L’écologie doit devenir l'enjeu de luttes populaires

5 jours 4 heures ago

Nous n’en finissons plus de battre des records : 60% d’abstention en moyenne pour l’une des dernières élections qui avait du sens aux yeux des Français ! Les regrets du pouvoir en place sur le très fort taux d’abstention lors des élections municipales sont bien convenus… Alors que le phénomène ne date pas d’hier et s’aggrave de façon aussi continue que vertigineuse, sa décision d’organiser un second tour dans des conditions totalement chaotiques n’a pas été infléchie. Mais ne nous cachons pas la réalité : si ces circonstances ont sûrement aggravé l’abstention, elles ne l’ont pas créée.

L’écologie est devenue pour beaucoup l’une des ultimes raisons qui motive cet acte citoyen. Le succès des listes s’en réclamant de façon prioritaire l’atteste. La conscience de l’urgence climatique a gagné la société, toutes tranches d’âges et toutes classes sociales confondues. Mais cette préoccupation n’a pas, pour chacun, la même incidence. Les jeunes, que l’on voit pourtant si actifs dans les mobilisations sur le climat, dans des mouvements de refus de surconsommer, de manger de la viande, de prendre l’avion, de s’inscrire dans des métiers inutiles… ont très peu pris part au vote. Seuls 28% des 18-34 ans se sont rendus aux urnes dimanche dernier. Les catégories populaires se sont également largement tenues en retrait de ce scrutin – jusqu’à 80% d’abstention dans les quartiers populaires –, alors même qu’elles sont les premières impactées par les conséquences d’un univers dégradé, fait de pollutions et de malbouffe. Et bien sûr qu’elles le savent, en souffrent pour elles-mêmes et pour leurs enfants et le vivent comme une incroyable injustice.
De l’adhésion des jeunes et des classes populaires

Il est devenu banal de dire qu’il ne faut pas opposer fin du monde et fin du mois. C’est une réelle avancée mais, pour que ces deux combats se rapprochent politiquement, il faut s’interroger sur la déconnexion entre montée en puissance de l’écologie et participation démocratique atone des jeunes et des classes populaires. Il n’y a aucune chance que nous parvenions à opérer les bouleversements sociaux et écologistes nécessaires dans notre organisation sociale sans leur adhésion, leur participation. Leur force et leur énergie en sont une condition sine qua non. L’accord social, et donc politique, pour mener cette révolution doit nous obséder. A défaut, en 2022, il se pourrait bien que Macron et Le Pen s’affrontent à nouveau dans un duel de plus en plus serré qui nous éloigne de ces objectifs vitaux pour nous plonger dans le chaos. Pour qu’il en soit autrement, l’écologie doit devenir un enjeu de luttes populaires et de conflictualité dans le débat public. S’il en est autrement, si l’écologie apparaît comme le combat des centres urbains et des plus privilégiés, soit le retrait des classes populaires et de la jeunesse s’aggravera, soit le projet politique écologique sera ramené à ce qu’il n’est pas, un sujet pour les citadins aisés, et nous perdrons le combat de notre temps… Or nous n’avons pas le droit de perdre.

Cette responsabilité incombe en premier lieu à ma famille politique, celle qui se réclame du combat pour l’égale dignité et l’émancipation humaine. Depuis deux siècles, elle a pris la forme de batailles intimement sociales et politiques, radicales et démocratiques. Le mouvement ouvrier, le syndicalisme, la gauche, le socialisme et le communisme l’ont incarné. Tous sont aujourd’hui en situation de grande fragilisation. Pas seulement en France mais dans toute l’Europe. Leur effacement n’arrêterait pas le combat séculaire pour l’égalité et la liberté mais nous y perdrions sans aucun doute en culture, en histoires vivantes, en force. La reformulation politique pour être en phase avec les défis de notre époque ne peut être que le fruit d’un sérieux travail qui associe toute notre famille d’idées, qui réunissent intellectuels et syndicalistes, activistes et artistes. Nous avons à dénouer des contradictions – décroissance de certains secteurs/emploi, taxes sur le diesel/réalité du développement territorial, lutte contre la malbouffe/prix du bio – qui ne sont pas indépassables mais nécessitent d’affûter nos réponses. Nous ne partons pas de rien mais nous avons encore bien du chemin à parcourir.

Initiative citoyenne et transformation sociale

Il y a un an, à l’issue des élections européennes, j’exprimais avec ma collègue Elsa Faucillon, députée communiste des Hauts-de-Seine, mes inquiétudes sur l’atomisation au sein des gauches et des écologistes. Depuis, nous n’avons pas beaucoup avancé. Les divisions nous rongent et nous épuisent. Les belles victoires emportées à Marseille, à Corbeil-Essonnes ou à Trappes, les belles dynamiques retrouvées à Toulouse et dans tant de petites et moyennes villes partout en France… ont toutes pour base de l’initiative citoyenne conjuguée avec un rassemblement de formations politiques portant la transformation sociale. Si elles ne donnent pas toutes les clés pour la suite, ces réussites donnent de l’espoir. Il faut inventer à l’échelle nationale une façon d’ouvrir nos espaces politiques à l’élan citoyen et solidaire, que l’on a d’ailleurs vu se déployer de façon impressionnante face à la crise sanitaire, et de créer des alliances politiques dont le curseur permettra de mobiliser le monde populaire et la jeunesse.

Clémentine Autain députée de Seine-Saint-Denis (Ensemble-insoumis)

Type:  Article Mercredi, 8 Juillet, 2020 - 22:59
François Calaret

La révolution sociale et écologiste ne peut se passer du monde populaire et de la jeunesse

1 semaine 3 jours ago

Les résultats des élections municipales nous engagent un peu plus dans la descente aux enfers de participation. Cette chute libre vient de loin. Si la crise sanitaire et sa gestion par le pouvoir en place ont rendu plus difficile encore la mobilisation électorale, nous sommes face à une grève du vote désormais structurelle, même pour l’une des élections les plus prisées jusqu’ici par les Français. Dans les quartiers populaires, certains bureaux ont enregistré plus de 80% d’abstention. La tenue à l’écart de ce scrutin du monde populaire s’ajoute celle de la jeunesse. Seuls 28% des 18-34 ans se sont rendus aux urnes dimanche dernier. Et plus on est éloignés des grandes villes, moins on vote. Il faut prendre toute la mesure de ce constat qui est la première leçon de ce scrutin.

Le pouvoir en place a enregistré une raclée électorale. Il a par ailleurs montré son vrai visage à travers les alliances nouées dans tout le pays : et de droite, et de droite. La victoire personnelle d’Édouard Philippe fonctionne comme l’arbre qui cache la forêt. C’est aussi une indication possible sur l’appréciation des électeurs qui préfèrent finalement l’orignal à la copie.

La percée écologiste est une donnée importante de dimanche dernier. Elle vient confirmer le résultat du scrutin européen. C’est dans le cadre de larges alliances, citoyennes et politiques à gauche, que des têtes de liste EELV ont pu créer l’espoir à Tours, à Marseille, à Strasbourg… L’importance accordée à la crise climatique et aux enjeux écologistes – lutte contre les pollutions, développement des transports publics et du vélo, qualité de l’alimentation, sobriété énergétique, jardins partagés… – est une belle nouvelle. Mais nous aurions terriblement tort de ne pas regarder en face une réalité problématique pour mener à bien la transformation sociale et écologiste, à toutes les échelles. Car sans le monde populaire et la jeunesse, la révolution nécessaire restera introuvable. Si l’écologie apparaît comme le combat des habitants aisés de centre-urbains, nous irons droit dans le mur. C’est pourquoi l’articulation entre le social et l’écologie est d’une brûlante actualité. Pour ce faire, nous avons à dénouer des contradictions – décroissance de certains secteurs/emploi, taxes sur le diesel/réalité du développement territorial, lutte contre la malbouffe/prix du bio – qui ne sont pas indépassables mais nécessitent d’affuter nos réponses. Nous avons également à rassembler là où le paysage des gauches et des écologistes apparaît éclaté. Nous ne partons pas de rien mais nous avons encore bien du chemin à parcourir…

Clémentine Autain

Type:  Article Vendredi, 3 Juillet, 2020 - 07:18 Politique
François Calaret

Quand la « générosité » coule à gros sanglots…

1 semaine 3 jours ago

 

Etienne Adam & Pierre Cours-Salies  (30 juin 2020)

La mode présidentielle  est à l’attention aux plus fragiles et à l’environnement.

Parmi les promesses qui promettent de se réaliser, la création d’un revenu universel d’activité. Le Président l’a bien dit : « L’intervention de l’Etat dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté est une composante essentielle des droits de l’homme ».
Une réforme des minima sociaux doit être retravaillée pour satisfaire aux objectifs d’amélioration de l’accès aux droits sociaux et de simplification du système de prestations sociales…

Avant de dire « encore de belles promesses » sans porter une grande attention aux situations réelles de misère, soyons attentifs à ce qui se décide. Nous ne pouvons pas nous désintéresser des minimas sociaux, il y a urgence sociale. Nous ne pouvons laisser ce terrain au secteur social institutionnel ou aux organisations caritatives qui jusqu’à présent ont été les seules à agir  sur ce terrain.

Pour cela, simplement, donnons à lire un document qui n’est pas issu de milieux militants radicaux. Il s’agit  de l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).
Une critique, en résumé : « Si la réforme des minima sociaux est bienvenue, elle doit être retravaillée pour satisfaire aux objectifs d’amélioration de l’accès aux droits sociaux et de simplification du système de prestations sociales. La CNCDH rappelle notamment que, contrairement à ce que sous-tend en l’état la réforme, l’accès aux prestations sociales ne doit pas être conditionné à la réalisation de “ devoirs “. Elle recommande donc la reprise des concertations et insiste sur l’importance de revaloriser les prestations sociales et d’inclure les 18-25 ans et les étrangers en situation régulière parmi les bénéficiaires, afin de garantir le droit à un niveau de vie suffisant consacré par le Préambule de 1946 ».

Pour ne pas être accusé de sombrer dans un populisme basiste, citons seulement un peu l’introduction de ce document qui résume la démarche suivie qui ne se résume pas à une approche enfermée dans la technique juridique mais part des principes fondamentaux pour aboutir à une démarche de démocratie active avec une grande place pour les  premier-éres concerné.es

« Introduction
1. L’intervention de l’Etat dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté est une composante essentielle des droits de l’homme. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) est déjà largement intervenue sur ce sujet, en particulier dans son Avis relatif à l’approche fondée sur les droits de l’homme du 3 juillet 2018 (i). Elle s’est donc autosaisie du projet de création du revenu universel d’activité (RUA), qui fait l’objet de concertations toujours en cours, le cinquième cycle étant à venir, afin d’assurer son rôle de conseil en apportant un éclairage fondé sur les droits de l’homme.

2. En termes de politique publique, le projet de RUA a fait l’objet d’une concertation avec les administrations, les collectivités, les syndicats et les associations actives sur ces questions. Si ce processus ne se veut pas une négociation, il a cependant permis l’expression de constats partagés et a aussi révélé les profonds désaccords entre acteurs.

3. La CNCDH regrette cependant que la concertation n’ait que trop peu impliqué les personnes en situation de pauvreté. Bien que d’intéressants outils de démocratie participative aient été développés (ateliers, consultation en ligne et jurys citoyens) (ii), la concertation ne s’est qu’insuffisamment fondée sur l’expérience des personnes concernées, vivant des minima sociaux, et n’a pas mis en place les conditions de leur participation effective. Celle-ci aurait été cruciale, car nul mieux qu’eux ne peut distinguer les lacunes d’une politique de lutte contre la précarité, destinée à garantir aux plus démunis des possibilités de vivre décemment. Le Gouvernement s’est ainsi privé de leur expérience.

Recommandation n° 1 : La CNCDH recommande que toute réforme de politique sociale bénéficie de l’expérience et de la participation des premiers intéressés et des organisations les représentant, à même d’identifier les forces et les faiblesses du projet ».

Rappelons  « l’auteur » de ce texte.

Assimilée à une Autorité administrative indépendante,  la CNCDH est une structure de l'Etat qui assure en toute indépendance, auprès du Gouvernement et du Parlement un rôle de conseil et de proposition dans le domaine des droits de l’Homme, du droit et de l’action humanitaire et du respect des garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques. Elle est composée de 64 personnalités et représentants d’organisations issues de la société civile. Elle est le reflet de la diversité des opinions s’exprimant en France sur les questions liées aux droits de l’homme et du droit international humanitaire.
Nous ne sommes plus à l’époque des « médecins-philanthropes » du 19e, pourtant.

Après deux siècles de luttes,  une  question centrale reste  posée : pour rendre  effective la démocratie que doit être un minima social, un niveau de ressources qui ne nierait pas la qualité de citoyen-ne pour les « bénéficiaires »,  présentés comme une charge pour tous les autres salarié.e.s. Pour cacher qu’ils et elles sont des millions de victimes du système capitaliste, ces morceaux d’une « armée de réserve »… 
Inutile ici de développer les revendications du mouvement des chômeurs et précaires ou les propositions que nous avons mises dans le débat dans le cadre du texte « Plan de sortie de crise » porté par les organisations du mouvement social qui a dans ses propositions « l’augmentation massive des minimas sociaux »
Mais diffusons ces longues analyses critiques du travail et du social  selon Pénicaud et Macron.

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=C1E7F08342075CD...

Type:  Article Vendredi, 3 Juillet, 2020 - 07:15 Luttes sociales
François Calaret

Travail, revenus, salaires : pour une sécurité sociale universelle !

1 semaine 4 jours ago

Alors que l’économie s’est arrêtée brusquement avec l’épidémie COVID 19, la question posée à des millions de personnes et à des familles a été immédiate : de quoi allons-nous vivre ? Dans cette situation, les débats sur le « revenu universel », le SMIC et le RSA, le « seuil de pauvreté », le « salaire à vie », reviennent au premier plan.

Beaucoup de personnes ont été plongées dans la pauvreté, avec un rationnement des dépenses parfois les plus essentielles. La faim a fait sa réapparition. Avec la fermeture des cantines scolaires, les parents avaient des difficultés à assurer des repas corrects et des enfants ont été mal nourris. Des personnes âgées isolées ne pouvaient pas sortir et risquaient une mise à l’écart de la société. Les jeunes ont été contraints à une dépendance matérielle accrue envers le cadre familial.

Cependant, un effondrement complet des moyens de vivre a été évité par la combinaison de droits sociaux existant, automatiquement actionnés ou mis en œuvre. Ces droits sont le résultat de conquis sociaux depuis longtemps, arrachés au système capitaliste. Mais certains d’entre eux sont fragiles, conditionnés, soumis à des critères d’âge ou familiaux, ou sont tout simplement supprimés quand l’activité s’arrête. Il n’y a donc pas de droit garanti inconditionnel, malgré le préambule de la Constitution, qui proclame « le droit à des moyens convenables d’existence », lui-même issu de la Révolution française.

Quels sont ces droits ?

Certains sont à base de salaire et d’autres à base d’allocations publiques :

* Les retraité-es ont bien sûr continué à toucher leurs pensions, souvent liées à leur salaire d’activité.

* Près de 10 millions de salarié-es ont perçu une allocation de « chômage partiel » (84% du salaire net, 100% pour les smicards). Mais qui a payé cela ? Pas les patrons, qui ont été remboursés à 100% de l’avance de salaire. C’est donc l’Etat pour 67% de la dépense et l’Unedic pour 33%. Les patrons, grands ou petits, n’ont donc rien payé. Certains ont d’ailleurs déclaré au chômage partiel des personnes précaires, mais obligées de travailler par crainte d’être licenciées. Un vol pur et simple de plusieurs milliards d’euros.

* Les chômeurs et chômeuses ont vu leurs droits (souvent très faibles) prolongés pendant la période. Le véritable coup de bambou contre les droits des chômeurs que représentait la nouvelle « réforme » de l’assurance-chômage (qui devait débuter le 1er avril) a été évité provisoirement, puisqu’elle a été repoussée en septembre 2020 : plus d’un million de sans emplois verraient leurs droits diminuer en moyenne de plus de 20%. Une attaque brutale sans précédent.

* Les intérimaires (qui ne sont pas dans le régime général de l’Unedic, mais dans une annexe) qui ont des contrats de moins d’un mois n’ont pas droit au chômage partiel. Ce qui occasionne des baisses de revenus entre 40 à 60% selon la CGT intérim. De même, les « saisonniers » ont vu leur travail stoppé net avec le confinement, sans pouvoir accéder au chômage (le minimum d’heures annuel pour l’accès aux droits n’étant pas atteint). Les personnes travaillant dans « l’évènementiel » (cérémonies, fêtes…) se sont vues privées de toute rémunération, du jour au lendemain.
* Celles et ceux qui ne peuvent pas ou plus bénéficier des allocations-chômage et qui ne touchaient que le Revenu de solidarité active (RSA) ou l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) ont continué à les percevoir, mais leur niveau est très faible (autour de 550 euros, moins encore pour l’ASS), bien en-dessous du « seuil de pauvreté » officiellement établi à 60% du salaire médian. Soit 1041 euros.

* Mais les jeunes de moins de 25 ans (sauf exceptions) n’ont pas droit au RSA. Les étudiant-es se sont souvent retrouvés en grande détresse pendant le confinement. Toutes celles et ceux qui ne vivent que de petits boulots précaires très mal payés, ou pour quelques heures, n’ont tout simplement rien touché, car ces travaux-là ont fermé. Et la majorité des « petites mains » qui permettent à la société de tourner quand même sont des femmes : aides à domicile, EPHAD, alimentation, magasins…
Le confinement et l’arrêt de l’économie ont donc amoindri ou stoppé les ressources pour des millions de personnes. Des droits sociaux continuent à fonctionner-heureusement-mais il n’y a pas de droit général et universel au maintien (ou à l’accès à) des ressources et notamment des salaires.

