Extrême-droite : la tentation des armes ?

3 mois ago

Extrême-droite : la tentation des armes ?

    La tribune publiée dans Valeurs actuelles, le jour anniversaire du « Putsch des généraux d’Alger » et signée par une vingtaine de généraux en retraite et « près d’un millier de militaires d’actives », pourrait être considérée comme une résurgence nostalgique de galonnés désœuvrés. Il s’agit en réalité d’un événement bien plus important et plus grave qu’il convient de prendre au sérieux et d’analyser avec attention.
Quels sont les principaux thèmes abordés dans cette tribune ? Le mot clé en est le « délitement de la France. Délitement dû à l’antiracisme, à l’islamisme, à la haine qui monte et à l’absence de respect envers les forces armées et les policiers.  Un texte court qui reprend la plupart des thématiques de l’extrême-droite, toutes tendances confondues et menace de prendre les mesures appropriées pour mettre terme à cette chienlit. Marine Le Pen ne s’y trompe pas, qui a salué cette initiative, appelant les signataires à rejoindre le combat « électoral » du RN, feignant de ne pas voir le caractère séditieux de cette manœuvre.
Quels en sont les inspirateurs et principaux signataires ? Quelques noms retiennent particulièrement l’attention. Christian Piquemal, général de réserve de la Légion Etrangère, tout d’abord. Rayé des cadres après avoir organisé en 2016 une marche anti-immigrés à Calais, en collaboration avec le mouvement raciste allemand Pegida. André Martinez, leader d’un groupe de militaires d’extrême-droite, les « Volontaires Pour La France », et d’autres officiers supérieurs, proches, si proches du RN qu’ils ont été candidats sur ses listes à l’occasion d’élections locales. Parmi eux, le général Norbert de Caqueray, dont un membre de la famille proche est Marc Caqueray de Valmenier, dirigeant des « Zouaves de Paris », groupuscule dont les agressions contre un cortège du NPA ou des militants antifascistes (avec un succès plus que mitigé…) l’ont placé dans la tradition du GUD.
Quant à l’organisateur de cette tribune, il s’agit du capitaine (en retraite) de gendarmerie Jean-Pierre Fabre-Bernadac. En plus d’avoir exercé d’importantes responsabilités au sein du DPS (le service d’ordre du FN) dans les années 90, Fabre-Bernadac anime un site, Place d’Armes, où se côtoie des figures bien connues de l’extrême-droite racialiste, des intégristes catholiques et des nostalgiques de l’Algérie Française.  Comme on le voit donc, la publication de cette tribune ne pouvait pas être pour Marine Le Pen, une aussi grande surprise qu’elle le clame, tant la plupart de ses signataires était déjà impliquée à des titres divers dans l’activisme d’extrême-droite de ces dernières années.
Ce qui suffirait déjà à être inquiétant. En réalité, la publication de cette tribune d’officiers factieux s’inscrit dans une grande continuité, qui va de l’importance du vote FN dans les forces armées jusqu’à des projets d’attentats ou d’actions armées plus ou moins sérieuses en passant par des sites et des messageries ouvertement néo-nazies dans certaines unités militaires ou forces de police.
Une étude de 2019 de la Fondation Jean Jaurès (Pour qui votent les casernes ? | Fondation Jean-Jaurès (jean-jaures.org) ) , portant sur des communes où sont implantées des bases militaires, d’importantes casernes de gendarmerie ou de grands centres pénitentiaires indique que le vote FN/RN y est significativement plus important (de 10 à 17 points) que la moyenne nationale et que, parallèlement, le vote Les Républicains y est significativement plus faible. Le limogeage du général Pierre de Villiers (frère de Philippe de Villiers) de son poste de chef d’Etat Major Général des Armées en 2017, et son départ à la retraite, ainsi que ses prises de positions publiques l’ont fait apparaître comme un recours pour les tenants d’une candidature autoritaire unificatrice de la droite dure. Les appels aux forces armées et de police à « prendre leurs responsabilités » ont pris de nombreuses formes publiques, revendiqués ou anonymes ces dernières années, comme en atteste la banderole illustrant cet article, qui est restée accrochée sur un pont autoroutier de la banlieue parisienne durant plusieurs semaines en janvier 2021, sans qu’aucune autorité ne juge bon de la faire décrocher.
Cette propagande en faveur de l’autoritarisme militaire utilise également de nombreux sites dont celui de Favre Bernadac n’est qu’un exemple. Tentés par des actions plus violentes, certains membres des « Volontaires pour la France » quittent en 2016 le groupe du général Martinez et créent une structure semi-clandestine, Action des Forces Opérationnelles ( https://www.lesinrocks.com/actu/qui-est-derriere-lafo-le-groupuscule-dex...) , qui projette de se procurer des armes, de préparer des attentats et des actions violentes contre les musulmans, quj organise des stages d’auto-défense et de survie avant d’être finalement démantelé par la police en 2018. La vitrine Internet de ce groupe (http://www.guerredefrance.fr) est toujours active et consultable aujourd’hui. On pourrait multiplier les exemples et parler du groupe de Logan N. en région PACA qui projetait des attentats conte Christophe Castaner et Jean-Luc Mélenchon, ou la mise en lumière par Mediapart de réseaux néo-nazis dans les armées (une filière néo-nazie dans l’armée française 17/03/2021).
Et la France n’est pas la seule à connaître pareille situation. L’armée et la police allemandes ont été mises en accusation après la découverte de cellules néo-nazies, au point de forcer les autorités à forcer 300 000 policiers et militaires à répondre à un questionnaire sur des cas de dérives dans leurs unités. En Rhénanie, une trentaine de policiers ont été suspendus après la découverte de message nazis et de photos d’Hitler sur leurs comptes Whatsapp et une unité d’élite des commandos de l’armée, le KSK dissoute après des faits similaires en attendant les procès d’un vingtaine de ses membres. Au Portugal, le Bloco de Esquerda a exigé en 2020 l’ouverture d’une enquête sur l’infiltration des groupes d’extrême droite dans les forces armées portugaises et au Canada une enquête portant sur 39 membres des forces armées suspectés de liens avec les groupes suprématistes blancs a abouti à l’expulsion de 26 d’entre eux de l’armée. Enfin, le site américain Politico a indiqué, en janvier 2021, que les agences de sécurité américaines enquêtaient sur l’infiltration de suprématistes blancs dans l’armée et sur la participation de ceux-ci aux émeutes du Capitole.

Au moment où l’extrême-droite en France revendique toujours plus d’actions violentes, occupation du Conseil Régional d’Occitanie, attaque de la librairie libertaire de Lyon et de la manif féministe du 25 avril à Lyon, cette tribune est loin d’être anodine. Elle tend à légitimer les actions les plus violentes contre les militants progressistes, les antiracistes, les féministes, les musulmans et toute forme d’opposition. Le silence assourdissant du gouvernement pendant les premiers jours qui ont suivi sa publication, la gêne et la timidité des réactions ministérielles qui ont suivi après plus de 72 heures sont significatives de l’embarras d’un gouvernement qui prétend se poser en champion de la loi et l’ordre, qui renforce tous les quatre matins l’arsenal législatif répressif, qui parle de séparatisme et qui se révèle incapable de désigner clairement ces généraux pour ce qu’ils sont, des factieux.

Mathieu Dargel

Type:  Article Jeudi, 29 Avril, 2021 - 17:11 Politique
TheStyx

Un 1er MAI FÉMINISTE

3 mois ago

Un 1er MAI FÉMINISTE

ENSEMBLE! se reconnait dans les revendications féministes pour le 1er mai,portées par l'association  "On arrête toutes" (lien avec le tract 1er  mai  "on arrête toutes") et invite les femmes ,là où ils existent,à défiler dans les cortèges féministes!

 

Ce 1er mai 2021, après une année degestion désastreuse par legouvernement de la crise sanitaire,les féministes, en colère etdéterminées, ont de multiples raisonsde prendre la rue et de marcher pourles droits des femmes.
En outre, le gouvernement refuse derenforcer l'accès à l’avortement enallongeant les délais légaux.
Il ne met toujours pas en oeuvre uneambitieuse politique de prévention afind'éradiquer les nombreuses violencessexistes et sexuelles qui sont de plus enplus dénoncées à la suite de MeeToo. Sanscompter les nombreuses mesures àprendre pour protéger les femmes etenfants et enfin en finir avec les dénis dejustice !
La loi « visant à protéger les mineurs descrimes et délits sexuels et de l’inceste »,votée récemment, est insuffisante pourréprimer l'inceste et instaure une «prescription glissante » dont toutes et tousne pourront pas bénéficier.
Trop de peu de moyens sont alloués pourtraquer les réseaux de traite humaine quiprospèrent sur le terreau de la crise sociale.
Dans les entreprises, celles qui dénoncentle harcèlement sexuel sont trop souventpénalisées et risque de perdre leur emploi.
Les discriminations et les crimes racistesperdurent. Les sans papier•es, lesmigrant.e.s sont toujours pourchassé•es etpersécuté•es.
Le gouvernement profite de cette crise pourrestreindre les libertés, développer desmesures de contrôle et de répressionviolente de la population. Il sabote par sa loi« Climat et résilience » les mesuresnécessaires, prônées par la Conventioncitoyenne, pour combattre le dérèglementclimatique.
Ce 1er mai 2021, Journée internationale delutte s’inscrit sous le symbole de laCommune de Paris, dont c’est le 150èmeanniversaire. La participation des femmesfut minorée et invisibilisée.
#OnArrêteToutes
#Grèveféministe
POUR UN 1er MAI FÉMINISTE !
Organisons des cortèges féministes lorsdes manifestations du 1er mai pour
dire stop à ces politiques sexistes, racisteset de régression sociale.
On Arrête Toutes, qui milite pour la grèveféministe, sera dans la rue le 1er mai !
Pour nous joindre : facebook.com/OnArreteToutes, instagram.com/onarretetoutes, twitter.com/OToutes, onarrêtetoutes.org,onarretetoutes@gmail.com
A Paris, rendez-vous à 13h45 au restau "Mon Coco", 6 place de laRépublique, angle Bd Voltaire
On le répète : cette crise a mis encore plus enlumière le rôle fondamental des femmes dans lasociété. Elles ont tenu et tiennent à bout de brasla vie de tous les jours, elles sont aux avantpostes des métiers indispensables del’alimentation, de la santé, de l’éducation, destransports. Et pourtant, rien n’est fait pour elles.Pire, les maigres plans de relance vont aggraverles discriminations qu’elles subissent déjà. Desexpert.e.s annoncent une régression de 30 anssur l’égalité femmes hommes.
Malgré cela, Macron poursuit sa politique ultralibérale en parachevant la réforme del’assurance chômage qui va soustraire plus de 2milliards d’euros aux plus vulnérables, toujoursmajoritairement des femmes et des jeunes. Ilpoursuit sa politique d’étranglement desservices publics, notamment à l'hôpital.
Des plans de licenciements s’annoncent déjà etles premières de corvée, surexploitées,surexposé•es aux risques de contamination (caissières, femmes de ménage, femmes dechambre, auxiliaires de vie) seront les premièresconcernées avec les étudiantes, intermittentesdu spectacle, etc.
Pourtant certains profitent bien de la crise :l'écart se creuse entre les riches qui continuentd'amasser des profits -la fortune desmilliardaires français a augmenté de 170milliards d’euros soit une hausse moyenne de40 % en une année selon une note d’Oxfam,Attac. Tandis que les pauvres sont dans desstratégies de survie pour se nourrir, se loger,s’occuper de leurs enfants, etc.

