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Voir  la vidéo : Une expulsion HORS NORME :

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Montpellier le 23/10/2014

 

La honte s'est abattue aujourd'hui sur Montpellier. Nous avons tous pu suivre, dans la presse et dans nos réseaux, l'aventure d'Utopia 001, une réquisition citoyenne de locaux  appartenant à l'Ordre des Avocats de Montpellier et vacants depuis plus de 3 ans. Nous avons pu entendre dire, voir, lire ce que quelques militants avaient accompli en quelques mois :

- accueil de dizaines de personnes, familles, enfants, personnes âgées, jeunes gens, tous échoués à la rue,

- mise en place d'un suivi médical par Médecins du Monde qui tenait une permanence chaque semaine au sein d'Utopia 001, du CLAT pour un dépistage de la tuberculose dans une population à risque,

-mise en place d'un suivi administratif permettant à des dizaines de personnes d'exister pour l'administration française (déclaration de revenus, demande de RSA, recherche de travail, demande de logements d'urgence et de logements sociaux),

 mise en place d'un réseau d'approvisionnement en nourriture pour que toutes ces personnes se sentent enfin en sécurité, sorties de la rue, avec un toit sur la tête, de la nourriture en suffisance, des soins médicaux, une convivialité et une entraide.

 

 

 

Aujourd'hui, ( 24 octobre)  la vague de froid s'est accompagnée d'une marée de CRS, gazant, matraquant des personnes coupables de vouloir vivre. Utopia 001 a été, pour toutes les personnes hébergées, un havre de paix où l'isolement de la rue était enfin banni.

 

Aujourd'hui, la violence s'est encore octroyée des droits.

Aujourd'hui, la soumission à la misère sociale s'est provisoirement imposée.

 

Aujourd'hui, le bâtonnier de Montpellier a montré que ses engagements d'antan sont passés aux oubliettes.

 

Aujourd'hui, les militants anarchistes, communistes, syndicalistes CGT, les travailleurs sociaux du115, les bénévoles de MDM, ... ont montré qu'eux avaient compris l'importance de ce lieu de vie et ils étaient là, présents, résistant comme ils le pouvaient, avec leur corps contre la force brutale et imbécile de ceux, qui, en face, ont probablement dans leur famille un privé d'emploi, un privé de droit tout court mais, qui n'ont toujours pas fait le lien entre ce qu'ils faisaient et ce qu'ils vivaient.

 

A toutes les solutions, idées et tentatives de discussion avec les autori

tés, avec la mairie, la préfecture, la demande d’aide sans cesse renouvelée de la part d’Utopia afin que le relais soit pris auprès de celles et ceux qui auraient dû être pris en charge par l’Etat. A tous ces appels, aujourd’hui, l’Etat français a décidé de répondre par la violence et les lacrymos.

 

Des personnes en situation de précarité, qui ont décidé de prendre leur vie en mains, de rompre les cercles vicieux de la rue, de s’entraider, de pallier les carences institutionnelles en proposant non seulement

un lieu mais aussi et surtout des outils potentiellement pérennes pour permettre à tous de vivre dans la sécurité et la dignité auxquelles nous avons tous droit, peu importe nos parcours devie, des personnes qui se retrouvent aujourd’hui avec, comme tout e reconnaissance, un ticket pour l’hôpital et un autre pour la rue.

 

Et demain ? les enfants scolarisés, les travailleurs qui doivent embaucher, les personnes en formation, les réfugiés politiques qui après avoir quitté un pays en guerre et avaient trouvé asile (légalement) en France se trouvent sans perspective, des étudiants de l’université de Montpellier, les demandes de papiers, les procédures administratives, les traitements de santé en cours, tout cela était lié à ce lieu, sans toit, plus rien n'est possible…

Abandonnés par l’Etat, matraqués et gazés par la préfecture et ignorés par la mairie.

A la veille de l’hiver, 103 personnes sont à la rue, aucune solution pour eux, ni pour tous ceux qui seront dans leur situation avec la température qui continuera inexorablement de baisser, parce que ?

 

Les résidents aujourd'hui à la rue d'Utopia 001, la coordination luttopia.

