d'infections ont atteint Bourg en Bresse, Genève et Paris ces dernières années.

Le platane se montre également sensible à un autre champignon: l'anthracnose. Lequel provoque le dépérissement des jeunes feuilles.

Si cette maladie est endémique et peu impactant en termes de santé, l'attaque d'anthracnose a été très sévère cette année. Fin juin on peut considérer que la densité du feuillage des platanes en port libre à Besançon était inférieure de 30% à la normale.

C'est autant de réserve que l'arbre ne fait pas et qui l’affaiblisse.

- Les buis, doublement agressés : ravagés dans toute la France par une chenille : la pyrale du buis. La Franche comté a été sévèrement touchée. Ils sont aussi détruits par un champignon : Cylindrocladium buxicola.

- Les châtaigniers : peu présents dans la région. On en trouve néanmoins en forêt de Chailluz. Ils sont dans toutes les régions atteints de la maladie de l'encre, provoquant leur dépérissement. (La région est actuellement épargnée).

- Les pins noirs...

Un champignon appelé Sphaerosis Sapinaé est présent sur tous les pins noirs de France. Il est endémique et vit sans provoquer de dégâts tant que l'arbre n'est pas stressé, (ce champignon provoque le dessèchement des aiguilles)

A compter du moment où l'arbre subit un stress, le champignon prend alors de l'ampleur et provoque la mort de l'arbre en quelques mois ou quelques semaines. Plusieurs centaines de pins noirs ont déjà été abattus ces dernières années à Besançon, pour cette raison.

On peut s'attendre très raisonnablement à un dépérissement massif des pins noirs avant la Noël.

En observant la couronne des arbres en fin de journée vous pourrez remarquer que la couleur du feuillage, naturellement vert sombre, présente pour beaucoup une couleur vert marron, c'est un très mauvais signe.

- Les pins sylvestres :

Je pensais qu'étant donné que l'on rencontre beaucoup cette essence dans le sud, ceux de nos régions étaient à même de bien résister aux fortes chaleurs et au manque d'eau...

Force est de constater que les pins sylvestres en Franche Comté meurent en nombre...

- Les oliviers : ravagés en Italie par une bactérie tueuse : XylellaFastidiosa. Cette maladie a provoqué la disparition de millions d’oliviers dans la région des Pouilles.

Elle s’est répandue en Espagne malgré une surveillance sanitaire très stricte.

Elle a fait son apparition en Corse l’année dernière et ces jours-ci sur le continen.

Les conséquences

Avec la disparition des arbres c'est tout le biotope qui se trouve alors modifié, à commencer par les sols forestiers.

Le dépérissement des arbres a pour première conséquence la baisse d'apport de matière organique par la dégradation des feuilles.

Cette matière organique est essentielle à la structuration du sol et à la rétention de l'eau. Sans matière organique, pas ou peu d'eau n’est retenue par le sol.

Ce phénomène alimente la spirale de dépérissement généralisé des arbres et provoque une érosion des sols et, à terme, la disparition des forêts sans possibilité de reconstitution des massifs forestiers.

Nous assistons, sans le savoir, à une accélération de la désertification.

Hélas le constat dressé ci-dessus n’est pas exhaustif et il est difficile de situer le point de non-retour. Je pense personnellement que nous y sommes.

(Au-delà d’une certaine dégradation d’un biotope il n’y a pas de retour en arrière et la « nature » ne peut plus compenser, réparer les dégâts subis ; le système est condamné définitivement).

Il est donc temps de prendre la mesure de la catastrophe qui s’annonce et d’exiger des mesures qui s’imposent :
- En zone urbaine chaque arbre doit être défendu. Il est nécessaire de refuser tout abattage d'arbres qui ne soit pas dépérissant ou qui ne présente pas de symptômes de défaut interne du bois.

L’argumentation de compenser l’abattage d’arbres par de nouvelles plantations étant, comme l’exprime si bien Francis Hallé *, une triple arnaque :

« (les arbres) ... sont essentiels. On ne pourrait pas vivre dans une ville entièrement minérale. Mais pour nos élus, les arbres sont du mobilier urbain, pas des êtres vivants. Dès qu’ils gênent un peu, on les coupe. Comme les citadins y sont attachés, quand on abat un vieil arbre, on le remplace par trois plus petits. C’est une triple arnaque. Patrimoniale, car rien ne remplace un vieil arbre sur le plan paysager. Financière, car ces jeunes arbres coûtent cher à l’achat, à la plantation et à l’entretien. Et écologique, car la captation des polluants n’est plus la même. C’est une question de surface. Un grand platane couvre 500 hectares si l’on additionne son écorce, ses feuilles et ses racines. Il faudra plusieurs dizaines d’années pour que la surface cumulée des petits arbres remplace celle de l’ancien. Or beaucoup n’atteindront jamais l’âge adulte, car ils n’ont pas la place de se développer. Les beaux arbres qu’on coupe aujourd’hui ont été plantés il y a un siècle dans de bonnes conditions. Cela n’est plus possible à cause de la densité des réseaux souterrains urbains. »

- En forêt. Ii est urgent de ne plus considérer les forêts comme un ressource et de continuer leur exploitation massive, comme à Chailluz ou en Forêt de Chaux.

Les coupes à blanc (c’est-à-dire les coupes rases où tous les arbres sont abattus sur une parcelle) ne sont plus admissibles du simple fait que nous ne savons pas :

-         quoi replanter

-         et surtout que, techniquement, nous ne pouvons plus replanter en forêt:

Les sujets plantés sont de très jeunes plants : un coup de pioche, mise en place du plant, un coup de pied pour tasser.

Cette technique est très (rustre » et ne permet pas aux jeunes plants de résister aux aléas climatiques les 2 années suivant la plantation. Au premier coup de chaud et au premier manque d’eau le plan meurt (il est très difficilement envisageable d’arroser en forêt).

Ainsi la quasi-totalité des plantations effectuées en forêt de Chailluz en 2017 et 2018 a avorté. Il est envisagé que les dernières coupes blanches de peuplement de frênes abattus dans les coteaux sous la Dame Blanche soient laissées en friches… non replantables !

Chaque Zone Humide doit être défendue pied à pied… comme aux Vaîtes, dans la commune de Besançon.

Mais il est aussi urgent de planter partout où il est possible de planter en tenant compte de la nouvelle donne climatique : c’est à dire avec de réelles fosses de plantation et des gaines d’arrosage ** :

-         en bord de route,

-         sur les délaissés routiers,

-         dans les squares…

A ce propos il est essentiel d’interpeller nos élus et plus particulièrement ceux du Département du Doubs dont la Politique de l'arbre est sidéralement inexistante.

Mais aussi planter dans nos jardins potagers avec des essences à faible ombrage si demain on veut encore des légumes…

Il faut mener le débat et la controverse partout,

Il est bien tard …

Jean Marie Vieille
Taille et soins des arbres.
Des arbres pour l’Homme. Des Hommes pour l’arbre.

Photo : Dépérissement Pinus par carence hydrique. Crédit photo ACER, arboristes conseils

* Francis Hallé : botaniste dendrologue, conférencier, auteur de nombreux ouvrages scientifiques et grand public, comme « Plaidoyer pour l’arbre » paru en 2005.

** A Besançon, les rues sont nettoyées et les arbres arrosés avec de l’eau potable. Une réflexion urgente doit être initiée pour que des stations de pompage de l’eau des réservoirs de ruissellement, du Doubs… soient étudiés afin que ce gaspillage cesse.

Type:  Article Lundi, 21 Octobre, 2019 - 18:34 Ecologie
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Ensemble contre l'islamophobie

3 semaines 5 jours ago

Le 11 octobre, à Dijon, les élu.es du Rassemblement National au Conseil Régional de Bourgogne-Franche-Comté ont provoqué un incident à caractère raciste en cherchant à humilier et à menacer, publiquement et devant son fils, une mère voilée venue participer à une sortie éducative.

ENSEMBLE ! Mouvement pour une Alternative de Gauche Ecologique et Solidaire, partage l’indignation d’un grand nombre de citoyen.nes face à cette basse manœuvre visant à stigmatiser encore plus les musulmanEs.

Nous dénonçons l’hypocrisie d’une partie de la droite gouvernementale (LREM) et des Républicains qui, tout en déplorant du bout des lèvres cette provocation fasciste, en a profité pour soulever de nouveau la question, pourtant tranchée par le Conseil d'Etat, de la participation des mères voilées aux sorties scolaires. Plus généralement, c’est la place des musulmanEs dans notre société qui est remise en question.

ENSEMBLE ! réaffirme son opposition à toute nouvelle mesure d’exclusion. C’est aux racistes de dégager, pas aux musulmanEs !

Venant après l’embauche par la chaîne CNews du délinquant raciste Zemmour, le tournant ‘identitaire’ de Macron et son invocation d’une ‘société de vigilance’, des déclarations du ministre de l’éducation nationale Blanquer en faveur de l’exclusion des mères voilées, et bien d’autres signes inquiétants, cette nouvelle offensive islamophobe peut avoir des conséquences politiques et sociales désastreuses. Déjà, le 14 octobre, une sortie scolaire à la caserne des pompiers de la ville de Creil (Oise) a dû être annulée, suite au refus d’un officier d’admettre la présence de deux mères voilées.

L'islamophobie, composante majeure de la droitisation du régime, relayée par une partie de l'establishment politico-médiatique, les violences policières et l'acharnement policier et judiciaire contre les mouvements sociaux sont le signe d'un capitalisme de plus en plus autoritaire que nous devons combattre sans relâche. A cette offensive islamophobe et néo-fasciste, l'ensemble des organisations pour la liberté et les droits peuvent opposer une unité qui rétablissent un rapport de forces clair pour l'égalité, l'émancipation et la liberté démocratique.

Ensemble ! appelle à la vigilance et la mobilisation contre toutes les dérives qui banalisent la haine de la démocratie et des libertés fondamentales.

Type:  Article Jeudi, 17 Octobre, 2019 - 15:33 Nos communiqués Anti-racisme
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Voici le programme de L'université d'automne 2019, Inscrivez-vous !

4 semaines 1 jour ago

Le programme de notre université d'automne est prêt. Elle aura lieu du 31 octobre au 3 novmebre au Cap d'Agde.

Venez y découvrir ou redécouvrir toute la richesse du travail militant proposé sur l'actualité sociale et politique française et internationale. Ceci dans un cadre festif et convivial.

Voici un lien vers notre vidéo de présentation.

https://www.youtube.com/watch?v=JUgDzeVWMSk&feature=youtu.be

 

Profitez en pour vous inscrire avant que les places ne soient limitées.

A très bientôt dans l'hérault.

Fichier attachéTaille 19-10-31-4s_uda_programme.pdf579.67 Ko 19-07-04-v08_plaquette_uda.pdf480.42 Ko Type:  Article Lundi, 14 Octobre, 2019 - 16:15 Université d'Ensemble!
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Portugal : Pas de miracles, des choix politiques !

1 mois ago

Une situation économique moins catastrophique,  une victoire électorale d'un Parti socialiste et de la gauche... Et la presse européenne se hâte d'évoquer des miracles !
Rien n'oblige à oublier une situation économique fragile, sur laquelle pèsent des années d'austérité et de régressions sociales imposées par la Troïka au nom de sa doxa ultralibérale. Si elle s'est partiellement améliorée c'est aussi parce que le gouvernement socialiste sortant, sous pression du Bloc de gauche et du PCP, a su faire des concessions sociales et répondre positivement à quelques unes des aspirations populaires.
Le Parti socialiste en recueille les fruits : malgré une forte abstention (45,5%), avec 36,5% des voix il remporte une victoire sans équivalent en Europe. Le Bloc de gauche avec 9,3% des voix conserve ses 19 députés, et malgré une légère érosion (il passe de 550 000 voix à 492 000) il confirme sa position de 3ème parti du pays. Le PCP avec 6,40% des voix subit un recul mais conserve 12 députés.
Les conditions semblent réunies pour que soit poursuivie une politique qui n'ignore pas les intérêts de la population.  Catarina Martins porte parole du Bloc de gauche a  indiqué que son parti  était prêt à négocier avec le PS pour assurer une majorité parlementaire stable en rappelant les conditions posées pour un tel soutien : « La défense de celles et ceux qui vivent de leur travail, contre les exigences de la Troïka, la défense du droit du travail, la lutte contre la précarité, la défense des retraites, le sauvetage du service national de santé, le renforcement de l’investissement public pour faire face à la crise du logement, l’amélioration des transports en commun et l’urgence climatique ».
En France et en Europe, à gauche,  on doit se féliciter des résultats électoraux des gauches portugaises. Et soutenir les exigences politiques portées par le Bloc de gauche.

Type:  Article Jeudi, 10 Octobre, 2019 - 16:16 Nos communiqués International Actualités
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Manifestation d'Alliance devant le siège de la FI

1 mois 2 semaines ago

Alliance a appelé à manifester devant le siège de la France Insoumise, pour montrer son désaccord avec les positions du groupe parlementaire FI à propos des questions de sécurité et des violences policières. Il s’agit là d’une tentative d’intimidation et de pression contre un mouvement politique jamais vue ces dernières années. Le Ministre de l’Intérieur n’aurait pas dû le permettre.

ENSEMBLE, Mouvement pour une Alternative de Gauche Ecologiste et Solidaire, condamne cette manifestation, qui est une provocation de l’extrême droite policière. En s’attaquant à la France Insoumise, c’est à toute la gauche, à tous les démocrates qu’Alliance s’attaque. Ensemble appelle les organisations démocratiques à se mobiliser contre cette offensive dangereuse pour les libertés.

Type:  Article Jeudi, 26 Septembre, 2019 - 14:57 Nos communiqués
François Calaret

L’indépendance de l’Ecosse se rapproche

1 mois 2 semaines ago

L’une des premières actions de Boris Johnson lorsqu’il est devenu Premier ministre a été de s’attribuer le titre de titre de « Ministre de l’Union » et de se rendre en Ecosse pour essayer de contrecarrer l’effondrement du vote en faveur des Conservateurs et d’empêcher l’indépendance.

La crise constitutionnelle qui a explosé avec le coup que constitue la suspension du Parlement et le déni du vote empêchant un Brexit sans accord ne se réduit pas à un affrontement entre le Parlement et l’Exécutif : c’est aussi une crise globale de légitimité de l’État au Royaume -Uni.

Lors du référendum sur l’indépendance, en 2014, les Ecossais ont voté à 55% (contre 45%) pour rester au sein du Royaume-Uni. Mais ce vote a été acquis sur la base d’une double promesse solennelle des Conservateurs, des Travaillistes et des Libéraux Démocrates selon laquelle c’était le seul moyen garantissant le maintien dans l’Union Européenne et qu’à l’avenir de nouveaux droits seraient transférés au Parlement écossais. Au cours de la campagne référendaire de 2014, le soutien à l’indépendance est passé de 24 à 45% ; ce mouvement vers l’indépendance est irrésistible au sein de la classe ouvrière et des jeunes influencés par la Campagne Radicale pour l’Indépendance.

Lors du référendum sur l’Union européenne, l’Ecosse a voté massivement pour le maintien dans l’UE. Le gouvernement britannique n’a pas seulement ignoré cette volonté populaire, il a également refusé toute avancée dans la dévolution.

Un nouveau mouvement en faveur de l’indépendance s’est développé pour exiger un second référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, dont de récents sondages indiquent qu’elle sera mise en œuvre si le Royaume-Uni quitte l’Union européenne et si le règne des Conservateurs perdure. De façon écrasante, à plus de 70%, les jeunes sont pour l’indépendance. Ceux qui sont âgés de 16 à 18 ans ont le droit de vote pour les scrutins écossais et il existe des propositions progressistes visant à étendre les droits civiques au-delà des citoyens de l’Union Européenne aux autres nationalités. Le Parlement écossais a adopté une résolution législative prévoyant l’organisation d’un nouveau référendum ; un mouvement de masse se construit à travers des manifestations imposantes qui vont culminer le 5 octobre prochain lors d’une marche sur Edinburgh. L’an dernier déjà, une marche similaire essentiellement composée de membres de la classe ouvrière avait rassemblé 100.000 écossais pour revendiquer l’indépendance.

L’augmentation du soutien à l’indépendance s’est reflétée par la croissance du vote en faveur du Parti national écossais (SNP), un parti social-démocrate modéré qui est devenu le parti dominant en Ecosse. En 2015, le SNP a remporté une victoire historique en gagnant 56 des 59 sièges au Parlement britannique. Il était inévitable qu’il connaisse un recul lors des élections générales anticipées de 2017 ; mais le SNP a néanmoins conservé 35 sièges et sa position hégémonique sur la scène politique écossaise, bien qu’il soit le parti au pouvoir depuis 10 ans, dans le cadre d’un Parlement doté de pouvoirs importants.

Les treize députés écossais du Parti conservateur ont joué un rôle bien plus important que le DUP dans le soutien à Theresa May ; mais il est probable qu’ils ne durent pas très longtemps.  Les sondages actuels indiquent que le SNP remporterait plus de 50 sièges – grâce, notamment, au scrutin uninominal à un tour – alors que les Conservateurs et les Travaillistes connaîtraient une quasi-disparition parlementaire. Aujourd’hui, il est très difficile de se souvenir qu’en 1955 les Conservateurs étaient majoritaires en Ecosse. La démission de Ruth Davidson de son poste de porte-parole des Conservateurs écossais en protestation contre la direction de Boris Johnson constitue un nouveau coup dur. Cela réduit d’autant le réservoir de talents des Conservateurs. Mais, plus important encore, en tant que lesbienne de la classe ouvrière, Davidson avait en quelque sorte franchi une première étape dans le processus de reconstitution du parti conservateur comme le second parti écossais, au-delà de sa base réactionnaire traditionnelle, dépassant ainsi le parti travailliste dans un pays qui, de manière écrasante, respecte des normes sociales progressistes et modernes. En dépit de ses prétentions à être le « Ministre de l’Union », Boris Johnson s’avère toxique pour les Conservateurs dans une Ecosse moderne.

Le Parti travailliste écossais n’est que l’ombre de ce qu’il est en Angleterre. Il regroupe six fois moins d’adhérents que le SNP et c’est le seul secteur du Parti travailliste dont les membres ont voté contre Jeremy Corbyn lors du scrutin pour désigner le leader. Le nombre d’adhésions n’a pas réussi à progresser et l’électorat est tombé en dessous de 20%, alors qu’il était le parti dominant depuis des décennies. Lors des dernières élections européennes, il est tombé au cinquième rang des parti écossais et au sixième dans la capitale de l’Ecosse. La raison de tout cela n’a rien de mystérieux : le parti travailliste écossais ne s’oppose pas seulement à l’indépendance de l’Ecosse mais aussi à la simple tenue d’un référendum. Depuis longtemps, la majorité des militant de gauche et des électeurs ont abandonné le Parti travailliste écossais pour soutenir l’indépendance de l’Ecosse et malgré l’élection très serrée comme leader du Parti travailliste écossais de Richard Leonard – un soutien de Jeremy Corbyn – dans un scrutin qui l’opposait à un milliardaire de l’aile droite, le Parti travailliste écossais continue d’apparaitre comme un perdant, inutile à la classe ouvrière écossaise.

Le SNP n’est pas un parti qui lutte pour le socialisme. Il a un passif en tant que parti de gouvernement et le rapport récent de la Commission sur la croissance conduirait l’Ecosse vers une nouvelle période d’austérité. Malgré son affichage de marqueurs écologistes, ce rapport soutient les industries du pétrol, des combustibles fossiles et de l’aéronautique, ce pour quoi il a été vertement critiqué par les animateurs des campagnes pour la sauvegarde de l’environnement. Le soutien du SNP à l’Union européenne et à ses politiques néolibérales est un soutien inconditionnel, uniquement pondéré par une critique quasi muette du comportement passé de l’Union européenne vis-à-vis de la Grèce et du soutien manifestement anti-démocratique de l’UE aux attaques contre le mouvement pour l’indépendance de la Catalogne. Mais, en dépit de cette approche prudente, le SNP s’est opposé depuis le début au Brexit, en symbiose avec l’opinion majoritaire en Ecosse. Il semble prêt à en récolter les fruits en termes de majorité électorale au sein de la classe ouvrière lors des prochaines élections générales.