Fichier attachéTaille appel_1er_mai.pdf91.68 Ko Type:  Article Jeudi, 29 Avril, 2021 - 16:53
TheStyx

Le vent mauvais

3 mois ago

On le prenait presque à la plaisanterie tellement c'était gros quand, lors de la campagne municipale marseillaise, Martine Vassal avait tapissé les murs pour mettre en garde contre les troupes extrémistes descendant du quartier de la Plaine qui suivraient la victoire du Printemps Marseillais. Et on avait tort! Voilà qu'un responsable local à la Pointe Rouge annonce avec fougue qu'il "serait le premier à la ratonnade", lors d'un Conseil Portuaire, devant un responsable LR de la Métropole qui ne trouve rien à dire devant cet appel au meurtre. Auquel fait écho à distance l'appel à l'insurrection antirépublicaine et raciste de militaires à la retraite paru ce 21 avril. Quel silence devant ces horreurs comparé à la bronca qui s'est levée contre l'Unef pour ses quelques groupes de parole!

A Aix en Provence, un immense portrait appelant à une candidature Zemmour en 2022 s'étale sur un mur. Un repris de justice récidiviste que Zemmour, on l'oublie tellement facilement. Il est vrai qu'il continue à exhaler ses haines recuites sur tant de media, tout en expliquant "qu'on ne peut plus rien dire"... Qui paye cette publicité? Qui l'autorise? Qu'en pense la municipalité, elle qui vient d'être contrainte de retirer ses responsabilités à une élue LR pour cause de racisme trop évident?

Il faut dire qu'entre LR et le RN locaux, c'est le grand jeu de passe passe, où on s'échange les candidatures, les ex de l'un devenant les ralliés de l'autre. A s'y perdre. Au dernier Conseil Municipal de Martigues, voilà qu'une élue LR s'élève contre l'invitation, dans le cadre d'un partenariat culturel avec une association méditerranéenne,  d'artistes tunisiens, libanais  turcs,  égyptiens... dénonçant un « repli sur soi » qui « racialiserait » les habitants des quartiers prioritaires en les renvoyant à l’origine de leurs parents! Au point qu'un conseiller municipal RN s'est senti obligé de se désolidariser de tels propos discriminants... Le scandaleux débat Darmanin/Le Pen fait des émules semble t-il.

Le pays est ainsi poussé vers l'infamie d'un racisme complètement décomplexé. Ensemble 13 appelle à la condamnation la plus vive de tels actes et propos. Et à un Front Uni de la gauche, des écologistes, des citoyen-e-s pour qui les valeurs, universelles pour le coup, de l'égalité et de la fraternité ne sont pas de vains mots.

Ensemble 13

Type:  Article Mardi, 27 Avril, 2021 - 19:00 Anti-racisme
François Calaret

L’Appel 2022 (vraiment) en commun organise des groupes d’initiatives locales.

3 mois ago

Le 17 avril 2021 une visioconférence réunissait des correspondants locaux de l’appel 2022 (vraiment) en commun qui a recueilli 28 000 signatures après octobre 2020. Une cinquantaine de départements étaient présents.  Il s’agit de faire en sorte que les débats sur l’échéance présidentielle et législative de 2022 deviennent l’affaire de toutes et de tous. En effet, selon certaines enquêtes d’opinion, l’élection présidentielle semble se réduire à la répétition mortifère du duo Macron Le Pen de 2017. Or beaucoup refusent un tel scénario dangereux pour la démocratie, pour les droits humains et sociaux, pour les libertés, pour la planète. Il s’agit donc de faire en sorte que ce rendez-vous politique devienne un enjeu citoyen de grande ampleur. Et de mettre en place des activités dans le maximum de villes, de localités, de quartiers, de villages !
Quel contrat politique commun voulons-nous ? Quel type de démocratie ? de présidence ? de gouvernement ? C’est à nous tous et toutes de choisir, de faire bouger les choses, de remobiliser les abstentionnistes, de faire vivre une espérance vraiment de gauche, écologiste, humaniste. Unitaire et majoritaire.
Les forces politiques et les candidat-es se parlent, comme nous l’avons vu le samedi 17 avril. C’est déjà une bonne nouvelle. Mais il faut aussi donner la parole à tout le monde. 2022, c’est notre affaire. C’est le but des groupes d’action locale qui se mettent en place.

Pour nous joindre : 2022encommun@gmail.com
Jules Barthélémy (Auvergne) : 0631835016
Lucas Griveau (Paris) : 0698312750
Jean-Claude Mamet (Ivry sur Seine, Val de Marne) : 0686960917
Claude Touchefeu (Toulouse) : 0683070531

Type:  Article Lundi, 26 Avril, 2021 - 10:54 Politique
François Calaret

A propos du rassemblement à gauche et écologiste

3 mois 1 semaine ago

DECLARATION D’ENSEMBLE à propos du RASSEMBLEMENT à GAUCHE et ECOLOGISTE

La réunion des responsables de gauche et écologistes du 17 avril a proposé :

-      un pacte de non - agression entre les divers mouvements représentés, évidemment souhaitable ;

-      d'avancer sur les questions de programme en associant des forces du mouvement social ;

-      de soutenir les mobilisations contre la politique gouvernementale.

            Cela peut répondre à la préoccupation unitaire de celles et ceux qui souhaitent que l’horizon ne soit pas limité à un affrontement mortifère entre le macronisme, dont on connaît la politique réactionnaire de ces dernières années, et l’extrême-droite, qu’elle nourrit. On sait ce que fut cette extrême-droite, qui étale un projet xénophobe, raciste, fascisant, et que l’on ne veut pas voir diriger le pays.

            Nous avons des propositions, celles d’une gauche anti-libérale et anti productiviste ayant tiré les leçons du quinquennat Hollande. En effet, comme le montrent les sondages qui testent les candidat.es pour la présidentielle de 2020, l’unité, qui est nécessaire, ne suffira pas pour convaincre les classes populaires, auxquelles il faut proposer un autre horizon que le choix entre Macron et Le Pen. Nous précisons que, s'agissant de la présidentielle de 2022, nous sommes présent.es dans 2022 en commun et qu’il existe plusieurs options en débat en notre sein, certain.es d’entre nous considérant que Jean-Luc Mélenchon est pour l’heure le candidat le mieux placé pour rassembler, d’autres non.

            Pour que les réunions qui viennent soient utiles et que ce rassemblement réponde véritablement aux aspirations populaires, il convient qu’elles fassent des propositions qui soient ancrées dans les mobilisations et répondent aux besoins de la population face à la crise actuelle.

            ENSEMBLE ! propose donc que, partout dans le pays, se réunissent des assemblées citoyennes pour faire le point sur les besoins sociaux et écologiques et les revendications qui y répondent. C’est ainsi qu’il sera possible de convaincre celles et ceux qui s’abstiennent ces dernières années de rejoindre le rassemblement populaire, qui pourrait offrir une autre alternative au macronisme que la haine et le racisme de l’extrême droite.

            C’est pour porter cette politique qu’ENSEMBLE ! a demandé à participer aux prochaines réunions unitaires.

L'Equipê d'Animation Nationale d'Ensemble

Type:  Article Samedi, 24 Avril, 2021 - 10:38
François Calaret

Gérard Chaouat

3 mois 1 semaine ago

 

Notre ami et camarade Gérard Chaouat vient de nous quitter. C’était un ami que beaucoup d’entre nous connaissaient. Mais c’était aussi un parcours militant exceptionnel.

Né en 1944, il fait de la lutte contre l’extrême droite pro-Algérie française au Quartier Latin son premier combat au sein du Front Universitaire Antifasciste (FUA). Il se situe ainsi dans la génération militante qui, imprégnée des récits des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, refusa le comportement de l’armée française en Algérie. Ces militant.es ont été à l’origine de la radicalisation qui devait déboucher sur mai 68. Une radicalisation qui, pour Gérard et ses camarades, est passée de l’Algérie au Vietnam, combat emblématique de ces années. S’étant orienté vers les études médicales, il apporta son soutien actif à la lutte pour le droit à l'avortement en pratiquant de manière illégale des avortements clandestins avant le vote de la loi Veil.

Gérard rejoignit la JCR, la Ligue et la Quatrième Internationale. Il fut également un militant syndical au Syndicat des chercheurs scientifiques de la FEN, puis de la FSU (il était encore récemment membre de son service d’ordre). Il n’hésitait jamais à accomplir une tâche militante, ses camarades du XXème arrondissement de Paris le savent.

D’origine juive, il mettait un point d’honneur à être déterminé dans son soutien à la lutte du peuple palestinien. Il animait à ce titre la commission Palestine d’Ensemble et s’était rendu sur les lieux avec une délégation de notre mouvement.

Chercheur en immunologie, directeur de recherche émérite au CNRS, passionné par son travail (il allait encore au labo ces derniers temps), il faisait toujours le lien entre ses préoccupations scientifiques et les aspects politiques de la recherche et de la médecine, si essentiels en ces temps.

ENSEMBLE rend hommage à son parcours militant, un parcours fait de fidélité à nos idéaux, quels qu’aient été les aléas du militantisme des années qui suivirent 68. Son histoire est la nôtre, son départ est notre tristesse.

L’EQUIPE D’ANIMATION NATIONALE D’ENSEMBLE

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COMMUNIQUE D'ENSEMBLE 20EME

Gérard, notre ami, notre camarade nous a quittés le 23 avril 2021, peu avant ses 77 ans. Cette disparition soudaine a été un grand choc pour nous, comme un pilier qui s’effondre, parce que Gérard tenait, dans l’activité de notre comité local et dans la vie militante du 20ème, une place centrale. Ses qualités tant intellectuelles qu’humaines étaient appréciées de nous tou-te-s. Gérard était de celles et ceux qui suscitent d’emblée la sympathie tant il rayonnait d’humanité.

Nous remercions chaleureusement les organisations et les personnes qui nous ont adressé leurs condoléances ou leurs messages de sympathie, suite à son décès.

L'engagement (politique et syndical) de Gérard, c'était sa vie depuis toujours, que ce soit à la LCR, à la IVème internationale, au NPA puis à la Gauche anticapitaliste et enfin à Ensemble. Dans son domaine de chercheur, il a eu aussi d’importantes responsabilités au SNCS-FSU (Ecole Emancipée) et participait encore récemment au service d'ordre de son syndicat.

Il nous faisait profiter de ses connaissances scientifiques de chercheur en immunologie et ses commentaires sur la pandémie nous étaient toujours précieux par ces temps incertains.

L'internationalisme lui était chevillé au corps, que ce soit dans son soutien au peuple palestinien ou dans celui de tous les peuples opprimés.

Mais tout en nous apportant sa grande capacité d’analyse, il participait pleinement aux tâches quotidiennes du collectif, mettant sa voiture à notre disposition pour les tractages et ne ratant pas une distribution (il y était encore dimanche pour BDS à Ménilmontant) tout comme il était toujours présent dans les rassemblements du comité de soutien au centre IVG de Tenon, en cohérence avec un engagement lointain, lorsqu’il pratiquait des avortements clandestins, avant la loi Veil de 1975.

