Liberté pour les prisonniers politiques catalans

1 mois 1 semaine ago

https://petitioncat.blogspot.com/

Nous voulons que ce blog soit un référent francophone pour la Presse, pour toutes celles et ceux qui veulent accompagner ce Procès unique où l' enjeu est certes celui de la liberté d'hommes politiques injustement accusés et emprisonnés, mais aussi celui de la démocratie, des droits démocratiques élémentaires. 
C'est une contribution que nous avons décidée en commun, nous les  signataires de la Pétition pour la Libération des prisonniers politiques catalans, chacune, chacun est appelé-e à y envoyer informations, contributions, témoignages... Nous vous appelons à faire connaître le plus largement le Blog.

Très prochainement nous convoquerons une rencontre avec les premiers témoins qui suivent à Madrid le déroulement du procès.

Nous vous communiquerons date et lieu de la rencontre.

Pendant tout le procès notre pétition qui a déjà plus de 10.000 signatures continue d'actualité. De nombreux catalans de Catalunya l'ont signée. Ils nous envoient par là le message qu'ils sentent combien ils ont besoin d'aide, qu'ils ont besoin que nous ici de l' autre côté des Pyrénées, nous répondions en la diffusant largement, en appelant et en la faisant signer autour de nous.
   
Personne ne peut rester silencieux ou passif avec ce qui se joue aujourd'hui à Madrid dans la petite salle du Tribunal suprême. Ce qui s'y joue la manifestation dimanche dernier 10 février Place Colon l'a montré: là se sont retrouvés unis contre le droit à décider, contre le droit à l' autodétermination, groupes franquistes, extrême droite, exigeant l'illégalisation des partis qui sont en faveur de l' indépendance, droite et centre droit... Manuel Valls s'y est retrouvé...Voilà à quelle dérive on est entraîné si on cède d'un millimètre sur les droits démocratiques lorsqu' ils sont en danger. La passivité et le silence doivent être rompus! En signant cette pétition, en la faisant signer c'est cela que nous avons entrepris.

L'autodétermination n'est pas un délit ! c'est un droit!  Libération des prisonniers politiques catalans!

Paris 13 février

Jean Puyade et Ivan Gordillo pour le collectif de signataires.

Type:  Article Jeudi, 14 Février, 2019 - 09:20 Droits - libertés Catalogne
François Calaret

Non au coup d’État au Venezuela !

1 mois 2 semaines ago

Les personnalités et organisations d'amérique latine signataires, engagées pour la conquête de souveraineté, liberté et démocratie pour nos peuples, condamnons la nouvelle tentative de faire tomber le gouvernement élu de Nicolas Maduro aujourd'hui par la voie du coup d’État et de l'intervention militaire étrangère coordonnée par les Etats-Unis. C'est une intervention impérialiste qui, une fois de plis, ne défend pas la démocratie mais l'exact opposé. Elle n'est pas uniquement contre le gouvernement de Maduro, mais pour maintenir sa domination impérialiste dans la région.

Les 22 et 23 janvier, nous avons été témoins de l'action coordonnée depuis la Maison Blanche, par le biais de Mike Pence, afin d'instaurer une présidence usurpatrice et illégitime pour laquelle personne n'a voté. La ligne dictée par Pence au nom de Trump a été suivie minutieusement au Venezuela.

A l'échelle internationale, l'OEA et les pays dits du groupe de Lima ont immédiatement appuyé les plans impérialistes en reconnaissant la présidence illégitime de Guaido. Bolsonaro, Macri, Pena, Duque prétendent mettre en place un blocus conere le Venezuela en s'alignant sur la politique militariste de Trump et en alimentant les provocations qui justifieraient l'intervention armée.

De nos pays respectifs, nous appuyons et participons aux accions internationalistes.

Nous appelons à de très amples campagnes internationales contre ce nouveau chapitre d'une histoire deéjà longue d'interbentions des Etats-Unis sur notre continent. Défendre la souveraineté vénézuélienne ne doit pas d'ailleurs nous empêcher de faire des critiques et pointer les contraduictions du gouvernement de Maduro.
Mais, et cela devrait être le sens commun de base : seul le peuple vénézuélien peut librement et démocratiquement être maître de son futur, sans être la marionette d'aucune puissance impérialiste.

Non au coup d’État au Venezuela !

Liga Unitaria Chavista Socialista (LUCHAS) Venezuela. Stalín Pérez, Luis Bonilla

Partido Revolucionario de los Trabajadores (PRT), México: Edgard Sánchez, Luis Rangel, Josefina Chávez, Andrés Lund, Gabriela Zanabria.

Movimiento Ecosocialista (Colombia): Daniel Libreros.

Polo Ciudadano (Panamá): Olmedo Beluche, Félix Villarreal, Briseida Barrantes y Abdiel Rodríguez.

Comuna (PSOL de Brasil): Cheron Moretti, Jacqueline Parmigiani

Democracia Socialista (Argentina) Martín Mosquera

Corriente Amaru (Perú): Jonathan Fuentes.

Tarzia Medeiros, Secretaria General del PSOL (BRasil)

Guillermo Almeyra. Escritor y militante revolucionario (México)

Mario Azeredo, miembro de Dirección PSOL-RS

Berna Menezes de la Ejecutiva Nacional del PSOL

Mario Hernández (Argentina)

Eduardo Lucita. Economista (Argentina)

Claudio Katz. Economista (Argentina)

Aldo Casas. Militante revolucionario (Argentina)

Nora Ciapponi, militante socialista (Argentina)

Mario Quiñones, médico y militante revolucionario (Venezuela)

Eric Toussaint, escritor y militante internacionalista (Bélgica)

Organización Política del Pueblo y los Trabajadores (OPT): México. Jorge Herrera, Fernanda Justo, Alberto Bárcenas, Luis Rojas y Edgard Sánchez

Frente Socialista (México): José Santos.

Partido Revolucionario del Pueblo (PRP). México. Gregorio Miranda

Comité de Unidad Popular (México). Mario Rojas

Organización Nacional del Poder Popular (ONPP) México. Luis Rojas.

Coordinadora Socialista Revolucionaria (México): Luis Téllez.

Partido Comunista Mexicano (PCM): Juan Farrera

Juventud Comunista Mexicana (JCM): Isabel Segovia

Sindicato de Trabajadores de la Alcaldía del Municipio Libertador de Caracas

Sindicato de Trabajadores de FCA Chrysler

Sindicato de Trabajadores de Occimetalmecánica

Sindicato de Trabajadores de Filtros Wix

Sindicato de Trabajadores de Vicson

Sindicato de Trabajadores de Encava

Modesto Emilio Guerrero, periodista

Nancy Espassandin, maestra y politologa socialista, Uruguay.

Silvia Beatriz Adoue, ENFF y UNESP (Brasil)

Para Um Nuovo Começo (Centro Político Marxista)

La Aurora (organización marxista): Francesc Mata

Ricardo Napurí Militante socialista. (Perú-Argentina)

Francisvaldo Mendes. Presidente da Fundaçao Lauro Campos do PSOL.

Edwin Qiles, Ángel Cuadrado y Francisco Torres del Movimiento Nacionalista Revolucionario de Puerto Rico

International Socialist Organization (EU): Todd Chretien por el CC de ISO. 

Héctor Menéndez, Grupo Frente Comunista, Córdoba, Argentina

Type:  Article Vendredi, 8 Février, 2019 - 08:53 En débat International Venezuela
François Calaret

Clémentine Autain et Elsa Faucillon lancent Le Fil des Communs

1 mois 2 semaines ago

« Passerelle, cohérence, invention ». Voilà le triptyque du “Fil des communs”, une initiative commune des députées insoumise et communiste Clémentine Autain et Elsa Faucillon – par ailleurs co-directrices de la revue Regards.

« Nous prenons une initiative politique, l’époque nous y oblige pour bâtir une issue émancipatrice aux crises contemporaines. Nous voulons participer activement au travail de refondation des idées, stratégies et formes politiques à même d’agréger et de gagner dans notre pays », écrivent-elles sur leur site.

L’idée n’est pas de créer un énième mouvement politique à gauche, mais bien de « mettre au pot commun », explique à Regards Clémentine Autain : « La vitalité de notre famille politique suppose la mise en mouvement et elle ne peut être uniforme. »

De son côté, Elsa Faucillon assure aussi vouloir « influer, pas éclater ». Auprès de Regards, cette dernière développe : « Nous faisons le constat de l’éclatement et du besoin de renouvellement des idées à gauche. Nous voulons travailler au deux. Les convergences sont essentielles, mais elles sont insuffisantes si elles ne s’attellent pas à donner du sens, de la cohérence, de l’innovation. »

La députée insoumise a d’ailleurs présenté cette initiative au groupe parlementaire « sans difficulté aucune », pas plus que sa collègue avec le groupe communiste.

« Mener tous les combats »

Dans leur premier édito, les deux députées font l’analyse suivante : « L’esprit public se meurt, les inégalités sociales et territoriales explosent. […] Dans ce moment où le brun a le vent en poupe à l’échelle internationale, notre capacité à tenir tête et à affronter les droites dures est clairement posée. » D’où la nécessité de « travailler, encore et toujours, pour imaginer des réponses renouvelées. Le fil permet de tisser, et donc de créer ».

Avec le Fil, Clémentine Autain et Elsa Faucillon entendent « contribuer à cet effort de mise à jour, d’invention » à gauche, avec une « obsession » : « La cohérence des combats contre les oppressions, dominations, aliénations ».

Elles assurent vouloir « mener tous [l]es combats » : « Entre les travailleurs qui se suicident au travail et les migrants qui peuvent mourir en traversant la Méditerranée, entre les précaires victimes de la dérégulation économique et les femmes victimes de violences, entre la lutte pour l’emploi et la préservation de l’environnement, entre le combat contre le racisme et la défense des droits LGBTI, nous ne choisissons pas. »

Concrètement, l’insoumise et la communiste veulent faire du Fil « un outil pour tracer la voie de ces prises de position concrètes qui permettent de faire valoir cette cohérence ». Mais aussi « que le Fil joue un rôle de passerelle », notamment entre « le mouvement social, l’espace politique, le monde intellectuel et artistique ».

Pour l’heure, le Fil se présente comme une newsletter hebdomadaire. Mais les deux parlementaires assurent qu’il « se prolongera par des initiatives publiques ». Et de conclure leur édito : « Nous voulons faire mouvement, influer sur le cours de la construction politique à gauche. »

Loïc Le Clerc, publié sur le site de Regards.

Edito Le Fil des Communs

Nous prenons une initiative politique, l’époque nous y oblige pour bâtir une issue émancipatrice aux crises contemporaines. Nous voulons participer activement au travail de refondation des idées, stratégies et formes politiques à même d’agréger et de gagner dans notre pays.

Tout récemment, les gilets jaunes ont accéléré la prise de conscience des conséquences dramatiques des choix politiques opérés depuis plusieurs décennies. Au mépris des classes populaires s’est opposée l’exigence de dignité. Financiarisation de l’économie capitaliste, explosion de la précarité, menace croissante sur la pérennité de notre environnement, consumérisme effréné qui abîme la planète et nos désirs, services publics démantelés, technocratie en lieu et place de la démocratie… L’esprit public se meurt, les inégalités sociales et territoriales explosent. Sur les ronds-points, cette société qui ne tourne pas rond se trouve vertement critiquée. À raison. Si ce mouvement a surpris dans sa forme, dans ses coordonnées territoriales et politiques, c’est qu’il ne ressemble pas à ce que le XXe siècle et même le tout début du XXIe avait connu. Les gilets jaunes cristallisent la nécessité d’aller au-delà des formes traditionnelles du mouvement ouvrier. Cela ne signifie pas que syndicats, communistes, socialistes, ne sont plus mais qu’ils n’ont plus, à eux seuls, la capacité d’entraînement et d’encadrement d’hier. Ce fait est un indicateur profond des changements qui s’opèrent. Il s’accompagne d’une réalité inédite : en soutien actif aux gilets jaunes, on a trouvé notre gauche et… l’extrême droite. Rien d’anodin. Cette réalité suppose d’aiguiser la stratégie politique pour ne pas sombrer avec le brouillage actuel des lignes de clivages. L’Italie est de ce point de vue un contre-exemple instructif. Dans ce moment où le brun a le vent en poupe à l’échelle internationale, notre capacité à tenir tête et à affronter les droites dures est clairement posée.

C’est pourquoi nous devons travailler, encore et toujours, pour imaginer des réponses renouvelées. Le fil permet de tisser, et donc de créer. Nous voulons avec LE FIL contribuer à cet effort de mise à jour, d’invention. L’échec cinglant des expériences de type soviétique puis la déroute des expériences sociales-démocrates en Europe ont profondément percuté les schémas de pensée à gauche. Le mot gauche est profondément abîmé, il se trouve comme démonétisé. Faire du neuf à cette échelle historique n’est ni une mince affaire ni une simple histoire de tactique, de programme ou de slogan. Ce chemin se construit en avançant, et nous ne partons évidemment pas de rien. Des cultures se sont mélangées depuis plusieurs décennies maintenant, des propositions innovantes ont émergé, la France Insoumise a été identifiée comme un espace politique neuf. Mais la réflexion doit encore être poussée. Nous proposons ce cadre, LE FIL, pour mettre l’ouvrage sur l’établi.

LE FIL, c’est aussi une ligne, un trait qui trace clairement un horizon. Notre obsession, notre fil, c’est la cohérence des combats contre les oppressions, dominations, aliénations. Nous voulons un modèle de société qui sorte du capitalisme mais aussi de tous les modes d’oppressions et de dominations. Entre les travailleurs qui se suicident au travail et les migrants qui peuvent mourir en traversant la Méditerranée, entre les précaires victimes de la dérégulation économique et les femmes victimes de violences, entre la lutte pour l’emploi et la préservation de l’environnement, entre le combat contre le racisme et la défense des droits LGBTI, nous ne choisissons pas, nous voulons mener tous ces combats. Le temps du refrain « priorité à la révolution contre le capitalisme, le reste viendra après » doit être révolu. Oui, il faut articuler égalité et liberté, ambition écologique et « question sociale », qui elle-même est totalement liée à ce que certains qualifient de sociétal pour les dissocier. Il faut faire du neuf, pas de la triangulation politique. LE FIL est un outil pour tracer la voie de ces prises de position concrètes qui permettent de faire valoir cette cohérence, une vision du monde résolument tournée vers l’émancipation humaine, dans toutes ses dimensions.

Le fil sert aussi à relier. Nous voulons que LE FIL joue un rôle de passerelle. Dans ce moment où les repères traditionnels explosent, nous en avons besoin. L’esprit d’ouverture et le parti pris du pluralisme nous tiennent fondamentalement à cœur. LE FIL se veut lieu de confrontation des expériences et des idées, condition d’une élaboration plus fine, plus pertinente. Ce que nous voulons relier, dans le respect de chacun, c’est aussi les trois univers décisifs pour un entrainement populaire : le mouvement social, l’espace politique, le monde intellectuel et artistique.

LE FIL se lance avec cette première newsletter, dont la parution sera hebdomadaire, et se prolongera par des initiatives publiques. Avec toutes les forces individuelles et collectives disponibles qui se reconnaissent ou se reconnaîtront dans notre démarche, nous voulons faire mouvement, influer sur le cours de la construction politique à gauche.

Clémentine Autain et Elsa Faucillon, le 4 février 2019.