John Mac Donnell, du Parti travailliste, a récemment affirmé – à juste titre – que c’était entièrement du ressort du Parlement écossais de décider s’il devait y avoir un nouveau référendum sur l’indépendance. La direction du Parti travailliste écossais a immédiatement protesté et tenté de noyer cette initiative de manière anti-démocratique. En fait, le parti travailliste écossais et le parti travailliste au niveau du Royaume-Uni continuent à se dresser contre l‘indépendance et ils vont en payer un prix élevé sur le plan électoral, lorsque leurs électeurs vont migrer vers le SNP.

La plupart des gens qui soutiennent l’indépendance de l’Ecosse ne le font pas au nom d’une vision étroitement nationaliste. Ils soutiennent des idées progressistes sur la liberté de circulation et l’ouverture des frontières. En Ecosse, les migrants sont les bienvenus ! Les grèves lycéennes contre le changement climatique bénéficient d’un soutien à travers tout le pays.

Pour la grande majorité de la gauche en Ecosse – y compris les partisans de Socialist Resistance – l’indépendance de l’Ecosse ouvre la possibilité de débarrasser le pays de la férule arriérée des Conservateurs de Londres et de construire une politique de luttes de classes, de solidarité, d’action en faveur de l’écologie et de soutien à la liberté de circulation. Même s’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il était à ses débuts et s’il doit renouveler sa direction et sa tactique politique, le Parti socialiste écossais (SSP) continue néanmoins à construire ce combat. De nouvelles mobilisations et de nouveaux mouvements sociaux émergent, à propos du changement climatique et de la crise écologique, pour la solidarité internationale et contre la xénophobie. Une sensibilité écosocialiste a émergé au sein du Parti Vert écossais. Il y a des militants authentiquement de gauche au Parti national écossais et (quelques-uns) au sein du Parti travailliste. Une gauche radicale et unie n’est plus un rêve !

C’est une nouvelle étape de la lutte pour une Ecosse indépendante et socialiste qui s’ouvre.

Mike Piken. Traduction François Coustal. Article publié le 12/09/2019 sur le site de Socialist Resistance

http://socialistresistance.org/scottish-independence-grows-nearer/18013

Type:  Article Jeudi, 26 Septembre, 2019 - 11:52 International
François Calaret

Construire une Alliance contre Macron et son monde

1 mois 2 semaines ago

Résolution adoptée par le Collectif national  d'Ensemble le 22 septembre 2019

1- Le pouvoir Macron est conscient de sa fragilité
L’insistance de Macron sur un « acte 2 » du quinquennat révèle, au-delà de la communication, une certaine lucidité sur la fragilité du système de pouvoir. Celui-ci doit sa résilience à l’absence d’une alternative de gauche et écologiste. Et aussi dans les difficultés du mouvement syndical et social à s’unir nationalement et formuler des projets convergents.

Conscient des difficultés, Macron a décidé de bouleverser son calendrier en remettant au centre du débat public la question générale de « l’immigration », et d’installer un duel mortifère Macron-Le Pen en prévision de 2022, forçant cyniquement toutes les forces politiques, de gauche comme de droite, à se positionner. Ce choix qui veut faire à nouveau de la question de l’immigration et des migrants une question identitaire, peut avoir des effets délétères très graves si une riposte politique ne parvient pas à le combattre.

La situation appelle donc à un véritable « sursaut » pour riposter à cette stratégie globale, avec des cadres collectifs pour l’action, pour relever les défis à gauche et dans l’écologie politique, pour la formulation des projets, pour faire vivre l’aspiration démocratique très forte.

2- Construire une Alliance pour l’action

Depuis fin 2018, et au printemps 2019, les mobilisations des Gilets jaunes, doublées des mobilisations sur le climat, ont bouleversé la situation. S’y ajoute la portée universelle du mouvement féministe ravivé mondialement. Ces luttes bouleversent les méthodes du mouvement syndical ou des associations, les répertoires d’action jusqu’ici en vigueur.

a) Une perspective d’Alliance des forces de lutte est nécessaire, tout en respectant l’indépendance de chaque mouvement. Les Gilets jaunes, les syndicats, les collectifs écologistes, les mouvements féministes et antiracistes, peuvent se soutenir mutuellement, voire définir des moments communs avec des plates-formes discutées.  Une sorte de Forum des luttes pourrait être envisagé.

b) Les Gilets jaunes : le mouvement peut se pérenniser autour d’un approfondissement de son enracinement local, de son organisation démocratique, avec un processus confirmé d’assemblées locales et nationales, et l’adoption d’exigences précises et partagées.

c) Le mouvement écologiste peut progresser dans deux directions :

- La mise en place d’un cadre démocratique et transparent pour les décisions d’action ;
- L’élaboration de mesures d’urgences précises, dans une sorte de « plan » d’action articulant le social et l’écologique.

La situation nécessite aussi de prendre position sur la mise en place, suite au « grand débat »,  d’une Assemblée par tirage au sort. Cette expérience, malgré ses ambiguïtés, mérite un débat sérieux sur la question démocratique.

d)  Mouvement féministe :

- Dans la préparation des dates de lutte (l’échéance traditionnelle du 25 novembre aura lieu en France le samedi 23 novembre), notamment sur les violences et les féminicides, il convient de mettre en avant des exigences de services publics du logement et de centres d’hébergement de femmes en détresse et menacées ;

- Dès maintenant, la préparation du 8 mars 2020 a démarré (qui tombe un dimanche), regroupant toutes les associations et syndicats dans un cadre commun, et un appel à construire partout des collectifs locaux de préparation.

e) Le syndicalisme est à la croisée des chemins. Il y a une nécessité vitale de sortir des sentiers battus, de prendre des initiatives montrant une volonté d’unité, de lien avec tous les mouvements sociaux, et de rassemblement structurel permanent des syndicats défendant une approche convergente (CGT, Solidaires, FSU, FO…). Il en va de son avenir.

e) Mouvement pour l’accueil des migrants, mouvement antiraciste. La poursuite des mouvements de migrations (guerres, crises sociales) et la décision de Macron de faire de « l’immigration » une question centrale (avec des menaces immédiates sur l’AME) doit renforcer notre activité dans les collectifs de solidarité. D’autant plus qu’il existe dans la population une disponibilité confirmée à agir pour un accueil digne dans des cadres d’auto-organisation, alors que les exilés continuent à arriver. Deux procès des personnes solidaires sont en cours (2 et 24 octobre à Grenoble). A noter (et à commander) la brochure très complète sur les droits qui vient d’être éditée par Ensemble ! : « De l’air ! Ouvrez les frontières ! ».

Par ailleurs, un front commun des mouvements antiracistes est plus que jamais nécessaire (cf : le document d’orientation générale adopté par Ensemble !). L'amorce d'auto-organisation dans les quartiers populaires et les banlieues (cf : l'affirmation du comité Adama) sont également à prendre en compte et à soutenir.

f)  Les thèmes d’actions, les propositions :

* Imposer le référendum contre la privatisation d’ADP :  La campagne peut être victorieuse autour de l’idée : c’est à la population de décider souverainement.  Il convient de rendre le plus visible possible le collectif unitaire national, et de démultiplier les initiatives militantes pour aller chercher les signatures en accompagnant toutes les luttes sociales et toutes les occasions de rassemblement populaires. Et ainsi de combiner sans tension les initiatives parlementaires incluant des forces de droite et des initiatives indépendantes situées dans le camp de la gauche et du syndicalisme.

* Les retraites : un défi stratégique

L’extension du délai de « concertation », et une certaine hésitation dans le dispositif gouvernemental (âge pivot…) pourraient ouvrir des brèches pour agir.

Pour être victorieuse ou faire reculer le pouvoir la riposte nécessite :

- de faire de cette question un enjeu de société, politique au plein sens du terme, contre la retraite par points, contre l’allongement de durée de cotisation : réseaux sociaux, débats publics, appels, propositions communes de forces de gauche et écologistes. Dans cette optique, Ensemble adressera une lettre de propositions aux forces politiques.

- de rendre visible un contre-projet basé sur la socialisation du salaire, la garantie d’un taux de remplacement élevé (prestation définie), l’égalité professionnelle et salariale femmes/homme, et des pas en avant vers un régime général unifié vers le haut, alternative à l’universalisation libérale de Macron.

- de s’appuyer sur les mobilisations professionnelles déjà en cours (RATP…).

- d’être en capacité de cibler quelques mesures autour desquelles la lutte globale peut s’unifier : par exemple un taux de remplacement élevé et garanti, l’égalité salariale femmes/hommes, etc.

* Les droits des chômeurs : Pour empêcher leur isolement interprofessionnel, il faut faire en sorte que la question des droits des chômeurs et celle des retraites convergent. A certains égards, les problématiques sont les mêmes : une sécurité sociale universelle. Il convient donc de rester actif dans les Collectifs Unédic, nationalement et localement. Et là aussi de rendre visibles des mesures alternatives autour du droit à l’indemnisation par le salaire de toutes les formes de chômage.  

* Services publics : alors que des luttes se développent (urgences hospitalières et santé, ADP, EDF, finances publiques, trésoreries et zones rurales, poste), nous confirmons notre activité suivie au sein de la Convergence nationale de défense des services publics et de ses collectifs locaux, qui a lancé au printemps 2019 une campagne nationale prolongée.

* Répression, droits démocratiques : face à un Etat de plus en plus autoritaire, violent et répressif, ce qui est consubstantiel au néolibéralisme, il convient de favoriser la mise en place d’un cadre national social et politique pour le respect des libertés démocratiques et l’interdiction des armes létales de la police.

* Exigences démocratiques : élaborer une réponse à l’exigence démocratique puissante par un corps de propositions articulant la démocratie issue de l’auto-organisation sociale et la démocratie politique active.

3- Le rôle des forces politiques dans la construction d’une alternative :

La construction d’une alternative majoritaire pour l’émancipation devra combiner les propositions politiques venant des acteurs-trices sociaux et citoyens et celles venant des forces politiques organisées. La responsabilité propre des organisations politiques n'en est que plus grande.

Il est indispensable que les débats stratégiques nécessaires ne débouchent pas sur des concurrences exacerbées, des refus de fronts communs (y compris lors d’échéances électorales) dès lors que des convergences se constatent souvent dans les luttes.

La question-clef qui détermine les alliances durables entre organisations politiques demeure l’acceptation ou le refus actif des politiques libérales ou social-libérales, et leurs déclinaisons écologiques.

Il convient pour Ensemble ! d’œuvrer à la mise en place de cadres démocratiques communs d’élaboration et d’action, de propositions communes coconstruites entre les courants politiques et des forces sociales et citoyennes (et non pas des cartels), à la suite des « appels » divers (Big Bang, Convergeons, Sursaut, appels de syndicalistes…). Cette politique comporte une dimension nationale, mais se décline partout sur les territoires.

4-Initiatives propres d’Ensemble :

- Réussir l’Université d’automne 2019.

- Progresser dans l’élaboration des commissions thématiques, dans la mise à disposition de moyens de communication : tracts ou autocollants.

- Organisation d’une journée d’étude sur retraites et assurance-chômage : proposition le 12 octobre. L’objectif est d’éditer un bulletin.

- Préciser un plan national de priorités et de mesures sur le climat et la biodiversité (à discuter avec la commission écologiste). 

- Une journée d’étude sur la situation internationale (à discuter avec la commission internationale) et confirmation du voyage d’une délégation nationale d’Ensemble en Algérie dans les prochains jours.

- Suivi du travail européen de participation au PGE.

- Elaborer des propositions pour une rupture démocratique : renforcement de l’activité du groupe de travail, notamment en prévision de l’Assemblée générale d’Ensemble.

Type:  Article Jeudi, 26 Septembre, 2019 - 11:35 Politique
François Calaret

Municipales 2020 : orientation d'Ensemble

1 mois 2 semaines ago

Texte d'orientation d'Ensemble pour les élections municipales 2020

1- Une plate-forme pour les municipales doit être élaborée avec le souci de refléter les mobilisations locales et les axes des différentes forces avec lesquelles nous travaillons, associations et collectifs citoyens, syndicats, forces politiques. Les thématiques principales à défendre sont à relier aux mobilisations sociales et écologiques en cours : hôpitaux, déserts médicaux, santé, qualité de l'air, pollutions, éducation, luttes des femmes, poste, petites lignes et gares chemin de fer, solidarité avec les migrantes et les migrants... Contre l'étouffement de la démocratie communale, il s'agit d'opposer une logique municipaliste telle que l'expriment les "villes rebelles" de l'Etat espagnol.

Ces élections municipales vont poser à l’échelle nationale et dans chaque métropole, agglomération, communauté de communes et commune la question de la démocratie dans le fonctionnement des collectivités locales.

L'échelon communal est attaqué par la droite libérale et les sociaux-libéraux. La loi Notre, votée sous le gouvernement Hollande, dépossède les communes de leurs prérogatives et de leurs ressources. Elle éloigne des citoyens et citoyennes des centres de décision qui sont délégués à des institutions non élues et non démocratiques.

Pourtant la commune reste souvent par sa proximité avec les citoyens et les citoyennes un lieu de résistance aux politiques antisociales et autoritaires. Nous défendons une réelle démocratie locale et une politique de coopération et de solidarité face aux logiques de concurrences métropolitaines mises en oeuvre dans l'Union européenne.

Cette plate-forme doit également expliquer pour quelles raisons nous participons à ces élections et ce que doit être selon nous le rôle des élus et des élues.

2- Les axes politiques répondant aux enjeux de la situation.

Macron veut poursuivre la restructuration du champ politique par la conquête de positions municipales, en particulier dans les grandes métropoles, en perspective des autres élections à venir et avec en ligne de mire la présidentielle de 2022. Cela en divisant et affaiblissant la droite traditionnelle et le PS. Et en désignant l'extrême droite, elle même en progression, comme l'unique opposition existante.

Confrontée à cette offensive,  la gauche est très affaiblie et divisée.

Dans le même temps la mobilisation des Gilets jaunes  a modifié la donne sociale et politique, ainsi que la perception des problèmes nécessitant des réponses urgentes, ce qui peut donner lieu à des traductions inédites à l'occasion de ces élections. La rentrée  se voit également marquée par de fortes mobilisations sociales dans différents secteurs. Et existe la conscience de plus en plus aiguë du caractère décisif des questions écologiques, en particulier celle du climat, qui appelle à modifier l'ensemble des politiques publiques préconisées.

Lors de ces élections, les problèmes que connaissent les quartiers populaires doivent être posés avec force. La mobilisation de cet électorat populaire suppose une réelle prise en compte des discriminations et inégalités que celui-ci subit, ainsi que de ses aspirations.

Les élections municipales vont donc représenter un rendez-vous politique décisif, à la fois au regard des réponses apportées à cette occasion par les différentes forces politiques et en ce qui concerne la reconfiguration du champ politique en cours.

L'impératif est donc de préserver, voire si possible améliorer les positions de la gauche face à la droite macroniste, à la droite LR et au RN.

3- L'offensive macroniste à l'occasion des municipales se confronte à des obstacles majeurs.

° Elle se situe après des mobilisations sociales importantes. En particulier le soulèvement des Gilets jaunes, qui a conduit à la recherche d'une expression politique lui donnant une traduction au plan institutionnel, laquelle va peut être se confirmer à cette occasion.

° La complexité et la diversité des situations locales. Au prisme de la réalité communale, les citoyens et les citoyennes vivent de manière spécifique la politique : la prégnance des déterminants nationaux est moindre, à l'inverse les données locales sont décisives (le rôle des maires, des élus et des forces sociales et politiques agissant à cette échelle), les problèmes qui se posent au  quotidien, les réalisations qui impactent le vécu des populations...) D'où, à ce niveau, une potentielle capacité de résistance des forces politiques implantées localement.

Nous devons favoriser les constructions politiques nouvelles susceptibles de traduire politiquement ces évolutions.

4- Ensemble! défend une démarche de rassemblement citoyen.

Il convient dans le contexte actuel d'exploiter au mieux les possibilités locales permettant de rassembler en vue de constituer dans un maximum de communes des pôles de résistance au néolibéralisme,  à sa traduction politique d’aujourd’hui, le macronisme, et pour engager la construction d’embryons de contre-pouvoirs populaires.

La poursuite de tels objectifs suppose d’affirmer les principes qui devraient présider à la construction de listes de rassemblement large de la gauche et de l'écologie :

- La mise en œuvre, y compris dans les grandes villes et les métropoles, d’une véritable démocratie active, engageant un processus de co-décision entre citoyens et élus (assemblées citoyennes dotées de pouvoirs et de moyens, budget participatif, recours au référendum local sur les projets structurants…), loin des pseudo-concertations trop souvent à l’oeuvre. Pour les municipales la possibilité existe que s'organisent des collectifs citoyens aptes à discuter des programmes, des alliances, de la désignation des candidates et candidats... Ensemble ! milite pour que ce potentiel se concrétise dans le plus de lieux possibles et avec le maximum de force. Cela ne s'oppose pas au rôle indispensable des organisations politiques, lesquelles devraient épouser cette dynamique indispensable à la relégitimation de leurs propositions.

- L’engagement de politiques publiques en rupture  avec les logiques austéritaires malgré les cadres imposés  : développement des gratuités, le quotient familial permettant de tenir compte de la situation financière des familles, re-municipalisation des services publics locaux et des "communs" passés en délégation de service public, avec dans le même temps une affirmation de la nécessité de grands services publics nationaux, une action résolue pour contrer les effets du chômage et combattre la pauvreté, une transition écologique hardie, une politique d'accueil des migrantes et migrants...

Pour Ensemble! affronter cette situation implique de porter une orientation d'indépendance autour de principes démocratiques et d'exigences de ruptures avec les politiques dominantes.

5- Ensemble! défend une démarche de rassemblement large sur un programme de combat contre le néolibéralisme, donc d'opposition aux forces social-libérales, de droite et d'extrême droite qui en sont les vecteurs politiques.

Ce pourquoi nous nous adressons à toutes celles et tous ceux qui veulent s’opposer à l’offensive macroniste et aux forces défendant le néolibéralisme dans ses divers registres austéritaires, antiécologiques et autoritaires. Cela sans exclusives, avec le souci que personne ne soit en situation d’imposer son hégémonie, ni ne cherche à subordonner quelque partenaire que ce soit. Cette perspective de rassemblement large doit être distinguée des formules traditionnelles d'Union de la gauche, qui peuvent aujourd'hui réapparaître et que nous ne saurions soutenir.

Cette démarche s'adresse aux forces du mouvement social, ainsi qu'aux organisations politiques qui peuvent jouer un rôle particulier pour la réussite de celle-ci : La France insoumise, le Parti communiste... Ainsi qu'à toutes les organisations susceptibles de partager ces mêmes préoccupations : Diem25, Ecologie populaire, GDS, Génération.s, GRS, Libertaires, ND, NPA, PG, PCOF, Place publique, R&S...

Avec EELV, des accords sont possibles dans certaines villes, les valoriser peut aider à contrecarrer la tentation d'extériorisation par rapport à la gauche que portent certains de ses dirigeants.

Le PS aborde ces élections dans une situation inédite, il est aujourd'hui minoritaire au sein de la gauche au plan national et se présente localement dans des configurations diverses. Nous continuons à combattre ses positions social-libérales et sécuritaires, celles que portent nombre de maires sortants ou candidats à le devenir.