Nous n'oublierons pas non plus son côté bon vivant et joyeux, son aptitude à profiter de la vie, son ouverture aux autres.

Au travers de toutes ses activités, Gérard était très ancré dans la vie politique locale et très attaché aux relations unitaires qu’il savait nouer avec les autres forces politiques de l'arrondissement. Chaleureux, solidaire, impliqué au delà de ce que son âge aurait dû lui permettre, il va nous manquer cruellement.

Dès que nous en aurons connaissance nous vous ferons connaître la date et l'heure de ses obsèques. Malheureusement, vu les restrictions actuelles, la cérémonie sera sans doute restreinte par les obligations liées à l'épidémie.

Mais nous avons l'intention d'organiser au mois de mai, quand les restrictions actuelles seront levées, un hommage ouvert à la terrasse du Lieu-Dit, rue Sorbier, qu'il affectionnait particulièrement.

Nous vous en tiendrons informés.

Bon vent Gérard, tu nous manqueras !

25 avril 2021

Type:  Article Samedi, 24 Avril, 2021 - 10:14 Vie du mouvement
François Calaret

Le Prince a dit…oui c'était bien lui !

3 mois 1 semaine ago

Les rois nous soulaient de fumées….

Ce samedi 17 avril après-midi, en France, les chaînes généralistes (TF1, France 2, TV5 Monde) tout comme les chaînes françaises d’information en continu (BFM TV, CNEWS, LCI, France TV Info) ont fait une large place à la retransmission des obsèques du prince Philip et, pour faire bonne mesure, au chagrin obligatoire du peuple britannique.

Mais, à part être le mari de la reine Élisabeth, qui était-il donc pour mériter un tel faste et de tels hommages ? Il suffit de grappiller quelques-unes des citations du Prince Phillip pour se rendre compte de la nature du personnage. Que l’on en juge …

Le Prince a dit…

« Les femmes britanniques ne savent pas cuisiner ».

Lors de la crise économique de 1981 : « Tout le monde voulait avoir plus de loisirs. Maintenant, les mêmes se plaignent parce qu’ils sont au chômage »

Au Kenya, à une femme qui lui remettait un petit cadeau : « Vous êtes bien une femme, n’est-ce pas ? ».

A un groupe d’étudiants britanniques, au cours d’une visite royale en Chine : « Si vous restez ici encore longtemps, vous aurez bientôt les yeux bridés ».

A un ressortissant britannique rencontré en Hongrie : « Ce n’est pas possible que vous soyez ici depuis longtemps : vous n’avez pas de bedaine ! » 

A un habitant fortuné des Iles Caïman : « Est-ce que la plupart d’entre vous ne descendent pas des pirates ? » 

A un moniteur d’auto-école écossais : « Comment empêchez-vous suffisamment longtemps les autochtones de boire pour réussir l’examen ? »

A propos d’une boîte à fusibles ancienne, lors d’une visite dans une usine près d’Edinburgh : « On dirait que ça a été installé par un Indien ».

A un aborigène, lors d’une visite en Australie : « Vous utilisez toujours des lances ? »

A une infirmière d’origine philippine (lors d’une visite à l’hôpital Luton et Dunstable) : « Les Philippines doivent être à moitié vides, car vous êtes tous ici à la tête du NHS ».

Contrairement aux commentaires amusés et aux excuses dont la grande presse britannique - mais aussi continentale et française - n’est pas avare s’agissant de la famille royale, les sorties du Prince Philip n’étaient pas des plaisanteries ou des « gaffes ». C’étaient autant d’expressions marquées du sceau de l’éternelle l’arrogance des puissants et, de plus, révélatrices d’un sexisme grossier et d’un racisme nourri des préjugés les plus crasses. Hasard du calendrier, ce rappel de ces caractéristiques du clan royal survient quelques semaines après les remous créés par les déclarations de Meghan Markle qui, déjà, mettait en cause le racisme version Windsor. De quoi entacher sérieusement la monarchie ?

C’est en tout cas suffisant pour légitimer interrogations et analyses sur la fonction de cette institution dans la domination de classe au Royaume-Uni… Et c’est ce qu’ont fait quelques sites de la gauche radicale britannique auquel on emprunte ici quelques extraits.

François Coustal

 

Ce que nous coûte le Prince

Extrait d’un article de Lindsey German, “The price we pay for the Prince” sur le site Counterfire (1).

(…)
En pratique, on nous demande de prendre le deuil d’une personnalité publique qui n’a pas été élue, qui a eu une vie extrêmement privilégiée et confortable, financée par nous-autres et dont les opinions exprimées publiquement – pour celles exprimées dans l’intimité, on ne peut que deviner… - indiquent un homme qui avait une vision du monde réactionnaire et raciste.

Ce deuil forcé ignore le fait qu’en Grande-Bretagne une minorité très importante de gens est républicaine et ne veut pas du tout de la monarchie. On peut supposer de manière tout à fait plausible que ce chiffre augmenterait s’il y avait un débat séreux et honnête sur l’institution monarchique, au lieu de l’actuel royalisme sanctifié par l’Etat et présent dans tous les organes d’information, relayé par des « correspondants royaux » flagorneurs.

La monarchie est dépendante de cette flagornerie – l’une des choses particulièrement révélatrices de l’interview de Meghan Markle était précisément l’évocation de la relation symbiotique entre la famille royale et la presse tabloïde – et réclame un flux constant d’évènements, de mariages, de naissances, de jubilés afin de garder sa place aux yeux du public.

 

La classe dominante utilise la mort du parasite Prince Philip pour pousser à « l’unité nationale »

Extrait d’un article de Sam Ord, «Rulers use parasite Prince Philip’s death to push ‘national unity’ » publié dans Socialist Worker, l’hebdomadaire du SWP (2)

Les derniers jours ont démontré que la monarchie compte pour les dirigeants britanniques. Ils y voient un moyen utile pour mettre en avant l’idée de l’unité nationale. La classe dominante britannique espère que la mort du Prince Philip constituera une diversion par rapport au terrible glas des morts du Covid, au développement du chômage et aux coupes budgétaires.
Les médias tout comme les politiciens préfèrent prétendre que tout le monde participe à un deuil partagé. Après un décès royal, tous les médias font la course pour produire des numéros spéciaux et des kilomètres de lignes pour couvrir le sujet. Brusquement les panneaux d’information se transforment en célébration de celui qui était un parasite et un raciste.
Même ce qui passe habituellement pour de la démocratie est suspendu. Comme une période de deuil de 8 jours a été annoncée, les partis politiques ont suspendu leurs campagnes électorales pour les élections du mois prochain, « en marque de respect ».
(…)
On ne le sait pas en lisant la grande presse, mais en Octobre dernier un sondage indiquait que seulement deux tiers des britanniques préféraient un monarque à un chef d’état élu. Ce qui signifie qu’il y a des millions de gens qui ne soutiennent pas la famille royale et ne vont pas participer au deuil de masse comme les médias et les hommes politiques l’attendent de nous.
(…)
La famille royale s’accroche aussi à d’immenses richesses.
La fortune personnelle de la Reine est estimée à plus d’un milliard et cent cinquante millions de livres.
La famille royale est plus qu’une relique inoffensive. C’est un outil utile au moyen duquel la classe dominante justifie sa domination.

Sympa, cette série autour du Duc d’Édimbourg ?

Extrait d’un article de Dave Kalleway, “Prince Philip – Isn’t the Duke of Edinburgh Scheme Fantastic?” sur le site de Anti*Capitalist Resistance (3).

Ca a déjà commencé ! Le Guardian a abandonné son suivi régulier du Covid au profit de nombreux articles sur le Grand Homme. Il y a même un  « fil » où les grandes personnalités peuvent présenter en direct leurs sincères condoléances. Ainsi, pour Sadiq Khan (4), c’était un homme extraordinaire. Vraiment ? Avoir été quelques temps officier dans la Marine puis accompagnateur de la Reine, c’est extraordinaire ? Etre astronaute ou marquer pendant des siècles pour la sélection britannique, ça c’est extraordinaire !
(…)
Sir Keir (5) n’a pas traîné non plus. Dans sa bouche on retrouve le terme « extraordinaire ». Mais cette fois le Prince Philip n’est plus seulement un homme extraordinaire mais un homme de « service public » - un fonctionnaire - extraordinaire ! Est-ce qu’il travaillait pour le NHS ou comme enseignant à temps partiel ? Non, mais Keir est preneur de toutes ces balivernes selon lesquelles les cérémonies auxquelles participe la Famille Royale constituent un travail réellement dur et qui contribue au bien public de façon extraordinaire.
(…)
Naturellement, personne de demandait à Keir Starmer ou Sadiq Khan de faire des déclarations appelant les gens à danser sur la tombe du Prince Philip ou à abolir la monarchie. Mais quelque chose de plus sobre et des condoléances basiques auraient parfaitement fait l’affaire…

Une institution arriérée

Extrait d’un article de Mona Kamal, « Royal racism isn’t new, the whole monarchy’s got to go » publié sur le site de Counterfire (6).

Le racisme et le parasitisme sont des raisons suffisantes pour se débarrasser de la monarchie. Mais il existe une raison supplémentaire : aussi longtemps qu’elle existe, les sévères inégalités sociales et les divisions selon des lignes de classe ou de race – dont la pandémie actuelle a révélé qu’elles constituaient littéralement une question de vie ou de mort – seront de plus en plus ancrées dans la société.

La monarchie sert d’incarnation à l’idée que les inégalités ne sont pas seulement inévitables mais qu’elles sont vertueuses et que ces privilèges ne sont dus qu’à la famille royale et la classe qu’elle représente. La monarchie est le symbole de l’illusion selon laquelle le pouvoir et la richesse d’une petite minorité sont le résultat d’un « ordre naturel » des choses et non que ce pouvoir et cette richesse sont enracinés dans des relations de pouvoir profondément inégales qui ont été fabriquées et ne sont donc pas à l’abri de la contestation. Tel est le système et l’idéologie qui le sous-tend. Un système qu’ils feront tout pour maintenir, y compris apparemment conduire une femme à développer des intentions suicidaires (7)

Mais cette illusion est aussi « arriérée » que les pays auxquels, selon eux, nous devions apporter la civilisation. La monarchie est totalement incompatible avec la construction d’une société reposant sur les principes de démocratie et de justice. Et c’est pourquoi il faut l’abolir.

Notes

https://www.counterfire.org/articles/opinion/22230-philip-duke-edinburgh...
https://socialistworker.co.uk/art/51611/Rulers+use+parasite+Prince+Phili...
https://www.anticapitalistresistance.org/post/prince-philip-isn-t-the-du... . Anti*Capitalist Resistance s’est récemment créée comme coalition de militants de la gauche révolutionnaire britannique ouverte. Socialist Resistance (qui regroupe les militants de la IV° Internationale en Angleterre et au Pays de Galles) participe à Anti*Capitalist Resistance.
Sadiq Khan est le maire de Londres. Il appartient à l’aide modérée, « anti-Corbyn », du Parti travailliste
Il s’agit de Keir Starmer, qui a succédé à Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste et en a entrepris une normalisation droitière accélérée.
https://www.counterfire.org/articles/opinion/22144-royal-racism-isn-t-ne...
Plus ancien que les autres articles, celui-ci fait allusion à l’interview accordée par Meghan Markle (et le Prince Harry) à Oprah Winfrey.