Type:  Article Mercredi, 6 Février, 2019 - 16:30 En débat Politique
François Calaret

Macron doit céder aux exigences des gilets jaunes et du mouvement social

1 mois 2 semaines ago

La France est bouleversée depuis 11 semaines par une révolte citoyenne et sociale sans précédent depuis Mai 68.

Depuis 11 semaines, malgré les caricatures et le mépris, les gilets jaunes exigent des mesures simples et immédiates et plus que légitimes de démocratie et de justice fiscale, sociale et environnementale.

Simples et immédiates, parce que l’annulation de la hausse des taxes sur le carburant aurait pu être compensée quasi immédiatement par le rétablissement de l’ISF.

Parce que la remise en cause du CICE pourrait financer une augmentation immédiate du SMIC.

Plus que légitimes, parce que dans un pays devenu un paradis pour les millionnaires, la répartition des richesses est une urgence absolue pour en finir avec l’indécence de cette situation.

Le dimanche 27 janvier à Commercy, une assemblée de groupes gilets jaunes venant de toute la France a lancé un appel contenant des revendications sociales et écologiques fortes (augmentation immédiate des salaires, minimas sociaux, allocations et pensions, droit au logement, à la santé, à l’éducation, services publics gratuits et pour tous, éradication de la misère sous toutes ses formes, égalité et prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité, transition écologique…) ainsi que de grandes exigences démocratiques.

Pour la première fois depuis le début de la mobilisation, les gilets jaunes ont décidé de se joindre à une grève annoncée par les syndicats le 5 février 2019.

Nous voyons dans cette convergence une possibilité de victoire sociale majeure, en permettant un mouvement d’ensemble durable et reconductible incluant l’ensemble des salarié-es, la population des quartiers populaires et la jeunesse.

Nous souhaitons que la grève et les manifestations soient les plus massives possible afin de faire aboutir ces revendications légitimes.

C’est pourquoi nous apportons tout notre soutien à cette date.

Nous condamnons les tentatives de l’extrême droite de s’approprier ce mouvement et de l’utiliser pour promouvoir la haine des immigré-es, l’antisémitisme, le racisme, le sexisme et l’homophobie.

Au lieu d’écouter, le pouvoir se recroqueville sur son appareil répressif et sur un simulacre de débat.

Il prépare même une loi qui restreint la liberté de manifestation.

Nous nous y opposerons !

Nous exigeons du gouvernement qu’il abandonne la logique de criminalisation du mouvement social et populaire.

Un président qui ordonne ou couvre de telles violences sur ses compatriotes perd sa légitimité de représentation du peuple.

Nous ne nous habituerons jamais à ces visages cassés, aux centaines de blessures et mutilations et à ces dizaines de décès que le gouvernement s’échine à minimiser ou nier.

Ce n’est pas dans la dérive autoritaire que se trouve la sortie de crise.

Ce n’est pas en menottant ou en éborgnant les gilets jaunes et ses porte-voix qu’il étouffera la contestation.

Le vrai débat populaire s’exprime dans les quartiers, les rond-points, les assemblées communes, les entreprises.

Emmanuel Macron a perdu la bataille des idées.

Il doit faire droit aux revendications sociales et populaires !

Associations, organisations syndicales et partis politiques :

Attac
Collectif national pour les droits des Femmes (CNDF)
Collectif  La vérité pour ADAMA
Fondation Copernic
Union Départementale CGT 75
Sud PTT
Solidaires
Alternative Libertaire
Ensemble !
Gauche Démocratique et Sociale (GDS)
Génération.s
Groupe parlementaire FI
Mouvement Ecolo
Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA)
Parti de Gauche (PG)
Parti Ouvrier Indépendant (POI)

Personnalités :

Paul Ariés, politiste, directeur de l’Observatoire international de la Gratuité
Judith Bernard, metteure en scène, enseignante, directrice de publication de Hors-Série.
Thomas Coutrot, économiste
Christine Delphy, sociologue, militante féministe
Laurence De Cock, historienne
Annie Ernaux, écrivaine
Bernard Friot, économiste
Robert Guédiguian, réalisateur
Aude Lancelin, journaliste
Mathilde Larrère, historienne
Gérard Noiriel, historien
Willy Pelletier, sociologue
Michèle Riot Sarcey, historienne
Raphaël Schneider, réalisateur, co-fondateur de Hors-Série.
Julien Théry, historien

Type:  Article Lundi, 4 Février, 2019 - 16:45 Luttes sociales
François Calaret

Pour une sortie démocratique, où le peuple vénézuelien décide

1 mois 3 semaines ago

DECLARATION INTERNATIONALE

Pour arreter l´escalade du conflit politique au Venezuela. Contre l´intervention impériale

Le Venezuela traverse une crise sans précédent, qui s’est progressivement aggravée au cours des dernières années, au point d’affecter de manière dramatique tous les aspects de la vie d’un pays. L’effondrement des services publics, l’effondrement de l’industrie pétrolière et la chute extraordinaire du PIB, l’hyperinflation, l’augmentation vertigineuse de la pauvreté, les migrations de millions de personnes définissent cette crise, entre autres facteurs. Les troubles politiques ont atteint des niveaux très dangereux, minant ainsi l’État constitutionnel, le cadre de la coexistence sociale et la santé des institutions. La population du pays est dans un état de vulnérabilité absolue.

Le gouvernement de Nicolás Maduro a progressé vers l’autoritarisme, supprimant de facto de nombreuses formes de participation populaire établies depuis le début du processus bolivarien. La répression s’est intensifiée face aux nombreuses manifestations de mécontentement social; le gouvernement a détourné la voie électorale en tant que mécanisme de prise de décision collective et s’est montré intransigeant dans l’objectif de conserver le pouvoir à tout prix; Maduro a statué en dehors de la Constitution, appliquant un état d’exception permanent. Dans le même temps, l’extractivisme s’intensifie et des politiques d’ajustement économique favorisant les sociétés transnationales sont mises en œuvre, avec un impact négatif sur la société et la nature.
En parallèle, les secteurs extrémistes du bloc d’opposition qui ont réussi à mener différentes mobilisations ont suscité plusieurs appels en faveur d’un renversement forcé et radical du gouvernement de Maduro (en 2014 et 2017), ce qui a généré de très graves affrontements violents et des attaques contre les infrastructures. Cela a en outre contribué à étrangler la vie quotidienne de millions de personnes et a eu de graves répercussions sur le cadre de la coexistence pacifique.

De plus, dans le contexte de la croissance et de l’alignement de la droite politique en Amérique latine, l’intervention étrangère s’est intensifiée. En premier lieu, le gouvernement des États-Unis a adopté une position beaucoup plus agressive à l’égard du Venezuela depuis 2015: menaces, création de groupes de pression régionaux et internationaux contre le gouvernement et sanctions économiques ayant affecté l’économie nationale. D’autres acteurs internationaux tels que la Chine et la Russie ont également influencé de manière significative le cours des événements en fonction de leurs propres intérêts expansionnistes et de leurs appétits économiques et énergétiques, créant ainsi une situation géopolitique extrêmement tendue.

Le 23 janvier dernier, l’auto-proclamation par le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó, comme « président par intérim », afin de diriger un gouvernement de transition, a déclenché une nouvelle escalade de la crise. Cette tentative de créer un État parallèle dans le pays a rapidement été reconnue le gouvernement des États-Unis, ainsi que d’autres pays alliés tels que le Canada, l’Argentine, le Brésil, la Colombie, le Chili, le Pérou, l’Équateur, le Paraguay, entre autres.

La création d’un État parallèle centré sur l’Assemblée nationale et la Cour suprême de justice en exil, appuyée par les États-Unis et le soi-disant Groupe de Lima, ouvre la voie à une aggravation de la crise et au déclenchement d’un conflit armé interne, qui pourrait devenir une guerre civile avec une participation internationale. Ce scénario dévastateur pour la population et pour la République pourrait provoquer le démembrement du pays, comme ce fut le cas dans d’autres régions du monde à la suite d’interventions impérialistes récentes.

La pression agressive du gouvernement des États-Unis, ainsi que les confrontations diplomatiques entre ce dernier et le gouvernement du Venezuela, créent des constellations très dangereuses.

La situation actuelle ne représente plus seulement une menace pour la possibilité de démocratie, mais pour la vie même de millions de Vénézuéliens et pour la stabilité de la région. Dans un affrontement armé, les populations sont les premières touchées, et encore plus dans le Venezuela actuel, où la population vit déjà une précarité et une violence considérables dans le contexte de conflits territoriaux.
Pour conclure,

• Nous rejetons l’autoritarisme du gouvernement de Maduro, ainsi que sa répression face aux manifestations croissantes dans tout le pays, notamment pour l’alimentation, les transports, la santé, la participation politique, les services publics, les salaires vitaux. Le peuple vénézuélien, qui souffre de la grande précarité et de la répression actuelle, a le droit de manifester sans être criminalisé.

• Nous rejetons l’auto-proclamation de Juan Guaidó et la création d’un État parallèle dans le pays, ce qui ne ferait qu’aggraver le conflit et ne résoudrait pas les principaux problèmes auxquels le pays était confronté.

• Nous répudions tout raccourci politique antidémocratique qui ne met pas de l’avant une solution pacifique décidée par le peuple.

• Nous rejetons l’interventionnisme américain, ainsi que toute autre forme d’ingérence étrangère. Le Venezuela ne doit pas devenir un champ de bataille international. C’est le peuple vénézuélien qui doit décider de son destin. Nous invitons les peuples du monde à les soutenir et à les accompagner dans ce sens.

• Nous appelons de toute urgence à la convergence des acteurs politiques et des organisations sociales pour unir leurs forces afin de mettre un terme à l’escalade du conflit politique au Venezuela.

• Nous demandons instamment de promouvoir des scénarios de dialogue et de rechercher des solutions permettant au peuple vénézuélien de décider, démocratiquement et d’en bas, de renouer avec les processus de démocratisation avec ce que la révolution bolivarienne a construits à ses débuts.

• Nous demandons que la solution soit basée sur les principes de la Constitution de la République.

• Nous appuyons les propositions pour entamer le dialogue et chercher des solutions, soit par la médiation offerte par les gouvernements de l’Uruguay et du Mexique, soit en organisant un référendum consultatif contraignant afin que la population vénézuélienne décide de la convocation d’élections générales. Le fait que l’Organisation des Etats Américains (OEA) n’ait pas obtenu le nombre de voix nécessaire pour soutenir la proclamation de Guaidó montre qu’il reste encore de la place pour un dialogue international.

• Nous invitons les acteurs politiques nationaux à promouvoir des moyens de sortie de la crise économique qui étouffe le peuple vénézuélien. Une telle discussion doit inclure la recherche de moyens pour répondre aux besoins essentiels de la population et de stimuler la résurgence d’une économie propice au développement de la vie et au bien-être social.

La sortie de la crise profonde que traverse la société vénézuélienne doit être pacifique, constitutionnelle et rétablir sa souveraineté sur le peuple vénézuélien.

Envoyez vos signatures d’approbation avec le nom, l’institution / organisation et le pays à: declarvenezuela@gmail.com

Premières signatures
1. Edgardo Lander, Universidad Central de Venezuela (Venezuela)
2. Emiliano Terán Mantovani, Observatorio de Ecología Política (Venezuela)
3. Miriam Lang, Universidad Andina Simón Bolívar (Ecuador/Alemania)
4. Alberto Acosta (Ecuador)
5. Tatiana Roa Avendaño, Censat Agua Viva (Colombia) - Cedla UvA (Amsterdam)
6. Maristella Svampa, Universidad Nacional de La Plata (Argentina)
7. Arturo Escobar, University of North Carolina (Colombia)
8. Rita Laura Segato, Profesora emérita, Universidad de Brasilia (Brasil)
9. Vladimir Aguilar Castro, Universidad de Los Andes (Venezuela)
10. Joan Martínez Alier, Universidad Autónoma de Barcelona (España)
11. Raquel Gutiérrez Aguilar, Posgrado en Sociología ICSYH-BUAP (Mexico)
12. Carlos Walter Porto-Gonçalves, Universidade Federal Fluminense (Brasil)
13. Ashish Kothari, Kalpavriksh (India).
14. Oly Millán Campos, economista (Venezuela)
15. Enrique Leff, Instituto de Investigaciones Sociales, Universidad Nacional Autónoma de México (México)
16. Mina Lorena Navarro, profesora-investigadora BUAP (México)
17. Klaus Meschkat, Leibniz Universität Hannover (Alemania)
18. Catalina Toro Pérez. Universidad Nacional de Colombia (Colombia)
19. Marco Arana Zegarra, Congresista de la República, Frente Amplio (Perú)
20. Massimo Modonesi, Universidad Nacional Autónoma de México (México)
21. Eduardo Gudynas, CLAES (Uruguay)
22. Leonardo Bracamonte. Universidad Central de Venezuela (Venezuela)
23. Pablo Stefanoni, periodista (Argentina)
24. Felipe Milanez, Universidade Federal da Bahia – UFBA (Brasil)
25. Andrea Pacheco, Directora del Centro de Estudios de la Realidad Latinoamericana (Venezuela)
26. Vilma Rocío Almendra Quiguanás, Indígena Nasa-Misak, Pueblos en Camino (Colombia)
27. Emmanuel Rozental-Klinger, Pueblos en Camino (Colombia)
28. Ailynn Torres Santana, investigadora feminista (Cuba)
29. Mario Alejandro Pérez Rincón, Universidad del Valle (Colombia)
30. Patricia Chávez León - Territorio Feminista/ Docente e Investigadora UPEA (Bolivia)
31. Marxa Chávez León - Territorio Feminista (Bolivia)
32. Dunia Mokrani Chávez - Territorio Feminista (Bolivia)
33. Luis Tapia Mealla –  Docente e investigador CIDES – UMSA (Bolivia)
34. Gabriela Merlinsky, CONICET (Argentina)
35. John Cajas-Guijarro, Universidad Central del Ecuador, FLACSO (Ecuador)
36. Domingo Hernandez Ixcoy, Maya K'iche (Guatemala)
37. Pabel Camilo López, CIDES-UMSA (Bolivia)
38. Grettel Navas, Universidad Autónoma de Barcelona (Costa Rica)
39. Nadia Urbinati, Columbia University (Italia)
40. Alejandro Bruzual, Presidente de la Sociedad Venezolana de Musicología (Venezuela)
41. Nina Pacari, ex Canciller del Ecuador (Ecuador)
42. Pierre Beaudet, Plataforme Altermondialista, Montréal, (Canadá)
43. Ana Patricia Noguera, Universidad Nacional de Colombia (Colombia)
44. Pablo Quintero, Universidade Federal do Rio Grande do Sul (Brasil)
45. Ronald Cameron, Plateforme altermondialiste, Québec (Canadá)
46. Aideé Tassinari Azcuaga, Universidad Autónoma de la Ciudad de México (UACM), México
47. José María Tortosa, Universidad de Alicante (España)
48. Enrique Viale, asociación de Abogados Ambientalistas de Argentina (Argentina)
49. Carlos Eduardo Morreo, Australian National University & Institute of Postcolonial Studies (Australia)
50. Franck Gaudichaud, Universidad Grenoble-Alpes (Francia)
51. David Barkin, Universidad Autónoma Metropolitana- Unidad Xochimilco (México)
52. Carlos Forment, New School for Social Research (USA)
53. Gustavo A. García López, Escuela Graduada de Planificación / Universidad de Puerto Rico (Puerto Rico)
54. John Foran, University of California (USA)
55. Gabriela Massuh, escritora (Argentina)
56. Dayaleth Alfonzo, investigadora agroécologa (Venezuela/Francia)
57. Horacio Tarcus, CeDInCI (Argentina)
58. Facundo Martín, Universidad Nacional de Cuyo/CONICET (Argentina)
59. Jeffery R. Webber, Goldsmiths, University of London (Inglaterra)
60. Maxime Combes, economista (Francia)
61. Julio César Guanche, investigador (Cuba)
62. Nicholas Hildyard, The Corner House (Reino Unido)
63. Sarah Sexton, The Corner House (Reino Unido)
64. Larry Lohmann, The Corner House (Reino Unido)
65. Hiram Hernández Castro, académico (Cuba)
66. Patricia Pintos, docente e investigadora IdIHCS/UNLP (Argentina)
67. Thomas Posado, Universidad Paris-8 (Francia)
68. Andrés Kogan Valderrama, Observatorio Plurinacional de Aguas (Chile)
69. Ovidiu Tichindeleanu, IDEA / ABC Society (Romania)
70. Dianne Rocheleau, Clark University (USA)
71. María Paula Granda, The New School for Social Research (Ecuador)
72. Fabián Espinosa, SIT Ecuador / Desarrollo, Política y Lenguas (Ecuador)
73. Javier Reyes, Centro de Estudios Sociales y Ecológicos A. C. Michoacán (México)
74. Henry Veltmeyer, Universidad de Saint Mary´s (Canadá) y Universidad Autónoma de Zacatecas (México)
75. Gonzalo Díaz Letelier, Universidad de Santiago de Chile (Chile)
76. Arturo D. Villanueva Imaña, Sociólogo (Bolivia)
77. Mercedes Centena, Socióloga (Argentina)
78. Norberto Manzanos, CONICET (Argentina)
79. Pablo Alabarces, Universidad de Buenos Aires (Argentina)
80. Hélène Roux, Universidad Paris 1 (Francia)
81. Markus S. Schulz, Centro Max Weber de estudios avanzados cultural y social (Alemania)
82. Valentina Estrada Guevara, consultora social (México)
83. Federico P. Koelle D., (Ecuador)
84. Janet Conway, Brock University (Canadá)
85. Börries Nehe, Goethe Universität Frankfurt (Alemania)
86. Nicolas Kosoy, McGill University (Canadá)
87. Udeepta Chakravarty, New School for Social Research (USA)
88. Adrián Beling, FLACSO Argentina / Universidad Humboldt de Berlin
89. Federico Lorenz, Universidad de Buenos Aires, Argentina
90. Instituto de Estudios Ecologistas del Tercer Mundo, Ecuador
91. Cecilia Chérrez, Ecuador
92. Pablo Almeida, La Casa Tomada (Ecuador)
93. Alejandra Almeida
94. Roberto Espinoza, Red Descolonialidad y Autogobierno (Perú)
95. Cornelis J. van Stralen, UFMG  - Federal University of Minas Gerais (Brasil)
96. Octavio Zaya, Atlántica Journal, Canary Islands (España)
97. Ravi Kumar, South Asian University (India)
98. Vinod Koshti, IPTA, New Delhi (India)
99. Silvia Bagni, Universidad de Bolonia (Italia)
100. Anna Harris, Psychotherapist (Reino Unido)
101. Anwesha Sengupta, Institute of Development Studies Kolkata (India)
102. Ruchi Chaturvedi, University of Cape Town (Sudáfrica)
103. Federico Demaria, Universidad Autonoma de Barcelona, Catalunya (Italia)
104. Christian Kerschner,  University Vienna (Austria)
105. Lucile DAUMAS, jubilada, (Francia)
106. Otávio Velho, Universidade Federal do Rio de Janeiro (Brasil)
107. Geneviéve Azam, Economista, Attac France (Francia)
108. Diego Andreucci, Universidad Pompeu Fabra de Barcelona y Colectivo Entitle-Red Europea de Ecología Política (Italia)
109. Didier Prost, arquitecto urbanista (Francia)
110. Cândido Grzybowski, Presidente do Instituto Brasileiro de Análises Sociais e Econômicas (IBASE) (Brasil)
111. Jorge Rojas Hernández, Universidad de Concepción (Chile)
112. Boris Marañón Pimentel, UNAM (México)
113. Boris Alexander Caballero Escorcia, Universidad Autónoma Metropolitana (México)
114. K. Sudhir, Peoples Architecture Commonweal (INDIA)
115. César Augusto Baldi, professor universitario (Brasil)
116. Hermann Herf, Welthaus Bielefeld (Alemania)
117. Matthieu Le Quang, Universidad Paris 7 (Francia)
118. Alberto Chirif, Antropólogo (Perú)
119. Carolina Viola Reyes, Uninomada Sur (Ecuador)
120. Virginia Vargas Valente, Articulacion Feminista Marcosur (Perú)

