La Commune est en lutte (Troisième partie)

1 jour 8 heures ago

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Épisode 12 : du 1er au 21 mai, difficultés et divisions de la Commune

Au cours de la première quinzaine de ce mois de mai 1871, la Commune continue à prendre des mesures en matière sociale et politique et poursuit son œuvre législative. Mais, en même temps, pour l’essentiel, son activité est polarisée par la lutte pour sa survie contre les offensives versaillaises ainsi, d’ailleurs, que par les dissensions internes de la Commune elles-mêmes produites par les tensions créées par l’offensive des Versaillais.

Avant d’aborder ces questions, évoquons la poursuite de l’œuvre de la Commune en Mai. Le 2 Mai, la Commune abolit le serment politique et professionnel pour les fonctionnaires. Le 4 Mai, elle abolit le cumul des traitements. Le 6 Mai paraît le fameux décret qui autorise le dégagement gratuit des objets d’une valeur inférieure à 6 francs qui ont été déposés au Mont de piété. Le 17 Mai, la Commune déclare l’égalité des enfants « naturels » ou « légitimes », des épouses et des concubines (en ce qui concerne la perception des pensions).

Autant l’œuvre politique et sociale de la Commune a été considérable, autant on ne peut pas exactement dire la même chose en ce qui concerne ses réflexions sur les questions de défense et les questions militaires, qu’il s’agisse de ses conceptions stratégiques, du manque d’organisation, de l’indiscipline des troupes - c’est-à-dire, en l’occurrence, de la Garde nationale – des querelles de compétence en matière de défense ou encore l’absence totale de continuité des responsables militaires.  Ainsi, en matière stratégique, on a une forte défiance à l’égard du militarisme et une volonté de contrôle populaire sur la troupe. Ce sont des aspirations tout à fait légitimes, mais qui ont néanmoins un revers : une conception purement défensive et localiste de la pensée militaire.

Il y a une tendance à concevoir la défens e de la Commune comme la défense du quartier, voire de la rue, et de ne pas penser en termes d’offensive contre l’adversaire. Un exemple concret : le 18 Mars, le jour de l’insurrection, comme plus tard lors de la Semaine sanglante, la conception qui prévaut est la construction de barricades dans le quartier et dans la rue et l’attente de l’arrivée de l’adversaire pour le repousser. A quoi s’ajoute évidemment l’absence de discipline. Au fond, les Communards pensent que comme ils ont le bon droit pour eux, comme ils ont des convictions politiques fortes et qu’ils sont courageux, cela suffit. Évidemment, cela ne va pas suffire…

Le second facteur de fragilité est constitué par les tensions qui existent entre le Conseil de la Commune – l’organisme élu – et le Comité central de la Garde nationale. Ce dernier a, de fait, hérité du pouvoir le 18 mars (jour de l’insurrection) et il l’a immédiatement remis à disposition en organisant des élections qui ont donné naissance au Conseil de la Commune. S’il a remis sans aucun problème le pouvoir au Conseil de la Commune, le Comité central de la Garde nationale ne s’est pas pour autant dissous et a bien l’intention de jouer un rôle politique important, notamment parce que c’est lui qui anime la Garde nationale. Cela crée réciproquement une certaine méfiance de la part du Conseil de la Commune qui, dès sa prise de fonctions, tient à préciser les choses : « Le Comité central ne saurait s’immiscer dans les actes de la Commune, seul pouvoir régulier. Il les fera respecter et se bornera à réorganiser la Garde nationale ».

De fait, à plusieurs reprises, existeront des tensions entre le Comité central de la Garde nationale et les différentes structures mises en place par le Conseil de la Commune, comme la Commission militaire de la Commune ou encore le Délégué à la Guerre (un peu l’équivalent d’un Ministre de la Défense). Le troisième facteur aggravant est l’instabilité des responsables militaires. L’un des premiers responsables, Gustave Flourens a été tué le 3 Avril, lors de l’offensive ratée contre Versailles. Il a été remplacé par Cluseret qui a été nommé Délégué à la Guerre. Mais son mandat n’a duré que moins d’un mois. Il est révoqué et Louis Rossel, un militaire de carrière, est nommé en remplacement. Très rapidement il entre en conflit avec le Comité central de la Garde nationale. Il démissionne et, le 10 Mai, il est remplacé par Charles Delescluze. Ainsi, la Commune a eu 4 chefs militaires 5 semaines ! Face à l’armée régulière et disciplinée dont disposent Thiers et les Versaillais, la partie n’est pas égale. 

Plus encore que ces difficultés qui tiennent à l’organisation militaire, la grande faiblesse qui va vraiment fragiliser la Commune est sa division. On a déjà évoqué la diversité et l’hétérogénéité des courants politiques qui ont été parties prenantes du mouvement et du pouvoir révolutionnaire : les républicains révolutionnaires, jacobins ou plus décentralisateurs ; les blanquistes ; les socialistes, notamment les Internationaux de l’Association internationale des travailleurs et ses différentes sensibilités. D’ailleurs, l’énumération de tous ces courants et organisations ne constitue qu’un tableau assez simplifié de la réalité, car chacun de ces mouvements est lui-même divers.

Le Premier Mai, face à la pression versaillaise, la diversité qui était une force de la Commune va tourner à la division et même à la rupture. Ce 1er Mai, après 3 jours de discussions, le Conseil de la Commune décide la création d’un Comité de Salut public qui, comme le précise le décret qui accompagne sa création, sera « composé de 5 membres nommés par la Commune au scrutin individuel et sera doté des pouvoirs les plus étendus sur toutes les commissions ». Comité de salut public, composition restreinte, pouvoirs étendus : c’est une référence très forte et très explicite à la Révolution française, au Comité de Salut public de la Révolution française. Plus précisément, il s’agit d’une référence à un aspect très particulier de la Révolution française, à savoir la centralisation du pouvoir, sa concentration entre peu de mains, la prééminence de l’Exécutif sur l’assemblée issue du suffrage universel. On retrouve là une logique qui a été celle de la Révolution française : « pas de libertés pour les ennemis de la liberté ! », la lutte à outrance, voire la Terreur. Cette référence est compréhensible dans la situation d’isolement qui est celle de la Commune et, en même temps, elle est contestable du point de vue des aspirations émancipatrices.

La création du Comité de Salut public s’accompagne d’ailleurs très rapidement d’une radicalisation des mesures prises en matière de lutte politique, même si l’on reste quand même très loin de la Terreur de 1793. La plupart des mesures prises sont en fait des mesures symboliques. Ainsi, le 5 Mai, la Commune supprime sept journaux po-versaillais et fait détruire la chapelle expiatoire qui commémorait la mort de Louis XVI. Le 10 Mai, les biens parisiens de Thiers sont saisis et la Commune ordonne par décret la démolition de sa maison. Le 5 Mai, cinq journaux supplémentaires sont interdits. Le 16 Mai, la colonne Vendôme qui symbolise un peu le militarisme est détruite. Le 18 Mai, de nouveaux journaux sont interdits. Le 19 Mai, la Commune décrète que les fonctionnaires ou les fournisseurs de la Commune qui seraient accusés de corruption relèveront désormais de la Cour martiale et, en conséquence, seront éventuellement passibles de la peine de mort. Soupçonnés d’aider les Versaillais, les Dominicains du couvent d’Arcueil sont arrêtés.

Retour à la création du Comité de Salut public : cette décision est adoptée par 45 voix contre 23. Elle divise donc la Commune au point que l’on considère qu’il y a désormais une « majorité » et une « minorité ». Ceux qui se réclament du socialisme, à commercer par les « Internationaux » - les membres de l’Association internationale des travailleurs - se retrouvent pour l’essentiel dans la minorité. Pour l’essentiel, mais pas tous. Car, en fait, il n’est pas si simple d’interpréter le clivage qui se produit à ce moment-là à propos de la création du Comité de Salut public, à l’aide d’une grille de lecture idéologique en référence aux courants politiques que l’on a évoqués précédemment .

Pour la minorité, le Comité de Salut public est « une atteinte aux droits que les membres de la Commune tiennent de leurs électeurs », c’est « la création d’une dictature » et « une véritable usurpation de la souveraineté du peuple ». Pour la majorité, le Comité de Salut public est censé constituer enfin le pouvoir fort qui manquait à la Commune, une équipe resserrée et un gouvernement de combat dans, comme ils le disent, « une situation plus terrible encore que celle dans laquelle nos pères se sont trouvés en 1793 ». Toujours la référence à la Révolution française…

En fait de gouvernement fort, il n’en sera rien en pratique. Les cinq membres du Comité de Salut public sont désignés le 1er Mai. Ils ne parviennent pas réellement à s’imposer et, dès le 9 Mai, la composition du Comité de Salut public est modifiée. Soit une semaine à peine après sa création. C’est donc un « pouvoir fort » qui est … relativement faible ! Pour autant , l’affaire du Comité de Salut public constitue désormais une fracture au sein de la Commune, sans doute bien au-delà la réalité de ce Comité. Pire, c’est une fracture qui s’élargit. Le 15 Mai, la crise ouverte éclate lorsque la minorité rend public un Manifeste qui déclare « La Commune a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Comité de Salut public. La majorité s’est déclarée irresponsable par ce vote. La minorité affirme au contraire que la Commune doit au mouvement révolutionnaire d’accepter toutes ses responsabilités ». La minorité refuse désormais de siéger - « nous nous retirons dans nos arrondissements » - avant de se raviser sous la pression populaire et unitaire

Le 21 Mai, Porte de Saint-Cloud, les troupes versaillaises entrent dans Paris. La Commune de Paris n’a en fait plus que quelques jours à vivre : une semaine de résistance, une semaine de massacres.
C’est la Semaine sanglante.

 

Épisode 13 : la Semaine sanglante

Le 21 Mai, les premières troupes versaillaises entrent dans Paris par la Porte de Saint-Cloud. Le Conseil de la Commune apprend la nouvelle alors qu’il est en réunion, mais sans véritablement prendre la mesure de l’évènement. Lissagaray, l’historien que l’on a déjà beaucoup cité, racontent les évènements en ces termes : « des groupes se forment. On commente la dépêche. Tout se passe en causeries. Il n’y a ni motions ni débats. Personne ne demande d’établir une permanence. Personne ne somme ses collègues de mander le Comité de Salut public. Le Président Jules Vallès lève la séance ». C’est en réalité la dernière séance du Conseil de la Commune.

Le 22 Mai, Charles Delescluze - qui est alors le responsable militaire de la Commune - finit par publier une proclamation très lyrique, mais assez décalée par rapport à la situation : « Assez de militarisme ! Plus d’État-major galonné et doré sur les coutures ! Place au peuple, aux combattants aux bras nus ! L’heure de la guerre révolutionnaire a sonné. Le peuple ne connait rien aux manœuvres savantes, mais quand il a un fusil à la main et du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les stratégistes de l’école monarchiste ». Comme le note Lissagaray qui est peu suspect d’engouement pour le militarisme : « quand le Ministre de la Guerre flétrit toute discipline, qui pourra désormais obéir ? Quand il méprise toute méthode, qui voudra raisonner ? On verra des centaines d’hommes refuser de quitter le pavé de leur rue et ignorer le quartier voisin qui agonise, attendre immobiles que l’ennemi continue de les encercler ». C’est en effet l’un des principaux problèmes : la résistance des Communards sera héroïque mais, pour l’essentiel, elle va prendre la forme d’un repli sur les quartiers et la construction de barricades. Avec comme seule stratégie : tenir les barricades.

Les troupes versaillaises occupent maintenant les Champs-Élysées, ainsi que les quartiers Saint-Lazare et Montparnasse. Seize fédérés capturés rue du Bac sont conduits dans la caserne Babylone où ils sont fusillés dans la cour. C’est le début des exécutions sommaires qui vont s’amplifier les jours suivants et durer toute une semaine. Le lundi 23 Mai se produit la chute de la Butte Montmartre (là où avait commencé l’insurrection) et le début des incendies qui vont embraser Paris. Assez rapidement, il devient évident que les Versaillais vont l’emporter. Les massacres qu’ils commettent n’ont donc que peu de fonctionnalité proprement militaire. Il s’agit de faire « expier » aux Parisiens leurs fautes, dont l’exécution des généraux Leconte et Thomas le 18 mars. Sur un plan plus stratégique, il s’agit de terroriser durablement les couches populaires en leur montrant ce qui arrive lorsqu’elles se soulèvent.

Un exemple parmi d’autres, rapporté par P-O Lissagaray : « à peine installé rue Montmartre, l’État-major versaillais comment les holocaustes en hommage à Leconte et Clément Thomas. Quarante-deux hommes, trois femmes et deux enfants, ramassés au hasard sont conduits rue des Rosiers, contraints de fléchir les genoux, têtes nues devant le mur au pied duquel les généraux ont été exécutés et puis on les tue ». A nouveau en retard sur les évènements, le Comité de Salut public va afficher un appel aux soldats de l’armée de Versailles de ne pas tirer et de fraterniser. Cet appel sera sans effet.

Les Versaillais continuent inexorablement à avancer. Pour les retarder, les Communards incendient les bâtiments publics et les monuments qui, à leurs yeux, symbolisent le vieil ordre injuste comme les Tuileries, la Légion d’Honneur, le Conseil d’État, la Cour des comptes. Le 24 Mai, c’est au tour de l’Hôtel de ville qui pendant 70 jours a été le siège du pouvoir révolutionnaire. Les femmes qui combattent dans les rangs de la Commune sont accusées d’avoir provoqué les incendies. Les vainqueurs les dénonceront comme des « Pétroleuses ». A partir du 24 Mai, les Communards répondent aux massacres des Versaillais par quelques exécutions d’otages, dont des espions versaillais, mais aussi l’archevêque de Paris ainsi que 5 Dominicains et 9 employés du couvent d’Auteuil.

Le 25 Mai, des combats acharnés se déroulent place de la République. Delescluze, le responsable militaire de la Commune, est tué. Seuls les quartiers du Nord-Est de Paris sont tenus par les Communards. L’agonie de la Commune va encore durer trois jours. Le 26 Mai, les Versaillais prennent le contrôle du Faubourg Saint-Antoine. Le 27 Mai, les combats sont très durs à Belleville, aux Buttes-Chaumont et au Père-Lachaise où se trouve aujourd’hui le principal monument d’hommage aux morts de la Commune : le Mur des Fédérés. C’est là que le 28 Mai 1871, cent-quarante-sept fédérés – des membres de la Commune, de la Garde nationale – sont fusillés puis jetés dans une fosse commune.

Ce même jour, dans le quartier de Belleville, la dernière barricade, celle de la rue Ramponneau, est démantelée. Il est sans doute inutile d’en rajouter dans l’énumération des horreurs commises par les Versaillais. Mais laissons une dernière fois la parole à Lissagaray, à propos de la mort d’Eugène Varlin, l’une des figures emblématiques de la Commune : « le dimanche 28, il fut reconnu par un prêtre qui courut chercher un officier. Le lieutenant Sicre saisit Varlin, lui lia les mains derrière le dos et l’achemina aux Buttes où se tenait le général Laveaux-Croupet. Par les rues escarpées de Montmartre, ce Varlin qui avait risqué sa vie pour sauver les otages fut traîné pendant une grande heure. Sous la grêle des coups,  sa jeune tête méditative qui n’avait jamais eu que des pensées fraternelles devint un hachis de chairs, l’œil pendant hors de l’orbite. Quand il arriva rue des Rosiers, à l’État-major, il ne marchait plus ; on le portait. On l’assit pour le fusiller. Les soldats crevèrent son cadavre à coup de crosses. Sicre lui vola sa montre ».

La capitulation au fort de Vincennes, le 29 Mai, marque la fin de la Commune, mais pas la fin des massacres ni de la répression. Tous ceux et toutes celles qui ont joué un rôle pendant la Commune ou sont soupçonnés de l’avoir fait vont être poursuivis, recherchés, trainés en justice, condamnés et parfois exécutés. Signalons – cela aussi fait partie des leçons de la Commune – que de nombreuses personnalités, des intellectuels, des poètes, des écrivains raffinés, vont applaudir aux massacres commis par les Versaillais, souvent en des termes ignobles. Leconte de Lisle qualifie ainsi les Communards : « une ligue de tous les déclassés, les incapables, les envieux, les assassins, les voleurs, mauvais poètes, mauvais peintres, journalistes manqués, romanciers de bas étage ».

Gustave Flaubert, le grand romancier, écrit à George Sand : « je trouve que l’on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à forcer à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats ». Ce qu’ils expriment est la haine de classe ; c’est aussi la haine des femmes. Alexandre Dumas fils, l’auteur de la Dame aux Camélias, n’est pas en reste lorsqu’il parle des femmes de la Commune, c’est-à-dire des femmes ayant participé à la Commune ou des femmes des Communards : « nous ne dirons rien de leurs femelles, par respect pour les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes ».

Quelle a été l’ampleur de la répression ? Comme toujours, il a discussion sur les chiffres. Selon l’évaluation faite par de nombreux historiens, le nombre des victimes des Versaillais avoisine les 30.000 morts, auxquels il faut rajouter 40.000 Communards (ou présumés tels) qui seront emprisonnés. Pour les juger, on dénombre vingt-quatre conseils de guerre qui vont fonctionner pendant plusieurs années : en fait, jusqu’en 1878. C’est-à-dire 7 ans après la fin de la Commune. Ces tribunaux d’exception vont prononcer 10.000 condamnations à des peines de mort, des peines de prisons, des peines de travaux forcés. D’autres seront déportés en Nouvelle-Calédonie – en Kanaky - comme Louise Michel, par exemple.

Puisque l’on a commencé à citer des écrivains, on va conclure cette évocation de la Semaine sanglante par une citation d’Edmond de Goncourt – l’un des frères Goncourt qui ont donné leur nom au… prix Goncourt – qui donne un éclairage à la fois cynique et pertinent, finalement très politique sur les raisons d’une répression aussi brutale que systématique : « C’est bon ; il n’y a eu ni conciliation, ni transaction. La solution a été brutale ; ça été de la force pure. La solution a retiré des âmes les lâches compromis. La solution a redonné confiance à l’armée qui a appris dans le sang des Communeux qu’elle était capable de se battre. Enfin, la saignée a été une saignée à blanc et les saignées comme celle-ci en tuant la partie bataillante de la population ajournent d’une conscription la nouvelle révolution. C’est vingt ans de repos que l’ancienne société a devant elle si le pouvoir ose tout ce qu’il peut oser en ce moment ».

Edmond de Goncourt sera entendu : le pouvoir va oser tout ce qu’il peut oser ! Il faudra de fait plusieurs décennies – une « conscription », c’est-à-dire une génération - pour que se reconstituent des organisations syndicales, pour que se créent les Bourses du travail, pour qu’émergent de nouveaux courants qui se réclament du socialisme.

En fait, il faudra un bon quart de siècle pour que le mouvement ouvrier se relève et se réorganise.


Épisode 14 :  la Commune, 150 ans après

Au cours des épisodes, j’ai essayé de raconter l’histoire de la Commune.
Pour cela, je me suis naturellement inspiré de quelques ouvrages.

Celui qui a été le plus cité est « L’histoire de la Commune de 1871 », de Prosper-Olivier Lissagaray (1). C’est un Communard – la légende veut qu’il ait été le dernier combattant de la dernière barricade - qui a échappé à la répression et, ensuite, fait un travail d’historien. Il a recensé de nombreux témoignages pour écrire une histoire de la Commune. Cet ouvrage constitue donc un document extrêmement précieux, écrit dans le style de l’époque. Mais ce qu’il raconte est absolument passionnant.

Le second ouvrage utilisé est « La Commune de 1871 » de C. Talès (2) ; c’est un ouvrage à la fois d’histoire et de réflexions. Il est paru dans les années 20 et essaie de tirer les leçons de la Commune. Le troisième ouvrage utilisé est « Paris Libre, 1871 » (3) de Jacques Rougerie, un historien contemporain : c’est un travail sur les archives, particulièrement pertinent pour comprendre comment les idées des Communards – notamment l’idée de Commune – ont émergé et se sont modifiées au cours des évènements.

Autre ouvrage important : « Inventer l’inconnu » (4) qui est un recueil de correspondances entre Marx et Engels à propos de la Commune de Paris, avec une longue préface de Daniel Bensaïd - « Politiques de Marx » - qui est une réflexion sur la politique, la Commune et le pouvoir. Depuis 2011, d’autres ouvrages sont parus qui, chacun à leur manière, améliorent nos connaissances sur la Commune et en font revivre les combattants et les combattantes. On citera notamment ceux de Kristin Ross (5), Quentin Deluermoz (6) et Ludivine Bantigny (7). On aura l’occasion d’y revenir…

Les petites interventions vidéos - dont les présents articles sont la transcription écrite fidèle – ont été mises en ligne sur le site du NPA au cours de l’année 2011. Elles constituaient alors une manière, pour le courant marxiste révolutionnaire, une manière de rendre hommage aux combattants et aux combattantes de la Commune. Bien d’autres courants, revues et associations ont commémoré cette année-là le cent-quarantième anniversaire et commémorent, aujourd’hui encore, la Commune.

Pourquoi cet impact maintenu de la Commune ? Un siècle et demi plus tard, la Commune a-t-elle quelque chose à nous dire ? Après tout, la Commune n’a duré que 72 jours ; elle est restée pour l’essentiel cantonnée à Paris, les Communes de Province n’ayant duré que quelques jours et même parfois que quelques heures. En pratique, ce fut un désastre dont le mouvement ouvrier français a mis un quart de siècle à se relever… Pourtant, 150 plus tard, la Commune de Paris demeure, pas seulement en France mais à l’échelle internationale, une référence pour toutes celles et tous ceux qui n’ont pas renoncé à changer la société, à la lutte pour l’émancipation. Il existe de nombreuses raisons à cette situation ; attardons sur quelques-unes d’entre elles .

La première raison de cette vivacité de la mémoire de la Commune est celle que l’on vient d’évoquer dans l’épisode précédent : l’écrasement de la Commune. Cet évènement est devenu le symbole par excellence de la sauvagerie de la bourgeoisie quand son pouvoir est menacé. Les massacres commis par les Versaillais ont eu lieu à Paris, au cœur de la capitale moderne d’un des pays les plus développés et les plus civilisés de l’époque. La classe dominante française – la bourgeoisie – n’ a pas hésité à massacrer une partie significative du peuple de Paris - plusieurs dizaines de milliers de personnes - la « partie bataillante » de la population afin de s’assurer « vingt ans de repos », comme l’écrivait alors Edmond de Goncourt . L’un des principaux textes de Marx sur la Commune est intitulé « La guerre civile en France ». Il ne s’agit pas d’une formule rhétorique, d’une exagération. Il y a bien eu une guerre civile. Une guerre de courte durée, mais une vraie guerre civile. Une guerre de classes. Rappeler cette réalité historique n’est pas principalement céder au goût de la célébration des martyrs même si rendre hommage aux combattants de la Commune est une démarche parfaitement honorable. L’écrasement de la Commune est d’abord une leçon à méditer pour ceux qui veulent changer la société : les anticapitalistes, les révolutionnaires. Et, d’ailleurs, tout autant les réformistes.

La deuxième raison de cette postérité de la Commune est précisément que pendant la Commune et surtout après, des militants, des intellectuels, des courants du mouvement ouvrier ont essayé de tirer « les leçons de la Commune ». Au cours même des évnements, dans les années 1870, ce fut le cas de Karl Marx, de Friedrich Engels, de Michel Bakounine. Ainsi, Bakounine se déclare partisan de la Commune « surtout parce qu’elle est la négation audacieuse et bien prononcée de l’État ». Il continue : « La Commune s’est déclarée fédéraliste et, sans nier l’unité nationale de la France qui est un fait naturel et social, elle nia audacieusement l’État qui en est l’unité violente et artificielle ».

Pour sa part, Karl Marx écrit : « Son véritable secret, le voici : c’est essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte des classes entre producteurs et appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettrait de réaliser l’émancipation économique du travail ». Ces deux citations permettent de souligner que, au-delà des éclairages différents – dans un cas, on met l’accent sur la négation de l’État ; dans l’autre cas, sur le gouvernement de la classe ouvrière – la Commune de Paris est un héritage commun aux libertaires et aux marxistes révolutionnaires.

Par la suite, Lénine, Trotski et bien d’autres vont nourrir les débats stratégiques sur les leçons de la Commune, notamment la nécessité de détruire l’État ou la nécessité d’un parti pour le faire. Il est important de redire que la Commune n’est pas la première expérience révolutionnaire à laquelle la classe ouvrière et les couches populaires participent et où elles jouent un rôle de premier plan et fournissent le gros du mouvement. Mais c’est la première expérience révolutionnaire où la classe ouvrière agit pour son propre compte au point de prendre le pouvoir.  Et c’est effectivement, de façon éphémère, le premier gouvernement de la classe ouvrière. C’est à ce titre que la Commune a pris une série de mesures sociales et politiques. Le temps a évidemment manqué à la fois pour les mettre en œuvre et pour les approfondir.

Rappelons-en quelques-unes : la séparation de l’Église et de l’État ; le contrôle populaire sur l’armée ; l’éducation gratuite, laïque et obligatoire pour les filles comme pour les garçons ; l’interdiction du travail de nuit ; l’égalité des traitements des instituteurs et des institutrices (qui préfigure l’égalité des traitements entre hommes et femmes) ; la citoyenneté – comme on dirait aujourd’hui – pour les étrangers qui servent la Commune. Et, bien sûr, le décret sur les ateliers abandonnés qui constitue un embryon de réflexion sur l’expropriation des capitalistes et la gestion par les travailleurs et les travailleuses, l’autogestion.

Naturellement, depuis cette époque, le monde, la société, le capitalisme ont beaucoup changé. Il serait absurde de penser que l’œuvre de la Commune nous fournit clés en main les réponses politiques aux problèmes politiques et sociaux d’aujourd’hui. Mais on peut considérer que la Commune nous a légué des chantiers ouverts, des pistes tracées, une source d’inspiration.

Quelques réflexions pour conclure. Et d’abord une remarque générale : les Communards ont fait une révolution mais, dans leur grande majorité, ils ont fait une révolution sans l’avoir vraiment voulu, le plus souvent sans même en avoir conscience. Il existe un symptôme de cela : même lorsqu’ils essaient de penser l’action qu’ils sont en train de mener, de penser la révolution qu’ils sont en train de conduire, ils le font avec les mots, les concepts, les symboles, les références, d’une autre révolution. La Révolution française, celle de 1789 à 1793. A vrai dire, ce trait n’est pas spécifique à la Commune. En règle générale, les acteurs des grandes mobilisations sociales et politiques ont tendance à penser leur mouvement en référence à ceux du passé. Ainsi, les bolchevicks russes en 1917 se référeront aux révolutions précédentes : la Révolution française, la Commune. En 1968, on constate beaucoup de références à la Révolution française, à la Commune et… à la Révolutions russe. Ce n’est qu’a posteriori que l’on prend conscience de ce qu’i y avait de nouveau par rapport aux expériences passées.

La seconde remarque est que cette référence omniprésente à la Révolution française a évidemment eu des conséquences politiques. La dimension de révolution prolétarienne, de révolution socialiste est présente dès le début de la Commune et en permanence. Mais elle a du mal à émerger et à se formuler. La référence à la Révolution française produit aussi des discours qui pourraient être perturbants si on les regardait avec des grilles de lecture d’aujourd’hui. Par exemple, les diverses déclarations et proclamations – les décrets de la Commune comme les discours de ses « leaders » - ne laissent aucun doute possible : la première caractéristique des Communards est qu’ils étaient tous profondément anticléricaux et même antireligieux. La seconde remarque est qu’ils étaient patriotes et croyaient à l’universalité de la République française. La troisième remarque est qu’ils étaient farouchement républicains.

Mais il faut y regarder de plus près. Ce que l’on va faire à propos de la République. Formellement, ceux qui se sont auto-proclamés comme étant le gouvernement le 4 septembre, lors de l’abolition de l’Empire, les républicains modérés, toute une partie du gouvernement Thiers – des Versaillais, donc – sont républicains… tout comme les Communards ! Pourtant, leurs convictions sont absolument antagonistes…

La République des Versaillais est la forme politique de la domination de la bourgeoisie ; c’est la République de la politique professionnelle. C’est la République dont la fonction essentielle est d’être garante de la propriété privée. C’est cette République-là qui a triomphé fin Mai 1871 et a perduré … jusqu’à nos jours. Pour le dire autrement : formellement, la III° République – la « République française », donc – a été proclamée le 4 septembre 1870. En pratique, elle a été confirmée 4 ans plus tard (en Janvier 1875) par l‘Assemblée nationale à une seule voix de majorité. Mais son véritable acte de naissance politique et sociale est précisément l’écrasement de la Commune et le triomphe de la contre-révolution. C’est sur les ruines de la Commune que sera construite la III° République.

Pour les Communards, c’est l’inverse. La République, c’est la Révolution. C’est 1793, la levée en masse, le peuple en armes, les Sans Culottes, les sections parisiennes, « les aristocrates à la lanterne ». C’est aussi la première Commune de Paris, la République par en bas, les assemblées élues, les élus contrôlés et révocables dont les revenus ne dépassent pas ceux de leurs électeurs, les ateliers gérés par les ouvriers comme l’anticipe le  décrets sur les ateliers abandonnés.

C’est la République sociale ou, comme on disait à l’époque, la Sociale !

François Coustal

Notes

(1) Prosper-Olivier Lissagaray, « L’histoire de la Commune de 1871 ». Editions La Découverte
(2) C. Talès, « La Commune de 1871 ». Editions Les Amis de Spartacus. 1921.
(3) Jacques Rougerie, « Paris Libre, 1871 ». Collection Points. Mars 2004.
(4) Karl Marx et Friedrich Engels, « Inventer l’inconnu, textes et correspondances autour de La Commune  ». Editions La Fabrique. Novembre 2008.
(5) Kristin Ross, « L’imaginaire de la Commune ». Editions La Fabrique. Janvier 2015
(6)  Quentin Deluermoz, « Commune(s), 1870-1871, une traversée des mondes au XIX° siècle ». Editions Le Seuil. Novembre 2020.
(7) Ludivine Bantigny, « La Commune au présent, une correspondance au-delà du temps ». Editions La Découverte. Mars 2021.

Type:  Article Mardi, 13 Avril, 2021 - 19:23 Politique
François Calaret

Inde. Des luttes populaires active

2 jours 11 heures ago

Inde. Des luttes populaires actives, durables et auto-organisées débouchant sur des éléments de double pouvoir

Les luttes sociales qui de déroulent en Inde depuis plusieurs mois constituent un évènement considérable même si ça n’est guère apparu dans les grands media.  On a pu lire qu’il s’agit du mouvement social numériquement le plus important des 21ème et 20ème siècle, ce qui est vrai, ceci étant lié au statut de l’Inde « plus grande démocratie du monde » avec   une population se situant au deuxième rang mondial.

  L’Inde est un état fédéral, avec un pouvoir réel   des gouvernements régionaux. Ceci entraine des disparités importantes dans les politiques menées par exemple entre   New Delhi et le Kerala seul Etat dirigé par le Parti communiste d’Inde (marxiste). Le gouvernement actuel du pays est dirigé par Narendra Modi du BJP, parti nationaliste, qui a profité de l’épuisement du Parti du Congrès dirigé depuis l’indépendance par la « famille » Gandhi Nehru. Son slogan « Shining India » (L’inde brillante) a un double sens : d’un côté, un ultra nationalisme religieux hindouiste, de l’autre.   La    volonté de remplacer une économie avec un    fort    rôle de l Etat par   une   économie libéralisée capitaliste de marché moderne. Après l’indépendance, une économie très centralisée à grande participation étatique et ultra nationale a permis un développement finalement assez lent, mais aussi, ne ‘l’oublions pas, la « révolution   verte » donc la fin non de la   grande pauvreté mais de la   famine. Cette ère, très marquée par le parti du Congrès, a cédé la place à une ère de porosité aux grands investissements étrangers et, à l’inverse, d’investissements Indiens à l’étranger (ex.  Arcelor Mittal…). Surtout, dans une   deuxième étape, correspondant peu ou prou à la montée du BJP, s’est instauré un capitalisme de libre entreprise.