Fichier attachéTaille article_monarchie_uk.pdf119.09 Ko Type:  Article Mercredi, 21 Avril, 2021 - 16:20 Anti-racisme Culture et médias International
TheStyx

Communiqué: Solidarité avec les salarié·e·s des hôtels Melia !

3 mois 1 semaine ago

Solidarité avec les salarié·e·s des hôtels Melia !

Depuis plusieurs mois, les salarié·e·s des sept hôtels du groupe Melia en région parisienne se battent, avec leurs syndicats, contre une restructuration de 82 postes. 46 transferts sans indemnités vers une sous-traitance bidon pour des salarié·e·s parmi les plus précaires (femmes d’un certain âge, souvent en famille monoparentale) et 36 licenciements, dont 16 bagagistes, supprimés des hôtels, ce qui augmentera la charge du travail pour le personnel de la réception.

Melia est un grand groupe international qui faisait des profits avant la pandémie. Si la situation actuelle l'a amené à fermer temporairement six de ses sept hôtels en France, il bénéficie du paiement par l'État du chômage partiel et a reçu de nombreuses aides publiques au cours des années.

Ensemble, mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire, soutient la lutte contre ce plan de licenciement et d'externalisation. À Melia comme ailleurs, des entreprises dont les dirigeants se sont enrichis pendant des années licencient et restructurent en pleine pandémie. Ce n'est pas aux travailleurs·ses de payer la crise !

Ensemble appelle à rejoindre les actions organisées par les salarié·e·s de Melia et leurs syndicats et pour l'interdiction des licenciements.

Nous encourageons à participer au rassemblement du vendredi 23 avril à 11h à Paris devant l'hôtel Melia Villa Marquis au 35, rue Jean Goujon (métro Alma-Marceau).

Type:  Article Mardi, 20 Avril, 2021 - 17:38 Nos communiqués Luttes sociales
TheStyx

Printemps 2020 - Printemps 2021 : retour à la case départ ?

3 mois 2 semaines ago

Note # 5 du groupe de réflexion sur la crise sanitaire

 

Mars 2021, presque jour pour jour la date anniversaire du premier confinement, retour à la case départ. Le chef de l’état l’a dit lui-même le 31 mars : « Nous avons tout fait pour prendre ces décisions le plus tard possible ». C’est peut-être justement le problème, si on rembobine le film il y a quelques mois. Le variant anglais est alors déjà majoritaire en Grande Bretagne, les hôpitaux sont rapidement débordés et on apprend que ce variant est plus contagieux et aussi plus virulent (il fait plus de morts chez des gens plus jeunes et en bonne santé). Réaction logique de la Grande Bretagne : mise en place de mesures de restriction importante des interactions sociales, associées à une accélération de la vaccination. A l’époque de la décision du confinement en Grande Bretagne (5 janvier dernier), 50 000 nouvelles contaminations par jour, et un desserrement progressif qui commence le 8 mars avec la réouverture des écoles. Il a fallu un mois de restrictions (entre le 5 janvier et le 6 février) pour revenir à un niveau de contaminations à 18 000 cas par jour et la barre des 5000 cas par jour est franchie au 31 mars seulement. Nous sommes actuellement près de 40 000 cas par jour en France, donc pas très loin de la Grande Bretagne le 5 janvier, et on nous promet « seulement » 4 semaines de confinement… Alors que la Grande Bretagne, qui a vacciné plus vite que nous, a réouvert les écoles deux mois après le début de son confinement…

Nous avons vu ce qu’il s’est passé en Angleterre, comment n’avons-nous rien pu faire pour éviter que la même vague déferle sur nous ? Alors que nous savions que ce variant dont nous surveillions la circulation sur notre territoire était plus contagieux et plus mortel ?

Attentisme ou intervention

Le conseil scientifique, dans son avis du 11 mars détaillait les deux stratégies possibles : La stratégie attentiste, ou l’intervention précoce. La stratégie attentiste (qui est donc celle que nous avons eu), a consisté à attendre que les hôpitaux soient au bord de la saturation (voir déjà en saturation), pour renforcer les mesures. Ce qui implique d’accepter un nombre mensuel relativement élevé de décès (environ 10 000), d’accepter un certain nombre de burn out chez les soignant.es déjà épuisé.es au bout de longs mois d’une crise sanitaire qui ne s’est jamais arrêtée pour eux. C’est donc à ces soignant.es, héroïne.os d’hier, que notre président a demandé un « effort » ce 31 mars, tout en sachant pertinemment qu’il les envoyait à nouveau « au front » avec toujours aussi peu de ressources. Cela ne sous-entend pas seulement accepter les morts et/ou les séquelles liées au COVID, mais également, par le biais des déprogrammations (qui atteignent jusqu’à 80% des activités de bloc opératoires dans certains hôpitaux), les morts ou les aggravations de maladies de patient.es qui ont vu des explorations ou des opérations reportées depuis 6 mois à 1 an maintenant. Ceci est déjà démontré pour certains cancers (dont les découvertes sont faites plus tardivement) et pour les maladies cardiovasculaires comme les infarctus ou les AVC. Pourquoi est-on obligé de déprogrammer à l’hôpital ? Parce que les personnels de bloc opératoire et leurs machines sont utilisés pour faire de la réanimation des patients COVID. Quand les blocs opératoires ne suffisent plus, dans certains hôpitaux, on transforme actuellement le restaurant du personnel en salle de réanimation…

La stratégie de l’intervention précoce, l’autre stratégie possible, consistait à intervenir dès le moment où des signaux clairs d’un rebond  prévisible de l’épidémie se sont manifestés, avant que les hôpitaux soient proches de la saturation et obligés de déprogrammer (ce qui était le cas déjà mi-février pour nous). Cette approche aurait permis de diminuer le nombre de décès et d’hospitalisations. Les mesures mises en place peuvent également être plus localisées, en fonction de l’incidence dans une zone donnée, et levées plus rapidement car la vague étant moins haute, on met moins de temps à la faire redescendre à un niveau acceptable. D’autre part, on peut tester précocement différentes stratégies plus ou moins strictes, alors que quand on est en situation de saturation, on est obligé de prendre des mesures strictes d’emblée.

Le choix gouvernemental «assumé » de l’attentisme

Le gouvernement actuel a donc fait un choix assumé, celui de n’agir qu’en dernière minute. Donc celui de sacrifier un certain nombre de vies et d’accélérer un peu plus la mort lente de l’hôpital public à travers la détresse des soignant.es qui, petit à petit, quittent le navire écœuré.es de tant de mépris après un an « d’efforts ». Pourtant, nous n’avons jamais été aussi près d’une potentielle sortie de crise. Dans tous les pays où les campagnes de vaccination ont pu être menées rapidement, associées initialement à une décrue du nombre de cas du fait de mesures efficaces de contrôle de la circulation virale, la vie « normale » reprend peu à peu son cours. Les vaccins actuellement disponibles sont efficaces sur le variant anglais. La vaccination est bien la clé pour sortir de cette pandémie. Cependant, des vaccins placés sous le monopole des firmes pharmaceutiques, dont l’objectif est le profit, vendus à prix d’or et réservés aux pays riches, ne seront jamais une solution durable à celle-ci. C’est pourquoi la levée des brevets sur les vaccins pour favoriser un accès le plus large possible à la vaccination est une nécessité absolue. 

Les vraies solutions pour sortir de cette crise demeurent :

- Investir massivement dans les moyens de l’hôpital public et plus largement dans le système de santé, car les structures de soins primaires et de prévention se sont montrées particulièrement sous-utilisées dans cette crise (notamment concernant la mise en place de la vaccination), notamment du fait du sous-investissement qu’elles ont subi depuis de nombreuses années. Cet investissement n’aura pas un effet immédiat sur la crise sanitaire, mais permettra d’envisager un vrai avenir pour la santé publique de ce pays et pour l’avenir de l’hôpital actuellement menacé.

- Faire baisser au maximum la circulation virale tout en vaccinant le plus largement possible en même temps. Vacciner alors que le virus circule beaucoup est moins efficace car les individus peuvent se contaminer avant que leur vaccination soit efficace, et par ailleurs, le risque de voir apparaître des mutants résistants au vaccin est plus grand. Afin de faire baisser la circulation virale, des mesures de confinement associant une limitation des déplacements inter-régionaux, une réouverture retardée et contrôlée des écoles (à ½ jauge) et la systématisation du télétravail (en imposant des jauges comme lors du déconfinement en mai et en ne comptant pas seulement sur la bonne volonté des employeurs comme c’est le cas aujourd’hui). Etant donné que seule une minorité des contaminations se produisent en extérieur (environ 5%), les sorties en extérieur peuvent rester autorisées.

- L’accès à la vaccination pour tous les pays ne peut avoir lieu sans une levée des brevets sur les vaccins. Celle-ci est une nécessité urgente.

Groupe de réflexion sur la crise sanitaire
(chercheuses.eurs, praticien.nes et militant.es d’Ensemble et d’Ensemble Insoumis)

Type:  Article Jeudi, 15 Avril, 2021 - 18:33 Santé
François Calaret

La Commune est en lutte (Troisième partie)

3 mois 2 semaines ago

Episodes précédents ici

Épisode 12 : du 1er au 21 mai, difficultés et divisions de la Commune

Au cours de la première quinzaine de ce mois de mai 1871, la Commune continue à prendre des mesures en matière sociale et politique et poursuit son œuvre législative. Mais, en même temps, pour l’essentiel, son activité est polarisée par la lutte pour sa survie contre les offensives versaillaises ainsi, d’ailleurs, que par les dissensions internes de la Commune elles-mêmes produites par les tensions créées par l’offensive des Versaillais.

Avant d’aborder ces questions, évoquons la poursuite de l’œuvre de la Commune en Mai. Le 2 Mai, la Commune abolit le serment politique et professionnel pour les fonctionnaires. Le 4 Mai, elle abolit le cumul des traitements. Le 6 Mai paraît le fameux décret qui autorise le dégagement gratuit des objets d’une valeur inférieure à 6 francs qui ont été déposés au Mont de piété. Le 17 Mai, la Commune déclare l’égalité des enfants « naturels » ou « légitimes », des épouses et des concubines (en ce qui concerne la perception des pensions).

Autant l’œuvre politique et sociale de la Commune a été considérable, autant on ne peut pas exactement dire la même chose en ce qui concerne ses réflexions sur les questions de défense et les questions militaires, qu’il s’agisse de ses conceptions stratégiques, du manque d’organisation, de l’indiscipline des troupes - c’est-à-dire, en l’occurrence, de la Garde nationale – des querelles de compétence en matière de défense ou encore l’absence totale de continuité des responsables militaires.  Ainsi, en matière stratégique, on a une forte défiance à l’égard du militarisme et une volonté de contrôle populaire sur la troupe. Ce sont des aspirations tout à fait légitimes, mais qui ont néanmoins un revers : une conception purement défensive et localiste de la pensée militaire.