On le voit : il y a deux séries de mesures à prendre. Des mesures d’urgence pour assurer immédiatement la continuité des moyens de vivre. Et des mesures structurelles pour assurer à long terme, de manière automatique et inconditionnelle, une sécurité des ressources.

C’est la raison pour laquelle la demande d’un « revenu universel » a repris de la vigueur dans le débat public. Cette proposition existe depuis longtemps. Défendue pendant la campagne présidentielle de 2017 par B. Hamon, elle est un marqueur fort de Générations.s et de EELV. Discutons-en.

Notre réponse : universaliser la Sécurité sociale. Pourquoi et comment ? 

Pour beaucoup de jeunes condamnés à vivre sans ressource ou à l’aide d’expédients, alors qu’ils font leurs études, ou sont en recherche d’emploi stable, le revenu universel semble une planche de salut. En effet, le droit au salaire leur est refusé. Être en formation n’est pas considéré comme un travail donnant droit à un présalaire. Ces jeunes sont donc contraints de se salarier dans une grande précarité (McDonald’s, etc.) ou de s’affilier à la plate-forme Déliveroo. Pourquoi ne pas avoir droit au moins au RSA, puisque son ancêtre le Revenu minimum d’insertion ou RMI était justifié dans la loi (1988-89) et la Constitution par le « droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence » ?

Quant aux jeunes sortis des études, ils et elles sont obligé-es, souvent jusque vers 27 ou 28 ans, à démontrer leur « employabilité » avant d’accéder à un travail réellement payé.

Certains jeunes estiment aussi (à juste titre) que le travail salarié subordonné (selon le modèle parental observé) n’est pas attractif en raison des conditions de plus en plus inhumaines exigées par le management néolibéral : toujours plus de productivité, avec des contrôles personnalisés, des primes humiliantes. Et qui plus est nullement protégé mais continuellement menacé (délocalisations, restructurations, licenciements). Comment oublierions-nous que ces situations ont été imposées par une trentaine d’années par le patronat et les ‘services sociaux’ du Ministère. Préférez-vous l’intérim et le chômage où un travail personnel pour lequel des aides sont prévues ? Alors ils choisissent l’auto-entreprenariat en lui conférant une espérance de liberté que n’aurait plus le salariat. Ils préfèrent se soumettre aux plates-formes numériques à distance (Uber, Deliveroo…) en pensant échapper aux normes du salariat hiérarchiquement codifié. Mais ils constatent très vite que leurs revenus sont aléatoires (ainsi Deliveroo ne cesse de modifier vers le bas ses tarifs de courses). Alors un « revenu universel » peut apparaitre comme une avancée, avec un plancher de revenu garanti.

Plus généralement, dans une situation où le salariat est de moins en moins une sécurité, ou n’offre que peu d’horizon émancipateur dans le travail effectué, certains estiment qu’un revenu minimum d’existence permet une garantie de ressources pour voir l’avenir : créer une activité valorisante, s’investir dans un travail « utile » même à temps partiel, avoir le moyen de se former, etc.

C’est d’autant plus vrai que la Sécurité sociale généralisée en 1945-46 n’a pas compris la sécurité professionnelle dans le travail, notamment le maintien du salaire. La question était envisagée (programme du CNR), mais elle a été écartée, pour des raisons non discutées politiquement. La Sécurité sociale maintient les ressources salariales lorsqu’on est en maladie, en maternité, et même en retraite, mais ne le prévoit pas vraiment avant 1958 (création de l’assurance-chômage) en cas de chômage, licenciement, reconversion d’usines ou de productions. Il existe maintenant des ébauches fragiles de droits dans cette direction, comme l’indemnisation du chômage partiel, ou les contrats de transition en cas de restructuration économique graves. L’assurance-chômage (UNEDIC) en était le parent pauvre, mise en place en 1958, avec une gestion paritaire, hors de la logique de la Sécurité sociale, gérée par une majorité de syndicalistes jusqu’à 1967. Mais à partir de 1982, elle n’a pas cessé de régresser. Les arguments qui ont présidé à la naissance du RMI en 1989 sont assez semblables à ceux qui défendent une version néolibérale du revenu universel : on donne un plancher de ressources, de plus en plus au conditionnel, et en exerçant une pression pour décrédibiliser la Sécurité sociale (voir le scandale de la réforme de l’assurance-chômage en cours).

Pour toutes sortes de raisons donc, la perspective d’un revenu universel de base conséquent peut être perçue comme un droit nouveau à défendre. D’autant plus que la conviction existe que la société est assez riche pour le garantir. Il suffit d’observer les inégalités de richesses, les très hauts salaires des uns, les paradis fiscaux des multinationales, les scandales financiers fréquents.

D’où viennent les richesses ?

Les richesses ostentatoires de certains, les grandes fortunes des autres, ou les petits jeux consacrés par les magnats de la finance mondiale à leurs placements, ou encore les moyens énormes des multinationales (Total, Sanofi, LMVH, Google, Amazon…) déployés pour dominer la planète, ne viennent pourtant que du travail effectué par des milliards de personnes mises au service du système. Et cela par la contrainte. Que ce travail soit salarié dans des usines, ou réalisé par les prescriptions des plates-formes numériques (Uber), ou même par des milliards de petits « clics » rémunérés sur des claviers d’ordinateurs effectués (quand vous en avez envie) pour Google, il y a toujours un donneur d’ordre qui a un pouvoir de domination sur ce travail humain grâce à son capital investi. Et il l’investit pour faire grossir son capital de départ. Cette machine sociale ne s’arrête pas et elle se réinvente sans cesse. Sauf si les personnes qu’elle domine décident que cela suffit, et s’arrêtent de travailler (grèves, luttes sociales). Ou plus encore en se mobilisant pour changer la société de fond en comble (émancipation collective, révolution) …

Certains défendent le « revenu universel » en prédisant que le travail « classique » va disparaitre (remplacé par des machines), et que donc le salariat va disparaitre aussi. Mais d’une part le travail peut être dominé et rapporter gros sans passer par le système juridique du salariat. C’est la domination économique qui permet l’accumulation de richesses d’un côté et la tendance au dénuement d’un autre côté. Le contrat de travail n’est qu’une technique juridique, certes dominante et ancienne (et positive lorsqu’elle s’accompagne de droits dans le Code du travail), mais qui peut être contournée, avec tout autant d’assujettissement.

Par ailleurs, en régime capitaliste, les machines ne produisent aucune richesse si elles ne sont pas actionnées. Autrefois elles l’étaient manuellement, bien plus qu’aujourd’hui. Mais on a vu pendant l’épidémie du COVID-19 que des millions de « petites mains » rendues invisibles dans la société des machines sont en réalité indispensables. Sans elles, rien ne marcherait. Mais même les machines doivent être surveillées, réparées, alimentées, et d’abord conçues. Pour contourner des luttes de classe, le patronat innove en machines permettant de mieux tirer du profit de salarié.e.s revendicatifs… Les innovations des années 1960 dégagent une capacité de production souvent dix ou douze fois supérieure, avec moins de salarié.e.s.  C’est une totale illusion de croire que la société capitaliste pourrait n’être bientôt qu’une accumulation de machines automatiques qui produiraient de la richesse sans intervention humaine. Certes les robots suppriment des postes (et parfois c’est tant mieux ; par exemple, peindre des voitures est dangereux chimiquement, il vaut mieux que des robots le fassent, même si la voiture doit être mise en cause en elle-même). Mais ils en créent ailleurs (produire les robots) et le mécanisme social s’entretient indéfiniment, quitte à licencier massivement à un endroit pour embaucher à moindre coût ailleurs, soit dans le monde, soit en France dans les régions choisies pour leur attractivité (avec les autoroutes nécessaires pour les camions, payées par la collectivité).

Comme l’explique l’économiste Michel Husson : « …il faudra montrer comment la fascination technologique…sert à diffuser une nouvelle idéologie selon laquelle l’emploi, le salariat, la protection sociale, la santé publique, les retraites par répartition seraient aujourd’hui dépassées. Il serait selon eux vain et réactionnaire de vouloir « faire tourner à l'envers la roue de l'histoire », plutôt que d’inventer les moyens de s’adapter au mouvement impétueux du progrès technologique » (Le grand bluff de la robotisation- A l’Encontre-2016). Il cite Ernest Mandel qui beaucoup plus tôt expliquait déjà : « L'automation générale dans la grande industrie est impossible en régime capitaliste ».

Donc si par pure hypothèse l’emploi disparaissait à cause de l’automatisation, il n’y aurait plus d’accumulation de richesse possible pour garantir par exemple un projet de revenu universel durable en régime capitaliste, ni d’ailleurs de capital. Le capitalisme ne peut absolument pas se passer du travail humain qu’il emploie à son service, quelle que soit sa forme juridique. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 60% de la main d’œuvre dans le monde travaille sous une forme juridique informelle, sans aucun droit social ni aucune protection.

Le but est donc d’arracher le pouvoir donné par l’accumulation de richesse au capitalisme, et de faire en sorte que le travail humain, où qu’il soit (entreprises ou plates-formes) soit libéré de toute domination et exploitation. Les possesseurs de capitaux servent à soumettre des millions de personnes à leurs décisions, imposant misères, épuisements et aussi consumérisme : leurs agents (P-DG, etc.) « planifient » en jouant des différences du monde globalisé : au sens strict ils donnent l’illusion de « pouvoir » mais ils ne produisent rien. Ils entretiennent leur pouvoir en donnant l’illusion qu’ils font des investissements utiles, au prix d’inégalités sociales structurelles et au prix de la destruction des conditions de vie sur la planète. Il leur est d’ailleurs impossible de faire autrement. Seule l’activité humaine libre est émancipatrice.

La pauvreté est … le résultat de la richesse

L’économie capitaliste fonctionne par le paiement d’employé-es à son service (sous diverses formes juridiques), en tentant continuellement de baisser les droits collectifs (exemple : retraite à point à la place de la retraite socialisée), et de mettre ses « employé-es » en concurrence : statuts, âge, genre, sans-papiers, travailleurs détachés...

Mais le système étant constamment en déséquilibre économique, il rejette périodiquement des masses de personnes en dehors de son fonctionnement « normal ». Ces personnes sont « de trop » pour le capitalisme. Elles sont appelées « surnuméraires », « inemployables », « exclus » ou tout simplement au chômage. Le chômage est consubstantiel au capitalisme développé. Pour qu’il y ait chômage, historiquement et socialement, il faut qu’il y ait un grand nombre de personnes contraintes à passer tout leur temps d’activité à être « employées » dans l’économie capitaliste. Avant que ne soit le cas, beaucoup de personnes alternaient le travail à l’usine et dans les champs, selon les saisons, dans le courant du 19ème siècle dans les régions françaises. Les capitalistes usaient d’une « armée de réserve » mobilisable à certaines saisons (faire des voies ferrées ou le terrassement du métro parisien quand le travail des champs est plus réduit…). Cela n’a plus été possible à un moment donné, il y eut divers types de « surnuméraires » et d’ « d’armées de réserve », et le chômage est né des soubresauts des crises et du souci patronal de stabiliser certaines couches de salarié.e.s.

En fait il y a tendanciellement deux catégories de personnes désignées « en trop » :
- celles qui sont encore « employables » pour peu qu’elles fassent la preuve qu’elles font des efforts pour s’adapter aux « emplois » estimés rentables pour le système : adaptabilité, compétence, disponibilité, pénibilité, petits salaires, petits boulots, temps partiel, précarité, etc. Les politiques européennes ont mis en œuvre des dispositifs de comparaisons vertueuses (benchmarking) entre pays pour qu’ils adaptent leur « marché de l’emploi » aux impératifs constamment changeant du néolibéralisme.  Paradoxalement, le maître mot néolibéral est souvent « développer l’emploi », ce qui signifie : adapter la main d’œuvre au capital pour produire de la richesse (productivité). C’est « l’armée de réserve » du système (selon l’expression de Marx).
- et celles qui sont définitivement hors-jeu, soit parce que trop nombreuses, soit qu’elles sont trop éloignées des normes de productivité exigées. Dans ce cas, ces personnes sont inutiles pour le système. Elles tombent dans la case sociale de la pauvreté structurelle. Le capital dit à l’Etat : « Occupez-vous-en, nous on ne paye pas ». Historiquement, il y a eu les « maisons de pauvreté » (Workhouse en Grande Bretagne : maisons de travail pour les pauvres). Elles hébergeaient les surplus de main d’œuvre inutiles au capital, dans des conditions misérables. La société distribue quelques revenus mais sous condition d’un travail contraint et indigne. On le voit aujourd’hui dans la mise sous condition du RSA, ou du futur Revenu universel d’activité (RUA) préparé par Macron par fusion envisagée des minima sociaux. Pour mieux dominer, la classe dirigeante divise et hiérarchise les salarié.e.s. Le rejet des « inemployables » sert à mettre une pression sociale énorme sur toutes les catégories : le « bas de l’échelle » fait peur et conforte la passivité voulue pour l’exploitation. Nous avons besoin de buts communs afin que cette mise en concurrence de statuts et de prestiges ne détruise pas les réponses de classe.

Or c’est bien à cela que nous assistons depuis l’irruption de la mondialisation néolibérale du capitalisme dans le dernier tiers du 20ème siècle. Pendant que le néolibéralisme a permis une accélération très forte des inégalités d’accumulations de richesses et de patrimoines pendant des décennies, à l’autre bout de la chaîne, les salarié-es ont vu leur part s’amoindrir dans la richesse produite et les « exclus » sont tombés dans la pauvreté, hors du salariat.  

En France, la lutte contre la « pauvreté » a certes été portée depuis les années 1980 par des associations militantes indignées du dénuement d’un flot grandissant de chômeurs-euses dont les droits ont été supprimés. L’assurance-chômage ne s’en occupait plus. Le patronat menace de se retirer de l’UNEDIC en 1982-83 en expliquant qu’il refuse de payer plus de cotisations. Le gouvernement Bérégovoy cède. C’est à partir de ces années que le système des droits des chômeurs a été scindé en deux : les indemnisations pour les « employables » pas trop éloignés du marché du travail, et une allocation de « solidarité » pour les autres (trop âgés, ou trop loin de l’économie productive), payée par l’Etat. Et c’est en 1988-89 qu’est né un outil de gestion publique de la pauvreté : le Revenu minimum d’insertion (RMI). C’est une allocation pour les « pauvres » et donc une « pauvre » allocation. En effet, on estime alors qu’un demi-SMIC environ est une ressource normale pour les plus éloignés de l’emploi. Il se créée deux sortes de « minimum » : le SMIC et le RMI (et bien sûr tout est fait ensuite pour interroger le SMIC trop élevé et le remettre en cause à petit feu !). Le débat sur les « minima sociaux » est devenu un débat public, à la place du débat sur le salaire et les qualifications. Plus les années ont passé, plus il est devenu tabou de parler salaire. Comme toujours, l’Etat a donné l’exemple en refusant d’augmenter (« désindexation », avec Delors) l’indice des salaires dans la fonction publique. Le salaire a été ringardisé. On a fait croire que cela venait du salariat lui-même, devenu obsolète à cause des restructurations industrielles incessantes (sidérurgie, automobile…) ou des progrès technologiques qui allaient tout bouleverser (les robots).

Libérer le travail, se libérer du travail dominé

Le néolibéralisme attaque le salariat et le travail sur deux fronts : le sens du travail et sa valeur reconnue.

Le management néolibéral détruit les métiers et le travail par des prescriptions absurdes (appelées « objectifs », reporting individuel, notations, entretiens, évaluations, intimidations, injonction de « culture » d’entreprise…) tout en faisant miroiter l’autonomie personnelle dans la manière de les atteindre. Dès lors surgit ce qui a été nommé « la souffrance », des conflits éthiques ou moraux sur la manière de travailler, sur le rapport aux autres, pouvant aboutir ultimement aux suicides. Le travail dénué de sens (ou indigne) finit par détruire aussi le sens de la vie, à la foi sur le plan personnel (car le travail structure la vie psychique) et sur le plan collectif : crise de la démocratie, irruption du cynisme, demande d’ordre, racisme.

Mais la crise du travail concret (de sa valeur éthique) est aussi intrinsèquement liée à la crise du travail-valeur (valeur économique). Plus le salaire est dévalorisé, nié, plus la portée émancipatrice du salaire comme part de valeur économique produite collectivement est remplacée par la récompense venant de la réussite individuelle : primes convoitées, achats d’actions, intéressement, assurances privées à la place de sécurité sociale. Et tant pis pour les perdants !

Il convient donc d’agir sur les deux fronts :

- démocratiser et autogérer le travail, le libérer des tutelles hiérarchiques, de la subordination : conquérir le droit de délibérer du travail, des règles collectives, des techniques utilisées, de protéger la santé, de définir des postes nouveaux, avec réduction du temps de travail et libération de temps libre, etc. Avec pour horizon de discuter d’une appropriation de l’usage des entreprises comme « commun » institué (sans propriété privée). Débattre de ce qu’elles produisent, pour quelle finalité, en lien avec une économie décarbonée et une société respectueuse de finalités humaines délibérées à tous les échelons pertinents.

- affirmer un droit au salaire dès l’âge de la majorité (les études et la formation sont un travail), socialiser le salaire comme appropriation collective de la richesse économique créée en commun (valeur ajoutée). Une part va aux ressources personnelles et une autre à la sécurité sociale élargie : santé, retraites, accidents, maternité, logements, formation pour les changements de production et de qualification nécessaires. Ainsi le salaire est assuré à vie.

Agir sur deux fronts, c’est d’ailleurs ce que des réflexions et pratiques syndicales trop peu connues ont commencé à faire. Du côté de la socialisation des revenus-salaires avec les propositions déjà anciennes de la CGT, de l’Union syndicale Solidaires et de la FSU, autour de la sécurité sociale professionnelle financée par une caisse des salaires, ou des cotisations sociales fortement revalorisées (contre la logique dominante de l’exonération). Cela débouche sur un renforcement du statut des travailleur-euses, au sens de garanties allant à l’encontre du marché concurrentiel de l’emploi en matière de progression salariale, de qualifications, de droits sociaux attachés aux personnes et non pas aux postes occupés. Ce qui correspond au système du statut de la fonction publique, ce qui ne signifie pas en faire un modèle intangible.