Cela ne saurait empêcher de prendre en compte les situations particulières dans lesquelles des secteurs du PS sont amenés à défendre des options politiques en rupture avec le social-libéralisme et peuvent s'inscrire dans des alliances correspondant à cette logique.

Pour les deuxièmes tours il faudra empêcher les forces de droite (dont LREM) et d'extrême-droite de renforcer leurs positions municipales voire de conquérir des villes. Nous soutiendrons des accords à gauche répondant à cet objectif.

Adopté par le Collectif national d'Ensemble le 22 septembre 2019

Type:  Article Jeudi, 26 Septembre, 2019 - 11:23 Elections
François Calaret

Mépris de Valérie Pécresse pour les banlieues

1 mois 3 semaines ago

« Dans les banlieues, nous ne devons plus avoir la main qui tremble » : le titre de la tribune de Valérie Pécresse, publiée dans Le Monde du 10 septembre, affiche un parti pris méprisant et menaçant à l’égard de territoires et de populations qu’elle a, en principe, la charge de défendre et de représenter. Assumant l’objectif de « détruire résolument nos grands ensembles », la présidente de la région Ile-de-France défend la priorité du rétablissement de l’autorité, la fin du bracelet électronique ou la création de nouvelles places de prison.

Après tant d’autres, elle propose un axe majeur pour répondre aux profondes difficultés rencontrées par les habitants de banlieues populaires : la répression. Maintenant qu’Emmanuel Macron s’est installé sur ses terres, la droite, même quand elle se veut plus sociale et plus moderne, semble courir après l’extrême droite qui lui tond la laine sur le dos. Dans cette course électoraliste, ce sont les termes du débat qui se trouvent dangereusement infléchis. Même les efforts conduits depuis vingt ans pour transformer les quartiers populaires sont rabaissés à du « ripolinage des murs et des façades ». Améliorer le bâti grâce à la rénovation urbaine ne change pas toute la vie, mais permet souvent de vivre dans un cadre plus agréable. Ce n’est pas rien. Et c’est précisément ce fil de progrès qu’il faut aujourd’hui tirer résolument.L’ignorance à l’égard des quartiers populaires est trop souvent portée en bandoulière par une droite sûre d’elle-même, guidée par le mépris de classe et le rejet de l’altérité. Ces banlieues ne seraient que désespoir, solitude, ghetto, trafic, violence et islamisme. Comme si les visites officielles ou le prisme des seules images vues à la télévision empêchaient de mesurer la richesse du tissu associatif, la créativité, l’énergie, la solidarité qui font aussi partie du quotidien de ces quartiers, cibles d’une stigmatisation aux effets désastreux. Il y a bien plus de finesse du regard dans le film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir qui triomphe sur nos écrans : La Vie scolaire nous immerge dans un collège de Saint-Denis où les élèves se débattent avec malice et ténacité, soutenus par l’humour, l’entraide et la compréhension.

L’inégalité au cœur des difficultés

Députée de Seine-Saint-Denis, je peux témoigner de l’engagement de ses habitants pour construire une vie digne dans un climat qui ne leur facilite vraiment pas la tâche. Le rapport des députés François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo remis l’an dernier sur ce département pointe le grave et constant défaut des moyens que l’Etat y consacre. Un exemple : « Le moins bien doté des établissements scolaires parisiens reste mieux doté que le plus doté des établissements de la Seine-Saint-Denis », soulignait le sociologue Benjamin Moignard, interrogé pour ce rapport.

Le cœur des difficultés dans les quartiers populaires porte un nom : c’est l’inégalité. Moins de services publics, moins d’emplois disponibles, moins de lieux culturels, moins de ressources pour les collectivités qu’ailleurs. Plus de pauvreté, plus de précarité, plus de difficultés sociales, plus de défiance, sans compter les discriminations au faciès, au nom ou à l’adresse. En matière de justice ou de santé, de budgets des communes, ces banlieues sont maltraitées par la République. Des municipalités ont d’ailleurs porté plainte contre l’Etat pour rupture d’égalité. Nous en sommes là. Dans le ressentiment qui s’exprime parfois avec virulence vis-à-vis de la République, j’entends au fond une demande de plus de République. La devise « Liberté, égalité, fraternité » ne doit pas seulement être inscrite sur le fronton des écoles, elle doit se traduire dans l’action publique. Le sentiment d’abandon et la panne de la dynamique d’égalité doivent être pris au sérieux et endigués par un investissement inédit, une valorisation, un soutien.

Deux visions clairement opposées

Ces difficultés ont une histoire qu’il faut connaître et réparer : celle d’un Etat qui, dès l’origine, a sous-investi en considérant que seul le logement était une obligation pour héberger les ouvriers de nos usines et les maçons de nos villes. Mais cette histoire est aussi celle des luttes de ce qui n’était pas encore la banlieue pour conquérir l’eau, l’électricité, les pavés sur les routes. La construction, aujourd’hui en cours, du métro qui va enfin mieux desservir ces quartiers est aussi le résultat de la ténacité des élus pour que le Grand Paris appartienne, aussi, aux habitants des banlieues. Au moment où le prix moyen du mètre carré dépasse les 10 000 euros à Paris, la droite s’en prend au logement social des quartiers populaires, qu’elle entend « plafonner ». Veut-elle reléguer toujours plus loin leurs habitants, qui n’ont pas décidé de disparaître et qui continuent de se battre pour bien vivre dans la métropole ? Au moment où chacun chante sa conversion écologique, qui peut penser qu’on peut les obliger à d’insensés déplacements quotidiens ? Et qui peut croire qu’une hypothétique arrivée des classes moyennes viendra sauver ces quartiers ? En pointant leurs habitants du doigt, on ne fait qu’alimenter la ségrégation qui ruine notre société.

La peur et la résignation vont-elles cesser par la seule présence policière et l’inflation des sanctions ? Quel angélisme et quelle naïveté que de le croire ! Et pourtant, je me bats pour un commissariat de plein exercice à Sevran, parce que nous sommes tellement sous-dotés en présence policière dans notre ville qu’une femme qui voudrait, par exemple, porter plainte pour viol en pleine nuit doit aller à Aulnay-sous-Bois et attendre dans la rue qu’un fonctionnaire soit disponible. Mais le volet de la répression vient quand nous avons échoué sur tout le reste. Valérie Pécresse réactive une confrontation de fond, avec deux visions clairement opposées : la solution par l’égalité ou par la répression. A mon sens, « la main qui tremble », pour l’instant, c’est plutôt celle de l’Etat quand on lui demande de signer un vaste plan pour combattre, dans les banlieues, cette inégalité qui nous asphyxie. C’est là qu’il faut porter un haut niveau d’exigence.

Clémentine Autain (Députée (LFI) de Seine-Saint-Denis). Tribune publiée dans Le Monde.

Type:  Article Jeudi, 19 Septembre, 2019 - 14:28 Politique
François Calaret

Appel Uni-Terre: grève et marche mondiale pour le futur

1 mois 3 semaines ago

Des militants, élus, collectifs, gilets jaunes lancent un appel Uni-terre à la mobilisation générale et seront dans le rue le 20 et 21 septembre pour porter un nouveau projet de société contre « un ordre social productiviste capitaliste chaque jour plus écocidaire, inégalitaire et antidémocratique ».

Le réchauffement climatique est devenu une réalité. La biodiversité s’effondre. L’endettement et les inégalités de richesse explosent. Devant la gravité de la situation planétaire, nous, signataires, appelons à une mobilisation générale. Vendredi 20 et samedi 21 septembre, nous serons dans la rue pour exiger un changement du modèle économique et financier mondial, pour bâtir un autre futur pour l’humanité, dans l’équité, la démocratie et la paix.

Lors de cet été 2019, nous avons assisté à des incendies sans précédent affectant la forêt tropicale amazonienne, à des tempêtes tropicales dévastatrices, à la fonte du permafrost, au ralentissement du gulf stream. Même en France, à cause de la sécheresse, nos forêts de sapins ont commencé à mourir. Les nouvelles annoncées dans le dernier rapport spécial du GIEC, qui sera officiellement publié le 25 septembre prochain, font froid dans le dos : le permafrost et les glaciers fondent beaucoup plus vite que prévu libérant d'énormes quantités de méthane, gaz à effet de serre très puissant. Tous ces phénomènes risquent de provoquer des réactions en chaîne. Et pourtant les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter. Il nous faut agir et mettre en œuvre les politiques nécessaires pour réduire les pollutions, prédations et les inégalités ! Il n’y a qu’une planète !

En 2018, de fortes mobilisations pour le climat et la biodiversité (coquelicots), pour la justice sociale et la démocratie directe (gilets jaunes) ont émergé. En 2019 s’y ajoutent de nombreuses mobilisations sociales (hôpitaux, retraites...). Toutes ces mobilisations sont séparées et sans projet commun, alors mêmes qu’elles affrontent un même ordre social productiviste capitaliste chaque jour plus écocidaire, inégalitaire et antidémocratique.

Il est temps d’unir nos forces pour proposer un nouveau projet de société qui substitue la coopération à la concurrence et cherche à réduire les inégalités, qui partage les ressources de la planète de manière équitable, qui garantit un climat vivable à tous les peuples et les générations à venir, dans un cadre de paix et de démocratie.

Nos exigences :

Assurer la justice sociale, pour une transition écologique juste
Nous devons réduire les inégalités économiques, sociales, environnementales et territoriales et garantir l’accès aux services minimaux vitaux et aux services publics de qualité et de proximité. Un grand plan d’investissement vert devra rendre le logement, les déplacements et nos activités économiques écologiquement soutenables tout en créant des emplois stables.

Protéger les biens communs et défendre les populations les plus exposées
Il nous faut reconnaître juridiquement l’air, l’eau, le sol, la biodiversité comme ressources et biens communs de l’humanité et les protéger de la surexploitation et des pollutions en organisant démocratiquement leur gestion commune. Nous devons reconnaître le crime d'Écocide et le principe de pollueur payeur, en France et au niveau international, venir en aide aux pays du Sud, les premiers à souffrir du réchauffement.

Réduire les gaz à effets de serre pour limiter le réchauffement à +1,5 °C
Nous demandons que la France engage une véritable politique permettant de repasser sous les plafonds de la soutenabilité écologique. Cela passe notamment par la réduction de la consommation énergétique et le développement des énergies renouvelables dans le cadre d’une stratégie zéro carbone pour 2040 incluant les importations. Nous exigeons que la prochaine Conférence climat engage des décisions contraignantes.

Approfondir la démocratie, pour relever les défis écologiques et sociaux
Cette transition écologique ne pourra pas se faire sans une mobilisation générale de la population pour refonder démocratiquement nos modes de vie. Il faut ouvrir, à tous les échelons territoriaux, des lieux d’échanges pour décider ensemble des politiques de la transition écologique et solidaire à mettre en œuvre en matière de fiscalité́ d’urbanisme, de transport, d’énergie et d’agriculture.

Engageons sans délai des luttes “Unies-Terre”

Face à une menace pour la survie de la civilisation, associations, syndicats, mouvements politiques, gilets jaunes et verts doivent s’unir pour changer le système ! Dès aujourd’hui construisons un front populaire écologique pour mener une transition juste qui garantisse la paix et élargisse la démocratie.

Sur ces bases, nous appelons à participer en France à la grève mondiale pour le Futur du vendredi 20 septembre, aux différentes mobilisations du samedi 21 septembre et aux différentes activités non violentes de la #WeekForFuture du 20 au 27 septembre.

Fin du monde, fin du mois, même combat !

Premiers signataires :
Karim Aou, Génération·s, membre du Collectif national ; Clémentine Autain, La France Insoumise, députée ; Guillaume Balas, Génération·s, coordinateur national ; Michel Bock, Génération·s, membre du collectif national ; Jean-Claude Branchereau, Gauche démocratique et sociale ; Alice Brauns, #Unis pour le climat, administratrice ; Esther Benbassa, Europe Écologie Les Verts, sénatrice ; Serge Burckel, Représentant du groupe S.I.G.L.E ;

Boudgema Chettouh, Gilet jaune 95 ; Yves Cochet, ancien ministre de l'environnement ; Etienne Cognet, Youth For Climate, référent communication national ; Yves Contassot, Génération·s, membre du CN ; Sergio Coronado, Pour une écologie sociale et solidaire ; Alain Coulombel, Europe Écologie Les Verts, secrétaire national adjoint ; Isabelle Couradin, Génération.s, membre du CN ; Stéphane Cuttaïa, cofondateur des Gilets Verts ;

Collectif Décla ta manif (gilets jaunes) ; Cyril Dion, réalisateur ; Damien Deville, Anthropologue, cofondateur d’AYYA ; François Dubreuil, #Unis pour le climat, administrateur ; Guillaume Duval, journaliste ;

Thibaud Eychenne, Jeunes Génération·s ; Txetx Etcheverry, Bizi !, membre de la coordination ; Patrick Farbiaz, Coopérative politique écologique et sociale ; Elsa Faucillon, Parti communiste français, députée ; Gérard Filoche, Gauche démocratique et sociale, porte-parole ;

Fred Gallier, Alteritees, militant écologiste ; Carol Galand, Boycott citoyen ; Denis Guenneau, Coopérative Europe écologie les verts ; Anne de Haro, Gauche démocratique et sociale ; Anne Joubert, Génération·s, Membre du Collectif national ; Benjamin Joyeux, coordinateur Jai Jagat ; Régis Juanico, Génération·s, député ; Hella Kribi-Romdhane, Génération.s, conseillère régionale d’Ile-de-France ; Marie Kuhlmann, #Unis pour le climat ;

Romain Ladent, militant politique et associatif ; Stéphane Lavignotte, pasteur et militant écologiste ; Alain Lipietz, Europe écologie les verts ; Elise Lowy, Mouvement Écolo ;

Jean-Claude Mamet, Ensemble ! ; Roland Mérieux, Ensemble ! ; Claire Monod, Génération·s, coordinatrice nationale ; Aline Mouquet, Nouvelle Donne, co-présidente ; Yoan Olivier, Ensemble pour le climat et le vivant ;

Jean-François Pellissier, Ensemble !, porte-parole ; Alain Pagano, Parti communiste français, responsable écologie ; Clément Pecqueux, Génération·s, membre du CN ; Alain Persat, Coopérateur Europe écologie les verts (blog Trazibule) ; Eric Piolle, Europe écologie les verts, maire de Grenoble ; Gilles Pontlevoy, Nouvelle Donne, co-président ; Michel Pouzol, Génération·s, membre du CN ; Claudio Pulgar-Pinaud, Décidons nous-mêmes ;

Fabien Roussel, Parti communiste français, secrétaire national, député ; François Ruffin, La France Insoumise, député ; Laurent Saint-André, Décidons nous-mêmes ; Patrick Salez, Coopérative Europe écologie les verts ; Claire Schmitt, Génération·s, membre du CN ; Pierre Serne, Génération·s, porte-parole, élu régional Île de France ; Danielle Simonnet, La France Insoumise  ; Thierry Simonnet, Gilets jaunes, Décla ta manif ; Stéphane Steunou, Gilet Jaune ;

Sophie Taillé-Polian, Génération.s, sénatrice ; David Teixera, # Unis pour le climat ; Sophie Tissier, Collectif Décla ta manif (gilets jaunes), coordinatrice ; Pablo Toledo, ExtinctionRebellion, organisateur de marches climat ; Thierry Paul Valette, Gilet Jaune ; François Verret, Décroissance Île-de-France ; Patrick Viveret, cofondateur dialogues en humanité ; Damien Zaversnik, militant associatif

Pour manifester votre soutien à cet appel :
https://www.facebook.com/groups/unispourleclimat/ 3

Fichier attachéTaille Document de travail revendications49.11 Ko Type:  Article Jeudi, 19 Septembre, 2019 - 14:25 Ecologie
François Calaret

Immanuel Wallerstein, une figure de l’altermondialisme

1 mois 4 semaines ago

Le sociologue américain Immanuel Wallerstein, considéré comme l’une des figures tutélaires de la gauche intellectuelle internationale, est décédé dimanche à l’âge de 88 ans. Francophone, il a commencé à travailler sur l’Afrique de l’Ouest post-coloniale et a inventé le concept de «système-monde» dans le prolongement des travaux de l’historien Fernand Braudel (1902-1985) et son concept d’«économie-monde». L’américaniste Romain Huret souligne sa fidélité au marxisme, même en pleine guerre froide, et l’aspect visionnaire de son travail, «au XXe siècle, ce système-monde entre progressivement en décomposition, selon lui, car il ne trouva plus les espaces nécessaires à son expansion et se heurta aux limites écologiques de la planète». Le sociologue et militant syndical Christophe Aguiton raconte comment Wallerstein a participé, dès ses débuts à Porto Alegre, au mouvement altermondialiste. Militant jusqu’à la fin, celui qui se déclarait «intellectuel public» a tenu un blog où il analysait l’actualité géopolitique jusqu’à cet été.

Tribune. Immanuel Wallerstein était une des personnalités les plus marquantes et les plus attachantes que l’on puisse rencontrer durant les Forums sociaux mondiaux et autres rencontres du mouvement altermondialiste. Il intervenait régulièrement sur les débats politiques du moment, mais il est surtout connu pour ses analyses des «systèmes-monde» et sa capacité à situer les événements récents dans une perspective historique beaucoup plus large. Immanuel Wallerstein a également publié plusieurs ouvrages d’épistémologie à partir d’une analyse critique de la séparation des «deux cultures», sciences et philosophie, et du découpage disciplinaire dans les universités.

Né à New York en 1930, Immanuel Wallerstein a fait ses études et enseigné en Amérique du Nord et a également été directeur d’étude associé à l’EHESS à Paris, sa deuxième ville de résidence. Il a présidé l’Association internationale de sociologie et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l’étude de l’économie, des systèmes historiques et des civilisations.

Immanuel Wallerstein a d’abord été un spécialiste des sociétés africaines après les indépendances. Au début des années 70, il fut l’un de ceux qui élabora une nouvelle façon d’appréhender les réalités sociales : l’analyse des «systèmes-monde» qui permet de mieux comprendre la mise en place de systèmes de qui ont vu les Pays-Bas au XVIIe siècle, puis la Grande-Bretagne au XIXe siècle et les Etats-Unis au XXe, être au centre de chaînes de domination globales. Une approche qui apparut à la confluence de plusieurs grandes ruptures datant des années 60.

C’est d’abord l’influence de Fernand Braudel, de l’école des Annales, avec qui il travailla sur l’émergence du capitalisme en combinant les apports historiques à ceux de l’économie et de la sociologie dans une vision globale. Ce fut aussi l’émergence, dès les années 60, des «théories de la dépendance», avec Andre Gunder Frank ou Giovanni Arrighi, qui critiquaient l’analyse du sous-développement comme étant lié à l’arriération d’un pays et y opposaient l’idée que la cause en était le développement même du système capitaliste auquel participaient ces pays dans le cadre d’un échange inégal. Une approche qui intégrait une critique philosophique et sociologique, avec le Péruvien Anibal Quijano, de la «colonialité» qui a été dès le XVIe siècle une dimension omniprésente de la modernité : l’émergence du commerce transatlantique triangulaire a constitué en même temps la modernité, le capitalisme et la colonialité basée sur une hiérarchie des races.

L’œuvre d’Immanuel Wallerstein porte sur une période très large et aborde de très nombreux problèmes. Il y a une autre question sur laquelle son œuvre a été particulièrement originale : l’analyse de la crise de l’idéologie libérale qui a dominé les XIXe et XXe siècles. Pour lui une idéologie est plus qu’une vision du monde ou un ensemble d’idées et de théories : c’est une «stratégie cohérente d’intervention dans le champ social permettant d’établir des orientations politiques assez claires». Le libéralisme qui est né avec la Révolution française et s’est imposé face à l’idéologique réactionnaire dans la deuxième moitié du XXe siècle en Europe se présentait comme le parti du mouvement entendant changer l’état des choses par des réformes institutionnelles permanentes. S’ils ne faisaient pas confiance aux structures traditionnelles, les libéraux se méfiaient également de la foule irrationnelle et non éduquée.

