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Cette assemblée générale, soutenue par plusieurs organisations, réunit des individus inquiets de la dérive sécuritaire et autoritaire du pouvoir en France et pour lesquels la mise en place de l'état d'urgence constitue une étape décisive dans le processus de casse des libertés publiques et individuelles en France.

En effet, l'état d'urgence constitue sur le plan des principes un retournement du principe fondateur de l'état de droit selon lequel le droit prime sur la force. De fait, la loi instaurant l'état d'urgence autorise perquisitions et assignations à résidence par la force publique sur simple suspicion, sans besoin d'apporter aucune preuve et sans mandat d'un juge. 

De plus, les seules voies de recours passent par la justice administrative, soulignant le refus des pouvoirs publics de voir l'action de la police être contestée sur le fond des affaires. On limite ainsi les moyens de se défendre de ces actions par des contestations sur des questions de procédure, donnant de fait aux simples soupçons une valeur de preuve.

C'est finalement les fondements d'un état policier que cette loi met en place, pour une durée de trois mois pour le moment, en attendant les très probables prolongations, voire l’inscription de cette nouvelle hiérarchie des normes juridiques dans la constitution.

Plus de 150 personnes ont participé à ce meeting qui a rassemblé des habitants de tous les quartiers de la ville de Montpellier et de ses environs.

Il a débuté par un tableau d'ensemble sur les conséquences de l'état d'urgence à Montpellier et dans ses environs. Ce tableau à été suivi par un exposé d'un avocat de Lunel, qui a détaillé les points exposés dans l'introduction de cet article. A la suite de cette introduction, un débat de grande qualité a eu lieu entre les participants. Ce débat a mêlé des analyses politiques pointant comment nous allons, de plus en plus vite, vers un régime autoritaire, des éléments de réflexion sur le contexte social et international dans lequel les attentats et la réponse sécuritaire s'inscrivent et aussi, et surtout, des témoignages sur la réalité de l'état d'urgence à Montpellier.

Le consentement d'une large part de la population à l'état d'urgence à été noté par plusieurs participants. Entre l'usage par le gouvernement de la "stratégie du choc" telle qu'exposée par Naomi Klein, profitant du traumatisme causé par un acte abominable pour faire passer des propositions de restrictions des libertés qui auraient été refusées dans un contexte moins dramatique; il a aussi été rappelé que la peur ressentie par les individus associait la peur des attentats et celle de l’État et que le consentement à un régime autoritaire relevait aussi de cette peur d'être soi même pris pour cible par la force publique.

Parmi les événements présentés, il a été rappelé que les perquisitions sont marquées par une volonté affichée d'humilier et de rabaisser les cibles. Un exemple particulièrement significatif est la perquisition d'une salle de prière musulmane aux Hauts de Massane. Cette salle a été saccagée par la police, les portes défoncées, alors même que des responsables du lieu avaient présenté les clés aux policiers. 

Il faut aussi noter que perquisitions et assignations à résidence visent, pour le moment, en grande majorité des personnes musulmanes ou désignées comme telles, en général très éloignées du terrorisme jihadiste qui n'a qu'une influence marginale en France. Ces personnes jetées à la vindicte publique dans un contexte rendu très tendu par les attentats et participant à la stratégie de l'amalgame qui accompagne la constitution de la figure du musulman comme bouc émissaire de la mauvaise situation sociale française.

En plus ,les blocages de quartiers ont donné lieu à des moments de vive tension entre les habitants et la police. Il faut noter que la situation sociale du pays est déjà lamentable, se dégradant de jour en jour au fur et à mesure de la mise en place des politiques de casse sociale par les gouvernements successifs. L'attitude des forces publiques est vécue dans ces quartiers comme une provocation, comme un moyen pour écraser leurs habitants. Il faut aussi la voir comme un moyen de préparer les esprits à l'écrasement par la force de toute velléité des habitants de ces quartiers de relever la tête face à la violence sociale d'une société de plus en plus inégalitaire et injuste et dont ils sont les premières victimes

Ce meeting aura donc permis de donner des éclairages sur ce qui est à l’œuvre dans cette mise en place d'un état d'urgence. D'une part, la stratégie islamophobe de construction d'un bouc émissaire, le musulman, toujours un peu "islamiste", lui même pas si éloigné de l' "islamiste radical", lui même similaire aux responsables des morts de Paris. D'autre part, la construction d'un cadre législatif permettant à l'Etat de se prémunir contre les manifestations collectives en réaction à la crise sociale qui traverse le pays. Car, si elles peinent à transparaître sur la scène publique, elles ont été présentées par de nombreux intervenants d'horizons divers comme étant à prévoir pour les mois à venir… Il a aussi été noté que c'est déjà ce que l'Etat a fait en assignant à résidence des militants écologistes pour les empêcher de venir contester la COP 21 ce a quoi il faut ajouter la forte répression de la manifestation du 29 novembre à Paris 

Les perspectives sont nombreuses: une AG, le 5 janvier 2016 au “ Barricade”, sera l'occasion de les préciser pour permettre leur mise en place. Ont été avancé la nécessité de travailler là où, à Montpellier, se concentrent les actions de la police, c'est à dire les quartiers de la Paillade, du Petit Bard et de Figuerolles. Il a bien été spécifié que le but était de faire converger les initiatives prises par les habitants de ces quartiers, certains étant présents au meeting, avec celles prises par les autres acteurs opposés à l'état d'urgence. Une manifestation est aussi prévue pour fin janvier contre la prolongation de l'état d'urgence.

L'ombre du conflit qui oppose à Montpellier LDH et BDS 34 à plané sur ce meeting, se matérialisant par l'absence de la LDH et de quelques autres organisations qui y auraient pourtant eu toute leur place. Ainsi, il a été rappelé que la LDH organisait aussi des actions contre la prolongation de l'état d'urgence dans un collectif inter-organisations large. 

En lisant les compte-rendus du grand meeting unitaire contre l'état d'urgence qui a eu lieu le même soir à Paris, il nous est apparu que nous avions traité les mêmes thèmes; les points qui font consensus comme ceux qui font le plus débat sont eux aussi similaires. 

Ce meeting réussi s'inscrit donc dans une perspective de construction d’un front large contre l'état d'urgence et il est à espérer qu'il servira de point d'appui, à la rentrée, pour conforter et accentuer nos luttes communes.