Mais les mêmes syndicats ont également commencé une réflexion sur le deuxième front : la critique du travail tel qu’il est soumis aux injonctions destructives du capitalisme néolibéral. Une pratique nouvelle du syndicalisme interroge le travail concret, à travers les « enquêtes-action », la recherche d’une élaboration plus démocratique des « revendications », la convergence avec les recherches universitaires. Des formes associatives se mettent en place entre syndicats, chercheurs-euses, associations, expériences de démocratie au travail visant des alternatives à la subordination.

Sécurité sociale universelle ou revenu universel ?

Il y a différentes acceptions du revenu universel :

* Si c’est une redistribution par les finances publiques, et donc par les impôts d’une majorité de la population travailleuse (quels que soit son statut juridique d’emploi : par les impôts directs et indirects), alors ce sont les titulaires de ce revenu qui en dernière analyse se le payent indirectement. Il s’agit d’une redistribution ou péréquation avec des ressources provenant des travailleurs-euses. Si aucune réforme radicale de la fiscalité n’est engagée, il n’y a quasiment aucune part (ou alors modeste) de la richesse globale née du travail général de la société qui est structurellement affectée à ce droit. C’est ce qui explique que des forces pro-libérales (ou de droite) envisagent cette réforme, car selon son mode de financement, elle les exonère d’une partie de la sécurité sociale par les cotisations prélevée directement sur la valeur créée. Par exemple les allocations de chômage et aussi tout ce qui est attribué aux minimas sociaux.

* Si par contre une réforme radicale de la fiscalité est engagée, s’attaquant aux plus riches, ou même prélevant les ressources à la racine même de la valeur (dès la production de celle-ci), alors n’est-il pas plus simple et plus clair de prélever directement cette part de la richesse sans passer par le détour fiscal ? C’est plus simple et plus clair pour une raison simple et claire : cela existe déjà. Il s’agit en effet d’une affectation directe de la valeur sous forme de cotisation sociale, ce qui équivaut à un pourcentage de la valeur ajoutée. Bien entendu, une réforme fiscale avec une progressivité très accrue des prélèvements est de toute manière nécessaire, ne serait-ce que pour assurer le progrès d’indemnités existantes tels que le RSA (au moins vers le « seuil de pauvreté » aujourd’hui très éloigné du montant du RSA), et qui vont subsister malgré leur ambiguïté.

Il faut donc lever une équivoque. Le salaire existe déjà, le salaire socialisé aussi, même s’il se réduit sous les attaques néolibérales. Il s’agit donc de le conforter pour qu’il soit garanti à vie, dans la perspective d’une sécurité sociale universelle. L’extension de la sécurité sociale au maintien du salaire quels que soient les aléas économiques des entreprises, ou en cas de reconversion de productions contraires à une économie décarbonée (automobiles, camions) remplirait le même but que certains veulent voir au revenu universel dans une perspective progressiste. Cela implique des hausses de cotisations pour garantir par exemple que dans une crise telle que celle du COVID-19, les salaires soient intégralement versés, au lieu de 84% en indemnités d’activité partielle remboursée aux entreprises. Le paiement d’un tiers de ce cette activité partielle par l’UNEDIC montre la voie à suivre : augmenter les cotisations.

Pourrait-on appeler cette garantie un « revenu universel » ? Peut-être, si l’enjeu n’a pas d’autre raison qu’une simple rénovation du vocabulaire. Ce qui reste à démontrer en discutant sérieusement de l’origine de la richesse ainsi distribuée. Il n’y en a pas d’autre que le travail de la société : approprié par les entrepreneurs capitalistes ou par le collectif de création par le travail ?  Tel est l’enjeu.

Quelles mesures précises défendre ?

Elles sont de deux sortes : faire face aux urgences, assurer une transition vers une sécurité forte du travail.

1- Urgences : Un minimum garanti doit être assuré : personne ne devrait être en dessous du seuil de pauvreté légal. Ce minimum garanti doit faire sens à la fois pour les salaires et pour les autres revenus connus et déclarés. Il peut être fixé à 1250 euros, soit un relèvement du seuil actuel de pauvreté proportionnellement autant que le SMIC.

Le calcul sur le « seuil de pauvreté » peut servir de référence. Aujourd’hui, toute personne appartenant à un ménage dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian est considéré comme pauvre (le niveau de vie monétaire s’évalue en comptabilisant les revenus, en déduisant les impôts et en ajoutant les prestations sociales). Soit 1041€.

Notre but est de réduire l’inégalité en rapprochant les plus pauvres de la moyenne et en évitant la poursuite du décochage entre ceux-ci et le reste des salarié.e.s (rapport RSA/smic par exemple).     

                                                                                                                              
Le salaire médian (50% des salaires au-dessus ou au-dessous de ce chiffre) est de 1800€ (le revenu moyen est de 2400€).  D’où la proposition : le revenu minimum doit être au-dessus du seuil de pauvreté, parce que nous avons pour but de faire cesser l’inégalité subie par quelques millions de personnes. Cette somme (1250 euros) correspondrait à 75 % d’un SMIC net revalorisé de 400€.                                                                                                                                                       
1250€, ce n’est pas beaucoup mais cela double les « revenus » les plus bas (allocations dont chômage pour les précaires et les temps partiels, RSA, ASS et autres minimas sociaux). 

Mais si le SMIC augmente de 400 euros, cela devrait être suivi d’une augmentation immédiate du RSA du même montant, étape vers le seuil de pauvreté.
Par ailleurs, le RSA doit être un droit personnel, et ouvert aussi de 18 à 25 ans.
* Mettre en place l’égalité salariale femmes/hommes immédiatement. Avec des mesures coercitives et de suivi régulier. L’écart moyen des salaires dépasse 25%. 80% des personnes au SMIC sont des femmes. 80% des temps partiels sont des femmes. Elles cumulent donc précarité et bas salaires. Près de 60% des entreprises n’ont entamé aucun plan d’action pour remédier à la situation, qui renvoie à une inégalité sociale structurelle : pas d’accès aux meilleures qualifications ou qualifications réelles non reconnues (exemple : la santé), métiers « réservés » avec des branches professionnelles hyper masculines ou hyper féminines, plafond de verre très difficilement franchissable pour l’accès aux responsabilités.

* Instaurer un plafond de revenu :
Avec une pyramide qui englobe 95% des salariés, si elle va d’une fois le SMIC à 4 fois ce seuil, les discussions concernent du bas de l’échelle salariale au salaire d’ingénieurs.

Changeons : le SMIC net doit augmenter de 400€ et se trouver à 1800€ et les autres salaires doivent être revus à la hausse.  95% des salariés, dans ce cas seraient dans un éventail de 1 à 4 : 1250 x 4 = 5000/mois ; 60.000 dans l’année !                
Cela suppose des discussions entre salarié.e.s et organisations syndicales … Il faut ouvrir un débat public sur l’utilité sociale des diverses professions pour établir un rapport de forces dans les secteurs à bas salaires et aux emplois dévalorisés. Il faudra que le mouvement syndical puisse organiser ces larges discussions, en faisant reconnaître aux patronats la légitimité de la présence syndicale, dans toutes les entreprises, toutes les branches. Souvenons-nous que près de 50% des branches, spécialement celles où travaillent beaucoup de femmes ont des minimas de branche au-dessous du SMIC. Souvenons-nous de l’utilisation de sous-traitances de sous-traitants, y compris par l’Etat. Y compris dans les maquis de l’aide à domicile… Beaucoup de choses sont et seront à corriger.

* Et les salaires au-dessus de ce « plafond » de 4 fois le SMIC ?                                                                          

Avec ces situations, 5 % environ du salariat, il s’agit, la plupart du temps de fonctions spéciales, responsabilités, technicité. Il s’agit donc de situations qui doivent être connues et justifiées, publiquement, sous le contrôle des travailleurs/euses et des organisations syndicales. Aujourd’hui, la fixation de ces hauts revenus « salariaux » est une prérogative exclusive des directions d’entreprise.  
Les cas discutés publiquement limiteront les arbitraires. De plus, les avantages monétaires devront s’accompagner de l’interdiction des avantages "boursiers", et être soumis à cotisations sociales y compris au-dessous de ce plafond.

* Des gratuités à construire
Au- delà des augmentations de salaires il faut des exigences sur le blocage des loyers et lutter contre les logements vides et la spéculation ; il faut augmenter le champ de la gratuité sur les besoins essentiels : supprimer les parts fixes des abonnements de fluides : eau, gaz, électricité, et instaurer une tarification progressive ; des transports gratuits, sans oublier le droit à la santé, l’éducation, la culture et la justice.

Il faut donc un lien entre un « bloc social » et un contrôle démocratique sur l’épargne des diverses couches riches de la population.

2- Pour une extension de la Sécurité sociale :

La Sécurité sociale n’est pas une simple redistribution plus juste de la richesse, comme les allocations publiques à base fiscale. C’est une affectation directe ou une appropriation à la source de cette richesse, laquelle est produite par toutes les formes juridiques du travail social. La part du PIB consacrée à la santé, à la retraite, etc. représente un droit social conquis sur la valeur ajoutée.  Ainsi le monde du travail socialise la valeur produite et construit un système de valeur antagonique à celui du capital : pour le commun, pour les droits humains, l’égalité femmes/hommes, pour la liberté.
Ce déjà là émancipateur doit se généraliser, ce qui impliquera une lutte sociale et politique d’ampleur, pour : 
* Conforter d’abord ce droit : augmentation des cotisations sociales, lutte contre la subordination du travail, autogestion démocratique des entreprises chaque fois que possible (SCOP, reprises d’entreprises). La CSG doit disparaître au profit de cotisations sociales.

* Etendre ce droit, et notamment par une sécurité sociale du travail permettant le droit au salaire dès 18 ans et le maintien inconditionnel du salaire quels que soient les aléas économiques, et en particulier pour reconvertir l’industrie. Le « modèle » est celui des intermittents du spectacle : payés même quand ils et elles ne sont pas en « contrat ». 

* Réforme fiscale et extension de la Sécurité sociale doivent aller de pair :
- Le RSA doit être maintenu, mais transformé pour atteindre le seuil de pauvreté dans le cadre d’une assurance-chômage totalement bouleversée, à base de cotisations.
- Les ressources fiscales doivent abonder la caisse chômage.
- La caisse chômage doit être rattachée au régime général de la Sécurité sociale.
- Le régime général doit être autogéré avec des élections sociales rétablies.

Jean Claude Mamet

Des chiffres (Contribution de Pierre Cours-Salies, Etienne Adam, Rémi Thouly)

Quelques données, pour parler d’égalité réellement, sur le plan matériel, qui joue plus qu’on ne le pense sur nos façon de discuter.
En moyenne, -en sachant qu’on devient rarement propriétaire avant 30 ans- :                                       
*  les 10 % les plus fortunés possèdent 48% de l’ensemble du patrimoine. Ces 10% possèdent 700 fois plus que les 10% les moins fortunés ;
*  la moitié de la population (50%) se partage 8% du patrimoine. Ce n’est pas sans raison qu’on peut dire que la retraite, est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.                                                                                                 
Quelques précisions :
* le 1%, les plus hauts, possèdent à eux seuls 17% ;                                                                                                        
*  les 10 % les plus riches possèdent près de la moitié du patrimoine.
En fait …
* les 30% les plus riches de la population possèdent 70% du patrimoine ;                                                                                                  * 70% de la population se partagent 25% du patrimoine ;                                                                                                   
* et la moitié de la population (50%) se partage 8% du patrimoine.                                                                                                   
* Parmi les 10% les plus fortuné.e.s, précisons la hiérarchie : l’écart est de 600.000 à 1.900.000€, entre la moyenne de ces 10% et le 1% le plus haut.                                                                                              
Ici, on est loin d’une pyramide : le haut ressemble à la pointe d’une longue épingle.                        
Malgré les jalousies entre eux, ils sont d’accord pour condamner les « assisté.e.s » qui gagnent 1.000 fois moins que les plus « pauvres » d’entre eux.
La part des revenus détenus par le 1 % des Français les plus riches est passée de 7 % en 1983 à 11 % en 2014, et 18 % en 2018, en comptant le patrimoine net, c'est-à-dire la richesse déduite de l'endettement (Les Echos, 19 déc. 2019).

Type:  Article Jeudi, 2 Juillet, 2020 - 07:31
François Calaret

Lyon ville et métropole : on change d'ère !

1 semaine 4 jours ago

Ville de Lyon ( 400 000 habitant.e.s ; 9 arrondissements ; 800 millions d'€ de budget, 73 Conseillers , 9000 agents ): victoire historique de la liste fusionnée des écologistes et des gauches lyonnaise* avec 52,6% ( 66,23% dans le 9° ; l' arrondissement de Gérard Collomb!) et 7 arrondissements gagnés sur 9. Notre liste a su créer une dynamique de 2° tour répondant à une attente réelle : mettre fin à 19 ans de règne sans partage du Baron Collomb qui a transformé Lyon en Métropole moderne pour les ultrariches entrainant pollutions et fractures sociales. C'est une victoire de gauche contre la droite classique ( LR) et nouvelle ( LREM Versus G Collomb) qui avaient fait liste commune ( 29,7%)  mais aussi contre les dissidents de LREM ( 17,7%) .Les attentes sont grandes : celles  de « la génération climat » et celles des nombreux/ses « laissés pour compte » du « laboratoire  macroniste  lyonnais ». Le Maire Grégory Doucet et sa nouvelle équipe ne devront pas les décevoir d'autant que l'abstention est elle aussi historique. Il disposera d'une majorité absolue parmi les 73 conseillers municipaux et dans cette équipe, le Groupe politique « Lyon en Commun » disposera de 6 élu.e.s au Conseil Municipal de Lyon , d'une 30 de Conseillers d'arrondissements et d'une dizaine d'Adjoint.e .s . 

Métropole de Lyon **(1,4 Million d'habitant.e.s, 59 Communes, 3,5 Milliards € budget 150 Conseillers, 9000 agents ; des pouvoirs étendus) : Victoire historique  là aussi d'une liste fusionnée des écologistes et des gauches car- unique en France- il y avait pour la seule Métropole de Lyon un  2° vote spécifique  le 28 juin simultanément au vote pour les Municipales . C'est Bruno Bernard ( EELV ) qui devrait devenir Président de la Métropole arrivé en tête sur 9 des 14 circonscriptions métropolitaines en vainqueur  des listes du  Président sortant( dissident de LREM ) David Kimelfeld  ...installé par Gérard Collomb  et aussi  contre celles du tandem G Collomb (ex LREM) / M F Buffet (LR) mais sur fond d'abstention encore plus forte. La liste de B. Bernard disposera de quelque 80 conseillers dont 3 conseillers de « Lyon en commun » qui ne se présentait que sur les 6 circonscriptions lyonnaises.

Villeurbanne : c'est une coalition de gauche arrivée en tête devant EELV au 1er tour et ayant fusionné au 2°tour qui a gagné et devrait reconduire un maire PS. Abstention très forte  Un fait notable : un grand émiettement politique dans les villes de la périphérie : Vénissieux ( quadrangulaire) reste PCF mais perte de  Givors dans une quadrangulaire. Vaulx -en Velin réélit une maire PS/LREM compatible (5 listes en jeu ) mais Bron est  gagné par la droite.

L'enjeu : en finir avec Lyon « capitale de la macronie » pour faire un « Lyon laboratoire de la transformation écologiste, sociale et démocratique ».
Avec les victoires sur Lyon et la Métropole, c'est au-delà du rejet du « Collombisme » une volonté de changement en profondeur qui s'est exprimée.