Type:  Article Mardi, 29 Janvier, 2019 - 08:51 En débat International Venezuela
François Calaret

Appel de la 1ère "Assemblée des Assemblées" des Gilets Jaunes

1 mois 3 semaines ago

APPEL DE LA PREMIÈRE « ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES » DES GILETS JAUNES

    Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

    Depuis le 17 novembre, du plus petit village, du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

    C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais.

    Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1.000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseur » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants, qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre ! Amnistie pour toutes les victimes de la répression !

    Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider ! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron.

    Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni racistes, ni sexistes, ni homophobes, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire.

    Nous sommes forts de la diversité de nos discussions, en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

    Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14…), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous !

    Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société !

    Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel. Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com).

N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.

    Macron Démission !
 Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple.

    Appel proposé par l’Assemblée des Assemblées de Commercy.

    Il sera ensuite proposé pour adoption dans chacune des assemblées locales.

Type:  Article Lundi, 28 Janvier, 2019 - 13:51 Luttes sociales
François Calaret

Seul le peuple souverain et mobilisé peut décider de son destin, avec référendum et élections générales

1 mois 3 semaines ago

Par Marea socialista

Les gens de la rue mobilisés, en accord avec tous les secteurs sociaux, et sortant pour protester dans les quartiers pauvres, démontrent qu’ils ne soutiennent plus le gouvernement de Nicolàs Maduro. Les gens ne sont plus disposés à tolérer la politique de la faim et la destruction des droits du travail, ainsi que l’élimination, de facto, du droit à la santé face au manque de médicaments et de matériels, la dégradation des services publics, la corruption extrême et la répression quotidienne.

C’est pourquoi une grande partie de la population a répondu à l’appel à se mobiliser avec les marches appelées par le Guaidó autoproclamé [le président de l’Assemblée nationale depuis le 5 janvier qui s’est autoproclamé Président intérimaire du Venezuela], non pas parce qu’elle est prête à reconnaître quiconque veut se soulever avec le «coroto» [celui prêt à vendre n’importe quoi], mais parce qu’une grande partie de notre peuple en a assez depuis longtemps et ne veut plus continuer à endurer cette situation.

C’est le cas même pour ceux qui travaillent dans le secteur public, mais qui restent silencieux ou sont forcés de se mobiliser par le gouvernement, cela pour éviter des représailles qui pourraient les affecter dans leur travail, pour recevoir des boîtes par les CLAP (Comités Locales de Abastecimiento y Producción) ou qui pourraient mettre en danger leur logement attribué par la mission logement. Les commentaires, y compris à l’intérieur du chavisme, traduisent la fatigue et un grand ennui. Peu à peu ils vont perdre la peur.

Les travailleurs et travailleuses ainsi que le gros de la population n’ont pas été en mesure de développer (même initialement) leur propre alternative indépendante, qui représenterait leurs intérêts et leurs inquiétudes réels. Ils ont donc été pris entre le marteau de la bureaucratie et l’enclume du capital. Il en résulte une nouvelle polarisation entre les politiciens d’un gouvernement corrompu qui contrôle le pouvoir et les parlementaires du parti des grands patrons qui exploitent les travailleurs.

Les employeurs qui financent et promeuvent les partis d’opposition de la droite traditionnelle (partis qui en bénéficient) paient également les salaires misérables imposés par le gouvernement de Nicolás Maduro-PSUV-Militaires. Ce patronat n’a pas d’autre solution économique que de continuer à se débarrasser des effets de la crise sur la population pendant qu’ils cherchent à sécuriser leurs profits et leurs affaires.

Mike Pence et Nicolas Maduro: contre la politique d’ingérence impérialiste de Pence et la répression comme la misère semées par la politique du gouvernement Maduro qui ne cesse de céder à des firmes de Chine ou de Russie des ressources. Se défausser sur les sanctions relève de la «combine» campiste.

Les membres de l’Assemblée nationale [que l’opposition contrôle, mais qui n’a plus de rôle face à l’Assemblée nationale constituante contrôlée par le PSUV] ont l’intention de s’ériger en nouveau gouvernement et d’utiliser les énergies du peuple en leur faveur, parce que nous n’avons pas nos propres et fortes organisations qui mènent la lutte contre le gouvernement infâme de Nicolás Maduro. Mais ce ne sont pas les membres de l’Assemblée nationale et les États-Unis qui imposeront des gouvernements au peuple vénézuélien. Maduro non plus. Tous sont des usurpateurs et se disputent le contrôle de l’État afin de soumettre et d’exploiter le peuple.

Nos syndicats et nos organisations populaires sont en grande partie détruits, corrompus ou subordonnés à l’appareil d’État. Une autre partie a cédé son indépendance politique en faveur des dirigeants de la classe riche qui nous exploite. C’est pourquoi le piège autoritaire de Maduro ne permet pas de s’en sortir et se reproduit, et on bascule alors dans le piège du coup d’Etat de Guaidó (du parti de la Volonté Populaire, membre de la IIe Internationale au même titre qu’Action démocratique), soutenu par les Etats-Unis, qui joue en faveur de ses intérêts, opposés à ceux de la nation vénézuélienne.

Nous courons maintenant le risque que la confrontation entre deux gouvernements parallèles, tous deux illégitimes, l’un d’entre eux soutenu par les Etats-Unis, conduise à une guerre civile ou à des formes plus directes d’intervention impérialiste du gouvernement Trump. Nous devons également avertir qu’à chaque tentative de la droite, le gouvernement de la bureaucratie au pouvoir [PSUV-militaires-appareil administratif d’Etat] profite de l’occasion pour déclencher une vague de répression afin de soumettre davantage le peuple et réduire au silence toute protestation. [La presse vénézuélienne de ce jeudi soir, 24 janvier, a informé qu’un ordre d’arrestation était émis contre Juan Guaidó et que les services de sécurité internes – «éduqués» par les Cubains – préparent cette opération, ce qui susciterait des effets imprévisibles. Le vrai chef, Diosdado Cabello, doit se tâter le pouls avant de le faire. Une partie du personnel diplomatique des Etats-Unis a quitté le Venezuela. Peut-être est-ce un peu plus qu’un ballet diplomatique? Comment l’administration Trump obéira-t-elle à l’ordre de Maduro-Cabello d’évacuer sa «présence diplomatique» dans les 72 heures. D’autant plus qu’un autre délai est fixé par le président par intérim Juan Gerardo Guaidó Márquez: tenir des élections générales dans des termes rapprochés. – Réd A l’Encontre]

Face à tout cela, Marea socialista appelle à continuer à nous mobiliser et à protester contre le gouvernement oppresseur, mais le peuple et la classe ouvrière doivent avancer avec leur propre programme et non derrière les parlementaires de droite ou de la bureaucratie du PSUV. Et nous ne pouvons accepter une imposition d’un ordre venant de l’extérieur [Groupe de Lima et Etats-Unis].

Marea socialista appelle tous ceux et celles qui comprennent la nécessité de construire leur propre organisation de lutte, de mettre en avant une nouvelle référence politique de notre classe et des différents secteurs du peuple qui souffrent. Et cela pour faire valoir nos propres intérêts et droits.

   - Le peuple ne veut pas de Maduro, et personne n’a choisi Guaidó.
    - Référendum qui consulte le peuple pour relégitimer tous les pouvoirs (art. 71 CRBV).
    - Renouvellement de la CNE (Commission nationale électorale) afin qu’elle retrouve son indépendance et convoque des élections générales.
    - Pour un plan d’urgence en faveur des masses laborieuses et des populations pour faire face à la crise, récupérer les salaires et avoir accès à la nourriture.
    - Non à l’abandon de la souveraineté.
    - Non à l’interventionnisme et à l’ingérence des États-Unis et du Groupe de Lima.
    - Continuons à nous battre pour nos conditions de vie: salaires, droits du travail, services publics, droits démocratiques.
    - Pas de coup d’État, pas de négociations dans le dos du peuple.
    - Autonomie politique des travailleurs et des secteurs populaires.
    - Ne suivons plus les politiciens de la bureaucratie au pouvoir ou les politiciens des capitalistes.
    - Pas de bureaucratie, pas de capital!
    - Qu’ils dégagent tous.
    - Laissons le peuple mobilisé exercer sa souveraineté.
    - Non à la répression: libération des prisonniers pour lutter; respect des droits de l’homme.
    - Pour un gouvernement des travailleurs et travailleuses, ainsi que du peuple, et non de la bourgeoisie traditionnelle ou du «rouge-régnantes».

(Caracas 24 janvier 2019; traduction A l’Encontre)

Type:  Article Lundi, 28 Janvier, 2019 - 13:42 En débat International Venezuela
François Calaret

Contre l'intervention putschiste au Venezuela

1 mois 4 semaines ago

CONTRE L’INTERVENTION PUTSCHISTE AU VENEZUELA,
POUR UNE SORTIE DÉMOCRATIQUE DE LA CRISE

La Quatrième Internationale s’exprime ouvertement contre la nouvelle tentative de coup d’État et d’intervention impérialiste contre le Venezuela orchestrée cyniquement et convoquée par le vice-président des États-Unis, Mike Pence (compte tenu du discrédit de Trump en Amérique latine). Une vidéo diffusée dans la nuit du 22 janvier a donné le coup d’envoi à une stratégie qui a amené en quelques heures à l'auto-proclamation, sans passer par le vote, de Juan Guaidó, véritable usurpateur, en tant que "président" du Venezuela. À la suite de cette auto-proclamation a eu lieu une avalanche de «reconnaissances» du ce présumé nouveau gouvernement par les présidents et les gouvernements néo-conservateurs, de droite ou même néo-fascistes de la région et du monde entier. L’OEA et les pays de la région qui ont signé la "Déclaration de Lima" se sont également immédiatement subordonnés aux plans impérialistes, reconnaissant le mandat présidentiel illégitime de Gualdió, mettant en place un blocus du Venezuela et en cherchant provoquer afin de justifier une intervention armée.

Nous soutenons fermement les campagnes condamnant cette tentative de coup d'État et d'intervention impérialiste, qui viole le cadres minimum de la souveraineté nationale. Nous appelons à la mobilisation populaire, unitaire, internationaliste et démocratique la plus large possible contre le coup d'État, ce qui signifie que, quelles que soient nos différences et nos critiques à l'égard du gouvernement Maduro et du régime qu'il a mis en place au Venezuela, nous ne voyons aucune issue par le biais d'un coup d'état impérialiste. Laissons le peuple vénézuélien, libre, souverain, décider démocratiquement de son avenir.

Les problèmes politiques, sociaux et économiques indéniables du Venezuela ne peuvent être résolus démocratiquement que sans interventions impérialistes qui n'ont aucune crédibilité dans la défense proclamée de la "démocratie et des droits de l'homme”. Il est vrai que d'importants secteurs populaires, exaspérés par la situation économique très grave du pays, par les difficultés, les contradictions et les mauvais choix du gouvernement, sont descendus dans la rue pour soutenir le coup d'Etat. Ce qui est tragique, c'est que ce n'est pas en se plaçant sous les ordres de l'oligarchie nationale et des forces impérialistes, réactionnaires et même néofascistes internationales que l'on va améliorer la situation économique, sociale et des droits humains au Venezuela. 