Si l’Inde  s’est indiscutablement modernisée  et  a à présent  accès aux  technologies  les plus modernes  (dans les domaines de l’informatique , des   biotechnologies et  du  spatial, par exemple), les  inégalités se  sont  fortement  accrues  (et elles  étaient  déjà extrêmement  importantes) , et  même    il existe  une  ségrégation  géographique entre  des  zones  résidentielles  pour  cadres  (Vasant Vihar  par  exemple à  New  Delhi) et les  bidonvilles installés jusque dans le cœur des villes. De nombreuses coexistences choquantes existent avec   un exemple extrême quasi caricatural à Mumbai (Bombay).  Le célèbre hôtel Taj Mahal et sa vue sur la Porte des Indes donnent directement sur des rues nettement plus pauvres et où il y a toujours des mendiant.es très très pauvres 5 mètres après la sortie.  Surtout, les migrations dans les grandes villes se sont accompagnées de l’extension pharamineuse des bidonvilles (les fameux « slums »). Pire encore, si la famine a dans l’ensemble disparu, ainsi que les grandes épidémies (à part le Covid, bien sûr, dont seule la nouvelle flambée après la fête des couleurs – Holi- est une caractéristique spécifique du pays). Il existe à présent de grands centres industriels « classiques »   et textiles dont évidemment les bas prix sur le marché mondial sont dus au recrutement des personnels dans les slums.  Enfin    le système des castes, officiellement aboli, reste très visible, en réalité, ne serait-ce que par des attitudes et accents dans le langage qui identifient quasi à   coup sur un Brahmane. Le développement des campagnes est encore plus inégalitaire que celui des villes   et les habitant.es des villages sont souvent encore très pauvres avec des exceptions notables suivant les Etats (Goa, Kerala, par exemple, où ils ont un niveau supérieur à la moyenne).

Deuxième caractéristique du BJP : Un ultra nationalisme hindouiste visant à faire des musulman.nes des citoyen.nes de 2ème zone associée à une position très dure vis à vis du Pakistan ou des régions contestées :  le Cachemire est sous quasi état de siège après une vraie période d’isolement complet (y compris avec coupure des communications) avec une occupation par l’armée fédérale et la révocation de son statut d’autonomie.  Surtout, les lois sur la nationalité passées par le BJP font effectivement de ces derniers des citoyen.nes de deuxième zone à qui la nationalité indienne peut être refusée. Le passage de cette législation a entraîné   des émeutes de la population musulmane   dans les grandes villes suivies de contre manifestations aux allures de pogromes y compris dans les universités centrales (cas de la JNU Jarwahal Nehru Université à New Delhi par exemple) dont les étudiant.es se sont élevé.es toutes religions confondues. Des mini pogromes se sont déroulés avec la   complicité de la police malgré le désaveu des autorités municipales de Delhi contre le pouvoir   central….

A l’encontre de la politique menée par Modi le mouvement actuel est totalement   inter castes chez les hindouistes et totalement inter religieux. Son origine est une opposition à la volonté politique du gouvernement Modi   de poursuivre la libéralisation de l’économie. Jusqu’ici, depuis les premiers gouvernements du Congrès, l’Etat était très interventionniste   dans la fixation des prix agricoles    assurant ainsi un   revenu minimal aux paysan.nes   qui à 95 % ne disposent que de petites exploitations. Désormais, les paysan.nes peuvent vendre leurs denrées, sans intermédiaires, à des acheteurs privés et court-circuiter les « mandits », les vieux marchés réglementés, où l’État assurait un prix minimal sur certains aliments de base, principalement le blé et le riz. Ce choix a été décidé en pleine crise sanitaire sans aucune concertation avec les organisations paysannes. La promulgation de ces lois a eu lieu mi-septembre, et celles-ci ont très vite été analysées comme ultralibérales, dans le contexte du passage à une économie capitaliste débridée allant à l’encontre des régulations mises en place dès les années 50, qui ont tout de même permis la « révolution   verte ».

Dès lors l’objectif est évident. Copie résumée d’un article de   la Croix paru   en   Décembre 2020, à l’issue du 1er mois de mouvement et dans la préparation du blocage de Delhi. « Le recul de l’État dans le secteur suscite cependant une immense inquiétude dans les campagnes, tant le monde paysan se porte mal. Les agriculteurs sont de plus en plus vulnérables, dans un contexte de crise agraire qui s’intensifie. En 2019, 10 281 Indiens vivant de l’agriculture se sont suicidés. La problématique de la fragmentation des terrains agricoles est un cycle infernal, avec 86,2 % des agriculteurs ne possédant que des surfaces de moins de 2 hectares. Désormais, les paysan.nes redoutent de devenir les victimes des intérêts des géants de l’agroalimentaire et de la distribution. « Les grandes compagnies vont ruiner nos vies ! », lance Prem Singh, un fermier de 50 ans. Il a rejoint le site de Singh avec une vingtaine d’hommes de son village du Pendjab. Dans leurs rangs, le discours anticapitaliste est devenu la norme. « Boycottez Reliance !», peut-on lire sur une pancarte accrochée à un tracteur qui cible ainsi le conglomérat de l’homme d’affaires Mukesh Amani. D’autres écriteaux visent celui de Gautam Adjani. Ces deux milliardaires indiens sont suspectés de vouloir exploiter la filière sur le dos des paysan.nes. « Ce gouvernement travaille pour Adjani et Amani, par pour nous, affirme Gardée Singh, représentant d’un syndicat paysan. Ils vont nous prendre nos terres de force. Nous voulons garder le système des mandits et des prix minimaux ! »

Il s’agit aussi de   réformer et supprimer les « mandits », ces marchés d’Etats régionaux ou provinciaux où les marchandises sont achetées à prix fixe pour les plus nécessaires (blé, riz par exemple) et peuvent également être achetées, en dernier ressort, par l’agence alimentaire nationale, la Food Corporation of India, pour soutenir les prix depuis la révolution verte., qui redistribue si nécessaire à bas prix aux défavorisé.es.

Nouvelle citation. Aux yeux de Bruno Dorin, économiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) en poste à New Delhi, « les conséquences possibles sont plus complexes : L'implication de multinationales indiennes, capables de fournir d’importants investissements de stockage ou de réfrigération, pourrait conduire à ce qu'elles acquièrent localement des positions monopolistiques, autrement dit le pouvoir de contrôler les prix ».  C’est évidemment l’objectif principal…Mais on ne comprend pas le soutien populaire si on oublie que les « mandits » ont un rôle   distributif : des quantités de blé, de riz, et d’une vingtaine d’autres denrées achetées par les pouvoirs publics sont revendues à très bas prix aux plus pauvres dans des échoppes gouvernementales.

D’emblée, le mouvement d’opposition à ces lois  a réuni  des   masses  importantes, au  départ  du  Pendjab  (forte majorité  Sikh,   d’où  le nombre  de turbans vu  sur   certaines photos),   qui  ont  dès le 25  Novembre  convergé  sur New Delhi  pour  établir  un gigantesque campement  ,   avec leurs  tracteurs   vite  rejoints   par des originaires  des  Etats  voisins (Haryana, Uttar Pradesh, et Rajasthan).Il   en  a  été  de  même quasi  immédiatement  aux  alentours de Mumbai  (Bombay), état du   Maharastra  , mais  aussi  dans  une  moindre mesure  Calcutta , état du  Bengale occidental,  et Chennai  (Madras),   état du  Tamil Nadu  Deux  dates  de  grève générale ont  été  fixées : les 26 novembre et 8 décembre 2020, avec une dynamique quasi insurrectionnelle, les tracteurs marchant  sur  New Delhi, avec l’appui  des organisations syndicales ouvrières. Une 1ere journée de grève nationale ouvriers paysans   a   réuni le 8 janvier plus de 250 millions de personnes (les syndicats ouvriers se limitant à des revendications économiques).

Le gouvernement Modi a suspendu ces lois après un arrêt de la Cour Suprême du 12 Janvier, mais cela n’a pas suffi, Les affrontements ont été alors très durs, les barrages policiers étant plusieurs fois débordés à Delhi, et lors d’une nouvelle manifestation, le Fort Rouge (palais forteresse des Moghols) envahi par certains manifestant.es lors d’une nouvelle grosse manifestation à Delhi le 26 janvier, après qu’une baisse   de soutien ait été   visible de la part des syndicats.  Le   gouvernement Modi a   tenté, sans succès, d’exploiter cette « intolérable violence »   présentée comme (ça l’est un peu) l’équivalent en France de l’envahissement de Versailles…. La question de savoir s’il y a eu action de provocateurs ou pas fait débat….

Depuis, le gouvernement ne recule plus, et a fait des pas en avant dans la répression, sans pouvoir   toutefois aller trop loin (il a des forces importantes bloquées au Cachemire,) et surtout perd peu à peu de l ‘influence dans la population. Surtout, le mouvement   s’est étendu effectivement à d’autres revendications dont la suspension de certaines privatisations, tandis que des actions unitaires se multipliaient. Par exemple, comme le cite Jacques Chastaing, dans l'Etat du Tamil Nadu en ébullition, en plus du soulèvement paysan, début mars il y a eu des grèves massives de dimension nationale des fonctionnaires d'Etat, des employé.es des crèches et garderies rurales, des employé.es des compagnies d'assurance, des banques, des cheminot.es, des étudiant.es, des électricien.nes...et l'AIADMK, le parti qui dirige l'Etat, allié du BJP, tremble, car les élections approchent….

Surtout, le mouvement s’est structuré. Les campements  sont  pérennes  (Delhi  est en  quelque  sorte  « semi assiégé »)  , et    sont  inter  castes/ confessions : Intouchables, ouvrier.es, jeunes, étudiant.es, syndicalistes, Adivasits des tribus, hindous, sikhs, musulman.es, bouddhistes... avec  des débats tous les soirs mélangeant  revendications  paysannes,  ouvrières, écologiques,  et  fait nouveau, l’entrée en lice massive de  femmes paysannes ou non, Intouchables, musulmanes, sikhs ou hindoues, souvent des employées des crèches rurales et aides-soignantes rurales en lutte elles-mêmes depuis des mois,  qui commencèrent à investir  la mobilisation paysanne à partir du 29 janvier 2021.

Les « manhanpachayats »   structures traditionnelles d’Assemble paysannes qui se sont en Décembre Janvier    transformées en structures de démocratie directe du soulèvement actuel sont des assemblées générales   régulières locales ou   régionales ouvertes à toutes et tous, femmes, jeunes, ouvrier.es, Intouchables, musulman.nes, sikhs, hindous tous ensemble, ce qui il y a quelques mois était inenvisageable. Les « manhanpachayats » qui peuvent réunir jusqu’à des dizaines de milliers de partisan.nes sont des structures qui veillent à l'organisation concrète de la lutte, organisent les péages autoroutiers gratuits continus, le boycott des chaines de magasins, stations essence, entrepôts, entreprises des capitalistes qui soutiennent Modi, permettent aux campements paysans de Delhi regroupant des centaines de milliers de personnes, d'être alimentés en nourriture, eau, équipements divers... Ce sont elles qui mettent aussi peu à peu en place des structures pas seulement de lutte mais de vie quotidienne en rapport avec leurs idéaux et objectifs, de solidarité pour les plus pauvres, en matière de nourriture, de santé, d'école... et tous les aspects de la vie civile, jusqu'aux mariages, gratuits, sans prêtres, sans rituels religieux.

Nouveau pas en avant en Mars :   le 5 grève générale massivement suivie contre les privatisations dans l'Etat de l'Andhra Pradesh notamment contre la privatisation de l'aciérie Viag (33 000 salariés) qui a été massivement suivie ; les transports publics étaient totalement arrêtés, comme les rickshaws, les écoles, les services publics, pas un seul magasin n'était ouvert, tout était arrêté.  Ce processus de privatisation a été lui aussi suspendu…
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Nouvelle   journée de grève générale le 26 mars …La façon de riposter du gouvernement a été d’avoir recours à ses nervis, qui ont le 2 avril, tenté d'assassiner par tir de balles et jets de pierres, le leader paysan Rakesh Tikait, alors qu'il revenait d'un meeting qu'il avait tenu au Rajasthan….  Les  leaders  ont  annoncé  qu’ ils pourraient  rendre  œil pour œil, dent  pour  dent,  avec   de  l’autre  coté des menaces :  ainsi dans l'Etat de l'Haryana que le BJP dirige mais où il perd de plus en plus le contrôle de l'Etat,  un premier ministre a été empêché d'atterrir avec son hélicoptère dans son Etat et  de rentrer dans sa propre maison par les piquets paysans, le gouvernement  a sorti une nouvelle loi qui permet de prendre leurs propriétés aux personnes ayant participé à des manifestations illégales, ce qui a mis encore un peu plus en colère les paysan.nes.

Conclusion provisoire. S’il est illusoire de faire des « manhanpachayats » actuellement des organes précurseurs   d’une prise de pouvoir par un   gouvernement « ouvriers paysans », on a au minimum une situation type 1968 en France, pire un succédané de 1905 en Russie.   En clair, ceux d’en bas ne veulent plus être gouvernés   comme avant ni du futur qu’on leur propose, ceux d’en haut perdent de plus en plus le contrôle général de la situation, et une répression massive sanglante est sans doute impensable, une partie de la police et de l’armée, à la différence de ce qui s’est passé au Cachemire, n’y étant pas prête…. Tout dépendra de façon ultime de la   capacité   de ces structures de double pouvoir partiel   à générer un programme politique central, de se diffuser dans l’ensemble du pays ce qui n’est pas le cas à ce stade   et   d’affirmer un leadership au plan national.  La situation actuelle est donc par beaucoup d’aspects pré révolutionnaire.   Sans plus mais pas moins, ce qui est déjà un événement considérable. Et la crise est partie pour durer et s’enraciner.  

Gérard CHOUAT avec la participation d’Henri MERME
Commission internationale d’ENSEMBLE !

Type:  Article Lundi, 12 Avril, 2021 - 16:54
François Calaret

Pour une vraie Loi Climat: moins de carbone, plus de justice !

2 semaines 4 jours ago

 

Le réchauffement climatique met en péril l’avenir de l’humanité et de nos enfants. À l’origine de cette crise ? Le système économique productiviste capitaliste. Il provoque également l’effondrement de la biodiversité, l’épuisement des sols et des ressources, la pollution de l’air, du sol, des cours d’eau, des océans, la multiplication des pandémies, avec leur lot de souffrances, de violences et d’exodes. Il nourrit des inégalités économiques et sociales intolérables.

Instruits par le détournement présidentiel du « grand débat », première réponse à la mobilisation des Gilets Jaunes, nous attendions des résultats de l’innovation démocratique qu’a constituée la Convention Citoyenne pour le Climat, tout en étant circonspects sur ce qu’en retirerait le gouvernement. À la publication des mesures, nous avons unanimement félicité les 150 citoyens tirés au sort pour la qualité de leur travail ! Mis au défi de proposer des solutions pour réduire de 40 % les gaz à effet de serre d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale, ils ont proposé des pistes prometteuses. De nombreuses propositions recoupent nos combats de longue date.

Aujourd’hui hélas, nous faisons tous le même constat : le gouvernement actuel trahit ses engagements affichés, en ne se dotant pas des moyens nécessaires pour agir pour le climat et la justice sociale : la France vient de s’engager à réduire ses émissions désormais de 55 % d’ici 2030 ; l’État vient d’être condamné par la justice pour inaction climatique ; les inégalités se sont encore renforcées avec la crise sanitaire.

Face à cela l’insuffisance du texte du projet de Loi « climat et résilience » est dénoncée par 110 organisations et par le Haut Conseil pour le Climat. Quant à la promesse de démocratie « sans filtre »… Seules dix des 149 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat sont reprises à l’identique ! Le reste est passé à la moulinette des services de l’État et du gouvernement. Les ONG écologiques n’ont qu’à peine été consultées. La commission spéciale a déclaré « irrecevables » plus d’un quart des amendements proposés par les députés, notamment ceux visant à soumettre au débat les propositions initiales de la CCC non reprises dans le projet de loi. Moins de deux semaines sont prévues pour discuter d’un texte qui engage tout notre avenir. Ce projet de Loi hypocrite est un déni de démocratie.

Pourtant c’est maintenant qu’il faut agir ! La Loi Climat pourrait être un premier pas, à condition d’aller plus loin, plus vite et en impliquant vraiment les citoyens !

Nous exigeons une vraie Loi Climat pour notamment :

       - Développer des emplois dans l’économie circulaire, par le recyclage, le réemploi, la rénovation, permettant de préserver les ressources, nécessitant des normes plus contraignantes ; renforcer les services publics et associer les citoyens aux décisions sur leurs objectifs, pour sortir des contraintes de marché et en faire des outils efficaces dans la lutte contre le changement climatique ; interdire la publicité pour les produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre comme pour la malbouffe.

      - Sortir rapidement des énergies fossiles : stopper immédiatement les subventions à ces énergies ; diminuer drastiquement la consommation d’énergie ; soutenir massivement les filières d’énergies renouvelables.

     - Développer les mobilités peu polluantes, le covoiturage, le vélo, en aidant les personnes les plus démunies, en développant les transports en commun urbains publics, en les rendant plus accessibles pour tous, en investissant massivement dans le maintien et le développement des lignes ferroviaires publiques, voyageurs et fret, en supprimant la niche fiscale sur le kérosène aérien, en interdisant les vols intérieurs où existent des solutions par train de moins de 4 h (et non 2 h 30 - article 36), la production et la commercialisation de véhicules les plus polluants dès 2025 (et non en 2040 - article 25 du projet de Loi).

     - Mettre fin à la précarité énergétique : interdire la location des « passoires thermiques » et rendre obligatoire leur rénovation énergétique globale d’ici 2030 (et non seulement le diagnostic - article 40) en soutenant l’investissement massif nécessaire par un dispositif de financement optimal. Introduire la gratuité des premiers kWh (par personne) et une tarification croissante au-delà.

     - Protéger le sol vivant : réaffirmer et appliquer effectivement l’objectif « zéro artificialisation nette ». Limiter l’étalement urbain aux seuls projets pour lesquels la preuve est apportée qu’ils ne peuvent se situer sur un sol déjà artificialisé et mettre fin aux grands projets autoroutiers et aéroportuaires ; étendre l’interdiction de la construction de centres commerciaux, aux entrepôts logistiques de e-commerce.

     - Développer une alimentation saine, sobre et respectueuse du vivant, basée sur une agriculture paysanne ; relocaliser la production et développer les circuits courts ; taxer les engrais azotés de synthèse ; interdire les néonicotinoïdes et autres produits phytosanitaires dangereux (CMR), les fermes usines et la maltraitance animale, en accompagnant les agriculteurs ; instaurer des prix planchers ; créer une couverture alimentaire universelle (chèque alimentaire bio) ; rendre obligatoire un choix végétarien en restauration collective ; interdire la signature d’un accord de libre-échange qui induirait un accroissement de la déforestation importée et sortir du CETA et des autres traités analogues.

     - Pénaliser le crime d’Écocide dans le cadre des 9 limites planétaires, intégrant le devoir de vigilance et le délit d’imprudence.

Cette loi devrait d’ailleurs être un élément d’une politique d’ensemble, articulant écologie, réduction drastique des inégalités et renouvellement démocratique de nos institutions. Il s’agit de transformer en profondeur le système économique, vers un système de solidarité et de coopération compatible avec les limites de la planète. Cela signifie : réguler la finance, travailler mieux, moins, pour travailler tous, avec une garantie de revenu, dans des activités utiles, donner les moyens aux collectivités territoriales pour agir à leur niveau, réaménager l’espace pour se déplacer moins et faire des salarié·e·s et citoyen·e·s les acteurs de cette transformation.

Nous, partis politiques signataires, nous engageons à agir avec détermination et en responsabilité pour faire évoluer le projet de Loi vers une vraie Loi Climat permettant de mettre la France sur une trajectoire réellement compatible avec l’objectif de rester en dessous de 1,5 ° !

Nous nous joignons aux plus de 480 organisations citoyennes et appelons à une mobilisation massive le 28 mars pour exiger une vraie Loi climat !

Partis politiques signataires :

Cap écologie ; Citoyens engagés ; Citoyens Solutions ; Ensemble ! ; Ensemble sur nos Territoires ; Europe Écologie Les Verts ; Gauche démocratique et sociale ; Gauche républicaine & socialiste ; Génération·s ; La France Insoumise ; Mouvement des Progressistes ; Nouveau Parti Anticapitaliste ; Nouvelle Donne ; Parti Communiste Français ; Pour une Écologie Populaire et Sociale ; Parti.e.s pour la décroissance ; Place Publique ; Parti Socialiste.

Type:  Article Samedi, 27 Mars, 2021 - 18:38 Ecologie
François Calaret

La Commune est en lutte (Deuxième partie)

2 semaines 6 jours ago

La première partie est ici :

https://www.ensemble-fdg.org/content/la-commune-est-en-lutte

Épisode 7 : le 18 Mars 1871

Le 18 Mars 1871, le gouvernement décide de passer à l’action. Le problème est moins l’importance stratégique des canons que de montrer qui décide vraiment à Paris. Alors qu’il fait encore nuit, vers 3 heures du matin, l’armée régulière tente de s’emparer des canons dans la plupart des endroits où les membres de la Garde nationale les ont rassemblés : les Buttes-Chaumont, Belleville, le Faubourg du Temple, la Bastille, l’Hôtel de ville. Au début, l’opération se déroule bien : c’est la nuit, il n’y a personne. Mais il ne suffit pas de s’emparer des canons ; il faut encore les enlever et les déplacer, ce qui va prendre du temps. Ce temps va être utilisé par la foule pour organiser la riposte.

Alors que le jour se lève aux Buttes-Chaumont, l’armée est entourée par la foule essentiellement composée de femmes qui empêchent l’évacuation des canons. Malgré les ordres, les soldats refusent de tirer pour disperser la foule ; ils mettent crosse en l’air et fraternisent avec les manifestants. Dans le Marais, par trois fois le Général Lecomte - l’un des dirigeants militaires de Paris - donne l’ordre de tirer. Par trois fois, les soldats refusent de tirer. Finalement, la foule le fait prisonnier ainsi que ses officiers. Ses soldats veulent le fusiller. Les Gardes nationaux arrivent et conduisent le général au quartier-général des bataillons de la Garde nationale, à Montmartre. En réalité, il sera quand même exécuté avec un autre général dans l’après-midi. Dans différents quartiers de Paris, des échanges de feu se produisent, ainsi que de nombreuses scènes de fraternisation entre les soldats de l’armée régulière, ceux de la Garde nationale et la foule parisienne qui se rassemble en divers lieux.

Adolphe Thiers organise le repli des troupes restées fidèles, d’abord sur la Rive Gauche, au Quai d’Orsay. Puis, à la fin de la journée, il va s’enfuir à Versailles avec son gouvernement. Lissagaray décrit ainsi la situation : « à la fin de la matinée, à 11 heures, le Peuple a vaincu l’agression sur tous les points, conservé presque tous ses canons - les attelages n’en n’ont emmenés qu’une dizaine – gagné des milliers de fusils. Les bataillons fédérés sont debout ; les faubourgs se dépavent ». Et, en effet, des barricades se dressent dans la plupart des quartiers de l’Est parisien. D’ailleurs, dans un premier temps, la foule mobilisée et les Gardes nationaux décident de rester dans les quartiers pour les défendre, car ils craignent un retour de l’armée.

Finalement, un phénomène couronne cette journée : Émile Heu, un révolutionnaire blanquiste, parvient à entraîner les manifestants et les bataillons de gardes nationaux qui sont à Belleville sur la Rive Gauche. Émile Duval, autre blanquiste, également membre du Comité central républicains des vingt arrondissements va entraîner les bataillons du V° et du XIII° arrondissements. Aux Batignolles, c’est Eugène Varlin, grande personnalité de la Commune, membre de l’Association Internationale des Travailleurs, fait de même.  Les cortèges convergent vers l’Hôtel de ville qui est occupé en début de soirée, de même que les Ministères, la Préfecture de police et l’ensemble des lieux institutionnels qui incarnent le pouvoir.

Le Comité central de la Garde nationale s’installe à Paris et constitue, de fait, un pouvoir insurrectionnel. Ce qui vient d’advenir ce 18 mars n’est nullement une insurrection planifiée, anticipée, voulue et organisée par un quelconque état-major révolutionnaire. Au contraire, au moment décisif, au début de la journée, quand la foule a entouré les soldats venus enlever les canons, ni les révolutionnaires, ni ceux proches de Blanqui, ni ceux de l’Association internationale des travailleurs, ni les membres du Comité central républicain des vingt arrondissements, ni même ceux nouvellement élus du Comité central de la Garde nationale, ne sont présents. C’est une foule sans organisation, sans consignes, sans dirigeants qui prend l’initiative de ce qui est, de fait, un soulèvement. Ce n’est que plus tard, dans la journée, que les militants, les gardes nationaux organisés, vont faire converger l’énergie populaire vers le centre du pouvoir, l’Hôtel de ville.

Ce 18 mars n’est pas une insurrection planifiée ; par contre c’est bien une insurrection ! Les bataillons de l’armée régulière envoyés par le gouvernement ont, pour une partie d’entre eux,  fraternisé avec la foule. Certains se sont disloqués et d’autres encore ont quitté Paris. Le gouvernement lui-même est réfugié à Versailles. Existe donc ce que traditionnellement on désigne comme une « carence de pouvoir ». D’une certaine manière, ceux qui siègent à l’Hôtel de ville sont devenus - de manière consciente ou à leur corps défendant – un nouveau pouvoir né d’une insurrection. Ce pouvoir est aux mains du Comité central de la Garde nationale. Situation qui appelle quelques explications…

Le Comité central de la Garde nationale est une structure récente, quasiment embryonnaire. Tous les bataillons n’y sont pas encore représentés, le sélections n’ayant pas encore eu lieu dans tous les arrondissements. Pour expliquer ce phénomène, on peut se référer aux éclairages de deux historiens : Jacques Rougerie, un historien contemporain, spécialiste de la Commune, auteur nombreux ouvrage sur le sujet, dont « Paris libre, 1871 ». Il conclut son évocation de la journée du 18 mars ainsi : « Vers minuit, le Comité central de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de ville moins probablement à cause du rôle réduit qu’il vient de jouer que parce qu’il était à ce moment-là la seule organisation constituée et qui eût sinon des intentions bien arrêtées, du moins quelque audience. »

L’autre éclairage est celui de P-O Lissagaray : « Le Comité se constituait heureusement de nouveaux venus, sans passé ni prétentions politiques, fort peu soucieux des systèmes, mais préoccupés uniquement de sauver la République. A cette hauteur vertigineuse, ils n’eurent pour les soutenir qu’une idée, mais une idée logique, parisienne par excellence : assurer à Paris sa municipalité libre ». C’est bien sur ce tout nouveau Comité central de la Garde nationale que reposent toutes les responsabilités. Dans cette soirée du 18 mars, dans quelle direction va-t-il engager le processus ? Le mouvement va-t-il refluer, comme souvent ? Ou, au contraire, se consolider ? Quelles seront les premières mesures prises ?

Au cours de la semaine du 19 au 26 mars, la situation va se dénouer de manière décisive.

Épisode 8 : les premiers jours de la Commune

Le 18 mars, l’insurrection a donc installé un nouveau pouvoir, celui du Comité central de la Garde nationale. Mais ce nouveau pouvoir est loin de s’assumer comme tel. Dès le lendemain, il manifeste sa volonté de remettre son pouvoir à une autorité qui soit plus légitime. Ce souci va se matérialiser dans deux directions, par l’organisation d’élections communales à Paris et, d’autre part, par la recherche d’un compromis avec les autorités existantes.

Sur le premier point, les déclarations du Comité central de la Garde nationale sont sans ambiguïté. Il considère que, à travers le mouvement de fédération des bataillons de la garde nationale, il avait de fait reçu un mandat de la part du peuple parisien : défendre la République et les libertés communales parisiennes. Le 19 mars, la situation est la suivante : Paris a conservé ses canons et le gouvernement Thiers s’est enfuit à Versailles. Le Comité central considère donc que le mandat est rempli. Il affirme : « notre mandat est expiré et nous vous le rapportons , car nous ne prétendons pas prendre la place de ceux que le souffle populaire a chassé. Préparez-donc et faites de suite vos élections communales ! ».

Assez logiquement, le nouveau pouvoir de fait va chercher la conciliation. Pas directement avec le gouvernement, mais avec les maires (maire, maires-adjoints, maires d’arrondissements) et députés de Paris. En s’enfuyant de Paris, le gouvernement Thiers leur a confié l’administration des pouvoirs publics à Paris, avec la légitimité de l’exercice du pouvoir. Le 19 mars, il y a deux réunions en parallèle : d’une part, le Comité central de la Garde nationale siège à l’Hôtel de ville pendant que, autour de Clémenceau, certains députés parisiens et les maires-adjoints siègent à la mairie du III° arrondissement.

En pratique, même s’il refuse de se considérer comme un gouvernement, le Comité central commence quand même à prendre des décisions de nature politique et à légiférer. Il abolit les conseils de guerre ; il décrète l’amnistie totale pour les crimes et délits politiques. Il ordonne aux directeurs des prisons de libérer les prisonniers politiques. Simultanément, il envoie des délégués à la réunion des maires et députés. Et ces délégués, dont Eugène Varlin, leur demandent de servir en quelque sorte d’intermédiaires entre ce qui n’est pas encore la Commune et l’Assemblée nationale (et le gouvernement) pour obtenir la satisfaction de leurs revendications : de nouvelles élections municipales à Paris, la suppression de la Préfecture de police, le doit pour la Garde nationale d’élire ses officiers. Mais aussi la remise des loyers et le retrait de l’armée régulière loin de Paris.

La discussion fait rage au sein de ces réunions. Les députés indiquent finalement le prix de leur médiation : les Insurgés doivent rendre l’Hôtel de ville. Signe de la confusion qui règne dans le camp des Insurgés : Eugène Varlin, un authentique révolutionnaire, accepte le marché. Mais dès le 20 mars, sous l’impulsion des blanquistes et de membres du Comité républicain des vingt arrondissements, on assiste à un retournement de situation au sein du Comté central de la Garde nationale : « Citoyens, n’écoutez pas les promesses perfides ! Vous avez repris vos canons, gardez-les ! Vous avez l’Hôtel de ville, gardez-le ! »

A Versailles, le même jour, Clémenceau propose à l’Assemblée de discuter en toute urgence de l’organisation d’élections municipales à Paris et de réfléchir à des modalités différentes d’élection des officiers de la garde nationale. A Paris, sans attendre l’autorisation de l’Assemblée nationale, le Comité central de la Garde nationale fixe l’élection municipale au 22 mars. Le processus révolutionnaire est en train de se radicaliser. Si les acteurs du processus n’en sont pas forcément conscients, comme c’est souvent le cas en pareilles circonstances, la contre-révolution, elle, ne s’y trompe pas.

A Versailles, on commence à tenir des discours de combat. Ainsi, Jules Favre, pourtant républicain, déclare : « Est-ce que ce n’est pas la guerre civile, ouverte, lâche, accompagnée de meurtres et de pillages dans l’ombre ? Est-ce que nous ne savons pas que les réquisitions ont commencé, que les propriétés privées vont être violées ? » En appui à ces déclarations belliqueuses, une première manifestation de ceux qui s’appellent les « amis de l’ordre » est organisée dans le quartier de l’Opéra. Comme le climat est agité, les élections sont repoussées, d’abord au 23 mars, puis au 26 mars. Les révolutionnaires les plus déterminés commencent à craindre que, de report en report, on ne fasse le jeu du gouvernement de Versailles qui, lui, cherche à gagner du temps pour organiser la contre-offensive. Le 22 mars, a lieu une nouvelle manifestation des « amis de l’ordre ». Des bataillons fidèles au gouvernement reprennent à la Garde nationale la mairie du IX° arrondissement et la Gare Saint-Lazare. Les maires d’arrondissement hostiles au processus révolutionnaire commencent à s’y opposer, autour de la mairie du II° arrondissement. Il y a des affrontements entre les manifestants réactionnaire set la Garde nationale qui tire : on relèvera une dizaine de morts.