Pour Immanuel Wallerstein, le mouvement ouvrier, après avoir porté une critique radicale du système, s’est rapproché du libéralisme et a renforcé le système, conséquence de sa longue lutte pour la reconnaissance, et donc l’intégration, et la césure profonde entre ses organisations, dominées par les ouvriers qualifiés pour la plupart blancs et masculins, et les autres mouvements de critique radicale, féministes, mouvements d’émancipation anticoloniales, etc. Pour lui, la révolution mondiale de 1968 a marqué la fin de l’hégémonie libérale et a été un accélérateur de la déstabilisation du système-monde en intégrant des problématiques qui étaient dissociées dans la période précédente, questions sociales, environnementales, féministes, raciales…

Dans son dernier article, en juillet, Immanuel Wallerstein écrivait qu’il y avait 50 % de chances pour que les transformations de la période des années 1968 débouchent sur des transformations positives plus démocratiques et plus égalitaires.

Et il concluait : il n’y a que 50 % de chances, mais il y a quand même 50 % de chances !

Christophe Aguiton. Publié dans Libération.

Type:  Article Vendredi, 13 Septembre, 2019 - 09:25 International
François Calaret

Italie, derrière le théâtre de marionnettes…

1 mois 4 semaines ago

Après une crise de plus de cinq semaines, la classe politique italienne a réussi à se doter d’un « nouveau » gouvernement, ou plutôt du gouvernement « Conte bis ». Cinq semaines d’une crise provoquée par Matteo Salvini et la Lega, au cours desquelles chaque dirigeant a joué son rôle dans cette tragi-comédie bouffonne et sinistre qu’est la scène politique romaine. Reprenons rapidement : les élections législatives de mars 2018 n’avaient pas dégagé de majorité évidente entre les trois blocs, coalition de droite Lega/Forza Italia de Berlusconi, M5S, et coalition de « gauche » européiste, autour du Parti démocrate, qui représentaient chacun autour de 30% des élus. L’issue la plus conforme aux équilibres européens, un « renzisconisme », une alliance entre Matteo Renzi et Silvio Berlusconi s’étant révélée impossible, et, en tout état de cause, minoritaire, c’est l’alliance improbable de la Lega et du M5S qui avait formé le gouvernement. Notons qu’au cours de la campagne électorale, ni le renzisconime, ni l’attelage « populiste » n’avaient jamais été présentés aux électeurs comme des solutions envisagées par les partis en cause, occupés à se dénoncer mutuellement de toutes les manières possibles.

Le gouvernement issu des élections avait donc trois têtes et trois projets politiques contradictoires. D’une part, les rodomontades fascisantes de Salvini, vice premier ministre et ministre de l’Intérieur, sécuritaire, raciste, anti-migrants, favorable à une autonomie « différenciée » pour les régions du Nord de l’Italie et opposé à toutes mesures sociales. Les prétentions modernistes, écologistes et anti-corruptions du M5S de Di Maio, d’autre part, dont on a vite perçu les limites et les reculades sur tous les points : revenu citoyen et réformes des retraites édulcorées au point de ne rien coûter et de ne concerner qu’un nombre infime de travailleurs, ambigüité puis abandon du discours sur les grands travaux inutiles, recul sur les mesures anti-mafia, notamment sur les règles des marchés publics. Troisième tête et troisième projet, enfin, celui de Giuseppe Conte et de ce que l’on a appelé le « gouvernement des professeurs », faire en sorte que tout ce méli-mélo reste compatible, malgré les affrontements de façade, avec les réglementations budgétaires européennes.

Cela ne pouvait bien sûr pas durer. Les divergences croissantes entre les différentes composantes gouvernementales, la volonté hégémonique et les provocations incessantes de Salvini ne pouvaient que précipiter la crise, d’autant plus que le rapport de forces électoral, après les européennes lui semblait favorable.

Quelques points saillants émergent de ces quelques semaines :

    Une indécence à son comble. Même si l’histoire politique italienne depuis la Libération est riche de combinaisons diverses et de tractations de couloir, des sommets d’indécence ont cette fois été atteints. Une pièce dans laquelle les acteurs, Salvini, alias « Le Capitaine » tenant le rôle d’histrion, tonitruant et roulant des épaules sur les plages estivales jusqu’à en devenir ridicule, pour exiger des élections anticipées, perdant ainsi sa crédibilité politique et implorant ceux qu’il venait de trahir de reconstruire le gouvernement qu’il avait mis à bas. Di Maio, chef du M5S en bouffon agitant ses grelots pour séduire un jour l’un, un jour l’autre, quel qu’il soit, pourvu qu’un fauteuil lui soit garanti. Les frères ennemis du Parti Démocrate, Renzi à ma droite et Zingaretti à ma gauche, affirmant leurs exigences (un gouvernement de rupture, jamais avec le M5S…) un jour, et prêts à tous les compromis le lendemain, au nom de la politique du moindre mal (tout sauf Salvini) et pour éviter le risque des élections anticipées. Le tout sous l’œil de Giuseppe Conte, dans le rôle du Raminagrobis prêt à tirer les marrons du feu pour la Commission Européenne. On vous passera les petites mesquineries, les petites injures, les petits signes d’allégeance aux lobbys ou même aux mafias.

    Des partis politiques sans crédit. Les forces de droite traditionnelle sont atomisées. L’ultime tentative de Forza Italia et de Berlusconi de profiter de la crise pour revenir aux affaires avec la Lega est un échec qui s’ajoute à celui des européennes. La Lega, et son chef, sont en perte de vitesse dans les sondages tant électoraux que de cote de confiance. Le Parti Démocratique est profondément divisé entre une base, qui a élu Nicola Zingaretti, président de la région du Latium, comme secrétaire général sur une ligne « de gauche » proche de celle de Pedro Sanchez et un groupe parlementaire très influencé par Matteo Renzi. Et le Mouvement 5 Etoiles qui apparait pour ce qu’il est : sans principes, inféodé à son fondateur Beppe Grillo et à son groupe dirigeant, enclin à renier tout ce qui, à ses débuts, avait pu attirer des électeurs traditionnellement de gauche. Par charité, on ne s’appesantira pas sur le cas de Libres et Egaux (LeU), scission de gauche du Parti Démocrate, qui apporte ses indispensables votes au Sénat en échange du portefeuille de la Santé.

    Un gouvernement sans projet ni programme. Comme le montre le communiqué de Potere al Popolo que nous publions ci-dessous, ce gouvernement n’a pas d’autre objectif que celui de gouverner. Sous couvert de rupture avec l’équipe précédente et avec les excès de Salvini, c’est en réalité un gouvernement de continuité. Continuité dans la politique anti-migrants : les décrets ne seront pas abrogés, mais modifiés. D’ailleurs, la nouvelle ministre de l’intérieur, préfète, a été par le passé la cheffe de cabinet des ministres de l’Intérieur Alfano (Forza Italia) et Minitti (Parti Démocrate). Tout un symbole. Continuité dans la politique anti sociale : pas de remise en cause du Jobs Act de Renzi, à l’époque vivement combattu par le M5S. Continuité dans la mise en œuvre des grands travaux (TAV Lyon Turin ou gazoduc TAP) malgré les promesses passées.

    Des institutions démocratiques ébranlées. La tentative de Matteo Salvini reposait toute entière sur une tentative pour forcer le fonctionnement des institutions politiques italiennes. Faire voter une motion de défiance au gouvernement dont il était ministre de l’Intérieur, sans que ni lui ni les membres de la Lega n’en démissionnent auparavant, pour obtenir des élections anticipées dans un délai plus bref que celui autorisé par la Constitution, afin que celles-ci se déroulent avant le débat budgétaire. Garant des institutions, le Président de la République, Sergio Mattarella a empêché cette manœuvre, en poussant à la constitution du gouvernement « Conte Bis », qui ne repose que sur une combinaison nouvelle, sans aval populaire. Par ailleurs, le M5S a réussi à imposer que l’accord avec le Parti Démocrate ne soit mis en œuvre que s’il obtenait un vote favorable de ses adhérents sur la plate-forme de débat Rousseau, plus qu’opaque. Cet exemple, ainsi que toutes les manœuvres de Boris Johnson autour du Brexit et de la suspension du Parlement britannique, montrent que des forces politiques réactionnaires sont prêtes à passer outre aux obligations institutionnelles démocratiques de leurs pays. D’ailleurs, une des priorités sur laquelle le Parti démocrate et le M5S se sont accordés est celle, au nom d’une meilleure efficacité et d’une réduction des « coûts » de la politique, d’une réduction du nombre des parlementaires et de la rédaction d’une nouvelle loi électorale relevant les seuils d’accès aux élections et compliquant la représentation des partis politiques émergents, représentant des positions alternatives.

    Obéir aux traités. La première tâche du gouvernement Conte bis sera d’établir et de présenter un budget conforme aux traités européens. Bien loin des proclamations de Salvini et des velléités « souverainistes » du M5S. Le G7 ne s’y est pas trompé, qui a reçu Conte à Biarritz avec tous les honneurs. Macron s’est félicité de l’heureuse issue de la crise italienne et Moscovici a salué la nomination de Gentiloni en tant commissaire européen. Rome n’est pas Athènes, les moyens employés sont différents, mais tout rentre dans l’ordre. L’Italie n’est pas prête à rompre avec les traités européens, ni à prendre des mesures qui s’éloigneraient du néo-libéralisme.

Mathieu Dargel
Communiqué publié par Potere al Popolo

Nous n’avons pas d’amis au Gouvernement

Un commentaire à chaud sur le gouvernement Conte bis

Le gouvernement est constitué. 10 ministres du Mouvement 5 Etoiles (M5S) et 10 au Parti Démocrate (PD) élargi (Libres et Egaux, LEU, a finalement obtenu un poste). Un gouvernement paritaire, avec Conte, qui se redécouvre électeur de centre-gauche, en tant que garant. Ainsi se referme la crise ouverte par Salvini au mois d’août, avec un changement de majorité, entre deux forces politiques qui se considéraient jusqu’il y a peu, comme des ennemis jurés.

Nombreux sont ceux, à gauche, qui laissent s’échapper un soupir de soulagement, pendant que Salvini déclare la guerre, mais la crise de la classe dirigeante, toute entière, apparue depuis longtemps, est sous les yeux de tous. Cette crise est liée, non seulement aux tensions économiques, commerciales, financières et militaires qui traversent le monde dans cette période, mais aussi au malaise et à la pression qui s’exercent sur les classes populaires italiennes qui réclament depuis des années plus de justice sociale, de travail et de droits.

Pour l’instant, un sentiment d’attente, d’expectative, est perceptible chez de nombreuses personnes. C’est bien compréhensible : après les barbaries de Salvini, un minimum de civilité démocratique, même seulement apparent, semble une révolution. Mais le mot d’ordre « laissez les travailler » ne nous a jamais convenu pour la simple raison que si nous ne les défendons pas, nos intérêts, qui sont ceux des classes populaires, ne seront pas au centre des choix fondamentaux du pays.

C’est pourquoi nous avons déjà annoncé que nous ne laisserons pas l’opposition au nouveau gouvernement aux mains de la droite. Nous voulons la pratiquer sur la base des questions que nous jugeons décisives, si on souhaite un changement réel.

En réalité, si nous étudions le programme du gouvernement, les points positifs sont annoncés d’une manière très générale, tandis que les points négatifs sont les seuls à être précisément détaillés.

Pour nous, le défi porte sur les réductions des inégalités qui ne cessent de croître. Toutes les données confirment que la richesse privée (environ 10 000 milliards d’euros) est constituée à 95% de patrimoines immobiliers et financiers, alors que la plus grande part de l’impôt provient de l’impôt sur le revenu payé par les travailleurs et les retraités. Les baisses d’impôt dont nous entendons souvent parler se révèlent être pain béni pour les entreprises et miettes pour les travailleurs. Le boom des bas salaires, des travailleurs pauvres, de la pauvreté relative, est là pour le démontrer avec une douloureuse évidence. En somme, si l’on parle de redistribution des richesses existantes, il faut désormais faire les choix radicaux qui réduisent ces inégalités devenues inacceptables. Il faut avant tout créer des emplois, développer les services publics, un plan pour le logement, tout ce dont le projet du gouvernement ne comprend que les plus faibles traces.

Nous sommes convaincus que les dépenses sociales et de protection doivent revenir au centre du développement, et non une croissance abstraite, qui n’est que la croissance des profits privés. La compétition sociale sur ces dépenses est la cause principale de la guerre entre les pauvres et de la guerre contre les pauvres qui se déchaine dans le pays.

Dans ce domaine, il faut augmenter les ressources et non les réduire. Pourtant, nous constatons que dans le programme du gouvernement, on parle de se conformer aux règles budgétaires européennes, qu’il n’y aucune trace d’impôt sur la fortune ni d’une vraie politique de lutte contre l’évasion fiscale, ce qui rend impossible de mettre des orientations sociales.

En ce qui concerne la lutte contre la pauvreté et la garantie d’un meilleur accès aux services publics, nous sommes épouvantés par la promesse du PD et du M5S de réaliser la Régionalisation différenciée. C’est un projet qui ne ferait qu’augmenter les inégalités dans un pays déjà déchiré en deux et qui ne résoudrait aucune des questions pendantes au Sud, qu’il s’agisse de la dépopulation et de la désertification industrielle, de l’absence totale d’infrastructures et du rôle dominant des économies mafieuses.

En ce qui concerne les questions environnementales, le gouvernement énonce des objectifs de développement durable. Pourtant nous avons constaté que les intérêts privés continuent à prévaloir, comme c’est le cas pour les Grands Travaux, sur les solutions alternatives mises en avant par les mouvements sociaux et écologistes. Le TAV et le TAP en sont la démonstration. Nous voulons renverser ce paradigme qui ne voit dans l’environnement qu’une source de profits.

En ce qui concerne la politique internationale, dans ce monde traversé par des conflits croissants, par le réarmement nucléaire, par la militarisation de l’économie qui décide trop souvent des orientations de la recherche, des innovations technologiques et des niveaux des exportations « compétitives », nous soutenons depuis longtemps que la sortie des blocs et des pactes militaires, à commencer par l’Otan, le démantèlement des bases militaires et nucléaires étrangères, sont une condition décisive pour une politique de neutralité active, de promotion de la paix et du désarmement. Et pourtant, cette hypothèse n’est aucunement prise en considération par le nouveau gouvernement qui parle des dépenses militaires et des missions à l’extérieur come de dépenses « incompressibles ».

Enfin, mais ça n’est pas le moins important, la réduction du nombre des parlementaires, qui est une des mesures phares du gouvernement, est une idiotie. Pour diminuer les coûts de la politique, il serait suffisant de réduire les rétributions et les avantages à vie des parlementaires. Réduire la représentation, c’est, au contraire, la marque d’un grand recul sur le plan démocratique : c’est le choix de réduire les possibilités d’accès quantitatif aux instances institutionnelles, en préférant une nouvelle loi électorale qui élèvera encore les seuils de représentativité. Nous estimons depuis toujours que le seul système électoral en mesure de garantir la représentation démocratique est la proportionnelle, qui permet l’accès au Parlement de toutes les expressions politiques de la société. Il semble au contraire que le nouveau gouvernement s’engage dans la voie d’une loi électorale qui vise à exclure, par des seuils et des normes, les nouvelles formes d’expression, pour en revenir à un système de gouvernance blindé et hiérarchique.

Nous pourrions continuer en parlant du peu d’espace réservé aux questions de genre et à l’absence d’une réelle inversion d’orientation sur les politiques migratoires (pas d’abolition des Décrets Sécurité), de la Culture confiée à Franceschini, comme si ses mesures n’avaient pas déjà provoqué d’énormes dommages… Mais, pour l’instant, nous nous en tiendrons là, en invitant toutes et tous à être vigilants, à exercer le jugement critique et à ne pas être paralysés par la crainte de Salvini.

Désormais, le gouvernement s’est présenté, ses ministres ont été nommés. Il s’agit maintenant de faits concrets. Nous nous ferons entendre en portant les raisons de ceux qui attendent encore de voir leurs situations résolues, nous ferons entendre nos propositions pour un changement réel des priorités sociales et politiques du pays, qui ne coïncident pas avec celles qui nous ont été présentées, ni avec celles qui seront, probablement, mises en œuvre. Nos amis ne sont pas au Gouvernement, mais ils sont dans les écoles, les lieux de travail, les centres de recherche abandonnés, sur les routes de la logistique, dans les campagnes du Sud, dans les entreprises occupées, dans les centres de rétention, dans les territoires en lutte. Et c’est leurs voix que nous voulons faire retentir jusque dans les palais.

Communiqué de Potere al Popolo, 5 septembre 2019. Traduction M.D.

Type:  Article Vendredi, 13 Septembre, 2019 - 09:23 International Italie
François Calaret

Ensemble à la Fête de l'Huma

1 mois 4 semaines ago

programme !
du stand d’Ensemble!

VENDREDI 13

* 15h30-17h : ATELIER RADIO , animé par La Porte à Côté. Vous avez
entre treize et dix-huit ans ? Venez vous inscrire !

* 17h30-19h : TABLE RONDE « La jeunesse et le travail engagé
aujourd’hui » avec Voldoire pour Radio Parleur, Basile Lecourbe pour
Coopcycle, Goli Moussavi pour La Cloche, Franck Mithieux pour Attac

SOIREE CONCERTS avec Little animal, Get out to die, Roots Lnity

SAMEDI 14

* 10h30-12h : TABLE RONDE « Situation en Algérie » avec Sanhadja
Akrouf et Hamamouche Lemnouar

• 12h15 : INAUGURATION DU STAND ENSEMBLE !

• 13h–14h : CONCERT avec Moritz

* 14h-15h30 : TABLE RONDE « Les gauches, l’écologie, les appels et
leurs échos » avec Clémentine Autain (Big Bang, députée du 93), Karl
Ghazi (Secrétaire général CGT Commerce Paris), Jérôme Gleize
(Appel Convergence, conseiller de Paris), Patrick Viveret (philosophe,
Les jours heureux)

* 17h30-19h : TABLE RONDE « L’écologie, mais quel chantier ! »,
avec le film « La valeur de la terre », de Geoffrey Couanon, avec
Jacqueline Lorthiois (urbaniste et socio-économiste) pour Europacity,
Martine Billard, PG (sous réserve), Jacqueline Chemaly du Collectif 3R
d’Ivry-sur-Seine

SOIREE CONCERTS avec Oziris et Disconnected…

DIMANCHE 15

10h30 -12h :TABLE RONDE « Le médicament un bien commun »
organisé par le « Manifeste pour une appropriation sociale du
médicament » et la revue Contretemps avec Thierry Bodin (statisticien
et syndicaliste), Bernard Dubois (cadre assurance qualité et
syndicaliste), Annick Lacour (pharmacologue et syndicaliste), Eliane
Mandine (chargée de recherche, militante pour la reconnaissance du
médicament comme bien commun.

• 13h30-15 : ATELIER RADIO , animé
par La Porte à Côté

• 15h30-17h : CONCERT animé
par la Chorale de L’UT EN Choeur
 

Fichier attachéTaille 19-09-12-1_programme_fetedelhuma.pdf479.49 Ko Type:  Article Vendredi, 13 Septembre, 2019 - 09:19 Vie du mouvement
François Calaret

Face au G7, le G7EZ ! Hendaye-Irun du 19 au 26 août 2019

2 mois 2 semaines ago

L'idée s'était insinuée que ce G7 de Biarritz serait une réunion pour rien, plus un monticule qu'un "sommet" !
Cela non sans raisons. Quelles réponses attendre aux multiples crises qui ravagent le monde actuel en l'absence des premiers concernés ? Parler du Donbass et de la Crimée, sans la Russie ni l'Ukraine ? De la Syrie, sans la Russie ni l'Iran ? Du Yémen et plus généralement du Moyen-Orient, sans ceux-là, ni l'Arabie saoudite, la Turquie, Israël ? De la menace de guerre économique, sans la Chine ? De l'avenir de l'Amazonie, sans le Brésil ? Etc.