À l'heure actuelle, tout semble indiquer que les protagonistes du coup d'État tentent de forcer une guerre civile et / ou une intervention directe de puissances étrangères, ce qui ne peut qu'exacerber les problèmes du pays et n’amènerait qu'à un renforcement de l'offensive politique de la droite et de l'extrême droite en Amérique et dans le monde entier. Un conflit armé serait un scénario catastrophique pour la région et permettrait une nouvelle croisade pour le contrôle des ressources pétrolières du pays par les grands oligopoles internationaux. La catastrophe de l'occupation de l'Irak par les États-Unis nous donne une idée de ce qui pourrait se passer au Venezuela et dans toute la région si les responsables du coup d'État ne changent pas leur attitude.

Nous appelons toutes les forces révolutionnaires, progressistes et démocratiques à se mobiliser contre cette nouvelle intervention impérialiste et à défendre la souveraineté du peuple vénézuélien afin de résoudre leurs problèmes politiques, sociaux et économiques de manière démocratique et pacifique, sans sabotage de leur économie, sans menace d'intervention armée et en respectant la majorité exprimée dans les urnes.

Non au coup d'Etat au Venezuela!

Pour une sortie anti-impérialiste et souveraine de la crise vénézuélienne!

Bureau exécutif du IV International
24 janvier 2019

Type:  Article Vendredi, 25 Janvier, 2019 - 11:55 En débat International Venezuela
François Calaret

Gilets Jaunes, l’urgence de l’acte

2 mois ago

Comme tout mouvement doté d’une force événementielle, celui des Gilets Jaunes (GJ) se présente à la fois comme anticipé et inattendu, surinterprété et résistant aux interprétations. Anticipé, tout d’abord, dans la mesure où, depuis des années déjà, et des côtés les plus opposés, il est question de cette « insurrection qui vient » : des secteurs militants radicaux bien entendu, et en particulier de la mouvance autonome à l’origine de la brochure qui a popularisé l’expression, mais tout autant d’acteurs politiques déjà bien établis et aspirant à la conquête du pouvoir par les urnes. Ainsi, depuis un certain temps déjà, un Jean-Luc Mélenchon diagnostique une « situation pré-révolutionnaire » et en appelle à une « révolution citoyenne » qui le porterait au sommet de l’État. Ces propos entrent en résonance avec le cycle des rébellions populaires ouvert par la crise de 2007-2008, des mouvements qui, à l’instar du mouvement espagnol d’occupation des places (15M), refusent pour la plupart de se situer sur l’axe gauche-droite[1]. Saisissant l’opportunité offerte par l’éclatement de ce clivage qu’elle s’emploie à également à récuser à sa façon, l’extrême-droite, de Marine Le Pen à Alain Soral, appelle de son côté à une « révolution patriotique » des « vrais Français » contre les « élites mondialisées ».

A cette palette de positions « dégagistes », bien que prônant des orientations diamétralement opposées, il convient d’en ajouter une, et non la moindre puisqu’elle émane de l’acteur qui a précisément relevé avec succès le défi de la conquête électorale du pouvoir. Emmanuel Macron donc, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’hésitait pas à donner à l’ouvrage qui lançait sa campagne pour l’élection présidentielle le titre de Révolution[2]. Il y diagnostiquait notamment un « divorce entre le peuple et les gouvernants », une « crise démocratique des sociétés occidentales » et appelait à refuser les « compromis bancals » pour « conduire une révolution démocratique ». Jacques Attali, un proche de Macron qui a joué un rôle décisif dans son ascension politique, constatant la décomposition accélérée du paysage politique sous la présidence de Hollande, voyait – en 2015 déjà ! – la France basculer dans une « situation pré-révolutionnaire »[3].

Largement anticipé donc, et pourtant surprenant. Non seulement par le moment, et le prétexte, de son déclenchement, mais, surtout, par sa configuration concrète et les effets que celle-ci produit. La véritable surprise de ce mouvement réside dans l’irruption d’un nouvel acteur issu des couches parmi les plus « invisibilisées », et acculées jusqu’alors à la passivité, de la société française : la classe ouvrière (en col bleu ou blanc) des petites et moyennes entreprises, des fractions de la petite-bourgeoisie non-diplômée et proche (socialement et spatialement) des classes populaires, ainsi que des retraités issus des mêmes catégories. Extérieures tant à la représentation politique, violemment rejetée, qu’au mouvement syndical (depuis longtemps absent de ces secteurs du salariat) et à ses formes d’action, il unifie salariés et indépendants sur le seul terrain autorisé par sa composition organique, celui d’une protestation dirigée contre l’État. De là la seconde surprise : un mouvement majoritairement composé de salarié.e.s parmi les plus mal-payé.e.s, exigeant avant tout une amélioration de leurs conditions de vie, qui se place sur le terrain – ô combien glissant !– de la fiscalité, réclamant moins de « taxes » tout en dénonçant le retrait de l’État de ses fonctions protectrices, se tournant contre l’injustice fiscale (symbolisée par la suppression de l’ISF) tout en épargnant les cadeaux fiscaux exorbitants accordés au patronat et, plus généralement, tout ce qui concerne le pouvoir patronal dans l’entreprise. Pourtant, troisième surprise, la parole diffusée à partir des « ronds-points » sur les « fins de mois » impossibles, le flot de témoignages sur les millions de vies gâchées par les contraintes et humiliations ordinaires subies par les exploité.e.s, aura suffi pour mettre en pièces le récit de la « start-up nation » que le pouvoir macronien s’efforce d’imposer. Enfin, quatrième surprise, loin d’en rester là, ce mouvement, malgré un nombre de participants qui le situe dans les basses eaux des mouvements sociaux des dernières décennies, parvient à conserver un soutien populaire majoritaire tout au long de sa confrontation avec le pouvoir, même lorsqu’elle se heurte à une escalade répressive et prend une tournure émeutière. Il réussit ainsi là où tous les mouvements de la dernière décennie avaient échoué, arracher quelques concessions, même si elles s’avèrent largement symboliques, et, pour l’essentiel, trompeuses. Dans la foulée, le mouvement élargit son horizon revendicatif et aborde la question institutionnelle et politique. Le « RIC » – référendum d’initiative citoyenne – se présente ainsi comme la solution à la situation de dépossession démocratique : court-circuitant l’élite politique discréditée, l’expression non-médiée de la volonté populaire est vue comme l’outil privilégié, parfois même exclusif, permettant de redonner le pouvoir aux citoyens.

Tout se passe néanmoins comme si, placés devant un tel défi, les acteurs politiques choisissaient d’ignorer l’inédit qu’apporte le mouvement et s’acharnaient à le ramener à des schémas préformés et inopérants. Venant d’une présidence ayant fait de surdité technocratique une vertu, et même le fondement de son mode – profondément autoritaire – d’exercice du pouvoir, une telle attitude ne saurait surprendre. La seule réponse qu’il semble capable d’apporter consiste à appliquer la recette éculée de la « carotte et du bâton », lâchant quelques miettes, se livrant à de grossières manœuvres procédurales (le « grand débat national »), tout en ne cédant rien sur le fond de sa politique et allant encore plus loin dans l’escalade de répression. Plus étonnant toutefois, et plus inquiétant du point de vue des perspectives, est le désarroi des forces d’opposition, et en particulier de celles qui entendent justement défendre les intérêts des secteurs sociaux qui investissent le terrain de l’action collective. Lorsqu’elles ne décident pas, à l’instar des appareils syndicaux (à l’exception de Solidaires) de tourner le dos au mouvement, elles entament le refrain du « on l’avait bien dit ». Pensant qu’il suffit de soutenir un tel mouvement, ou d’affirmer s’y reconnaître en reprenant ses éléments de langage ou de revendication, pour en engranger un bénéfice politique, elles prennent le risque de réitérer le mécanisme de leur impuissance, au risque de se retrouver devant de bien mauvaises surprises ; car il apparaît d’emblée, que contrairement aux mobilisations antérieures, « classiques » (comme le mouvement contre la réforme des retraites ou contre la loi travail) ou « d’un nouveau type » (Nuit Debout), le mouvement des GJ constitue un objet, ou plutôt un sujet, bien plus contradictoire, dont les prolongements et effets induits, pour ouverts qu’ils demeurent à l’heure où sont écrites ces lignes, n’en comportent pas moins la possibilité de dérives inquiétantes et du renforcement de l’option national-autoritaire qui attire une partie grandissante de la société française. C’est donc par ce nœud de difficultés que nous commencerons pour tenter de démêler l’écheveau.

De quoi le jaune est-il la couleur ?

Lorsque le mouvement éclate, « chacune et chacun voit midi à sa porte » comme l’a judicieusement remarqué Ludivine Bantigny, qui y voit, pour sa part, « un moment historique, assurément, et sa complexité y participe »[4]. S’il fait fi de cette dernière, ce jeu de reconnaissance ne relève pourtant pas de la simple illusion. Le répertoire d’action du mouvement, en rupture avec celui des cadres traditionnels des syndicats et les partis de gauche, a en effet de quoi susciter des enthousiasmes. A commencer par ceux des secteurs autonomes et les participants des « cortèges de tête » qui ont marqué les mouvements des printemps de 2016 et de 2018. Une image différente s’offre toutefois si l’attention se déplace du répertoire d’action vers les éléments discursifs et symboliques qui impriment la visibilité du sujet collectif GJ : une identification « plébéienne » au « peuple », qui tourne le dos aux références du mouvement ouvrier et, plus largement, de la « culture savante », combinée à l’omniprésence des drapeaux tricolores et de « Marseillaise » et au rejet viscéral des médiations partidaires, syndicales et des médias. Ce mélange ne peut que conforter les « populismes », de gauche ou d’extrême-droite qui, malgré le caractère antinomique de leurs projets respectifs, se réclament d’un peuple éminemment « national », en rupture avec les clivages politico-idéologiques classiques.

La prédominance, de plus en plus visible, de catégories ouvrières et employées, avec une nette surreprésentation des secondes, au sein du « peuple des ronds-points »[5] conduit certains à y discerner les prémices d’un « bloc antibourgeois ». D’autres, qui recourent aux écrits consacrés lors des révolutions du début du siècle précédent, y voient les éléments d’une « situation prérévolutionnaire », voire même l’émergence du « prolétariat » dont de « larges secteurs se constituent comme tels » au sein de ce mouvement[6]. Certains historien.ne.s ont pour leur part invité à placer ce mouvement dans la « longue durée » des luttes populaires, couvrant une large palette qui s’étend des soulèvements antifiscaux ou pour le « juste prix » sous l’Ancien régime aux « sans-culotte », cette dernière référence se justifiant par le recours remarqué des GJ eux-mêmes à la symbolique de la Révolution française (de la guillotine à l’intention de Macron au bonnet phrygien)[7]. Enfin, la forte présence féminine, caractéristique des « temps forts » des mouvements sociaux, surtout lorsqu’ils prennent un caractère insurrectionnel, a, à juste titre, été soulignée[8].

Dans leur caractère à la fois (partiellement) fondé et contradictoire, ces interprétations s’inscrivent dans la dynamique ouverte par le mouvement lui-même. Sans l’épuiser, elles en font partie au sens où elles en expriment des facettes et font écho à son questionnement. Elles contribuent par là à en façonner la perception et pèsent, de façon médiate mais effective, sur son évolution. Leur limitation, et donc leur fausseté, découle de ce qui fait leur (relative) pertinence, à savoir leur caractère unilatéral, qui suppose l’exclusion de ce qui ne cadre pas avec une grille d’analyse préformée et/ou partielle.

Pour commencer par la dernière des approches mentionnées ci-dessus, celle des historien.ne.s, outre les risques d’anachronisme inhérents à toute analogie, la remise en perspective dans la longue durée de l’histoire nationale, pour éclairante qu’elle puisse être par certains aspects – il y a incontestablement une dimension française dans la légitimité de l’action populaire directe qui renvoie au moment révolutionnaire fondateur – , se fait néanmoins au prix d’un manque d’attention au passé récent et à un point de vue non-francocentrique. Il manque ainsi, comme l’a relevé Eric Fassin, une approche comparative internationale – par exemple avec les mouvements brésiliens ou italiens (les Forconi) de 2011-2013, ou encore des « bonnets rouges » bretons, mais aussi avec ceux des occupations de place de 2011, en Grèce et en Espagne[9]. Ce sont pourtant des mouvements qui partagent nombre de traits communs, qui vont du rejet des politiques d’austérité (pour la plupart) à un caractère transclasse, et, surtout, élément proprement structurant pour la totalité d’entre eux, à un violent rejet des élites politiques, assorti d’un refus de la représentation et d’une demande d’expression directe nourrie par le recours privilégié, si ce n’est exclusif, aux réseaux sociaux comme outil de communication.

Du côté des secteurs militants radicaux qui croient se reconnaître dans le « dégagisme » antipolitique des GJ, le caractère insurrectionnel du répertoire d’action et le refus des médiations semble  recouvrir le caractère économique (et aliénant-mortifère, selon leur lecture) des demandes de base des GJ, sans parler de leur croyance dans les possibilités du « RIC » ou de la ferveur « gauloise » exhibée dans les cortèges, qui va du déguisement carnavalesque aux innombrables drapeaux tricolores et Marseillaises vigoureusement entonnées. Difficile d’imaginer, en ce sens, contraste plus frappant que celui entre les aspirations et demandes du « peuple des ronds-points » et l’univers social et culturel qui s’exprime dans les écrits du « comité invisible », dans lequel, par exemple, les « petits-bourgeois des suburbs américaines » sont vus comme des « morts-vivants » animés par « le plat souci de survivre, l’angoisse économique de manquer de tout, le sentiment d’une forme de vie proprement intenable [qui] n’est pas ce qui viendra après la catastrophe, mais ce qui anime d’ores et déjà le struggle for life désespéré de chaque individu en régime néolibéral »[10]. La revue Tiqqun, précurseur du « comité invisible », s’en prenait déjà aux « Bloom », voyant dans ces produits de la « bloomification universelle », autant d’« esclaves sans maître » prêts à « endosser de façon inconditionnelle n’importe quel rôle social, n’importe quelle servitude, ou crever de faim »[11]. Dans ce dandysme de la post-apocalypse, Daniel Bensaïd ne manquait pas de déceler un « superbe mépris social envers ce peuple de travailleurs, de consommateurs, de spectateurs, de ‘Bloom’, qui se complaît dans la servitude »[12].

Quant à celles et ceux qui s’en tiennent aux schémas révolutionnaires du début du 20e siècle, s’ils ne partagent pas le mépris pour la masse aliénée affiché par les mouvances autonomes et néo-situationnistes, leur volonté de faire des GJ un sujet révolutionnaire les conduit à ignorer le discours réel dans lequel ce sujet se reconnaît et se construit, et qui, nous y reviendrons, est fort loin des coordonnées de la « conscience de classe ». Les références, pourtant omniprésentes et unifiantes, à la symbolique nationale sont minimisées, tout comme est passé sous silence le fait que les demandes (fort mesurées par ailleurs) de redistribution sont adressées à l’Etat ou que le sentiment « anti-riches » se focalise sur le personnel politique (Macron comme « président des riches, la « vaisselle de l’Elysée » », les « privilèges » des élus,) et épargne entièrement le patronat, au grand soulagement de celui-ci[13].