Les militant.e.s et sympathisant.e.s d'Ensemble ! 69 ont « mouillé la chemise » pour ces belles victoires sur Lyon et Villeurbanne et c'est un « quatuor » féminin et féministes qui y représentera Ensemble ! et sympathisant.e.s : Laurence  conseillère du 1er arrondissement ,  Caroline Ramirez Conseillère du 7° arrondissement et adjointe , Sylvie Frenillot  Conseillère et Adjointe sur le 9ème arrondissement, Danielle Carasco  Conseillère Municipale de Villeurbanne . Laurence Boffet est également Conseillère à la Métropole de Lyon.
30/06/2020

Armand Creus

des écologistes et des gauches lyonnaise* : EELV : 28,46% au 1er tour                                         

Lyon en Commun  ( Gram/FI/Ensemble...) 10,19% au 1er tour
Gauche Unie ( PS-PC-Générations …) 7,7 % au 1er tour

Métropole de Lyon ** article spécifique dans le N°43 de la Revue « Contretemps »

Type:  Article Jeudi, 2 Juillet, 2020 - 07:25 Elections
François Calaret

Celles et ceux d’en bas prennent leurs affaires en mains

2 semaines 4 jours ago

Les inégalités ? Quelle gifle prennent les chefs autoritaires, nationalistes, racistes, - souvent homophobes et sexistes -, tous celles et ceux qui pensaient écraser, jouer des peurs, profiter des divisions…
Affirmer notre démocratie                                                                                                                          Avec les noir.e.s américains et les jeunes en France, racisé.e.s par les politiques publiques, les inégalités sont combattues, rejetées. Et, dans le même mouvement, la réaffirmation du féminisme à nouveau bouscule toute la société, impose une critique de tous les rapports sociaux.                                                                                                                                                                 
La politique de répression est contestée, contrainte au repli ; celle qui a frappé dès la manifestation écologistes au moment de la COP21 en 2015, puis celles contre la destruction du Code du travail, les violences  contre les Gilets jaunes ; la même qui voulait faire taire, au Chili comme aux USA… De la zone d’auto-organisation de Seattle au rejet des méthodes de la police en France, nous voyons la volonté d’une démocratie qui permette le libre débat et des pratiques collectives, y compris les règles de la sécurité, qui peuvent et doivent être sous le contrôle des habitant.e.s.                                                              
Les solidarités dans les quartiers populaires, comme les circuits courts et les productions alternatives, et les collectifs de salarié.e.s porteurs d’autres façons de travailler dans les entreprises comme dans les services publics… Cela fait une force immense, si le courage de rassembler pour renverser les politiques néo-libérales s’affirme.
Saisir les conditions  nouvelles                                                                                                              Disons clairement des choses simples, qu’il est urgent d’affirmer : sans le rejet du racisme, il n’y a pas de combat pour l’égalité. Sans le rejet du sexisme, il n’y a que l’ombre de l’égalité. La volonté d’en finir avec les politiques néo-libérales portée par le texte du mouvement social et écologique, le « Plan de sortie de crise », prendra son essor grâce aux discussions, partout, de celles et ceux qui veulent un autre avenir. Cet objectif peut d’autant plus se développer qu’il s’appuiera sur une affirmation commune d’un projet pour une autre démocratie, maintenant.
Des droits égaux, des garanties durant toute la vie, pour toutes et tous, notre société en a les moyens : il y faut une volonté politique, car les richesses sont bien suffisantes pour cela. Mais il y faut cette volonté et donc des discussions afin de définir des buts communs. Une socialisation démocratique des richesses est possible et permettrait, partout, des discussions entre toutes et tous pour changer notre monde quotidien et les formes du pouvoir.                                                                                                                                                
Le mouvement antiraciste et féministe qui se développe dans la même dynamique sont un encouragement à débattre partout de ces objectifs. Cela souligne l’importance de réussir les mobilisations avec le Comité Adama, avec les sans-papiers, comme pour une autre politique de santé le 16 juin.                                                                                                                   
Proposons donc une clé pour ne pas subir la crise de ces institutions présidentielles : définir les urgences et les objectifs, sociaux, politiques, culturels, oui ! Pour trouver son efficacité, cela comporte une exigence de changement de République, les droits démocratiques pour toutes et tous, la démocratie active, des député.es en dialogue permanent avec les électrices et les électeurs, les citoyen.nes, présent.e.s dans la préparation des lois et le contrôle de leur application.

« Ensemble, tout est possible, soyons responsables » (18 juin 2020)

Type:  Article Jeudi, 25 Juin, 2020 - 15:38
François Calaret

Dégagisme, lucidité ? Certes, sur quoi et pour quoi…

2 semaines 4 jours ago

Etienne ADAM & Pierre COURS-SALIES  (18 JUIN 2020)

Le débat de stratégie est inscrit dans les interrogations de la gauche. Sollicité par les controverses, les choix à faire hier, bousculé aujourd’hui car il faut mettre les mois qui viennent en perspective en ne subissant pas le carcan mortifère des écuries présidentielles.

Une focale comporte le rapport de l’Etat aux réalités mondiales.

Il est juste de mettre en lumière les responsabilités de l’Etat, et donc de ce gouvernement ... et de tous ceux et celles qui ont participé aux divers gouvernements depuis les années 1980.

Quand s’exprime un « tous coupables !», ou « tous responsables des échecs ! », cela atteint la droite et tous les actuels dirigeants  de la gauche, s’ils ont été ministres ou s’ils ont seulement soutenu ces politiques… Nous-mêmes  sommes interrogés : vous aviez dit et proposé quoi ? Ce doute généralisé devrait pousser à un certain réalisme tous les membres d’Ensemble ! Tout comme nous, nombre de militant.e.s sont  marqué.e.s par ce doute, dans un grand nombre d’organisations. Même dans des interrogations  les plus immédiates : était-il vraiment nécessaire de rester « confiné.e.s » ? Un vif sentiment s’exprime, dans les échanges quotidiens : « Il faut retrouver une normalité. On ne peut pas jouer avec la Constitution. On ne peut pas jouer avec les libertés. On a beaucoup joué avec les libertés pendant l'état d'urgence » (Dominique Rousseau : «Maintenir l’état d’urgence, c’est permettre de réprimer les manifestations, 7 juin, Public Sénat).

Cette dérive des institutions, ces modifications des appareils d’Etat, nous avons tort de  les négliger : nous sommes désarmés sur la répression et les moyens de la combattre alors que c’est un point clé de toute stratégie révolutionnaire  ce souci devrait nous amener, dans nos débats, à  bien préciser ce que nous voulons comme changement dans les institutions de notre pays, comme de ses rapports avec l’Europe et diverses institutions internationales. Certes, d’autres « urgences » se présentent ; mais pas au point de nous empêcher de décider, dès maintenant, que nous aurons un texte traduisant ce que nous proposons au débat pour changer dès 2021 les institutions de la 5e République (Président, Gouvernement et ministres, administrations et institutions, appareils d’information et de culture  commissions parlementaires, révocabilité et désignations par tirage au sort d’une partie des membres des commissions et des Observatoires au sujet de la société, du contrôle d’administrations, y compris de la police…les liens entre les droits et libertés et la démocratie ).

Précaution ou gouvernance du risque

On pourrait établir un inventaire à la Prévert de l’incurie des pouvoirs dits publics (Patrick Silberstein, Un virus très politique, 30 mars, éd. Syllepse). Arrêtons-nous un instant sur la véritable source de toutes les imprévoyances, les retards, les contradictions étudiées par des journalistes du Monde (Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Le Monde du 5 au 10 mai). Ils s’interrogent au sujet de cet étrange comportement chez de hauts fonctionnaires, depuis le moment de l’épidémie d’A (H1N1),  en 2009, malgré les épidémies suivantes (Ebola en Afrique en 2014-2015, MERS au Moyen-Orient en 2012)). Un changement de « doctrine de gouvernance » pour la gestion des masques et de divers équipements, qui tient à deux  types d’arguments, sans doute inséparables mais distincts.

Si «nous n’étions pas prêts» c’est parce que les lignes budgétaires de la santé publique et de la recherche ont été délibérément réduites. Dès le 12 mars, un résumé sincère et accablant, Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, mérite vraiment d’être cité   :

«Comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience. C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante […] L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation. […] Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheur·euses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. […] La science ne marche pas dans l’urgence et la réponse immédiate. Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader» (Academia, 12 mars 2020, https://academia)
Les politiques menées ont créé la situation dans le système de santé ;  et la stratégie sanitaire adoptée dans la hâte par le gouvernement n’est finalement que l’accommodement à la pauvreté des moyens qu’ils ont eux-mêmes organisée, le manque de lits de réanimation, le manque de masques, le manque de matériels pour faire les tests, le manque de structures hospitalières. Toutefois, cette gestion gouvernementale n’est pas un simple effet de l’incurie au nom de la priorité aux profits pour la classe dirigeante du néo-libéralisme glorieux des trente dernières années. Il y a aussi l'embrigadement des élites dirigeantes dans l'idéologie néolibérale où "l'entreprise" est  le centre de la société et devait pouvoir faire face à tout en privatisant les stocks, en adoptant la gestion managériale réputée " plus efficace". Denis Kessler et ses semblables ne voulaient pas s’enfermer dans une « politique de précaution », qui suppose un dialogue démocratique avec tous les intéressé.e.s… Il y a aussi, évidemment, une conception politique, élitiste, de la responsabilité individuelle et du chacun pour soi. Ils s’efforcent aujourd’hui de se faire oublier en montrant que « tous les pays ou presque » étaient aussi désarmés…et en occultant que tous les pays sont dominés par les politiques néolibérales.

Nous trouvons cette unité de pensée des gouvernants  dans les réflexions de Denis Kessler, - qui voulait avec Nicolas Sarkozy « Défaire méthodiquement le programme du CNR » Challenges, 4 oct. 2007), en finir avec l’esprit et les institutions héritées de la Libération -. Devenu PDG du groupe SCOR, (géant mondial de la réassurance) affirmait, le 16 avril,  « La probabilité d’une pandémie mondiale est faible, mais elle n’est évidemment pas nulle. Les grandes pandémies sont des événements centenaires, voire bicentenaires » (Le Point). Il en  énonce quelques « conséquences » : « Le marché de l’assurance ne propose pas aujourd’hui de protection contre les conséquences économiques d’une pandémie pour des raisons de fond : la taille du risque, qui peut représenter plusieurs points de PIB ; sa nature non diversifiable (tout le monde est touché en même temps) ; un possible phénomène d’anti sélection : seules les entreprises les plus exposées s’assureraient ; la grande difficulté pour mesurer les pertes d’exploitation spécifiquement liées à la pandémie ». On le vérifie, ces principes sont rigoureusement à l’opposé de ceux de la Sécurité sociale où une part des richesses socialement produites sert à réduire les mauvais coups et l’insécurité de l’existence des gens de la moyenne. Le principe de l’Assurance est soumis à la norme des profits, et donc, selon lui « l’Etat doit désormais concentrer tous ses efforts sur le « risk management » public » ; les mêmes idéologues poursuivent…: «Cette pandémie, dit  Denis Kessler, confronte le monde à un test historique de résilience» (L’Opinion 22 avril 2020) Blindés de certitudes pour durer... Face à eux, il ne peut s’agir seulement  « d’exiger » quelque mesure de justice, mais de prendre la mesure de cette domination : en 1980, les 10% les plus riches de la population mondiale avaient un revenu soixante fois plus important que les 10% les plus pauvres. En 2005 c’est plus du double . Cela se poursuit après la crise financière de 2008 …  et les effets ont pu être bien analysés par Michel Husson, «Dix ans de crise… et puis Macron», (www.husson.net. (2017),

Le capitalisme néolibéral est donc intrinsèquement associé à la montée des inégalités, au surendettement et aux déséquilibres commerciaux. Ces couches de privilégié·es assurent leur pouvoir sur les industries, polluantes ou pas.  Le rapport d’Oxfam , en janvier 2020 donne une idée nette du phénomène. « Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes). Les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale »   (DAVOS 2020 : NOUVEAU RAPPORT D’OXFAM SUR LES INÉGALITÉS MONDIALES, www.oxfamfrance.org/  19 JANV. 2020).

Pour « légitimer » ces processus, une réflexion de la fin des années 1990 ne doit pas être oubliée. Elle comporte une option de « philosophie politique globale : au principe du libéralisme, comme raison gouvernementale, un art de la gestion des risques » ; cela implique une « économie politique du risque (…) qu’il faut savoir optimiser ». D’où des remises en cause ; celle du « régime du salariat, qui valorise l’externalisation du risque », il reste à construire la démocratie du risque (…) qui peut aussi servir la démocratie sociale et même la démocratie politique ». Voilà pourquoi la démocratie directe, impliquant les citoyen-ne-s au jour le jour, faite de précaution et d’attention aux fragilités et aux possibilités collectives doit être dépassée, résiduelle : il faut que l’Etat « mette à la disposition des particuliers et des entreprises  les instruments qui leur permettent d’optimiser leurs décisions ».  

Nous aurions donc tout à fait tort de croire qu’un tel projet de domination de classe, -qui se flatte d’avoir intégré « les projets anglo-saxons de nouveau centre ou de troisième voie »-, va simplement s’effondrer, si un autre projet d’avenir ne rassemble pas les forces, la classe de toutes celles et de tous ceux qui veulent un autre avenir, une réorganisation démocratique des institutions et de tous les rapports sociaux.
Durant le confinement, un effet redoutable, une sorte de vision en miroir, s’est établi entre le monde dans son ensemble et le plus quotidien. Un tableau en abyme où le plus proche, touchable, a des liens présents mais peu explicités avec l’entière humanité.  Le désarroi de la gauche ne peut que s’accroître si rien n’est fait dans un débat politique pour ordonner les divers « plans ». Faut-il s’attendre à un épuisement des capacités de « rebond » du système capitaliste ?  Francis Sitel, dans un débat début juin présentait justement cette hypothèse : « Le Capital est d'autant moins défait que percuté par une attaque exogène, et non comme en 2008 par un dysfonctionnement majeur de ses ressorts internes, il est à même d'engager  les réorganisations qui s'imposent pour restaurer la course au profit » ((11 juin, « Face au neuf, la difficulté de la lucidité »). Il en détaillait  les diverses dimensions ; il faut effectivement être attentifs à cette phase où la classe dirigeante, mondialement, dans un système inégal et combiné, nous impose de ne pas nous en tenir à l’idée que « le capitalisme ne peut plus rien concéder. Au pouvoir, point besoin de « grand partage » pour renouveler le « mixte » habituel du fétichisme du consumérisme, de la hiérarchie et de la répression. « Nous devons plutôt nous attendre à voir «  s’accélérer des mutations dans le travail (télétravail, précarisation aggravée...), prendre en compte des contraintes incontournables liées à l'environnement et au dérèglement climatique, ainsi que les modifications d'ordre géostratégique (confrontation avec la Chine, réorganisation de l'Union européenne...) ».

Remarquons-le, cependant, nous sommes loin d’être les seuls à nous soucier de ces exigences de buts politiques communs afin de « Faire dialoguer social et écologie »,  (Politis du 3 juin 2020). Comme le montre un entretien entre Philippe Martinez et Jean-François Julliard, il est fortement présent dans le « Plan de sortie de crise » des 18 organisations, devenues sans doute trente, du mouvement syndical, écologiste,  et diverses associations…

Nous pouvons constater, d’ailleurs, comment la trame du texte « Ensemble, tout est possible, soyons responsables » est construite sur ces mêmes préoccupations : permettre à des personnes, organisées comme militantes ou pas, de débattre de toutes les questions qui sont à ordonner pour avoir une stratégie.  Ceci  demande un véritable effort politique : il s’agit de montrer et de dessiner le changement de « paradigme », - changer les questions en fonction des réponses possibles -, qui tient aux phases longues de l’histoire du système capitaliste .  La sortie de la phase actuelle du capitalisme passe soit par des régressions à imposer aux peuples, soit à des productions pas ou moins soumises aux multinationales et leurs 1 à 5 % de profiteurs permettant un essor pour l’agriculture paysanne et des alternatives écologiques (Lire la postface de Michel Husson à l’édition française du livre d’Ernest Mandel, Les ondes longues du développement capitaliste, éd. Syllepse, 2014, pages 235 et stes !).La remise en route du mouvement altermondialiste est décisive, comme des éléments de coordinations autour d’exigences en Europe…

Et ici et maintenant ?

La controverse entre deux textes récents stimule bien les discussions nécessaires pour arriver à une précision de la « ligne » que nous devons proposer : sens des expressions favorables au « dégagisme », lucidité sur les hésitations et fractionnements, limites dues aux écarts entre exaspérations et possibilités de polémiques politiques réelles.

Nous constatons, -tous et toutes ?- que les directions politiques de la gauche (toutes obédiences réunies) ne cherchent pas à transformer ces colères en force de transformation, de dépassement du système.  Sinon, hésiteraient-elles à répondre, unitairement au « Plan de sortie » du mouvement social ? Elles pourraient, justement dire : « oui », nous soutenons ces exigences, ce sont nos buts communs, elles vont dans le sens d’une autre société à laquelle nous aspirons. Elles étaient portées par des mobilisations peu prises en compte, de fait, par les « directions » politiques. 
Un signe en est donné par le rappel d’une analyse présentée par Sylvie Faye-Pastor (médecin), lors d’une réunion de groupes de gauche alternative centré sur les luttes et alternatives dans la santé :

«Ce qui se passe dans les hôpitaux est inédit. Il existe plusieurs collectifs, le collectif inter-urgence, le collectif des infirmiers de bloc, le collectif inter-hôpitaux […]. Ils veulent des effectifs, des lits et une revalorisation des métiers. Ils demandent de faire remonter les besoins par service. La motion du collectif inter-hôpitaux est très intéressante. Elle commence par nous soussignés… Et cela va des chefs de service jusqu’aux agents de service hospitaliers en passant par les secrétaires, les infirmiers, etc. c’est la première fois que je vois un tel front se créer. Il y a des pistes d’organisation, ils disent qu’ils sont prêts à élaborer le budget avec l’administration, service par service. […] Ces collectifs sont en relation avec les collectifs d’usagers: 300 000 signatures pour la défense de l’hôpital public. Continue-t-on à raisonner dans le cadre du capitalisme qui actuellement fait mourir les gens? Ou raisonne-t-on hors-cadre ?» (Cerises, la coopérative). Dans le même sens, citons le document préparatoire à la Conférence de presse du 5 mai du Collectif Inter-Hôpitaux  (https://static1.squarespace.com/static/5e356e21fb55d365939c3deb/t/5eaeee...).
Cette situation, au cours des deux ans de mobilisations qui se heurtaient aux faux semblants du gouvernement ou au mur d’Agnès Buzyn, ministre, a été, -et à quel point !- vérifiée et soulignée par l’action dans les tâches de lutte contre la pandémie… Ecouter celles et ceux d’en bas, les directions politiques, syndicales, associatives peuvent-elle l’oublier avec un retour à l’anormal ?

Elles ne peuvent omettre, dans l’ordre de l’écologie au quotidien, les apports de la Via Campesina du Mouvement des Sans-terre, toutes les recherches montrant qu’à condition de développer une agriculture de paysans, il y a moyen de nourrir 10 milliards d’êtres humains (Marc Dufumier, L’agroécologie peut nous sauver, Actes Sud, 2019). Tout le « Plan de sortie de crise » est stimulé par l’ensemble des initiatives concrètes…  Sous le titre « L’avenir est public »  l’Observatoire des multinationales  (observatoire@multinationales.org)  présente les 1400 remunicipalisations qui dessinent les contours des services publics de demain. Ajoutons, car d’autres y ressemblent dans d’autres régions, les activités de Bizi, au Pays Basque -"Bizi" veut dire "vivre" en basque-, qui a travaillé sur "40 actions à faire depuis chez soi pour que demain ne soit pas comme hier" (https://bizimugi.eu/confine-e-s-mais-motive-e-s#.XoxDOuqPmvQ.mailto).