Et quelle portée de discussions avec des chefs de gouvernement en grandes difficultés, voire en fin de mandat, Merkel, Conte, et Johnson empêtré dans le Brexit ? Et sur le tout l'ombre envahissante d'un Trump aussi omniprésent qu'imprévisible...

De surcroît la mise en scène orchestrée par Macron avait quelque peu relativisé l'importance de la rencontre. Celle-ci étant en partie occultée par le rendez-vous de Brégançon avec un Poutine faux vrai absent du sommet. Et surtout par la dramatisation obsédante des violences à attendre des manifestants anti-sommet, dont la présence ne pouvait être que parasitée par les hordes black blocks. D'où l'obligation de transformer Biarritz en bunker et de déployer des milliers de policiers pour filtrer les accès à la région...

De quoi précisément en cette fin août dissuader celles et ceux qui étaient décidés à dénoncer la politique des puissants de ce monde !

Reste qu'il ne faut jamais oublier que si ces mêmes puissants ont besoin de se réunir ce n'est pas pour rien. Même  l'absence de résultats tangibles peut être significative et non dénuée de conséquences. Ainsi de la porte claquée par Trump lors du sommet de Québec.

On saluera donc l'habileté de Macron qui a su faire du sommet de Biarritz une réussite diplomatique largement saluée comme telle. Et le talent avec lequel il se présente comme son maître d'oeuvre, donc méritant d'en être le principal bénéficiaire.

Il est vrai que Trump a accepté quelques accommodements à propos des politiques commerciales qu'il développe, et même de sa volonté d'isoler l'Iran, en supportant la "visite surprise" du ministre iranien.
La brutale confrontation avec Bolsonaro à propos des incendies en Amazonie conforte l'ambition de Macron de se présenter en champion de la défense de la planète.

Quant à la dramatisation excessive des risques de violence elle a permis de justifier un déploiement policier sans mesure et de présenter comme normales les dispositions autoritaires et répressives du pouvoir.
On ne saurait nier que le "multilatérisme" en perte de vitesse se voit quelque peu revigoré par ce sommet, ce qui n'est pas dans les conditions actuelles une mauvaise chose. Et c'en est une bonne de ne pas avoir laissé la cage dorée de Biarritz sans opposition, sans que soit indiquée une perspective alternative. Peut-on laisser croire que les "7" et leurs amis vont sérieusement défendre le climat et la biodiversité ? Voire qu'ils sont soucieux de combattre "les inégalités", thème officiellement au coeur du sommet (on croit rêver !) ?
Les forces progressistes issues des mouvements sociaux du Pays Basque et Attac ont pris l'initiative de constituer deux plate forme appelant en commun à la mobilitsation pour un contre sommet du 19 au 26 août à Hendaye-Irun : le G7EZ. Une centaine d'organisations ont apporté leur soutien, dont Solidaires, la Confédération paysanne, le Collectif national pour les droits des femmes et la Marche mondiale des femmes, Oxfam... Philippe Martinez a fait le déplacement pour participer à un des débats centraux.
Un certain nombre de partis politiques étaient représentés, dont EELV, le PG et LFI, le NPA. Ensemble! a participé au G7EZ avec les collectifs du Pays Basque et du Béarn et en tant qu'organisation nationale.
De multiples débats se sont déroulés dans plusieurs espaces. Et, malgré les difficultés provoquées par le dispositif policier, diverses initiatives ont eu lieu, ainsi qu'une belle manifestation ensoleillée, de 15000 personnes, le 24 août, entre Hendaye et Irun. Ainsi s'est faite entendre une autre voix que celle des puissants de ce monde, laquelle a porté l'exigence et l'urgence de politiques opposées à celles qu'ils incarnent.

Francis Sitel

Type:  Article Jeudi, 29 Août, 2019 - 12:13 International
François Calaret

La révolution soudanaise entre dans une nouvelle phase

2 mois 2 semaines ago

La révolution soudanaise a remporté d’importantes victoires. Mais elle doit encore lutter pour passer du contrôle par les forces militaires au contrôle par les forces populaires.

L’accord constitutionnel entre le mouvement populaire soudanais et les forces armées du pays a été signé le samedi 17 août. L’article qui suit apporte un éclairage sur les circonstances de cet accord. Il a été publié pour la première fois dans le quotidien arabe Al-Qods al-Arabi le 30 juillet et reproduit sur le site web du Parti communiste soudanais.

Le 5 juillet, des masses soudanaises exubérantes ont célébré la victoire qu’elles avaient remportée sous la direction des Forces de la Déclaration pour la liberté et le changement (FDFC) lorsque le Conseil militaire de transition (CMD) a dû faire marche arrière à la suite des grandes manifestations organisées le 30 juin. Les militaires ont dû abandonner leur tentative de réprimer le mouvement de masse, concéder son libre développement, y compris la restauration de l’Internet, principal moyen de communication du mouvement, et revenir à la voie de la négociation et du compromis après avoir échoué à imposer leur volonté par la force des armes.

La Révolution soudanaise est alors entrée dans une troisième phase, après une première phase marquée par la chute d’Omar al-Bachir le 11 avril et une deuxième par la retraite du CMD le 5 juillet. Le FDFC, en particulier sa principale composante, l’Association des professionnels soudanais (Sudanese Professionals Association-SPA), a démontré sa pleine conscience que chaque phase est plus difficile et dangereuse que la précédente en maintenant la mobilisation massive et en la renforçant en vue des confrontations en cours et à venir.

Les victoires obtenues jusqu’à présent n’ont été que partielles : il s’agit essentiellement de compromis entre l’ancien régime représenté par le CMD et la révolution menée par le FDFC.

Le compromis inaugurant la troisième phase a été formulé dans l’accord politique entre les deux forces le 17 juillet. Il reflète la dualité du pouvoir sur le terrain dans cette phase transitoire, entre, d’une part, une direction militaire qui insiste pour garder sous son contrôle les ministères de la Défense et de l’Intérieur (c’est-à-dire toutes les forces militaires et de sécurité), comme l’avait fait le Conseil suprême des Forces armées en Egypte après s’être débarrassé de l’ancien président Hosni Moubarak le 11 février 2011 et, d’autre part, une direction révolutionnaire qui mobilise les masses pour affronter les militaires et chercher à diriger le mouvement de masse dans une guerre de positions qui lui permettrait de contrôler progressivement le pays.

L’objectif du FDFC est de rallier la majorité des forces armées en faveur des objectifs civils et pacifiques du mouvement, afin d’isoler leur aile la plus réactionnaire. La principale figure de proue de ce dernier est le commandant des Forces paramilitaires de soutien rapide (FSR), Muhammad Hamdan Dagalo (connu sous le nom de Hemedti), soutenu par l’axe réactionnaire régional constitué par le royaume saoudien, les Emirats arabes unis et le régime égyptien d’Abdel Fattah al-Sissi.

C’est dans ce contexte que le Parti communiste soudanais dirige les rangs des détracteurs de l’accord politique du 17 juillet et des concessions du FDFC qui en découlent, en s’engageant à poursuivre la lutte jusqu’à la réalisation complète des objectifs de la révolution tels que résumés dans la Déclaration pour la liberté et le changement adoptée le 1er janvier de cette année. Ceux qui considèrent cette position comme divisant le mouvement révolutionnaire et croient qu’elle l’affaiblit ont tort.

D’autres forces clés du mouvement, en particulier au sein du SPA, partagent le ressentiment des communistes face aux conditions que les militaires veulent imposer comme prix pour accepter de partager le pouvoir. Il est dans l’intérêt bien compris de la Révolution soudanaise qu’une partie du mouvement continue d’exercer des pressions révolutionnaires sans être liée par l’accord, cela afin d’alimenter la radicalisation du processus en cours et de contrebalancer la pression réactionnaire exercée par les forces intégristes islamiques, pression que le CMD invoque constamment pour consolider sa position.

La prochaine étape de la phase actuelle consiste à adopter le Document constitutionnel de transition [signé à Khartoum le 17 août], qui combine des principes très progressistes – plus avancés que ceux inscrits dans les constitutions de tous les Etats arabes, y compris dans la nouvelle Constitution tunisienne – avec la formalisation de l’équilibre actuel des forces et la dualité des pouvoirs en légalisant la participation du commandement militaire dans l’exercice du pouvoir politique, d’une manière qui est pire que dans la Constitution actuelle de l’Egypte.

Et pourtant, même ce compromis avec tous ses défauts est toujours menacé par un commandement militaire qui tente résolument de contourner les exigences du mouvement et de les pervertir dans la pratique, comme il l’a fait récemment avec la prétendue enquête dans le massacre perpétré par les FSR. L’aile la plus réactionnaire des forces armées continue d’ailleurs d’essayer de renverser le compromis et de pousser la situation vers un coup d’Etat militaire, comme l’illustre l’assassinat de manifestants à El-Obeid [ville au centre du Soudan, dans l’Etat du Nord-Kordofan] le 29 juillet.

« Le pouvoir politique est au bout du fusil », dit l’une des citations les plus connues du leader de la Révolution chinoise, Mao Zedong. Cette déclaration fait écho à une expérience révolutionnaire qui a été gagnée par la force des armes grâce à une guerre populaire prolongée. Elle véhicule néanmoins la vérité élémentaire que le pouvoir politique n’est jamais complet sans le contrôle de la force armée. Le défi majeur de la Révolution soudanaise consiste en effet à prendre le contrôle des forces armées en dirigeant à cette fin la force du mouvement populaire non armé.

Si la révolution parvient à entrer pacifiquement dans une quatrième phase avec une dualité du pouvoir politique incarnée dans les institutions gouvernementales où le mouvement populaire prédomine, la capacité de la direction révolutionnaire à satisfaire l’aspiration des masses à la paix et leurs revendications sociales et économiques deviendra cruciale pour lui permettre de prendre le contrôle des forces armées et de les démocratiser. Sans cela, la Révolution soudanaise sera embourbée à mi-chemin, et pourrait donc finir par creuser sa propre tombe comme ce fut le cas dans l’histoire du Soudan et dans l’histoire des mouvements populaires du monde entier.

Gilbert Achcar, professeur à SOAS, Université de Londres. Article publié sur le site Jacobin, en date du 18 août 2019. Traduction rédaction A l’Encontre.

Type:  Article Mercredi, 28 Août, 2019 - 12:22 International
François Calaret

Congrès de Democratic Socialist of America à Atlanta

2 mois 2 semaines ago

Democratic Socialist of America (DSA), le courant de gauche au sein du Parti Démocrate américain, a tenu son congrès biennal du 1er au 4 août dernier à Atlanta. 1056 personnes y étaient déléguées, représentant 80 associations provenant de tous les États américains. J’ai eu le privilège de représenter Québec solidaire qui comptait parmi les invitéEs internationaux.

Il est difficile d’analyser avec justesse les débats d’un congrès auquel on assiste pour la première fois, à plus forte raison lorsque cette organisation est en pleine croissance, devant de nouveaux défis et de nouveaux débats politiques. Depuis deux ans DSA a doublé son nombre de membres passant de 25 000 à 40 000, ce qui s’est reflété par un congrès près de deux fois plus important passant de 700 à 1000 personnes déléguées. Une grande partie d’entre elles étaient de nouvelles adhésions et participaient à leur premier congrès. Le congrès était composé majoritairement de jeunes, entre 25 et 35 ans. Les femmes ont joué un rôle important dans les débats et la communauté LGBT était également très présente. La majorité était blanche même si les personnes de couleur étaient en grand nombre.

L’élection d’Alexandria Ocasio-Cortez en 2018 de même que Rashida Tlaib représentant le parti DSA à la Chambre des représentants des États-Unis , a certainement permis de donner une l’impulsion publique qui explique cette croissance. Lors des élections de 2018, le parti a fait également passer son nombre d’éluEs dans les Chambres basses des États de 4 à 11, dont 8 au niveau national.

Une partie des débats a porté sur les conditions d’appui à Bernie Sanders qui se revendique de cette gauche politique au sein du Parti Démocrate sans pour autant en être membre officiellement. Ce qui explique probablement son absence au congrès. Madame Ocasio-Cortez était également absente. Les membres ont donc discuté des prochaines élections mais, fait étonnant, sans rapport politique ni bilan des dernières élections, qui représentent pourtant un grand succès pour DSA.

Ils ont ainsi décidé que leur appui aux élections présidentielles irait à Bernie Sanders et à personne d’autre en cas d’échec de ce dernier aux primaires démocrates. En même temps le congrès a encadré le mandat que Sanders devrait respecter et défini que celui de toute personne candidate à des élections devrait respecter le programme socialiste de DSA.

Des courants de pensée différents étaient sous-jacents dans l’ensemble des débats et étaient représentés par des tendances affichées telles que Build, Bread and Roses, Socialist Majority, Collective Power Network, the Libertarian Socialist Caucus, Reform and Revolution.

Selon Tatiana Cozzarelli de la revue Left Voice, beaucoup de militants et militantes derrière Build et LSC sont inconfortables avec l’orientation électorale de DSA basée sur les membres à carte qui apporte un afflux soudain de membres sans connaissance des politiques et mécanismes internes, ce qui ouvre la porte à une centralisation des pouvoirs dans les mains d’un groupe qui possède une politique stratégique claire qu’ils appliquent avec discipline : dans ce cas Bread and Roses / Jacobin. Par contre selon Dan La Botz de New Politics, le caucus Bread and Roses a été le principal défenseur de la résolution « Rank and File strategy ».

Il est évident que la majorité des débats a été traversé par ces courants de pensée. La centralisation du parti au niveau organisationnel mais surtout financier versus une décentralisation et un meilleur soutien financier pour aider les associations locales a été au cœur de chauds débats et la centralisation l’a finalement emportée.
La stratégie syndicale (Rank and file strategy) a quant à elle été adoptée même si c’était par une mince majorité. Il s’agissait d’une des questions importantes du congrès dont on pourrait s’inspirer à Québec solidaire. Les membres ont en effet décidé d’investir leur énergie à travailler dans le mouvement ouvrier, organisé ou non afin d’aider à alimenter une conscience plus large qu’uniquement syndicale. À cette fin la direction nationale modifiera sa liste de membres afin d’indiquer le type d’emploi et l’appartenance syndicale. Cette modification ayant pour but de permettre la création de comités de discussions basés sur les milieux de travail ou les syndicats dans le but d’entreprendre des actions communes dans le futur.

En ce qui concerne la formation, la direction nationale se coordonnera avec Labor Notes afin de pouvoir profiter de leurs forums de formation. Plus précisément elle aidera les comités ouvriers des associations à trouver le financement pour envoyer des membres à la conférence Labour Notes de 2020 et à leur école de formation. Il faut rappeler que lors de son dernier congrès DSA avait déjà créé une Commission afin de coordonner nationalement le travail au sein du mouvement ouvrier.

Le congrès s’est également prononcé unanimement en faveur du Green New deal. DSA s’est prononcé en faveur de décarboniser tous les secteurs de l’économie américaine d’ici 2030 ; démocratiser le contrôle des principaux systèmes et ressources énergétiques grâce à la propriété publique ; et centrer la classe ouvrière sur une transition juste vers une économie équitable avec une garantie d’emploi en développant le secteur public.

Les membres ont décidé de renforcir la lutte de DSA pour le droit des immigrants en appuyant notamment la démilitarisation de la frontière avec le Mexique, l’abolition de ICE l’Agence de renforcement de l’immigration des douanes et des frontières, (Immigration and Customs Enforcement and Customs and Border Protection) , la décriminalisation de l’immigration et la mise en place d’une procédure d’accès à la citoyenneté pour toutes les citoyens non-résidents.

Le droit au logement , la promotion du droit à l’avortement, la dépénalisation du travail du sexe, le renouvellement de l’ assurance-maladie ont également fait l’objet de témoignages émouvants.

Événement marquant, Sara Nelson présidente de l’Association des agents de bord (CWA, AFL-CIO) a rendu un témoignage percutant. Lors de la fermeture par le gouvernement en janvier dernier, elle a diffusé une vidéo appelant les agents de bord à cesser de travailler et à soutenir les contrôleurs aériens qui devaient travailler gratuitement afin d’assurer la sécurité aérienne. Quelques heures plus tard, Trump avait conclu un accord pour mettre fin à l’arrêt. Elle se bat maintenant contre le changement climatique, soutient le Green New Deal et appelle les compagnies aériennes à cesser les expulsions.

Solidarité internationale

Quelques résolutions concernant la Palestine et Cuba ont été adoptées mais cela ne répondait pas selon plusieurs au besoin de perspectives dans le contexte international où l’impérialisme américain joue un rôle prépondérant.

La présence d’une importante délégation internationale est cependant à souligner. Plusieurs ateliers ont permis aux invités internationaux de s’exprimer sur l’importance de la solidarité internationale. Ils et elles représentaient entre autres le Soudan, les Philippines, le Pérou, le Japon, le Brésil, le Venezuela, l’Allemagne, la Belgique ainsi que le Québec.

La place que j’occupais en tant que délégué de Québec solidaire me plaçait dans une situation particulière. Pour la plupart des gens j’étais du Québec mais avant tout du Canada. Les questions qui m’étaient adressées portaient souvent sur la façon de développer des liens avec la gauche canadienne (comprenant le Québec). Les réponses demandaient beaucoup d’élaboration afin d’expliquer toute la question de l’indépendance et de l’oppression nationale, mais au final cela nous place devant un défi incontournable ; la construction de liens avec les éléments de gauche dans le Reste du Canada et l’élaboration d’une stratégie progressiste face à l’État canadien basée sur l’indépendance, dans une perspective internationaliste.

André Frappier, publié sur le site Presse toi à gauche du Québec.

Type:  Article Mercredi, 28 Août, 2019 - 12:21 International
François Calaret

L’imbroglio des identités et de la politique socialiste

2 mois 2 semaines ago

Steve Bannon, l’idéologue de la campagne Trump par laquelle tout a commencé, s’est vanté d’avoir conduit ses adversaires dans un piège : « Je veux qu’ils parlent chaque jour d’antiracisme. Si la gauche se concentre sur la race et l’identité et que nous optons pour le nationalisme économique, nous pouvons écraser les Démocrates » (1). Les résultats semblent lui donner raison, et nombreux sont ceux, enthousiastes ou affligés, qui ont répété cette théorie sur le centre d’attention, l’objectif programmatique et le mode de communication de chacune des grandes forces en présence. Si tel était le cas, la victoire de la droite radicale aurait été facilitée par la défense des droits humains et du féminisme ou par la contestation du racisme. L’implication serait gigantesque : la gauche devrait-elle alors abandonner les droits des femmes ou des groupes opprimés ? Devrait-elle garder le silence face à la violence domestique ou à la discrimination ethnique ?