Pour les tenants du « populisme », de gauche ou d’extrême-droite, on se réjouit de l’« authenticité nationale » qu’arbore cet acteur se présentant comme incarnation du « peuple français ». Mais, là encore, on feint de ne pas voir ce qui ne cadre pas avec cette vision. En ce qui concerne la France insoumise (LFI), si les revendications des GJ recoupent effectivement plusieurs points de son programme, et s’il en va de même pour leur refus des médiations et leur extériorité à toute référence de classe, les modes d’action mis en œuvre par le mouvement se situent plutôt aux antipodes de la « révolution citoyenne » telle que l’envisage le dirigeant de LFI. Davantage que dans le bulletin de vote et les cadres de « La République », les GJ croient aux vertus de l’action de rue, y compris dans des formes proches de la « guérilla urbaine », combinée à l’expression référendaire directe, détachée de tout projet de refonte institutionnelle du type de la « 6eRépublique » prôné (de façon fort floue et fluctuante il est vrai) par LFI. Compte tenu du rejet viscéral du personnel politique qui cimente ce mouvement, il est par ailleurs fort peu probable qu’il puisse majoritairement se reconnaître dans la figure d’un dirigeant politique, certes charismatique et « transgressif », mais qui fût également sénateur socialiste pendant deux décennies et ministre d’un gouvernement de la Ve République.

Quant à l’extrême-droite, elle a sans doute raison de reconnaître dans la demande de « renationalisation » du contrat social qu’exprime la symbolique « gauloise » du mouvement une acceptation assez large de la « préférence nationale » que prône le lepénisme depuis ses origines. Les enquêtes menées par les sociologues confirment ce que l’on peut percevoir à partir d’un discours, explicite ou non, largement partagé par des acteurs et, de façon plus nette encore, par leurs porte-paroles : « Il y a indéniablement, parmi les GJ, une part importante qui ressent une vraie crainte à l’égard de la crise migratoire et qui, lorsqu’on l’interroge sur l’immigration, porte des idées xénophobes ou racistes. Ainsi, 48 % des personnes que nous avons interrogées estiment qu’en matière d’emploi, ‘on devrait donner la priorité à un Français sur un immigré en situation régulière’ »[14]. On a pu, à juste titre, y lire une « revendication du salaire psychologique et moral » d’une francité « blanche », en réaction au déclassement symbolique et matériel qui touche de plein fouet, bien que de manière différenciée, l’ensemble des classes travailleuses et une partie croissante des couches intermédiaires[15]. Il est non moins évident que l’apparition du signifiant de « justice » – « sociale » et/ou « fiscale » – cadre mal avec le vocabulaire et la philosophie profonde de ce courant politique. Assurément, le mouvement a fait preuve d’une vulnérabilité au discours anti-migrant et anti-immigré, y compris sous les formes complotistes, et même à l’antisémitisme propagé depuis des années notamment par Alain Soral, avec la fixation sur « Rothschild » et les ritournelles sur la « finance juive ».

Il ne fait aucun doute qu’une fraction significative de l’électorat lepéniste se retrouve dans le peuple des ronds-points, un électorat qui dépasse les 20% des suffrages exprimés dans les catégories ouvriers-employés depuis le milieu des années 1990 et qui, lors de la dernière présidentielle, a atteint entre un quart et un tiers de cet électorat potentiel (selon qu’il s’agissait du premier ou du second tour et en tenant compte de l’abstention)[16]. Soulignons à ce propos que le phénomène ne se limite pas simplement à un indice quantitatif, attestant du niveau élevé atteint par le vote d’extrême-droite. Il révèle une tendance plus profonde, et plus durable, de réalignement en faveur de l’extrême-droite du vote des catégories ouvrières, et, dans une moindre mesure, employées – mais l’écart tend à se réduire, du fait notamment du rééquilibrage du vote féminin, longtemps (relativement) réfractaire au vote frontiste[17]. Ainsi, quels que soit les scrutins, y compris ceux les moins favorables à ce courant politique, et les tendances générales de l’électorat, la forte propension de ces catégories au vote d’extrême-droite se confirme, entraînant un phénomène de « prolétarisation » du profil de cet électorat, qui tend à imprimer sa marque dans la perception de l’attitude politique de ces groupes dans leur ensemble. Cette tendance est par ailleurs corrélée au rajeunissement des groupes, le réalignement s’affirmant au fur et à mesure de l’entrée de nouvelles classes d’âge, qui n’ont pas connu le paysage politique tel qu’il était structuré jusqu’au début des années 1980.

Il aurait été irrationnel de penser que, dans ces conditions, les thématiques racistes et xénophobes aient pu être absentes d’un mouvement qui mobilise précisément des participants issus de ces couches sociales et se reconnaissant dans la rhétorique « antisystème » de l’extrême-droite. Plus qu’à travers une présence militante identifiable, réelle mais minoritaire, ces thématiques sont véhiculées par un public influencé par la fachosphère et le confusionnisme ambiant, et qui, n’étant pas encarté et n’identifiant pas nécessairement ce discours à un positionnement politique déterminé, se sent d’autant plus légitime à s’exprimer dans ce sens au sein de ce mouvement. Mais, là encore, la faible part des revendications anti-migrants et, à l’inverse, la prévalence de demandes – malgré les limites et contradictions sur lesquelles nous reviendrons plus loin – pour davantage de redistribution des richesses, ainsi que, tout simplement, l’intense circulation du signifiant de « justice », indiquent qu’il serait bien prématuré pour l’extrême-droite de crier victoire.

Reste que, tant par sa perception dans l’opinion que par le profil de ses participants, le mouvement des GJ marque une rupture majeure dans l’histoire des mobilisations sociales françaises. C’est en effet la première fois qu’un mouvement partant d’« en bas » jouit d’un soutien massif venant à la fois des rangs de l’extrême-droite et de la « gauche de gauche ». Essayons de cerner ce phénomène proprement inouï de plus près. Selon une enquête datant du 9 janvier, à un moment où une décantation s’est produite dans l’opinion, le degré d’identification et de soutien aux GJ apparaît sensiblement supérieur dans les rangs de l’électorat lepéniste que dans celui de LFI, ou parmi les abstentionnistes et la gauche social-démocrate, tandis que le niveau de « sympathie » est supérieur parmi les électeurs de gauche (toutes tendances confondues) et les abstentionnistes[18]. C’est également la première fois que, dans des proportions sans doute comparables, des personnes se situant dans ces deux parties du spectre politique, ainsi qu’une partie au moins égale de celles qui refusent de s’y classer, se retrouvent comme participants d’un même mouvement social[19]. Cette configuration ne peut qu’évoquer l’époque de Weimar, lorsque communistes et nazis se livraient à une féroce concurrence pour capter la colère, mais aussi les aspirations à un changement radical, des couches écrasées par la paupérisation brutale de la société, les chômeurs et les jeunes, allant parfois jusqu’à converger dans des mouvements sociaux, ainsi la fameuse grève des transports de Berlin de novembre 1932[20] – la différence, essentielle, étant bien sûr que le mouvement des GJ se tient en dehors de toute structure organisée.

Cette symétrie est pourtant trompeuse, contrairement à ce qu’affirme la doxa sur la « convergence des extrêmes ». Si extrême-droite et gauche de gauche se reconnaissent dans le mouvement, ou le soutiennent, elles le poussent également vers des directions diamétralement opposées. Là encore, rien de bien nouveau sous le soleil : se présenter comme une promesse de rupture radicale avec « le système » (désigné comme « libéral », à la limite même comme « capitaliste », mais toujours sous l’angle « cosmopolite », « mondialiste », « juif », etc.), et même (s’agissant du fascisme de l’entre-deux guerres) comme une « révolution », est un trait constitutif de l’extrême-droite, et un facteur décisif dans le succès de son audience de masse. Il s’agit bien entendu d’une « révolution » illusoire, l’ordre social restant rigoureusement inchangé, mais pour apparaître comme tel, l’extrême-droite se doit d’emprunter certains habits du socialisme et de la gauche – après tout le NSDAP se définissait comme « national-socialiste » et Alain Soral prétend aujourd’hui incarner la « gauche du travail et la droite des valeurs »…

Les lignes de force de cette polarisation se retrouvent dans le mouvement actuel. Les enquêtes disponibles en livrent quelques indications suggestives. Interrogées sur les thèmes qu’elles souhaitent voir aborder dans le « grand débat national », les personnes qui s’identifient ou soutiennent les GJ montrent une forte propension pour mettre en avant des thèmes comme le « pouvoir d’achat » (55%) ou « les impôts et les taxes » (45%), mais se montrent très réservés quant à celui des « inégalités et injustices sociales » (autour de 28%, soit à peine le niveau de la moyenne nationale). L’explication se trouve dans les différences de positionnement politique, l’appartenance sociale s’avérant à cet égard peu signifiante : la questions des inégalités est en effet centrale pour les électeurs LFI (37%, en 2e position après le pouvoir d’achat), alors qu’elle vient au queue de priorité pour l’électorat lepéniste (19%, soit en 7e position sur les 8 thèmes mentionnés), qui plébiscite à l’inverse la question de l’ « immigration » (46%, en 3eposition), un thème qui n’occupe qu’une place marginale dans les préoccupations de l’électorat LFI et hamoniste (respectivement 8% et 3%, en dernière position dans les deux cas)[21]. Compte tenu du fait que, comme indiqué auparavant, ce sont ces deux électorats qui fournissent le socle du soutien (et/ou de l’identification) au mouvement des GJ, le décor est d’ores et déjà planté. L’enjeu de la période à venir consistera à départager les deux orientations possibles, à décider en d’autres termes si les revendications sociales se tourneront contre les forces sociales responsables des inégalités et des injustices ou si l’ennemi sera désigné comme l’« immigré », complété au besoin par « la finance juive ». Dans cette course, le pouvoir a déjà fait son choix : réaffirmant le tournant sarkozyste amorcé lors de l’allocution du 10 décembre, Macron a inclus, dans sa lettre aux Français du 13 janvier, les quotas de l’immigration comme l’un des thèmes du « grand débat national ».

« Crise organique » et échec du macronisme

Cette configuration inédite dans l’histoire française ne peut se comprendre que dans le contexte d’aiguisement de la « crise organique » que traverse la société française au cours la période récente – pour ma part je situe les prémisses de cette séquence au fameux « 21 avril 2002 », premier tour d’une élection présidentielle qui marqua le détraquement du mécanisme de l’alternance bipartisane[22].

Ce terme, forgé par Gramsci dans les Cahiers de prison, en est venu à servir de boussole à un nombre croissant d’analyses de la conjoncture, un fait qui ne doit assurément rien au hasard[23]. Contentons-nous ici de rappeler que, Gramsci se référait à une situation de rupture radicale des liens entre représentants et représentés, dont l’effondrement des partis traditionnels constitue la pointe la plus immédiatement visible, mais qui se prolonge dans l’ensemble des organisations de la « société civile », syndicats, associations, médias et appareil culturels, bref ce qu’on appelle couramment aujourd’hui les « médiations » entre l’État (au sens restreint) et le corps social. Par-delà la diversité de ses manifestations, qui saturent le paysage politique et social, le contenu de cette crise est, poursuit Gramsci, invariablement le même : une « crise d’hégémonie » de la classe dominante, son échec à maintenir le rôle dirigeant au sein de la formation sociale, ou, en d’autres termes, une crise généralisée du consentement. Cette crise se traduit par une désarticulation des médiations qui assuraient la (relative) cohésion du bloc social placé sous sa direction. Elle se prolonge dans une « crise de l’État dans son ensemble », une crise de son autorité qui se traduit par une autonomisation de ses appareils par rapport au fonctionnement institutionnel « normal », par le renforcement du pouvoir exécutif et par le rôle croissant des mécanismes de répression et des hautes sphères de la bureaucratie. Cette crise déclenche à son tour une recomposition de grande ampleur au sein du personnel politique, susceptible de prendre des formes diverses (d’un « bonapartisme sans Bonaparte » préservant la façade parlementaire aux diverses variantes de césarisme et d’État d’exception) et qui vise à résoudre la crise de direction du bloc dominant.

Il importe de souligner que Gramsci distingue ces situations d’une crise révolutionnaire à proprement parler. Celle-ci suppose en effet une montée qualitative de l’activité des masses, qui forme une « volonté collective » antagoniste à celle du bloc au pouvoir, bref à une situation de « double pouvoir », que ce soit sous la forme insurrectionnelle ou en tant que processus plus diffus et graduel de « guerre de mouvement ». Si une telle éventualité ne parvient pas à se concrétiser, la « crise organique », poursuit le révolutionnaire italien, « crée des situations immédiates dangereuses, parce que les différentes couches de la population ne possèdent pas la même capacité de s’orienter rapidement et de se réorganiser avec le même rythme ».

Cette asymétrie renvoie au fait que, malgré l’ébranlement de leur capacité hégémonique, les classes dominantes disposent de réserves massives, celle fournies par l’État existant (en particulier son appareil répressif et bureaucratique), et par un personnel « intellectuel » (dans le sens gramscien de groupes dotés de capacités d’expertise technique et/ou d’encadrement de la population) nombreux, et cela à un moment où les organisations des classes subalternes font la preuve de leur incapacité à polariser la situation de leur côté. Le champ est alors « ouvert aux solutions de force, à l’activité des puissances obscures, représentées par les hommes providentiels ».

Le macronisme a représenté une tentative de résolution de cette crise parvenue à un stade aigu dans le sens d’un « bonapartisme bourgeois », moulé dans les institutions présidentielles du régime actuel. La montée fulgurante d’un outsider parfaitement inconnu du public à peine deux ans avant son élection à la présidence de la République, sur fond d’accélération de la déliquescence du système partidaire, est l’expression chimiquement pure du processus que Gramsci désigne comme la « fusion de tout un groupe social sous une direction unique, considérée comme la seule capable de résoudre un problème majeur de l’existence et d’éloigner un danger mortel ».  Les tendances, antagonistes mais complémentaires dans le jeu même de leur contradiction, de cette conjoncture se sont également cristallisées dans la poursuite de la percée de l’extrême-droite et l’émergence, significative mais bien plus fragile, d’un « césarisme progressiste » autour du dirigeant de LFI.

Après avoir remporté les deux premières manches de l’affrontement social (ordonnances sur le code du travail et « bataille du rail »), le bonapartisme macronien s’est pourtant fracassé contre le mouvement des GJ. Prenant acte de l’impuissance des formes traditionnelles de mobilisation sociale, et, en particulier syndicale, celui-ci a brutalement renvoyé le pouvoir actuel à sa faiblesse constitutive et irrévocable : le « bloc bourgeois » qui soutient la restructuration néolibérale de la société française est nettement minoritaire, son champion ne devant son succès aux urnes qu’à l’extrême fluidité et à la configuration singulière, et transitoire, du paysage politique au cours du printemps 2017. Les GJ, secteur limité du point de vue de leur nombre mais représentatif du point de vue de leur composition sociale et de leur discours, ont en particulier mis en lumière la sécession des classes populaires, qui est au centre la crise de représentation qui affecte le système partidaire français depuis des décennies. Ce qu’on a appelé la « crise de consentement à l’impôt » constitue du reste un symptôme éloquent de la « crise organique ». Elle rend compte de ce phénomène à première vue paradoxal qui voit les classes populaires, et en particulier des secteurs salariés, s’emparer du flambeau de la contestation fiscale, terrain d’élection (du moins à l’époque moderne) des rébellions de la petite-bourgeoisie[24].