Nouvelle étape du processus de radicalisation : le Comité central de la Garde nationale, toujours sans se considérer comme un gouvernement, conteste néanmoins l’Assemblée nationale dont il considère qu’elle a été élue à la veille d’une capitulation, sous la pression de l’étranger et des baïonnettes prussiennes. Dans un appel, il indique quel est, pour lui, l’enjeu réel, révolutionnaire, des élections à Paris en ces termes : « vous vous convoquez vous-mêmes, par l’intermédiaire de votre comité pour donner aux hommes que vous aurez vous-mêmes élus un mandat que vous aurez vous-mêmes défini » Ou encore : « les membres de l’assemblée municipale sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables. C’est une telle assemblée, la ville libre dans u pays libre que vous allez fonder ».

Ville libre dans un pays libre : cette expression pose le problème des rapports entre Paris et la Province. On sait que la défaite ultérieure de la Commune doit beaucoup à l’isolement de Paris. Pourtant, en ces derniers jours de Mars 19871, des Communes sont également proclamées dans certaines villes de Province : Marseille, Lyon, Narbonne, Saint-Etienne ou Toulouse. Mais ces Communes ne durent que quelques jours. Finalement, par une affiche placardée dans Paris parallèlement à celle du Comité central de la Garde nationale, une partie des députés parisiens et des maires d’arrondissement apportent leur caution au processus électoral, bien que le gouvernement et l’assemblée nationale aient repoussé toutes les tentatives de conciliation menée par Clémenceau.

Certains membres de la Garde nationale sont candidats, mais le Comité central de la Garde nationale lui-même ne participe pas en tant que tel au processus électoral et ne parraine pas de candidats. Mais, dans un texte souvent cité, il définit le « profil » - comme on dirait aujourd’hui - souhaitable des futurs élus en ce termes : « défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ! Défiez-vous également des parleurs incapables de passer à l’action ! Évitez également ceux que la fortune a trop favorisé, car rarement celui qui possède la fortune est disposé à considérer le travailleur comme son frère ».

Et puis, surtout, il y a cette invitation qui n’a rien perdu de son actualité : « Cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages. Le véritable mérite est modeste et c’est aux électeurs à connaître leurs hommes et pas à ceux-ci à se présenter ».

La campagne électorale sera relativement courte, mais elle est animée avec la participation active de toutes les sensibilités du mouvement, les conciliateurs et les légalistes (autour des maires et des députés), les membres de la Garde nationale, les révolutionnaires blanquistes, des républicains soit de philosophie centraliste soit, au contraire, fédéralistes, les délégués du Comité des 20 arrondissements, des membres des clubs politiques qui viennent de se créer et, bien sûr, les militants de l’Association internationale des travailleurs.

Le 26 mars, à l’issue d’une semaine de pouvoir insurrectionnel, la parole est donnée au suffrage universel.

 

Épisode 9 : les premières mesures de la Commune

Les listes utilisées pour l’élection municipale ont été établie un an auparavant, sous l’Empire. Ce sont les mêmes listes qui ont servi en Novembre, puis en Février . Par définition ne sont inscrits sur ces listes que les hommes, français et habitant Paris. Il n’y a donc ni femme ni étranger sur ces listes. Le 26 mars, le taux de participation est plus faible que lors de consultations précédentes : 230.000 votants, au lieu des 300.000 qui s’étaient déplacés en Février, sur 480.000 inscrits. Bien sûr, il faut prendre en considération le départ de ceux qui ont quitté Paris, soit pendant la guerre et le siège de Paris, soit du fait de l’insurrection. On évalue à une centaine de milliers de personnes – hommes et femmes donc – celles et ceux qui ont quitté Paris.

40.000 voix se sont portées sur les maires et les députés qui s’opposent au processus. On note sans surprise que c’est dans les quartiers populaires de l’Est de Paris que l’on trouve les scores les plus favorables à la Commune. Sur 92 élus – en fait, 85 car certains ont été élus dans plusieurs circonscriptions – le « parti de maires » recueille une quinzaine d’élus qui vont indiquer immédiatement qu’ils ne siégeront pas dans une institution qu’ils ne reconnaissent pas. Les autres élus se répartissent entre les différentes sensibilités du mouvement favorable à la Commune. Dans son ouvrage, « Paris libre, 1871 », l’historien Jacques Rougerie effectue une tentative de recensement par sensibilité politique : les partisans du comité républicain des vingt arrondissements l’ont emporté dans la moitié des circonscriptions. Le Comité central de la Garde nationale, qui n’a pas présenté formellement de candidats ni fait campagne, peut néanmoins revendiquer une quinzaine d’élus, mais qui doivent leurs succès électoral au fait qu’ils appartiennent à d’autres structures et d’autres sensibilités. Les blanquistes ont 9 élus. Les Internationaux – les membres de l’Association internationale des travailleurs – sont 17. Avec des cas particuliers comme Eugène Varlin qui a été élu trois fois ! On dénombre également onze socialistes d’autres sensibilités et quatre républicains radicaux, des « jacobins historiques ». Encore Jacques Rougerie précise-t-il que ces « listes » étaient loin de représenter des orientations politiques homogènes, mais plutôt « l’amalgame multicolore d’hommes très divers ».

En même temps que se produit l’annonce de ces résultats , la Commune de Paris est donc proclamée depuis le balcon de l’Hôtel de ville. Cette proclamation est un évènement important, un grand moment d’enthousiasme collectif. Jules Vallès, écrivain aujourd’hui un peu tombé dans l’oubli et communard, utilisera des termes quasiment mystiques, puis qu’à propos de cette cérémonie à l’Hôtel de ville, il va parler de « l’épanouissement de la résurrection » ! Dans le journal « Le Cri du peuple », il rend compte de l’évènement en termes assez lyriques : « Quelle journée ! Ce soleil tiède et clair qui dore la gueule des canons, cette odeur de bouquets, le frisson des drapeaux, le murmure de cette révolution qui passe, tranquille et belle comme une rivière bleue, ces tressaillements, ces lueurs, ces fanfares de cuivre, ces reflets de bronze, ces flambées d’espoir, il y a là de quoi griser d’orgueil et de joie l’armée victorieuse des républicains ».

La joie de Jules Vallès n’est cependant pas exempte de pressentiments plus sombres, puisqu’il ajoute : « quoi qu’il arrive, dussions-nous être de nouveau vaincus demain, notre génération est consolée, nous sommes payés de vingt ans de défaites et d’angoisse ». Le Conseil de la Commune tient sa première réunion le 29 mars, séance au cours de laquelle il va prendre ses trois premiers décrets. Ce sont à la fois de mesures immédiates dictées par l’urgence sociale et, en même temps, des décisions d’une portée politique considérable.

Première décision, la Commune décrète que les loyers qui sont dus depuis le moratoire du mois d’Août sont purement et simplement annulés. On rappelle que sitôt élue l’Assemblée nationale avait fait exactement le contraire en supprimant le moratoire et en rendant les loyers exigibles. La seconde décision est la suspension de la vente des objets déposés au Mont de piété pour obtenir de prêts (il existe des millions d’objets déposés en gage). Le troisième décret vaut d’être cité intégralement. Il est d’ailleurs très court puisqu’il fait moins de trente mots :
Article 1 : la conscription est abolie.
Article 2 : aucune force militaire autre que la Garde nationale ne pourra être créée ou introduite dans Paris.
Article 3 : tous les citoyens valides font partie de la Garde nationale ».

Ainsi, toutes les tâches qui sont celle de la défense, sont confiées à la Garde nationale qui, on s’en souvient, ne constitue pas un corps séparé de la population mais une sorte de milice organisée sur une base géographique, dans les quartiers et qui revendique d’élire ses chefs. En pratique, cette décision n’est rien de moins que la suppression de l’armée permanente, qu’elle soit de métier ou de conscription et son remplacement parce que l’on appellerait aujourd’hui une armée populaire : tous les citoyens valides font partie de la Garde nationale. L’armée que veut la Commune n’est plus tout à fait une armée, c’est… le Peuple en armes, dans la tradition d’ailleurs de la Révolution française.

Quatre jours plus tard, le 2 Avril, la Commune décide de plafonner les salaires des fonctionnaires et des élus pour les aligner sur ceux des ouvriers. Trente-quatre ans avant la fameuse loi de 1905 périodiquement évoquée, la Commune qui considère que « le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté» décrète la séparation de l’Église et de l’État. On a souvent reproché aux Communards leurs proclamations lyriques et verbeuses. Mais, rien de tel pour ce décret, comme pour le décret que l’on vient de citer sur la conscription. L’essentiel est dit en peu de mots :
Article 1 : L’Église est séparée de l’État.
Article 2 : Le budget des cultes est supprimé.
Article 3 : Les biens dit de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses (meubles, immeubles) sont déclarés propriété nationale.
Article 4 : Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens pour en constater la nature et les mettre à disposition de la Nation.

Ce n’est pas très long, mais assez explicite ! Le 2 avril toujours, la Commune déclare la mise en accusation du gouvernement Thiers. A Courbevoie, en région parisienne, les troupes gouvernementales (versaillaises) attaquent les Communards qui se replient et se préparent à riposter, ce qu’ils font en direction de Versailles, le 3 Avril. Sans doute trop tard et, en tout cas, à contretemps. Encore faut-il dire un mot des faiblesses politiques, réelles ou supposées de la Commune. Dans cette rubrique, les historiens de la Commune – à commencer par Lissagaray, souvent cité ici – rejoignent les théoriciens révolutionnaires comme Marx, Lénine ou Trotski pour s’étonner des hésitations et des scrupules des Communards, essentiellement sur deux points : l’affaire dite de la Banque de France et le retard pris à organiser la riposte contre Versailles. Jamais les Communards ne s’empareront de l’or de la Banque de France.

Pourquoi les Communards n’ont-ils pas profité de l’avantage que leur donnait la victoire de l’insurrection le 18 mars pour, en quelque sorte, achever le travail et marcher sur Versailles dès le 19 Mars, au lieu de laisser à la contre-révolution le temps dont elle avait besoin pour isoler Paris par rapport à la Province et lancer l’offensive ? Ce sont là des questions assez redoutables ; il serait assez présomptueux de prétendre y répondre. Ce que l’on peut dire, avec une certaine prudence, est que ces exemples – la Banque de France, le retard à marcher sur Versailles – illustrent les hésitations et les faiblesses stratégiques sans doute de la Commune. En même temps, on l’a vu, ce n’est que progressivement et très partiellement que les Communards prennent conscience de ce qu’ils sont en train de faire : une révolution politique et sociale. De plus, rien ne permet d’affirmer que l’expropriation de la Banque de France ou une offensive immédiate des Communards sur Versailles auraient pu inverser le cours de l’Histoire.

Toujours est-il que la contre-offensive des Communards les 3 et 4 Avril, a été déclenchée sans préparation ni stratégie, sur fond de divergences entre le Comité central de la Garde nationale (qui continue à exister) et e Conseil de la Commune qui est le nouveau pouvoir politique. La contre-offensive est désastreusement dirigée et se traduit par un fiasco. Plusieurs milliers de combattants de la Commune sont fait prisonniers et conduit en captivité à Versailles. Gustave Flourens, l’un des premiers chefs militaires de la Commune, est exécuté sommairement par un gendarme, de même que de nombreux autres prisonniers.

Le même jour, une Commune se crée à Limoges, mais elle est immédiatement écrasée. A Paris, le Conseil de la Commune décide donc le désarmement des gardes nationaux qui ne sont pas favorables à la Commune. L’essentiel des gardes nationaux sont favorables à la Commune, mais certains bataillons ne le sont pas. Deux évènements qui illustrent dramatiquement les contradictions de la Commune se produisent les 5 et 6 avril. Dans le XI° arrondissement, les habitants s’emparent des deux guillotines qu’ils ont trouvées dans la prison de la Roquette. Ils les considèrent, selon leurs termes, comme « des instruments serviles de la domination monarchique » et ils en votent « la destruction pour toujours ». C’est, selon les habitants du XI°, « la consécration de la nouvelle liberté ». Cette destruction de l’instrument de la peine de mort vaut abolition de la peine de mort.

A quelques heures d’intervalle, le Conseil de la Commune prend un décret connu sous l’appellation « décret des otages ». Ce décret prévoit l’arrestation des « agents de Versailles » qui une fois condamnés comme tels par un jury populaire deviendront les « otages du peuple de Paris » et seraient exécutés en rétorsion aux exécutions versaillaises. Soixante-dix otages sont arrêtés, dont des prêtres. On voit bien la contradiction : au moment même où l’on détruit la guillotine, on institue le principe des otages.

Face aux exécutions sommaires commises par les Versaillais et à ce qui s’annonce comme une lutte à mort, la Commune est confrontée au dilemme qui a été celui de nombreuses révolutions, avec l’utilisation de moyens extrêmes et de la violence qui sont à l’exact opposé des aspirations humanistes qui sont à l’origine des révolutions.

Épisode 10 : l’œuvre sociale de la Commune

Dans les semaines qui suivent l’échec de sa contre-offensive de début Avril, la Commune va tenter s’organiser sa défense sur le plan militaire et politique. Elle va aussi s’atteler à la réorganisation de l’économie et des services publics. Surtout, elle va prendre des mesures en matière sociale et politique, mesures qui sont dictées par l’urgence d’une situation qui est une situation de crise et de misère extrême. Mais, parfois, certaines de ces mesures anticipent aussi ce que pourrait être une société débarrassée de l’exploitation.

Sitôt élu, le Conseil de la Commune avait annulé le paiement des loyers (dus depuis le moratoire du mois d’Août) et suspendu la vente des objets déposés en gage au Mont de piété. Le 8 avril, il décide le versement d’une pension à tous les blessés. Deux jours plus tard, il décide d’étendre le versement de cette pension aux orphelins des gardes nationaux, ainsi qu’à leurs veuves. Le 12 avril, il décide la suspension des poursuites judiciaires pour tout ce qui concerne les échéances impayées, les loyers, les emprunts, les effets de commerce. Le 16 avril, il décide que les débiteurs auront un délai de 3 ans pour rembourser leurs dettes.

Mais c’est surtout le 16 Avril que le Conseil de la Commune va prendre un décret d’une grande importance du point de vue de la dynamique sociale et de ce que l’on appellerait aujourd’hui le « contenu de classe » : le « décret sur les ateliers abandonnés ». Deux remarques préalables à l’analyse de ce décret. La première concerne l’organisation du travail du Conseil de la Commune : il s’est organisé en 9 commissions qui sont un peu l’équivalent de ministères. Chaque commission est animée par un Délégué, qui est un peu l’équivalent d’un ministre. Parmi les commissions, l’une d’entre elles n’avait pas d’équivalent dans les gouvernements précédents : la commission du Travail et de l’Échange. C’est un peu l’invention par la Commune du Ministère du travail, une institution qui n’apparaîtra que 30 ans plus tard, sous la Troisième République.

Ce qui est encore plus sans équivalent est la personnalité du titulaire du mandat de Délégué de cette commission : Léo Fränkel. Il est ouvrier bijoutier, orfèvre. C’est un syndicaliste, socialiste, membre de l’Association internationale des travailleurs. Il est membre de la Garde nationale et a participé aux activités du Comité central républicain des vingt arrondissements. Pour compléter le tableau, il faut ajouter qu’il est juif et hongrois. Autrement dit, c’est un étranger. On a donc un « ministre » de nationalité étrangère. Bien évidemment, il n’est pas inscrit sur les listes électorales et n’a pas le droit de vote. Pourtant, lors des élections au Conseil de la Commune, le 26 mars, il a été élu dans le III° arrondissement.

Une Commission de validation est donc obligée de se pencher sur son cas. Le verdict rendu par cette commission est sans ambiguïté et constitue l’une des grandes pages de la Commune et sans doute du mouvement révolutionnaire puisque les termes de la validation sont les suivants : « considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle, considérant que toute cité a le droit de donner le titre le citoyen aux étrangers qui la servent, la Commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis et vous propose l’admission du citoyen Fränkel ».

La seconde remarque est que la Commune est extrêmement diverse en termes de sensibilités organisées ou non, en termes d’aspirations et de ressorts politiques. Aux origines du mouvement, on a vu qu’il y avait la puissance du sentiment républicain, la lutte pour la liberté, la référence à la Révolution française, la puissance du sentiment patriotique et la volonté de lutte contre l’occupant. Les questions sociales et les convictions socialistes sont également présentes. Elles vont surtout s’investir autour de la Commission du Travail et de l’Échange. Son délégué, Léo Fränkel, ne fait d’ailleurs pas mystère de ses convictions et affirme : « La révolution du 18 Mars a été faite par la classe ouvrière. Si nous ne faisons rien pour cette classe, je ne vois pas la raison d’être de la Commune ».

Revenons maintenant au décret du 16 Avril, sur les ateliers abandonnés. Un certain nombre d’ateliers parisiens ont été abandonnés par leurs propriétaires soit à cause de la guerre et du siège de Paris, soit à la suite de l’insurrection. Leurs ouvriers sont au chômage. En réponse à cette situation, la Commune prend un décret qui convoque les chambres syndicales afin qu’elles constituent une commission d’enquête qui aura quatre missions : dresser la liste des ateliers abandonnés et l’inventaire des machines ; présenter un rapport qui établisse « les conditions pratiques de la prompte mise en exploitation non par les déserteurs qui les ont abandonnés mais par l’association coopérative des ouvriers qui y éraient employés » ; élaborer un projet de constitution de sociétés coopératives ouvrières ; et enfin « constituer un jury arbitral qui évaluera les indemnisations ». Car il a été prévu qu’au retour des patrons, il y ait une cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières, mais moyennant indemnisations.

Cent cinquante ans plus tard, alors que le mouvement ouvrier a connu de nombreux débats sur les nationalisations, la question des indemnisations, des expropriations, on peut trouver ce décret assez modéré puisqu’il n’est pas question d’exproprier les exploiteurs en général mais seulement ceux qui ont abandonné leurs usines et leurs ateliers :  les capitalistes « défaillants », en quelque sorte. En plus, on projette de les indemniser. Mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque qui est celui du développement et de l’expansion capitaliste, où la propriété privée a un caractère absolument sacré et où le patronat est tout puissant. Cependant, le décret - il faut le noter - fait la part belle aux projets coopératifs, sous l’influence donc des adeptes de Proudhon au sein de l’Association internationale des travailleurs. Et pourtant, ce que dit le décret est assez considérable ! Il dit que l’on va arracher les entreprises à leurs propriétaires. Il dit qu’elles vont être confiées aux ouvriers qui y travaillent : c’est la gestion ouvrière, la gestion de la production par les producteurs eux-mêmes, organisés en coopératives. Et, pour faire bonne mesure, le décret ajoute que ce processus sera conduit pas les syndicats…

Dans la pratique, ce processus va se mettre en branle. Mais, comme pour de nombreuses décisions de la Commune, le temps manquera pour aller très loin dans la réalisation. Dans plusieurs branches d’activités, le travail de recensement débute. Des coopératives commencent à se constituer pour postuler à a reprise des entreprises comme, par exemple, l’association des fondeurs de fer de la rue Saint-Maur. Dans le XV° arrondissement, la fonderie Brosse est effectivement réquisitionnée. Cette dynamique s’approfondit : début Mai, le Conseil de la Commune est saisi d’une nouvelle proposition visant à aller plus loin puisqu’il est prévu de réquisitionner non seulement les ateliers abandonnés mais aussi tous les grands ateliers « monopoleurs », ce qui va bien au-delà de ceux qui ont été abandonnés. Le 21 mai, alors que commence la « Semaine sanglante » - la Commune n’a plus que quelques jours à vivre – l’atelier d’armes du Louvre se transforme en coopérative.

Au cours de la seconde quinzaine d’Avril, la Commune va prendre d’autres mesures d’ordre social. Le 20 Avril, la Commune interdit le travail de nuit chez les boulangers. Le 25 avril, elle ordonne la réquisition des logements vacants pour y loger les victimes des bombardements versaillais. Le 28 Avril, la Commune supprime le système des amendes, des pénalités et des retenues sur salaire auquel étaient soumis les ouvriers. L’œuvre sociale de la Commune s’est développée sous l’impulsion de la Commission du Travail et de l’Échange et sous l’influence des partisans du socialisme, en premier lieu les membres de l’Association internationale des travailleurs.

Dans ce domaine, la mobilisation des femmes a joué un rôle déterminant.


Épisode 11 : les femmes en première ligne

On a vu comment s’était déployée l’œuvre de la Commune dans le domaine social au cours du mois d’Avril 1871 et l’on indiquait en conclusion de l’épisode précédent que la mobilisation des femmes y avait joué un rôle essentiel. Le 11 Avril paraît un premier « appel aux femmes », rédigé par l’Union des femmes, qui se caractérise par son contenu radical, notamment sur le plan social alors que de nombreux Communards se situent souvent, pour l’essentiel, sur le terrain des libertés publiques, de la démocratie et de la République. L’appel aux femmes affirme sans ambiguïté : « nos ennemis sont les privilégiés de l’ordre social actuel, tous ceux qui ont vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de nos misères ». L’appel identifie l’un des obstacles majeurs à l’émancipation ouvrière d’une manière qui anticipe des dizaines d’années de débats pour articuler féminisme et lutte des classes : « toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes constitue une des bases du pouvoir des classes dominantes ».

Dès le lendemain, le 12 Avril, sont publiés les statuts de cette nouvelle organisation : « l’Union des femmes » ou, pour prendre son titre exact, le « Comité central de l’union des femmes pour la défense de Paris et des soins aux blessés ». En fait, c’est dès le début des mobilisations qui ont débouché sur la Commune que les femmes ont participé activement au mouvement. En Janvier et Février 1871, lors de la floraison de clubs politiques et de comités qui se créent à Paris, on note la création d’organisations de femmes : des comités de citoyennes, des comités de vigilance comme celui du XVIII° arrondissement qui compte Louise Michel dans ses rangs, ou encore l’association civique des citoyennes du VI° arrondissement.

Et puis, bien sûr, il y a eu l’évènement fondateur de la Commune : l’insurrection du 18 mars. Lorsqu’au petit matin l’armée a voulu s’emparer des canons aux Buttes-Chaumont, c’est une foule essentiellement composée de femmes qui a entouré la troupe, qui l’a immobilisée, a désagrégé son obéissance aux ordres et, en provoquant les scènes de fraternisation, a finalement donné l’impulsion à l’insurrection. Début Avril, lorsque les Communards commencent à discuter sur la reprise de l’offensive, une manifestation de femmes se rassemble Place de la Concorde, puis au Pont de Grenelle et veut marcher sur Versailles.

Le 12 avril, se crée officiellement le Comité central de l’union des femmes pour la défense de Paris et des soins aux blessés : c’est une organisation très structurée, plus structurée que bien des clubs politiques. Ce Comité central est composé de déléguées d’arrondissements. Il est animé par une Commission exécutive qui comprend notamment : Nathalie Lemel, ouvrière relieuse ; Élisabeth Dmitriev, intellectuelle russe qui sera fait citoyenne de Paris ; Marceline Lexous, couturière ; Blanche Lefevre, modiste qui sera tuée sur les barricades, fin Mai ; Aline Jacquier, brocheuse ; Thérèse Collin et Aglaé Jarry.

Cette Union des femmes développe une activité considérable en termes de réunions publiques dans les différents arrondissements, d’administration des soins aux blessés, de permanence pour la collecte et la distribution de la nourriture pour les veuves et les orphelins. Mais, justement, l’Union des femmes ne veut pas être confinée aux tâches de soins, d’entraide et de solidarité, tâches souvent dévolues aux femmes, à cette époque… comme après. L’Union des femmes s’intéresse en priorité au travail salarié. Elle considère que « dans l’ordre social du passé , le travail de la femme était le plus exploité et sa réorganisation immédiate est de toute urgence ». C’est pourquoi très rapidement l’Union des femmes revendique auprès de la Commission du Travail et de l’Échange de la Commune « d’être chargée de la réorganisation du travail des femmes en commençant par leur accorder l’équipement militaire ». Cette revendication sera satisfaite, en accord avec la Commune et, sous l’impulsion de l’Union des femmes, des associations productives de travailleuses se constituent.

Anticipons un peu sur la chronologie : au mois de Mai, dans la prolongation de ce mouvement de créations d’associations, paraîtront les statuts généraux des associations productives fédérées de travailleuses. De quoi s’agit-il ? Ces statuts prévoient que les associations productives dépendent des comités d’arrondissement de l’Union des femmes et que leurs membres soient par là-même membres de l’Association internationale des travailleurs qui est le courant le plus influent au sein de l’Union des femmes. A l’article 3 de ces statuts, on détaille la fonction de ces associations productives : « les dites associations par l’intermédiaire du Comité Central se mettront en rapport avec les sociétés productives qui existent en France et à l’étranger pour faciliter l’exportation et l’échange des produits. A cet effet seront employées des placeuses et des commis-voyageuses ». Il s’agit donc d’organiser la production et la distribution dans un cadre associatif et coopératif afin, notamment, de promouvoir le travail féminin et l’emploi des femmes.

Les femmes qui participent à la Commune, notamment l’Union des femmes, revendiquent l’égalité des salaires entre hommes et femmes. Cette revendication connaîtra un début d’application dans un seul secteur, celui qui dépend de la Commune : l’éducation. Les salaires des instituteurs et des institutrices seront identiques. D’autres revendications surgissent comme la fermeture des maisons closes, qui est la forme que prend pour ces femmes la lutte contre la prostitution. Ou encore l’élimination des religieuses des hôpitaux et des prisons.

Dans le cadre de la priorité donnée par la Commune à l’instruction et à l’école gratuite, laïque et obligatoire – qui n’est donc pas une invention de la III° République, mais de la Commune ! – la Commune va déployer des efforts particuliers pour la création d’écoles de filles et d’écoles professionnelles ouvertes aussi bien aux filles qu’aux garçons. Parmi les réalisations de la Commune, il faut aussi noter que la pension aux blessés a été étendue aux veuves et aux orphelins. Une nouvelle étape est franchie le 17 mai 1871 – c’est pratiquement l’une des dernières décisions de la Commune – avec la déclaration de l’égalité des enfants, qu’il s’agisse d’enfants « légitimes » ou « naturels » comme on dit, ainsi que des épouses et des concubines en ce qui concerne le versement des pensions.

Afin d’étudier l’œuvre sociale de la Commune notamment en matière d’égalité entre hommes et femmes, on s’est un peu éloigné de la chronologie. On va y revenir un peu, pour évoquer la fin du mois d’Avril. Après la contre-offensive manquée de début Avril et bien qu’elle ouvre des chantiers sociaux considérables comme on vient de le voir,  la Commune est en sursis et tous ses efforts sont tournés vers sa survie, sa défense politique et militaire. Car à l’Ouest de Paris, les Versaillais sont aux portes de la capitale. Ils la bombardent régulièrement, réalisent des incursions dans la ville et procèdent à des exécutions sommaires. A tel point que le 12 Avril, l’archevêque de Paris écrit à Thiers, le chef du gouvernement, pour protester ; il propose également d’être échangé contre Blanqui, le vieux révolutionnaire alors emprisonné en Province. Le 21 Avril, les francs-maçons tentent une conciliation entre la Commune et e gouvernement Thiers, mais sans succès.

Parmi ceux qui ont quitté Paris et se sont enfuis à Versailles, on compte beaucoup de fonctionnaires fidèles au gouvernement, ce qui a eu pour effet de désorganiser la vie économique et les pouvoirs publics. Outre sa défense militaire, la Commune est donc contrainte d’organiser en urgence certains aspects de la vie quotidienne des Parisiens. Par exemple, le 22 Avril, elle s’intéresse à l’organisation des boucheries municipales et le 25 avril à l’organisation des poids et mesures. A Versailles, le 25 Avril, quatre communards prisonniers sont exécutés sommairement. Le gouvernement Thiers décide de bloquer le ravitaillement de Paris.

C’est une nouvelle phase de la Commune qui s’ouvre avec la création, le 1er Mai, du Comité de Salut Public.

François Coustal

 

Type:  Article Jeudi, 25 Mars, 2021 - 16:08 Politique
François Calaret

Macron Erdogan même combat contre les libertés démocratiques

3 semaines ago

           

Alors qu’en Turquie le Gouvernement dictatorial d’Erdogan réprime et criminalise les mouvements kurdes et destitue dans de nombreuses villes du Kurdistan turc celles et ceux qui ont été démocratiquement élue.es, et les remplace par des « délégués » nommés par lui.

Alors que le député du Parti démocratique du Peuple (HDP) Omer Farouk Gergerlioğlu célèbre pour ses combats en faveur des droits humains   a été déchu de son mandat et que suite à son arrestation il vient d’être relâché après quatre nuits de protestations du Parlement,

Alors qu’une enquête est lancée contre le HDP suite à une accusation de « détruire l’intégrité indivisible de l’Etat turc avec sa nation » et une inculpation de neuf de ses député.es, accusation niant une fois de plus le droit à l’existence du peuple kurde et préparant une interdiction à venir du HDP,

Alors que le co-président de l’Association des droits de l’homme Öztürk Tûrkdogan vient d’être arrêté,

Une vague d’arrestations a eu lieu mardi 23 mars à Paris, Marseille et Draguignan des associations du réseau du Conseil Démocratique Kurde en France et des militants kurdes sont en garde vue. 

Le Gouvernement Macron dont la politique en matière de libertés démocratiques se caractérise par un cours de plus en plus autoritaire en particulier avec ses projets de lois actuels sur le « séparatisme » et « l’insécurité globale », se comporte vis-à-vis des associations kurdes et de leurs militant.es comme un allié fidèle d’Erdogan dans sa mise en œuvre d’un politique répressive en particulier vis-à-vis des citoyen.nes kurdes ! Macron se voudrait adversaire d’Erdoğan : on attend toujours des actes le montrant, mais les seuls qu’il nous donne à voir sont ceux d’une agression contre des militant.es kurdes en France. Certainement pas là de quoi fâcher le Sultan.

Solidarité avec le peuple kurde !