En d’autres termes, on peut se demander si les gauches se sont égarées en défendant l’antiracisme ou le féminisme, ou les droits LGBT, ou d’autres identités, ou même si une telle activité conduit à ignorer le peuple, comme Bannon le suggère et le célèbre. Pourtant la théorie de Bannon est historiquement fausse et ne correspond pas à la réalité des faits. C’est une mystification idéologique. Mais je n’ai pas l’intention de dorer la pilule de ce passé récent, ni d’ignorer la difficulté de la gauche à construire une alternative politique cohérente. J’ai encore moins l’intention d’oublier comment divers secteurs de la gauche ont ignoré la lutte des mouvements féministes et antiracistes contre l’oppression (qui affecte la vie d’un grand nombre), et encore moins le fait que certains mouvements défendant les identités se sont limités à vouloir être reconnus et que, dans cet exil, ils ont accepté une confortable division des luttes sociales, ce qui a favorisé une contre-attaque des droites. À mon avis, quelques gauches et mouvements portent une grande responsabilité pour n’avoir pas créé un pôle social capable d’unifier diverses causes émancipatrices sous la forme d’une expression politique majoritaire, pour s’être souvent cantonné aux terrains de la confirmation plutôt que de l’affirmation, et pour avoir souvent manqué à leurs promesses de donner la parole et d’organiser les déshérités de la mondialisation. Par conséquent, si l’on traite l’hypothèse de Bannon, il faut aussi discuter de ce qu’il faut faire pour représenter, construire et mobiliser une majorité populaire de gauche.

Le fait est que les différentes expressions de l’identité ont marqué l’histoire, l’exploitation des travailleurs, l’oppression patriarcale, la discrimination « raciale » et ethnique. Mais elles s’entrelacent toujours dans des identités complexes et c’est ce croisement qui permet de découvrir la vraie vie des gens réels. En ce sens, Nancy Fraser a suggéré que l’analyse de tous ces mouvements doit prendre en compte leur réponse à un besoin spécifique de reconnaissance mais aussi leur contribution à la redistribution des ressources et du pouvoir. Nous verrons comment cette double approche permet de comprendre le sens et le rôle social de ces mouvements et, plus particulièrement, de répondre à la stratégie de Bannon, Trump et ceux qui les suivent partout dans le monde.

L’identité est-elle une politique ?

« L’irruption des politiques identitaires dans les démocraties libérales est l’une des principales menaces auxquelles elles sont confrontées », explique Francis Fukuyama dans un livre récent sur le débat qui nous intéresse ici (2). L’auteur, un politologue libéral américain, explique que, après que le XXe siècle a été défini par la lutte économique, dans la deuxième décennie du XXIe siècle la gauche s’est tournée vers la lutte pour diverses identités sociales, en même temps que la droite se réorganisait : « La gauche se concentre moins sur l’égalité économique au sens large et davantage sur la promotion des intérêts d’un large éventail de groupes perçus comme marginalisés – Noirs, immigrés, femmes, Hispaniques, communauté LGBT, réfugiés, etc. Pendant ce temps-là, la droite se redéfinit par un patriotisme qui cherche à protéger les identités nationales traditionnelles, souvent explicitement reliées à la race, l’ethnie ou la religion. » (3) Nous avons déjà lu cette thèse dans la version plus simpliste de Steve Bannon.

Pour Fukuyama, la gauche commet une erreur en s’écartant de l’égalité économique pour traiter des identités des groupes marginalisés, tandis que la droite capitalise adopte le nationalisme. Mais il faut noter que cette option de droite lui semble également dangereuse : le nationalisme et la religion sont « les deux visages de la politique identitaire » qui remplacent les partis de classe du XXe siècle et ce sont ces « redéfinitions comme patriote », pouvant être associées au racisme ou au fanatisme, qui représentent les « menaces principales » pour la démocratie (il est un opposant à Trump) (4). Cette préoccupation est compréhensible, car le politologue s’était rendu célèbre en 1992 en annonçant qu’à la fin du XXe siècle nous aurions atteint la phase supérieure du libéralisme et que la société moderne pourrait atteindre une stabilité perpétuelle grâce au capitalisme… Donc l’élection de Trump est aussi un revers pour lui et une épitaphe pour sa théorie.

Maintenant, en répétant ses livres précédents, au moins pour citer un de ses héros, le philosophe allemand Hegel, Fukuyama se souvient de la thèse selon laquelle l’histoire a toujours été animée par la lutte pour la reconnaissance, qui devrait être universelle, consacrée par des droits humains effectifs. Les démocraties ne seraient que cela : des institutions qui promettent l’égalité et acceptent donc les différences. Mais alors, où en sommes-nous ? Si tout au long de l’histoire il y eut une lutte pour la reconnaissance des identités, qui exige le respect des différences, et si cette reconnaissance est la définition même d’une démocratie, comment pouvons-nous concevoir que l’identité soit en même temps une menace ? Le livre de Fukuyama répond à cette inquiétude en opposant les mouvements sociaux identitaires, qu’il banalise, aux mouvements nationalistes et religieux dont il souligne l’importance, peut-être parce que les premiers sont porteurs d’une lutte pour les droits d’une communauté et les seconds sont des affirmations d’un système de pouvoir. Nous reviendrons sur cette question du rôle des mouvements pour les droits civiques, féministes et autres, mais pour l’instant examinons cette fragmentation des identités conflictuelles, qui sont l’expression de tensions politiques.

L’analyse de Fukuyama reprend certains des thèmes abordés il y a des décennies par d’autres analystes, comme Manuel Castells, un sociologue catalan qui enseigne à l’université de Californie. Alors exilé et jeune enseignant à Nanterre, Castells a participé à mai 68 à Paris et, ces dernières décennies, il s’est consacré à l’étude des mouvements sociaux. Sa contribution à la discussion qui nous intéresse dans ce livre a commencé il y a vingt ans avec une trilogie sur « l’ère de l’information », dans laquelle il affirme que la mondialisation n’a pas mis fin, mais a plutôt réaffirmé les identités religieuses, ethniques et nationales. « Au cours du dernier quart de siècle, [il y a] une montée généralisée d’expressions puissantes de l’identité collective qui défient la mondialisation et le cosmopolitisme au nom de la singularité culturelle et du contrôle populaire sur sa vie et son environnement », dit-il à propos d’un monde caractérisé par le conflit entre mondialisation et identité. Mais en décrivant ces identités, Castells note avant tout qu’elles sont basées sur des « catégories fondamentales de l’existence millénaire » ou des « codes incassables et éternels » tels que dieu, nation, ethnie, famille et territoire (5).

Si tel était le cas, cette « existence millénaire » ferait payer un prix élevé aux sociétés modernes et, pire encore, aurait une présence inévitable. Je reconnais que les codes sont anciens et lourds (et ils marquent l’histoire récente), mais je réaffirme que toutes ces catégories sont conditionnées spatialement et temporellement, tout en étant fabriquées par la vie sociale dans des conditions historiques précises. En conséquence, elles évoluent. Cette évolution peut être lente ou, parfois, plus rapide, mais elles évoluent. La construction du sens et de l’identité est un processus permanent, qui a des gagnants et des perdants, et où personne n’a le dernier mot.

Contrairement à la thèse de Bannon, les identités ne peuvent être conçues d’une manière qui se justifie d’elle-même comme un fait de la nature, qui donnerait la prévalence à ce que les gens sont et non à ce qu’ils font ou à la façon dont les uns et les autres établissent leurs relations sociales. Il existe un lien entre ce concept essentialiste de permanence identitaire et la vision de la société comme une somme d’individualités, la chimère préférée de la droite, qui décrit un monde dans lequel les sujets idéaux définissent leur authenticité par les projections et les traumatismes qui leur sont propres. Dans un tel monde, la personne n’est qu’un sujet, un ensemble d’instincts.

Pourtant, si l’identité manifeste une reconnaissance pour un ensemble de caractéristiques de la personne ou du groupe, elle évolue et se transforme toujours tout au long de la vie. La pensée rationaliste a toujours souligné cette permanence qui définit l’identité, du moins depuis Aristote, mais sa stabilité est une illusion, on ne rentre pas deux fois dans le même fleuve. L’identité ne peut être énoncée que dans un monde de différences et non de répétitions.

Trois formes d’identité sociale

Continuons avec Castells. Il écrit dans son ouvrage de référence que j’ai cité, Le Pouvoir de l’identité, qu’il y a trois façons d’affirmer l’identité sociale :

• la première serait la légitimité (c’est le processus de formation de la société civile, l’ensemble des institutions et des mouvements qui expriment la citoyenneté en dehors de l’État) ;

• la seconde serait la formation d’une identité de résistance (qui donnerait naissance aux communautés) ;

• la troisième serait, finalement, l’identité du projet (qui formerait les sujets).

Dans une société capitaliste développée, ou une société en réseau, comme il l’appelle, l’identification apportant la légitimité serait épuisée, écrit Castells, et les deux autres formes seraient prédominantes (6).

Nancy Fraser, une philosophe socialiste et féministe américaine qui enseigne à la New School for Social Research de New York, a développé – en même temps que Castells préparait son livre – une théorie sur les identités des mouvements sociaux, qui sera essentielle pour la discussion suggérée par cet article. Fraser critique le discours qui, il y a plus de vingt ans, affirmait que l’identité de groupe supplantait l’identité de classe comme instrument politique de mobilisation, en supposant que la domination culturelle supplanterait l’exploitation en tant qu’injustice matricielle, conduisant ainsi la gauche ainsi que ces mouvements à un manque de cohérence programmatique, du fait de leur décentralisation ou du mépris pour la lutte des classes (7). En termes contemporains, c’est du succès supposé de ce récit et de sa pratique dans la « politique identitaire » dont se vante Steve Bannon, comme nous l’avons vu, puisque c’est ainsi que le cheminement de la campagne de Trump aurait été facilité.

Analysant l’économie moderne en tant qu’un multiplicateur du patriarcat ou du racisme – même si elle n’est pas l’origine, parce qu’ils existaient bien avant ce mode de production – Fraser soutient qu’aujourd’hui ces formes de discrimination ne peuvent exister sans le système capitaliste de production et reproduction. Le capitalisme est patriarcal et raciste. Ainsi, les formes d’injustice culturelle ou symbolique, de non-reconnaissance ou de non-respect des différences, doivent être combattues par la demande de reconnaissance, mais nécessitent aussi un autre remède, celui de la redistribution (on peut l’appeler socialisation), qui doit détruire le régime de l’exploitation et qui, d’une certaine manière, englobe toutes les communautés de la classe ouvrière. Cependant, si la reconnaissance tend à stimuler la différenciation de chaque groupe et si, contradictoirement, la redistribution tend à atténuer cette différenciation au nom d’objectifs communs, les deux remèdes se combinent de manière tendue. C’est un dilemme. Mais Fraser n’abandonne pas et, pour saisir cette difficulté, elle utilise l’exemple des oppressions sexuelle et « raciale » (8) : « Tant le genre que la “race” sont des collectivités paradigmatiques ambivalentes. Bien que chacune ait des caractéristiques que l’autre ne partage pas, les deux incluent des dimensions politiques, économiques et culturelles. Le genre et la “race” impliquent donc à la fois redistribution et reconnaissance ». Mais comment ? La question devient « comment les féministes peuvent-elles lutter simultanément pour l’abolition de la différenciation des sexes et pour la valorisation de la spécificité de genre ? » ou « comment les antiracistes peuvent-ils lutter simultanément pour l’abolition de la “race” et pour la valorisation de la spécificité des groupes racialisés ? » C’est le dilemme « redistribution-reconnaissance ». Pour Fraser, la solution est de distinguer entre les perspectives de « l’affirmation » et celles de la « transformation » (9). La première nécessite un État-providence, des politiques publiques, l’affirmation du multiculturalisme ; la seconde exige une transformation, une rupture avec la matrice capitaliste, c’est-à-dire le socialisme. Si les mouvements se limitent à « l’affirmation », nous aurons le dilemme ; s’ils s’engagent dans la « transformation », ils se retrouveront autour des objectifs anticapitalistes communs.

À quoi sert l’identité ?

Revenons à Fukuyama et à sa préoccupation concernant les politiques identitaires, qui seraient « l’une des principales menaces » pour la démocratie. Mais quelles politiques et pourquoi sont-elles une menace ? La première famille de ces politiques comprend la constellation des nationalismes ainsi que d’autres formes d’expression culturelle, comme les religions, dont je parlerai ailleurs.

La deuxième famille de ces politiques comprend certaines des grandes luttes de l’histoire des États-Unis auxquelles se réfèrent les politologues : les luttes contre l’esclavage, puis pour les droits civils, les droits du travail, les droits des femmes et, en général, pour l’expansion de la sphère de l’égalité (14). Dernièrement, des mouvements comme Black Lives Matter ont vu le jour à la suite de la protestation contre la violence policière – à Ferguson, Missouri, Baltimore et New York – ou #MeToo – après la révélation d’abus sexuels de personnalités hollywoodiennes. Ces mouvements sont apparus et se sont développés parce qu’ils étaient socialement nécessaires et non parce qu’il s’agissait d’une sorte de stratégie politique. Ils ont exigé la reconnaissance et le combat du racisme ou du sexisme et, s’ils étaient nécessaires, c’est parce que ces questions n’étaient pas résolues. Fukuyama soutient que la particularité de ces mouvements est un processus d’identification basé sur l’expérience vécue par ses participant·es, et qu’il ne pouvait en être autrement. Il reconnaît même qu’ils sont bienvenus (15). Si cette expérience vécue différencie ces groupes d’autres parties de la société, qui n’ont pas ressenti ces formes d’oppression, elle est également évidente. Or, en enregistrant ces faits, il apparaît clairement que ces mouvements identitaires sont fondamentaux pour la reconnaissance et la représentation, qu’ils sont une première réponse aux problèmes sociaux et non qu’ils constituent une menace, même s’ils vivent le danger de se faire piéger dans un discours individualiste, concevant le trauma de chaque expérience vécu comme le fondement de l’autorité du discours. Le tout n’est pas la collection des parties, et le mouvement ne peut pas se limiter à être un miroir de l’image des souffrances.

L’existence des mouvements sociaux est en tout cas une réponse et une revendication de dignité. Or, on ne peut opposer les deux concepts de la dignité – celui qui repose sur les libertés et les droits individuels et celui qui est déterminé par les identités collectives (en tant que classe, communauté, ou nation, ou religion). La démocratie exige une pleine reconnaissance de la dignité. La critique de Fukuyama se réfère alors à une question d’identité de l’identité, c’est-à-dire qu’il critique ce qu’il comprend comme étant la stratégie de la gauche à partir de ces besoins : « Le déclin des ambitions de réformes socio-économiques à grande échelle a convergé avec l’adoption par la gauche des politiques identitaires et du multiculturalisme dans les dernières décennies du XXesiècle. » La gauche serait ainsi passée de la lutte pour l’égalité à la défense des secteurs marginalisés. Et il ajoute : « le programme de la gauche s’est préoccupé de la culture : ce qu’il fallait défaire n’était plus l’ordre politique actuel qui exploitait la classe ouvrière, mais l’hégémonie de la culture et des valeurs occidentales qui réprimaient les minorités locales et dans les pays en développement. » (16) C’est une caricature, mais comme toute bonne caricature, elle conserve une trace du modèle dessiné, notant au moins correctement le recul de l’ambition de transformation sociale de la part de secteurs importants de la gauche, aggravé par le passage au centre (social-démocratie européenne) ou même à droite (dans les pays de l’Est) d’importantes zones du centre ou de la gauche traditionnels (la social-démocratie danoise reprenant les thèmes anti-réfugiés de l’extrême droite, c’est le dernier exemple). Il découvre même une rupture entre le marxisme classique, l’éveil et le rationalisme, et une nouvelle gauche, en fait déjà quelque peu ancienne, qui s’inspirerait de Nietzsche et des nihilismes relativistes. Or, si quelques gauches, y compris d’origine marxiste, ont perdu l’énergie révolutionnaire et un programme transformateur, cela ne peut pas être confondu, et ne peut pas le justifier, avec un recul de la lutte pour la convergence des identités larges dans la lutte populaire, que les mouvements féministes de la nouvelle vague ont appelée alliance intersectionnelle. Quoi qu’il en soit, la gauche échoue en ne présentant pas une claire alternative anticapitaliste et cela a des conséquences.

Or, ce qui a ouvert la voie à Trump, c’était « l’absence d’une gauche authentique », répond Nancy Fraser. Pour elle, l’alliance de la Silicon Valley et du capitalisme financier avec la famille Clinton leur a donné la victoire en 1992 et la présidence pendant huit ans. Mais l’illusion qu’ils allaient promouvoir une politique progressiste s’est effondrée lorsque la Maison Blanche a promu le démantèlement de la réglementation bancaire, héritée des mesures de Roosevelt soixante ans auparavant. Dans le sillage de l’ère Reagan, s’opposant aux propositions émancipatrices et aux politiques sociales, c’est cette politique-là qui a favorisé le culte de l’individualisme et non les mouvements qui cherchaient des formes de lutte et d’auto-affirmation (17). C’est le pouvoir qui a triomphé, pas la contestation.

Les échecs des gauches

Il y a près de vingt ans, Nancy Fraser avait déjà noté que « les questions de reconnaissance servent moins à compléter, compliquer et enrichir les luttes pour la redistribution, qu’à les marginaliser, les éclipser et les déplacer », parlant ainsi du danger du déplacement. Ce danger est évidemment plus grand si les luttes pour la redistribution économique et le pouvoir, contre l’exploitation, sont réduites et si elles n’ont pas d’expression politique, ou si les mouvements sociaux ne sont pas liés les uns aux autres. Par exemple, l’identité peut accentuer l’injustice distributive, les religions peuvent aggraver le fardeau du patriarcat, d’autres mouvements peuvent renforcer le racisme. Une femme noire peut être maltraitée dans sa famille parce qu’elle est une femme, même si les autres membres de la famille partagent la même discrimination « raciale ». La reconnaissance doit être aussi multiple que l’oppression. De plus, au lieu d’accentuer l’interaction et d’ouvrir les contextes multiculturels, les formes de communication intense accélèrent les flux de médiatisation, ce qui contribue à l’absolutisation des identités de groupe. Fraser appelle cela le danger de la réification (18), et d’autres auteurs parlent de « mode d’identité Facebook ».

Le constat de ces deux dangers a reçu une réponse erronée : en opposant la classe et le genre ou à travers l’économisme, c’est-à-dire l’affirmation d’un prétendu privilège de la lutte redistributive en abandonnant la reconnaissance des différences. Fraser suggère, par contre, que ces problèmes de déplacement et de réification des identités peuvent être affrontés en reconsidérant la reconnaissance.

L’approche traditionnelle du processus de reconnaissance est ce qu’on pourrait appeler un modèle d’identité, basé sur Hegel, comme Fukuyama l’a rappelé, en l’approuvant. Cette identité est conçue comme se construisant dans un processus de progressive reconnaissance mutuelle de l’autre, par l’interaction avec d’autres sujets. L’amertume ou la colère des familles de travailleurs pauvres des États-Unis qui ont voté pour Trump, s’inscrit dans ce « modèle d’identité », dans lequel la non-reconnaissance est traitée comme un préjudice culturel ou comme l’expression forcée de hiérarchies culturelles, qui soumettent l’identité ressentie. De plus, « la marchandisation a envahi toutes les sociétés dans une certaine mesure, séparant au moins partiellement les mécanismes économiques de distribution des modèles culturels de valeur et de prestige », ce qui renforce ces risques de déplacement et de réification. Comme les interactions humaines, traditionnellement subordonnées aux hiérarchies, sont également imprégnées de réseaux sociaux dans la modernité, les opportunités de reconnaissance naissent dans un monde parallèle, qui accélère la fragmentation ou réification. Pour cette raison, ce modèle d’identité peut constituer un danger : il peut créer une reconnaissance illusoire et peut aussi générer une exclusion qui ignore la complexité des vies (souvenez-vous de l’exemple précédent des identités religieuses qui renforcent l’oppression patriarcale) (19).

Quelle est l’alternative ? Si les deux formes de dignité sont inséparables et doivent être reconnues, alors « ce qui nécessite une reconnaissance n’est pas l’identité spécifique du groupe mais le statut de ses membres individuels comme partie intégrante de l’interaction sociale ». Autrement dit, il s’agit de combattre la subordination sociale institutionnalisée, pas de seulement critiquer le signe culturel de cette différence. Ainsi, la politique doit être orientée « non à valoriser l’identité de groupe mais à surmonter la subordination », et ce « modèle de statut » s’oppose également au « modèle d’identité », défendant le principe de « reconnaissance universaliste et déconstructive » (20).