La radicalisation néolibérale que l’élection de Macron a permis de mettre en œuvre n’a fait, en fin de compte, qu’accentuer la « crise d’hégémonie » que celui-ci prétendait résoudre. Le franchissement de seuils supplémentaires dans le durcissement répressif, sur fond de division et d’insubordination latentes au sein de l’appareil d’État (des sommets de l’État d’où proviennent les fuites de l’« affaire Benalla » jusqu’à la dissidence larvée et à la dérive fascisante de secteurs de la police et à la défection de membres de l’équipe au pouvoir) témoignent d’un approfondissement de la « crise de l’État » et d’une impuissance manifeste à dégager une issue. Même si elles sont pour l’essentiel un leurre, les « concessions » que Macron a annoncé lors de son allocution du 10 décembre brisent le sentiment de « marche » irrésistible qui était au fondement de sa présidence « jupitérienne », en d’autres termes de l’image d’autorité mise en avant pour contenir les effets de la « crise d’hégémonie ». En ce sens, on peut dire que le projet macronien de constitution d’un « bloc bourgeois » à prétention majoritaire est mort-né, sans qu’une alternative susceptible de se constituer en un bloc sociopolitique majoritaire se dessine pour l’instant – ce qui laisse de confortables marges de manœuvre au locataire de l’Élysée.

Des contradictions au sein du peuple

Tournons-nous à présent vers cette forme inédite de subjectivité que signale le surgissement des GJ. De nombreuses d’analyses, ainsi que quelques éléments préliminaires d’enquêtes sociologiques, ont permis de retracer l’évolution rapide du mouvement, l’élargissement de ses revendications et le caractère multiforme de ses formes d’action. Nous en avons discuté certaines dans ce qui précède. Le trait sans doute le plus frappant, est que, malgré l’absence de ressources organisationnelles préexistantes, et avec comme outil quasi-exclusif les réseaux sociaux et, à un niveau plus local, l’interconnaissance informelle, le mouvement ait pu prendre d’emblée une ampleur nationale et une assez grande homogénéité dans ses modalités d’action et dans le type de demandes qui, à chaque étape, en émanait[25]. Comme le soulignent Jean-Yves Dormagen et Geoffrey Pion,

    « contrairement à une idée reçue qui a beaucoup circulé, le mouvement des « gilets jaunes » n’est pas un rassemblement hétérogène réunissant des revendications hétéroclites. Bien au contraire, ce mouvement s’organise autour d’un socle de revendications sociales et politiques qui font la quasi-unanimité parmi les participants actifs »[26].

Le socle en question comprend, selon les données collectées en région dieppoise, outre le RIC, le rétablissement de l’ISF, la revalorisation du SMIC, l’annulation de l’augmentation du prix du carburant, l’augmentation des retraites, la baisse des impôts directs, l’augmentation des impôts pour les plus grosses entreprises, le maintien et le soutien des petits commerces locaux, la réforme des rémunérations des élus et l’interdiction des délocalisations d’entreprises.

Il n’est certes pas sûr que la liste, et, surtout, l’ordre des priorités soit les mêmes à l’échelle nationale. On pourra ainsi se reporter à l’énumération, bien plus longue et, pour le coup, hétérogène, des quarante-deux revendications rendue publique peu après le lancement du mouvement[27]. Ce qui ressort en revanche clairement, c’est la mise en avant de l’unanimité en tant que trait constitutif du mouvement. Elle se traduit par l’affichage de revendications pouvant faire immédiatement consensus, le RIC en est l’exemple-type, et la mise et l’écart des points qui prêtent à controverse, ou sont susceptibles d’en créer. Certes, tous les mouvements sociaux mettent en avant des revendications unifiantes, c’est même leur geste fondateur et une condition indispensable à leur succès. Une telle unification n’est toutefois pas donnée d’emblée, elle se construit au cours de la mobilisation elle-même, par une combinaison de débats et d’effets en retour induits par l’action collective elle-même. L’unanimisme des GJ est d’un autre ordre, il relève d’une dimension proprement identitaire. En l’absence d’espaces de délibération à l’échelle du mouvement, les revendications ne sont pas débattues, mais plutôt adoptées « par acclamation », ou son strict équivalent qu’est la propagation mimétique-sérielle sur les réseaux sociaux. Les GJ ne se conçoivent pas d’ailleurs comme un « mouvement », ils n’agissent pas en vue de convaincre ou d’entraîner d’autres secteurs du peuple – on remarquera du reste un désintérêt quasi-total à l’égard de toute idée d’extension ou d’élargissement du mouvement – car ils « sont » « le peuple ». Et « le » peuple en question ne peut qu’être homogène et unanime.  Le rejet de la représentation et de toute médiation s’effectue au profit de la présence, de l’immédiateté, de la transparence supposée qu’autorisent les réseaux sociaux ou les réseaux informels d’interconnaissance.

C’est dans cette perspective qu’il convient de situer l’usage de la symbolique nationale. Comme le relève Sophie Wahnich à propos de la place de la Marseillaise dans les défilés et les actions des GJ,

    « c’est grâce/à cause du foot. Cela permet d’être ensemble, de chanter à l’unisson, d’être dans la joie du chœur. C’est une manière de produire des effets de foule, au sens traditionnel du terme. C’est un objet qui fait le lien entre chacun et permet à chacun de se sentir plus fort. S’il n’y avait pas le foot, et seulement l’école, les gens ne sauraient pas La Marseillaise et n’en auraient pas un tel usage »[28].

Un tel usage est par définition ambivalent. La Marseillaise est un chant révolutionnaire, qui valide symboliquement le soulèvement populaire contre un pouvoir injuste et illégitime, mais la chanter, dans le contexte actuel, traduit également autre chose, à savoir une « demande de francité ». Le « peuple-Un » qui s’incarne dans les GJ ne peut s’affirmer tel qu’en tant que peuple national, qui demande à l’État de respecter le contrat social et de redevenir ainsi « son » État, celui du « peuple de France ». S’exprime ainsi le désir d’un entre-soi, d’une homogénéité « nationale » qui permettrait de dépasser les clivages – considérés comme artificiels et/ou indésirables – des appartenances partisanes et des clivages de classe. Pour le dire autrement, le caractère contradictoire du mouvement ne réside pas tant dans une juxtaposition de demandes incompatibles entre elles, même s’il porte aussi sur ce point, mais dans sa volonté même de refouler les contradictions, son refus affiché de les gérer, qui conduit à la dénégation de sa propre dimension politique.

La demande d’une expression directe référendaire témoigne également de ce « citoyennisme » supposé a- ou plutôt anti-politique. Comme le souligne Samuel Hayat, ce refus d’assumer la « démocratisation du dissensus » révèle une convergence de fond avec la conception néolibérale, en particulier dans sa variante technocratique macronienne :

    « le mouvement des GJ s’oppose aux technocrates, mais il en reprend largement la conception péjorative de la politique partisane et la manière de penser l’action publique. Le citoyennisme est le pendant démocratique du macronisme qui nous disent tous les deux qu’il faut en finir avec les idéologies : l’un comme l’autre réduisent la politique à une suite de problèmes à résoudre, de questions auxquelles répondre. Certes, il n’est pas équivalent de dire que ces questions doivent être résolues par des experts ou par les citoyens ; avec le référendum, le citoyennisme propose bien une démocratisation, mais c’est la démocratisation d’une conception de la politique qu’il partage avec les néolibéraux. Le monde des citoyennistes est un monde homogène, peuplé d’individus qui ressemblent à s’y méprendre à ceux des économistes néoclassiques »[29].

Pour le dire autrement, si la politique démocratique et révolutionnaire s’est toujours réclamée d’un « peuple », c’est en posant le peuple comme un ensemble mouvant de contradictions. S’en emparer, pour les « faire travailler » au moyen d’une pratique politique « au sein » du peuple, équivaut précisément à le constituer, à travers un processus de transformation de ses conditions sociales d’existence[30].

Une même démarche est à l’œuvre dans le refus d’assumer le caractère politique du geste élémentaire qui consiste à sélectionner et hiérarchiser parmi une série de demandes pour en dégager une orientation – politique par définition, donc sujette à un processus contradictoire de débat. Ainsi, les animateurs de la page facebook « La France en colère » (Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle, Eric Drouet s’en étant désormais dissocié), l’une des plus suivies du mouvement, qui tentent de plus en plus clairement de s’ériger en porte-parole nationaux, adressent une lettre ouverte au président Macron dans laquelle, outre le RIC, censé « redonner la souveraineté au peuple de France », sont formulées les revendications suivantes : « la mise en place d’une baisse significative de toutes les taxes et impôts sur les produits de première nécessité, et, enfin une baisse significative de toutes les rentes, salaires et privilèges et retraites courantes et futures des élus et haut-fonctionnaires de l’Etat »[31]. Exit du même coup d’autres revendications, pourtant elles-aussi présentes dans la liste des 42 revendications mise en circulation au début du mouvement[32] ou dans celle de Dieppe citée auparavant, comme la hausse des salaires, la fin de l’austérité, la garantie des retraites par répartition ou la fin du CICE, dix fois plus coûteux pour les finances publiques que la suppression de l’ISF[33], elle-aussi passée sous silence d’ailleurs. Cette fixation sur les impôts indirects des produits de consommation courante et les privilèges du personnel politique et de la haute fonction publique ne fait en réalité que prolonger le discours néolibéral, qui voit la racine du mal dans « les taxes » et se focalise sur les privilèges – bien réels – au sommet de l’État pour laisser de côté ceux, autrement plus considérables, de celles et ceux qui profitent de l’accumulation du capital.

Il est évident que, si une telle orientation, qui ne dit pas son nom, devenait celle du mouvement dans son ensemble toute idée de redistribution des richesses serait préventivement écartée. L’idée même d’une « hausse du pouvoir d’achat » serait récupérée par les politiques de réduction du « coût du travail » et de réduction des dépenses publiques que le pouvoir actuel entend poursuivre et intensifier. Raison pour laquelle la seule revendication susceptible d’améliorer effectivement les conditions d’existence des plus exploité.e.s est bien celle de l’augmentation des salaires. Mais, pour aboutir, elle implique une mobilisation d’une tout autre ampleur et modalité que tout ce que le mouvement des GJ est capable de fournir – ce qui implique qu’il est plus que jamais nécessaire d’opposer un démenti catégorique à tou.te.s celles et ceux qui s’empressent de proclamer la péremption de la grève et des actions du mouvement ouvrier. La preuve a contrario est fournie précisément par la récupération du thème de la « hausse du pouvoir d’achat » par Macron (qui s’y employait déjà dans son programme électoral[34]) et le Medef, qui le traduisent en baisses d’impôt, suppression – déjà annoncée – des cotisations sociales, et leur inévitables conséquences, l’austérité et la poursuite du démantèlement de l’Etat social. Un tel « néolibéralisme populiste », d’inspiration thatchérienne, est depuis longtemps propagé et pratiqué par la droite républicaine étatsusienne, et, médiocre imitation française, par Sarkozy et, par un Macron en voie de « sarkozysation ». L’extrême-droite lepéniste s’inscrit en grande partie dans ce cadre, avec un programme qui promet l’amélioration du « pouvoir d’achat » sans augmenter les salaires, au moyen d’une combinaison d’allègements d’impôts et de primes sélectives pour les bas revenus, de baisse des tarifs de services de première nécessité (gaz et électricité) et de défiscalisation des heures supplémentaires, tout en affirmant vouloir préserver les services publics en en restreignant l’accès aux seuls « Français »[35].

La capacité des variantes populistes de néolibéralisme à pénétrer le sens commun des classes travailleuses n’est pas à négliger. En témoigne de façon éloquente le « serment du jeu de paume », élaboré et lu le 13 décembre par deux figures des GJ, Maxime Nicolle et Priscillia Ludosky, preuve supplémentaire, s’il en fallait, de l’extrême plasticité de symboles aussi consensuels que ceux associés à 1789. La demande d’une « baisse des prélèvements obligatoires » sont, avec le RIC, au centre de ce texte aux accents clairement néo-poujadistes, qui dénonce avec virulence la « pression fiscale colossale qui ôte à notre pays, à nos entrepreneurs, à nos artisans, à nos petits commerçants, à nos créateurs et nos travailleurs toute énergie » [36]. L’objectif qu’il propose est de « vivre libres » et non « aux crochets de L’État boulimique », reprenant ainsi le thème familier de la dénonciation de l’« assistanat ». Au niveau d’un discours ordinaire, un même raisonnement se retrouve dans les propos tenus par une GJ lors du rassemblement de 12 janvier à Bourges : « Cathy, ouvrière chez Safran, manifeste tous les samedis pendant que son mari est à la chasse : pour elle aussi, c’est nouveau. Elle ne veut pas faire grève, parce que ce qu’elle souhaite, ce n’est pas plus de salaire mais moins de taxes. ‘Mon patron aussi, il a subi la taxe sur les carburants. Ce qui est honteux, c’est de nous décrire comme des travailleurs pauvres’ »[37].

Un peuple et ses chefs ?

Gramsci le soulignait avec force, les situations de « crise organique » sont celles d’où émergent les « hommes providentiels » – son analyse débouchait, précisément, sur une typologie fine des formes de « césarisme » moderne, qu’il distinguait du bonapartisme du 19e siècle. Aujourd’hui on pourrait remplacer ces termes par celui de « populisme », et ajouter aux « hommes providentiels » les femmes. La typologie du « moment populiste » actuel est précisément celle-ci : sur fond de crise généralisée de la représentation, de liquéfaction des médiations de la société civile et d’ébranlement de l’autorité de L’État, surgissent des figures de sauveurs qui incarnent – au sens strict : dans la singularité charismatique de leur personne et de leur corps – à la fois l’autorité et la contestation de l’autorité. Leur force, effective ou supposée, vient de leur capacité à assumer précisément cette double fonction : restauratrice et transgressive, porteuse de stabilité et de renversement, donc, en filigrane, d’un « ordre nouveau » (titre du journal communiste turinois fondé par Gramsci et Togliatti mais aussi mot d’ordre mussolinien), un ordre rassurant mais qui rompt avec celui qui existe, et qui se révèle n’être qu’un désordre.

Il n’est guère difficile de voir dans la situation française et internationale actuelle une véritable éclosion de dirigeants populistes, aux orientations les plus contradictoires, qui correspondent à cette typologie. Au duo hexagonal Le Pen-Mélenchon répondent des figures comme Trump, Bolsonaro, Salvini ou Lopez-Obrador – le caudillisme latino-américain constitue une réserve inépuisable, même si elle est loin d’être exclusive, de figures césaristes. A cet égard, Macron se présente une figure mixte, à la fois leader populiste, illuminé par une mission supérieure et en contact direct avec « le peuple », et sémillant jeune technocrate au profil (et au physique) d’« enfant-prodige ». De là une ambigüité qui a marqué d’emblée sa trajectoire, et qui, après avoir joué en sa faveur pendant sa phase ascendante, se retourne contre lui lorsque son autorité paraît remise en cause. Car le leader populiste ne peut s’imposer que dans la mesure où il opère sur sa personne un mécanisme de transfert des affects contradictoires de la « masse », qui s’unifie et devient corps collectif en s’identifiant au leader, dont l’autorité restauratrice-transgressive ne saurait souffrir de contestation. Dans la constante mise en scène de sa personne (et de son corps), le chef populiste se doit ainsi d’être agressif et amical, terrible dans sa colère mais néanmoins proche, « Jupiter » maniant la foudre et « Manu » pour prendre ce cas particulier. Il ou elle incarne cette Présence immédiate, capable à la fois de rassurer et d’attaquer, porteuse d’ordre mais aussi de bagarre.  Il ou elle est au-dessus des clivages traditionnels (en particulier le clivage droite-gauche), auxquels il substitue celui entre « le peuple » et ce qui s’oppose à lui, qui ne peut être qu’un élément extérieur, pathogène, qui s’attaque à sa saine homogénéité : que ce soit la « caste » qui unit oligarques, politiciens et médias, comme le veut le populisme de gauche, et parfois même la variante populiste (plus fragile car moins cohérente) du néolibéralisme[38], ou le « corps étranger » à la « nation » (« musulman », « juif », « immigré » etc.) que désigne le populisme raciste et xénophobe de l’extrême-droite. A un niveau formel, cette opération d’extériorisation-expulsion de la contradiction, riche d’innombrables dérives en manipulation autoritaire des affects collectifs, constitue du reste la signature propre de la « raison populiste », et le point stratégique où elle se sépare de la vision de l’antagonisme de classe mise en avant par la gauche socialiste et communiste – par-delà la diversité de ses courants.