Type:  Article Mercredi, 24 Mars, 2021 - 15:20 Nos communiqués International
François Calaret

La lettre d'Ensemble ! 17 mars 2021

3 semaines 2 jours ago

La lettre du 17 mars 2021

Sommaire:

  • 18 mars 1871 – 18 mars 2021 : La Commune n’est pas morte
  • Théâtres occupés : solidarité
  • Le 19 et 20 mars, toutes et tous mobilisé·e·s pour le climat ! Dénoncer l’inaction du gouvernement...
  • Pour chômeur.euses, précaires et pauvres, est ce « quoi qu’il en coûte » ?
  • Fukushima : 10 ans après
Fichier attachéTaille la_lettre_17_mars_2021_.pdf1.2 Mo Type:  Article Lundi, 22 Mars, 2021 - 18:11 Le bulletin
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L’eau domestique, un enjeu écologique, démocratique et social

3 semaines 2 jours ago

L’accès à l’eau, désormais perçue bien commun, est menacée par le réchauffement climatique et les pollutions, l’ampleur de la demande et l’appropriation capitaliste. L’eau est sollicitée pour de multiples usages, agricoles, industriels, navigation fluviale, tourisme et loisirs… Chacun de ces usages se situe au carrefour d’enjeux, entre appétits financiers et intérêt public, préservation de la ressource et satisfaction des besoins. Chacun de ses aspects pose des problèmes spécifiques dont les citoyens doivent se saisir. 
L’eau domestique, gérée en France depuis 2016 par les intercommunalités, a permis à trois multinationales  d’engranger de juteux profits, au détriment du bien public. Cette tendance est en train de s’inverser, mais les questions  liées à la gestion de ce bien commun continuent à se poser avec insistance.         
La privatisation du service de l’eau et le mouvement vers le retour en régie publique
La libéralisation capitaliste qui a saisi le monde dès les années 1980 s’est attaquée à toutes les formes de gestion publique afin de les transformer en sources de profit. Amorcé au Chili, en Grande-Bretagne, le mouvement de la privatisation de l’eau s’est étendu à divers pays, imposé en particulier  dans de grandes villes du Sud sous la pression du FMI et de la Banque mondiale, comme condition pour l’accord de prêts.i Les multinationales de l’eau ont eu recours à toutes les formes de manipulations et de corruptions pour se faire attribuer les marchés dans des conditions très avantageuses, et une fois ceux-ci obtenus, ont usé de tous les stratagèmes pour augmenter leurs profits sans pour autant assurer le service de qualité promis. Mais ces multinationales se sont heurtées à des problèmes de solvabilité des populations, à des révoltes populaires et à la volonté des autorités locales de se désengager de ces contrats prédateurs.
La France est particulièrement concernée par la place du secteur privé dans la fourniture d’eau potable. Trois grandes multinationales -Véolia, Suez, la SAUR- se partagent l’essentiel du marché. Il ne s’agit pas d’une privatisation pure et simple du secteur de l’eau, puisque les entreprises  agissent dans le cadre d’une délégation de service public. L’intercommunalité reste propriétaire des infrastructures et les élus ont toujours la possibilité de ne pas renouveler une délégation.
Ces multinationales ont eu leur heure de gloire, avec des contrats de délégation qui leur ont permis de réaliser des profits faramineux : des contrats très longs (30 ans à Lyon, 50 ans à Nîmes…) et des taux de marge bénéficiaire atteignant les 20 %, voire plus. Les conséquences de cette avidité  se sont traduites en augmentation de la tarification pour les usagers et par un entretien insuffisant du réseau générant des fuites d’eau (jusqu’à 30 % du flux, comme à Nîmes). La contestation ne s’est pas faite attendre, des associations se sont saisies du problème et ont fait pression sur les autorités communales. Les élus ont tendance à se montrer plus exigeants, et depuis le début des années 2000 un mouvement de retours du service en régie municipale se dessine, dans des villes de bords politiques différents.
Mais le retour en régie publique, s’il ouvre la possibilité de réinstituer un véritable service public de l’eau, ne suffit pas. On aurait presque envie de dire : c’est là que tout commence.
Le retour en régie publique est un début et non une fin en soi
Les mobilisations locales autour de l’eau ont donné naissance à « Eau bien commun », regroupant des citoyens, des acteurs de collectifs ou d’associations unissant leurs forces pour promouvoir une gestion publique et citoyenne de l’eau, de la biodiversité et du climat.
Les actions citoyennes pour obtenir le retour en régie se poursuivent, et sont loin d’obtenir partout le succès espéré. Mais le contenu des revendications et des thèmes de sensibilisation du public s’est enrichi.
Ainsi, à Lyon, autour d’Eau Bien Commun, une trentaine d’associations, de partis, de syndicats mènent campagne dès 2018. Le centre de gravité de la campagne n’est pas autour de l’argument de la baisse des tarifs avec le retour en gestion publique mais sur l’éthique générale du « bien commun » à préserver et défendre, avec :
    • La volonté d’un service public qui réunisse la production et la distribution de l’eau potable, l’assainissement, la gestion environnementale des eaux et de la biodiversité (alors que tout cela était géré en « silos » par des services différents et des modes de gestion différents).
    • La recherche d’un contrôle citoyen sur la gestion du cycle de l’eau.
    • La garantie d’accès à l’eau pour tous, avec notamment la question des premiers m³ d’eau gratuits.
La gestion de l’eau domestique est une question écologique, démocratique et sociale.

Les enjeux écologiques

Les problèmes concernent l’accessibilité de la ressource et sa qualité.
En effet les situations de stress hydrique sont liées aux sécheresses, à l’irrégularité de la pluviométrie, mais aussi à l’augmentation de la population et de la consommation d’eau. La raréfaction de la ressource conduit à aller la chercher de plus en plus loin pour répondre aux besoins des agglomérations.
Les solutions passent par une consommation intelligente de l’eau, qui évite les gaspillages et un bon entretien des réseaux pour éviter les fuites, ainsi que l’utilisation des eaux usées après traitement pour des usages tels l’arrosage des jardins.
La disponibilité de l’eau passe également par une bonne récupération des eaux pluviales, et donc par des politiques qui favorisent leur infiltration dans le sol.
Il s’agit donc de lutter contre l’imperméabilisation des sols ; la question de l’eau rejoint d’autres combats contre la bétonisation des sols ou pour une autre agriculture.
La pollution de l’eau implique le recours  à un traitement de l’eau pour la rendre potable. Mais le mieux est encore d’intervenir à la source. Les zones de captage font l’objet de mesures légales de protection, qui ne sont pas toujours bien respectées. La vigilance des citoyens et des élus locaux est de mise pour contrer les activités illégales qui s’y sont implantées.
Une des sources de pollution importante est l’agriculture. Or on peut convaincre les cultivateurs d’adopter des pratiques biologiques non polluantes : il suffit de leur assurer des débouchés suffisamment rémunérateurs. Plusieurs exemples en font foi ! Munich -1,3 millions d’habitants- a recours à cette solution pour potabiliser l’eau : les agriculteurs qui se situent au-dessus des champs de captage sont incités à passer au biologique par une rémunération de leur travail et par l’assurance de débouchés pour leur production.
Ces solutions sont aussi expérimentées en France, comme à Langres ou Lons-le-Saunier. L’élément -clé pour assurer une bonne qualité de l’eau est toujours la même : garantir un revenu suffisant aux agriculteurs en rémunérant leur production au juste prix. L’exemple de Lons-le-Saunier met en évidence que le choix de cette option peut enclencher une dynamique dont les effets se font sentir au-delà du problème initial à résoudre. Face à la pollution des nappes phréatiques, il faut soit installer une usine de dénitrisation, soit prendre le problème à la source et favoriser l’agriculture biologique. Le Conseil municipal retient cette dernière solution. La construction d’une cuisine centrale qui dessert les collectivités, livre des repas à domicile et alimente un restaurant municipal ouvert au public crée le marché qui permet l’engagement des agriculteurs dans le « bio ». Le contrat entre le producteur et le transformateur -la cuisine centrale-, sans intermédiaire, permet cette rémunération suffisamment motivante. Actuellement d’autres initiatives sont à l’étude, comme l’instauration d’une filière blé dur pour faire des pâtes… et la cuisine centrale, en rendant accessible à tous une alimentation saine, contribue à lutter contre les inégalités.

Les enjeux sociaux

L’eau est un bien vital et disposer d’un minimum pour répondre à ses besoins essentiels doit être un droit garanti, quel que soit la situation de la personne. La santé et la participation à la vie collective en dépendent. Trop de familles sont obligées de réaliser des économies drastiques et préjudiciables de leur consommation d’eau.
La baisse des tarifs par le retour en régie n’est pas toujours réalisable : d’une part, au fil du temps, un certain nombre de régulations ont contraint les multinationales à modérer leur appétit ; de l’autre leur négligence dans l’entretien du réseau impose des investissements souvent considérables pour rattraper le retard pris.
Il s’agit donc de faire payer le juste prix pour assurer le meilleur service tout en garantissant un accès minimal universel.
La solution de ne pas facturer la consommation des premiers m³ d’eau permet la garantie de cet accès et donne le même droit à tous. Elle évite le recours aux aides sociales qui ont toujours un effet marginalisant vis-à-vis des bénéficiaires. Mais le choix de rendre les premiers m³ d’eau « gratuits » pose tout de même quelques problèmes de mise en œuvre qu’il faut résoudre : en effet il faut pouvoir moduler la quantité d’eau non facturée en fonction du nombre de personnes qui se trouvent derrière le robinet. La question des « premiers m³ gratuits » implique que chaque foyer dispose de son propre compteur, or ce n’est pas toujours le cas.
La mise en place de solutions justes est un vaste chantier, tant de pratiques actuelles sont aberrantes. Ainsi à Lille, le collectif Eau pour une Régie publique et les premiers m3 gratuits a obtenu une réduction de l’abonnement de 30 à 5 €. Un tarif écosocial moins cher pour les bénéficiaires de la CMU a été mis en place par la collectivité territoriale… mais les familles qui habitent des immeubles collectifs sans compteurs individuels n’en bénéficient pas. Dans le même temps les entreprises bénéficient d’un tarif dégressif -pourtant interdit en France- dont le niveau le plus élevé équivaut au tarif écosocial… Par ailleurs, la baisse de l’abonnement a mis en évidence les prestataires supplémentaires qui, par le prix de leur service, font payer l’eau plus cher dans les immeubles collectifs.
La gratuité des premiers m3 d’eau pour tous doit s’accompagner d’une tarification progressive qui pénalise les gaspillages. L’application de cette mesure peut être l’objet d’un débat avec les citoyens qui doit leur permettre de s’approprier les termes du problème.

L’interdiction des coupures d’eau doit être respectée. Les multinationales contournent l’obligation  légale de maintenir la fourniture en réduisant drastiquement le débit -pratique toujours illégale mais tout à fait courante. 
Par ailleurs, pour prendre en compte les différentes formes de précarité des conditions de vie, il est important de maintenir certains équipements tels les bains-douches, les bornes fontaines…
Un autre enjeu à prendre en compte dans la gestion de l’eau est la situation des travailleurs qui mettent en œuvre le service. Ceux-ci ne doivent pas se trouver lésés lors d’un passage en régie et le dialogue avec les organisations syndicales s’impose. A contrario, le maintien du privé met en concurrence les entreprises sous-traitantes qui compriment leurs coûts en réduisant au maximum les salaires.                                                                

Les enjeux démocratiques

Un des enjeux de la gestion de l’eau est celle du contrôle démocratique exercé par les citoyens, ce qui ne saurait se limiter à la participation des représentants des usagers et du personnel au sein des instances des régies publiques.
Les mobilisations menées par les associations et les cercles militants pour obtenir le retour en régie publique ou de meilleures décisions de politique de l’eau concourent à une large sensibilisation des citoyens sur ces questions. Même quand ce travail militant ne parvient pas à emporter les décisions des élus dans le sens escompté, il construit cependant dans la durée un travail de conscientisation du public. L’impact est d’autant plus important quand les collectifs procèdent de larges rassemblements d’associations, de syndicats, d’organisations politiques… et que les initiatives en direction de la population sont multiples : réunions de proximité, présence sur les  marchés, grands meetings, intervention avec tracts...
La mobilisation populaire, une claire prise de conscience des enjeux de la part des élus, sont indispensables aux progrès dans la gestion de l’eau. Car les multinationales, qui ont beaucoup à y perdre,  ont recours à toutes les ficelles possibles. Elles ont leurs arguments bien rodés pour persuader les élus inquiets face à complexité de la gestion du réseau et à leur manque de compétence. Elles ont les moyens, s’il le faut, d’acheter quelques personnes clés dans la prise de décisions. Quand cela ne suffit pas, elles recourent à d’autres pratiques : à Rouen, Véolia va  jusqu’à envoyer des salariés payés pour assister aux réunions du collectif.

Le retour en régie publique obtenu, les élus et les citoyens doivent rester vigilants quant à la cohérence de la gestion du réseau avec ses objectifs écologiques et sociaux. Les retours en régie héritent souvent d’une organisation où les différentes phases du service de l’eau -captation, régulation, stockage, distribution, recyclage des eaux usées- sont traitées de façon totalement indépendantes les unes des autres ; or une gestion globale est nécessaire à la maîtrise des enjeux.  Le service public de l’eau ne se limite pas au statut juridique de son gestionnaire mais aussi à sa volonté politique pour faire les bons choix au bon moment.

Par ailleurs, la dynamique de reconquête de la souveraineté populaire sur l’eau implique de dépasser les seuls enjeux locaux. La gestion de l’eau est certes dans les mains des intercommunalités, et la variété des contextes locaux présente des contraintes et des possibilités spécifiques,  qui implique d’inventer à chaque fois des solutions particulières. Mais le partage des expériences de retour en régie serait profitables à toutes, donnerait confiance aux élus et aux collectifs. Cette mutualisation des leçons de l’expérience ne pourrait-elle déboucher sur une  stratégie nationale pour affronter des problèmes communs ? Il faudrait entre autres mettre sur pied  des services techniques qui puissent accompagner les collectivités qui voudraient revenir en régie.

 

L’eau, une question très politique
                                                                                   
Quelle que soit l’entrée par laquelle on aborde les questions liées à l’eau, on s’aperçoit très vite qu’on touche à un grand nombre d’enjeux qui s’imbriquent :
    • Des enjeux écologiques majeurs : protection de la ressource, économie de celle-ci, lutte contre les pollutions, maintien de la biodiversité …
    • Des enjeux sociaux autour du droit universel à l’eau
    • Des enjeux démocratiques de gestion : qualité du service public et intervention citoyenne…

L’accès garanti à tous d’un accès à l’eau domestique est une question politique majeure : quelle société voulons-nous ? Choisir « l’humain d’abord » entre en contradiction avec la primauté donnée à la loi du profit. S’organiser pour apporter des réponses concrètes et justes c’est se confronter à des multinationales qui ne sont pas prêtes à lâcher prise. C’est savoir faire preuve d’inventivité pour apporter des réponses originales aux défis rencontrés, en sachant prendre en compte toute leur complexité et certains aspects parfois techniques. C’est l’occasion d’aller au-devant de la population sur  un sujet qui intéresse sa vie quotidienne au premier chef, l’impliquer dans la création d’un rapport de force et dans la recherche de solutions : c’est un combat pour la démocratie.
  Au-delà de l’eau domestique, le partage de l’eau domestique avec ses autres usages (agricole, industriel, domestique), pose la question : quelle type d’économie voulons-nous ? A titre d’exemple, faut-il  subventionner la neige artificielle pour maintenir sous perfusion toute l’économie qui s’est construite autour de l’or blanc ? Comment amorcer une transition à terme inéluctable ?
Et au niveau international, la disponibilité de l’eau se pose de manière cruciale pour de nombreux peuples, avec tous les risques de famines et d’exodes de population, de menaces de guerre pour le partage des eaux...
L’eau est décidément  une question  très politique…

Commission écologie d’Ensemble -                                                                                                                                                                                                               
                                                                      
                                            
Pour aller plus loin :
La privatisation de l’eau : une trajectoire historique et un marché d’avenir
https://easynomics.fr/2020/10/30/la-privatisation-de-leau-une-trajectoir...
France : de la gestion privée à la remunicipalisation de l’eau ?
Jeudi 3 septembre 2009, par  Olivier Petitjean
https://www.partagedeseaux.info/France-de-la-gestion-privee-a-la-remunic...
Carnets d’eau
La gestion de l’eau, du local au global. Animé par Marc Laimé sur le site du Monde diplomatique
Dans les eaux glacées  du calcul égoïste
Blog personnel de Marc Laimé

Type:  Article Lundi, 22 Mars, 2021 - 11:15 Ecologie
François Calaret

La Commune est en lutte !

3 semaines 6 jours ago

 

A l’évidence, un siècle et demi après son écrasement, la commémoration de la Commune soulève toujours bien des polémiques. Ainsi un certain Rudolph Granier, conseiller (LR) de Paris, s’en est récemment pris dans les pages du Journal du Dimanche à la décision de la municipalité parisienne d’accorder une subvention aux Amis de la Commune, une association qui selon Granier  « glorifie les événements les plus violents de la Commune de Paris ».

Plus généralement, il se refuse à toute commémoration car « on ne danse pas au son des meurtres et des incendies » ! L’édile reprend sans aucune gêne le refrain sur les Communards incendiaires : « la Commune n'a pas été l'amie des monuments, à commencer par l'Hôtel de Ville, dont l'incendie a aussi ravagé les archives. Du palais des Tuileries au Conseil d'État, en passant par le palais de la Légion d'honneur pour n'en citer que quelques-uns, les incendies de la Commune ont détruit des pans entiers de la capitale ». Décidemment peu avare de contre-vérités, le même écrit sans rire : « il s’agit d’histoire, non d’idéologie » !

Ainsi, depuis 150 ans, la haine des Versaillais pour la Commune s’affirme de manière toujours plus décomplexée. Ils n’ont vraiment « rien appris, ni rien oublié » et n’hésitent pas à instruire sans fin le procès de ces Communards que leurs ancêtres ont massacré. Raison supplémentaire pour, de notre côté, poursuivre ce travail qui n’est pas seulement un « travail de mémoire », une défense de la mémoire de la Commune. Mais, aussi, une tentative de remettre son héritage au cœur des débats sur l’émancipation.

Ce sont ces préoccupations qui m’ont incité à donner une forme écrite à la quinzaine de petites vidéos réalisées en 2011, pour le cent-quarantième anniversaire. A l’époque, ces vidéos furent progressivement mises en ligne (sur le site du tout nouveau NPA). Elles essayaient modestement de raconter ce que furent les 71 jours qu’a duré la Commune de Paris, du 18 mars au 28 mai 1871. Il s’agissait alors – et encore aujourd’hui - d’évoquer les principales dates qui en ont ponctué l’épopée révolutionnaire, de faire revivre celles et ceux qui en furent les principales figures et de rappeler l’héritage programmatique et stratégique de la Commune.

François Coustal


Épisode 1 : 4 septembre 1870, la III° République

Le 4 septembre est sûrement un évènement important puisqu’il a donné son nom à beaucoup de nos rues, à des places de nos villes et même à une station du métro parisien. De quoi s’agit-il ? En fait le 4 septembre 1870 est le jour où a été proclamée la III° République ainsi que la déchéance de l’Empereur Napoléon III. Et, donc la fin du Second Empire. D’où cet évènement vient-il ? Né d’un coup d’État, le Second Empire a duré une vingtaine d’années et connu des hauts et des bas. Mais après des années de mécontentement et de contestation populaire, l’Empire et l’Empereur semblaient mieux installés que jamais. En cette année qui nous occupe, en mai 870, Napoléon III avait organisé un référendum plébiscite qui portait sur des aménagements constitutionnels du régime, dans une direction plus libérale (au sens politique du terme), plus parlementaire… tout en fardant j’Empire et l’Empereur. Les républicains s’étaient divisés entre partisans de l’abstention et du « non ». Finalement, le résultat du référendum avait été une grande victoire pour Napoléon III puisque 7 millions et demi s’étaient portées sur le « oui » contre seulement 1 millions et demi sur le « non », avec des scores très importants dans la France rurale et conservatrice : près de 80% dans certaines circonscriptions, les seules exceptions à ce plébiscite en faveur de l’Empire étaient les grandes villes (Paris, Lyon, Marseille, Toulouse).

Pour la gauche modérée, ce référendum a constitué un véritable traumatisme. Pour les partisans bourgeois de la République, c’était réellement le désenchantement et la conviction que l’Empire était plus puissant que jamais. C’est d’ailleurs aussi la conviction de Napoléon III : pour lui, les électeurs ont définitivement tranché entre la République et l’Empire. Fort de ce succès et de sa popularité renouvelée, il va alors se lancer dans une aventure militaire qui va rapidement tourner au cauchemar. Le 18 juillet, donc quelques mois seulement après ce référendum, il déclare la guerre à la Prusse. Et là, tout de suite, les catastrophes militaires vont s’enchaîner dont l’aboutissement est la défaite de Sedan, avec des pertes humaines considérables. L’État-major de l’armée française capitule. Napoléon III ainsi que 100.000 soldats français sont faits prisonniers par les Prussiens.

Dès que ces nouvelles sont connues, des mobilisations populaires se produisent pour réclamer la déchéance de l’Empereur et le retour à la République, essentiellement à Lyon, à Marseille et, bien sûr, à Paris.  A Paris, justement, que se passe-il ? Les députés du « corps législatif » - à l’époque, il n’y a pas vraiment de Parlement et tout le pouvoir découle de l’Empereur, mais il existe une forme semi-parlementaire qui s’appelle le corps législatif – les députés se réunissent au Palais-Bourbon et s’interrogent sur la conduite à tenir. Il faut savoir que, à l’époque, la majorité de l’Assemblée est constituée de partisans de l’Empereur (des bonapartistes) ou de monarchistes de diverses obédiences.  Les partisans de la République sont en minorité et, en plus, ils sont assez divers : il y a des républicains très modérés dont on va vor le rôle qu’ils vont jouer ; il y a des républicains plus radicaux, jacobins – à l’époque, ce n’est pas une insulte ! – qui se veulent les continuateurs de la Révolution française, notamment des premières années de cette révolution, de 1789 à 1793. Et puis, il y a aussi des républicains socialistes, des penseurs et des militants qui se réclament du mouvement ouvrier qui est en train de se constituer à travers des syndicats, des partis, des clubs, des revues et toutes autres sortes de formes d’organisation.
Pour en revenir aux députés, ils sont réunis au Palais-Bourbon. Il y a une idée éphémère qui est de confier le pouvoir à l’Impératrice, rapidement abandonnée. De là à proclamer la République, il y a un pas que la classe politique française de l’époque ne veut absolument pas franchir.  Pourtant, elle va y être contrainte dans la journée par la mobilisation populaire. Déjà, en effet, des groupes de manifestants commencent à vouloir envahir le Palais-Bourbon. Mais, surtout, une foule très importante a commencé à se rassembler là où elle le fait traditionnellement quand la révolte gronde, depuis la Révolution française et la Révolution de 1848 : sur la place de l’Hôtel de ville. En première ligne de ce rassemblement, on trouve des républicains révolutionnaires, des républicains radicaux ou même socialistes, à commencer par la grande figure, le grand révolutionnaire Auguste Blanqui.

Auguste Blanqui a été surnommé « l’Enfermé ». En effet, rarement un militant a été autant victime de la répression : au cours de sa vie, il aura passé 37 ans en prison. C’est un polémiste, un théoricien et un homme d’action obsédé par l’idée de la prise du pouvoir qu’il voit comme une insurrection dirigée par un petit groupe d’hommes déterminés. Chaque fois qu’il est libéré de prison, il n’a de cesse de construire de nouvelles organisations et de bâtir de nouvelles conspirations. Au cours de cette année 1870 dont on parle, il a déjà commis deux tentatives : en Janvier, lors des funérailles de Victor Noir, un journaliste assassiné par Pierre Bonaparte, un cousin de l’Empereur. Il a tenté de transformer le cortège funéraire en émeute. Seconde tentative : le 12 août, quelques semaines avant le 4 Septembre, il a tenté de s’emparer d’un dépôt d’armes. C’est donc cet homme qui se porte à la tête du rassemblement parisien avec la ferme volonté de transformer le mouvement en insurrection.

Les républicains modérés sont rassemblés au Palais-Bourbon. On peut donner quelques noms, dont certains sont passés à la postérité : Jules Fabre, Jules Grévy, Jules Simon, et, plus connus, Jules Ferry et Léon Gambetta. Pour eux, il faut à tout prix empêcher ce qui se dessine place de l’Hôtel de ville et établir des contre-feux aux menées révolutionnaires, notamment celles de Blanqui, d’autant plus que dans la journée, à Lyon et Marseille, des rassemblements populaires ont déjà proclamé la République. Donc, les républicains modérés vont forcer la main au corps législatif en le convainquant que mieux vaut prendre l’initiative que d’être débordés par une insurrection dirigée par des révolutionnaires. L’initiative, pour couper l’herbe sous le pied des révolutionnaires, est de proclamer eux-mêmes la République et, ainsi, d’essayer de contribuer la situation et de le faire là où la foule qui est une menace pour l’ordre établi s’est rassemblée, c’est-à-dire à l’Hôtel de ville.

Un petit cortège de députés entouré d’une petite foule se rend du Palais-Bourbon à l’Hôtel de ville. C’est une course de vitesse entre les républicains modérés et ceux qui expriment plus ou moins le mouvement populaire. Sitôt arrivés dur place, Gambetta et Fabre proclament la République. Pour convaincre la foule et la démobiliser, Jules Ferry indique qu’il y aura un nouveau gouvernement qu’il sera composé de députés républicains de Paris, auxquels s’adjoindra le gouverneur militaire de Paris (qui est un général très conservateur). Ce sera un gouvernement de défense nationale, car il ne s’agit pas seulement de prendre acte de la faillite de l’Empire mais aussi d’organiser la défense nationale dans une situation où l’armée prussienne occupe l’Est de la France et s’apprête à marcher sur Paris. Des années plus tard, la classe politique française, celle qui sera aux commandes pendant toute la III° République, les républicains bourgeois et modérés, vont essayer de bâtir la légende d’une instauration tranquille et ordonnée de la République. Pour cela, ils se réfèrent notamment au commentaire fait par Jules Ferry qui, à propos du 4 septembre, disait : « il y avait des fleurs, des fusils, un air de fête dans la cité. Jamais une révolution ne se fît avec une telle douceur ». Ce mythe oblige à oublier un peu vite que la consolidation définitive du régime républicain, y compris au niveau constitutionnel, n’aura en fait lieu que 4 ans plus tard et à une voix de majorité seulement au Parlement…

Cela oblige surtout à oublier qu’entre la République proclamée le 4 septembre et la stabilisation de la III° République, il y aura l’écrasement de la Commune par les républicains modérés. Écoutons-donc plutôt ce que dit Talès, l’un des auteurs les plus connus sur l’histoire de la Commune on en reparlera). Ce qu’il dit à propos du 4 septembre est en effet assez différent : «pendant un instant la République populaire est possible. Mais la race des parlementaires escamoteurs de révolution vit encore ». Et, en effet, ce 4 septembre est éclairant dans le débat récurrent qui existe à propos de la République. En fait, dès le départ, deux conceptions sont présentes. Et ces conceptions répondent en fait à l’affrontement de deux classes sociales.

Il y a la République dont le contenu est la chute des trônes, la fin de la tyrannie, l’égalité politique et sociale C’est celle des ouvriers et des artisans, du petit peuple parisien, des républicains radicaux qui se réclament de 1793, des républicains socialistes, de Blanqui, de ceux et celles qui seront les héros et les héroïnes de la Commune, quelques mois plus tard. C’est la République d’en bas.

Et puis il y a la République bourgeoise, la République modérée, celle des républicains modérés… qui ne seront pas modérés dans la répression de la Commune comme on le verra quelques mois plus tard. C’est la République conservatrice, celle de l’ordre, de la défense de l’ordre et de la propriété privée, celle qui se méfie du peuple et de l’effervescence populaire. C’est la République d’en-haut.
C’est la République des parlementaires escamoteurs de Révolution…

Épisode 2 : les évènements de Septembre 1870

Comme on l’a vu précédemment, le 4 septembre, sous la pression populaire, les républicains modérés ont décrété la fin de l’Empire et proclamé la République. Mais cette décision hautement symbolique ne règle rien, comme on va essayer de l’illustrer au moyen de trois dates : le 7 septembre, le 14 septembre et le 19 septembre.

La proclamation de la République ne règle rien parce que subsistent trois questions qui vont continuer à peser tout au long des mois qui viennent et constituer de fait l’arrière-plan du processus révolutionnaire qui va culminer entre mars 1871 et mai 1871, processus connu comme « la Commune de Paris ». Ces trois questions sont la question sociale, la question patriotique et la question démocratique.

La question sociale tout d’abord. Comme souvent les républicains bourgeois qui viennent de prendre le pouvoir en utilisant la force du mouvement populaire n’entendent absolument pas remettre en cause le fonctionnement du système économique lui-même.  On en reparlera ultérieurement.

La question nationale ou patriotique, comme l‘on voudra : à l’origine de la révolte populaire contre l’Empire, il y a le refus de la capitulation face à la Prusse et la volonté de continuer le combat contre l’occupation étrangère. D’ailleurs, au cours des semaines suivantes, la méfiance populaire vis-à-vis des gouvernants va persister et s’accroître. Elle n’épargnera pas les nouveaux dirigeants qui sont soupçonnés d’être incapables d’organiser la résistance ou de ne pas vouloir le faire. L’appréciation que l’on peut porter sur ce que signifie le patriotisme de la classe ouvrière est une grande question. On se limitera ici à trois remarques.

La défense de la patrie qui est au premier plan est directement connectée à la défense de la République et même à la défense de la Révolution. Ainsi, les références à la Révolution française, à la « Patrie en danger », à la « levée en masse » sont nombreuses.

Ensuite, le patriotisme dont il s’agit est un patriotisme ouvert, qui ne s’embarrasse pas d’une conception étroite de la nationalité, des papiers d’identité et autres passeports. Les mêmes qui appellent à la défense de la patrie n’auront aucune difficulté quelques mois plus tard, dans le cadre de la Commune à confier des responsabilités y compris au plus haut niveau à des étrangers. Ainsi, Léo Fränkel, un juif hongrois, sera « ministre du Travail ». Élisabeth Dmitriev, féministe russe, va créer l’Union des femmes et elle combattra sur les barricades de la Commune. Et ce sont des généraux polonais, Jaroslaw Dombrowski et Walery Wroblewski qui organiseront la défense militaire de la Commune.

Enfin, pour les révolutionnaires de l’époque, y compris les plus radicaux, le patriotisme du peuple français n’est pas un problème. Ainsi Michel Bakounine, l’un des fondateurs et théoriciens de l’anarchisme, écrit « il faut que partout le peuple prenne les armes et s’organise lui-même pour commencer contre les Allemands une guerre de destruction ». Car, pour lui, « les ouvriers français incarnent la cause du prolétariat du monde entier, la cause sacrée du socialisme révolutionnaire ».

Troisième question enfin : la question démocratique. Non seulement les républicains modérés n’entendent pas bouleverser l’ordre économique mais, au-delà de la fin de l’Empire qui est une revendication commune avec le mouvement populaire, ils n’ont absolument pas non plus l’intention de jeter les bases d’un système vraiment démocratique. Ainsi, en ce qui concerne Paris, le nouveau gouvernement décide non pas d’organiser des élections mais de nommer, purement et simplement, le Maire de Paris et les maires d’arrondissement.

Le 7 septembre, c’est donc le gouvernement de défense nationale – ainsi que c’est baptisé le nouveau gouvernement – qui nomme les maires d’arrondissement. C’est une première faille dans l’espèce de coalition de fait qui regroupe d’un côté les républicains modérés et bourgeois et, de l’autre, ceux qui incarnent le mouvement populaire parisien. Ces derniers ne s’y trompent pas : ils craignent que, comme cela a souvent été le cas dans le passé - en 1848 par exemple - et comme sera malheureusement souvent le cas à l’avenir, le mouvement d’en bas et le processus révolutionnaire ne soient confisqués par ces « parlementaires escamoteurs de révolution », dont on a déjà parlé à propos du 4 septembre.

Qui sont ces militants radicaux qui veulent incarner le mouvement populaire ? Il y a essentiellement trois sensibilités. D’abord, les républicains : à la différence des républicains bourgeois qui viennent de prendre le pouvoir, ce sont des républicains ayant une conception radicale de la démocratie et dont les références sont les premières années de la Révolution française, les Sans Culottes, les sections parisiennes, la Convention de 1793. La seconde composante, ce sont Blanqui et ses partisans. Après la proclamation de la République, Blanqui crée immédiatement un club et fonde un journal au titre significatif : « La Patrie en danger ». La troisième composante est constituée de ceux que l’on appelle « les Internationaux », c’est-à-dire les membres français – la section française, en quelque sorte – de l’Association internationale des travailleurs qui passera à la postérité sous l’appellation de ‘Première Internationale ». Ce sont les débuts du mouvement ouvrier, le début de l’organisation de celles et ceux qui veulent changer radicalement la société, de ceux qui veulent une autre société différente de la société capitaliste. Ce mouvement possède deux caractéristiques. La première peut sembler étrange par rapport à nos conceptions actuelles : l’Association internationale des travailleurs regroupe des organisations de natures très différentes, comme des partis, des syndicats, des associations, des coopératives, des revues, etc. La seconde caractéristique est évidemment que l’AIT est, d’emblée, une organisation internationale. Les figures les plus connues de cette Internationale sont Karl Marx et Michel Bakounine. En France, l’Association internationale des travailleurs a été persécutée sous l’Empire. En 1870, c’est une organisation de référence, mais une organisation de taille modeste, assez minoritaire, mais capable d’initiative. Ainsi, au soir du 4 septembre, les « Internationaux » – on va les appeler comme ça – ont interpellé le gouvernement en posant des revendications essentielles qui concernent l’organisation d’élections municipales, la suppression des lois liberticides, l’annulation de toutes les condamnations politiques, l’armement des Français et la levée en masse. Ainsi quand le gouvernement décide de nommer les maires d’arrondissement, les Internationaux convoquent une réunion sous forme d’une assemblée des républicains ; les Internationaux précisent « des républicains de bonne volonté, soucieux de participer activement à la défense ». Cette réunion se conclut par la proposition créer des comités de vigilance autour des maires nommés. Dans les jours qui suivent, dans la quasi-totalité des arrondissements, des comités de défense et de vigilance se mettent effectivement en place. Ces comités élisent chacun quatre délégués ; au niveau de l’agglomération parisienne, ces quatre délégués par arrondissement vont constituer le 13 septembre le « Comité Central Républicain des vingt arrondissements ». Selon Prosper-Olivier Lissagaray – dont on reparlera : c’est l’historien de la Commune, la référence sur la Commune, lui-même communard – « ce comité était composé d’ouvriers, d’employés, d’écrivains connus dans le mouvement révolutionnaire ». Pour ces derniers, on pense notamment à Jules Vallès. Ce comité se réunit Place de la Corderie du temple, dans une salle prêtée par l’Internationale et la fédération des chambres syndicales. C’est un évènement très important parce que face aux républicains bourgeois, ce sont les prémisses, l’émergence d’un embryon d’une représentation de la classe ouvrière et des couches populaires. Le 14 septembre, le Comité Central Républicain des vingt arrondissements va publier sa première proclamation qui sera connue par la suite sous l’appellation de « première affiche rouge ». Cette proclamation constitue un véritable programme en quatre points.