L’expérience des grands mouvements identitaires confirme ce « modèle de statut » : au moment déterminant du mouvement des droits civiques, la Marche sur Washington pour le Travail et la Liberté, en 1963, où Martin Luther King s’est distingué, les principales revendications, comme l’évoque le slogan, étaient la liberté, la justice et le refus de la discrimination, mais aussi le plein-emploi et une augmentation du salaire minimum. Sa force était l’identité du mouvement noir et la convergence des mouvements populaires. C’est cet exemple qui doit inspirer la gauche anticapitaliste et anticonservatrice.

Francisco Louçã.

Publié dans Inprécor n°664-665. Traduit du portugais par JM.

Il est membre de la IVe Internationale depuis l’école secondaire, est économiste et professeur d’université. Dirigeant du Parti socialiste révolutionnaire (section portugaise de la IVeInternationale), il a été l’un des membres fondateurs du Bloc de Gauche et son coordinateur national de 2005 à 2012, député dans diverses législatures avant d’être élu en 2015, par l’Assemblée de la République, au Conseil d’État.

Type:  Article Mercredi, 28 Août, 2019 - 12:19 En débat Politique
François Calaret

Contre la retraite par points : L’universalisation par le salaire socialisé

2 mois 2 semaines ago

Et si on GENERALISAIT vraiment le REGIME GENERAL ?
Avec un taux de remplacement universel à 75% et à 60 ans ?

La manière dont Macron et Delevoye défendent leur projet de bouleversement du système des retraites demande une contre-offensive idéologique et politique. Il y a la question du montant futur des retraites (qui sera la première question pour tout le monde), mais aussi l’architecture institutionnelle du régime, présenté comme universel et égalitaire. Ne rien dire sur ces questions laisse le champ libre à l’offensive adverse.
L’argumentaire ci-dessous s’efforce de défendre deux idées fondamentales pour s’opposer au projet Macron-Delevoye :
- contre « l’universalisation » de type individualiste-libérale qu’il promeut, défendre une autre universalisation socialisée, basée sur une extension ou une généralisation complète du régime général construit après 1945 ;
- contre la prétendue « équité », défendre l’égalité du même taux de remplacement pour tous et toutes, avec la garantie de percevoir 75% de son salaire brut, soit quasi 100% du net (et au minimum le SMIC). Ce qui signifie aussi conforter le caractère salarial de la retraite comme prolongement de ses ressources.
Mais avant d’arriver-là, il conviendra :

1- D’une part de prendre au sérieux une critique idéologique du projet en cours, et de l’imaginaire qu’il mobilise ;

2- D’autre part, de revenir sur les débats qui ont présidé à la naissance du régime général de 1945-46, mais qui l’ont aussi interrompu dans sa portée universelle ;

3- Et enfin de présenter des propositions alternatives.

1- Contre « l’universalisation » libérale (= « je cotise, j’ai droit »)

A chaque lutte concernant les retraites, il est souvent dit qu’il s’agit d’une question de « société ». Jusqu’ici, depuis les contre-réformes débutant en 1987-1993, les attaques laissaient grosso-modo l’architecture du système intacte : nous avions des réforme dites « paramétriques », faisant bouger les curseurs sur la durée de cotisation, l’âge légal, les salaires portés au compte, l’indexation des pensions, etc. La hausse paramétrique éventuelle des taux de cotisation est devenue tabou, comme le mot salaire.  Cette fois, Macron peut se permettre de dire que l’âge légal ne bougera pas, voire même qu’il s’agit toujours de retraites par « répartition », mais son projet chamboule les bases socialisées du système.

La critique doit inclure (voire commencer par) la critique des mots utilisés et de leur signification comme projet de société.

De Macron…

Pour faire passer ses projets, Emmanuel Macron a constamment à la bouche des mots fétiches, très souvent empruntés au vocabulaire de l’émancipation de gauche. Par exemple le mot « universel », « l’émancipation », etc.  Dans son discours au Parlement réuni à Versailles en juillet 2018, il voit loin : « La priorité de l'année qui vient est simple : nous devons construire l'État Providence du XXIe siècle. Un État providence émancipateur, universel, efficace responsabilisant, c'est-à-dire couvrant davantage, protégeant mieux, s’appuyant aussi sur les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous […]. [nous] refondrons notre régime de retraite pour protéger mieux ceux dont les carrières sont hachées, instables, atypiques, bien souvent les carrières des femmes d’ailleurs ». Il ajoute : ce sera « un système par redistribution, c’est-à-dire un système reposant sur la solidarité entre les générations ». On retrouve aussi le fameux mot d’ordre de la campagne présidentielle : « pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous ! » Dans un discours « social » à la Cour des Comptes en janvier 2018, il avait précisé l’architecture : « Il doit s'agir, avant tout, d'un grand choc de lisibilité et de simplification de notre régime de retraite. Lisibilité pour les usagers, qui doivent pouvoir comprendre en temps réel où ils en sont de leurs droits à la retraite, et qui ne doivent pas être pénalisés par des carrières non linéaires, passant du public au privé, du salariat à l'entrepreneuriat, et inversement ». Et donc « de passer des 37 régimes de retraite actuels à un régime simplifié, lisible… ».

Depuis, le matraquage médiatique ne cesse pas : le système de retraites est incompréhensible, injuste, etc. La logique est donc : je cotise, j’ai droit à proportion. Le slogan sonne juste. En réalité, il ramène chacun à SON choix de durée de cotisation, à la gestion d’une sorte de patrimoine personnel (achat de points).  Comme l’écrit un « collectif d’agents publics et de hauts fonctionnaires » dans Le Monde du 27 octobre 2018, « c’est le principe de la rentabilité définie : le total des pensions touchées à la retraite est censé se rapprocher autant que possible du total des cotisations versées en activité ».

On peut aussi faire le rapprochement avec le « compte personnel d’activité » (CPA) créé sous Hollande, et dans lequel, à terme (c’est la « fongibilité » des droits monnayables), on a le droit de convertir X euros de congés en X euros de formation, et pourquoi pas un jour X euros de points de retraite. La formation professionnelle, par exemple, est déjà passée en droits monnayables en euros, plutôt qu’un temps nécessaire de formation. On a donc un individualisme du choix, donc avec « des carrières non linéaires, passant du public au privé, du salariat à l'entrepreneuriat, et inversement ». On voit bien ce que signifie l’expression macronienne : ne plus protéger « selon son statut ». Les statuts sociaux doivent se fondre dans un continuum où plus rien ne distingue un (une) salarié, un artisan ou un auto-entrepreneur, lesquels investissent des points dans la gestion de leurs droits individuels. Chaque année, ils et elles ont le loisir de calculer leur futur puis d’arbitrer plus tard entre plus de pension (bonus) avec plus de temps d’emploi.

…à Delevoye

De ce point de vue, l’introduction de J.P. Delevoye à son rapport remis en juillet 2019 est un concentré d’idéologie, mais aussi d’habileté politique. Il rappelle que la Sécurité sociale a été mise sur pied par « les Gaullistes et les Communistes ». Il utilise l’expression « maison commune » (que la CGT a remise en avant comme projet, certes très vague, depuis 2003). Mais ce système se serait en quelque sorte écroulé, selon JP Delevoye, « sous le poids des solidarités professionnelles », d’où « nos 42 régimes ».

Evidemment, si on met en avant 42 régimes, on peut affirmer ensuite que les retraites sont « essentiellement fondées » sur des professions. Ce qui est faux, car en réalité, sur la totalité des prestations versées, il y 5 ou 6 grands régimes (chiffres de la DREES, 2016) : le régime général du privé (35% des pensions), les régimes complémentaires du régime général (23%), les fonctionnaires, dont les collectivités territoriales et agents hospitaliers (22%), les régimes dits spéciaux (SNCF, EDF, RATP, soit 5%), les indépendants et agricoles (11% environ). On peut faire une liste plus fine avec des régimes infimes, mais le chiffre des 42 régimes brandi par le gouvernement ne vise qu’à produire un effet de matraquage pour exagérer le côté « illisible » et donc « injuste » des systèmes actuels.

Mais dans les grandes masses, les retraites sont surtout la marque de droits interprofessionnels, ce qui explique d’ailleurs les fortes luttes sur ce plan. Insister sur le « professionnel » permet de dénoncer les « risques d’une fragmentation de notre société au nom d’intérêts catégoriels ou corporatistes ». Et au total d’annoncer « la disparition du futur prometteur », notamment pour les jeunes, les précaires, et les femmes qui craignent « le veuvage ».  C’est pourquoi contre ce système « injuste, illisible, et inadapté aux défis de demain », le Haut- Commissaire préconise d’acquérir « des points dès les premiers stages » pour les jeunes et, pour les plus âgés, dans le « cumul emploi-retraites ». Le fond de l’affaire est de « choisir la date de son départ en fonction de son niveau de retraite, la notion de durée d’assurance s’effaçant derrière celle des points acquis ».

Le rapport explique que « les retraites seront le reflet des carrières professionnelles » : est ainsi clairement légitimée la notion de « contributivité », concept-clef de tous les rêves libéraux de protection sociale depuis les années 1990. Cette notion défend la proportion exacte entre l’achat de droits et ce que cela rapporte à chacun de manière « différée » dans le temps, donc à l’opposé de la socialisation immédiate par un flux de richesses. C’est bien l’idée : je cotise, j’ai droit. Pour les personnes qui n’auront pas pu acheter suffisamment (« accidents de la vie »), il restera la solidarité nationale sur une base fiscale. Sous-entendu :  les cotisations socialisées ne sont pas efficaces en matière de solidarité.

Au final, « Les Français pourront déterminer en connaissance de cause à quel moment et avec quel revenu ils souhaitent partir ». Mais le rapport prend bien soin de préciser que la part de richesses et donc de points de PIB affectée aux retraites ne bougera pas : environ 14% aujourd’hui. On aura donc toujours une « répartition », comme c’est promis ! Mais dans une enveloppe fermée. Le mot « répartition » n’est donc pas décisif en lui-même, même s’il est populaire car il semble synonyme de solidarité. Tout dépend de ce qui est « réparti ». On achète des points à l’instant T, placés sur un compte, mais dans l’année où ils sont convertis en pensions (répartition), « la gouvernance » du système évalue la « valeur de service » du point, en fonction de paramètres économiques et démographiques. Chaque année, le calcul est fait : pas besoin de loi nouvelle (qui provoque des luttes). C’est d’ailleurs exactement ce qui se produit dès maintenant pour les régimes de retraites par points AGIRC (cadres)-ARRCO (salarié-es), fusionnés en 2019, et qui avaient décidé « paritairement » (syndicats-dont la CFDT- et patronat) depuis 2015 un gel des pensions pendant plusieurs années, pour « équilibrer » le système.

En somme, on sait ce qu’on cotise (cotisations définies), mais pas ce qu’on perçoit (prestations indéfinies). Toutes les prétendues avancées promises afin de séduire le public (jeunes, précaires, femmes, chômeurs…) seront en fait payées par une redistribution interne ou par ladite solidarité nationale.
Une répartition…à étages

En effet, les régimes par points maintiennent une répartition. Il y a bien une part du produit national qui est dévolue aux retraites. Les points accumulés dans les comptes individuels ne sont pas mis sur le marché financier comme dans la capitalisation. Mais tout se passe comme si la personne qui achète des points gérait une sorte de patrimoine récupéré plus tard (au mieux). On ne le joue pas en bourse : on l’épargne.

Cependant, la construction du système pousse tendanciellement en fait à faire apparaitre trois étages :

- le plancher de la solidarité nationale à base fiscale, cette fois nettement mis en visibilité (pour celles et ceux dont le cumul des points est très faible ;

- l’étage des retraites à points, dont les prestations ne sont pas assurées en montant ;

- ce qui devrait tôt ou tard conduire à des choix individuels d’investir dans des compléments de retraite en capitalisation, pour qui en a les moyens.

La Banque mondiale avait préconisé depuis longtemps un système à trois étages pour gérer toute la protection sociale. Et le projet de Delevoye maintient un plafond de salaires (10 000 euros) dans l’achat des points au-delà duquel d’autres systèmes pourront proliférer. Philippe Askenazy (économiste CNRS, tribune dans Le Monde) le voit venir : le blocage des retraites à 14% du PIB, entrainant des baisses de prestations, « ouvrira en grand le marché des régimes complémentaires privés. Les grandes entreprises les incluront dans leur package de rémunération ». Ce qu’il appelle une « privatisation rampante » avec des « milliers de régimes différents ». On dépasserait alors nettement les 42 régimes vilipendés avec cette réforme ! Mais dans le capitalisme libéral, on a le droit de faire autant de régimes que l’on veut.  C’est dans les régimes socialisés que c’est interdit !

Modèle assurance-chômage ?

Le régime à plusieurs étages est par ailleurs déjà celui de l’assurance-chômage depuis longtemps, mais dont Macron avait aussi prêché un avenir simplifié et « universel » :

- le plancher est fixé depuis longtemps par l’invention du RMI (1988) devenu RSA, et l’allocation dite de solidarité (ASS), donc la scission après 1983 entre allocation de pauvreté et « indemnité de remplacement » en cas de chômage ; mais ce plancher serait bientôt « simplifié » par la fusion envisagée de plusieurs minimas sociaux dans un « revenu universel » (2021 ?).

- et ensuite l’assurance-chômage proprement dite (44% seulement des chômeurs en bénéficient aujourd’hui) dont la réforme en cours vise à faire payer 3,8 milliards d’euros par les chômeurs (pour éponger le déficit), à réduire leurs indemnités et le nombre de bénéficiaires (1,2 million de personnes sont touchées par ces mesures draconiennes), à mettre en place une dégressivité pour les « cadres » trop bien indemnisés (maxi 1770 euros), et à installer un bonus-malus pour réguler la fréquence des contrats courts Et aussi à accueillir les « indépendants » et « démissionnaires », même si c’est en faible nombre pour le moment. 

Cette « réforme » refusée au printemps 2019 par tous les syndicats aboutit donc à une quasi étatisation de cette branche de la protection sociale. Elle a toutes les allures d’une optimisation d’efficacité du marché du travail, triant les inemployables dans l’étage 1, et poussant les concurrents du marché de l’étage 2 (salariés, cadres ou auto-entrepreneurs) à respecter des règles fluctuantes pour toucher des droits. Cela ressemble assez au projet pour les retraites.

Que se soit pour les retraites ou pour les minima sociaux, il ne faut pas sous-estimer la propagande contre la « complexité ». Les défaites subies depuis 1987-93 sur la retraite ont pu aboutir à un fossé des générations, à engloutir la mémoire des conquêtes, à obscurcir le sens des règles fondatrices de la Sécurité sociale et de son régime général. D’autant plus que même après 1945, elles ne sont pas allées au bout de leur visée initiale. Il faut donc repartir de cette visée, et en restituer la portée, pour définir aujourd’hui un contre-projet cohérent face à Macron.

2- Un Régime Général…incomplet

Après la promulgation des ordonnances créant la Sécurité sociale en 1945, s’est succédée une phase où il a fallu en construire les institutions et les règles de financement. Bien entendu, tout cela ne s’est pas fait ex nihilo. On héritait des Assurances sociales de 1928-1930, qui comprenaient un régime de retraite, et sous Vichy, le paradoxe a été la transformation des anciens régimes de capitalisation (en faillite) en régime de répartition. Mais il existait des milliers de caisse pour les différents « risques » dont la retraite. Avec des caisses dites par « affinité », car on pouvait y adhérer selon ses préférences idéologiques (« spirituelles » même, défendaient certains), et selon son rapport aux mutuelles qui avaient pris la main sur l’édifice.

Le grand chamboulement de 1945-46 a donc été la création du Régime Général, c’est-à-dire la fusion des caisses dans une caisse générale intégrant maladie, retraites et accidents du travail. On est donc passé de plus de 700 caisses dans le pays à une seule par département. Mais l’offensive familialiste a empêché l’inclusion complète des Allocations familiales, pourtant très importantes à l’époque en prestations versées (parfois l’équivalent du salaire). De plus, ces caisses étaient gérées aux trois quarts par des représentants syndicaux, contre la mainmise mutualiste d’antan. Enfin a été imposée une cotisation interprofessionnelle unifiée, à la place de régimes différentiés (les échelles de cotisations pouvaient varier de 4 à 17% pour les allocations familiales par exemple, selon les endroits).

Il y a donc eu un vrai processus de socialisation du salaire sur le territoire national et de gestion « ouvrière » homogénéisée, avec des élections à partir de 1947. Déjà à l’époque, cela représentait la moitié du budget de l’Etat entre les mains des syndicats (en fait la CGT), même si l’Etat gardait la main sur les montants essentiels.
Mais ce Régime Général n’a pu atteindre une portée universelle complète, ce qui était pourtant le but visé, par exemple par la CGT (voir ci-après). Dès le départ, il y a eu résistance et donc rapport de force. D’abord la résistance des métiers indépendants et paysans, qui refusaient de s’intégrer aux caisses des « rouges » (et de payer). Mais aussi une résistance à l’intérieur du salariat selon des processus contradictoires. Contradictoires car poussant à la fois à la salarisation (par exemple des cadres) et l’égalisation des droits, mais aussi à l’autonomisation d’un régime particulier (des mêmes cadres). Ou encore la difficulté à tout unifier par le haut alors que les droits étaient encore très hétérogènes et inégaux selon les résultats de l’histoire antérieure (entreprises à statut-SNCF-EDF- versus entreprises privées). Les fonctionnaires par exemple bénéficiaient d’un régime de retraite depuis 1853, très lié au dernier salaire d’activité et à leur grade. Enfin, les cotisations salariales et patronales étaient certes généralisées, mais pas au-delà d’un certain « plafond », qui limitait ainsi leur rendement et préservait aussi les hauts salaires, ainsi distingués (au sens de prise de distance sociale) de la masse. Le syndicalisme n’a cessé de revendiquer le déplafonnement des cotisations. La visée d’un vrai Régime Général complet a donc été en partie enrayée. Le salariat en paye le prix aujourd’hui.

Le patronat impose les régimes complémentaires

La création de l’Association générale des institutions des retraites des cadres (AGIRC) en 1947, est à la fois un progrès pour les cadres et une menace pour l’avenir. Un progrès parce que l’AGIRC témoigne de l’entrée dans le salariat d’un groupe social (les « cadres ») qui se situait jusqu’ici dans l’orbite exclusive du chef d’entreprise et de ses « collaborateurs », comme on disait à ce moment-là. L’AGIRC n’est donc pas dans le Régime Général. C’est le résultat d’un rapport des forces complexe et contradictoire. Le patronat a réussi un premier contournement important de la CGT hégémonique à l’époque. Cependant, et contradictoirement, est créé un régime par cotisations (achat de points) pour la partie du salaire qui surpasse le plafond de la Sécurité Sociale. Et ce régime fonctionne dès le début avec reconstitution fictive d’une carrière et donc distribue d’emblée des pensions sans durée de cotisations préalables ! Ce qui prouve que c’est possible, alors que les salariés non cadres devaient encore justifier au même moment de 30 années de cotisations, règle issue des années 1930… Ce qui prouve que les régimes par cotisations peuvent fonctionner en s’appuyant sur des flux de valeur (et de monnaie) issus de la production économique courante (le salaire), et pas sur un placement qui aurait fructifié dans le temps, ni même sur un stock de cotisations nécessaires avec durée de carrière.