Elles devraient aussi étendre cette réflexion populaire  à tout ce qui, réfléchi par les Gilets jaunes,  est rassemblé par l’association  Changer de cap  (https://changerdecap.net/)…

Nous devons donc le faire et proposer, partout, ce cadre de référence commun. Nous devons, certes, y ajouter les dimensions antiracistes et de défense des libertés trop peu présentes dans ce texte ; mais ce n’est pas un obstacle, comme en témoigne la participation de presque toutes ces organisations à des mobilisations antérieures (18 novembre 2019 contre l’islamophobie),  celles pour la COP 21 (décembre 2015) et celles en cours contre les violences policières comme pour la régularisation des sans-papiers.

Pour répondre aux faux semblants du pouvoir, en revanche, une intervention politique doit souligner des urgences, des priorités et proposer de débattre des ruptures fortes avec les privilèges de la classe dirigeante.

Nous l’avons exprimé dans des textes parus sur ce site : - https://www.ensemble-fdg.org/content/une-prise-de-conscience-des-inegalites - https://www.ensemble-fdg.org/content/est-ce-ainsi-que-les-hommes-et-les-... - https://www.ensemble-fdg.org/content/chomage-et-precarite-resteront-ils-...

En lien avec l’actualité, pour que se développent les mobilisations et faire murir celles pour le rejet du budget et de la majorité, parlons clairement.

Prenons tous les moyens pour que personne ne soit au-dessous du seuil de pauvreté. Prenons tous les moyens, tout de suite, pour l’égalité des salaires femmes-hommes.

Arguments : il faut imposer cela non pas comme « mesures d’ordre social », mais comme la traduction immédiate des principes démocratiques. D’autres points doivent avoir le même traitement… : « ne laissons pas l’anormal revenir »…

Qui produit les ressources de la société, les richesses ? Il faut donc prendre sur la valeur des productions, du travail, les moyens pour la solidarité. 

Une mesure immédiate doit être discutée et devrait s’imposer : un emprunt forcé pour que les « trop perçus » des 5% des plus riches (cela fait sans doute 1500 milliard d’€ !) serve à tous les besoins sociaux

Les cotisations sociales sont la part de la valeur, reconnue économiquement, qui est socialisée. Voilà donc ce qui doit servir pour toutes les solidarités nécessaires et voulues.

Qui doit gérer cette part de la richesse produite par toutes et tous ? Plus gros que le Budget de l’Etat… Il faut, évidemment, des élu.e.s pour ces tâches de gestion démocratique des moyens de solidarité. Ces discussions sont élémentaires pour une démocratie. 75 ans après la création de la Sécurité sociale, retour à des élections libres, avec des candidatures proposées par des syndicats ou des associations, les moyens pour des discussions et des décisions. Quand on a vu ce que les gouvernements ont fait des hôpitaux et des caisses de Sécurité sociale, on dit : stop ! Reprenons une voie de démocratie responsable.

Nous savons bien, aussi, que les évolutions des techniques de production, à condition de supprimer le chômage par une Sécurité sociale consolidée et universelle, permettrait d’éradiquer le chômage, de permettre les droits à la formation toute la vie et la libre activité…

A condition de socialiser et de mobiliser les richesses des 5 % les plus riches, il existe un autre avenir que la vague de 900.000 suppressions d’emplois. Résumons avec un extrait du texte « Ensemble, tout est possible… » : « La réouverture des entreprises utiles devra être imposée, pour assurer la pérennité des emplois et des savoir-faire et non des dividendes. Y compris sous forme de SCOP et de SCIC, dès que les travailleuses et travailleurs le souhaitent : que les fonds publics viennent en aide ! Les collectivités, l'État doivent être des facilitateurs de ces démarches coopératives. Si des aides publiques s’avéraient indispensables au maintien des emplois et de savoirs faire d’utilité sociale; elles devront être conditionnées, contrôlées et s’adresser en priorité aux TPE-PME. La reconversion de l'industrie automobile, du nucléaire, des secteurs d'énergie fossile, de l’agrobusiness…implique des choix humains antiproductivistes qui rompent avec les logiques mortifères de profit sans contraintes des multinationales et des grandes banques, afin de s’appuyer sur des pratiques alternatives et de développer une coopération écologique et sociale à partir des territoires, sur toute la planète ». Ne donnons pas l’impression de douter des capacités d’organisation collective. Elles se manifestent déjà dans  les solidarités dans les quartiers populaires, comme les  circuits courts et les productions alternatives, et les collectifs de salarié.e.s porteurs d’autres façons de travailler dans les entreprises comme dans les services publics…  Temps réduit, garantie de salaire, élaboration collective des décisions. Avec toutes les conséquences pour la transformation des villes.

Il ne s’agit pas, évidemment, de propagande sur « le monde d’après », ni de discussion sur les mérites comparés de l’élection et de la révolution…  Pour ne pas subir « la catastrophe » prenons-en les moyens. Ici, maintenant…  Et discutons, oui, des institutions à changer pour un pas vers une démocratie réelle.
« Pour un autre avenir, nous prenons nos affaires en mains »
Ne voyons-nous pas, de même, que les directions politiques de la gauche (toutes obédiences réunies) ne cherchent pas à transformer ces colères en force de transformation, de dépassement du système ? Voulons-nous, dès lors, que le slogan soit « dégagez !» ou qu’il soit « pour un autre avenir, nous prenons nos affaires en mains » ?

Cette proposition ne « renonce pas  à exprimer sur le plan politique ce que nous dit, avec raison, une partie grandissante de la population et de la société elles-mêmes : un malaise profond, un sentiment de révolte, une exaspération forte ». Tout au contraire : il ne faut pas laisser croire que les « soulèvements » résolvent spontanément toutes les questions ; ils peuvent certes être nécessaire pour pousser en avant des pratiques et imposer des décisions ; encore faut-il que l’exigence en soit portée par des pratiques, pour l’heure éparses, et par des expressions politiques pour l’heure à construire. 

Le dégagisme  a traduit une volonté de ne pas subir, comme la dénonciation des « 1% ». Quel encouragement de la voir circuler dans divers pays ! Nous avons eu, depuis, l’affirmation contradictoire des « chefs » nationalistes, autoritaires, souvent racistes (Trump, Erdogan, Poutine, Modi, Bolsonaro…)…  Et tous les mouvements de 2019, des Gilets jaunes et aussi du Chili, du Soudan, de Hong Kong, d’Algérie, du Liban … renouaient  avec les printemps arabes, et les divers mouvements dits « des places ».

Nous voyons  la vague mondiale actuelle de mobilisations populaires, de la jeunesse en particulier. Ce rejet des racistes et des violences policières rejoint, évidemment, les mouvements de masse contre les dirigeants néo-libéraux. Du Chili aux USA, est-ce assez évident ?

Mais pour le moment il y faudrait bien, à partir des exigences certes élémentaires,  une mobilisation qui porte en Europe : les mêmes questions se posent dans la plupart des pays, avec lesquels nous devons affirmer des buts communs et des exigences politiques.  Une ligne de construction du mouvement, pour les mois qui viennent.

Type:  Article Jeudi, 25 Juin, 2020 - 14:57
François Calaret

Hommage à Maurice Rajsfus (1928-2020)

3 semaines 4 jours ago

Maurice Rajsfus nous quittés le samedi 13 juin, à l'âge de 92 ans.
Enfant, il avait échappé à la déportation qui suivit la Rafle du Vél' d'Hiv. Alors que ses parents allaient disparaître à Auschwitz, lui et sa sœur furent sauvés grâce à la lucidité de leur mère : au centre de regroupement de Vincennes un contrordre indiquant que les jeunes de 14 à 16 ans et de nationalité française pouvaient sortir, elle leur dit de partir…

Une expérience qui allait faire de Maurice un survivant, dont les engagements seraient indéracinables.

De la jeunesse difficile jusqu'à la vieillesse, un long parcours riche et solide. Il rejoint la Jeunesse communiste et le Parti communiste français, dont il allait être exclu pour trotskisme, puis militant du Parti communiste internationaliste (section française de la IVème Internationale), il allait se rapprocher du courant Socialisme ou barbarie, et aussi fréquenter les milieux surréalistes. Il vécut Mai 68 comme un salubre rajeunissement, ensuite il se rapprocha du PSU, avant de se consacrer plus exclusivement au journalisme et au syndicalisme. Un parcours qui croisa souvent celui de Michel Lequenne, à qui le 19 février dernier il rendit hommage lors des obsèques de ce dernier, sans doute une des dernières interventions publiques de Maurice Rajsfus.

Ecrivain, il a écrit une soixantaine de livres, et de manière militante il se fit l'enquêteur inlassable et rigoureux de ce qu'il savait gros de menaces mortelles. Ainsi il participa au mouvement Ras l'Front, qu'il présida quelques années, créa avec Jean-Michel Mension l'Observatoire des libertés publiques, puis assura la publication du bulletin Que fait la police ?

Un travail impressionnant de surveillance de cette même police. A ses yeux une nécessité, dont à la fin de sa vie il put entendre de puissants échos dans nos rues et au coeur de bien des villes du monde.

Il nous laisse avec ses ouvrages et ses recherches une documentation irremplaçable, et par sa personnalité un exemple de courage et de rectitude.

Francis Sitel

Type:  Article Jeudi, 18 Juin, 2020 - 12:55 Droits - libertés
François Calaret

Anthony Smith suspendu : deux mois de scandale

3 semaines 6 jours ago

Les 15 et 16 juin 2020, des rassemblements ont eu lieu dans toute la France pour protester contre la « suspension » de ses fonctions de l’inspecteur du travail Anthony Smith, ex-secrétaire national du SNTEFP-CGT (syndicat des agent-es du ministère du travail).

A Paris, un rassemblement d’une centaine de personnes s’est tenu le 16 juin devant le Ministère du travail, non loin du lieu de la mobilisation des personnels de santé le même jour. 150 personnes avaient pris part à une action de ce type à Chalons-en-Champagne le 15 juin, en présence de Bernard Thibault qui siège à l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Dans toutes les régions de France, des initiatives identiques ont eu lieu. Nous sommes deux mois (c’était le 15 avril) après qu’Anthony Smith a été « suspendu » de ses fonctions d’inspecteur par sa hiérarchie locale (la direction du travail de la Marne), très soutenue à l’évidence par la ministre Murielle Pénicaud.

Que lui a-t-on reproché ? D’avoir fait son métier : exiger d’un employeur (un personnage influent à Reims, première ville de la Marne) des masques pour le personnel d’un EHPAD, et d’avoir lancé une procédure de référé devant l’inaction. A ce moment-là les consignes du gouvernement sur le port du masque étaient loin d’être claires. En effet il avait même laissé entendre, pour « masquer » la pénurie, que cette précaution aujourd’hui évidente n’était pas efficace ! On comprend donc pourquoi la banderole intersyndicale (CGT, CNT, SNU-FSU, SUD) affiche le mot d’ordre : « Nous ne nous tairons pas » !

Depuis, une pétition nationale de soutien en est à 150 000 signatures. Un Comité de soutien a été mis sur pied avec plusieurs dizaines de personnalités syndicales, politiques, associatives. Cette solidarité s’est propagée dans le ministère, enrayant en partie son fonctionnement pendant la période du confinement. En effet, les réunions en télétravail étaient bloquées par les personnels sensés y participer, qui s’y refusaient en lisant des déclarations de soutien à leur collègue.

Où en est-on aujourd’hui de la procédure de suspension ? Nulle part. Ce qui renforce la colère des syndicalistes devant une pure provocation d’un ministère sensé protéger le droit du travail. Aucun dossier disciplinaire n’a été ouvert deux mois après la sanction arbitraire. Or la procédure de suspension ne peut durer que quatre mois, donc jusqu’en plein été.

Plusieurs personnalités du Comité de soutien ont pris la parole ce mardi 16 juin. Simon Picou, pour le syndicat CGT des inspecteurs, a rappelé la convention de l’Organisation internationale du travail qui garantit l’indépendance des inspecteurs-trices « de toute influence extérieure indue ». Le Code du travail précise également que l’inspecteur est seul à prendre la décision de poursuite en référé pour une infraction, ici en matière de santé. Pour la confédération CGT, Sophie Binet a mis l’accent sur une « affaire emblématique », qui concerne la protection de salarié-es « vulnérables » (personnel EPHAD), « très exposé-es » aux risques du COVID-19.  Il y a à l’évidence une volonté de « remise au pas de l’inspection du travail ». La députée France Insoumise Mathilde Panot, qui co-anime le Comité de soutien, présente avec Adrien Quatennens, souligne « un combat d’intérêt général » sur le rôle de l’inspection du travail, alors que la crise économique et sociale va s’aggraver, avec des centaines de milliers de chômeurs en plus : il ne faut surtout pas « baillonner les gens ». Annie Thébaud-Mony, médecin et chercheuse en santé au travail, défend l’idée que les inspecteurs du travail doivent bénéficier du « droit de retrait » devant des urgences de santé, dans un secteur souvent « menacé de sanctions ». Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail, porte-parole de GDS, explique que cette action vaut « pour tous les salarié-es ». C’est presque au même moment où des juges sollicités ont estimé qu’il fallait « porter des masques » que Anthony Smith a été « sanctionné ». Après des interventions du PCF, de la Convergence pour les services publics, du NPA, Simon Picou (CGT) conclut que le ministère semble très « gêné » par la situation, ce qui ne l’a cependant pas empêché de proposer à Anthony Smith de « signer une courrier » reconnaissant qu’il avait « mal agi ». Un comble !

Jean-Claude Mamet (publié sur le blog syndicollectif)

Type:  Article Mardi, 16 Juin, 2020 - 23:12 Droits - libertés
François Calaret

Avec les personnels hospitaliers, tou·te·s mobilisé·e·s le mardi 16 juin!

4 semaines ago

Le drame sanitaire, social, politique et écologique que nous traversons n’a pas seulement comme origine une pandémie mondiale… La destruction de notre système de santé, avec ses suppressions de postes, ses fermetures de lits et de services dans les hôpitaux, ses attaques incessantes contre l’assurance maladie, en a été l’un des amplificateurs. Depuis plusieurs années, ce gouvernement comme les précédents n’a pas voulu écouter les mobilisations du monde de la santé, des EHPAD, du secteur médico-social ou de la psychiatrie. Ainsi, il y a un an, bien avant la pandémie du Covid-19, le mouvement des urgentistes tirait déjà la sonnette d’alarme sur l’état dégradé des hôpitaux et sur l’asphyxie de notre système de santé et de ses personnels.

Dans le cadre de cette crise sanitaire, les soignant·e·s et l’ensemble des salarié·e·s du secteur en « première ligne » ont assuré leur mission et continuent à le faire dans des conditions difficiles. Comme beaucoup de salarié-e-s ces derniers mois, ils et elles ont dû œuvrer pour que la vie continue alors que les mesures de sécurité sanitaire n’étaient pas respectées, qu’il y avait pénurie de matériel de protection, de personnels et de places…

Une mobilisation salutaire a débuté dans les hôpitaux à la faveur du déconfinement pour exiger en particulier de meilleures conditions de travail, une revalorisation salariale à hauteur de 300 euros ainsi que la réouverture de lits, en particulier en réanimation. Que répond le gouvernement ? Un interminable concertation baptisée « Ségur » dont n’émerge aucune réponse concrète... et des médailles pour récompenser « les héros » !

Nous avons applaudi quotidiennement ces personnels de santé pendant la période du confinement, mais cela ne suffit plus : il faut être maintenant à leur côté car leur combat est le nôtre. En défendant le service public, en se mobilisant pour des augmentations de salaire, ils et elles se battent pour une société plus égalitaire, pour faire reculer la loi du marché et les gestions comptables, pour une autre répartition des richesses.

Nos organisations politiques entendent appuyer ces mobilisations et appellent l’ensemble de la population à les rejoindre à l’occasion de la journée de mobilisation de la santé du mardi 16 juin, à participer aux différents rassemblements et manifestations ce jour là, tout en respectant les mesures de protection.

Nous y serons présents pour exiger que les réponses aux urgences sanitaires soient enfin apportées : la distribution gratuite des masques ; la gratuité des tests et leur accessibilité ; la réquisition des usines et entreprises en capacité de produire masques et matériel médical ; les brevets des médicaments et du futur vaccin contre le Covid-19 placés en bien public mondial…

Nous relayons aussi les revendications des personnels mobilisés, de leurs syndicats et collectifs. Au-delà, nous exigeons un plan d’urgence pour l’hôpital public : embauche massive de personnel, à commencer par 100 000 recrutements sous statut fonction publique ; augmentation des salaires de 300 euros minimum ; annulation des plans de fermeture des sites ou de services ; réouverture des 100 000 lits supprimés en 20 ans ; annulation de la tarification à l'activité (T2A) qui contraint les hôpitaux à fonctionner comme des entreprises ; remise en cause de la loi Hôpital Patients Santé et Territoires de 2009 (dite loi Bachelot) et du pouvoir des Agences régionales de santé (ARS) pour un fonctionnement démocratique de l'hospitalisation publique associant les personnels médicaux et paramédicaux, les usagers, les territoires ; annulation de la dette des hôpitaux et augmentation de leurs budgets.

Nous avons aussi besoin d’un service public pour les personnes âgées en perte d’autonomie, ce qui passe par une sortie du marché de ce secteur et une revalorisation des personnels des EHPAD et de l’aide à domicile.

Concernant la Sécurité sociale, nous exigeons le remboursement des exonérations qui sont scandaleuses, en augmentant ses ressources et en rétablissant une gestion démocratique.

Le « monde d’après » ne peut se construire qu’en nous mobilisant pour une alternative à un système, le capitalisme, qui broie nos vies comme il étouffe la planète. La journée du mardi 16 juin pour la santé et la protection sociale en est une étape incontournable.