  

Luttopia@riseup.net      www.luttopia.org





PA240720.JPGDes militantEs ont été cités en comparution immédiate . Photos devant le tribunal


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La manifestation de soutien a réuni de 150 à 200 personnes à Montpellier le samedi 25 octobre.Voici quelques photos ( JCC) 

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La lutte des Luttopiens :

Cela faisait 6 mois que des squatters occupaient  2 maisons, ( propriétés de l’ordre des avocats),  inoccupées depuis 2 ans . Véritable réquisition citoyenne  pour les sans logis  le squat Luttopia  est devenu un lieu de vie : il a reçu  160 personnes de 18 à 80 ans en 6 mois : familles, sans papiers, jeunes chômeurs. Les services d’urgences , saturés(600 sans logis sur Montpellier) envoyaient même des personnes sans solutions à Luttopia… une ordonnance  d’expulsion  prononcée le 4 juillet a été mise à exécution jeudi à 9h20, alors que les militants de divers groupes et associations  venus dès  6h pour soutenir les Luttopiens étaient repartis faute d’expulsion…Ceci, en pleine semaine de la « rafle Européenne »  destinée à  arrêter le maximum de sans papiers dans l’Europe entière…

Le lendemain de cette expulsion « hors norme » : une quarantaine de fourgons de CRS pour une soixantaine de Luttopiens (voir la vidéo de midi libre) .Des militantes d’« Ensemble » les ont interviewés.


Questions aux Uttopiens :

 La violence de l’expulsion ayant été largement relayée par les médias, pourrait-on revenir sur les caractéristiques de votre lutte ? Comment répondez-vous aux besoins multiples des utopiens ? (nourriture, santé, papiers, éducation…)

« Nous avons mis en place 5 pôles, correspondant aux 5 besoins fondamentaux de l’être humain :

-Avoir un logement, pouvoir se vêtir  (réquisition de locaux inoccupés, distribution et partage de vêtements…)

-Avoir de quoi se nourrir (la récupération alimentaire grâce à des associations des invendus des grandes surfaces quand c’est possible a permis d’assurer un vrai repas par jour pour chacun pendant 6 mois)1.jpg

-Avoir accès à l’hygiène et la santé (accès aux douches, aide précieuse de Médecins du Monde, accompagnement pour la sécu, la CAF…)

-Pouvoir s’intégrer socialement et professionnellement  (permanence administrative par des bénévoles compétents dans ce domaine, alphabétisation, accès gratuit à des spectacles, des expos, des concerts…)

-Avoir accès à l’éducation et la culture

Suite à l’évacuation d’hier soir nous nous sommes organisés, la solidarité a joué et ainsi tous les Utopiens ont été relogés pour une nuit chez des particuliers. Ils ont pour la plupart été nourris à la soupe populaire. Ce n’est que du provisoire, ils sont 600 à être à la rue. Maintenant la décision est prise que chacun se signale officiellement comme sans-logis. »


Comment prenez-vous les décisions ? , y avait-il une prise en charge collective ? Quelle participation de l’ensemble ?

3.jpg« Nous sommes un collectif autogéré. Nous fonctionnons dans le cadre d’une démocratie horizontale, avec la tenue d’une assemblée générale chaque dimanche et des groupes de travail correspondants aux 5 pôles des besoins fondamentaux. Cela se faisait à plusieurs niveaux, chacun pouvait participer. C’est tout le contraire du système vertical ou une poignée décide et les autres se plient.

Nous avons rencontré des difficultés dans la mise en place de ce mode de fonctionnement, en particulier à cause de la grande détresse de certains et de la barrière de la langue, les Utopiens sont d’origines très différentes : Européens, Arméniens, Maghrébins,  Russes, Bulgares… »

En quoi votre lutte est elle au carrefour des problèmes de notre société (pt de vue social, international, écologique et même philosophique ? Votre lutte remet en question la notion de propriété : quelles sont vos idées la dessus ?

« Nous partons du respect  des besoins fondamentaux de l’être humain inscrits dans les droits de l’homme. Puiseurs associations soutiennent et participent. Nous avons besoin de ce tissu associatif. Nous avons la volonté de peser.4.jpg

Ce qui est abandonné pour nous devient bien commun. Il s’agit de partage car l’idée c’est de sortir de la solution individuelle. Les personnes invisibles vivant dans des lieux invisibles deviennent ainsi enfin visibles. Dans un monde capitaliste en crise ces personnes en souffrance défient la loi injuste en réquisitionnant un toit, se rencontrent, discutent et rêvent de construire un avenir, un monde différent. C’est dans la lutte ensemble et non individuellement que l’on pourra changer les autres. Il s’agit ici d’écologie sociale : réinvestir l’espace gaspillé pour l’humain qui en a besoin.