Il y a une tendance à concevoir la défens e de la Commune comme la défense du quartier, voire de la rue, et de ne pas penser en termes d’offensive contre l’adversaire. Un exemple concret : le 18 Mars, le jour de l’insurrection, comme plus tard lors de la Semaine sanglante, la conception qui prévaut est la construction de barricades dans le quartier et dans la rue et l’attente de l’arrivée de l’adversaire pour le repousser. A quoi s’ajoute évidemment l’absence de discipline. Au fond, les Communards pensent que comme ils ont le bon droit pour eux, comme ils ont des convictions politiques fortes et qu’ils sont courageux, cela suffit. Évidemment, cela ne va pas suffire…

Le second facteur de fragilité est constitué par les tensions qui existent entre le Conseil de la Commune – l’organisme élu – et le Comité central de la Garde nationale. Ce dernier a, de fait, hérité du pouvoir le 18 mars (jour de l’insurrection) et il l’a immédiatement remis à disposition en organisant des élections qui ont donné naissance au Conseil de la Commune. S’il a remis sans aucun problème le pouvoir au Conseil de la Commune, le Comité central de la Garde nationale ne s’est pas pour autant dissous et a bien l’intention de jouer un rôle politique important, notamment parce que c’est lui qui anime la Garde nationale. Cela crée réciproquement une certaine méfiance de la part du Conseil de la Commune qui, dès sa prise de fonctions, tient à préciser les choses : « Le Comité central ne saurait s’immiscer dans les actes de la Commune, seul pouvoir régulier. Il les fera respecter et se bornera à réorganiser la Garde nationale ».

De fait, à plusieurs reprises, existeront des tensions entre le Comité central de la Garde nationale et les différentes structures mises en place par le Conseil de la Commune, comme la Commission militaire de la Commune ou encore le Délégué à la Guerre (un peu l’équivalent d’un Ministre de la Défense). Le troisième facteur aggravant est l’instabilité des responsables militaires. L’un des premiers responsables, Gustave Flourens a été tué le 3 Avril, lors de l’offensive ratée contre Versailles. Il a été remplacé par Cluseret qui a été nommé Délégué à la Guerre. Mais son mandat n’a duré que moins d’un mois. Il est révoqué et Louis Rossel, un militaire de carrière, est nommé en remplacement. Très rapidement il entre en conflit avec le Comité central de la Garde nationale. Il démissionne et, le 10 Mai, il est remplacé par Charles Delescluze. Ainsi, la Commune a eu 4 chefs militaires 5 semaines ! Face à l’armée régulière et disciplinée dont disposent Thiers et les Versaillais, la partie n’est pas égale. 

Plus encore que ces difficultés qui tiennent à l’organisation militaire, la grande faiblesse qui va vraiment fragiliser la Commune est sa division. On a déjà évoqué la diversité et l’hétérogénéité des courants politiques qui ont été parties prenantes du mouvement et du pouvoir révolutionnaire : les républicains révolutionnaires, jacobins ou plus décentralisateurs ; les blanquistes ; les socialistes, notamment les Internationaux de l’Association internationale des travailleurs et ses différentes sensibilités. D’ailleurs, l’énumération de tous ces courants et organisations ne constitue qu’un tableau assez simplifié de la réalité, car chacun de ces mouvements est lui-même divers.

Le Premier Mai, face à la pression versaillaise, la diversité qui était une force de la Commune va tourner à la division et même à la rupture. Ce 1er Mai, après 3 jours de discussions, le Conseil de la Commune décide la création d’un Comité de Salut public qui, comme le précise le décret qui accompagne sa création, sera « composé de 5 membres nommés par la Commune au scrutin individuel et sera doté des pouvoirs les plus étendus sur toutes les commissions ». Comité de salut public, composition restreinte, pouvoirs étendus : c’est une référence très forte et très explicite à la Révolution française, au Comité de Salut public de la Révolution française. Plus précisément, il s’agit d’une référence à un aspect très particulier de la Révolution française, à savoir la centralisation du pouvoir, sa concentration entre peu de mains, la prééminence de l’Exécutif sur l’assemblée issue du suffrage universel. On retrouve là une logique qui a été celle de la Révolution française : « pas de libertés pour les ennemis de la liberté ! », la lutte à outrance, voire la Terreur. Cette référence est compréhensible dans la situation d’isolement qui est celle de la Commune et, en même temps, elle est contestable du point de vue des aspirations émancipatrices.

La création du Comité de Salut public s’accompagne d’ailleurs très rapidement d’une radicalisation des mesures prises en matière de lutte politique, même si l’on reste quand même très loin de la Terreur de 1793. La plupart des mesures prises sont en fait des mesures symboliques. Ainsi, le 5 Mai, la Commune supprime sept journaux po-versaillais et fait détruire la chapelle expiatoire qui commémorait la mort de Louis XVI. Le 10 Mai, les biens parisiens de Thiers sont saisis et la Commune ordonne par décret la démolition de sa maison. Le 5 Mai, cinq journaux supplémentaires sont interdits. Le 16 Mai, la colonne Vendôme qui symbolise un peu le militarisme est détruite. Le 18 Mai, de nouveaux journaux sont interdits. Le 19 Mai, la Commune décrète que les fonctionnaires ou les fournisseurs de la Commune qui seraient accusés de corruption relèveront désormais de la Cour martiale et, en conséquence, seront éventuellement passibles de la peine de mort. Soupçonnés d’aider les Versaillais, les Dominicains du couvent d’Arcueil sont arrêtés.

Retour à la création du Comité de Salut public : cette décision est adoptée par 45 voix contre 23. Elle divise donc la Commune au point que l’on considère qu’il y a désormais une « majorité » et une « minorité ». Ceux qui se réclament du socialisme, à commercer par les « Internationaux » - les membres de l’Association internationale des travailleurs - se retrouvent pour l’essentiel dans la minorité. Pour l’essentiel, mais pas tous. Car, en fait, il n’est pas si simple d’interpréter le clivage qui se produit à ce moment-là à propos de la création du Comité de Salut public, à l’aide d’une grille de lecture idéologique en référence aux courants politiques que l’on a évoqués précédemment .

Pour la minorité, le Comité de Salut public est « une atteinte aux droits que les membres de la Commune tiennent de leurs électeurs », c’est « la création d’une dictature » et « une véritable usurpation de la souveraineté du peuple ». Pour la majorité, le Comité de Salut public est censé constituer enfin le pouvoir fort qui manquait à la Commune, une équipe resserrée et un gouvernement de combat dans, comme ils le disent, « une situation plus terrible encore que celle dans laquelle nos pères se sont trouvés en 1793 ». Toujours la référence à la Révolution française…

En fait de gouvernement fort, il n’en sera rien en pratique. Les cinq membres du Comité de Salut public sont désignés le 1er Mai. Ils ne parviennent pas réellement à s’imposer et, dès le 9 Mai, la composition du Comité de Salut public est modifiée. Soit une semaine à peine après sa création. C’est donc un « pouvoir fort » qui est … relativement faible ! Pour autant , l’affaire du Comité de Salut public constitue désormais une fracture au sein de la Commune, sans doute bien au-delà la réalité de ce Comité. Pire, c’est une fracture qui s’élargit. Le 15 Mai, la crise ouverte éclate lorsque la minorité rend public un Manifeste qui déclare « La Commune a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Comité de Salut public. La majorité s’est déclarée irresponsable par ce vote. La minorité affirme au contraire que la Commune doit au mouvement révolutionnaire d’accepter toutes ses responsabilités ». La minorité refuse désormais de siéger - « nous nous retirons dans nos arrondissements » - avant de se raviser sous la pression populaire et unitaire

Le 21 Mai, Porte de Saint-Cloud, les troupes versaillaises entrent dans Paris. La Commune de Paris n’a en fait plus que quelques jours à vivre : une semaine de résistance, une semaine de massacres.
C’est la Semaine sanglante.

 

Épisode 13 : la Semaine sanglante

Le 21 Mai, les premières troupes versaillaises entrent dans Paris par la Porte de Saint-Cloud. Le Conseil de la Commune apprend la nouvelle alors qu’il est en réunion, mais sans véritablement prendre la mesure de l’évènement. Lissagaray, l’historien que l’on a déjà beaucoup cité, racontent les évènements en ces termes : « des groupes se forment. On commente la dépêche. Tout se passe en causeries. Il n’y a ni motions ni débats. Personne ne demande d’établir une permanence. Personne ne somme ses collègues de mander le Comité de Salut public. Le Président Jules Vallès lève la séance ». C’est en réalité la dernière séance du Conseil de la Commune.

Le 22 Mai, Charles Delescluze - qui est alors le responsable militaire de la Commune - finit par publier une proclamation très lyrique, mais assez décalée par rapport à la situation : « Assez de militarisme ! Plus d’État-major galonné et doré sur les coutures ! Place au peuple, aux combattants aux bras nus ! L’heure de la guerre révolutionnaire a sonné. Le peuple ne connait rien aux manœuvres savantes, mais quand il a un fusil à la main et du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les stratégistes de l’école monarchiste ». Comme le note Lissagaray qui est peu suspect d’engouement pour le militarisme : « quand le Ministre de la Guerre flétrit toute discipline, qui pourra désormais obéir ? Quand il méprise toute méthode, qui voudra raisonner ? On verra des centaines d’hommes refuser de quitter le pavé de leur rue et ignorer le quartier voisin qui agonise, attendre immobiles que l’ennemi continue de les encercler ». C’est en effet l’un des principaux problèmes : la résistance des Communards sera héroïque mais, pour l’essentiel, elle va prendre la forme d’un repli sur les quartiers et la construction de barricades. Avec comme seule stratégie : tenir les barricades.

Les troupes versaillaises occupent maintenant les Champs-Élysées, ainsi que les quartiers Saint-Lazare et Montparnasse. Seize fédérés capturés rue du Bac sont conduits dans la caserne Babylone où ils sont fusillés dans la cour. C’est le début des exécutions sommaires qui vont s’amplifier les jours suivants et durer toute une semaine. Le lundi 23 Mai se produit la chute de la Butte Montmartre (là où avait commencé l’insurrection) et le début des incendies qui vont embraser Paris. Assez rapidement, il devient évident que les Versaillais vont l’emporter. Les massacres qu’ils commettent n’ont donc que peu de fonctionnalité proprement militaire. Il s’agit de faire « expier » aux Parisiens leurs fautes, dont l’exécution des généraux Leconte et Thomas le 18 mars. Sur un plan plus stratégique, il s’agit de terroriser durablement les couches populaires en leur montrant ce qui arrive lorsqu’elles se soulèvent.

Un exemple parmi d’autres, rapporté par P-O Lissagaray : « à peine installé rue Montmartre, l’État-major versaillais comment les holocaustes en hommage à Leconte et Clément Thomas. Quarante-deux hommes, trois femmes et deux enfants, ramassés au hasard sont conduits rue des Rosiers, contraints de fléchir les genoux, têtes nues devant le mur au pied duquel les généraux ont été exécutés et puis on les tue ». A nouveau en retard sur les évènements, le Comité de Salut public va afficher un appel aux soldats de l’armée de Versailles de ne pas tirer et de fraterniser. Cet appel sera sans effet.