Le premier point concerne des mesures de sécurité publique : ce qui est proposé est ni plus ni moins de supprimer la police telle qu’elle existe, de dissoudre tous les corps spéciaux de l’ancienne police centralisée, de faire appel à la garde nationale composée de la totalité des électeurs, de remettre les pouvoirs de police aux mains des municipalités élues et d’appliquer les principes d’élection et de responsabilité aux magistrats.

Le second point est intitulé « subsistance et logement » ; les mesures envisagées sont l’expropriation pour cause d’utilité publique des stocks de denrées alimentaires et de première nécessité. On évoque même l’indemnisation des propriétaires, mais après la fin de la guerre. Il est aussi proposé d’organiser la répartition des stocks entre tous les habitants au moyen d’un système de bons. Enfin est affirmé le principe selon lequel les municipalités seront responsables d’assurer à tout citoyen et à sa famille le logement qui leur est indispensable.

Le troisième point de la proclamation concerne est la défense de Paris. Ce qui est proposé, entre autres choses, est l’élection des chefs de la garde mobile par la troupe elle-même, la distribution des armes à tous les citoyens et l’instauration d’un contrôle populaire sur l’ensemble des décisions qui concernent la défense.

Le quatrième point concerne la défense des départements, au-delà de Paris. Le Comité central républicain propose de décréter la levée en masse et d’envoyer des délégués spéciaux dans les départements pour « stimuler le zèle patriotique » - c’est l’expression employée – et trouver des volontaires pour assurer la défense de Paris. Là encore, on le voit, la référence est la Révolution française, la levée en masse, la Patrie en danger.

La défense de Paris est effectivement l’urgence de l’heure puisque le 19 septembre – c’est la quatrième date annoncée – les troupes prussiennes encerclent la capitale.
C’est le début du siège de Paris.

Épisode 3 : Octobre 1870

Au mois d’Octobre 1870, deux questions continuent à polariser le débat : d’une part la question nationale, la poursuite de la guerre, la résistance à l’occupation – il faut se rappeler que depuis le 19 septembre Paris est assiégé – et d’autre part la question démocratique. La République a été proclamée le 4 septembre, mais quel est son contenu réel ? Si l’on prend l’exemple de Paris, c’est le gouvernement qui a nommé le Maire et les maires d’arrondissement et qui vient de décider de repousser les élections municipales.

Dans les grands évènements de ce début du mois d’Octobre, il y a le 7 octobre : le Ministre de l’intérieur, Léon Gambetta quitte Paris. Comme Paris est assiégé, il part en ballon (une montgolfière). Il devient Ministre de la Guerre, sa mission étant d’organiser de nouvelles armées pour libérer la capitale. L. Gambetta est l’un de ceux qui, au sein du gouvernement de défense nationale, est vraiment attaché à la défense nationale et à la résistance à l’occupation. Ce qui n’est pas le cas de tous les membres du gouvernement. C’est pourquoi cette décision ne suffit pas à calmer les inquiétudes du peuple parisien. Beaucoup, en effet, pensent que le gouvernement est incapable de mener la résistance à l’occupation, voire qu’il est tenté par les négociations et la capitulation.

C’est pourquoi le 5 Octobre, Gustave Flourens – un « républicain rouge » - prend une initiative pour forcer la main du gouvernement afin que celui-ci organiser vraiment la défense : il fait défiler devant l’Hôtel de ville de Paris dix mille hommes en armes qui viennent, pour l’essentiel, du quartier de Belleville. Ces hommes constituent les bataillons de la garde nationale mobile.

C’est l’occasion de dire quelques mots sur la garde mobile qui va jouer un rôle certain dans le déclenchement de la Commune. A l’époque, à la fin du second Empire, l’armée fonctionne selon un mode de conscription et de service militaire. Lorsqu’ils ont l’âge requis, les jeunes hommes sont soumis à un tirage au sort et, selon le résultat de ce tirage au sort, les uns sont affectés à l’armée d’active pour un service militaire qui dure quand même 7 ans et les autres sont affectés à la garde mobile ou garde nationale, qui est une sorte d’armée de réserve organisée sur la base des circonscriptions de l’administration civile. Donc, en pratique, il s’agit de civils : les gardes nationaux vivent à leur domicile ; ils ont des activités professionnelles normales. De temps en temps, ils effectuent des exercices militaires et ils peuvent être mobilisés en cas de nécessité pour seconder l’armée d’active, ce qui est évidemment le cas puisque l’on est en situation de guerre. Leur formation militaire de même que leur armement ne sont naturellement pas du tout de même nature que ceux des soldats intégrés à l’armée d’active. Cela explique notamment que le mouvement populaire revendique périodiquement que la garde nationale soit mieux formée, qu’elle soit mieux armée et qu’elle soit directement associée aux opérations militaires.

Le 8 octobre, ce mouvement se poursuit mais, cette fois, à l’échelon parisien à l’initiative de Belleville et de son leader. Le Comité Central républicain des Vingt arrondissements - que l’on a déjà évoqué et qui constitue un embryon d’instrument de contrôle de la population sur le gouvernement – appelle à manifester pour la tenue d’élections municipales et le maintien des acquis démocratiques de la garde nationale que le gouvernement veut faire disparaître, notamment les mécanismes de contrôle voire d’élection des officiers par la troupe. En fait, la manifestation est un échec. Les participants sont peu nombreux ; le gouvernement garde la main sans problème.

Mais, pour la première fois, dans la manifestation, on entend un slogan qui, par la suite, va devenir très important : « Vive la Commune ! ». Ce slogan correspond à la progression dans les esprits de l’idée de Commune. Mais derrière cette idée, il existe en fait des explications et des conceptions différentes. Derrière la revendication d’une Commune élue – revendication largement partagée par le mouvement populaire – il existe une ambiguïté. S’agit seulement de réclamer l’élection de la Commune au sens de l’élection de la municipalité de Paris ? S’agit-il aussi de mettre en place un contre-pouvoir par rapport au gouvernement ? Par exemple, le Comité Central républicain des Vingt arrondissements réclame « une Commune souveraine, opérant révolutionnairement la défaite de l’ennemi (…) facilitant l’harmonie des intérêts et le gouvernement direct des citoyens par eux-mêmes ». On voit bien là, surtout la fin de la citation, que l’intention va largement au-delà de la simple démocratie municipale. Mais, à ce stade, les choses sont loin d’être tranchées.

Quelques jours après cette déclaration qui ouvrait la voie à la revendication d’auto-organisation – « le gouvernement des citoyens par eux-mêmes » - Comité Central républicain des Vingt arrondissements recule et déclare : « pour ce qui nous concerne, il n’a jamais été question de faire au gouvernement de défense nationale une opposition de parti pris ». Le 8 octobre, jour de la manifestation avortée, il reprécise les choses dans un sens assez municipaliste et fédéraliste : « La Commune de Paris comme tout autre commune doit se contenir sévèrement aux limites de sa propre autonomie. En effet, la vie municipale d’une cité est absolument inviolable. La commune est l’identité politique et l’État ou la Nation n’est que la réunion des communes de France ». Ces conceptions doivent en fait beaucoup à l’influence qui est alors importante d’un penseur du mouvement ouvrier et qui est parfois revendiquées par certains courants anarchistes et qui, par ailleurs, a été abondamment critiqué par Karl Marx : Pierre-Joseph Proudhon.

Mais cette approche de la revendication de Commune n’est pas la seule qui existe : les partisans de Blanqui (dont on a un peu parlé précédemment) et qui sont également influents dans le mouvement ont une toute autre définition de ce qu’est la Commune, de ce que peut être la Commune. On retrouve d’ailleurs cette définition au même moment, c’est-à-dire le 8 octobre, dans « La Patrie en danger », le journal fondé par Blanqui. On y lit : « Pas de malentendu ni d’équivoque ! Il y a commune et… commune, la commune révolutionnaire qui a sauvé la France. Alors le 10 août et en septembre, on fondait la République qui ne fût pas le produit d’une élection régulière, une émanation bourgeoise d’un troupeau qui se rend à l’urne ; elle sortit d’une convulsion suprême comme la lave sort du volcan. La Commune de 1972 était l’illégalité même puisque la loi était encore l’iniquité. Elle fut la force et l’audace, parce qu’elle était de droit. La commune légale, la commune du suffrage régulier siégeait à l’Hôtel de ville. La commune révolutionnaire fût explicitement contre elle ».

Alors, deux commentaires pour en finir avec cette citation un peu longue. D’abord, ainsi qu’on le vérifiera à nouveau, tous les débats et toutes les discussions au sein du mouvement populaire et révolutionnaire, toutes prennent la République française et notamment l’an 02 de la République française comme référence incontournable. Ensuite, on voit ici comment les partisans de la Commune vont être confrontés à une contradiction, une opposition que l’on retrouvera souvent dans l’histoire des révolutions : l’opposition entre pouvoir légal et pouvoir insurrectionnel, entre suffrage régulier et ce qu’ils appellent « la lave qui sort du volcan »…

Fin Octobre vont se produire deux évènements liés à la lutte contre l’occupant, l’un à l’échelon parisien (« l’affaire du Bourget »), l’autre au niveau national (la capitulation de Metz) qui vont provoquer le soulèvement du 31 Octobre.


Épisode 4 : le soulèvement du 31 Octobre 1870

Donc, fin Octobre, deux évènements vont provoquer le soulèvement. Et là, il s’agit d’un soulèvement : ce n’est plus seulement une manifestation ou une démonstration de force, le début d’une insurrection qui mettre en cause l’existence même du gouvernement.

Le 28 Octobre, des francs-tireurs parisiens ont fait une sortie et ont réussi temporairement à s’emparer du Bourget, une commune à quelques kilomètres de Paris. Face à la contre-attaque allemande, ils espèrent que le gouvernement de défense nationale va organiser une sortie massive pour leur permettre de tenir le Bourget. En fait, ce ne sera absolument pas le cas. Et le résultat sera la reprise du Bourget par les Allemands et la mort d’un millier de combattants parisiens. Donc, l’accusation qui monte contre le gouvernement est d’être responsable de la défaite, cette défaite-là. Au même moment, le gouvernement dément les rumeurs selon lesquelles l’armée française dirigée par le Maréchal Bazaine aurait capitulé à Metz, une place forte encore tenue par l’armée française. De fait, ce n’est pas une rumeur… mais un fait que le gouvernement va être obligé de reconnaître le lendemain. Au même moment, le gouvernement envoie Thiers à Versailles, vraisemblablement pour négocier un armistice avec Bismarck. De quoi nourrir encore les accusations populaires de trahison…

C’est tout cela qui est à l’origine de la manifestation, puis du soulèvement, du 31 Octobre. Ce jour-là, petit à petit, la foule parisienne mécontente - cette foule comprend des éléments de la garde nationale – se rassemble devant l’Hôtel de ville. Selon les historiens de l’époque, beaucoup viennent des quartiers populaires de l’Est parisien. Comme on va le voir, il s’agit d’une réaction spontanée sans véritable préparation ni objectif décidé à l’avance. Progressivement, plusieurs vagues de manifestants vont envahir l’Hôtel de ville, qui est alors le siège du gouvernement, l’occuper et, au passage, séquestrer des membres du gouvernement qui sont présents, comme Jules Ferry, Jules Favre ou encore le général Trochu, responsable de l’armement militaire.

Les insurgés se réunissent alors dans la plus grande pagaille, dans les différentes salles où ils vont exprimer des revendications différentes et proposer des listes de noms, des listes variées pour différentes fonctions possibles, sans qu’il y ait accord ni sur les listes de noms, ni sur ce que doivent être les responsabilités de ces personnalités que l’on désigne. Pour les uns , il s’agit d’organiser été de mettre en place une commission qui devra organiser rapidement des élections municipales à Paris. Pour d’autres, c’est de la formation d’un gouvernement dont il s’agit. Un gouvernement qui devrait remplacer le gouvernement actuel, dont une partie des manifestants proclame la déchéance. Et enfin, d’autres encore - c’est une référence à la Révolution française – parlent de la mise en place d’un comité de Salut public.

Dans l’Hôtel de ville en ébullition, il y a à la fois une très grande énergie révolutionnaire – c’est donc très différent du 8 Octobre – il y a beaucoup de monde qui participe à l’action et, en même temps, une énorme désorganisation, une absence complète de direction du processus. Pendant ce temps, les partisans du gouvernement ne restent pas inertes et, en pratique,  organisent la contre-offensive pour rétablir son pouvoir.

Pour décrire la fin de cette journée, laissons la parole à Lissagaray, le grand historien de la Commune qui décrit ainsi l’ébullition : « On se perd dans un dédale d’imbroglios. Chaque salle a son gouvernement, ses orateurs. Si noire est la tourmente que, vers 8 heures, des gardes nationaux réactionnaires peuvent sous le nez d’une foule monstre enlever Trochu et Ferry (pour les libérer). D’autres, à côté, emportent Blanqui que des francs-tireurs libèrent immédiatement ».  Dans le cabinet du Maire, Arago et ses adjoints convoquent pour le lendemain les électeurs, vers 10 heures. Leur affiche – qui annoncent les élections – est placardée dans Paris. La plupart des bataillons pour la Commune, c’est-à-dire ceux qui sont favorable à la Commune, croyant les élections gagnées, regagnent leurs quartiers.

Jules Ferry – qui a été libéré par d’autres gardes – a mis sa liberté à profit : il a réuni quelques bataillons, essentiellement un bataillon de bretons qui ne comprennent pas le français. A trois heures du matin, le bataillon breton déboule sur l’Hôtel de ville. En gros, c’est la fin de la journée : les derniers ministres encore retenus sont libérés ; les derniers insurgés présents sont dispersés. Lissagaray conclut ainsi le récit de cette journée : « Ainsi s’évanouir en fumée une journée qui aurait pu revivifier la défense. L’incohérence des hommes d’avant-garde (ndlr : les hommes d’avant-garde sont ceux qui ont été à l’origine de l’occupation de l’Hôtel de ville) refusent au gouvernement sa virginité de Septembre. Il exploita cette nuit même, arracha les affiches (ndlr : les affichent qui convoquaient les aux élections pour le lendemain) et accorda les élections municipales pour le 5 novembre, mais les fît payer d’un plébiscite ».

Alors, malgré les promesses qui avaient été faites à la fin de la journée, le gouvernement fait arrêter une dizaine des animateurs des courants révolutionnaires et radicaux. Auguste Blanqui et Gustave Flourens échappent à l’arrestation, mais sont contraints de passer à la clandestinité. Le résultat de cette mobilisation est quand même l’organisation d’un référendum-plébiscite et d’élections. Cela suggère un constat, dont la portée dépasse cette journée d’Octobre 1870 : troquer un rapport de force acquis lors d’un grand moment de mobilisation populaire contre le retour au terrain électoral, en espérant traduire sur ce terrain le rapport de force s’avère un choix extrêmement aléatoire. D’autant que la première échéance est un référendum où c’est le gouvernement qui organise le scrutin et qui choisit la question.

Que va donner ce scrutin ? Venant après la journée du 31 Octobre et l’échec de cette journée, il va sanctionner un reflux. Un reflux certes temporaire, mais indéniablement un reflux du mouvement populaire. La question posée a le mérite de la simplicité : « la population de Paris maintient-elle OUI ou NON les voix du gouvernement de défense nationale ? ». C’est la logique à peu près immuable de tous les plébiscites : moi ou le chaos, le statut quo ou l’aventure. Or ce qu’a montré la journée du 31 Octobre est que la gauche populaire, celle qui veut pousser le mouvement le plus loin possible, a bénéficié d’une dynamique, qui a des capacités de mobilisation non négligeables. Mais cette journée a aussi mis en valeur la dispersion de cette gauche-là, son haut niveau d’improvisation et de désorganisation, son absence de projet et de stratégie bien définie.

Donc, dans ce contexte, le résultat de la consultation qui a finalement lieu le 3 novembre est sans appel : le « OUI » - donc le « Oui » au gouvernement – recueille 321373 suffrages contre 53.584 pour le « NON ». Le scrutin a donc conforté l’autorité du gouvernement de défense nationale et, parallèlement, mis en évidence un certain isolement des révolutionnaires. Quelques jours après, du 5 au 8 Novembre sont organisées les élections municipales parisiennes. Pour les révolutionnaires et le secteur radical du mouvement populaire, les résultats sont meilleurs que ceux du plébiscite. Et pourtant, les deux scrutins se déroulent à quelques jours d’intervalle… Deux arrondissements, le XIX° et le XX° – toujours dans l‘Est parisien – ont élu des municipalités qui sont dirigées par des révolutionnaires. Trois autres arrondissements – les III°, le XI° et le XVIII° ont élu des municipalités dirigées par des républicains radicaux, partisans de la résistance à l’occupation étrangère. Donc beaucoup plus radicaux que le gouvernement central.

Il y a donc globalement le sentiment d’une occasion manquée et une forte déception collective. Mais il y a aussi quelques éléments qui laissent penser qu’un rebond du mouvement populaire est possible…


Épisode 5 : les évènements de janvier 1871

Donc, après l’échec du soulèvement populaire du 31 Octobre, le référendum de début Novembre a conforté le gouvernement. La période suivante qui va de début novembre à mi-janvier est relativement atone, sans évènement spectaculaire. Paris est assiégé, la situation est bloquée. En réalité le gouvernement dit de « défense nationale » voudrait bien négocier avec les Prussiens. Du moins dans sa majorité car, simultanément, il craint les réactions populaires à Paris. En effet, à chaque fois que l’occasion s’est présentée, les Parisiens ont manifesté leur volonté de continuer la lutte jusqu’au bout.

Donc pas d’évènement spectaculaire, mais dans les quartiers parisiens, l’heure est plutôt à la création de clubs politiques, à l’approfondissement des projets et, notamment, du projet de Commune. C’est une idée qui est de plus en plus fréquemment évoquée, à la fis comme une référence à la « Grande Révolution » et, d’autre part, comme une solution aux problèmes de l’heure. Bien sûr, il existe des opinions extrêmement différentes sur ce que devrait être la Commune, sur sa composition et les mesures qu’elle devrait prendre.

Il est intéressant de regarder ce qui se dit à la base, dans les quartiers parisiens. Prenons quelques exemples. Dans le XV° arrondissement, le comité de vigilance affirme : « comme le gouvernement ne sait pas prendre les mesures énergiques qui doivent sauver la France, il faut lui adjoindre des hommes capables de le faire et, donc, élire la Commune ». Au club du passage Raoul, un autre club politique, un citoyen propose « d’exiger la Commune » ainsi que « l’incarcération de tous les fonctionnaires de l’Empire, la révocation de la Préfecture de police et de l’ancienne magistrature en l’envoi en Province de commissaires chargés de réorganiser l’armée ». A Belleville, le club de la rue de Paris a une autre conception encore : « La Commune sera composée de 200 membres pis parmi les révolutionnaires éminents et les socialistes connus pour leur dévouement à la République et pour les services qu’ils auront rendus à la cause du peuple ». Et il ajoute : « ils devront accepter le programme des réunions publiques et un mandat impératif ; ils seront sans cesse révocables ». Mandat impératif et révocation des élus sont des thèmes qui vont effectivement prospérer pendant la Commune.

Rue Lantier, on évoque aussi la Province à travers cette réflexion : « quand nous aurons la Commune de Paris et un diminutif de cette Commune dans les autres villes et villages, alors nous aurons véritablement la République ». Au club Favier, autre définition : « la Commune, c’est le droit du peuple, le rationnement égal, la levée en masse et la punition des traîtres ». Dans le XV° arrondissement, il y a un comité républicain qui, lui, se penche sur la composition de la Commune et ses élus : « Les élus de la Commune doivent avant tout sortir des entrailles du peuple. Assez d’avocats, de journalistes, assez de poètes et de rêveurs ! Il faut une bonne fois que les travailleurs, ceux qui connaissent la vie toutes les misères et les souffrances arrivent à la Commune ».

Au club de la Reine blanche, on se pose le problème des rapports avec l’armée : « La Commune nous débarrassera de la dictature militaire. Elle divisera le commandement entre plusieurs généraux et derrière chacun d’eux, elle placera un commissaire de la République chargé de lui brûler la cervelle en cas de trahison ». Il existe aussi des réflexions sur l’économie. Par exemple, lors d’une réunion à l’Élysée-Montmartre, il y a cette réflexion : « La Commune comme tous les gouvernements du monde aura besoin d’argent. Mais il lui en faudra moins qu’aux autres parce qu’elle aura soin de décréter l’égalité des appointements et des salaires. Mais encore lui en faudra-t-il. Où le prendra-t-elle ? D’abord dans les églises où abondent les ornements d’or et d’argent dont elle fera de la monnaie. Elle confisquera les biens du clergé, des congrégations religieuses, des bonapartistes et des fuyards. Avec le fruit de ces différentes confiscations, elle nourrira le peuple, elle commanditera des associations ouvrières qui remplaceront les patrons, les grandes compagnies et, en particulier, les compagnies de chemin de fer dont elle congédiera les actionnaires, les administrateurs et les autres parasites ».

Donc, on le voit : dans ce calme relatif qui s’est imposé à la fin de l’année 1870, il y a bien une véritable ébullition idéologique et politique. Et bien des idées qui vont ensuite nourrir l’action de la Commune sont en train d’émerger en écho à ce bouillonnement politique. L’Internationale – en fait, l’Association internationale des travailleurs, qui regroupe le courant socialiste, communiste, révolutionnaire du mouvement – publie une longue déclaration dans laquelle elle développe l’ensemble des revendications et propositions notamment en matière de contenu social de mesures à prendre. Cette déclaration se conclut ainsi : « l’avènement de la République est un leurre s’il n’est pas aussi celui de la justice. Nous voulons enfin la terre aux paysans qui la cultivent, la mine aux mineurs qui l’exploitent, l’usine à l’ouvrier qui la fait prospérer. Vive la République universelle, démocratique et sociale ».

Point d’orgue de cette période d’agitation : le 6 janvier 1871, est placardée dans Paris une déclaration qui vient des délégués des vingt arrondissements qui, on l’a vu, constituent la partie la plus radicale et le début d’organisation du mouvement. Cette déclaration est connue par les historiens sous le terme de « deuxième affiche rouge ». L’écrivain Jules Vallès a participé à sa rédaction. C’est une dénonciation féroce de la politique menée par le gouvernement. La fin de la déclaration est explicite : « Si les hommes de l’Hôtel de ville ont encore quelque patriotisme, leur devoir est de se retirer, de laisser le peuple de Paris prendre lui-même soin de sa délivrance. Place à la Commune ! Place au peuple ! »

Cette dénonciation est une sorte d’annonce de la Commune, mais elle n’aura pas de conséquence immédiate. Au-delà de tous ces évènements et de ce bouillonnement idéologique, un élément surdétermine toute la situation : le siège entrepris par les Prussiens, qui bombardent Paris. Il y a des soties de troupes et des affrontements sporadiques se produisent mais sans grands résultats sinon, à chaque fois, des morts. Progressivement, les effets du siège se font sentir, notamment en ce qui concerne la nourriture. Lissagaray, l’historien de la Commune déjà cité, décrit la situation en ces termes : « La faim piquait plus dur, d’heure en heure. La viande de cheval devenait une délicatesse. On dévorait les chiens, les chats et les rats. Les ménagères, au froid et dans la boue du dégel, guettaient des heures entières une ration de naufragé ».

Comme la situation quotidienne s’aggrave et qu’elle apparaît sans issue, la demande d’une offensive pour briser le siège commence à monter en puissance parmi la population parisienne, notamment au sein de la Garde nationale qui est une troupe très intégrée à la population. Le gouvernement, lui, est hostile à cette idée d’offensive. Il estime même que « la Garde nationale ne sera satisfaite que lorsqu’il y aura 10.000 gardes nationaux par terre ». Néanmoins, pour calmer les Parisiens, il déclenche une attaque, le 19 janvier. Dans un premier temps, cela contribue effectivement à desserrer l’étau autour de Paris, essentiellement grâce à l’action des membres de la Garde nationale. Et puis, les généraux décident le repli.

Lissagaray raconte comment cela se passe et comment cela est ressenti : « les généraux qui avaient à peine daigné communiquer avec la Garde nationale déclarèrent qu’elle ne supporterait pas une seconde nuit ». Trochu (ndlr : le dirigeant militaire de Paris) fit évacuer Montretout (ndlr : la colline surplombant Saint-Cloud) et toutes les positions conquises. Des bataillons qui revenaient criaient de rage. Tous comprirent qu’on les avait fait sortir pour les sacrifier ».

Après cet échec qui a fait quand même plusieurs milliers de morts, les rumeurs d’armistice et de capitulation se précisent. C’est dans ces circonstances que le 22 janvier se déroule une manifestation, place de l’Hôtel de ville, pour dénoncer le gouvernement et s’opposer à la capitulation. En pratique, la manifestation prend assez vite un tour insurrectionnel : une partie importante des manifestants est constituée de gardes nationaux qui sont venus avec leurs armes. Des échanges de coups de feu se produisent, puis les gendarmes et les bataillons de l’armée régulière dispersent le rassemblement. Une trentaine de manifestants sont tués. Une vingtaine sont arrêtés. Ils échappent de peu à l’exécution sommaire, mais sont destinés à comparaître devant des tribunaux militaires. Le gouvernement procède à une vague d’arrestations dans les milieux républicains et révolutionnaires. Il décide la fermeture des clubs et l’interdiction de certains journaux comme « Le Réveil » et « Le Combat », qui sont des publications de la mouvance républicaine.

Les évènements s’enchaînent alors assez rapidement. Le 26 janvier, les Prussiens arrêtent le bombardement de Paris. Le 28 janvier, un armistice est annoncé et, dès le lendemain, c’est la capitulation. Les conditions de cette capitulation sont absolument draconiennes : les forteresses qui protègent Paris seront désarmées ; toute l’armée – c’est-à-dire l’armée régulière, pas la Garde nationale - est considérée comme prisonnière. Paris doit payer 200 millions sous quinze jours. Une nouvelle Assemblée nationale doit être élue, également sous quinze jours.

Pourquoi cette obligation d’élire une nouvelle Assemblée nationale ? C’est parce que le gouvernement français n’est pas issu d’une élection : il s’est auto-désigné le soir du 4 septembre 1870, au moment de la proclamation de la République. Quant au Parlement, il a été élu sous l’Empire et sa majorité ne correspond plus à la réalité de l’opinion. De plus, l’Empire est un régime qui a désormais été aboli. Il s’agit donc de constituer une autorité politique qui ait une légitimité suffisante afin de pourvoir entériner la capitulation. Les élections législatives sont fixées au 8 février.

Il faut cependant noter que si l’armée est prisonnière, ce n’est pas le cas de la Garde nationale. Celle-ci a même été autorisée à conserver ses armes.

C’est là élément qui va jouer un grand rôle par la suite.


Épisode 6 : les évènements de février 1871

Parmi les conditions d’armistice et de capitulation, figure l’organisation d’élections pour désigner un nouveau parlement. L’élection va se dérouler le 8 février. A Paris ce que l’on peut appeler la gauche du mouvement, la gauche ouvrière et sociale – l’Association internationale des travailleurs, les chambres fédérales des sociétés ouvrières qui sont des organisations de type syndical, le Comité central républicain des vingt arrondissements – se rassemble et publie un manifeste commun pour soutenir ce que ces organisations appellent « des candidats présentés au nom d’un monde nouveau par le parti des déshérités ». Ce Manifeste précise : « Ces candidatures socialistes révolutionnaires signifient dénégation à qui que ce soit de mettre la République en discussion, affirmation de la nécessité de l’avènement politique des travailleurs, chute de l’oligarchie gouvernementale et de la féodalité industrielle, organisation d’une République qui rendant aux ouvriers leur instrument de travail comme celle de 1792 rendit la terre aux paysans, réalisera la liberté politique par l’égalité sociale ».

Le résultat de l’élection n’est pas exactement à la hauteur des espérances. Quatre députés socialistes révolutionnaires sont élus, dont Guiseppe Garibaldi, un vieux révolutionnaire italien qui n’était même pas candidat. Mais, ce ne sont que 4 députés sur 43 à Paris, même s’il y a aussi des députés républicains élus à Paris. Mais l’élément le plus spectaculaire est évidemment le résultat national, lequel illustre le décalage voire la coupure qui existent entre Paris et la Province. Même s’il vrai que, par la suite, il y aura des Communes dans des villes de Province, l’isolement de Paris va peser très lourd, y compris sur la fin tragique de la Commune de Paris.

Au total, sur 750 députés élus, on dénombre 450 monarchistes, sans compter de nombreux bonapartistes. Autant dire que la France rurale et conservatrice vient de désigner une assemblée particulièrement réactionnaire, totalement aux antipodes de l’effervescence révolutionnaire que l’on a connue à Paris.

Paris est assiégé, mais ce n’est sûrement pas la principale raison pour laquelle l’assemblée qui vient d’être élue ne va pas siéger à Paris… mais à Bordeaux. C’est-à-dire loin, le plus loin possible du Paris populaire et ouvrier. Les députés parisiens, socialistes révolutionnaires ou républicains, doivent donc se rendre à Bordeaux pour siéger. L’historien de la Commune, P-O Lissagaray décrit ainsi l’accueil fait aux malheureux députés parisiens : «  quand les échappés de Paris, frémissant encore de patriotisme, les yeux caves mais brillants de foi républicaine, arrivèrent au Grand Théâtre de Bordeaux où l’assemblée se réunit, ils trouvèrent devant eux quarante années de haine affamée, notoriétés des bourgs, châtelains obtus, mousquetaires écervelés, dandys cléricaux, tout un monde insoupçonnés de villes rangées en bataille contre Paris. Paris l’athée, la révolutionnaire qui avait fait trois républiques et bousculé tant de dieux ».

Immédiatement, un premier incident se produit, qui en dit long sur l’ambiance. G. Garibaldi qui porte sa légendaire chemise rouge se lève. Il a simplement l’intention d’annoncer qu’il est certes très honoré du vote des électeurs parisiens qui l’ont élu mais qu’il n’était pas candidat et qu’il ne compte pas siéger à l’assemblée. Avant même d’avoir pu prendre la parole, Garibaldi est insulté ; les hurlements de la majorité réactionnaire couvrent sa voix. Pour protester contre ce traitement Victor Hugo, qui a lui-même élu député à Paris comme républicain modéré, démissionne.