9.jpgDu point de vue philosophique l’idée est qu’il faut inventer le futur de l’humanité, rendre la dignité aux oubliés dans la lutte, tous ensemble. Dans notre démarche qui aspire à rendre à chacun dignité et authenticité, il ne s’agit pas d’assister, de seulement trouver des solutions ponctuelles tout en accompagnant le système, c’est une remise en cause de ce système. Nous rejoignons par ce côté la lutte des Indignados d’Espagne entre autres mouvements. »

Votre action interpelle directement les partis de gauche  traditionnels  qui  comptent  essentiellement  sur les élections pour changer les choses : Qu’avez-vous envie de leur dire ?

« Que pour nous prendre le pouvoir par les élections ne changera rien. Car c’est cette notion de pouvoir elle-même que nous remettons en question : le pouvoir doit être partagé, la puissance collective. La résistance doit se faire au jour le jour. Le modèle de démocratie horizontale et d’autogestion que nous avons expérimenté à Luttopia peut devenir généralisé en fédérant des villes, des campagnes et en respectant l’équilibre entre elles. Nous rêvons d’un autre monde avec d’autres façons de fonctionner. Ceci dit, il existe plusieurs façons de voir les choses chez les Utopiens, plusieurs sensibilités, courants de pensées. Nous discutons, échangeons… »5.jpg

Témoignages de 3  jeunes Luttopiens

-« Nous sommes une grande variété de "squatteurs". Nous avons des visions de la société différentes. On ne respecte pas notre besoin vital d’avoir un toit, alors nous défions les lois injustes. Nous sommes fatigués d’attendre après les institutions, nous faisons « à la place de.. », tous ensemble. Ce qui est logique et primordial pour chacun d’entre nous c’est avant tout de sortir de la galère et on est plus forts tous ensemble que chacun dans son coin. On relève la tête, on agit, on se prend en charge collectivement. On n’est plus seul.

Luttopia, c’est un lieu de parole et d’entraide à l’opposé de « l’aide à la personne ». Ici chacun peut apporter au groupe. Ce n’est pas uniquement un lieu de lutte mais aussi un lieu de vie. A Luttopia, chacun s’implique. C’est une responsabilité collective et individuelle pour tout : la bouffe, le ménage, la vaisselle… Ici chacun peut enfin se sentir en sécurité, souffler. Beaucoup de squatteurs ont vécu dans la rue, dans la peur. Ils se sont forgé une armure. Ils étaient méfiants, toujours sur le qui-vive. A Luttopia, ils ont pu enfin, poser cette armure, arrêter d’avoir peur, refaire confiance. C’est énorme ça, remplacer la peur par la confiance, pouvoir se détendre enfin. Partage et Amour. Ce sont les bases de tout.6.jpg

 Je suis en situation de précarité. J’ai fait des études. Je voulais passer un doctorat mais finalement je me suis arrêtée à la licence. Je travaille mais mon tout petit salaire ne me permet pas de payer un loyer, alors je passe de colocations en squatts depuis 3 ans. J’ai grandi dans une famille politisée : père communiste, mère anarchiste. Je ne suis pas la seule dans cette situation, une fille étudiante en arts plastiques ne pouvant pas se loger était avec nous. Maintenant elle va dormir dans son véhicule. » Pour comprendre l’autogestion , il faut d’abord assurer sa responsabilité personnelle  pour pouvoir assurer la responsabilité collective  »

-« Moi j’ai 19 ans. Je vis dans les squats depuis l’âge de 10 ans. Seule. Ici on retrouve l’estime de soi. Tout se fait avec humanité, avec de la patience, du temps et des sourires. Chacun est responsable de ses actes devant le groupe. Si on fait une connerie, on assume, on ne peut pas engager le groupe derrière nous. Ça fait réfléchir. »

7.jpg-« Moi j’ai 19 ans aussi. Je n’ai plus de maman ni de papa. J’ai été mis en foyer et c’est là que tout a commencé. A 16 ans quand j’ai eu mon BEP je suis parti. J’ai fait plusieurs boulots jardinier, aide à la décoration intérieure… et là depuis 2 ou 3 mois je squatte avec Luttopia. Quand je galérais tout seul dans mon coin j’étais désespéré, dépressif. Là ce n’est plus pareil, on est tous ensemble. Je ne vois plus les choses pareil , je vais mieux depuis que je suis dans le groupe. »

 

Interview réalisée par Marie-Christine Valat et Christine Pujol

 

                                                           

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