Les Versaillais continuent inexorablement à avancer. Pour les retarder, les Communards incendient les bâtiments publics et les monuments qui, à leurs yeux, symbolisent le vieil ordre injuste comme les Tuileries, la Légion d’Honneur, le Conseil d’État, la Cour des comptes. Le 24 Mai, c’est au tour de l’Hôtel de ville qui pendant 70 jours a été le siège du pouvoir révolutionnaire. Les femmes qui combattent dans les rangs de la Commune sont accusées d’avoir provoqué les incendies. Les vainqueurs les dénonceront comme des « Pétroleuses ». A partir du 24 Mai, les Communards répondent aux massacres des Versaillais par quelques exécutions d’otages, dont des espions versaillais, mais aussi l’archevêque de Paris ainsi que 5 Dominicains et 9 employés du couvent d’Auteuil.

Le 25 Mai, des combats acharnés se déroulent place de la République. Delescluze, le responsable militaire de la Commune, est tué. Seuls les quartiers du Nord-Est de Paris sont tenus par les Communards. L’agonie de la Commune va encore durer trois jours. Le 26 Mai, les Versaillais prennent le contrôle du Faubourg Saint-Antoine. Le 27 Mai, les combats sont très durs à Belleville, aux Buttes-Chaumont et au Père-Lachaise où se trouve aujourd’hui le principal monument d’hommage aux morts de la Commune : le Mur des Fédérés. C’est là que le 28 Mai 1871, cent-quarante-sept fédérés – des membres de la Commune, de la Garde nationale – sont fusillés puis jetés dans une fosse commune.

Ce même jour, dans le quartier de Belleville, la dernière barricade, celle de la rue Ramponneau, est démantelée. Il est sans doute inutile d’en rajouter dans l’énumération des horreurs commises par les Versaillais. Mais laissons une dernière fois la parole à Lissagaray, à propos de la mort d’Eugène Varlin, l’une des figures emblématiques de la Commune : « le dimanche 28, il fut reconnu par un prêtre qui courut chercher un officier. Le lieutenant Sicre saisit Varlin, lui lia les mains derrière le dos et l’achemina aux Buttes où se tenait le général Laveaux-Croupet. Par les rues escarpées de Montmartre, ce Varlin qui avait risqué sa vie pour sauver les otages fut traîné pendant une grande heure. Sous la grêle des coups,  sa jeune tête méditative qui n’avait jamais eu que des pensées fraternelles devint un hachis de chairs, l’œil pendant hors de l’orbite. Quand il arriva rue des Rosiers, à l’État-major, il ne marchait plus ; on le portait. On l’assit pour le fusiller. Les soldats crevèrent son cadavre à coup de crosses. Sicre lui vola sa montre ».

La capitulation au fort de Vincennes, le 29 Mai, marque la fin de la Commune, mais pas la fin des massacres ni de la répression. Tous ceux et toutes celles qui ont joué un rôle pendant la Commune ou sont soupçonnés de l’avoir fait vont être poursuivis, recherchés, trainés en justice, condamnés et parfois exécutés. Signalons – cela aussi fait partie des leçons de la Commune – que de nombreuses personnalités, des intellectuels, des poètes, des écrivains raffinés, vont applaudir aux massacres commis par les Versaillais, souvent en des termes ignobles. Leconte de Lisle qualifie ainsi les Communards : « une ligue de tous les déclassés, les incapables, les envieux, les assassins, les voleurs, mauvais poètes, mauvais peintres, journalistes manqués, romanciers de bas étage ».

Gustave Flaubert, le grand romancier, écrit à George Sand : « je trouve que l’on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à forcer à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats ». Ce qu’ils expriment est la haine de classe ; c’est aussi la haine des femmes. Alexandre Dumas fils, l’auteur de la Dame aux Camélias, n’est pas en reste lorsqu’il parle des femmes de la Commune, c’est-à-dire des femmes ayant participé à la Commune ou des femmes des Communards : « nous ne dirons rien de leurs femelles, par respect pour les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes ».

Quelle a été l’ampleur de la répression ? Comme toujours, il a discussion sur les chiffres. Selon l’évaluation faite par de nombreux historiens, le nombre des victimes des Versaillais avoisine les 30.000 morts, auxquels il faut rajouter 40.000 Communards (ou présumés tels) qui seront emprisonnés. Pour les juger, on dénombre vingt-quatre conseils de guerre qui vont fonctionner pendant plusieurs années : en fait, jusqu’en 1878. C’est-à-dire 7 ans après la fin de la Commune. Ces tribunaux d’exception vont prononcer 10.000 condamnations à des peines de mort, des peines de prisons, des peines de travaux forcés. D’autres seront déportés en Nouvelle-Calédonie – en Kanaky - comme Louise Michel, par exemple.

Puisque l’on a commencé à citer des écrivains, on va conclure cette évocation de la Semaine sanglante par une citation d’Edmond de Goncourt – l’un des frères Goncourt qui ont donné leur nom au… prix Goncourt – qui donne un éclairage à la fois cynique et pertinent, finalement très politique sur les raisons d’une répression aussi brutale que systématique : « C’est bon ; il n’y a eu ni conciliation, ni transaction. La solution a été brutale ; ça été de la force pure. La solution a retiré des âmes les lâches compromis. La solution a redonné confiance à l’armée qui a appris dans le sang des Communeux qu’elle était capable de se battre. Enfin, la saignée a été une saignée à blanc et les saignées comme celle-ci en tuant la partie bataillante de la population ajournent d’une conscription la nouvelle révolution. C’est vingt ans de repos que l’ancienne société a devant elle si le pouvoir ose tout ce qu’il peut oser en ce moment ».

Edmond de Goncourt sera entendu : le pouvoir va oser tout ce qu’il peut oser ! Il faudra de fait plusieurs décennies – une « conscription », c’est-à-dire une génération - pour que se reconstituent des organisations syndicales, pour que se créent les Bourses du travail, pour qu’émergent de nouveaux courants qui se réclament du socialisme.

En fait, il faudra un bon quart de siècle pour que le mouvement ouvrier se relève et se réorganise.


Épisode 14 :  la Commune, 150 ans après

Au cours des épisodes, j’ai essayé de raconter l’histoire de la Commune.
Pour cela, je me suis naturellement inspiré de quelques ouvrages.

Celui qui a été le plus cité est « L’histoire de la Commune de 1871 », de Prosper-Olivier Lissagaray (1). C’est un Communard – la légende veut qu’il ait été le dernier combattant de la dernière barricade - qui a échappé à la répression et, ensuite, fait un travail d’historien. Il a recensé de nombreux témoignages pour écrire une histoire de la Commune. Cet ouvrage constitue donc un document extrêmement précieux, écrit dans le style de l’époque. Mais ce qu’il raconte est absolument passionnant.

Le second ouvrage utilisé est « La Commune de 1871 » de C. Talès (2) ; c’est un ouvrage à la fois d’histoire et de réflexions. Il est paru dans les années 20 et essaie de tirer les leçons de la Commune. Le troisième ouvrage utilisé est « Paris Libre, 1871 » (3) de Jacques Rougerie, un historien contemporain : c’est un travail sur les archives, particulièrement pertinent pour comprendre comment les idées des Communards – notamment l’idée de Commune – ont émergé et se sont modifiées au cours des évènements.

Autre ouvrage important : « Inventer l’inconnu » (4) qui est un recueil de correspondances entre Marx et Engels à propos de la Commune de Paris, avec une longue préface de Daniel Bensaïd - « Politiques de Marx » - qui est une réflexion sur la politique, la Commune et le pouvoir. Depuis 2011, d’autres ouvrages sont parus qui, chacun à leur manière, améliorent nos connaissances sur la Commune et en font revivre les combattants et les combattantes. On citera notamment ceux de Kristin Ross (5), Quentin Deluermoz (6) et Ludivine Bantigny (7). On aura l’occasion d’y revenir…

Les petites interventions vidéos - dont les présents articles sont la transcription écrite fidèle – ont été mises en ligne sur le site du NPA au cours de l’année 2011. Elles constituaient alors une manière, pour le courant marxiste révolutionnaire, une manière de rendre hommage aux combattants et aux combattantes de la Commune. Bien d’autres courants, revues et associations ont commémoré cette année-là le cent-quarantième anniversaire et commémorent, aujourd’hui encore, la Commune.

Pourquoi cet impact maintenu de la Commune ? Un siècle et demi plus tard, la Commune a-t-elle quelque chose à nous dire ? Après tout, la Commune n’a duré que 72 jours ; elle est restée pour l’essentiel cantonnée à Paris, les Communes de Province n’ayant duré que quelques jours et même parfois que quelques heures. En pratique, ce fut un désastre dont le mouvement ouvrier français a mis un quart de siècle à se relever… Pourtant, 150 plus tard, la Commune de Paris demeure, pas seulement en France mais à l’échelle internationale, une référence pour toutes celles et tous ceux qui n’ont pas renoncé à changer la société, à la lutte pour l’émancipation. Il existe de nombreuses raisons à cette situation ; attardons sur quelques-unes d’entre elles .

La première raison de cette vivacité de la mémoire de la Commune est celle que l’on vient d’évoquer dans l’épisode précédent : l’écrasement de la Commune. Cet évènement est devenu le symbole par excellence de la sauvagerie de la bourgeoisie quand son pouvoir est menacé. Les massacres commis par les Versaillais ont eu lieu à Paris, au cœur de la capitale moderne d’un des pays les plus développés et les plus civilisés de l’époque. La classe dominante française – la bourgeoisie – n’ a pas hésité à massacrer une partie significative du peuple de Paris - plusieurs dizaines de milliers de personnes - la « partie bataillante » de la population afin de s’assurer « vingt ans de repos », comme l’écrivait alors Edmond de Goncourt . L’un des principaux textes de Marx sur la Commune est intitulé « La guerre civile en France ». Il ne s’agit pas d’une formule rhétorique, d’une exagération. Il y a bien eu une guerre civile. Une guerre de courte durée, mais une vraie guerre civile. Une guerre de classes. Rappeler cette réalité historique n’est pas principalement céder au goût de la célébration des martyrs même si rendre hommage aux combattants de la Commune est une démarche parfaitement honorable. L’écrasement de la Commune est d’abord une leçon à méditer pour ceux qui veulent changer la société : les anticapitalistes, les révolutionnaires. Et, d’ailleurs, tout autant les réformistes.

La deuxième raison de cette postérité de la Commune est précisément que pendant la Commune et surtout après, des militants, des intellectuels, des courants du mouvement ouvrier ont essayé de tirer « les leçons de la Commune ». Au cours même des évnements, dans les années 1870, ce fut le cas de Karl Marx, de Friedrich Engels, de Michel Bakounine. Ainsi, Bakounine se déclare partisan de la Commune « surtout parce qu’elle est la négation audacieuse et bien prononcée de l’État ». Il continue : « La Commune s’est déclarée fédéraliste et, sans nier l’unité nationale de la France qui est un fait naturel et social, elle nia audacieusement l’État qui en est l’unité violente et artificielle ».