Le 19 février, un nouveau gouvernement est formé, avec Adolphe Thiers à sa tête. Paris est en butte à l’hostilité de la nouvelle assemblée et du nouveau gouvernement. Une autre menace se précise : l’entrée des Prussiens qui entendent marquer le rapport de force et défiler dans Paris. C’est alors que se produit l’évènement fondateur qui, comme souvent dans l’histoire des révolutions, est un évènement totalement imprévu. Jusqu’alors le mouvement populaire a été puissant mais sans direction. En parallèle, il existe des groupes et des sensibilités politiques qui cherchent à donner une représentation et une direction au mouvement : les blanquistes qui sont à l’affût de toute occasion de « prise du pouvoir », l’Association internationale des travailleurs, qui cherche à donner un contenu revendicatif de classe, le Comité central républicain des vingt arrondissements, né des aspirations à la liberté communale pour Paris. Mais ce processus ne débouche pas.

Finalement, l’issue politique va venir de là où ne l’attend pas, c’est-à-dire de la Garde nationale. A la mi-Février, une idée commence à émerger au sein des bataillons de la Garde nationale : donner une organisation de représentation à la Garde nationale, qui de fait constitue le seul cadre existant où se regroupent tous ceux qui veulent poursuivre la lutte et, de fait, mener le mouvement populaire le plus loin possible. Le 15 février, à la salle du Vauxhall, rue de la Douane, une réunion débouche sur la conclusion suivante : il faut fédérer les bataillons. Fédérer est un terme à retenir : le Mur des Fédérés, etc. C’est le terme sous lequel vont ensuite être désignés les Communards : les « Fédérés ».  La matérialisation de cette idée sera la création d’une structure : le Comité central de la Garde nationale. La Garde nationale est alors organisée sur une base géographique, par quartiers et par arrondissements. Lors de cette réunion, il y a déjà 18 arrondissements sur 20 qui sont présents. Chaque arrondissement a désigné un représentant qui va siéger dans une commission chargée de rédiger des statuts, les nouveaux statuts de la Fédération de la Garde nationale.

Le 24 Février, nouvelle réunion dans la même salle. Cette fois-ci, il y a 2.000 participants. L’assemblée évoque à nouveau l’élection d’un Comité central de la Garde nationale, sans véritablement aboutir. Par contre, elle adopte plusieurs résolutions. La première, très importante, est l’affirmation que « la Garde nationale ne reconnaît pour chefs que ceux qu’elle a élus. » La seconde est qu’elle promet « de résister au besoin par les armes à toute tentative qui serait faite pour la désarmer ». A l’issue de cette réunion, la foule se rassemble dans un autre lieu symbolique de l’histoire révolutionnaire de Paris : la place de la Bastille. Pour la première fois depuis 1848, le drapeau rouge fait son apparition.

Deux jours plus tard, le 26 février, nouvelle manifestation pour éviter que les canons qui appartiennent à la Garde nationale ne soient livrés aux Prussiens par le gouvernement. La Garde nationale les transporte en un certain nombre d’endroits qui sont les bastions du Paris populaire, le Paris des quartiers de l’Est et du Nord : Montmartre, La Villette, Belleville, la place des Vosges, etc. Le gouvernement envoie des régiments de l’armée régulière pour disperser les manifestants et empêcher que la Garde nationale ne conserve les canons. Mais, assez vite, les soldats fraternisent avec la foule. La prison Sainte-Pélagie est prise d’assaut et l’ensemble des prisonniers politiques sont libérés. Alors qu’il est toujours prévu que les Prussiens défilent dans Paris, ce sont 40.000 hommes de la Garde nationale en armes qui remontent les Champs-Élysées, ce qui constitue une véritable démonstration de force. Cela provoque des discussions au sein des comités et des assemblées sur la possibilité de s’opposer par la force à l’entrée des troupes allemandes. Finalement, cela ne se produira pas, car cela aurait évidemment provoqué un massacre. La décision est prise de se retrancher dans les quartiers de l’Est parisien et de ne pas empêcher l’entrée des Prussiens dans la partie Ouest de Paris. Les Prussiens entrent dans Paris le 1er Mars.

Le 3 mars, nouvelle réunion au Vauxhall : 200 bataillons de la Garde nationale sont représentés. Les statuts sont adoptés et un Comité central provisoire de la Garde nationale est constitué sur la base de 3 représentants par arrondissement, sans distinction de grade, ce qui est évidemment très important. Comme des rumeurs persistantes font état d’un projet de réunir durablement l’assemblée nationale ailleurs qu’à Paris, la réunion affirme que « le département de la Seine se constituera en République indépendante » au cas où l’Assemblée « décapitaliserait » Paris. Durant toute cette période, la presse de Province mène une campagne intense contre Paris et décrit la capitale comme livrée aux pilleurs et aux incendiaires.

Adolphe Thiers et son gouvernement décident alors de nommer comme général de la Garde nationale un général particulièrement brutal et réactionnaire, Daurel de Baladine. Sitôt nommé, celui-ci entend purger la Garde nationale de ses éléments subversifs. Il convoque donc les chefs de bataillon. Sur 260 chefs de bataillon, seulement une trentaine se rend à la convocation. De son côté, le Comité central de la Garde nationale appelle les citoyens à organiser des « cercles » ou des « comités » dans chaque bataillon et à désigner des représentants au Comité central

Pendant ce temps, à Paris, la situation économique et sociale se dégrade considérablement, d’autant que le 10 mars, l’Assemblée nationale vote la fin du moratoire des dettes, des loyers et des effets de commerce. La conséquence est immédiate : ceux qui ont emprunté pour survivre ne peuvent pas rembourser ; ceux qui ne peuvent pas payer leur loyer sont désormais menacés d’être expulsés et jetés à la rue. Thiers vient de réaliser l’unité de toutes les fractions réactionnaires : ceux qui veulent réinstaurer la monarchie - ou l’Empire - mais ne sont pas d’accord sur le candidat monarque. Cet accord est désigné comme le « Pacte de Bordeaux » ; fondé sur une idée simple : il faut d’abord régler la situation parisienne ; après on verra pour ce qui est du rétablissement de la monarchie.

L’Assemblée décide de ne pas revenir à Paris et de s’installer à Versailles. Le gouvernement suspend des journaux républicains tels que « Le Cri du peuple », « Le mot d’ordre », « Le Père Duchesne », « Le Vengeur ». Il ne s’agit pas de petits journaux confidentiels. Comme le précise Lissagaray, ce sont des journaux populaires dont certains tirent à plus de 200.000 exemplaires. Enfin est annoncée la condamnation à mort de plusieurs révolutionnaires, dont Auguste Blanqui et Gustave Flourens. Ce sont autant de préparatifs pour une confrontation, une épreuve de force.

Cette épreuve de force va se produire le 18 mars, à propos du contrôle des canons de la Garde nationale. C’est le début de la Commune de Paris.

 

(à suivre...)

Type:  Article Jeudi, 18 Mars, 2021 - 12:08 Politique
François Calaret

Contre les violences policières et contre le racisme

4 semaines 1 jour ago

A l'occasion de la Journée Internationale contre les violences policières (15 mars) et de la Journée Internationale contre le racisme (21 mars)

Le 20 mars on manifeste pour :

La liberté de circulation et d’installation. La régularisation des sans-papiers.

La protection automatique, dès leur arrivée, des jeunes étranger-ère-s isolé-e-s

La fermeture des centres de rétention.

L’égalité des droits pour touTes dans tous les domaines (travail, logement, santé, éducation…).

Le droit de vote des étrangerEs.

La fin des contrôles au faciès et des violences policières.

Vérité et Justice pour les familles de victimes. Abrogation de la loi sécurité globale.

L’abrogation de la loi séparatisme.

La fin des discours stigmatisants.

(Texte complet de l'appel : https://blogs.mediapart.fr/marche-des-solidarites/blog/090321/20-mars-et...)

A l'appel des Collectifs de Sans-Papiers et de Demandeurs et Demandeuses de Papiers et des Collectifs de victimes et de familles de victimes des violences policières :

Assemblée des Blessés,

Collectif amiénois des sans-papiers,

Collectif des Immigrants en France,

CDP 13, CDP 38,

Collectif des Baras du 138 Montreuil,

Collectif des couturiers sans-papiers de la Goutte d'Or,

Collectif de défense des étudiants sans papiers 31,

CISPM,

Collectif ensemble Marseille,

Collectif justice et vérité pour Babacar Gueye,

Collectif Pour l’Avenir des Foyers,

Collectif Schaeffer d’Aubervilliers,

Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri,

Collectif Vies Volées,

Comité Vérité et Justice 31,

Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng,

CSP 17-St Just, CSP 31, CSP 35, CSP 69, CSP 75, CSP 93, CSP 95,

CSPA Strasbourg, CSP Kabyle, CSP Montreuil, CSP Paris 20,

Droits devant !!,

CTSP Vitry,

Ensemble pour notre régularisation et intégration,

Intégration 21,

Migrant-e-s soyez Régularisé-e-s,

Réseau d'Entraide Vérité et Justice,

Et de,

20e Solidaire avec tou.TE.s les migrant.E.s,

Act For Ref,

ActionAid France,

ACDR,

ACTIT,

ADTF,

AERéSP28,

AHSETI Le Havre,

AMDH Paris/IDF,

AMF,

ANC,

Allamma internationale,

Amoureux au Ban Public de Lyon,

ASIAD,

ASMIE - solidarité mineurs isolés,

ASTI de Petit-Quevilly, ASTI Romans – Drôme,

ATMF,

ATTAC (France), ATTAC19/20-Paris, ATTAC Flandre, ATTAC Rennes, ATTAC Strasbourg,

Aude Réfugiés Solidarité,

Autres Brésils,

Bagagérue,

BDS France-Marseille, BDS France-Montpellier,

Bouge Toit,

Brigade de Solidarité Populaire de Montreuil-Bagnolet

CADM 70,

CADTM France,

CAPJPO-Europalestine,

CASP,

CDDLE,

CEDETIM / IPAM,

CGT AHS FC, CGT ÉNERGIE PARIS, CGT Société de Restauration du Musée du Louvre,

Chaîne Humaine contre les haines,

CIBELE,

CISEM 38,

CIVCR,

CNT,

Collectif Chabatz d'entrar de la Haute-Vienne,

Collectif des écoles de Marseille,

Collectif de soutien de l’EHESS aux sans-papiers et aux migrant-es,

Collectif Ganges Solidarités,

Collectif Justice & Libertés (Bas-Rhin),

Collectif Migrants 83,

Collectif MigrantEs Bienvenue 34,

Collectif Poitevin D'ailleurs Nous Sommes d'Ici,

Collectif Réfugiés du Vaucluse,

Collectif Ripostons Dunkerque,

Collectif sénonais de soutien aux migrants,

COMICO (Collectif Migrant Comminges),

Comité d'Organisation du 10 Mai,

Comité immigration de Génération.s, Convivances,

Coordination Action Autonome Noire,

Coordination nationale Pas sans Nous,

CORENS,

CRID,

CRLDHT,

D’ailleurs Nous Sommes d’Ici 67,

DAL,

Décoloniser les arts,

DIEL,

Dom/Asile

Éducation.World 86,

EELV Paris,

Egalité Toulouse Mirail,

ELAFF,

Emancipation Collective,

Emancipation tendance intersyndicale,

ENSEMBLE!,

Etats Généraux des Migrations,

Extinction Rebellion Ardèche,

FASTI,

Femmes Egalité,

Femmes en lutte 93,

Femmes Plurielles,

FI 06,

Fondation Danielle Mitterrand,

Fondation Frantz Fanon,

FTCR,

FUIQP,

GAS,

GISTI,

GT Migrants FI Rennes,

Human Rights Observers/HRO,

ICARE 05,

InFLEchir,

Jeune Garde Paris,

La Cabane Juridique (Calais),

La Cimade Ile de France,

La Révolution est En Marche,

L'Auberge des Migrants,

L'aubière deThorigné-Fouillard,

LDH Istres ouest Provence, LDH Mâcon, LDH Nancy, LDH PACA, LDH Yonne-Nord,

Le Café Citoyens d'Avignon,

Le Cercle des Voisins du CRA de Cornebarrieu,

Le paria,

Lyon Insurrection,

MAN Lyon,

Maquis Montreuil (CNNR),

MDP,

MIDAF,

Montreuil Rebelle,

Mouvement Utopia,

MRAP Vaucluse,

Nogozon,

Nouvelle Jungle Lille,

NPA,

Palestine 13 (AFPS),

Paris d’Exil,

Pas d'enfant à la rue à Valence,

PCF Rennes Métropole,

PCOF,

PEPS,

PRCF,

Rash Tolosa / AIM Toulouse,

Réseau Foi & Justice Afrique Europe,

Revue d'Etudes Décoloniales,

RESF 82, RESF bassin minier 71, RESF Castres, RESF Tournon 07,

Romeurope du Val Maubuée,

Rosmerta d’Avignon,

RUSF 38, RUSF 51, RUSF Paris 8,

Sang pour Sans,

Solidaires 35, Solidaires 89, Solidaires 94, Solidaires Alsace, Solidaires étudiant-e-s, Solidarités Asie France,

Sous le même ciel,

Soutien ô Sans papiers,

Stop Précarité,

SUD 89, SUD Éducation 35, Sud Industrie Francilien, Sud protection sociale 93,

Survie,

Terre d'Ancrages, T

Toulouse Anti-CRA,

Tous migrants,

Turbulences Marne-La-Vallée,

UCL,

UJFP,

UL CGT Paris 18,

Union syndicale Solidaires,

Un Toit c'est Un Droit,

UTAC,

Utopia 56 Paris,

Vivons Ensemble,

Voies Libres Drôme,

Voisins solidaires de Versailles,

ZSP18,

Type:  Article Mardi, 16 Mars, 2021 - 13:04 Droits - libertés
François Calaret

En défense des libertés

4 semaines 1 jour ago

À l’appel des groupes parlementaires de la France insoumise, une réunion a été proposée à tous les partis et toutes les organisations politiques de gauche et écologiques pour examiner, ensemble, les conditions d’une expression commune voir d’initiatives. Tout en regrettant le refus de plusieurs partis de s’associer à cette réunion unitaire et pour d’autres de s’associer à une déclaration commune, un certain nombre d’organisations présentes, jugeant essentiel de s’opposer en commun à la dérive de l’exécutif, ont tenu à aller jusqu’au bout de la démarche.

La chasse aux sorcières annoncée par la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation à l’encontre des enseignant-e-s, chercheuse-re-s, étudiant-e-s qui « gangrèneraient » l’université par leur islamo-gauchisme marque un cran de plus dans la dérive droitière, autoritaire, et liberticide du gouvernement et sa complaisance à l’égard des propagandes racistes. Les accusations infondées de la ministre ont déclenché des réactions d’ampleur dans le monde de l’université et de la recherche, en France et à l’étranger. Après tant d’autres, ce sont dorénavant les libertés académiques qui sont mises en cause au nom d’une chimère inventée par l’ultra-droite.

Ensemble, nous disons que l’insupportable est atteint. Emmanuel Macron et son gouvernement se placent ainsi dans les pas de Donald Trump qui, en juillet dernier, s’en prenait à l’enseignement « antipatriotique de l’histoire américaine » dans les universités. Toujours plus libéral et autoritaire, le régime accumule les mesures liberticides, que ce soit par la répression et la criminalisation des mobilisations sociales, la situation d’État d’urgence permanent, ou encore la loi sécurité globale. Ces mesures empruntent en partie au Rassemblement national et ses thèmes identitaires, notamment à travers la loi « séparatisme » et la stigmatisation des musulmans, qui distillent le venin du racisme. Au lieu de le combattre, elles ne font que favoriser sa progression, renforcer les divisions dans la société, et donc le risque majeur de son arrivée au pouvoir.

Chacun séparément nous nous opposons à cette politique. Il est temps de nous rassembler, au delà des clivages partisans, pour dire de notre refus de cette politique qui nous prive chaque jour davantage de nos libertés. Nous voulons aussi le faire ensemble, afin d’œuvrer à la mobilisation citoyenne la plus large possible pour la levée de toutes les mesures liberticides et discriminatoires.

Ensemble, nous soutiendrons et nous proposerons des initiatives en faveur des libertés publiques et contre les discriminations dans les mois à venir.

Ensemble, nous affirmons notre soutien aux collectifs et associations qui militent avec constance dans ce domaine. Ce glissement de l’exécutif interroge bien au delà de nos organisations et suscite largement une réaction de tous ceux qui sont attachés aux libertés individuelles et publiques.

Ensemble, nous commençons donc par affirmer notre soutien aux mobilisations annoncées par la coordination contre la loi sécurité globale :

- Le 16 mars au moment du passage de cette loi devant le Sénat

- Le 20 mars en rejoignant la marche contre les violences policières appelée par les collectifs de familles des victimes

Ensemble, nous affirmons la nécessité d’une grande initiative de rue pour les Libertés, revendicative et festive au printemps. Elle devrait être la plus large possible, réunissant citoyen-ne-s, associations, syndicats, collectifs en lutte, partis, artistes, teufeurs. À cette fin, nous préférerions que la responsabilité de cet appel soit prise par l’actuelle coordination réunissant les associations, syndicats et collectifs œuvrant à la défense des droits de l’homme et des libertés publiques. Nous prenons dans les jours à venir des contacts avec ces organisations afin d’atteindre cet objectif.
Signataires :

La France Insoumise, GDS, Génération.s, Ensemble !, PEPS, NPA, PCOF, PG, POI, UCL

Type:  Article Mardi, 16 Mars, 2021 - 13:03 Droits - libertés
François Calaret

La lettre d'Ensemble ! 3 mars 2021

4 semaines 2 jours ago

FEUILLE ENSEMBLE SPECIALE 8 MARS.

Sommaire :

  •                Pour l’égalité
  •                8 mars : nos luttes changent la vie entière
  •                La lutte des femmes est internationale
  •                Les femmes premières de corvée
Fichier attachéTaille la_lettre_3_mars_2021.pdf729.3 Ko Type:  Article Lundi, 15 Mars, 2021 - 15:38 Le bulletin
TheStyx

Vidal en croisade contre l'islamo-gauchisme

1 mois 1 semaine ago

F. Vidal, ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) a annoncé le 16 février à l'Assemblée Nationale sa volonté que le CNRS mène une enquête sur l'islamogauchisme à l'université. Blanquer avait déjà dit au mois d'octobre que ce que l'on appelait "l'islamogauchisme" faisait des ravages à l'université. Ces propos sont scandaleux à bien des égards :

- la ministre utilise un terme qui n'a rien de scientifique et dont les contours sont mal définis mais qui est largement utilisé par l'extrême droite pour stigmatiser une partie de la communauté scientifique. Non seulement, elle insulte les fonctionnaires dont elle a la charge mais elle le fait en utilisant le vocabulaire de l'extrême droite, ce qui légitime  la montée fascisante à laquelle on assiste.

- la ministre de l'enseignement supérieur se focalise sur des problèmes qui n'existent pas. Il y a des débats parmi les chercheurs.ses autour des questions de genre, de racialisation, d'intersectionnalité,... mais il s'agit de débats scientifiques entre pairs qui n'ont pas besoin d'un arbitrage ministériel. F. Vidal s'immisce dans le débat scientifique et c'est une grave atteinte à la liberté académique.

- au contraire, ces propos détournent des vrais problèmes. En particulier, les étudiants sont encore largement exclus des universités, parfois dans une grande précarité, très inquiets pour leur avenir et la gestion de la situation est déplorable. La Loi de Programmation de la Recherche, qui a été largement rejetée par la communauté, a été promulguée. Elle promet d'augmenter la précarité des personnels ainsi que la difficulté de mener à bien des recherches e toute la liberté, ce qui va encore amplifier les difficultés réelles de l'ESR.

Une pétition demandant la démission de F. Vidal suite à cette sortie a rassemblé plus de 20 000 signataires. L'intersyndicale de l'ESR ainsi par plusieurs collectifs travaillent à continuer à rassembler des signatures et à recentrer le débat sur : la situation dramatique des étudiants, les attaques de la liberté académique, l'augmentation croissante de la précarité dans l'ESR

Le site de la pétition : https://www.wesign.it/fr/science/nous-universitaires-et-chercheurs-demandons-avec-force-la-demission-de-frederique-vidal

Un article d'Acrimed qui résume les réactions médiatiques : https://www.acrimed.org/L-universite-menacee-par-l-islamo-gauchisme-Une

Collectif Ensemble Paris Saclay

Type:  Article Samedi, 6 Mars, 2021 - 09:50 Education
François Calaret

Covid : que faire face à la crise qui se prolonge ?

1 mois 1 semaine ago

Le surgissement de l’épidémie à l’échelle mondiale a provoqué un ébranlement des états et des sociétés qui ouvre la possibilité d’une prise de conscience large que la mondialisation capitaliste conduit à des crises très graves dont les dimensions sanitaires, sociales, écologiques sont étroitement imbriquées. La situation actuelle, avec à la fois l’émergence en un temps record de solutions vaccinales efficaces et l’incapacité du système de production à garantir un approvisionnement universel autorisant une vaccination de masse dans des délais rapides, souligne encore les impasses du capitalisme. La prolongation de la crise est lourde de conséquences sociales et économiques, mais également de risques démocratiques en lien avec la prolongation indéfinie de l’état d’exception. En ce sens, l’épidémie mondiale est une sorte de répétition de ce qui peut se produire de pire, mais aussi une alerte sur l’ampleur des ruptures démocratiques et écologiques, économiques et politiques, qu’il faut imposer pour espérer construire une issue positive à la crise sanitaire actuelle et aux crises multiples du système. En France, le gouvernement néo-libéral et autoritaire de Macron gère la pandémie de manière à la fois opaque et inefficace, antidémocratique et brutale. Sa « gouvernance de la crise », singeant la guerre, mine et lamine le mouvement social et plus largement la société civile. Les promesses incantatoires (« les jours heureux », l’identité française à préserver dans les fêtes, la culture, etc.) combinées à l’inconséquence, à l’incohérence et à l’abandon, provoquent des refus individuels ou collectifs – y compris irrationnels ou complotistes – devant les preuves répétées d’une incapacité de la puissance publique à conduire une politique sanitaire efficace et comprise par la population. La difficulté – engendrée en partie par la peur, mais peut-être surtout par l’état de la société dans cette crise – à mobiliser par des méthodes collectives et solidaires, pèse aussi, malgré des initiatives dans plusieurs secteurs (santé, éducation, luttes contre les licenciements, auto-organisation populaire face à la pauvreté). Dans ce contexte, il faut en appeler à une rupture avec les méthodes autoritaires et cyniques du gouvernement et mobiliser pour une véritable démocratie sanitaire impliquant les collectifs populaires, ainsi que le savoir-faire des salarié.es, des associations, des syndicats.

Imaginer une alternative à la gestion du gouvernement

Dans notre précédente note, consacrée à la vaccination1, nous avions conclu que « face à un gouvernement qui conduit une politique cynique et incompétente, (…) il faut imposer une gestion collective et démocratique de la crise sanitaire et défendre une autre politique de santé et notamment des vaccins considérés comme des biens communs ». Nous défendions en particulier dans ce texte la mise sous licence publique des vaccins dont l’efficacité est démontrée et la réquisition des moyens de les produire pour engager une campagne vaccinale de masse. Cet objectif est désormais porté à travers une pétition nationale très largement signée, notamment par des personnalités engagées du monde de la santé et de la recherche et par des organisations syndicales et associatives2. Le travail autour de cette pétition se poursuit pour faire de cet enjeu un véritable enjeu de masse.

Pour autant il paraît évident qu’à court terme la pandémie va demeurer un risque concret et lourd contre lequel la vaccination ne permet pas à elle seule dans l’immédiat de prémunir la société dans son ensemble. C’est pourquoi, au-delà des seuls enjeux vaccinaux et plus largement thérapeutiques (la mise en œuvre d’un traitement curatif ou préventif) il faut imaginer et défendre une alternative radicale immédiate à la stratégie sanitaire suivie par le pouvoir.

Dans ce cadre on ne peut passer sous silence les dégâts sociaux qu’elle a déjà causé et la surdité totale face à la détresse sociale de nombreux secteurs d’un gouvernement qui a mis en cause « tout ce qui faisait lien ». Que la priorité de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche soit une enquête sur « l’islamo-gauchisme » alors que montent tous les signes de la souffrance et de la détresse du monde étudiant est un fait scandaleux particulièrement significatif de ses priorités… Plus largement, le fait qu’aucune mesure d’urgence économique, spécifiquement à destination des moins de 25 ans qui n’ont pas accès au RSA, n’a été prise, signale la profondeur de son cynisme… De même, en ce qui concerne le secteur de la culture et du spectacle vivant, à côté d’une diffusion en direct d’Aïda sur Arte dans un opéra vide, on cherche en vain les mesures utiles et significatives, qu’il est pourtant possible d’imaginer, permettant à ce secteur de retrouver une activité, au moins partielle.

Des secteurs entiers sont ainsi laissés à eux-mêmes à l’heure où l’on trouve des milliards pour lancer un super porte-avions nucléaire… Un plan massif de soutien social et culturel est l’accompagnement NECESSAIRE à toutes mesures sanitaires.

Pour défendre une autre perspective il faut donc formuler des objectifs positifs qui permettent d’imaginer la rupture avec le cadre actuel – mortifère – de gestion de la crise. Mais pour cela on ne peut pas partir d’une appréciation fausse du risque que nous fait courir la circulation active du virus dans la population. Ainsi lorsque Barbara Stiegler écrit « Devant ce qu’ils appellent l’explosion inquiétante des contaminations et qu’ils devraient plutôt appeler l’augmentation normale et prévisible des porteurs sains (puisqu’elle est inévitable dans toute société où circule un virus et où l’on continue à vivre)»3 elle témoigne, comme d’autres, d’une compréhension lacunaire des enjeux sanitaires de la crise actuelle, qui sous-estime les risques de surmortalité liés à une circulation active du virus, même parmi les porteurs sains. Et qui sous-estime également bien entendu ses implications pour les structures de santé. Or, à raison de plus de 20 000 cas testés quotidiennement et de 400 à 500 morts (plus de 10 000 par mois), et avec la cascade de déprogrammations d’opérations et de reports de soins, après celle du printemps, qui résulte de la tension actuelle sur le système de santé, les implications sanitaires de la situation sont déjà très lourdes. Et cela au-delà même des malades infecté.es par le virus du Sars-COV2, parmi celles et ceux pour qui cette situation entraîne des pertes de chances thérapeutiques… Or, certains variants viraux laissent planer la menace d’une aggravation de cette situation, déjà intenable à moyen terme.

Une telle alternative doit donc partir au contraire d’une mesure exacte du risque et des implications de la situation actuelle pour défendre une démarche orientée par la priorité donnée à la satisfaction des besoins sociaux, centrée sur l’objectif de défendre la société plutôt que les grands groupes capitalistes, pharmaceutiques ou autres.

Objectif « zéro-covid ? »

Que défendre dans ce cadre sur le plan sanitaire ? Le débat actuel, en Europe comme aux Etats-Unis, est marqué par des interventions nombreuses en faveur d’une « stratégie de suppression virale » souvent baptisée « zéro Covid ». C’est le cas par exemple de la tribune publiée le 16 février dernier par le réseau d’universitaires critiques RogueESR dans le quotidien Libération4 et reprise de manière plus nuancée dans une note technique publiée sur le site du réseau le 17 février5.

On doit discuter la stratégie préconisée qui, du moins dans la tribune, privilégie un confinement préalable extrêmement strict comme moyen d’atteindre rapidement une réduction drastique de la circulation virale. L’objectif à atteindre étant fixé à moins de dix nouveaux cas par million et par jour (700 cas/jour contre 20 000 actuellement). Mais il n’en reste pas moins que l’argumentation des signataires en faveur d’une rupture avec la politique sanitaire suivie par le gouvernement représente une contribution utile au débat actuel. En particulier dans leur défense d’investissements massifs dans des moyens humains et matériels autorisant enfin une veille sanitaire efficace et une réduction significative de la circulation virale.

Les signataires proposent ainsi « la généralisation de tests rapides et la mobilisation de 40 à 50 000 enquêteurs de terrain (…) assurant un suivi humain des malades et des cas contacts et mettant en œuvre leur prise en charge et leur isolement ». Ils/elles envisagent « le cas échéant (…) des confinements brefs et localisés [qui] peuvent être mis en place en cas de redémarrage de l’épidémie ». Ils/elles recommandent « l’analyse systématique des eaux usées [qui] permettrait de détecter ces redémarrages très vite (…) ». Le tester-tracer-isoler devrait s’accompagner « d’investissements supplémentaires destinés à sécuriser les lieux publics en les équipant de ventilateurs à filtre HEPA, de flashs UV mais aussi de capteurs de CO2 et de particules fines qui permettent de quantifier précisément le risque dans un lieu donné et donc d’adapter la réponse sanitaire aux caractéristiques de l’endroit ». Enfin, selon les signataires « la stratégie se doit d’être concertée et synchronisée, à l’échelle européenne, afin d’éviter de compromettre les résultats par des réimportations incessantes de virus aux frontières ». Et ils/elles soulignent que « la stratégie d’élimination pose de plus la question du pilotage social de l’appareil productif, dans la mesure où à moyen terme, ces équipements imposeront une production publique continue de masques, de tests, de ventilateurs et de filtres ».

On peut critiquer le détail et souligner peut-être certaines illusions techniques dans la réponse à la crise, il n’en reste pas moins que toutes ces mesures sont articulées explicitement à la volonté de rompre avec les aberrations et incohérences de la politique sanitaire actuelle et de retrouver une vie sociale la plus normale possible. Si elles étaient systématisées et couplées avec une gestion démocratique de la crise, en rupture avec la brutalité inconséquente du gouvernement (les couvre-feux, la fermeture des universités, etc.), elles permettraient en effet de viser une réduction significative de la circulation virale.

Il est évident qu’une telle stratégie n’a de sens que si elle dépasse l’approche strictement technico-médicale, pour prendre en considération toutes les dimensions de la crise. Il est clair également qu’elle peut être nuancée selon les territoires et ne suppose pas nécessairement une mise en œuvre uniforme pour tout le territoire national. Dans ce cadre il faut aussi inventer et promouvoir des solutions reposant sur l’alternance (au travail, à l’école, à l’université, dans les transports…) et l’adaptation cohérente et intelligente des usages aux contraintes imposées par la pandémie. Le livret LFI sur « la société du roulement »6 représente à cet égard une contribution intéressante et importante. Bien entendu cela suppose une révision radicale des préceptes qui ont gouverné la stratégie sanitaire jusqu’ici : centralité de la culture, protection des catégories les plus fragiles (notamment le monde des précaires et des saisonniers) plutôt que des grands groupes qui licencient – et un réarmement complet des services publics : santé et hôpital, éducation, enseignement supérieur et recherche, etc.

Enfin, cela passe par une critique radicale des conditions de décision et de « gouvernance » actuelles : la loi urgence et le désarmement du parlement, la gestion exclusive par l’exécutif à travers un conseil de défense opaque. Sur ce terrain il est temps en effet que se déploie une campagne politique et sociale qui mette la restauration d’un cadre de délibération et de décision démocratique au cœur de la réponse sanitaire.

Défendre un horizon de rupture démocratique face à la gestion cynique et inefficace du gouvernement

Une alternative de cette portée suppose la mobilisation de ressources considérables et une rupture radicale avec le cadre politique de gestion de la crise qui nous a été imposé. Sortir de la paralysie actuelle impose donc de construire un horizon de rupture sur le terrain démocratique autant que sur le terrain matériel.

Des interventions existent qui développent des réflexions et des propositions précieuses dans le sens d’une véritable démocratie sanitaire. Mais elles peinent à s’imposer dans le débat public, comme s’il existait une « omerta » sur la possibilité d’une gestion plus respectueuse de l’implication des populations, à la place de l’obéissance infantile aux injonctions7. Le texte de Barbara Stiegler déjà cité vise juste sur ce terrain : « (…) l’issue dépendra aussi de notre empressement à défendre ou enterrer la démocratie (…) ». Elle suggère « (…) la reconquête des espaces publics et la participation de tous à la science et au savoir. »8

Dans cette direction, il convient d’articuler des mesures démocratiques et des mesures d’éducation populaire et de maîtrise citoyenne des enjeux sanitaires et scientifiques.

Rupture avec le verticalisme et défense de la démocratie :

– Il faut défendre la rupture avec la gestion autoritaire et discrétionnaire de la crise par l’exécutif : dissolution du conseil de défense, réarmement du parlement dans la gestion de la crise, remise en cause du carcan imposé par la loi urgence.