L’émergence de figures césaristes ne doit toutefois pas faire l’objet d’un jugement moral, Gramsci admettait qu’il existait des situations où un césarisme progressiste était la moins mauvaise des solutions, mais plutôt stimuler l’effort de compréhension de son mécanisme interne afin d’en mieux cerner les points d’impossibilité. Commençons par celui-ci : contrairement à une vision très répandue, mais parfaitement mystificatrice, la demande de « démocratie directe » et l’« horizontalité » attribuées à certains modes d’action ou aux réseaux sociaux ne s’opposent en rien à l’émergence de leaders populistes, elles en sont simplement l’envers, le côté complémentaire, et, d’une façon générale, l’étape préparatoire à leur conquête du pouvoir. Paolo Gerbaudo a en ce sens raison de forger le terme oxymorique d’« anarcho-populisme » pour caractériser le moment actuel, et, en particulier, les situations ouvertes par le cycle des mobilisations des années 2010[39]. L’effondrement des médiations traditionnelles et le refus, ou l’incapacité, d’en forger de nouvelles constitue le fond commun à l’attitude « anarchiste » et à la démarche « populiste ». Le passage de l’« horizontalité » revendiquée du mouvement espagnol d’occupation des places à ce qui en est le principal produit au niveau politique, à savoir le populisme emmené par le duo des caudillos de Podemos en est le cas plus paradigmatique, la trajectoire grecque apparaissant, dans un premier temps du moins, plus complexe, même si le point d’arrivée s’avère en grande partie convergent.

Rien de plus erroné donc que de comprendre le recours aux réseaux sociaux comme garantie d’« horizontalité » et de de décentralisation radicale de l’action collective. Les pages facebook se jaugent par leur « popularité », mesurée par une batterie d’indices (nombre de likes, fréquence des visites etc.) qui établissent des hiérarchies et engendrent des rapports de force. Elles supposent par ailleurs des personnes ou des collectifs qui les gèrent, et qui peuvent s’en servir pour accéder à une position, plus ou moins formalisée, de leadership[40]. Ce leadership correspond exactement à celui du chef populiste, se passant de toute médiation et ancrant sa légitimité dans des formes acclamatives d’approbation, qui mobilisent puissamment les affects. En les transposant dans l’espace électronique, les réseaux sociaux en ont permis l’extension potentiellement illimitée et pourtant nullement contradictoire – bien au contraire – avec les impératifs de maillage territorial sur lequel repose la verticalité dont le leader populiste a besoin[41]. C’est pourquoi il faut tout à fait prendre au sérieux Jean-Luc Mélenchon, lui-même champion hexagonal incontestable de l’utilisation des réseaux sociaux et des plateformes électroniques dans la construction de son propre mouvement caudilliste, lorsqu’il déclare sa « fascination » pour Eric Drouet[42]. Les réseaux sociaux sont assurément un outil d’organisation et de communication d’une grande souplesse, et d’une efficacité désormais avérée, qui ne prescrit en rien une finalité déterminée. Toutefois, de par le caractère réticulaire qui fait leur spécificité et leur puissance, ils constituent également, lorsqu’ils sont laissés à eux-mêmes, un véhicule privilégié de ce que Sartre appelait la « pensée sérielle » : la pensée qui se diffuse au moyen d’un objet ou un dispositif matériel extérieur à un collectif atomisé (la « série ») qui trouve dans ce dispositif son seul principe d’unification[43]. Cette forme de « pensée », en fait une non-pensée, propage par mimétisme un énoncé attribué à un Autre doté d’une autorité aussi indiscutable qu’impénétrable (« on » dit, j’ai vu « sur Internet »), de façon caractéristique on dit d’une vidéo ou un post largement diffusés sur les réseaux sociaux qu’ils sont devenus « viraux ». Les conduites collectives qui en résultent restent, de ce fait, régies par l’Autre, soumises à la puissance anonyme et impersonnelle du média, d’où dérive leur caractère instable, ambivalent et aisément réversible – à l’instar des mouvements de foule. Se constitue ainsi un terrain privilégié pour la propagation de « rumeurs », phénomène sans doute vieux comme le monde[44] et dont les noms actuels sont « fake news » et autres « théories du complot ».

Tout cela concerne au plus haut point le mouvement des GJ. Pour le dire rapidement, de par leur combinaison de sérialité et d’appel à une présence immédiate, les réseaux sociaux sont, en l’absence de tout autre médiation permettant de structurer l’action collective, le double exact, et le substrat matériel adéquat, à l’unanimisme populiste qui caractérise ce mouvement. En effet, contrairement à certaines perceptions naïves, des noms et des « têtes » ont rapidement émergé de cet océan d’« horizontalité » et de rejet de la représentation, qui ne sont pas le produit d’une intervention venant du dehors (le besoin des médias traditionnels de montrer des porte-paroles) mais qui, pour l’essentiel, sont issus de la machinerie même des réseaux sociaux et, dans un second temps seulement, « consacrés » par une médiatisation plus classique, qui travaille sur le déjà-là issu du fonctionnement réticulaire. Les enquêtes sociologiques, tout comme certaines tentatives passées ou en cours, indiquent d’ailleurs, que, si la perspective de création de partis politiques divise – elle se pose néanmoins – une aspiration s’affirme à la nécessité de se structurer et de se doter de représentants, notamment pour installer le mouvement dans la durée[45]. La question est de savoir qui parviendra à la concrétiser, des opérations manipulatrices comme celles de Bernard Tapie ou de Benjamin Cauchy ou une authentique initiative d’auto-organisation démocratique comme celle lancée par les GJ de Commercy[46].

Ce qui caractérise à cet égard le mouvement des GJ, et révèle sa fragilité, c’est plutôt la profusion d’aspirants à la direction, à la fois au niveau local, régional et national. Pour l’instant, au niveau national, la corde semble être tenue par le trio, désormais scindé, de la France en colère Eric Drouet – Priscillia Ludosky – Maxime Nicolle. Le « serment du jeu de Paume » du 13 décembre, suivi par le rassemblement devant l’Hôtel de ville de Paris le 7 janvier, ouvert par la lecture d’une lettre adressée à Macron et suivi d’un cortège vers l’Assemblé, et, point d’orgue de la série, l’organisation réussie d’un rassemblement d’ampleur nationale à Bourges le 12 janvier sont autant d’initiatives qui témoignent d’une volonté de conquérir une position de leadership et de traduire sur le terrain de l’action de rue les succès acquis sur les réseaux sociaux. L’objectif est confirmé par la « scission » devenue à présent publique (via facebook naturellement) au sein de ce trio et qui semble relever exclusivement du jeu banal d’ambitions personnelles rivales[47].

Cette évolution relève incontestablement du processus très classique de constitution et d’institutionnalisation d’un groupe. A ceci près que, du fait de l’unanimisme identitaire du mouvement GJ, redoublé du refus (pour l’instant du moins) de toute autre forme de coordination que les réseaux sociaux, fait de ces questions l’objet d’une dénégation de principe. A l’évidence, rien ne déplairait plus à Maxime Nicolle ou Eric Drouet, et sans doute aussi à leurs nombreux « followers », que d’admettre leurs ambitions de leader, fût-ce dans un cadre différent que celui d’un parti politique. Pourtant, ce serait là faire œuvre de clarté qui permettrait, entre autres choses, de les questionner sur leurs orientations, leur confusionnisme idéologique, leur rôle dans la propagation des théories délirantes d’un Philippe Argillier[48], ou dans la diffusion de propos racistes et complotistes sur le pacte de Marrakech, le rôle des « lobbies » et de « la finance », la pancarte antisémite décorant la tribune du rassemblement de Bourges le 12 janvier etc. En réalité, il y a fort à parier que, s’il veut se prémunir de dérives trop prévisibles, et se doter d’une pérennité et d’une efficacité, le mouvement est condamné à réinventer la roue, à savoir trouver des formes de structuration, créer des espaces de délibération et de coordination, bref se soumettre aux lois universelles d’une action collective démocratique. Les tentatives en cours de structurer à l’échelle nationale un processus de délégation émanant d’assemblées générales, une « assemblée des assemblées » telle que le propose notamment l’appel des GJ de Commercy[49], représente à l’évidence un enjeu crucial. Leur succès serait un pas vers un mouvement qui pourrait contribuer à la reprise en main de leur vie par les opprimé.e.s et les exploité.e.s,  et s’ouvrir, sans garantie aucune, à une perspective émancipatrice.

Les forces de la gauche sociale et politique, porteuses, peuvent y contribuer, la question de l’utilité de leur existence même ne manquerait pas de se poser s’il en allait autrement. Il y a toutefois des conditions à cela, dont la satisfaction, disons-le, paraît assez lointaine à l’heure actuelle. L’attitude des directions syndicales, qui confine à l’aveuglement, est à cet égard particulièrement alarmante. Au lieu de voir dans le mouvement, au minimum, une occasion pour s’affronter avec le macronisme et arracher de véritables concessions, bien au-delà de l’annulation de deux taxes injustes, elles se sont confinées dans le rôle parfaitement illusoire de médiation avec un pouvoir autoritaire et discrédité, allant même jusqu’à lui prêter main-forte au moment où celui-ci apparaissait le plus en difficulté[50]. Quant à la gauche politique, celle qui ne rechigne pas à aller au combat, lorsqu’elle ne s’est pas coupée du mouvement, elle refuse de se saisir de ces contradictions et de les politiser, se contenant de surfer sur les affects qu’il suscite ou projetant sur lui des schémas, si ce n’est des fantasmes, manifestement inopérants et dépassés. Ce mouvement n’est certainement pas le modèle de toute mobilisation future, mais on peut parier que nombre de ses innovations, et des questions qu’elles posent, resurgiront, sous une forme ou une autre, dans la période à venir. Ne pas comprendre qu’il peut en sortir tout autre chose que tout ce à quoi les mouvements sociaux de la période antérieure nous ont habitués revient à s’exposer à de terribles déconvenues. Or, il convient d’y insister, compte tenu de la profondeur de la crise politique, le temps est dense, ce qui est une autre façon de dire qu’il est compté. On ne saurait accorder trop d’importance aux enquêtes d’opinion, mais on ne peut écarter d’un revers de main les indices qui suggèrent que seule l’extrême-droite semble pour l’instant profiter de la situation. On le peut d’autant moins que le profil de la plupart des porte-paroles et aspirants leaders des GJ, et la persistance de certains symboles dans les actions les plus emblématiques du mouvement[51], a de quoi susciter l’inquiétude.

Passer à l’acte

Dans l’hypothèse, peu probable, qu’il s’arrête ou décline rapidement sans laisser de traces durables, qu’aura appris d’utile le mouvement des GJ à celles et ceux pour qui le combat social et politique n’a pas commencé le 24 novembre dernier ? Au moins ceci : qu’il est possible de gagner un soutien majoritaire, d’ébranler en profondeur un pouvoir autoritaire en étant dix fois moins nombreux dans la rue que dans une manifestation syndicale et sans passer par la case des journées de grève « saute-mouton » (ou annoncées comme sur un planning d’examens) comme celles que nous avons connu depuis maintenant de trop nombreuses années. Qu’il est légitime, n’en déplaise aux belles-âmes, de se défendre face au déchaînement répressifs de l’Etat et que la contre-violence de celles et ceux qui luttent n’est pas toujours contre-productive, que ses effets dépendent d’une perception de la situation qui relève avant tout d’une compréhension politique. Que l’initiative d’une mobilisation d’envergure peut être prise, pas toujours mais en certaines occasions du moins, par des novices, qui manquent d’expérience, qui feront inévitablement des erreurs, mais qui sont également dépourvus du poids des routines bureaucratiques et des défaites intériorisées qui inhibent la pensée et l’agir des plus aguerris. Qu’il faut aussi commencer par s’organiser là où on peut et comme on peut, qu’un rond-point ou un parking peuvent devenir un foyer d’action collective, mais garder également à l’esprit que, pour gagner, il faut également savoir en sortir, aller voir ailleurs et rencontrer autrui pour construire une lutte commune.

Le mouvement nous aura également appris que si l’on veut obtenir « plus », ou plutôt : autre chose que des annulations de taxes sur les carburants ou des hausses de CSG, si on aspire à des choses très immédiates et simples comme des augmentations de salaires, le rétablissement de la législation du travail et la remise en cause de son infinie précarisation, il faudra s’y prendre autrement.

On en conviendra, ce n’est déjà pas si mal…

On peut également formuler les choses ainsi : le mouvement des GJ peut se comprendre comme une critique en acte de cette impuissance de plus en plus insupportable dans laquelle la gauche sociale et politique s’est enferrée au cours de cette dernière période, et dont l’origine remonte aux défaites sur lesquelles s’est achevé le siècle passé. Il est illusoire de penser que ce mouvement apporte de lui-même des réponses d’ensemble. Dans ce qui a précédé, nous nous sommes efforcés de montrer en quoi il achoppe également sur des obstacles bien visibles et, pour une large part, bien prévisibles, qui prolongent certaines des tendances parmi les plus sombres de la situation présente. Mais l’événement crée également le besoin, et, pour une part, les conditions d’une nouvelle rencontre. En ce sens, son signifiant le plus important n’est sans doute pas celui, à vrai dire insignifiant, d’un gilet d’automobiliste fluorescent mais bien celui d’« acte » qui scande cette séquence depuis son commencement. Si ces « actes » doivent aboutir à autre chose qu’à une série qui s’étire vers un enlisement terminal, c’est bien cette rencontre qu’il s’agit de construire, pour que cette scansion devienne celle d’un véritable passage à l’acte.

Ne le cachons pas, l’issue est encore ouverte mais les risques sont majeurs, à la hauteur de l’enjeu. Une lutte est en cours pour déterminer dans quel sens se dirigera la colère populaire et l’aspiration diffuse à la justice et à la démocratie dont elle est porteuse. Une chose est toutefois certaine : s’abstenir d’agir est la garantie certaine de la catastrophe.

Stathis Kouvelakis. Le 19 janvier 2019. Publié sur le site de Contretemps.

Je tiens à remercier Ludivine Bantigny, Maxime Lanoy, Ugo Palheta et Stéfanie Prezioso pour leurs relectures et leurs suggestions. Il va de soi que le contenu de ce texte n’engage que son auteur.

Notes

[1] « ‘Nous ne sommes ni de gauche ni de droite, nous sommes ceux d’en bas et nous allons chercher ceux d’en haut’, insiste une des phrases les plus reprises en ce mois de mai [2011] », Alberto Amo et Alberto Minguez, Podemos, la politique en mouvement, Paris, La Dispute, 2016.