Pour sa part, Karl Marx écrit : « Son véritable secret, le voici : c’est essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte des classes entre producteurs et appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettrait de réaliser l’émancipation économique du travail ». Ces deux citations permettent de souligner que, au-delà des éclairages différents – dans un cas, on met l’accent sur la négation de l’État ; dans l’autre cas, sur le gouvernement de la classe ouvrière – la Commune de Paris est un héritage commun aux libertaires et aux marxistes révolutionnaires.

Par la suite, Lénine, Trotski et bien d’autres vont nourrir les débats stratégiques sur les leçons de la Commune, notamment la nécessité de détruire l’État ou la nécessité d’un parti pour le faire. Il est important de redire que la Commune n’est pas la première expérience révolutionnaire à laquelle la classe ouvrière et les couches populaires participent et où elles jouent un rôle de premier plan et fournissent le gros du mouvement. Mais c’est la première expérience révolutionnaire où la classe ouvrière agit pour son propre compte au point de prendre le pouvoir.  Et c’est effectivement, de façon éphémère, le premier gouvernement de la classe ouvrière. C’est à ce titre que la Commune a pris une série de mesures sociales et politiques. Le temps a évidemment manqué à la fois pour les mettre en œuvre et pour les approfondir.

Rappelons-en quelques-unes : la séparation de l’Église et de l’État ; le contrôle populaire sur l’armée ; l’éducation gratuite, laïque et obligatoire pour les filles comme pour les garçons ; l’interdiction du travail de nuit ; l’égalité des traitements des instituteurs et des institutrices (qui préfigure l’égalité des traitements entre hommes et femmes) ; la citoyenneté – comme on dirait aujourd’hui – pour les étrangers qui servent la Commune. Et, bien sûr, le décret sur les ateliers abandonnés qui constitue un embryon de réflexion sur l’expropriation des capitalistes et la gestion par les travailleurs et les travailleuses, l’autogestion.

Naturellement, depuis cette époque, le monde, la société, le capitalisme ont beaucoup changé. Il serait absurde de penser que l’œuvre de la Commune nous fournit clés en main les réponses politiques aux problèmes politiques et sociaux d’aujourd’hui. Mais on peut considérer que la Commune nous a légué des chantiers ouverts, des pistes tracées, une source d’inspiration.

Quelques réflexions pour conclure. Et d’abord une remarque générale : les Communards ont fait une révolution mais, dans leur grande majorité, ils ont fait une révolution sans l’avoir vraiment voulu, le plus souvent sans même en avoir conscience. Il existe un symptôme de cela : même lorsqu’ils essaient de penser l’action qu’ils sont en train de mener, de penser la révolution qu’ils sont en train de conduire, ils le font avec les mots, les concepts, les symboles, les références, d’une autre révolution. La Révolution française, celle de 1789 à 1793. A vrai dire, ce trait n’est pas spécifique à la Commune. En règle générale, les acteurs des grandes mobilisations sociales et politiques ont tendance à penser leur mouvement en référence à ceux du passé. Ainsi, les bolchevicks russes en 1917 se référeront aux révolutions précédentes : la Révolution française, la Commune. En 1968, on constate beaucoup de références à la Révolution française, à la Commune et… à la Révolutions russe. Ce n’est qu’a posteriori que l’on prend conscience de ce qu’i y avait de nouveau par rapport aux expériences passées.

La seconde remarque est que cette référence omniprésente à la Révolution française a évidemment eu des conséquences politiques. La dimension de révolution prolétarienne, de révolution socialiste est présente dès le début de la Commune et en permanence. Mais elle a du mal à émerger et à se formuler. La référence à la Révolution française produit aussi des discours qui pourraient être perturbants si on les regardait avec des grilles de lecture d’aujourd’hui. Par exemple, les diverses déclarations et proclamations – les décrets de la Commune comme les discours de ses « leaders » - ne laissent aucun doute possible : la première caractéristique des Communards est qu’ils étaient tous profondément anticléricaux et même antireligieux. La seconde remarque est qu’ils étaient patriotes et croyaient à l’universalité de la République française. La troisième remarque est qu’ils étaient farouchement républicains.

Mais il faut y regarder de plus près. Ce que l’on va faire à propos de la République. Formellement, ceux qui se sont auto-proclamés comme étant le gouvernement le 4 septembre, lors de l’abolition de l’Empire, les républicains modérés, toute une partie du gouvernement Thiers – des Versaillais, donc – sont républicains… tout comme les Communards ! Pourtant, leurs convictions sont absolument antagonistes…

La République des Versaillais est la forme politique de la domination de la bourgeoisie ; c’est la République de la politique professionnelle. C’est la République dont la fonction essentielle est d’être garante de la propriété privée. C’est cette République-là qui a triomphé fin Mai 1871 et a perduré … jusqu’à nos jours. Pour le dire autrement : formellement, la III° République – la « République française », donc – a été proclamée le 4 septembre 1870. En pratique, elle a été confirmée 4 ans plus tard (en Janvier 1875) par l‘Assemblée nationale à une seule voix de majorité. Mais son véritable acte de naissance politique et sociale est précisément l’écrasement de la Commune et le triomphe de la contre-révolution. C’est sur les ruines de la Commune que sera construite la III° République.

Pour les Communards, c’est l’inverse. La République, c’est la Révolution. C’est 1793, la levée en masse, le peuple en armes, les Sans Culottes, les sections parisiennes, « les aristocrates à la lanterne ». C’est aussi la première Commune de Paris, la République par en bas, les assemblées élues, les élus contrôlés et révocables dont les revenus ne dépassent pas ceux de leurs électeurs, les ateliers gérés par les ouvriers comme l’anticipe le  décrets sur les ateliers abandonnés.

C’est la République sociale ou, comme on disait à l’époque, la Sociale !

François Coustal

Notes

(1) Prosper-Olivier Lissagaray, « L’histoire de la Commune de 1871 ». Editions La Découverte
(2) C. Talès, « La Commune de 1871 ». Editions Les Amis de Spartacus. 1921.
(3) Jacques Rougerie, « Paris Libre, 1871 ». Collection Points. Mars 2004.
(4) Karl Marx et Friedrich Engels, « Inventer l’inconnu, textes et correspondances autour de La Commune  ». Editions La Fabrique. Novembre 2008.
(5) Kristin Ross, « L’imaginaire de la Commune ». Editions La Fabrique. Janvier 2015
(6)  Quentin Deluermoz, « Commune(s), 1870-1871, une traversée des mondes au XIX° siècle ». Editions Le Seuil. Novembre 2020.
(7) Ludivine Bantigny, « La Commune au présent, une correspondance au-delà du temps ». Editions La Découverte. Mars 2021.

Type:  Article Mardi, 13 Avril, 2021 - 19:23 Politique
François Calaret

Inde. Des luttes populaires active

3 mois 2 semaines ago

Inde. Des luttes populaires actives, durables et auto-organisées débouchant sur des éléments de double pouvoir

Les luttes sociales qui de déroulent en Inde depuis plusieurs mois constituent un évènement considérable même si ça n’est guère apparu dans les grands media.  On a pu lire qu’il s’agit du mouvement social numériquement le plus important des 21ème et 20ème siècle, ce qui est vrai, ceci étant lié au statut de l’Inde « plus grande démocratie du monde » avec   une population se situant au deuxième rang mondial.

  L’Inde est un état fédéral, avec un pouvoir réel   des gouvernements régionaux. Ceci entraine des disparités importantes dans les politiques menées par exemple entre   New Delhi et le Kerala seul Etat dirigé par le Parti communiste d’Inde (marxiste). Le gouvernement actuel du pays est dirigé par Narendra Modi du BJP, parti nationaliste, qui a profité de l’épuisement du Parti du Congrès dirigé depuis l’indépendance par la « famille » Gandhi Nehru. Son slogan « Shining India » (L’inde brillante) a un double sens : d’un côté, un ultra nationalisme religieux hindouiste, de l’autre.   La    volonté de remplacer une économie avec un    fort    rôle de l Etat par   une   économie libéralisée capitaliste de marché moderne. Après l’indépendance, une économie très centralisée à grande participation étatique et ultra nationale a permis un développement finalement assez lent, mais aussi, ne ‘l’oublions pas, la « révolution   verte » donc la fin non de la   grande pauvreté mais de la   famine. Cette ère, très marquée par le parti du Congrès, a cédé la place à une ère de porosité aux grands investissements étrangers et, à l’inverse, d’investissements Indiens à l’étranger (ex.  Arcelor Mittal…). Surtout, dans une   deuxième étape, correspondant peu ou prou à la montée du BJP, s’est instauré un capitalisme de libre entreprise.

Si l’Inde  s’est indiscutablement modernisée  et  a à présent  accès aux  technologies  les plus modernes  (dans les domaines de l’informatique , des   biotechnologies et  du  spatial, par exemple), les  inégalités se  sont  fortement  accrues  (et elles  étaient  déjà extrêmement  importantes) , et  même    il existe  une  ségrégation  géographique entre  des  zones  résidentielles  pour  cadres  (Vasant Vihar  par  exemple à  New  Delhi) et les  bidonvilles installés jusque dans le cœur des villes. De nombreuses coexistences choquantes existent avec   un exemple extrême quasi caricatural à Mumbai (Bombay).  Le célèbre hôtel Taj Mahal et sa vue sur la Porte des Indes donnent directement sur des rues nettement plus pauvres et où il y a toujours des mendiant.es très très pauvres 5 mètres après la sortie.  Surtout, les migrations dans les grandes villes se sont accompagnées de l’extension pharamineuse des bidonvilles (les fameux « slums »). Pire encore, si la famine a dans l’ensemble disparu, ainsi que les grandes épidémies (à part le Covid, bien sûr, dont seule la nouvelle flambée après la fête des couleurs – Holi- est une caractéristique spécifique du pays). Il existe à présent de grands centres industriels « classiques »   et textiles dont évidemment les bas prix sur le marché mondial sont dus au recrutement des personnels dans les slums.  Enfin    le système des castes, officiellement aboli, reste très visible, en réalité, ne serait-ce que par des attitudes et accents dans le langage qui identifient quasi à   coup sur un Brahmane. Le développement des campagnes est encore plus inégalitaire que celui des villes   et les habitant.es des villages sont souvent encore très pauvres avec des exceptions notables suivant les Etats (Goa, Kerala, par exemple, où ils ont un niveau supérieur à la moyenne).

Deuxième caractéristique du BJP : Un ultra nationalisme hindouiste visant à faire des musulman.nes des citoyen.nes de 2ème zone associée à une position très dure vis à vis du Pakistan ou des régions contestées :  le Cachemire est sous quasi état de siège après une vraie période d’isolement complet (y compris avec coupure des communications) avec une occupation par l’armée fédérale et la révocation de son statut d’autonomie.  Surtout, les lois sur la nationalité passées par le BJP font effectivement de ces derniers des citoyen.nes de deuxième zone à qui la nationalité indienne peut être refusée. Le passage de cette législation a entraîné   des émeutes de la population musulmane   dans les grandes villes suivies de contre manifestations aux allures de pogromes y compris dans les universités centrales (cas de la JNU Jarwahal Nehru Université à New Delhi par exemple) dont les étudiant.es se sont élevé.es toutes religions confondues. Des mini pogromes se sont déroulés avec la   complicité de la police malgré le désaveu des autorités municipales de Delhi contre le pouvoir   central….