– Quant au conseil scientifique, sa dévolution à l’exécutif doit cesser et sa mission doit être clarifiée en lien avec une restauration du contrôle démocratique sur la gestion de la crise. Dans ce cadre, sa composition doit-être interrogée et régularisée, notamment dans son articulation aux autorités de santé publique. Elle doit mieux intégrer, non seulement les problématiques sociales, mais également les préoccupations logistiques liées à la gestion de la crise et faire une place y compris à des acteurs/actrices compétent.es dans ce domaine, notamment issu.es de la protection civile.

– Bien entendu la restauration d’un cadre de délibération démocratique au sein du parlement, à la hauteur des enjeux de la crise et de la rupture qu’elle suppose, exigerait en réalité un moratoire sur les lois scélérates du gouvernement – Lois séparatisme et sécurité globale, Loi de réforme de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – ainsi que sur les décrets sur l’assurance-chômage. De même qu’un abandon clair du projet de loi Retraite.

Significativement le gouvernement n’a rien proposé depuis mars 2020 pour que les enjeux politiques, sociaux et sanitaires de la situation soient débattus et maîtrisés collectivement, ni avec le parlement et les collectivités territoriales, ni a fortiori avec les syndicats, les associations, les citoyen.nes qui subissent la crise.

Ainsi, la gestion hyper centralisée via les ARS de la vaccination est un exemple de ce qu’il ne fallait pas faire. Un contrôle minimal par des collectifs locaux de sa mise en œuvre au plan des territoires aurait permis d’éviter le scandale des résident.es du XVIe arrdt de Paris vacciné.es en Seine St-Denis au détriment des résident.es prioritaires de ce département. De même, quand il est nécessaire, un confinement accompagné par la distribution à l’échelon local et micro-local, où la connaissance des situations de misère et d’exclusion est la plus fine, des produits et biens essentiels aux individus et populations les plus défavorisées, changerait la donne. Plutôt que des injonctions par en haut à coup de conférences de presse, une gestion plus décentralisée, adaptant le cadre général aux spécificités locales de l’épidémie et aux besoins sociaux est nécessaire : le refus de tenir compte des avertissements des élus de Dunkerque et de Moselle est, là aussi, significatif.

– Il faut donc également défendre la mise en œuvre d’une expertise citoyenne indépendante au plan national – pourquoi pas sous l’égide du CESE, comme cela a été le cas de la Convention citoyenne sur la transition écologique. Elle devrait être prolongée par la création de structures territoriales de pilotage faisant une large place à l’expertise des acteurs de terrains et des citoyen.nes, autorisant une adaptation fine des préconisations générales.

– Enfin il faut favoriser à tous les niveaux la prise en compte de l’expertise des travailleurs et travailleuses : salarié.es du privé, agent.es du service public, et de leurs organisations. En particulier dans les secteurs clés, non seulement de la santé, mais de l’éducation, des transports publics, de la distribution…

Education populaire et savoir scientifique :

Les préconisations confuses et contradictoires, les aberrations et les incohérences de la stratégie gouvernementale sont facteurs d’inquiétudes qui alimentent le rejet de toute mesure sanitaire, voire le développement d’un déni de la pandémie et une lecture complotiste de la situation, y compris dans des sphères parfois proches de nous.

Une gestion alternative doit donc intégrer cette défiance. La cohérence des mesures et la mobilisation des ressources de l’économie, de l’état et de la société au service de la population pour faire face à la crise, sont les premières réponses à celle-ci. Au-delà il faut mettre en œuvre une politique d’éducation de masse, fondée sur le partage des connaissances et des ressources pour comprendre la crise. Mais en étant bien conscients que le critère déterminant d’efficacité d’une telle approche c’est la rupture avec l’opacité qui règne actuellement dans la gestion et la construction d’une stratégie effectivement plus efficace et plus démocratique. Celle-ci, en impliquant largement la population, en favorisant l’auto-organisation et l’auto-éducation sur les questions sanitaires, pourrait favoriser également une amélioration significative du vécu collectif de cette crise.

Il faut rechercher une appropriation à la fois collective et fine des savoirs scientifiques et sanitaires, consciente des critères qui en déterminent la solidité et de leur caractère dynamique et en construction. Il convient donc d’assumer au grand jour l’existence de débats et même de controverses, tout en ne cédant jamais au relativisme et à la facilité qui nie toute possibilité d’accéder à des critères de vérité par la vérification et l’expertise établies scientifiquement. Il convient également d’exiger toute la clarté sur les rapports entre sciences, institutions publiques et laboratoires privés : publication des accords commerciaux, des subventions, mise à jour des forces de lobbying, des conflits d’intérêts.

Enfin bien sûr, il faut prendre acte des conséquences désastreuses de la politique suivie en matière de recherche depuis plusieurs décennies, pour la réorienter radicalement : reconstruction d’une puissante recherche publique, reconstitution et contrôle public des capacités de recherche développement, qui ont été sacrifiées dans des secteurs stratégiques aux intérêts à court terme et à la logique financière du privé. Cela implique une révision complète du système de la formation et de la recherche, la défense résolue d’un enseignement supérieur public dégagé des impératifs de la marchandise et des pressions du privé et une politique de protection des ressources nationales et européennes de recherche et développement.

Construire un large front

La situation sanitaire actuelle peut amener un nouveau confinement comme seule réponse susceptible d’être activée face à une nouvelle flambée épidémique. D’ores et déjà la perspective de confinements locaux rigoureux est posée. C’est en très grande part la conséquence de la stratégie cynique et socialement inefficace du gouvernement. Mais quoiqu’il en soit à cet égard, la question d’un contrôle efficace de la circulation virale demeurera longtemps encore une question centrale et pour l’instant non-résolue en France et même en Europe. A partir d’une critique radicale de la gestion du gouvernement, en changeant radicalement de paradigme pour remettre au centre les exigences sociales et démocratiques, il faut en parallèle avec la campagne à mener sur les enjeux liés à la vaccination, favoriser la construction d’un large front citoyen, politique et social, pour la mise en œuvre des conditions matérielles et politiques d’une gestion de la crise sanitaire orientée par le bien commun, par la priorité donnée à la satisfaction des besoins sociaux, par la défense des catégories les plus fragiles et les plus exposées sanitairement et socialement. Il faut donc s’atteler de toute urgence à sa construction et inscrire son développement dans l’horizon positif d’une rupture avec la faillite actuelle du système et du gouvernement.

Groupe de réflexion sur la crise sanitaire (chercheuses.eurs, praticien.nes et militant.es d’Ensemble et d’Ensemble Insoumis)

1 Sur le site EI : https://reflexions-echanges-insoumis.org/vaccins-covid-biens-communs-et-... et sur le site E : https://www.ensemble-fdg.org/content/vaccins-covid-biens-communs-ou-sour...

2 https://www.wesign.it/fr/sante/brevets-sur-les-vaccins-anti-covid-stop-r...

3 De la démocratie en pandémie – Santé, Recherche, Education, Tract Gallimard, janvier 2021.

4 https://rogueesr.fr/zero-covid/

5 https://rogueesr.fr/20210217-2/

6 Préparer des alternatives au confinement  – file:///C:/Users/manua/AppData/Local/Temp/4_5868580477882862237.pdf

7 Signalons par exemple Emmanuel Hirsch (professeur d’éthique médicale) qui déclare : « (…) l’obstination politique à persister dans une méthode mise en échec n’est pas acceptable […].  Faisons de cette crise sanitaire l’occasion de renforcer la vitalité de notre démocratie et d’inventer des modes de décision, d’information et de partage d’expériences plus locaux ». La démocratie confinée, in Pandémie 2020, ouvrage collectif dirigé par E. Hirsch.

8 De la démocratie en pandémie – Santé, Recherche, Education, Tract Gallimard, janvier 2021.

Type:  Article Lundi, 1 Mars, 2021 - 09:38 Santé
François Calaret

Qu’est-ce que cache une ligne de métro ?

1 mois 2 semaines ago

Qu’est-ce que cache une ligne de métro ?
LE GRAND-PARIS : MÉGA-PROJET

Symptôme d’un siècle méga troublé et d’une planète méga-menacée !!

Le projet d’urbanisation du plateau de Saclay fait partie de l’opération du Grand-Paris, et crée une  Zone à défendre de plus, car les terres du plateau sont parmi les plus fertiles d’Europe. Les ZAD se multiplient et les plus connues comme Notre-Dame des Landes, le barrage de Sivens, Chambarant, mais aussi, plus près de chez nous, le triangle de Gonesse et EuropaCity sont des projets irresponsables par l’ambition du grand capital à garantir leur emprise sur l’intérêt général. Ils sont des projets inutiles car ils portent atteinte à l’environnement et à celles et ceux qui vivent du travail des terres agricoles.
Ici, comme ailleurs, le débat public s’impose face à la mise en place d’équipements comme la ligne de métro 18 pour le projet d’urbanisation du plateau de Saclay, projet  délirant, destructeur d’un écosystème déjà fortement affaibli avec l’urbanisation récente due à la concentration des structures privées et publiques de recherche :
    • Près de 100 000 m² de chantiers se mettent en place : centre R&D EDF et Campus EDF ; extension des laboratoires de l’École polytechnique,  etc.
    • 136 000m² attribués à l’École Centrale de Paris, une résidence étudiante de 350 logements ENSAE Paris Tech, l’Institut Mines-Télecom, le Centre de nanoscience et de nanotechnologie,
    • 96 000m² dédiés à l’Institut pour le climat et l’environnement, l’École normale supérieure de Cachan, laboratoires de physique, Neurosciences, etc.
    • 250 000 m² pour le pôle Pharmacie-Biologie-Chimie de l’Université Paris-Sud, laboratoires de Physique, Incubateur-Pépinière-Hôtel d’entreprises, etc
    • Des logements familiaux et 2 500 logements étudiants.
Avec le Grand Paris, le « cluster » Paris-Saclay s’installe sur des terres agricoles du plateau, participe à l’aggravation de la crise climatique, accroît l’étalement urbain et la saturation de l’Île de France, au détriment des autres régions.

Les autorités d’État, régionales et locales, avides de satisfaire des groupes financiers, des marchands du sommeil, des groupes puissants divers, ont donc décidé d’imperméabiliser des terres parmi les plus fertiles d’Europe par l’implantation de centres de recherche publics et privés, d’équipements divers, de logements, etc. Le plateau se situe dans l'Ouest francilien sur les départements des  Yvelines (78) et de l'Essonne (91), à environ 20 km de la capitale. Il s'appuie sur les pôles urbains de Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines, Massy et Palaiseau  dans le but de continuer à éteindre les activités  des sociétés privées et publiques au détriment de l’environnement, du bien-être des populations, mais aussi de l’amélioration et du développement des moyens de la recherche publique.

En utilisant la méthode de financement public-privé, le fameux partenariat-public-privé (PPP), les autorités se chargent de la mise en place des centres de recherche des groupes Danone, Thales, Horiba et EDF à côté de l'École polytechnique. Tandis que les sociétés Safran, Zodiac, PSA, Kraft Food, EADS ou Air liquide se sont installés aux côtés de PME et ETI telles que Carmat, Quantel, Leosphere ou encore V-Motech. A son tour, Horiba, le groupe japonais privé, s’associe avec les groupes industriels Total, Air liquide et EDF, et participe à la création de l'Institut photovoltaïque d'Île-de-France sur le plateau.

Dans ce cadre, ces mêmes autorités veulent imposer une ligne de métro fantôme, d’une capacité de transport de 20 000 personnes pour traverser des champs agricoles. Il est prévu essentiellement deux stations, l’une sur le quartier de Palaiseau-plateau et l’autre sur Saclay. Actuellement le flux de déplacement desservant les alentours et venant de Massy, point du départ de  la ligne 18, est très faible : environ 2 000 personnes, soit 10 fois moins que la capacité de la ligne 18 prévue pour  5 000 à 6 000 personnes pour 2030. La ligne 18 est donc largement surdimensionnée et ne résoudra aucunement le vrai problème de transport concernant le plateau de Saclay : le transport depuis la vallée de Chevreuse ou depuis le reste du plateau.

Par la suite,  le présence de la ligne 18 n’aura autre résultat que la poursuite de la densification urbaine,  l’imperméabilisation des sols et accessoirement, le développement de l’aéroport de Villacoublay –  aujourd’hui une base aérienne de l’armée de l’air française –, l’installation d’équipements d’infrastructure, de services propres à la consommation, de nouvelles constructions destinées aux logements,  etc.

Sous prétexte d’attractivité, de développement d’une illusoire « excellence » , les autorités responsables  mettent une fois de plus en œuvre des projets néfastes pour la nature, pour le bien-être des populations, pour le climat. Ces irresponsables ne seront pas impuni.e.s !

D’ores et déjà , 2,3 millions de personnes ont signé une pétition pour dénoncer l’inaction climatique de l’État français. Grâce à cette pétition, portée par les organisations écologiques, ce dernier a été reconnu d’inaction climatique, coupable de ne pas avoir tenu ses engagements concernant le budget carbone afin d’atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L’État français doit donc  aller jusqu’au bout de son constat par l’arrêt des projets inutiles !

Comité Ensemble de la fac Paris-Saclay

Type:  Article Samedi, 27 Février, 2021 - 11:28 Biens publics & biens communs Education
François Calaret

Après les élections au Parlement de la Generalitat de la Catalogne, solidarité avec le peuple catalan !

1 mois 2 semaines ago

Communiqué  du 23/02/2021
Après les élections au Parlement de la Generalitat de la Catalogne,
solidarité avec le peuple catalan !

Les indépendantistes (ERC / Junts & Cat / CUP) renforcent leur majorité
Comme attendu du fait  de la crise sanitaire mais aussi de la démobilisation d’une partie de l’électorat, lassée par les divisions du camp indépendantiste et qui subit de plein fouet la crise économique, ces élections ont été marquées par un taux important d'abstention : seuls 53,5 % (– 25,6% par rapport à 2017) des électeur.trice.s se sont exprimé.e.s.
Le premier enseignement : malgré la forte et scandaleuse répression maintenue contre le camp indépendantiste et la désinformation sur  ses aspirations à une « République catalane », ce sont les forces indépendantistes qui sortent vainqueurs de ces élections du 14 février. Celles précisément qui avaient organisé le référendum « pour le droit de décider » de leur souveraineté le 1er octobre 2017.
Pour la première fois, si on ajoute les voix de PDeCat, qui n'a pas obtenu d'élu.e.s, elles atteignent un score qui dépasse les 50 % (contre 47,5 % en 2017) et renforcent leur majorité au Parlement avec 74 sièges. Si l’on ajoute les voix des formations favorables à l'organisation d'un référendum, on atteint 57,6%.
L'ERC (Gauche républicaine de Catalogne)d'Oriol Junqueras (toujours prisonnier politique et député européen) obtient 33 sièges  et  21,3 % des voix, dépassant pour la première fois de peu le centre-droit  indépendantiste Junts & Cat de Carles Puigdemont (toujours réfugié politique en Belgique et député européen) : 32 sièges et 20,06 % des voix. La gauche indépendantiste anticapitaliste de la Candidatura d'unitat popular (CUP) dispose de 9 député.e.s et avec un score de 6,68 % progresse de 50 % par rapport au scrutin de 2017.

Les Comuns (Unidas Podemos), partisans du « droit de décider » se maintiennent. Le PSC se renforce mais perd son pari de gouverner
Catalunya en Comú, qui se déclare favorable à un référendum, perd des voix (6,86 %) mais conserve ses 8 député.e.s. Le PSC (Parti socialiste de Catalunya) progresse fortement, notamment en récupérant une partie de l'électorat populaire de Barcelone qui avait pu voter Ciudadanos, et obtient 23,02 % des voix et 33 députés. Le PSOE, qui dirige le gouvernement national avec le soutien de Unidas Podemos, avait parachuté son ex-ministre de la Santé, Salvador Illa, pour provoquer une recomposition visant à affaiblir le camp indépendantiste et à refaire voire à élargir avec ERC, partisan du dialogue, la coalition qui gouverne à Madrid, mais il a échoué dans le pari de diriger le futur gouvernement catalan.
L'ensemble des gauches, (PSC / ERC / ECP /CUP) si l’on accepte d’y inclure les voix recueillies par le PSC,(vu par beaucoup comme le parti unioniste du « 155 » qui pactise avec la droite) , représentent 57,9% des suffrages et obtiennent 83 sièges. Ces   forces n'avaient jamais obtenu une représentation aussi importante au Parlement catalan.

La droite s'effondre au profit de l'extrême droite fasciste
Le parti prétendument « centriste » Ciudadanos, cher à Manuel Valls, s'effondre avec 5,57% (– 20%) et 6 députés (– 30), conséquence de sa trajectoire de plus en plus droitière. Il rejoint la voie de la marginalisation du Parti populaire (PP), qui poursuit sa chute avec 3,85 % de voix et 3 députés. Ce fort recul de la droite décomplexée profite cependant au parti d'extrême droite profranquiste, raciste et xénophobe, Vox, qui fait son entrée au Parlement catalan pour la première fois avec 7,69 % des voix et constitue un vrai danger. Cette formation a capté une partie de l'électorat très à droite qui avait voté pour Ciudadanos précédemment mais mord aussi sur l’électorat de certains quartiers populaires.
La droite n’a jamais été aussi minoritaire au Parlement catalan, même si le glissement d‘une partie de son électorat traditionnel vers Vox est inquiétante.

Le contexte de crises et de répression exige des changements politiques et une solidarité concrète

Ces élections interviennent  dans un contexte de fortes crises entremêlées en Catalogne et dans l’État espagnol : pandémie du Covid-19, chômage, précarité et crise du régime monarchique hérité de la « transition » de 1978. Elles sont le fruit des politiques d'austérité néolibérales qui ont frappé - et sévissent encore dans le contexte de la pandémie - tous les peuples de l’Etat espagnol et d'Europe.
Sans oublier la monarchie corrompueet aux pratiques mafieuses qui trône à Madrid : des militant.e.s catalan.e.s sont en prison alors que Juan Carlos ,lui, vit bon train, protégé par les partis du système ( PSOE,PP, Ciudadanos et Vox).

Un futur gouvernement des forces se reconnaissant dans le projet d'une République catalane devrait  être clair quant aux réponses à apporter à la crise économique et sociale (ce que la majorité ERC/Junts n’a pas fait lors de la précédente mandature), à travers un plan d'urgence en direction des classes populaires. En effet, le taux de chômage de la Catalogne a augmenté de 29,1 %, touchant 13,9 % de la population active. C'est  la plus forte hausse de l’Etat Espagnol, le chômage des jeunes frôle les 28 %. Ce futur gouvernement doit poursuivre son combat pour le « droit de décider » (autodétermination) et  contre la répression de l’État espagnol.

L'arrestation violente, dès le lendemain du scrutin, du rappeur Pablo Hasèl est le dernier exemple de la répression politique. C’est toujours le Tribunal suprême qui est à la manœuvre, remettant aussi en cause la liberté conditionnelle dont disposaient les prisonniers politiques pour ces élections. Ce « gouvernement caché » des juges de Madrid entend ainsi faire pression et peser sur le futur politique de la Catalogne.

Le  silence des autorités françaises et de l'Union européenne est assourdissant .Cela au moment où se  discute la demande de levée d’immunité parlementaire des eurodéputés catalans persécutés, et bien  que la Cour de justice européenne ait commencé à reconnaître que les droits humains et politiques des protagonistes du référendum du 1er octobre 2017 auraient été bafoués. L'émotion qu'a suscité l’emprisonnement du jeune artiste dans tout l’État espagnol (manifestations de masse et violents affrontements avec la police, pétition pour sa libération de 200 artistes, dont Javier Bardem et Pedro Almodovar), apelle  notre solidarité.
Ensemble ! s'inscrit dans le mouvement de solidarité avec le peuple catalan qui exige :
⁃     - la libération du rappeur Pablo Hasèl et des 11 autres artistes emprisonnés ou exilés (dont le jeune Valtonyc) muselés dans leur liberté d'expression ;
⁃    - l’arrêt des persécutions judiciaires contre toutes celles et tous ceux qui avaient participé au référendum du 1er octobre 2017 et à toutes les manifestations qui se sont succédé depuis trois ans ;
⁃ la libération et leur amnistie totale  pour les  9 prisonniers et prisonnières politiques catalan.e.s embastillé.e.s à la suite d’un jugement inique les condamnant à des peines de 9 à 13 ans de prison pour délit d'opinion
  - le respect du droit du peuple catalan à décider de son avenir, c'est-à-dire l'autodétermination.
Ensemble ! participe à la Coordination des collectifs de solidarité avec la Catalogne et s’associe à toutes ses initiatives au niveau local, national et européen.

Ensemble !

Type:  Article Jeudi, 25 Février, 2021 - 18:31 Nos communiqués International
François Calaret

Le 8 mars on fait la grêve féministe

1 mois 2 semaines ago

Le 8 mars approche...

Et c'est pas parce que c'est la crise sanitaire et sociale qu'on ne va pas se manifester et.... manifester.

Alors à Paris le 7, on organise un rassemblement de 13 heures à 17 heures. A République. Ce rassemblement est soutenu par une trentaine d'associations féministes

Et puis le 8 on manifeste et on grève. On se retrouve à Midi à Port Royal.

Il est possible de partager

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Type:  Article Jeudi, 25 Février, 2021 - 15:41 Féminisme Luttes sociales
TheStyx

Daniel Bensaïd : sous les évènements, la question stratégique

2 mois ago

 

Quels évènements historiques ont marqué le XX° siècle, notamment pour celles et ceux qui se situent dans l’histoire des combats pour l’émancipation ? Tel est le propos de « Fragments radiophoniques, 12 entretiens pour interroger le vingtième siècle » (1). L’ouvrage reprend sous forme écrite une douzaine d’entretiens radiophoniques donnés en 2007-2008 par Daniel Bensaïd à l’une des dernières radios libres, Fréquence Paris Plurielle (FPP), plus précisément pour l’émission « Les oreilles loin du front ».

C’est un véritable exercice de style au format très contraint : au cours de ces entretiens, Daniel Bensaïd revient (en vingt minutes à chaque fois) sur une date emblématique. Ces douze dates ont été choisies par l’équipe de la radio FPP en charge de l’émission pour illustrer les principaux problèmes politiques et les questions stratégiques soulevées lors du « court vingtième siècle », celui qui commence vraiment avec la révolution d’Octobre - c’est la première date retenue - et s’achève prématurément avec la chute du Mur de Berlin, date qui clôt la séquence des entretiens. Avant même de s’attacher au contenu des entretiens, cette démarche appelle deux remarques.

Les marqueurs d’une culture politique

La première remarque tient aux dates retenues. Le choix effectué par les animateurs de l’émission renvoie (à mon sens) à une culture politique bien particulière : celle du courant marxiste révolutionnaire. En France, ce courant s’est incarné pendant une quarantaine d’années à travers la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), dont Daniel fut précisément un des principaux dirigeants et porte-parole. Du coup, étant quelque peu concerné par cette histoire, avant de lire Fragments radiophoniques, j’ai fait moi-même le « test à l’aveugle », sans regarder le sommaire : amené à citer douze dates clés pour le XX° siècle, lesquelles aurais-je choisi ? Et le résultat est assez étonnant pour être rapporté.

Sur les douze dates retenues, deux sont différentes : j’avais noté les grandes mobilisations populaires de Juin 1936 et de l’hiver 1995 qui ne figurent pas dans les Fragments radiophoniques choisis par l’équipe de FPP qui, a contrario, a interrogé Daniel sur Mai 1945 (la fin de la Seconde guerre mondiale) et janvier 1961 (assassinat de Patrice Lumumba). Quatre dates sont « semblables » au sens où si la date précise est différente, elle fait référence à la même séquence historique. A savoir la révolution espagnole : Mai 1936 (le début de la révolution espagnole) pour l’équipe de FPP ; Mai 1937 (les « journées de Mai » à Barcelone et l’écrasement du POUM et de la CNT) en ce qui me concerne. La lutte de libération du peuple algérien :  Novembre 1954 (Toussaint rouge, début de l’insurrection algérienne) pour FPP ; Octobre 1961 (massacre de centaines de manifestants algériens à Paris), pour moi. La révolution cubaine : Janvier 1959 (entrée des Insurgés à la Havane) pour FPP ; Octobre 1967 (assassinat d’Ernesto Che Guevara en Bolivie) pour moi. Et Août 1970 (dépôt de gerbe à la Femme du Soldat inconnu, naissance du MLF) pour FPP ; Avril 1971 (publication dans le Nouvel Observateur du Manifeste des 343) pour moi.

Six dates sont strictement identiques : Octobre 1917 (révolution russe), Janvier 1919 (assassinat de Rosa Luxembourg), Mai 1968 (fermeture de la Sorbonne, soulèvement étudiant et grève générale), Septembre 1973 (coup d’État de Pinochet contre l’Unité populaire chilienne), Mai 1981 (élection de François Mitterrand), Novembre 1989 (chute du Mur de Berlin).

Naturellement, ce qui précède est un peu personnel et donc, sans doute, anecdotique. A ceci près que je suis assez persuadé que si d’autres camarades (ayant partagé la même aventure militante et humaine) faisaient le même exercice, ils aboutiraient à des résultats assez semblables. C’est d’ailleurs un peu ce qui justifie cette parenthèse : lorsqu’une organisation politique est dotée d’une certaine densité politique et d’un peu de durabilité, elle ne produit pas seulement une orientation politique, mais aussi une véritable culture politique : « ce qui a fait la Ligue, au-delà de son histoire, de ses débats, de son orientation politique et de ses multiples activités : une ‘culture politique’ forte faite de lectures partagées, de références communes et de signes de connivence qui font que, presque à coup sûr, militants ou anciens militants même s’ils ne se connaissent pas, se reconnaissent aisément, sinon au premier coup d’œil, du moins aux premiers propos échangés... » (2). A l’évidence, on pourrait rajouter à ces éléments la liste de dates emblématiques aux références communes dont il est ici question !

Quand l’histoire n’est pas encore écrite

C’est la seconde remarque que m’inspire l’exercice auquel D. Bensaïd a accepté de se livrer : cette manière de faire revivre les combats émancipateurs du XX° siècle à travers des dates emblématiques est assez particulière au courant marxiste révolutionnaire. Sur le plan intellectuel, elle se différencie des chercheurs qui se focalisent sur les tendances lourdes de l’histoire longue. Sur le plan politique, elle se différencie tout autant des courants qui mettent en avant soit les évolutions (plutôt que les révolutions), soit la révolution longue et les « processus » plutôt que les « évènements ».

Commençons par devancer une critique prévisible : non, cette approche n’a rien à voir avec la nostalgie du Grand Soir !  Mais elle n’est pas neutre parce qu’elle concrétise une conviction : naturellement, l’Histoire est le produit de phénomènes sociaux de longue durée et, en conséquence, n’importe quelle Histoire n’était pas possible. Mais, en même temps, il convient de refuser tout pensée mécaniste ou fataliste : l’Histoire qui s’est effectivement produite était, naturellement, une histoire possible. Mais cette histoire n’était pas la seule possible. Il y a eu, à un moment donné, un évènement, au cours duquel les hommes et les femmes ont, par leurs actions, décidé du cours des choses. Dans cet ouvrage, Daniel Bensaïd le signale à propos de la Révolution russe, mais le propos est beaucoup plus général : « comment se définit un évènement, une révolution, a fortiori une révolution comme celle que symbolise Octobre ? C’est ce qui arrive et qui aurait pu ne pas arriver, sinon il n’y a pas d’évènement, si c’était inscrit dans la logique antérieure. Cela aurait pu ne pas arriver, c’est arrivé (…) c’est une possibilité qui se réalise mais qui n’était pas fatale ». Dans l’une des contributions (3)  qui figurent dans la seconde partie de l’ouvrage et complètent les réflexions de D. Bensaïd, Ugo Palheta systématise cette approche : « c’est dans ces moments où se craquèle un ordre des choses, qui est aussi un ordre des corps et des cerveaux, où des aspirations populaires longtemps tues peuvent enfin s’exprimer librement (que l’on pense à mai-juin 68 !) où la lutte économique se déplace sur le terrain politique que s’affirment pour des millions de personnes des possibles inaperçus auparavant, souvent jusqu’à la veille ». Dans le même ordre d’idées, D. Bensaïd lui-même avait évoqué « l’éclat solaire de l’évènement » dans un autre ouvrage (4) nettement plus ancien.

L’exigence stratégique

A travers l’évocation de ces évènements, D. Bensaïd nous fournit finalement quelques indications stratégiques. Il le fait avec une certaine humilité : en effet, ces entretiens comprennent quelques retours critiques, aussi bien vis-à-vis de Trotski lui-même (notamment son sectarisme vis-à-vis du POUM) que par rapport à des affirmations un peu rapides dont notre génération ne fut pas avare (notamment vis-à-vis de Salvador Allende). Il le fait aussi, naturellement, avec des convictions fortes. Dire le XX° siècle, c’est dire ce que furent les soulèvements émancipateurs et leurs fulgurances.  Mais aussi leurs dévoiements. Leurs trahisons, parfois.  Et leurs échecs, souvent. Plusieurs des dates choisies mettent en lumière le caractère décisif de l’option révolutionnaire. Aux origines, forcément, il y a la Révolution russe. Elle triomphe malgré la coalition contre-révolutionnaire des principales puissances impérialistes. Mais elle débouche sur la dégénérescence stalinienne…

Traiter de la révolution allemande (et de son échec) ainsi que de la révolution espagnole (et de son échec) permet précisément de repérer ces moments bien particuliers où l’histoire bascule car, pour partie, ils déterminent la suite de ce qui va advenir ; en l’occurrence, l’effet cumulatif des défaites révolutionnaires des années 20 et 30 a conduit à la Seconde Guerre mondiale et au déferlement de la barbarie. Cela permet aussi de préciser la nécessaire critique des réformistes. Les sociaux-démocrates allemands ont contribué à l’assassinat de Rosa Luxembourg ; les staliniens espagnols ont écrasé dans le sang le prolétariat révolutionnaire de Barcelone. Ces épisodes montrent en effet que si, en temps « normal », on peut juger les « réformistes » inconséquents et « mous », en période d’effervescence révolutionnaire ils se transforment parfois en force contre-révolutionnaire active. D. Bensaïd l’écrit ainsi, à propos de la Révolution allemande et de l’assassinat de Rosa Luxembourg : « Chez les réformistes, il y a des gens sincères, y compris honnêtes, pourquoi pas, mais il y a aussi des assassins en puissance »… Ou encore, à propos de la révolution espagnole : « le sort de la Révolution espagnole s’est joué en partie dans les journées de Mai à Barcelone en 1937. C’est-à-dire dans la répression, à l’intérieur du camp révolutionnaire, de la composante libertaire et poumiste par la restauration d’un ordre militaire et étatique sous la direction des staliniens ».

Le Chili soulève une tout autre question, celle du « réformisme » - mais, oh combien différent ! – de Salvator Allende : « comparé à nos réformistes, c’était quand même un géant de la lutte des classes (…) Cela ne change rien au problème politique. Mais cela implique du respect pour la personne ». Le problème politique reste, en effet, entier : « jusqu’en Août 1973, il y a eu des manifestations de 700.000 manifestants à Santiago, appuyant Allende et répliquant au coup d’État. C’est le moment effectivement où une contre-offensive du mouvement populaire était possible et où, au contraire, la réponse a été un élargissement à la droite des alliances gouvernementales et des gages supplémentaires, qui signifient en réalité finalement un encouragement au coup d’État ».  Une autre orientation, plus radicale, aurait-elle permis la défaite des putschistes ? La question reste d’autant plus brûlante que, comme l’indique D. Bensaïd, notre génération révolutionnaire s’est identifiée à la mobilisation populaire qui a accompagné l’Unité populaire…

Au cours de cette pérégrination historique, Fragments radiophoniques évoque d’autres évènements et d’autres questions stratégiques, notamment celles liées aux processus de décolonisation et aux luttes de libération nationale et sociale des « pays du Sud » (Cuba, Algérie, Afrique). Sans oublier, naturellement, Mai 68. Moins par goût commémoratif qu’à cause de la nécessité de « combattre ces récits dominants, aujourd’hui devenus dominants en fait de 68 et de ses enjeux en France et internationalement ». On peut s’attarder aussi un peu sur l’évènement qui clôt l’ouvrage, la chute du Mur de Berlin.