Organisations signataires :

Diem25 ;
Ensemble ! ;
Gauche démocratique et sociale ;
Génération-s ;
La France insoumise ;
Nouveau parti anticapitaliste ;
Pour une écologie populaire et sociale ;
République et socialisme ;
Union communiste libertaire.

Type:  Article Lundi, 15 Juin, 2020 - 23:26 Santé
François Calaret

Pour une alternative écologique sociale et démocratique

4 semaines ago

Communiqué unitaire - 13 juin 2020

ENSEMBLE! 06 // FRANCE INSOUMISE 06 // GENERATION.S 06 // NOUVEAU PARTI ANTICAPITALISTE 06 // PARTI DE GAUCHE 06 // PARTIT OCCITAN - REGION PROVENCE

POUR UNE ALTERNATIVE ÉCOLOGIQUE, SOCIALE ET DÉMOCRATIQUE

 

Après les premiers jours du confinement, la sidération et la réorganisation de la vie quotidienne ont laissé place à une colère et un sentiment de révolte qui n'ont cessé de grandir.

Colère et révolte contre l'incurie, les injonctions contradictoires et les mensonges de ce pouvoir qui saisit le prétexte de la crise sanitaire pour restreindre les droits et les libertés, laisse exploser les inégalités et tente de culpabiliser les populations -en particulier celles des quartiers populaires - pour mieux dissimuler ses propres responsabilités et limiter l’expression d’une contestation démocratique.

Ces responsabilités ne peuvent être mises de côté. Elles sont partagées avec les gouvernements précédents qui n'ont eu de cesse, via les politiques d'austérité, d'affaiblir les services publics et notamment la santé et l'hôpital.

Une course de vitesse entre plusieurs projets de société est maintenant engagée pour le « jour d'après ».

Et ce jour d'après, en réalité, a déjà commencé.

Le premier de ces projets, avec une intensité variable selon les forces politiques, accepte les reculs des droits et des libertés, s'accommode de la montée du chômage, donne la priorité au redémarrage de l'économie et de la course aux profitscapitalistes.

En réalité, il s’agit simplement de faire payer au peuple la facture des nouvelles aides aux entreprises, et de ne surtout pas remettre en cause les dégâts du capitalisme, du productivisme, de la financiarisation et de la marchandisation de tous les aspects la société, y compris du système sanitaire.

Pour ceux-là, l’objectif est de « retrouver le monde d'avant » quitte à remettre en cause la semaine de 35 heures de travail, à rallonger l'âge de départ à la retraite et, dans l'immédiat, à demander aux salarié-es de travailler pendant leurs jours de congés annuels, de RTT ou pendant les jours fériés.

Le second projet de société est celui de l'extrême-droite qui tente de détourner la colère et le sentiment de révolte légitimes pour proposer son idéologie nauséabonde fondée sur le nationalisme, le repli sur soi, le rejet de l'autre et la recherche d'un bouc-émissaire aux relents racistes.

En Hongrie, l'extrême-droite au pouvoir a profité de la crise actuelle pour faire disparaître ce qu'il restait d'Etat de droit, installer un régime néo-fasciste et interdire de fait toute dissension.

Aucun de ces deux projets n'est acceptable, aucun d'eux ne répondra à la crise en cours et moins encore à celles qui pourraient lui succéder. Nous devons nous mobiliser contre ces deux projets et proposer ensemble l’alternative.

Cette alternative sera à la fois écologique, sociale et démocratique, et des mesures d’urgence s’imposent dès aujourd’hui.

Notre approche écologique, sociale et démocratique inclut les questions de santé, d'économie, de résilience, y compris à l'échelle de notre département.

 

Ecologique car, au-delà des responsabilités gouvernementales, l’émergence et la propagation du Covid-19 ont été grandement facilitées par la déforestation, l’agriculture intensive et globalisée, le recul de la biodiversité et le refus de respecter les engagements internationaux pour le climat, ce qui correspond aux choix des politiques économiques capitalistes et productivistes.

Sociale car la situation de crise a démontré la nécessité des services publics et des solidarités, et elle ne saurait aboutir à l'aggravation du chômage et des inégalités, la dégradation des conditions de travail et le recul des droits sociaux.

Démocratique car, au-delà de la défense des droits et des libertés et du refus des discriminations, la population doit être associée aux débats publics et aux décisions qui la concernent au lieu d’être culpabilisée et pointée du doigt par le pouvoir. Les situations extrêmes comme cette pandémie montrent toutes les limites d’un régime où des décisions aussi fortes que la restriction à la liberté de mouvement et de rassemblement peut être décidée par un gouvernement sans possibilité de débat.

 

L'alternative sociale, écologique et démocratique que nous proposons accordera la priorité à :

    - la réduction du temps de travail (RTT) pour combattre le chômage et créer des emplois d’utilité écologique, sociale et sanitaire ; une politique sociale allant dans le sens du partage des richesses, de la hausse des minima sociaux et des salaires, de la réduction des inégalités ; mais aussi la reconquête, le développement et la reconstruction des services publics abîmés par les politiques passées notamment le système de santé public ; le refus de laisser au privé les secteurs stratégiques en particulier dans la santé comme l'activité des laboratoires, la production du matériel médical et sanitaire ;

    - la transition écologique, l'arrêt des productions dangereuses, inutiles et polluantes fondées notamment sur l'exploitation des énergies fossiles, et la reconversion écologique de l'industrie, de l'agriculture et de l'économie, la défense intransigeante de la biodiversité et du vivant, la relocalisation pour la souveraineté alimentaire et sanitaire avec comme critères premiers la satisfaction des besoins essentiels et la sobriété ;

    l- a diversification des activités car la crise illustre la fragilité de notre département, sa dépendance à une économie fondée sur le tourisme de masse et questionne son autonomie alimentaire et énergétique ;

   -  un effort sans précédent pour le développement et la gratuité des transports publics  ;

    - la création de sociétés coopératives de production et de services, plus respectueuses des salarié·es ;

    - l'abrogation des contre-réformes (assurance chômage, retraites, droit du travail…) et le refus des mesures sécuritaires et liberticides ;

    - la levée d’un impôt exceptionnel en 2020 sur les dividendes et la mise en œuvre d’une réforme fiscale plus progressive ;

    - l'ouverture d'un vaste débat citoyen sur le projet de revenu universel ;

    - l'élaboration d'une nouvelle constitution pour une VIème République ;

    - la plus grande vigilance sur le maintien et extension des droits et des libertés, l'exigence de l'égalité des droits pour toutes et tous, le renforcement des droits des femmes qui ont été en première ligne dans l'activité des salarié·es mis·es en danger sur leur lieu de travail et dans le confinement familial, la régularisation définitive des sans-papiers, l'accueil des migrant·es dans des conditions dignes ;

    - une véritable décentralisation et une démocratie locale donnant aux collectivités territoriales le pouvoir politique et les ressources financières nécessaires pour leur permettre d'impulser la relocalisation des activités économiques (agriculture, industrie, services) et de favoriser la reconnaissance des droits culturels et linguistiques des peuples qui composent la France, facteur de lien social.

Cette alternative sera à la fois, sociale, écologique et démocratique. Ces trois principes sont à la fois liés et imbriqués les uns dans les autres. Cette crise porte l'opportunité de les réunir dans un projet, qui au delà des solutions portées par les organisations politiques, devra s'ouvrir aux propositions des citoyens et citoyennes. Nous devrons réussir à trouver ensemble des remèdes qui iront au delà des idéologies installées, soyons créatifs et créatives.

Seule la pression populaire permettra d'imposer la réalisation d'un tel projet.

Aux citoyennes et aux citoyens de se mobiliser !

Type:  Article Lundi, 15 Juin, 2020 - 23:22 Politique
François Calaret

Un enjeu politique : qui définit la notion de travail ?

1 mois ago

                      

Le travail est en général confondu avec l’emploi. Qui dit emploi, dit employeur et employé, ce qui trace un rapport d’assujettissement. Essayez de faire le même exercice avec le mot travail…C’est sous l’influence de ceux qui détiennent l’argent et le pouvoir que les différents moments du parcours de vie et de travail de la personne sont dissociés. L’activité hors- emploi comme les activités domestiques, culturelles, citoyennes contribuent à la formation de soi et est réutilisée par les entreprises. Il y a ainsi une unité de l’individu. Il met ce qu’il est dans son travail. Evidemment les capitalistes se gardent bien de reconnaître qu’ils bénéficient de caractéristiques acquises sur du temps qu’ils ne paient pas.

Le mot « compétence » utilisé par le patronat mérite attention. Un entretien d’embauche porte moins sur la technicité que sur des caractéristiques acquises hors emploi et hors formation professionnelle. Si vous n’avez pas le diplôme correspondant, vous n’avez pas l’entretien. Ainsi le « hors- emploi » participe directement à l’efficacité de l’entreprise. Un prof de lettres qui, le dimanche, va au théâtre, il se détend ou il se forme ? Un mécanicien titulaire d’un CAP explique qu’il est devenu chef d’atelier parce que « hors emploi », il anime une équipe sportive. Son expérience d’animation d’un collectif lui a valu cette promotion. A la fin des années 90, des sociologues ont attiré l’attention du PDG d’Air France sur le fait que les équipes des ateliers de mécaniques qui avaient le meilleur rendement étaient celles où se trouvaient des syndicalistes : lorsque plusieurs équipes rencontraient des difficultés, elles appelaient le chef d’atelier. Mais pendant que le chef d’atelier aidait une équipe, les autres attendaient leur tour d’où une baisse de leur rendement. Les équipes incluant des syndicalistes sont celles qui attendaient le moins l’aide du chef d’atelier. Selon les sociologues pas plus que les syndicalistes n’acceptent que la direction leur résiste, ils n’acceptent que le moteur leur résiste ; au final, leur acharnement fait gagner du temps.

Pour Marx (Critique du programme de Gotha), le travail n’est source de richesses que dans la mesure où il cristallise toutes les pratiques sociales de l’individu. C’est plus actuel que jamais. Aujourd’hui l’intellectualisation du travail -même ouvrier- accroît considérablement la part de la subjectivité des individu(e) s et leur capacité d’initiative sont de plus en plus requises par le « management ». Contrairement à ce que l’on nous serine, la modernité veut que le rôle de l’humain grandisse et se complexifie et que ce soit le temps d’emploi qui diminue.

Si ces activités sont aussi essentielles au bien commun que le temps passé en entreprise, ne faut-il pas repenser ce que doit recouvrir la rémunération ?  Nous ne partons pas de rien : il y a déjà des brèches dans le rapport salarial : les congés payés, les heures de délégations syndicales, les congés maternité ne sont ni du travail ni de la formation, c’est la société qui finance sa propre reproduction. Les intermittents du spectacle sont intermittents parce qu’il est reconnu qu’entre deux emplois il est nécessaire qu’ils s’immergent dans d’autres pratiques sociales.

Pourquoi seulement eux ?

Prendre l’initiative d’aborder ainsi le travail, c’est priver de toute justification la précarité, le chômage, les journées de travail trop longues et les bas salaires. C’est commencer à changer le rapport des forces tout de suite.

Pierre Zarka collectif de rédaction du journal en ligne Cerises

Type:  Article Vendredi, 12 Juin, 2020 - 10:17 Politique
François Calaret

Pour la santé, mobilisées le 16 juin !

1 mois ago

POUR LE SERVICE PUBLIC HOSPITALIER, LES EHPAD, LA PSYCHIATRIE, POUR LES PERSONNELS POUR LE DROIT A LA SANTE ET A LA SECU.
TOUS DANS LA RUE LE 16 JUIN 2020
30 ans de politiques néolibérales ont gravement détérioré le système public de santé et de soins et mis à mal le système de protection sociale que représente la Sécurité Sociale.

La liste est longue des ‘’réformes’’ qui se sont succédé que ce soit en termes d’organisation qu’en termes de financement.

Ordonnances Juppé de 1996 mettant la Sécurité Sociale et ses recettes sous tutelle étatique en instaurant le projet de loi annuel de financement de la Sécurité Sociale (le fameux PLFSS) incluant le mécanisme budgétaire de l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie).

Mise en place de la tarification à l’activité (T2A) en 2004 réduisant le soin à un acte technique, loi Bachelot hôpital patients santé territoires (HPST) en 2009 mettant en place une gouvernance managériale de l’hôpital public, écartant les soignants, consacrant la transformation de l’hôpital en entreprise, du malade en client et des professionnels de santé en ingénieurs et techniciens au service d’une approche industrielle et commerciale des soins.

Loi Touraine de 2015 rendant obligatoire les regroupements d’établissements avec renforcement des restructurations accélérant les programmes de fermetures de lits et de services.

Plusieurs dizaines de milliers de lits, et des dizaines de maternités et de services ont ainsi disparus. Au total un éloignement de plus en plus important des lieux de soins pour les malades et leurs familles et un étranglement financier progressif de l’hôpital public avec au fil des années un ONDAM comportant un taux de progression très insuffisant au regard des besoins, une tarification à l’activité inscrite dans une enveloppe budgétaire fermée et une augmentation de la dette des hôpitaux publics qui se monte actuellement à 30 milliards.

Dans ce contexte les personnels sont ainsi devenus pour les managers financiers de l’hôpital public la variable d’ajustement budgétaire avec de nombreux postes vacants, des salaires bloqués, le démantèlement des équipes de soins, le recours massif aux contractuel(le)s et à l’arrivée une grande souffrance professionnelle entrainant démissions et parfois suicides.

Du côté du financement de la Sécu : on a assisté à la pression patronale pour la baisse du coût du travail et à la mise en place d’une austérité budgétaire au nom du déficit et de la maitrise des comptes publiques :

  -Mise en place de la CSG par Rocard en 1991, supportée essentiellement par les salariés et les retraités à plus de 85% et prélevée uniquement sur le salaire brut (ce qui a l’immense avantage pour le Medef de ne pas toucher au coût du travail quand elle augmente)

-Mise en place des franchises qui n’ont de ‘’médicales’’ que le nom en 2007.

-Mise en place des complémentaires santé d’entreprise obligatoires en 2013 renforçant la place du secteur privé de la protection sociale au lieu d’aller vers le 100% Sécu.

Sans parler des exonérations de cotisations sociales, appelées ‘’charges’’ par le patronat, qui ont atteints près de 60 milliards en 2019 et qui ne sont plus obligatoirement compensée par l’Etat depuis une loi macroniste votée en 2018.
Face à cette situation depuis plusieurs années se sont développées des luttes des personnels et des mobilisations des populations au niveau local avec notamment la Coordination Nationale de défense des hôpitaux et maternités de proximité.
-Grèves dans les EHPADs (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) pour les salaires, les effectifs et l’amélioration des conditions d’accueil des résidents. Il s’agit d’un secteur d’activité médico-sociale, réparti dans plus de 10 000 établissements, avec 728 000 résidents recensé(e)s en 2017 et 430 000 équivalents temps pleins (ETP) en personnels. Dans ce secteur un quart des établissements sont privés à but lucratif appartenant à de gros groupes comme Korian, Domusvi ou Orpéa. On est loin de la revendication portée par les syndicats d’un ETP par résident.

--Mouvement des services des urgences dans les hôpitaux, confrontés au manque d’effectifs, de moyens, et à une fréquentation en hausse constante conséquence de la désertification médicale et de la disparition de fait de la permanence des soins en ville en soirée. L’apparition du Collectif Inter-Urgences (CIU) il y a plus d’un an est venu témoigner de cette combativité et de l’ampleur des problèmes.

-Mouvement dans les hôpitaux généraux et psychiatriques qui ont pu aller jusqu’à des grèves de la faim comme à l’hôpital psychiatriques de Rouen, l’occupation de toits de l’hôpital au Havre et campements devant l’hôpital psychiatrique Marchant à Toulouse.
Depuis quelques mois la mise en place du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH)qui regroupe des professionnels de toutes catégories est venue structurer ce mouvement.
La réponse de Macron sera le plan Buzyn ‘’ma santé 2022’’ voté en juillet 2019 proposant de continuer les économies budgétaires, de renforcer la place du privé en ville en accélérant la mise en place de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) dans un contexte de pénurie et de désertification médicale en avançant le prétexte constant du manque d’organisation et de coordination.

En novembre 2019 il propose la reprise d’une partie e la dette des hôpitaux publics à hauteur de 10 milliards soit un tiers de la dette, mais les projets de restructuration continuent : la signature du contrat COPERMO en juillet 2019 concernant l’hôpital de Nancy et la suppression de 600 postes et 174 lits sera confirmée par le directeur de l’agence régionale de santé en pleine pandémie COVID dans le grand-est. Cela lui coutera son poste pour …maladresse de communication.

Dans ce contexte La crise sanitaire du COVID 19 qui intervient début 2020 vient servir de révélateur social et politique.

Révélateur social car elle met en lumière le rôle essentiel pour l’ensemble de la société de métiers, d’ailleurs le plus souvent féminin, comme les caissières, les femmes des entreprises de ménages, les personnels du soin à domicile comme à l’hôpital mais aussi les magasiniers et les transporteurs publics etc…de nombreux métiers sous-payés et invisibilisés mais essentiels à la société.

Révélateur social car il met en lumière les inégalités sociales face à la pandémie et dans l’accès aux soins pour certaines populations (sans papiers, SDF, habitants des quartiers relégués, mal logés, prisonniers ou en rétention administrative…)
Révélateur politique car il a mis à nu l’impréparation, l’imprévoyance des autorités publiques et gouvernementales et leurs mensonges. Une vision à court terme, financière, gestionnaire, à flux tendu, a entrainé un manque de matériels : tests, masques, respirateurs, lits de réanimation. On découvre ainsi que la France a 4 fois moins de lits de réanimation que l’Allemagne.

Révélateur politique car la formidable mobilisation des soignants, au prix de milliers de contamination, a permis de prendre en main l’organisation des soins, et de s’émanciper de la tutelle des managers obsédés par la gestion des tableaux de bord et du taux de remplissage des lits. Elle a montré qu’une autre organisation permettant de faire face était possible et efficace. Le slogan ‘’non au retour à l’anormal ‘’résume l’état d’esprit et la prise de conscience qui s’est fait jour.