A l’encontre de la politique menée par Modi le mouvement actuel est totalement   inter castes chez les hindouistes et totalement inter religieux. Son origine est une opposition à la volonté politique du gouvernement Modi   de poursuivre la libéralisation de l’économie. Jusqu’ici, depuis les premiers gouvernements du Congrès, l’Etat était très interventionniste   dans la fixation des prix agricoles    assurant ainsi un   revenu minimal aux paysan.nes   qui à 95 % ne disposent que de petites exploitations. Désormais, les paysan.nes peuvent vendre leurs denrées, sans intermédiaires, à des acheteurs privés et court-circuiter les « mandits », les vieux marchés réglementés, où l’État assurait un prix minimal sur certains aliments de base, principalement le blé et le riz. Ce choix a été décidé en pleine crise sanitaire sans aucune concertation avec les organisations paysannes. La promulgation de ces lois a eu lieu mi-septembre, et celles-ci ont très vite été analysées comme ultralibérales, dans le contexte du passage à une économie capitaliste débridée allant à l’encontre des régulations mises en place dès les années 50, qui ont tout de même permis la « révolution   verte ».

Dès lors l’objectif est évident. Copie résumée d’un article de   la Croix paru   en   Décembre 2020, à l’issue du 1er mois de mouvement et dans la préparation du blocage de Delhi. « Le recul de l’État dans le secteur suscite cependant une immense inquiétude dans les campagnes, tant le monde paysan se porte mal. Les agriculteurs sont de plus en plus vulnérables, dans un contexte de crise agraire qui s’intensifie. En 2019, 10 281 Indiens vivant de l’agriculture se sont suicidés. La problématique de la fragmentation des terrains agricoles est un cycle infernal, avec 86,2 % des agriculteurs ne possédant que des surfaces de moins de 2 hectares. Désormais, les paysan.nes redoutent de devenir les victimes des intérêts des géants de l’agroalimentaire et de la distribution. « Les grandes compagnies vont ruiner nos vies ! », lance Prem Singh, un fermier de 50 ans. Il a rejoint le site de Singh avec une vingtaine d’hommes de son village du Pendjab. Dans leurs rangs, le discours anticapitaliste est devenu la norme. « Boycottez Reliance !», peut-on lire sur une pancarte accrochée à un tracteur qui cible ainsi le conglomérat de l’homme d’affaires Mukesh Amani. D’autres écriteaux visent celui de Gautam Adjani. Ces deux milliardaires indiens sont suspectés de vouloir exploiter la filière sur le dos des paysan.nes. « Ce gouvernement travaille pour Adjani et Amani, par pour nous, affirme Gardée Singh, représentant d’un syndicat paysan. Ils vont nous prendre nos terres de force. Nous voulons garder le système des mandits et des prix minimaux ! »

Il s’agit aussi de   réformer et supprimer les « mandits », ces marchés d’Etats régionaux ou provinciaux où les marchandises sont achetées à prix fixe pour les plus nécessaires (blé, riz par exemple) et peuvent également être achetées, en dernier ressort, par l’agence alimentaire nationale, la Food Corporation of India, pour soutenir les prix depuis la révolution verte., qui redistribue si nécessaire à bas prix aux défavorisé.es.

Nouvelle citation. Aux yeux de Bruno Dorin, économiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) en poste à New Delhi, « les conséquences possibles sont plus complexes : L'implication de multinationales indiennes, capables de fournir d’importants investissements de stockage ou de réfrigération, pourrait conduire à ce qu'elles acquièrent localement des positions monopolistiques, autrement dit le pouvoir de contrôler les prix ».  C’est évidemment l’objectif principal…Mais on ne comprend pas le soutien populaire si on oublie que les « mandits » ont un rôle   distributif : des quantités de blé, de riz, et d’une vingtaine d’autres denrées achetées par les pouvoirs publics sont revendues à très bas prix aux plus pauvres dans des échoppes gouvernementales.

D’emblée, le mouvement d’opposition à ces lois  a réuni  des   masses  importantes, au  départ  du  Pendjab  (forte majorité  Sikh,   d’où  le nombre  de turbans vu  sur   certaines photos),   qui  ont  dès le 25  Novembre  convergé  sur New Delhi  pour  établir  un gigantesque campement  ,   avec leurs  tracteurs   vite  rejoints   par des originaires  des  Etats  voisins (Haryana, Uttar Pradesh, et Rajasthan).Il   en  a  été  de  même quasi  immédiatement  aux  alentours de Mumbai  (Bombay), état du   Maharastra  , mais  aussi  dans  une  moindre mesure  Calcutta , état du  Bengale occidental,  et Chennai  (Madras),   état du  Tamil Nadu  Deux  dates  de  grève générale ont  été  fixées : les 26 novembre et 8 décembre 2020, avec une dynamique quasi insurrectionnelle, les tracteurs marchant  sur  New Delhi, avec l’appui  des organisations syndicales ouvrières. Une 1ere journée de grève nationale ouvriers paysans   a   réuni le 8 janvier plus de 250 millions de personnes (les syndicats ouvriers se limitant à des revendications économiques).

Le gouvernement Modi a suspendu ces lois après un arrêt de la Cour Suprême du 12 Janvier, mais cela n’a pas suffi, Les affrontements ont été alors très durs, les barrages policiers étant plusieurs fois débordés à Delhi, et lors d’une nouvelle manifestation, le Fort Rouge (palais forteresse des Moghols) envahi par certains manifestant.es lors d’une nouvelle grosse manifestation à Delhi le 26 janvier, après qu’une baisse   de soutien ait été   visible de la part des syndicats.  Le   gouvernement Modi a   tenté, sans succès, d’exploiter cette « intolérable violence »   présentée comme (ça l’est un peu) l’équivalent en France de l’envahissement de Versailles…. La question de savoir s’il y a eu action de provocateurs ou pas fait débat….

Depuis, le gouvernement ne recule plus, et a fait des pas en avant dans la répression, sans pouvoir   toutefois aller trop loin (il a des forces importantes bloquées au Cachemire,) et surtout perd peu à peu de l ‘influence dans la population. Surtout, le mouvement   s’est étendu effectivement à d’autres revendications dont la suspension de certaines privatisations, tandis que des actions unitaires se multipliaient. Par exemple, comme le cite Jacques Chastaing, dans l'Etat du Tamil Nadu en ébullition, en plus du soulèvement paysan, début mars il y a eu des grèves massives de dimension nationale des fonctionnaires d'Etat, des employé.es des crèches et garderies rurales, des employé.es des compagnies d'assurance, des banques, des cheminot.es, des étudiant.es, des électricien.nes...et l'AIADMK, le parti qui dirige l'Etat, allié du BJP, tremble, car les élections approchent….

Surtout, le mouvement s’est structuré. Les campements  sont  pérennes  (Delhi  est en  quelque  sorte  « semi assiégé »)  , et    sont  inter  castes/ confessions : Intouchables, ouvrier.es, jeunes, étudiant.es, syndicalistes, Adivasits des tribus, hindous, sikhs, musulman.es, bouddhistes... avec  des débats tous les soirs mélangeant  revendications  paysannes,  ouvrières, écologiques,  et  fait nouveau, l’entrée en lice massive de  femmes paysannes ou non, Intouchables, musulmanes, sikhs ou hindoues, souvent des employées des crèches rurales et aides-soignantes rurales en lutte elles-mêmes depuis des mois,  qui commencèrent à investir  la mobilisation paysanne à partir du 29 janvier 2021.

Les « manhanpachayats »   structures traditionnelles d’Assemble paysannes qui se sont en Décembre Janvier    transformées en structures de démocratie directe du soulèvement actuel sont des assemblées générales   régulières locales ou   régionales ouvertes à toutes et tous, femmes, jeunes, ouvrier.es, Intouchables, musulman.nes, sikhs, hindous tous ensemble, ce qui il y a quelques mois était inenvisageable. Les « manhanpachayats » qui peuvent réunir jusqu’à des dizaines de milliers de partisan.nes sont des structures qui veillent à l'organisation concrète de la lutte, organisent les péages autoroutiers gratuits continus, le boycott des chaines de magasins, stations essence, entrepôts, entreprises des capitalistes qui soutiennent Modi, permettent aux campements paysans de Delhi regroupant des centaines de milliers de personnes, d'être alimentés en nourriture, eau, équipements divers... Ce sont elles qui mettent aussi peu à peu en place des structures pas seulement de lutte mais de vie quotidienne en rapport avec leurs idéaux et objectifs, de solidarité pour les plus pauvres, en matière de nourriture, de santé, d'école... et tous les aspects de la vie civile, jusqu'aux mariages, gratuits, sans prêtres, sans rituels religieux.

Nouveau pas en avant en Mars :   le 5 grève générale massivement suivie contre les privatisations dans l'Etat de l'Andhra Pradesh notamment contre la privatisation de l'aciérie Viag (33 000 salariés) qui a été massivement suivie ; les transports publics étaient totalement arrêtés, comme les rickshaws, les écoles, les services publics, pas un seul magasin n'était ouvert, tout était arrêté.  Ce processus de privatisation a été lui aussi suspendu…
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Nouvelle   journée de grève générale le 26 mars …La façon de riposter du gouvernement a été d’avoir recours à ses nervis, qui ont le 2 avril, tenté d'assassiner par tir de balles et jets de pierres, le leader paysan Rakesh Tikait, alors qu'il revenait d'un meeting qu'il avait tenu au Rajasthan….  Les  leaders  ont  annoncé  qu’ ils pourraient  rendre  œil pour œil, dent  pour  dent,  avec   de  l’autre  coté des menaces :  ainsi dans l'Etat de l'Haryana que le BJP dirige mais où il perd de plus en plus le contrôle de l'Etat,  un premier ministre a été empêché d'atterrir avec son hélicoptère dans son Etat et  de rentrer dans sa propre maison par les piquets paysans, le gouvernement  a sorti une nouvelle loi qui permet de prendre leurs propriétés aux personnes ayant participé à des manifestations illégales, ce qui a mis encore un peu plus en colère les paysan.nes.

Conclusion provisoire. S’il est illusoire de faire des « manhanpachayats » actuellement des organes précurseurs   d’une prise de pouvoir par un   gouvernement « ouvriers paysans », on a au minimum une situation type 1968 en France, pire un succédané de 1905 en Russie.   En clair, ceux d’en bas ne veulent plus être gouvernés   comme avant ni du futur qu’on leur propose, ceux d’en haut perdent de plus en plus le contrôle général de la situation, et une répression massive sanglante est sans doute impensable, une partie de la police et de l’armée, à la différence de ce qui s’est passé au Cachemire, n’y étant pas prête…. Tout dépendra de façon ultime de la   capacité   de ces structures de double pouvoir partiel   à générer un programme politique central, de se diffuser dans l’ensemble du pays ce qui n’est pas le cas à ce stade   et   d’affirmer un leadership au plan national.  La situation actuelle est donc par beaucoup d’aspects pré révolutionnaire.   Sans plus mais pas moins, ce qui est déjà un événement considérable. Et la crise est partie pour durer et s’enraciner.  

Gérard CHOUAT avec la participation d’Henri MERME
Commission internationale d’ENSEMBLE !

Type:  Article Lundi, 12 Avril, 2021 - 16:54
François Calaret