Mais après la création du régime, la méthode de calcul de la pension AGIRC, par points, prend en compte la totalité de la carrière (et pas les 10 meilleures années comme dans le Régime Général à cette époque), et tend à faire de la pension le reflet différé d’une somme de salaires mise de côté, et plus ou moins restituée plus tard selon la « valeur de service » du point, valeur négociée paritairement (50% patrons, 50% syndicats), et non pas garantie au moment des achats de points. La cotisation est précisément définie, mais pas la prestation. On achète des droits pour plus tard plutôt que voir le droit à pension comme le prolongement socialisé des cotisations salariales actuelles.

Et c’est cette méthode par points qui sera étendue en 1961 à la création de l’Association des régimes de retraites complémentaires (ARRCO), le régime complémentaire pour les salariés, besoin nécessaire parce que le taux de remplacement du Régime Général n’est que de 50%. Le patronat prend progressivement sa revanche sur la phase historique 1945-46. La création de l’UNEDIC en 1957-58, grâce à de Gaulle et FO, renforce encore le contournement de la gestion de la Sécurité Sociale par les syndicats, au profit du paritarisme. Pour les retraites, il aurait suffi d’augmenter significativement les cotisations au Régime Général (par exemple du même montant que celles allant aux régimes complémentaires) pour garantir un taux de remplacement total plus élevé, qui finira par s’imposer plus tard dans les faits : 75% du salaire brut environ, voire plus. 

Les régimes à gestion paritaire évolutive par points serviront en fait de cheval de Troie pour décrédibiliser le régime général, notamment dans les dernières décennies. Jusqu’à l’imposition récente de la fusion AGIRC-ARRCO qui sera effective en 2019 selon l’accord signé par CFDT, CGC, et CFTC. Or, cet accord décide « le gel de la valeur de service du point de 2016 à 2018 » (la « valeur de service » est celle qui convertit les points accumulés en pensions), et à partir de 2019 « une baisse temporaire de 10% de la retraite pour trois ans pour ceux qui ne reculent pas leur âge de départ » (note de la CGT). Tout un programme ! et une vision anticipatrice du projet visé par Macron de faire fonctionner tous les régimes selon cette formule : il faut choisir de travailler plus longtemps pour éviter une baisse des pensions.

La pension des personnels à statut : un salaire continué

Le régime des pensions des fonctionnaires et ceux de grandes entreprises nationales avec des personnels sous statut (SNCF-EDF…) ne rentreront pas non plus dans le Régime Général.

Si le Régime Général tend à faire de la retraite une projection du salaire d’activité (la pension est indexée avant 1987 sur l’évolution des salaires, et non pas sur les prix comme aujourd’hui), mais avec un taux de remplacement limité, le régime des fonctionnaires est très clairement une prolongation de la carrière salariale. C’est le plus ancien régime de retraites (loi de 1853).  La retraite fonction publique se calcule selon les derniers mois de traitement, et selon l’évolution des indices du grade. Par ailleurs, il n’y a pas de régime complémentaire. La contre « réforme » de 2003 a eu pour objectif de briser cette dynamique de prolongation du salaire, qui avait échoué en 1995 grâce à la grève et qui était déjà stoppée dans le secteur privé depuis 1987 et 1993.
C’est la même logique pour les retraites des agents des grandes entreprises nationalisées, comme la SNCF et EDF. Si Macron s’est attaqué aux cheminots en 2018, c’est avant tout pour briser leur statut comme socle porteur de droits automatiques, et tenter d’éviter que la combativité de cette profession ne vienne perturber la contre- « réforme » qu’il projette pour tout le monde. L’histoire du régime de retraite et du statut cheminot ressemble au processus d’unification salariale vers le Régime Général mis en place en 1946. Au point de départ au 19ème siècle, il y avait une myriade de compagnies privées avec des régimes différents, mais plus avancés que pour les autres travailleurs, maintenus dans la misère. Il était en effet nécessaire de s’attacher les personnels, au vu des investissements coûteux et de la technicité du métier (haute qualification). L’Etat lui-même met son grain de sel. C’est en 1909 qu’une loi généralise le droit à pension des cheminots, « inspiré par la législation de 1853 concernant les fonctionnaires » (Nicolas Castel, note de l’Institut européen du salariat, novembre 2017). Puis la SNCF est créée en 1937 : une seule entreprise avec une régime unifié, plus tard appelé « régime spécial » lors de la mise en place du Régime Général de 1946. Dès lors, « le fonctionnaire et le cheminot voient garanti le principe d’un rapport constant entre leur pension d’aujourd’hui et leur traitement d’aujourd’hui » (N. Castel). Après la grande grève de 1995, le coup le plus violent porté contre le régime des cheminots le fut en 2007, notamment par la création d’une « caisse » autonome inexistante auparavant (les pensions étaient des lignes comptables dans le service retraites de la SNCF), fonctionnant par mimétisme avec le Régime Général et les complémentaires.

« Polémiques » en 1946-47 dans la CGT sur l’unification des régimes

La CGT a été le fer de lance de la création du Régime Général. Mais le projet confédéral était bel et bien une généralisation du Régime Général.

A lire les documents CGT préparatoires aux élections dans les caisses en 1947, il semble bien que des résistances internes (en plus des blocages externes venant des indépendants) aient existé, notamment pour les régimes plus avancés que le Régime Général. C’est ainsi que Henri Raynaud, en charge de la Sécurité Sociale à la confédération CGT, l’explique dans son rapport au Comité confédéral national (CCN) de janvier 1947 : « L’objectif d’un programme total de Sécurité Sociale est donc de grouper tous les travailleurs et de couvrir la totalité de la population ». Tous les travailleurs « sans exception » souligne-t-il. Et de mettre en garde les hauts salaires : « …il convient de ne pas créer de nouvelles cloisons financières entre les cadres et le personnel d’exécution… ». Il parle même « d’égoïsme » de certains, ou du « courant assez fort qui s’est développé en faveur d’un régime spécial de la fonction publique détaché de la Sécurité Sociale ». Et encore : « Ceux qui voudraient s’opposer à leur entrée [celle des fonctionnaires] ont développé des contre-vérités qu’il faut définitivement démolir », fustige-t-il, en envisageant une fusion « par le haut » des régimes. En 1946 déjà, lors d’un autre CCN de la CGT, il évoquait les « sérieuses polémiques » au sein de la CGT quant à l’objectif d’unification des caisses. Il appelait à lutter contre le « sabotage ».

Des décennies plus tard, il est évident que si le projet de Régime Général n’est pas allé jusqu’au bout, c’est certes parce des ennemis puissants (le patronat, les indépendants, la droite) n’en voulaient pas, mais aussi parce que la portée émancipatrice d’une unification s’est heurtée à des réflexes conservateurs explicables, mais contre-productifs, dont le mouvement ouvrier fait les frais aujourd’hui.

Aujourd’hui, refus de l’unification

Il faudrait examiner le fond des positions syndicales au complet. Mais si on ne s’en tient qu’à la CGT, on constate un refus (certes avec une gêne) d’envisager de répondre à Macron par une marche en avant vers l’unification des régimes par le haut. L’appel du congrès confédéral de 2019 se prononce même pour « le maintien » des 42 régimes de retraite ! C’est se tirer une balle dans le pied à court terme. Et cela contredit toute la dynamique possible de l’élaboration CGT des 20 dernières années sur le Statut du travail salarié. Mais elle est toujours restée au milieu du gué sur ce sujet.

Dans un numéro spécial du Peuple (N°1748-septembre 2018) consacré à la retraite, certains articles font référence aux débats des années 1945-47 : « le maintien des régimes spéciaux était conçu comme temporaire ». En effet. Et si « le régime universel n’a pas pu se mettre en place en 1945 », c’est à cause du « refus du patronat d’aligner les paramètres » sur ceux du secteur public, mais aussi « du refus des non-salariés ». Certes ! Mais rien n’est rappelé, contrairement aux textes de 1947 sur les résistances internes dans la CGT elle-même. Au contraire, le dossier consacre maintenant tout un argumentaire expliquant son refus d’unification entre privé et public par la différence de nature dans la production des droits, entre les conventions collectives du secteur privé négociées par les syndicats (et qui acquièrent force de loi), et les statuts publics (fonctionnaires ou régimes publics) qui sont la prérogative « de la puissance publique ». Il faudrait quand même choisir clairement une argumentation ou une autre : soit l’idée que les régimes spéciaux conçus comme « temporaires » en 1945-47 étaient une erreur de principe grave, soit il faut actualiser le projet de cette époque. Mais la CGT navigue entre ces deux approches. Elle va même jusqu’à envisager l’idée (juste) d’une « unification des régimes de base et complémentaires ». Mais elle ne le rappelle pas en conclusion dans ses « repères revendicatifs » …
La question du statut du travail salarié, que la CGT défend et qui est convergente avec des projets similaires dans Solidaires et la FSU, porte en elle une émancipation anticapitaliste de tous les salarié-es. Les conquêtes sociales, dans le secteur privé comme dans le secteur public, sont toujours un résultat historique complexe, rarement ou jamais une création ex-nihilo. Il y a des tensions et des contradictions, y compris dans le salariat. Mais une vision anticapitaliste doit chercher à ouvrir une perspective commune, des institutions, confortées par l’auto-organisation (autogestion). Le mouvement du salariat (public ou privé) doit emporter dans son élan un horizon universel, ce qui ne signifie pas uniforme, ou étriqué sur des logiques purement professionnelles, même si elles ont leur valeur. Sinon, ce sont nos adversaires qui prendront le relai et donneront du sens à leur façon.
Sentant qu’il y a quand même un problème, la CGT s’est prononcée depuis 2003 pour « une maison commune » des régimes de retraite, idée qui ressurgit dans cette brochure. Mais on a du mal à bien distinguer le plan et les murs de cette maison, pourtant destinée à garantir un « socle commun de droits » et une « solidarité des régimes ». Elle ajoute que la Maison commune doit s’accompagner d’un « processus d’élection démocratique par les assurés ». Nous y reviendrons.

3- L’alternative : la retraite doit prolonger le droit au salaire pour tous et toutes

Cette formule (qui peut se discuter sur les termes) : « la retraite prolonge le droit au salaire pour tous et toutes », nous parait efficace sur le fond pour contrecarrer politiquement l’offensive Macron :
- d’une part, elle donne une indication claire d’égalité : chacun-e doit avoir la garantie de son « meilleur » salaire (ce qui bien sûr présuppose le « droit au salaire », et pas des substituts).
- d’autre part, elle construit l’image d’une « maison commune » (universalité et unification) basée sur une véritable généralisation enfin accomplie du Régime Général : « pour toutes et tous ». 
Cela se décline ensuite en mesures précises à mettre en débat.

Droit au salaire et taux de remplacement

* Le droit au salaire doit être défendu becs et ongles. Tout est fait depuis des décennies pour ringardiser le salaire. Il convient donc de le rétablir comme la base de l’affrontement contre le capital, et de le généraliser. Historiquement (surtout avec l’industrialisation), le salariat était un prolétariat, nu de droits. Mais les luttes populaires l’ont ensuite construit comme salariat porteur de conquêtes socialisées, et d’un « déjà là » potentiellement émancipateur. Ce sont les libéraux qui aujourd’hui veulent le détruire, par le bas (la pauvreté, le retour au prolétariat) et par le haut (stocks options, actions).

On peut toujours trouver des formules pour tenir compte de la gêne psychologique à assumer une telle exigence. Les paysans soumis aux capitalistes agro-alimentaires doivent avoir un prix garanti, donc un revenu de type salarial en réalité, si on examine la chaine réelle de valeur, du champ jusqu’au magasin. Idem pour les jeunes et le « présalaire » d’études (« allocation salariale » ?). Les travailleurs Deliveroo ne défendent pas autre chose qu’un droit au salaire, même si à juste titre, ils et elles ne veulent pas travailler en subordination (ce qui est pourtant le cas économiquement, même si ce n’est pas reconnu juridiquement).

* La retraite est une prolongation du salaire. C’est une autre manière de dire que la retraite est un flux qui provient directement de la valeur crée dans le travail courant (pas besoin de placement ni d’épargne différée). On peut le dire encore autrement : elle est consubstantiellement liée au salaire, y compris dans les modes de calcul aujourd’hui. C’est très net chez les fonctionnaires et les régimes dits spéciaux. C’est bien cela qui est visé dans la « réforme » : elle ne doit plus être un salaire lié à une qualification acquise, ni régie collectivement, mais un revenu individualisé en fonction d’un achat de points. La prolongation du salaire en dehors de situations d’emploi est un acquis historique pour plusieurs droits : congés de maladie, maternité, congés payés. On peut y inclure historiquement les droits des chômeurs, mais de plus en plus détruits. Les intermittents ont encore le droit à leur salaire entre deux « contrats ». Tous ces droits sont bien sûr attaqués de plus en plus. Mais il faut tenir sur ce principe : garder son salaire même quand on n’est plus en situation d’emploi est décisif dans une perspective d’émancipation commençant par une sécurité sociale universelle. Laquelle est aussi la condition pour agir activement sur le travail concret et le changer (santé, organisation, contrôle des finalités, durée, horaires) et sur la transition écologique (reconversions industrielles).

* Egalité des salaires femmes/hommes : L’écart des salaires femmes/hommes dans sa globalité atteignant encore 25%, des mesures contraignantes d’égalité apporteraient très vite beaucoup de recettes à la caisse des retraites. Un article de Christine Marty publié par la fondation Copernic calcule un gain de 14% du volume des cotisations (11 milliards sur 77 en 2016).

* La retraite doit garantir un taux de remplacement du salaire à 60 ans, par exemple fixé à 75% du ou des meilleurs salaires bruts (soit 100% du net). On peut définir une période de référence de 6 mois : les 6 derniers pour la fonction publique, les 6 meilleurs pour le privé (pour les cadres, c’est souvent aussi les 6 derniers).

* Les pensions de retraite doivent être indexées sur le niveau des salaires. C’est ce qui a été détruit par la première « contre-réforme » de 1987 (Seguin) et généralisé ensuite. Cette mesure a été une des plus violentes pour faire baisser à long terme le taux de remplacement, très en dessous des 75% atteints dans les années 1980.

* Il faut donc augmenter les salaires et les cotisations patronales, gelées depuis longtemps. Ce qui signifie bien sûr briser la barrière mise sur la part du PIB consacrée aux salaires. Il y a trois aspects. D’abord la hausse des salaires augmente mécaniquement la masse des cotisations, comme pour l’égalité femmes/hommes. Deuxièmement, une hausse supplémentaire éventuelle des cotisations salariales ne devrait en aucun cas aboutir à une baisse du salaire net, ce qui implique à fortiori une hausse des salaires correspondants.  Mais troisièmement la question clef est bien celle de la hausse des cotisations patronales, gelées depuis 30 ans. On peut ici rappeler les calculs du COR qui avaient accepté il y a 10 ans environ de calculer l’augmentation (seulement 0,37% par an pendant quelques décennies !) du taux de cotisation global sur plusieurs décennies, pour garantir le fameux « équilibre » du régime (notion très discutable si on raisonne en flux de valeur). Mais plus personne ne parle d’une telle hypothèse.

* Fusions des cotisations salariales et patronales ? La question est pertinente. En effet, ces deux sortes de cotisations induisent depuis longtemps un faux débat équivoque sur « la part » que chaque composante verse au pot commun (salariés et patrons). Le patronat sait bien ce qu’est le salaire total et ne cesse de s’en plaindre : pour lui, c’est un « coût » global. Il conviendrait donc d’envisager une fusion des deux cotisations. Cela clarifierait aussi le fait que c’est bien toute la valeur ajoutée qui est la base réelle de la socialisation : le rapport entre salaire total et profits.

* Faut-il faire cotiser les revenus financiers ? Cela est défendu par Attac, la CGT, Solidaires, la FSU. Cela parait de bon sens. Les revenus financiers de toute nature ne sont après tout que le résultat de la pression à la baisse des salaires depuis des décennies. Ce serait donc une sorte de « rattrapage ». Pour autant, les faire cotiser, c’est aussi les légitimer dans leur existence. C’est un peu le même débat que pour la CSG, qui a été justifiée idéologiquement parce qu’une part (très faible en réalité) de son volume provient des revenus autres que salariaux. La cible visée était encore une fois d’effacer le rôle des salaires. Il en va de même des substituts au salaire : intéressement, etc. En réalité, la meilleure façon de faire payer la finance et les profits, c’est d’augmenter les salaires et les cotisations. Mais il y a peut-être une manière de défendre cette exigence très populaire qui permet de la rattacher clairement aux salaires.

* Faut-il moduler les taux de cotisation ? Là aussi, cela parait de bon sens. C’est la doctrine centrale de la CGT en matière de financement structurel. Une entreprise qui embauche peu paierait plus de cotisations qu’une entreprise qui emploie beaucoup de salarié-es. D’autant que ce sont souvent les entreprises sans main d’œuvre qui sont les plus profitables, car plus productives et compétitives. L’inconvénient est que ce raisonnement valide indirectement la doxa libérale sur le « coût salarial » qu’il faut comprimer pour être compétitif. Néanmoins les TPE dites parfois « familiales » sont une vraie question (et là il faudrait plutôt privilégier des aides fiscales). La question de la sous-traitance des PME très dépendantes des grands groupes devrait faire l’objet d’un débat spécifique. Mais moduler les taux de cotisation pourrait avoir pour effet d’accroitre encore la mise en sous-traitance et l’externalisation de pans nouveaux des multinationales, pour échapper aux taux élevés. Les formules de type bonus-malus sont souvent des fluctuations adaptées à l’économie capitaliste (même si les patrons en général ne veulent pas payer) dans une sorte d’internalisation des coûts prévisibles (comme pour les indemnités prudhommales réglementées issues du Code du travail Macron). Il faut donc une assise des cotisations et du salaire qui cible la valeur globale produite dans l’économie. Quitte à ce que dans la chaine des valeurs, les patrons négocient entre eux.

Pour une unification par le haut : un régime général socialisé

* La première étape dans ce but devrait être l’intégration des régimes complémentaires dans le régime général, et donc une augmentation correspondante des cotisations. Que le patronat ne vienne pas se plaindre de cette augmentation qu’il accepte de fait de pratiquer (en ayant promu lui-même les régimes complémentaires et en envisageant des régimes d’entreprises comme en Grande Bretagne ou aux USA) mais à la condition d’en avoir le contrôle politique, en cogestion avec des syndicats. La question-clef est bien celle-ci : quelle classe contrôle politiquement la création de valeur, et selon quelles modalités.  Epargnées, privatisées ou socialisées ?

* La fusion des complémentaires avec le régime général faciliterait une prise de conscience pour viser la mise en place progressive d’un seul régime salarial, y compris avec les fonctionnaires et les régimes spéciaux, à condition bien sûr que les droits soient progressivement alignés par le haut. Le statut de la fonction publique et un statut revendiqué du salariat de secteur privé ont certes une histoire sociale différente, mais devraient pouvoir viser la même logique d’émancipation collective.

* Un régime salarial unifié constituerait une augmentation considérable du rapport des forces à long terme dans la lutte des classes interprofessionnelle. Les obstacles purement internes au salariat et au mouvement ouvrier sont nombreux (traditions, conservatisme, complexité, éclatement objectif des situations actuelles). Mais la bataille politique vaut d’être menée si on veut marquer des points face à l’universalisation libérale, qui détruira sur son passage toute la solidarité par socialisation, la seule qui soit solide.

* La démocratie est la meilleure manière de dépasser les obstacles internes au salariat, de mettre en commun les histoires et acquis professionnels pour les unifier par le haut. C’est pourquoi l’autogestion des régimes de sécurité sociale, sur la base d’élections de représentant-es à tous les niveaux (locaux, régionaux, interprofessionnels) sur la base de campagnes publiques et de controverses sur les projets, doit être défendue. Y prendraient part les syndicats, les associations ou d’autres collectifs citoyens validés selon des procédures à préciser.

Jean-Claude Mamet

24-08-2019

Type:  Article Mercredi, 28 Août, 2019 - 12:15 Luttes sociales retraite
François Calaret