Laissée aux mains des groupes pharmaceutiques et dans la cadre de la mondialisation capitaliste la production de médicaments délocalisée à plus de 80% en Inde et en Asie a démontré que le bien commun est incompatible avec des intérêts privés guidés par la performance boursière et la promesse de dividendes. En 2020 SANOFI prévoit ainsi de distribuer 4 milliards d’euros à ses actionnaires.

Pour répondre à ces problèmes Macron et ses conseillers choisissent la stratégie du choc.  Aller plus loin et plus vite dans les ’’réformes’’. C’est ce qu’indique le pré-rapport de deux membres de la caisse des dépôts et consignations début avril 2020. C’est vers la disparition du service public hospitalier et sa transformation en hôpital privé non lucratif que proposent d’aller deux hauts fonctionnaires anciens directeurs d’hôpitaux publics dans une tribune au monde appuyés par Claude Evin et jean Leonetti, deux anciens ministres au Figaro fin mai 2020.

Olivier Véran, ministre de la santé propose pour augmenter les revenus des soignants de remettre en cause le tabou des 35 heures et vient de lancer le ‘’Ségur’’ de la santé. Stratégie de concertation qui ressemble à la stratégie du grand débat l’an dernier. C’est une stratégie d’enfumage ou rien ne se négocie et dont l’objectif est simple : noyer le poisson et à la sortie relancer ma santé 2022.

Dans ce contexte, la date du 16 juin a été retenue par de nombreux syndicats, collectifs, associations pour organiser dans tout le pays rassemblements, manifestations, grèves, en défense de l’hôpital public et en soutien aux revendications des personnels de santé. Elle peut être et elle doit être l’occasion que s’exprime la colère qui s’est accumulée dans les établissements et qui s’et déjà exprimé dans de nombreuses manifestations.

Elle doit être aussi et surtout l’occasion d’exprimer ce que nous voulons :

Un plan d’urgence pour l’hôpital public et les Ehpad : recrutement massif, ouverture des formations

Nous voulons 300 euros pour tous et toutes

Nous voulons l’arrêt des restructurations, des fermetures de lits et de service

Nous voulons l’annulation de la dette des hôpitaux publics

Nous voulons l’arrêt de la T2A et la suppression du carcan de l’ONDAM, et que soit mis en place des ressources stables et durables pour l’hôpital et le médico-social définies démocratiquement par la population, les soignants et leurs représentants, les élus locaux. Cela implique la remise cause de la toute-puissance des directeurs et des ARS.

Nous voulons un financement identifié pour la psychiatrie de secteur, la fin des mesures de contraintes. Une politique de prévention à hauteur de 10% du budget de la santé.

Nous voulons le développement d’un réseau de centre de santé public permettant un maillage territorial suffisant.

Nous voulons un service public du médicament.

Nous voulons la Sécu à 100% intégrant les complémentaires santé et leurs personnels ce qui au passage économiserait les 7,5 milliards de frais de gestion et de publicité des complémentaires santé.

Un système de santé et de soins organisé et financé pour répondre aux besoins de la population et non aux impératifs budgétaires de Bercy.

Roland Foret

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Type:  Article Jeudi, 11 Juin, 2020 - 14:29 Santé
François Calaret

Lettre aux associations et syndicats de l'appel "PLus Jamais ça"

1 mois ago

Aux associations et syndicats d I’initiative de l’appel «Plus jamais çà ! Préparons le jour d’apres»

Bonjour,

Vous avez invite mercredi 20 mai l’ensemble des organisations politiques qui ont répondu favorablement a une rencontre (virtuelle) pour évoquer la poursuite de leur démarche. Elles répondaient aussi a une situation totalement inédite ou la société capitaliste, la mondialisation néolibérale, ie productivisme, le saccage de la nature et de la biodiversité, sont mis a nu par la crise sanitaire. II faut répondre a ce défi.

La rencontre s’est tenue dans une configuration exceptionnelle qui a permis un dialogue inédit entre vous et 1’ensemble des formations politiques de l’écologie et des gauches représentées par leurs responsables nationaux : Ensemble, EELV, Génération.s, GDS, GRS, LFI, NPA, PCF, PS, Place Publique.

Il en ressort la volonté affirmée, en partant de ce qui nous rassemble, de travailler ensemble a des actions concretes et a des initiatives communes.

Il s’agit, en s’appuyant sur l'énergie de I'action citoyenne, syndicale et politique, d’apporter des solutions concretes aux crises sanitaires, sociales, environnementales et démocratiques qui s’aggravent chaque jour et provoquent souffrances et coleres.

Nous, formations politiques, qui avons participé â ces échanges, souhaitons encourager toutes les initiatives citoyennes et syndicales susceptibles de construire une alternative écologiste et sociale dans la société.

Aussi, les organisations Ensemble, Generation.s, GDS et Place Publique entendent par ce courrier commun exprimer notre soutien a votre démarche collective afin d’ceuvrer ensemble pour reconstruire un tutur écologique, féministe, social et démocratique en rupture avec le désordre néolibéral et les politiques menées jusque la.

Nous souhaitons vivement poursuivre ie dialogue entamé le 20 mai et espérons que vos initiatives entraineront un nombre croissant de structures syndicales et associatives, et que toutes les formations politiques de la gauche et de 1’écologie soutiendront les mobilisations.

Ingrid Hayes, Jean-Claude Mamet (Ensemble )

Guillaume Balas, Claire Monod (Génération.s)

Gerard Filoche, Anne de Haro (Gauche démocratique et sociale )

Marion Boidot, Jo Spiegel (Place publique)

 

Type:  Article Lundi, 8 Juin, 2020 - 07:31 Politique
François Calaret

Nous sommes toutes et tous des Noirs américains ou français

1 mois ago

« La mort de George Floyd entre en résonance avec la situation des Noirs du monde entier » Sadiq Khan maire de Londres.

A nos yeux, elle entre aussi en résonance avec la situation de toutes et tous les opprimé.e.s et humilié.e.s.

Étouffé sous le genou d’un policier blanc américain, George Floyd est devenu le symbole des luttes des personnes discriminées du fait de leur couleur de peau, et dont l’histoire de leurs ancêtres a été marquée par la domination coloniale qui continue de nourrir des pratiques racistes.  Aux États Unis, c’est un mouvement de fond, tous les États sont concernés et dans plus de 500 villes les manifestations rassemblent une population jeune et mixte. L’ampleur, la durée, la répartition sur tout le territoire étasunien, des manifestations qui font suite à l’assassinat de George Floyd à Minneapolis ont saisi la planète. Maurice Mitchel leader du mouvement Black Lives Matter dans une interview accordée à Mediapart en éclaire le fondement : « c’est le fruit de quatre siècles d’esclavage et de spoliation, de quatre décennies de néolibéralisme et de quatre ans de Donald Trump ». Le soutien s’organise un peu partout dans le monde pour dénoncer les violences policières qui touchent les personnes racisées. Mais nous sommes toutes et tous visé.es : on ethnicise la pauvreté et la répression pour mieux la faire passer auprès des personnes non racisées et à la fois accoutumer  à la répression et empêcher tout esprit d’être dans une situation identique, sentiment nécessaire à la conscience de classe.

La presse française passe en boucle, comme elle le fit pour les gilets jaunes, les dégâts urbains de ces manifestations. Mais force est de constater que malgré les menaces de Trump, la désorganisation considérable, les dégâts matériels et les pillages, la plupart des Américains gardent leur soutien aux manifestants et à leurs revendications. Les réseaux sociaux regorgent de messages solidaires. Précisons qu’ici ce terme ne recouvre pas la charité mais la certitude d’être sur la même trajectoire de pauvreté et de répression. Si les sondages ne sont pas l’exacte mesure des rapports de force, deux publications sont encourageantes. Selon Reuters au 3 juin, 64 % des personnes interrogées étaient « solidaires des manifestants » et 47 % ont déclaré qu’elles désapprouvaient la gestion policière des manifestations jusqu’à présent. Seuls 27 % des sondés ont déclaré être contre les manifestations. A la même date selon le sondage de Monmouth   78 % des personnes interrogées déclarent que « la colère qui a conduit à ces manifestations était justifiée ou entièrement justifiée« , et 54 % des sondés considèrent que les manifestations étaient encore justifiées, même en prenant en compte leur déroulement parfois violent.

En France c’est le mouvement de soutien à Adama Traore mort sous les coups de policiers français, qui mobilise plus de 20000 personnes ce mardi 2 juin à Paris et depuis dans de nombreuses villes, et à travers lui, toutes celles et tous ceux qui ont été victimes ces dernières années.

Il y eu aussi cette formidable manifestation pour la régularisation des sans-papiers de samedi 30 mai. Débordant largement le cadre des organisations traditionnelles, les personnes directement visées par les violences, le racisme, l’islamophobie, les discriminations pour l’emploi ou le logement ont pris en main la manifestation et décidé de ne pas rester à la place à laquelle elles sont assignées et c’est une bonne nouvelle.

Ainsi l’auto-organisation progresse; ou plutôt… elle est de plus en plus visible. Des réseaux d’entraide ont permis des distributions gratuites de nourriture. Depuis plusieurs années, de nombreux collectifs ont vu le jour. « Urgence, notre police assassine » aide les familles victimes de violences policières à organiser leur défense.  Le collectif a créé une application qui permet de filmer les policiers auteurs de violences et de transmettre les images pour qu’elles soient instantanément sauvegardées.

La période de confinement a rendu plus visible les inégalités qui frappent les quartiers populaires où vit une majorité de personnes non blanches. C’est en Seine-Saint-Denis qu’il y a eu un nombre record d’amendes, que la surmortalité a été la plus importante compte-tenu des conditions de logement, mais compte-tenu aussi du fait que les premier.es de corvée y sont très nombreux-ses : les éboueurs, les caissières, les aide-soignant.es, les brancardiers…

Inégalités sociales et inégalités raciales se nourrissent.

Nous avons tous notre place dans ce mouvement d’émancipation. Au-delà de ce qui est moralement inacceptable, nous sommes toutes et tous concerné.es : le fractionnement organisé d’une société ne s’arrête jamais. Le Capital commence par ceux qui lui semble les plus faciles à discriminer mais est-on sûr que déjà il n’y en a pas d’autres ?  Comme pour les gilets jaunes, ou les féministes, que les premier.es concerné.es qui subissent depuis trop d’années les contrôles au faciès, les violences policières et le racisme systémique se mettent en lutte est un formidable atout. Nous sommes confronté.es aux mêmes causes, le combat des uns ne saurait ne pas être celui des autres.  Avançons ensemble pour le dépassement de toutes les dominations et toutes les discriminations.

Catherine Destom Bottin, Sylvie Larue, Christian Mahieux, Henri Mermé, Pierre Zarka

https://ceriseslacooperative.info/2020/06/06/nous-sommes-toutes-et-tous-des-noirs-americains-ou-francais/

Type:  Article Lundi, 8 Juin, 2020 - 07:25 Anti-racisme
François Calaret

Sauver l’emploi, oui, le transport aérien, non !

1 mois 1 semaine ago

Le secteur aérien est une des principales victimes de la pandémie qu’il a contribué à propager. Début avril, le nombre global de vol était 80% plus bas qu’un an plus tôt au même moment. Près de la moitié des compagnies dans le monde sont aujourd’hui menacées de faillite. Depuis le début de la crise, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a révisé quatre fois ses prévisions sur l’évolution du chiffre d’affaires du secteur. En mars, elle tablait sur une crise limitée à trois mois, entraînant une perte de 252 milliard de dollars par rapport à 2019 (-44%). A la mi-avril, le recul était estimé à 314 milliards de dollars (-55%). Mais la réalité pourrait s’avérer encore plus sombre.

Deux scénarios… ou plus

Les projections, en effet, sont basées sur l’hypothèse d’une crise passagère, suivie d’une reprise « en V ». Or, ce scénario n’est pas du tout certain, car la sortie de crise ne dépend pas seulement de mécanismes économiques. Aussi longtemps qu’il n’y a ni traitement ni vaccin contre le COVID-19 (et la découverte d’un vaccin n’est pas acquise !), la sortie de crise dépendra de mécanismes biologiques – l’activité du virus – et de leurs répercussions psychologiques – la confiance des consommateurs. Telle est la particularité de cette récession sans précédent dans l’histoire du capitalisme : même si la destruction de capitaux était suffisante pour permettre en théorie une relance de l’activité, celle-ci pourrait être ruinée en pratique, soit par la prolongation de l’épidémie, soit par des vagues épidémiques successives.

A la mi-mai, l’IATA a donc commencé à envisager deux scénarios. Dans le premier, dit « de référence », les vols intérieurs reprennent au troisième trimestre, les vols internationaux ne suivent que plus tard, le volume de passagers en 2021 reste inférieur de 24% au volume de 2019 (et inférieur de 32% aux projections d’avant la pandémie) et l’impact économique du SRAS-COV2 se fait sentir jusqu’en 2025 (volume 10% plus bas que dans les projections d’avant la pandémie). Dans le second scénario, dit « pessimiste », une deuxième vague du virus prolonge les blocages jusqu’au troisième trimestre, de sorte que le volume mondial des vols en 2021 est 34% au-dessous du niveau de 2019 (41% au-dessous des prévisions d’avant la pandémie). On sait aujourd’hui qu’une troisième, voire une quatrième vague épidémique ne sont pas exclues, mais l’IATA préfère ne pas envisager cette hypothèse…

Licenciements, flexibilité et chantage à l’emploi

La réponse des compagnies combine destruction de postes de travail, attaques sur les salaires et sur les conditions de travail, et appels à l’aide des gouvernements. Vingt-cinq millions d’emplois dans le monde dépendent du secteur aérien. N°1 du secteur, American Airlines (130.000 emplois), veut se débarrasser de 30% de ses 17.000 salarié·e·s dans les secteur de la gestion et du soutien. Delta, le N°2, a des plans similiares. La Norwegian Air Shuttle a d’ores été déjà fait faillite (4700 emplois), Virgin Australia et Virgin Atlantic sont en train de sombrer, le groupe IAG (British Airways, Iberia, Vueling…) annonce la suppression de 12.000 emplois, la compagnie scandinave SAS en supprimera 5.000 et l’islandaise Icelandair, 2000. Ryanair, devenu le principal transporteur européen, veut licencier (au moins) 3.000 employé·e·s et réduire les salaires de 20%. Fin avril, la Lufthansa estime devoir se séparer de 10.000 « excédentaires », dont 1000 chez Brussels Airlines, une de ses filiales. Conséquences chez les constructeurs : Boeing aussi annonce des pertes d’emplois massives. Etc.

Le chantage à l’emploi (il faudrait dire : le chantage à encore moins d’emplois) est l’arme principale des compagnies pour obtenir des aides publiques. Quelles que soient les formules concrètes choisies – prise de participation, nationalisation, avantages fiscaux – on en revient toujours au même vieux principe : la nationalisation des pertes et la privatisation des bénéfices.

Aux Etats-Unis, par exemple, le gouvernement a donné 25 milliards de dollars aux compagnies. Elles ne devront en rembourser que 30%, car le gouvernement fédéral deviendra actionnaire minoritaire. En échange, les transporteurs aériens s’engagent à ne pas licencier ni réduire la rémunération des salariés avant le… 30 septembre 2020, à limiter les rémunérations des dirigeants jusqu’en mars 2022 et à ne pas verser de dividende ni racheter leurs propres actions jusqu’en septembre 2021. Il semble clair que cet accord est basé sur l’hypothèse d’une relance « en V » après une crise de quelques mois à peine, et que le rachat par le privé est d’ores et déjà prévu dans l’accord avec l’administration.

Lufthansa, plus de 11 milliards d’aides publiques !

L’accord conclu entre Lufthansa et le gouvernement allemand est du même tonneau. L’entreprise recevra neuf milliards d’Euros de l’Etat fédéral. Le gouvernement contrôlera 20% du capital mais n’aura que deux observateurs sans pouvoir de décision au conseil d’administration. Le ministre social-démocrate des finances, Olaf Scholz, n’en fait pas mystère : dès que la crise sera passée, l’Etat cédera ses parts à l’entreprise.

Ce n’est pas tout : via ses filiales, Lufthansa recevra des aides publiques de la Suisse, de l’Autriche et, fort probablement, de la Belgique. Globalement, alors que sa valeur est estimée à 4 milliards, la compagnie pourrait glaner ainsi jusqu’à 11 milliards de fonds publics. Dans le cas belge, le prix que Lufthansa exige pour ne pas liquider Brussels Airlines a doublé depuis le début de la crise, pour atteindre environ 400 millions. Pas mal, si l’on songe que le groupe allemand, en 2009, avait acquis 45% de l’entreprise belge pour la somme de… 65 millions.

Pour faire passer la pilule, le groupe promet de modérer les rémunérations des dirigeant·e·s et des cadres supérieur·e·s. Mais ce sont les travailleurs/euses qui vont morfler. Le secteur est sous la pression croissante des« low cost », notamment en Europe de Ryanair qui tire systématiquement les conditions sociales vers le bas. Pour ne prendre qu’un exemple particulièrement clair de surexploitation : le personnel de cabine de la compagnie irlandaise n’est payé que lorsque l’avion est en vol (une heure d’attente sur le tarmac ou dans une aérogare, ce n’est pas du « travail », selon Michael O’Leary !). Avec une flotte réduite à 38 avions, la messe est dite : Brussels Airlines ne pourra qu’achever sa mutation vers une « low cost » du groupe allemand.