L’élément le plus frappant de ce chapitre est que Daniel Bensaïd insiste sur le fait que la disparition du système stalinien en URSS et en Europe de l’Est est d’abord une « défaite sociale » avant d’être une défaite « idéologique » ou même « morale ». Car après « la désintégration de l’Union soviétique, la conversion de l’appareil bureaucratique chinois à l’économie libérale, les évènements en Europe de l’Est, l’évolution en Inde » l’on a assisté « au doublement de la main d’œuvre disponible sur le marché du travail », autrement dit « l’irruption par centaines de millions de travailleurs pratiquement sans droit ni protection sociale » (5). Surtout, D. Bensaïd pose la bonne question – « Maintenant, quelque chose s’est terminé, mais quoi ? » - à laquelle il ne répond pas vraiment, sinon pour réaffirmer de façon assez traditionnelle que la victoire du stalinisme fut bien une contre-révolution et non la suite logique de la Révolution de 1917 : « Mais il n’y a pas une continuité ». Pour autant, D. Bensaïd n’esquive pas le côté plus sombre de la Révolution, y compris au cours de ses premières années : « les bagnes politiques ont commencé avec l’ouverture du bagne des îles Solovski en 1923, non seulement avant la mort de Lénine, mais à une époque où la guerre civile était gagnée. Ce ne sont pas des bagnes qui répondent à la situation de guerre civile, mais c’est une répression politique après la guerre civile ».
Revenir sur la chute du Mur de Berlin et la suite est aussi l’occasion de souligner que l’Histoire est parfois… injuste : « C’est une défaite sociale et une défaite morale aussi. Je crois que, ça aussi, ça fait partie du bilan du siècle et qu’on va encore le payer pendant des années et une défaite. Même ceux qui s’y sont opposés, qui ont dénoncé (…) Il fallait que la page soit finalement tournée pour mieux recommencer, pour pouvoir reprendre autre chose ».

Fragments radiophoniques comprend, en plus des entretiens donnés par D. Bensaïd à FPP, quelques contributions de personnalités du monde universitaire et/ou militant (dont Michaël Lowy et Olivier Besancenot) qui remettent en perspective les analyses de Daniel ou encore offrent de nouveaux développements lorsque, à l’évidence, certains thèmes – comme le féminisme ou l’écologie – méritent d’être enrichis.

Ainsi, le féminisme n’était pas étranger à la réflexion et à l’activité du courant marxiste révolutionnaire, ni même aux références théoriques qu’il puisait dans l’histoire du mouvement ouvrier. Pour autant, il est honnête de reconnaître que, l’irruption de la seconde vague féministe, au tournant des années 1960 et 1970 fut parfois conflictuelle vis-à-vis des organisations de la gauche révolutionnaire (y compris la Ligue), pour ne rien dire de la gauche réformiste… Dans cet ouvrage, cette irruption est traitée à l’occasion du 26 août 1970 : le jour où, sous l’impulsion du tout nouveau Mouvement de Libération des Femmes (MLF),  une gerbe fut déposée sous l’Arc de Triomphe à la mémoire de la femme du soldat inconnu. Dans leur contribution, Hegoa Garay et Aria Meroni soulignent que D. Bensaïd fait surtout référence au féminisme des années 70 pour mieux souligner les reculs actuels (6), avec « la disparition des publications féministes et le recul des collectifs combattifs ». Elles lui reprochent, en quelque sorte, de « rester, dans l’interview, dans une certaine ‘zone de confort’ », avant de donner leur éclairage de « la nouvelle vague féministe » et de l’émergence d’une pensée et d’une action nourrie par un « féminisme pour les 99% ».

Aucune des dates retenues par l’équipe de FPP ne permettait de traiter l’émergence de la question écologiste. On peut s’interroger pour savoir si c’est là une difficulté intrinsèque au sujet : quelles dates en effet permettraient de l’illustrer… sinon celles de grandes catastrophes ? Ou bien cet « oubli » est-il révélateur d’une intégration de l’écologie à la « culture Ligue » qui serait récente et resterait finalement superficielle. Il revenait donc à Christine Poupin - dans sa contribution : « L’écocommunisme ou l’écologie contre le capital » - de traiter ce thème. Après avoir signalé le problème : « Tout au long de ses Fragments radiophoniques, le mot écologie n’est pas prononcé une seule fois, ni dans les réponses de Daniel Bensaïd ni dans les questions qui lui sont posées », elle rappelle en citant quelques-uns de ses écrits, que cette question n’était pas étrangère aux préoccupations de D. Bensaïd, en particulier sous l’angle de la critique « des forces productives du point de vue du capitalisme qui peuvent parfaitement se révéler destructrices pour l’avenir de l’humanité ». Mais c’est pour mieux souligner combien cette réflexion critique est datée (7) et « révèle en creux combien la réalité, mais aussi la perception de cette réalité, ont profondément changé : les différentes crises écologiques se sont approfondies et accélérées, elles s’aggravent mutuellement ».  

Passer de l’oral à l’écrit est toujours un exercice périlleux. Mais, au-delà des nombreuses questions brassées au cours des entretiens et des contributions, Fragments radiophoniques a aussi l’avantage de restituer fidèlement ce qui faisait le sel des récits de Daniel, y compris certaines expressions. Au point que, à la lecture, l’on a parfois l’illusion d’entendre son accent chantant…

François Coustal

Notes

(1) Daniel Bensaïd, « Fragments radiophoniques, 12 entretiens pour interroger le vingtième siècle ». Editions du Croquant, janvier 2020.
(2) Hélène Adam, François Coustal, « C’était la Ligue », Editions Arcane 17 et Syllepse. Janvier 2019
(3) Ugo Palheta,  « Prendre les sauts au sérieux ».
(4) Daniel Bensaïd, « Résistances, essai de taupologie ». Editions Fayard, avril 2001.
(5) Bien sûr, l’on pourrait discuter la « qualité » des droits et de la protection sociale dont disposaient réellement les centaines de millions de travailleurs soumis à la dictature bureaucratique…
(6) Les séances de D. Bensaïd à Fréquence Paris Plurielle datent, on l’a dit, des années 2007 et 2008. Les phénomènes qui, comme #MeToo, vont renouveler l’expression du combat féministe n’ont réellement explosé qu’au cours de la dernière décennie. C’est-à-dire après le décès de Daniel.
(7) Le principal texte de D. Bensaïd cité par C. Poupin remonte à l’année 2002.

Type:  Article Vendredi, 12 Février, 2021 - 19:14 Politique
François Calaret

Commémoration pour Ilan Halimi : 15 ans déjà

2 mois ago

Commémoration pour Ilan Halimi : 15 ans déjà
Rassemblement contre les crimes antisémites et tous les actes racistes.
 
Dimanche 14 Février - 14h à Paris devant le jardin Ilan Halimi, 54 Rue de Fécamp dans le 12e arrondissement (Métro Michel Bizot)

Il y a 15 ans, Ilan Halimi était kidnappé, séquestré, torturé et assassiné parce que Juif.
Il était retrouvé le 13 février agonisant sur les rails du RER C. Ilan manque à sa famille et à ses proches. Et nous ne l'oublierons jamais.
Ce sont les stéréotypes antisémites les plus anciens qui ont mené à son assassinat : les Juifs seraient riches et maniganceraient dans l'ombre.
Depuis 2006, de l'école Ozar Hatorah à Toulouse jusqu'à l'Hypercacher de la Porte de Vincennes et à Mireille Knoll, onze hommes, femmes, enfants ou personnes âgées ont été tuées en France parce que Juives.
 Les actes antisémites et les violences racistes sont en augmentation, ici et ailleurs dans le monde.
Les vingt-quatre jours qui ont amené à la mort tragique d'Ilan Halimi nous obligent à une détermination sans faille contre l'antisémitisme et contre toute forme de racisme.
C'est pourquoi le dimanche 14 février à 15h nous appelons, en sa mémoire, ainsi qu'à celle de toutes les victimes de crimes antisémites et racistes, à un rassemblement devant le jardin Ilan Halimi, 54 Rue de Fécamp, Paris 12e.
Nous demandons explicitement qu'aucun drapeau national ne soit brandi, afin de ne pas détourner le sens de cette commémoration.
 
A l'appel de :
Réseau d'Actions contre l'Antisémitisme et tous les Racismes
Juives et Juifs révolutionnaires
Mémorial 98                                                                                                                                   Juifves VNR

   
Avec le soutien de : 
Ligue des Droits de l'Homme (LDH), Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (MRAP), SOS Racisme

CGT, FSU, Union syndicale solidaires, Solidaires Étudiant-e-s, Vigilance Informations Syndicales Antifascistes(VISA)

Action révolutionnaire LGBQTI, Ayeka, Collectif Ecolo-Libertaire Action révolutionnaire LGBQTI, Anti-fasciste & Féministe (ELAfF), Collectif Golema,  Collectif Irrécupérables, Collectif Nta Rajel, Comité pour Adama, Editions syndicalistes, IPAM/CEDETIM Jeune Garde, La Horde, Les Amis de La Révolution Prolétarienne (Revue), QTPOC autonomes, SIAMO, Séminaire ETAPE, Transgrrrls, Une autre voix juive (UAVJ), Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE)

 

Ensemble, Fédération Anarchiste (FA), Gauche Démocratique et Sociale (GDS), Génération.S, Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Parti communiste français (PCF), Parti de Gauche, Union Communiste Libertaire (UCL)

Type:  Article Mardi, 9 Février, 2021 - 19:38 Anti-racisme
François Calaret

Ile de France, avec Clémentine Autain !

2 mois 1 semaine ago

Les collectifs d’Ensemble!, mouvement pour une alternative de gauche écologique et solidaire, de la région parisienne se sont réunis en vue de la prochaine échéance électorale régionale.

Ils considèrent que la liste initiée par la France Insoumise menée par Clémentine Autain, constituée sur un programme social, écologique et féministe de rupture avec le libéralisme peut rassembler largement les forces politiques et sociales de gauche et écologistes. Par son appel à une fusion au 2ème tour des différentes listes de gauche et écologistes, elle peut permettre de tourner la page de la gestion de la droite régionale menée par Valérie Pécresse tout en contrant la politique nationale macroniste.

Le monde de Macron devient chaque jour plus insupportable, imposant une politique qui ajoute à la gestion catastrophique et incohérente de la crise sanitaire, des attaques contre les libertés publiques, des atteintes grave à l’état de droit, des choix économiques et politiques qui accroissent les inégalités, généralisent la précarité. Il faut lui donner, tous ensemble, un coup d’arrêt.

Il y a donc urgence à co-construire un programme de justice écologique et sociale. Ce programme doit être radicalement écologiste et radicalement anticapitaliste afin que les combats contre la fin du monde et pour la fin du mois convergent.

Il sera mis en œuvre par des politiques publiques que la nouvelle majorité exercera dans la région Ile de France pour répondre, dans le cadre de ses compétences, aux besoins de ses habitant.es et à la gravité de la situation.
Nous proposons que ce programme régional soit mis en chantier dans des assemblées citoyennes et populaires locales à l'initiative de collectifs militants, d'associations, de syndicats, de forces de l'écologie politique et de la gauche de transformation et dans lesquelles les citoyen·nes « non encarté·es » ont toute leur place.  Il s'agit de poursuivre, et de renforcer le travail commun, et de faire rencontrer et dialoguer des militant·es venu·es de cultures et d’expériences différentes.

Les collectifs d’Ensemble en Ile de France décident de soutenir et de s’impliquer dans cette campagne :

- en envisageant avec l’équipe de campagne autour de Clémentine Autain les modalités de leur insertion dans sa campagne, ainsi qu'avec les forces politiques actuellement partie prenante.

- en  proposant de prendre les contacts nécessaires à tous les niveaux pour contribuer à élargir le rassemblement unitaire, sur le plan des organisations politiques, ou des collectifs de mobilisation sur des enjeux régionaux (Triangle de Gonesse, transports publics, déchets, etc).

Ils entendent œuvrer localement en fonction de l’activité de leurs militant.es pour l’implication des collectifs citoyens dans la campagne.

Ensemble, nous pouvons changer la politique, transformer le rapport des élu.es et des citoyen.nes, pour une alternative démocratique écologique et sociale en Ile-de-France.

Adoptés par la réunion des collectifs d’Ile de France d’Ensemble ! le 2 février 2021

Type:  Article Mardi, 2 Février, 2021 - 20:02 Elections
François Calaret

PACA : le temps de l’alternative est venu, construisons-la ensemble !

2 mois 1 semaine ago

Appel aux citoyen.ne.s, aux partis et aux organisations pour le rassemblement des écologistes, des forces sociales et de la gauche aux élections régionales de 2021.

Nous, habitant·es de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, membres de collectifs citoyen·nes, élu·es, militant·es politiques, syndicaux ou associatifs, affirmons par cet appel notre volonté de construire un rassemblement inédit, dès le premier tour.

Nous voulons une région qui s’engage résolument vers une transition écologique pour lutter contre le réchauffement climatique, pour un développement économique vertueux, et la réduction des inégalités. Nous voulons une région qui refonde l’exercice démocratique, en co-construisant l’avenir avec ses habitant·es.

La pandémie de la COVID 19 a aggravé les inégalités et la pauvreté déjà fortes sur notre territoire, et révélé la fragilité de notre tissu économique et social. Cette crise touche toutes les générations, et la jeunesse particulièrement. Le changement climatique est déjà bien visible avec des conséquences désastreuses pour notre région, comme la tempête Alex qui a dévasté des vallées des Alpes Maritimes, ou les épisodes de sécheresse de plus en plus nombreux qui menacent nos équilibres (biodiversité, sécurité alimentaire et sanitaire,…).

La gestion chaotique de la crise sanitaire et les prises de décisions autoritaires du gouvernement accroissent la défiance des citoyen.ne.s et nourrissent l’abstentionnisme. Dans notre région et les départements gérés par Les Républicains et leurs alliés, et face au danger de l’extrême droite, nous payons cher, au quotidien, cinq années d’affaiblissement des services publics, de contraction des budgets sociaux, de réduction des aides au secteur associatif, cinq années de clientélisme, de stigmatisation des plus fragiles, de politiques environnementales et culturelles largement insuffisantes.

En cette période de crises sociale, écologique, sanitaire, culturelle et démocratique sans précédent, en ces temps de régressions, il est urgent d’écrire une autre histoire.

Il est temps d’agir !

Il est temps de construire des politiques publiques tournées vers l’intérêt général, le développement d’emplois durables et de services publics de qualité, la préservation des espaces agricoles, littoraux et naturels rongés par l’artificialisation.

Il est temps de construire des politiques publiques ambitieuses en faveur des habitant·es pour que notre région cesse d’être l’une des plus inégalitaires de France, en s’engageant pour une meilleure répartition des richesses, et pour les solidarités et le bien vivre en région Provence Alpes-Côte d’Azur.

Il est temps :

    De réhabiliter et développer les services publics de la région (construction et entretien des lycées, formation professionnelle et formation des infirmier.es, transports ferroviaires et maritimes, politique culturelle et patrimoniale,…)
    De s’opposer aux privatisations initiées par la majorité actuelle
    De renforcer d’autres services publics de proximité indispensables comme la santé, y compris dans les territoires ruraux,
    De relocaliser et transformer l’économie vers un non-productivisme (recherche, industrie, tourisme, services, agriculture) et promouvoir les emplois locaux à forte utilité sociale et environnementale, en soutenant artisans, TPE et PME, en accélérant le développement de l’économie sociale et solidaire et en conditionnant les aides au respect des normes sociales et écologiques,
    De changer notre regard sur la nature et le vivant pour construire chaque politique en fonction de ses impacts sur l’environnement
    De lutter contre les grands projets inutiles à la population et dévastateurs pour la biodiversité, et veiller à la sécurité alimentaire de nos concitoyens en encourageant une agriculture de proximité, paysanne et bio
    D’associer pleinement, et tout au long du mandat, les citoyen.ne.s à l’élaboration de la prise de décision dans notre région, avec notamment la participation citoyenne en amont des politiques publiques, les référendums d’initiative citoyenne et les budgets participatifs.

Notre région est attractive et dispose de tous les atouts pour devenir un territoire à l’avant-garde du “monde d’après” que l’ensemble des citoyen.ne.s engagé.e.s veulent construire.

En effet, déjà, nous nous organisons : des marches pour le climat, en passant par le mouvement des gilets jaunes, les mobilisations étudiantes, ou celles pour l’emploi, les retraites et la défense des services publics de santé et d’éducation, la mobilité pour toutes et tous. De l’entraide alimentaire, aux luttes pour l’égalité femme / homme, contre le racisme et les discriminations, ou encore l’aide aux réfugiés, nous sommes nombreu.ses à être mobilisé.e.s et disponibles pour prendre notre part à l’indispensable transformation de notre région.

Pour porter cette alternative, et face au gouvernement qui aggrave la situation, nous estimons qu’il est de notre responsabilité d’être rassemblé.e.s autour d’un mouvement large, inclusif et porteur d’espoir.

Nous appelons tou.te.s les citoyen.ne.s et les organisations écologistes, sociales, régionalistes et de gauche à faire vivre cet appel et prendre part au mouvement.

Bâtissons ensemble un nouveau projet afin de dynamiser notre région et nos départements !

Premiers signataires :

Christophe ALBERTINI – Place publique – 13 Marie-José ALLEMAND – Première secrétaire fédérale du PS des Hautes-Alpes – 05 Patrick AMICO – Adjoint au maire au logement – Marseille – 13 Hervé ANDRES – Militant pour les droits humains et pour les mobilités non polluantes – 06 Ariane ASCARIDE – Actrice – 13 Joël AUBERT – Retraité de l’aéronautique – 04 Jérémy BACCHI – Sénateur – Secrétaire PCF13 Mounia BANDERIER-ZAHIR – Place publique – 13 Sébastien BARLES – Adjoint au maire à la transition écologique – Marseille – 13 Benoit BAUDRY – Membre de la convention citoyenne pour le climat – 13 Leila BECARD – Adjointe Mairie 1/7ème – Marseille – 13 Delphine BELHOMME – Syndicaliste – 13 Lobna BEN HASSINE – Professeur – 13 Samy BENFERS – Conseiller municipal Marseille – 13Lamine BENMAA – Syndicaliste étudiant – 13 Nacera BENMARNIA – Adjoint au maire de Marseille – 13 Jean Luc BENNAHMIAS – Député européen 2009/2014 – 13 Christian BERNEZET – Génération.S – 83 Jimmy BESSAIH – Enseignant en gestion et protection de la nature – 13 Aldo BIANCHI – Marseille et moi – 13 Jean-Marc BLUY – Adjoint à la maire d’Avignon – 84 Daniel BŒUF – Président d’une maison d’enfants à caractère social – GRS 13 Loïc BONNIER – Membre du Parti Pirate, Conseiller d’arrondissement premier secteur de Marseille – 13 Isabelle BORDET – Adjointe au maire du premier secteur de Marseille – 13 Bernard BORGIALLI – Cheminot, syndicaliste – 13 Camille BORIES – Génération.S – 06 Christian BOSQ – Conseiller municipal Marseille – 13 Paul BOUFFARTIGUE – Chercheur en sociologie – 13 Jacques BOULEISTEX – Astrophysicien – 13 Sylvaine BOURQUIN – Militante altermondialiste – 06 Géraldine BOYER – Membre du Bureau exécutif national EELV Véronique BRAMBILLA – Conseillère municipale de Marseille – Nouvelle Donne – 13 Zohra BRIAND – Gilet Jaune – 06 Barbara BROUCHOS – Ensemble ! – 13 Magali BRUNEL – Universitaire, élue à Toulon – 83 Marilyne BRUNET – Enseignante, gilet jaune – 83 Christian BRUSCHI – Réinventer la Gauche – 13 Christophe BUGNANI – Marin de commerce – 13 Catherine BUSSAT – Place publique – 13 Noam CABES – Metteur en scène, Président de l’Aprova 84 – 84 Philippe CAHN – Adjoint au maire du premier secteur de Marseille – 13 Dominique CALMET – Association de protection de l’environnement – 83 Sophie CAMARD – Maire du premier secteur de Marseille – 13 Yves-Marie CARDINE – Lutte pour la fermeture de l’aéroport d’Avignon – 84 Margaux CARENZO – Militante associative de l’éducation populaire – 06 Odette CASANOVA – Ancienne députée du Var – Ancienne Vice-Présidente du Conseil Régional – Féministe – 83 Elvira CEREZO – Graphiste – 84 Samia CHABANI – Sociologue, Militante associative – 13 Chantal CHASSERIAUD – Conseillère municipale du Cannet – 06 Nora CHOUBANE – Génération.S – 06 Edith CHOURAQU – Militante pour l’accès à la culture – 04 Florence CIARAVOLA – Ensemble ! – 06 Dominique CLARAZ – Nouvelle Donne – 13 Daniel CLERC – Agriculteur Bio – 84 Jean-Pierre COCHET – Conseiller municipal Marseille – 13 Stéphane COPPEY – FNE 13 – 13 Jean-Marc COPPOLA – Adjoint au maire à la culture – Marseille – 13 Elie CORDIER – Porte parole mouvement Gap Autrement – 05 Jimmy COSTE – GRS – 83 Francine DAERDEN – EELV – 05 Mireille DAMIANO – Tête de liste de Viva à Nice – Avocate – Syndicaliste – Militante des droits de l’homme – 06 Marc DAUNIS – Ancien Sénateur-Maire de Valbonne – 06 Agnès DAURES – Contrôleur fiscal – 13 Anne-Lise DEL MALANDRINO – Infirmière – Gilet jaune – GdS – 04 Marianne DE POURQUERY – Retraitée – Responsable du collectif de solidarité avec les réfugiés de Sisteron – 04 André DE UBEDA – Co-secrétaire PCF 83 Pauline DELAGE – Ensemble ! – 13 Arnaud DELCLASSE – Responsable de coopérative – GRS – 06 Nicole DELFINO – Co-secrétaire PCF 05 Annick DELHAYE – Ancienne vice présidente du Conseil Régional PACA – 13 Ninuwé DESCAMPS – Conseillère municipale de Pourrières – 83 Éric DESHAYES – Adjoint à la maire d’Avignon – Génération.S – 84 Pierre DHARREVILLE – Député BDR – 13 Marane DOMEIZEL – Adjointe au maire de la Tour d’Aigues – Génération.S – 84 Claude DOMEIZEL – Sénateur honoraire – 04 Jérôme DUBOIS – Maire de Volx – 04 Olivier DUBUQUOY – Chef de file EELV aux élections régionales – 83 Jacqueline DURANDO – Défense des services publics – GRS – 13 Rémy DUTHERAGE – Co-Référent Nouvelle Donne Bouches du Rhône – 13 Agnès DUVERNEY – Génération.S – 84 Capucine EDOU – Génération.S – 13 Jean-Claude EYRAUD – Responsable économie solidaire et sociale – 05 Christine FALLER – Professeure – 83 Clémentine FARDOUX – Ensemble ! – 13 Farid FARYSSY – Avocat – 84 Hervé FECCHINO – Militant syndical cheminot (ER) – 83 Barbara FIORINI-BEKALI – EELV – 13 Charlène FLEURY – Militante climat – 13 Loïc FORTUIT – Enseignant, Syndicaliste – 06 Esther FOUCHIER – Militante féministe – 13 Philippe FOULQUIE – Militant culturel – 13 Loïc GACHON – Maire de Vitrolles – 13 Xavier GARCIA – 1er Secrétaire fédéral du PS – 06 Audrey GARINO – Adjointe au maire à la solidarité – Marseille – 13 Patrick GARNON – Conseiller municipal de Manosque – 04 Jean GATEL – Ancien secrétaire d’état – 84 Pierre-Fabrice GIOVANAZZI – Enseignant – 06 Mathilde GIRAUD – Restauratrice – 05 Hélène GOLDET – Militante associative – Groupe réinventer la gauche (RLG) – 13 Anthony GONCALVÈS – Cancérologue, Professeur des universités – 13 Josette GONZALES – Avocate, Responsable association contre les violences conjugales – 13 Denis GRANDJEAN – Conseiller municipal d’Aubagne – EELV – 13 Elyane GRANGIER – Foll’avoine, collectif anti OGM et anti pesticides – 84 Patrick GRIMALDI – Conseiller municipal Istres, Conseiller métropolitain – GRS – 13 Robert GUEDIGUIAN – Réalisateur – 13 Aïcha GUEDJALI – Conseillère municipale déléguée Marseille PM – GRS – 13Eliane GUIGO – Co-secrétaire du PCF 06 Julien GUIMARD – Vallée du Gapeau en transition – 83 Haouaria HADJ CHIKH – Conseillère départementale 5éme canton Marseille – GRS – 13 Fabienne HALOUI – Conseillère municipale d’Orange – 84 Houria HANNACHI – Militante quartiers populaires Aix – 13 Cécile HELLE – Maire d’Avignon – 84 Nancie HERBIN – Génération.S Var – 83 Anne-Sophie HERREWYN – Infirmière, gilet jaune – 13 Jean HERTSCH – Maire de Fos sur Mer – 13 Christophe HUGON – Parti pirate – 13 Pierre HUGUET – Adjoint au maire à l’éducation de Marseille – 13 Michel INGRAND – Agriculteur-forestier – 05 Robert INJEY – Directeur “Patriote Côte Azur” – 06 Rémy JEAN – Ensemble ! – 13 Samy JOHSUA – Ensemble ! – 13 Catherine JOUANNEAU – Enseignante, Syndicaliste – 83 Chadly KARAMANE – Responsable associatif Marseille Nord, créateur de Label Vie – 13 Annick KARSENTY – Militante féministe – 13 Marwan KHEBICHAT – Allons enfants – 84 Karim KHELFAOU – Médecin – 13 Sabrina LACHAL – Citoyenne en reconversion dans l’agriculture – 84 Martine LAFLUTTE – Place publique – 13 Alexandra LAMROUSSIA – Militante associative dans les quartiers populaires – 05 Fabienne LANGOUREAU – Enseignante – 06 Alexandre LATZ – Référent Place Publique – 13 Luc LEANDRI – Co-chef de file LFI aux élections régionales – 83 Pierre LECOMTE – Auto-entrepreneur, militant citoyen – 05 Pascaline LECORCHE – Référent Place Publique 13 Geneviève LEGAY – Militante altermondialiste – 06 Alain LEMOINE – Conseiller municipal du Beausset – Nouvelle Donne – 83 Gaëlle LENFANT – Conseillère municipale d’opposition – Aix en Pce – GRS – 13 Jean-Ronan LE PEN – Journaliste – Militant écologiste – Jacques LERICHOMME – Ancien Conseiller régional – 83 Jean Paul LEROUX – Ensemble ! – 05 Philippe LEROY – Conseiller municipal de Toulon – Toulon en commun – 83 Bernard LETERRIER – Ancien maire de Guillestre – 2008-2020 – 05 Odile LHERITIER – Enseignante – 13 Sylvain LIAUTARD – Président Forum Citoyen – 04 Arnaud LINARD – Co référent Génération.S des Alpes Maritimes – 06 Raymond LLORET – Fondateur du mouvement citoyen pour l’avenir d’Aubagne – 13 Nicole LORANT – Magistrate honoraire – 13 Marie-Line LYBRECHT – Adjointe au maire du premier secteur de Marseille – 13 René-Paul MAGES – Militant Nouvelle Donne – 83 Natacha MALET – Cheminote, syndicaliste – 13 Giampiero MANCINELLI – Adjoint au maire du premier secteur de Marseille – 13 Dominique MANIGAND-GORZALA – Militante Nouvelle Donne – 06 Elsa MARGUERITE – Etudiante en master santé, environnement et politique – 05 Nathalie MARIN – Cheminote – 83 Eugénia MARINE BARJOAN – Médecin de santé publique – 06 Jean-Alain MAZAS – 1er Adjoint au maire de Suzette – GdS – 84 Nora MEBAREK – Députée européenne – 1ère Secrétaire fédérale du PS des Bouches-du-Rhône – 13 Christophe MERLINO – Responsable association de parents d’élèves – 13 Marina MESURE – Co-cheffe de file LFI aux élections régionales – 13 Florence MILLER – Militante écologique (contre la bétonisation des rives du Rhône) – 84 Natacha MONDONGOU – Infirmière – 13 Karim MOUACI – Fiscaliste, chef d’entreprise – 13 Valérie MOUETTE – Citoyenne – 05 Chantal MOUTET – Ancienne Conseillère municipale du Pradet – 83 Laurent MUCCHIELLI – Sociologue, directeur de recherche au CNRS – 13 Ibrahim MZE – Militant éducation populaire – 13 Jean-Pierre NADDEO – Place publique – 05 David NAKACHE – Militant des droits de l’homme – 06 Marie-Luz NICAISE – Ancienne Conseillère municipale de Nice – 06 Jean-Jacques NOIZAT – Place publique – 13 Alice ODIOT – Réalisatrice – 13 Alexia OHANNESSIAN – Place publique – 13 Djelloul OUARET – Conseiller municipal de Septèmes – Responsable d’association éducation populaire quartiers prioritaires – 13 Franck PARA – Conseiller municipal de Manosque – GRS – 04 Jean-Marc PARODI – Retraité – Ancien syndicaliste – 04 Christian PELLICANI – Président national MNLE – 13 Marc PENA – Président du groupe “Aix en Partage” au Conseil municipal d’Aix en Pce – 13 Emmanuel PERREAU – Urbaniste – 13 Michel PHILIPPO – Militant pour la décarbonation du BTP – 05 Vanessa PICARD – Militante – 05 Hervé PIGHIERA – Une marche pour l’environnement – 04 Hélène POTHEAU – EELV – 84 Joël PRUVOT – Refuges solidaires – 05 Aurore RAOUX – Conseillère départementale 13 Olivier REPELLIN – Place publique – 13 Laurent RICHARD – Enseignant – 83 Younès RIFAD – Conseiller d’arrondissement du premier secteur de Marseille – 13 Virginie ROCHE – Adjointe au maire du premier secteur de Marseille – 13 Thomas ROLLER – 1er Secrétaire fédéral du PS – 83 Valérie ROMBONI – Conseillère Municipale de Six fours – GRS, agent immobilier – 83 Roger ROUX – Syndicaliste paysan – 06 Michèle RUBIROLA – Première adjointe au maire de Marseille – 13 Nicole RULLAN – Maire de Correns – 83 Nicolas RUTILY – Citoyen engagé pour Marseille – 13 Gil SAUSE – Militant Nouvelle Donne – 04 Lara SCHAFER – Militante syndicale, lutte des femmes de chambre – 13 Irène SCHAUB – Co-Référente Nouvelle Donne Bouches du Rhône – 13 Philippe SENEGAS – Ancien Directeur régional de l’environnement et militant des droits de l’homme – 13 Julien SORET – Co référent Génération.S – Marseille – 13 Lucien STANZIONE – Sénateur du Vaucluse – 84 Laure SURROCA – Co référente Génération.S – Aix en Pce – 13 Jeanne THIEMONGE – EELV – 06 Floriane TOUATI – Étudiante – 13 Laurent TRAMONI – Enseignant, syndicaliste – 13 Paola VALENTI – Administratrice Mobilités Alpines – 04 Christine VANDRAME – Ballon rouge – 13 Alain VIDEAU – Ingénieur retraité, Militant Nouvelle Donne – 83 Marie-Anne VOLLAND – Militante Nouvelle Donne – 84 Marc VUILLEMOT – Ancien Maire de La Seyne et ex-vice président de TPM – GRS – 83 Daniel VUILLON – Membre fondateur des AMAP en France – 83 Germaine WATINE – Co-fondatrice de SOS Femmes – 13 Katia YAKOUBI – Militante associative dans les quartiers populaires – 13 Joëlle ZASK – Philosophe – 13

Type:  Article Lundi, 1 Février, 2021 - 11:51 Elections
François Calaret