Sortir de l’engrenage mortifère

Dans ces conditions, « sauver » Brussels Airlines apparaît vraiment comme un marché de dupes, sur le dos de la collectivité et des travailleurs/euses de l’entreprise. La question est évidemment : que faire d’autre ? Bien qu’il y ait urgence, y répondre intelligemment requiert une vision stratégique. Il faut regarder au-delà de l’entreprise et prendre en compte l’absurdité criminelle du développement des transports aériens. On aboutit alors immanquablement à la conclusion que ce développement constitue un engrenage mortifère. Un engrenage dont il faut sortir car il joue un rôle majeur dans la destruction conjointe des conditions sociales et des conditions écologiques. En clair : « sauver » Brussels Airlines, « sauver » le secteur aérien en général, est le contraire de ce qu’il faudrait faire.

Tous les quinze ans depuis 1977, le transport aérien de personnes voit son nombre de passagers doubler. L’avion a été employé en 2018 par 4,3 milliards de gens, originaires en majorité des pays « développés » et de Chine. On estime que 1% de PIB supplémentaire augmente les vols de 1,5% à 2%, selon le niveau de développement du pays. Avant le virus, Boeing et Airbus misaient donc sur 8 milliards de passagers en 2037-2038. Le transport aérien de fret suit une évolution analogue : il ne totalise que 0,5% des marchandises en volume mais 35% en valeur, ce qui signifie que l’avion est utilisé pour transporter des colis petits et légers tels des smartphones, des fleurs(1) … et des masques, par exemple.

La récente « importation » de travailleurs/euses amené·e·s par avion de Roumanie pour que les asperges d’Europe occidentale puissent être récoltées en dépit du COVID-19 est un des mille exemples qui montre que l’avion est par excellence le moyen de transport « just in time » du capitalisme mondialisé, productiviste, consumériste, exploiteur et ultra-néolibéral. Un capitalisme impérialiste, qui entretient ses relations coloniales avec le Sud global, promeut un tourisme insoutenable, presse les travailleurs/euses comme des citrons et bousille la planète au nom du profit. Ce mode de transport contribue à la surconsommation de ressources minières, à la pollution par les NOX et par le bruit, à la bétonnisation des territoires par les infrastructures et, bien sûr, aux émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre.

L’impossible aviation verte

Pour rappel, les émissions mondiales de CO2 doivent diminuer de 58% d’ici 2030 et de 100% (au moins) d’ici 2050. Ces réductions drastiques(2) sont indispensables pour avoir une chance sur deux (ce n’est pas beaucoup !) de ne pas (trop) dépasser 1,5°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. A la clé, un des enjeux est de ne pas franchir le seuil probable de dislocation de la calotte glaciaire du Groenland, qui contient assez d’eau pour faire monter le niveau des océans de 6 à 7 mètres.

Aucune technologie n’est susceptible de rendre l’explosion de l’aviation compatible avec ces objectifs climatiques vitaux. Celles et ceux qui prétendent le contraire racontent des balivernes pour nous endormir(3).. En fait, il est évident que les progrès techniques ne donneront pas de solution, c’est pourquoi toutes les recettes envisagées font appel à la soi-disant « compensation » des émissions par des plantations d’arbres et autres moyens de favoriser l’absorption de carbone par les écosystèmes. Mais ce sont des recettes d’apprenti-sorcier. Elles se heurtent aux limites physiques et sociales (les superficies terrestres nécessaires, la concurrence avec la production alimentaire). Plus fondamentalement, les temporalités entre absorptions et émissions ne sont pas comparables : retirer du carbone en faisant pousser un arbre qu’on abat 60 ans plus tard ne peut pas compenser le fait d’émettre du carbone en brûlant du pétrole fossilisé depuis plusieurs millions d’années.

On ne peut donc pas se contenter de demander pour « Brussels Airlines » et pour le secteur aérien en général une solution compatible avec l’accord de Paris sur le climat. Cette formulation trop vague évite le coeur du problème, à savoir qu’il n’y a pas de solution « climat-compatible » si on ne met pas radicalement en cause le volume des transports.

Les gouvernements tentent de sortir de l’impasse par des mécanismes de marché. En 2008, l’Union Européenne a étendu son système d’échange de droits de polluer (ETS) aux compagnies aériennes (pour les vols intra-européens), donc distribué gratuitement des droits d’émissions échangeables, comme elle l’avait fait plus tôt pour les secteur industriels clés. Ce faisant, elle ne fait en réalité qu’accompagner la baisse relative (pas absolue) des émissions découlant spontanément des progrès dans l’efficience des moteurs. Même constat au niveau de l’IATA : en 2016, l’association a décidé de mettre sur pied un système de marché mondial censé entrer en vigueur à partir de 2021, avec pour objectif de stabiliser les émissions au niveau de 2020 par des compensations ou des réductions d’émissions(4). Mais plus de marché ne permettra pas de guérir la maladie due au marché. Aucune de ces mesurettes ne constitue ne fût-ce qu’un début de politique à la hauteur du défi climatique. Dans une logique de marché, le minimum serait d’abolir le statut fiscal privilégié du secteur aérien (pas de TVA sur le kérosène, ni sur les billets) et d’introduire une taxe sur les vols, avec un taux croissant d’année en année. Mais, même de cela, le néolibéralisme ne veut pas, parce que la rentabilité du secteur est fragile.

Pour une décroissance radicale des transports aériens

La conclusion stratégique est incontournable : il faut d’urgence organiser la décroissance radicale du transport aérien, c’est le seul moyen réel par lequel le secteur peut contribuer à éviter la catastrophe climatique. Par conséquent, à la question immédiate « faut-il sauver le transport aérien ? faut-il sauver Brussels Airlines ?» la réponse logique ne peut être que « Non ». Ce qu’il faut sauver immédiatement, c’est l’emploi et les revenus des travailleurs et des travailleuses à qui les compagnies aériennes n’ont rien d’autre à proposer que moins de salaire, plus de flexibilité, plus d’exploitation. Mais comment concilier cet objectif immédiat avec la vision stratégique ? That’s the question.

Il va de soi qu’organiser la décroissance du secteur soulève des questions multiples, complexes et enchevêtrées. Elles ne pourront être résolues en fin de compte qu’en déployant à l’échelle internationale un plan anticapitaliste de longue haleine, incluant notamment une remise en cause profonde de la division capitaliste du travail axée sur la maximisation des profits. L’articulation de la réponse immédiate et de la vision stratégique ne peut donc être que politique.

Dans cette perspective, les moyens d’un petit pays comme la Belgique sont forcément limités, de sorte que la réponse devra rapidement se déployer au niveau global, européen d’abord – dans le cadre d’une alternative à l’UE néolibérale. Mais il faut bien commencer à oser la rupture nécessaire à un moment donné, en un endroit donné et, à partir de là, tenter de tracer un chemin. En espérant que d’autres, ailleurs, feront de même.

Le “moment Corona”

Or, s’il y a bien un moment où commencer, c’est maintenant, en pleine crise du Coronavirus. Le point de départ devrait être de revendiquer l’expropriation des compagnies (en commençant par celles qui demandent une aide publique et en mettant les « low-cost » hors-la-loi – leur refuser les licences d’atterrissage serait un premier pas). En finir avec la propriété privée et la concurrence est en effet la condition nécessaire pour être en mesure de commencer à élaborer avec les travailleurs/euses un plan à moyen terme.

Celui-ci devrait inclure la reconversion collective des personnels dans un système public de transport redimensionné et multimodal (train, tram, bus, vélo, voitures électriques partagées) dans lequel l’avion est limité au transport intercontinental de personnes, et son usage rationné. Il va de soi que cet autre système de transport requiert que la production et la consommation elles-mêmes soient redimensionnées et localisées. En résumé, il faut produire moins, transporter moins et partager plus, ce qui implique in fine de… sortir du capitalisme.

Dans l’immédiat, c’est peu dire que les raisons pour plaider en faveur de l’expropriation des compagnies aériennes sont pleinement réunies. En effet, les patrons du secteur aérien ne se contentent pas de massacrer l’emploi, d’accroître l’exploitation du personnel, de menacer la planète, de propager le virus et de faire chanter la collectivité pour qu’elle les sauve de la faillite. En plus, ils veulent reprendre les vols le plus vite possible, au mépris de la santé publique, de celle des passagers/gères et de celle des employé·e·s (qui, contrairement aux passagers/gères, n’ont pas le choix).

Faire converger le droit de retrait et le « Flight shame »

Pour les patrons du secteur, la (mal nommée) « distanciation sociale », c’est bon pour les rues, les parcs, les magasins, les aéroports à la rigueur – mais pas pour les avions ! Quand l’Union Européenne a fait mine de l’imposer, la levée de boucliers a été immédiate. A bord d’un avion, les gens pourraient rester entassés les uns contre les autres pendant des heures, à la seule condition de porter un masque(5).

Ce discours patronal est évidemment en complète contradiction avec les règles de précaution martelées tous les jours dans les médias. Du coup, pour ramener la clientèle, les compagnies font tout ce qu’elles peuvent pour créer l’illusion d’une prise en charge parfaite de la question sanitaire. Mais il ne faut pas réfléchir longtemps pour éventer la ruse. A Dubaï, par exemple, Emirates a repris ses vols et proclame que tout va bien car les gens sont testés à l’entrée de l’aéroport… Or, les spécialistes estiment que 30% des personnes infectées et asymptomatiques passent sous le radar des tests. Bienvenue à bord !?

En fait, le transport aérien présente, à grande échelle, une situation assez analogue à celle qu’on vécue les chauffeurs/euses de bus à la STIB, à Bruxelles, dans les premiers jours du déconfinement : une direction qui veut relancer l’activité en mettant le personnel et les usager·e·s en danger. La menace du chômage, couplée à la concurrence des low-cost, servent évidemment de moyens pour forcer la main des employé·e·s, en évitant qu’ils et elles exercent leur droit de retrait.

N’empêche que la situation est propice à un phénomène assez rare de convergence plutôt que d’opposition entre une revendication sociale (la santé des salarié.e.s), à forte tonalité féministe (les femmes sont majoritaires parmi le personnel de cabine) et une revendication écologique (la réduction des vols, synonyme de protection du climat). Raison de plus pour soutenir à fond les travailleurs/euses au cas où, sur base de leur connaissance des conditions concrètes, ils refuseraient de reprendre le travail malgré le simulacre de sécurité sanitaire orchestré par les employeurs.

D’ailleurs, il ne suffit pas d’attendre que les travailleurs/euses exercent leur droit de retrait. Nous pouvons et devons faire plus, exercer nous-mêmes, pour ainsi dire, notre « droit de retrait » en tant que consommateurs. Alexandre de Juniac, le directeur général de l’IATA, déclarait récemment : «Des mesures de relance importantes de la part des gouvernements combinées à des injections de liquidités par les banques centrales stimuleront la reprise économique une fois la pandémie maîtrisée. Mais la restauration de la confiance des passagers prendra plus de temps. » La confiance des passagers, en effet, jouera un rôle clé, et c’est un élément de l’équation sur lequel nous pouvons tous et toutes peser.

L’an dernier, le mouvement des jeunes pour le climat avait initié une « flight shame », une honte des consommateurs/trices face à l’usage de l’avion. L’impact en avait été perceptible, au point que les patrons du secteur s’en étaient inquiétés. La pandémie offre une opportunité d’amplifier ce mouvement de contestation salutaire en dépassant les limites moralisatrices de la « honte ». Ajoutons au refus de la destruction du climat la méfiance face à la maladie, le refus de la propager, l’hostilité face aux politiques anti-sociales et la solidarité avec les personnels victimes des rapaces qui écument le ciel de la planète.

Daniel Tanuro. Publié sur le site de la LCR de Belgique.

Type:  Article Vendredi, 5 Juin, 2020 - 09:10 Ecologie
François Calaret

Ainsi parlait Assa Traoré

1 mois 1 semaine ago

Dans l’atmosphère pesante et douloureuse de la crise sanitaire et du début de confinement, les manifestant.e.s du rassemblement devant le TGI ce 2 juin 2020 ont vécu un enthousiasme collectif. À l’appel d’Assa Traoré et du Comité Vérité et Justice pour Adama, 20 000 personnes ont répondu présentes malgré l’interdiction avancée par la préfecture de Police. Après les rebondissements de la journée et l’annonce d’une expertise confirmant le rôle du plaquage ventral dans la mort d’Adama, cette manifestation a couronné des années de combat que mène la famille.

Cette foule immense était très jeune et notons-le bien plus racisée que les rendez-vous militants qu’organise en général la gauche. Entassé entre le parvis et le site d’un chantier, chacun pouvait assister aux chants qui prenaient par endroit et se répondaient. Faute de pouvoir écouter le discours d’Assa Traoré ou le chant de Camélia Jordana, celles et ceux qui guettaient au loin affichaient la sérénité d’un devoir accompli. Électrisés par le contexte de révolte aux Etats-Unis et le meurtre de George Flyod, qu’ils étaient magnifiques ces empêcheurs de tourner en rond. En réclamant sans concession que justice soit faite, le combat Adama est devenu le parangon d’une cause qui le déborde. En fracturant les verrous et les portes qui s’opposent à l’exercice d’un bilan critique du racisme systémique de notre société, ces militant.e.s infatigables sont rentrés en écho avec une génération qui ne veut plus s’astreindre à rester passif  ou à demander poliment une solution. “Pas de justice, pas de paix”.

“Les personnes noires, les personnes arabes, les personnes racisées, nous avons le droit de participer à la construction de ce monde, de cette France. Nous avons le droit de participer à la construction de notre propre vie, ils n’ont pas le droit de mort sur nos vies” a déclaré Assa Traoré, acclamée. Ce rassemblement est un avertissement diplomatique et une adresse à notre camp social. Nous ne pouvons plus manquer à l’appel de certains combats que nous avons parfois négligé parfois soutenu du bout des lèvres. Racisme endémique, violences policières, héritage colonial, islamophobie sont des questions fondamentales que soulèvent pas à pas ces mouvements pour la vérité et la justice car ce sont des réalités vécues que notre pays enfouit.

Dans la joie partagée et cette communion collective entachée seulement par la provocation policière de l’interdiction et d’un gazage gratuit, nous avons pourtant vécu un moment précieux d’optimisme. L’on s’y est retrouvé entre camarades séparés par nos chemins politiques et l’on s’y est perdu au milieu d’inconnus, d’une relève à la rage digne et à la détermination intacte. Hier, s’est écrite une étape indispensable des luttes, et la période appelle avec force à de semblables succès.

Elsa Faucillon et Clémentine Autain. Publié sur le Fil des Communs.

Type:  Article Vendredi, 5 Juin, 2020 - 09:07 Droits - libertés
François Calaret

Nous n’irons pas à Ségur !

1 mois 1 semaine ago

La mobilisation solidaire des équipes soignantes de l’hospitalisation et de la psychiatrie publique contre l’épidémie du Covid19 a rencontré nombre de solidarité de quartier face au confinement, véritable exil chez soi pour les uns ou abandon de tous les exilés de la rue. Chacun a pu observer combien la non-préparation a été organisée de longue date pour des raisons purement mercantiles. Si pour les premiers c’est bien leur privatisation réalisée qui en est la cause, c’est sa gestion publique privée qui l’installe pour la psychiatrie.

Depuis les années 80 l’enveloppe dédiée à la psychiatrie publique est en permanence sous dotée. Ses restructurations permanentes par des fermetures et des mutualisations ne concernent pas que les lits d’hospitalisation, qui ne sont qu’un temps du soin, mais l’ensemble du travail institutionnel et de la politique de secteur, dont les structures de proximité adultes et pédopsychiatriques au sein de la population et sur des territoires citoyens, sont redessinées en territoires économiques. Les outils gestionnaires et sécuritaires mettent en place un management d’entreprise de réduction permanente d’effectifs et une souffrance au travail et la maltraitance des patient.es. Une science du cerveau, dite évaluable en termes de gestion algorithmique des soins, est imposée comme outil de soins émotionnels immédiat et d’urgence à médicamenter, au détriment de sciences humaines de la relation dont la temporalité est celle de la subjectivité humaine de socialisation du sujet. Celles-ci sont déclarées « mauvaise pratique » par les experts d’une HAS affiliés aux entreprises mondialisées du médicament et du biomédical.

Les grèves de ces deux dernières années, décidées en assemblées générales au Rouvray (grève de la faim), au Havre (les perchés), à Toulouse (barnum de soutien aux portes de l’hôpital), etc. ont commencé à porter un espoir de changement qui mobilise le Printemps de la psychiatrie, rassemblant syndicats et collectifs de soignants, associations de patients et de familles.

Le projet gouvernemental d’un Ségur de la santé de transformation du service public en hôpitaux privés à but soi-disant non lucratif au service du public, n’est que l’accélération de ces politiques néolibérales et des politiques de la peur qui les accompagnent. En pleine pandémie les restructurations ont continué sous prétexte de dégager des lits Covid19 comme au Vinatier et la répression a commencé contre les grévistes d’avant qui protestaient contre l’absence de moyens de protection des soignants et des patients, comme au Rouvray.

La reconstruction d’une psychiatrie humaine ne passe donc pas par Ségur.

Son alternative est une mobilisation pour une loi cadre de financements prioritaires à la santé publique et à la psychiatrie, la reconnaissance dès la formation d’un soin psychique carrefour de sciences médicales de sciences humaines et la psychanalyse, l’accueil et l’accès aux soins inconditionnels de proximité du lieu de vie, la détermination des besoins par les équipes soignantes en lien avec la population, ses élus locaux et ses associations de patients et de familles, ainsi que les acteurs du médicosocial.

Toute restructuration nécessitera d’avoir obtenu au préalable l’avis favorable des équipes professionnelles, des représentants des usagers et sa mise en débat avec les élus locaux.

La reconstruction passe par une auto-organisation qui s’oppose à toute politique de la peur qui détruit les libertés individuelles et collectives, et défendent une protection sociale solidaire acquise et l’humanité de la folie.

Toutes les données du soin doivent restées dans l’équipe de soin et divulguées au cas par cas avec l’accord du malade à un médecin traitant.

Ensemble appelle sur ces objectifs à la manifestation santé du 16 juin.

Commission santé d'Ensemble

Type:  Article Vendredi, 5 Juin, 2020 - 08:58 Santé
François Calaret