[2]Emmanuel Macron, Révolution, Paris, XO éditions, 2016, p. 7 et 9.

[3]Jacques Attali sur le plateau de France 24, 2 avril 2015 youtube.com/watch?time_continue=2&v=yhyE-yWipKQ

[4]Tribune de Ludivine Bantigny, Regards, 5 décembre 2018, regards.fr/societe/article/gilets-jaunes-la-greve-pour-accroitre-le-souffle-de-la-colere

[5]Les données disponibles venant des enquêtes sociologiques convergent sur ce point : les catégories « ouvriers » et, davantage encore, « employés » dominent, la part des retraité.e.s et des « petits indépendants » est importante, celle des diplômés et des cadres faible. Selon l’enquête coordonnée par Yann Le Lann, qui coordonne l’enquête du collectif de sociologues Quantité critique, la part des employés et ouvriers est au total de 63,2% (respectivement 46,3% et 16,9%), celle des indépendants (artisans, commerçants, petits patrons, agriculteurs) de 11,1%, celle des intermédiaires de 10,4% , celle des cadres et professions intellectuelles supérieures de 15,4% (Yann Le Lann, « Le mouvement des “gilets jaunes” est avant tout une demande de revalorisation du travail », Le Monde, 25 décembre, 2018). Dans l’enquête des sociologues basé.e.s à Bordeaux, qui porte sur un nombre limité de questionnaires (166), c’est également la catégorie «  employés » qui domine (33 % des participants (soit 45 % des actifs présents, contre 27 % de la population active française). Ils sont plus de deux fois plus nombreux que les ouvriers, qui représentent 14 % des participants et 19,3% des actifs présents (vs. 20,8% dans la population active française). Les indépendants sont également particulièrement nombreux : 11,8 % des participants, tout comme les retraités (et autres classés comme « inactifs »), à hauteur de 25%, les cadres et assimilés à peine 5,2% (« Gilets jaunes » : une enquête pionnière sur la « révolte des revenus modestes », Le Monde, 12 décembre 2018). Enfin, selon l’enquête menée en région dieppoise par Jean-Yves Dormagen et Geoffrey Pion, les salariés forment le gros des GJ (61 %), suivis par les retraités (16 %), les travailleurs indépendants (6 %) et les chômeurs (6 %) ; cf. Jean-Yves Dormagen et Geoffrey Pion, « Le mouvement des “gilets jaunes” n’est pas un rassemblement aux revendications hétéroclites », Le Monde, 28 décembre 2018, disponible sur europe-solidaire.org/spip.php?article47354.

[6]Bruno Amable, « Vers un bloc antibourgeois ? », Libération, 26 novembre 2018,

liberation.fr/debats/2018/11/26/vers-un-bloc-antibourgeois_1694416 ;

Juan Chingo, « Les GJ et les éléments prérévolutionnaires de la situation », Révolution permanente, 2 décembre 2018, revolutionpermanente.fr/Les-Gilets-jaunes-et-les-elements-pre-revolutionnaires-de-la-situation ; Vincent Présumey, « Du prolétariat et des populistes », Mediapart, 13 janvier 2019, blogs.mediapart.fr/vincent-presumey/blog/130119/du-proletariat-et-des-populistes

[7]Gérard Noiriel : « Les “GJ” replacent la question sociale au centre du jeu politique », Le Monde, 27 novembre 2015 ; Sophie Wahnich: « La structure des mobilisations actuelles correspond à celle des sans-culottes », Mediapart, 4 décembre 2018, mediapart.fr/journal/culture-idees/041218/sophie-wahnich-la-structure-des-mobilisations-actuelles-correspond-celle-des-sans-culottes?onglet=full ; Samuel Hayat, « Les GJ, l’économie morale et le pouvoir », 5 décembre 2018, samuelhayat.wordpress.com/2018/12/05/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir/

[8] Cf. Fanny Gallot, « Les femmes dans le mouvement des gilets jaunes : révolte de classe, transgression de genre », Contretemps, 17 décembre 2018 contretemps.eu/femmes-gilets-jaunes/ ; Vincent Bilem, « Pourquoi la place des femmes dans le mouvement des gilets jaunes fait-elle tant polémique ? », Les Inrockuptibles, 17 décembre 2018, lesinrocks.com/2018/12/17/actualite/pourquoi-la-place-des-femmes-dans-le-mouvement-des-gilets-jaunes-fait-elle-tant-polemique-111152693/

[9] Eric Fassin sur la « Midinale » de Regards, 15 janvier 2019, youtube.com/watch?v=EWEcGSj_A8E  ; pour des éléments de comparaison internationale cf. Ludovic Lamant et Amélie Poinssot, « Les GJ, une spécificité française ? », Mediapart, 15 décembre 2018, mediapart.fr/journal/international/151218/les-gilets-jaunes-une-specificite-francaise.

[10] Comité Invisible, A nos amis, Paris, La fabrique, 2014, p. 27

[11] Tiqqun, Théorie du Bloom, Paris, La fabrique, 2000, p. 63, 79, 126.

[12] Daniel Bensaïd, Le Spectacle, stade ultime du fétichisme de la marchandise, Paris, Lignes, 2011, p. 20. Cf. également Ugo Palheta, « L’insurrection qui revient. Les influences visibles du Comité invisible », La revue du crieur, n° 4, juin 2016, p. 58-73.

[13] Michel Offerlé, « Dans la crise des “gilets jaunes”, il n’y a que rarement de stigmatisation spécifique du riche en patron », Le Monde, 2 janvier 2019.

[14] Yann Le Lann, art. cit.

[15] Cf. Felix Boggio Ewanjé-Epée, « Le Gilet Jaune comme signifiant flottant », Contretemps, 22 novembre 2018, contretemps.eu/gilets-jaunes-signifiant-flottant/.

[16] La présidentielle de 2017 a, une fois de plus, confirmé, mais de justesse seulement, le constat d’Annie Collowald selon lequel l’abstention est le « premier parti » dans les couches sociales populaires (29% selon le sondage sortie des urnes Ipsos). En tenant compte de ce niveau d’abstention, 26,2% de l’électorat ouvrier a voté pour Marine Le Pen (contre 17% pour Mélenchon, et 23% pour le total gauche et extrême-gauche), ainsi que 23% de l’électorat employé (soit autant que le total gauche).  Les sondages BVA et Opinion Way indiquent un écart plus important dans le vote d’extrême-droite entre les catégories ‘ouvriers’ et ‘employés’, avec une pointe de 32% chez les ‘ouvriers’ selon BVA (en tenant compte de l’abstention), ce qui en ferait véritablement le « premier parti » dans cette catégorie. Au second tour, selon Ipsos, 56% des catégories ‘ouvriers’ et 46% des ‘employés’ ont voté pour Marine Le Pen (38% et 32% en tenant compte de l’abstention respective dans ces groupes).

[17] Cf. Nonna Mayer, « Le plafond de verre électoral entamé, mais pas brisé », in Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer (dir.), Les faux-semblants du Front National. Sociologie d’un parti politique, Paris, Presses de Sciences po, 2015, p. 299-321 et Florent Gougou, « Les ouvriers et le vote FN. Les logiques d’un réalignement électoral », ibid., p. 324-343.

[18] 28% des électeurs de Marine Le Pen (MLP), 17% de Jean-Luc Mélenchon (JLM) et 13% des abstentionnistes (A) se reconnaissent en tant que GJ, ce taux variant entre 8% et 9% chez ceux, respectivement, de François Fillon (FF) et Benoît Hamon (BH). Les taux de soutien sont, dans le même ordre, de 57% (MLP), 41% (JLM), 33% (A), 16% (FF) et 18% (BH), et ceux de sympathie, de 24% (MLP), 37% (JLM), 32% (A), 23% (FF) et 40% (BH). Enquête Elabe pour BFMTV, 9 janvier 2019.

[19] Selon Yann Le Lann, « on a trois blocs quasi égaux de 20 % entre les abstentionnistes et votes blancs, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et ceux de Marine Le Pen. On a vu se confirmer une polarité au sein du mouvement entre la gauche radicale et l’extrême droite, avec, au milieu, une zone grise difficile à cerner. Mais le sentiment que le gouvernement ne respecte plus la souveraineté populaire, qu’il est en rupture avec les intérêts du peuple, unifie ces trois pôles. D’une manière générale, nous avons perçu une défiance totale vis-à-vis de tous ceux qui ont été aux affaires depuis quarante ans », (art. cit, Le Monde, 24 décembre 2018.

[20] Citons ici les propos tenus l’été 1932 par un jeune allemand participant au mouvement des auberges de jeunesse à Daniel Guérin : « Vois-tu, nous sommes dressés les uns contre les autres. Les passions sont chauffées à blanc au point qu’il nous arrive de nous entre-tuer, mais nous voulons au fond la même chose…[Guérin : Vraiment ?] – Oui, la même chose, un monde nouveau, radicalement différent de celui d’aujourd’hui, un monde qui ne détruise plus le café et le blé, tandis que des millions d’hommes ont faim, un nouveau système. Mais l’un croit dur comme fer qu’Hitler le lui donnera, et l’autre que ce sera Staline. Il n’y a entre nous que cette différence… », Daniel Guérin, La peste brune, Paris, Maspero, 1971, p. 31 – c’est Guérin qui souligne. Sur la grève des transports berlinois cf. l’analyse sur le vif de Simone Weil : « La grève des transports à Berlin », in Ecrits historiques et politiques, Paris, Gallimard, 1960, p. 143-145 (1ère publication : Révolution prolétarienne, n° 140, 15 novembre 1932).

[21] Enquête Elabe pour BFMTV, 9 janvier 2019.

[22] Cf. Stathis Kouvélakis, « France, une crise d’hégémonie prolongée », Contretemps, n°1 (nouvelle série), 2009, p. 37-43.

[23] Antonio Gramsci, « Observations sur quelques aspects de la structure des partis politiques dans les périodes de crise organique », Cahier 13, disponible sur marxists.org/francais/gramsci/works/1932/observations.htm. Pour des analyses récentes, cf. Emmanuel Barot, « Etat, crise organique et tournants bonapartistes à l’ère Trump », Révolution permanente, 22 novembre 2016, revolutionpermanente.fr/Etat-crise-organique-et-tournants-bonapartistes-a-l-ere-Trump-I ; Juan Chingo, art. cit. ; Ugo Palheta, La possibilité du fascisme, Paris, La Découverte, 2018, chap. 2 « une crise d’hégémonie », p. 55-93. Sans être abordée explicitement, l’analyse gramscienne est à l’arrière-plan de l’essai stimulant de Bruno Amable et Stefano Palombarini, L’illusion du « bloc bourgeois », Paris, Raisons d’agir, 2017.

[24]Cf. Alexis Spire, « Au sources de la colère contre l’impôt », Le Monde diplomatique, n° 777, décembre 2018.

[25]Ce point a été particulièrement souligné par Gérard Noiriel, art. cit.

[26]Jean-Yves Dormagen et Geoffrey Pion, art. cit.

[27] mediapart.fr/jeremiechayet/blog/021218/liste-des-42-revendications-des-gilets-jaunes

[28] Sophie Wahnich, art. cit.

[29]Samuel Hayat, « Les Gilets jaunes et la question démocratique », Contretemps, 26 décembre 2018, contretemps.eu/gilets-jaunes-question-democratique/

[30] C’est bien entendu dans ce sens, que, nous pouvons ici que le suggérer, qu’il convient, contre la « raison populiste » de Laclau et de Mouffe, se référer au texte fondamental de Mao « De la juste solution des contradictions au sein du peuple » (27 février 1957), disponible sur classiques.chez-alice.fr/

[31]facebook.com/lafranceencolere112018/photos/a.1126249377549815/1149773488530737/?type=3&theater

[32] blogs.mediapart.fr/jeremiechayet/blog/021218/liste-des-42-revendications-des-gilets-jaunes

[33] Cf. Maxime Vaudano, « Qui profite des 20 milliards du CICE ? », Le Monde, 9 janvier 2019. A ce montant, qui correspond au CICE de 2018 mais qui grève le budget de l’année suivante, viennent s’ajouter les allègements charge qui pérennisent le dispositif (c’est la « bascule du CICE ») et qui sont applicables immédiatement. Cf. « La difficile transformation du CICE en baisse de charges », La Tribune.fr, latribune.fr/economie/france/la-difficile-transformation-du-cice-en-baisse-de-charges-791332.html

[34] Dans le chapitre 9 de son livre-programme, intitulé « Pouvoir vivre de son travail » (Révolution, op. cit., p. 119-133), il se proposer de « mener une bataille essentielle faveur du pouvoir d’achat » car il est « anormal que la protection sociale, qui bénéficie à tous, repose principalement sur les revenus du travail ». Il en résulte que tant les « entreprises » que les salariés se plaignent, les premières pour « un coût du travail élevé », les seconds pour « être trop peu rémunérés pour leurs efforts », tous deux à juste titre. La solution consiste à « réduire les cotisations salariales et les cotisations payées par les indépendants », ce qui « permettra d’augmenter sensiblement les salaires nets, sans alourdir le coût du travail ni détériorer la compétitivité ou l’emploi » (ibid., p. 124).

[35] Voir les 144 engagements présidentiels qui constituaient le programme de Marine Le Pen à la dernière présidentielle, en particulier les § 58 à 80, disponible sur rassemblementnational.fr/le-projet-de-marine-le-pen/

[36] Texte intégral disponible sur static.mediapart.fr/files/2019/01/19/communiquejeudepaumegiletsjaunes1.pdf

[37] Christophe Ayad, « A Bourges, la rage intacte des GJ », Le Monde, 13 janvier 2019.

[38] Sans être en mesure concurrencer le (milliardaire) Trump sur le terrain de la démagogie anti-élite, Macron n’hésite pourtant pas à vilipender « la classe politique et médiatique [qui] forme un peuple de somnambules », « organisée autour d’un clivage ancien » et de « partis politiques morts », Révolution, op. cit., p. 41, 39. Il va même jusqu’à reprendre le thème, et le terme, le plus emblématique du discours populiste, affirmant que « ce qui n’est pas acceptable, c’est lorsqu’une caste se constitue, repliée sur elle et qui impose ses propres règles (ibid., p. 250).

[39] Paolo Gerbaudo, The Mask and the Flag: Populism, Citizenism, and Global Protest, Londres, Oxford University Press, 2017.

[40] Dans son ouvrage Tweets and the Streets. Social Media and Contemporary Activism (Londres, Pluto Press, 2012, cf. en particulier p. 134-157), Paolo Gerbaudo désigne ces processus comme des « modes liquides d’organisation » et des formes « chorégraphiques » de leadership.

[41] Le nouvel algorithme mis en œuvre par facebook favorise, outre la proximité d’intérêts et d’opinions – c’était déjà le cas – la proximité géographique. C’est ainsi que Priscillia Ludosky est entrée en contact avec Eric Drouet et Bruno Lefebvre (ils ne se connaissaient pas auparavant), lesquels ont assuré le succès « viral » de ce qui n’était au départ qu’une pétition en ligne (contre la taxe sur les carburants) à portée locale. Cf. l’enquête de Ryan Broderick et Jules Darmanin, « The “Yellow Vest” Riots In France Are What Happens When Facebook Gets Involved With Local News », Buzzfeed News, 5 décembre 2018, buzzfeednews.com/article/ryanhatesthis/france-paris-yellow-jackets-facebook.

[42] Cf. le billet de Jean-Luc Mélenchon sur son blog, en date du 31 décembre 2018, « Merci Monsieur Drouet », melenchon.fr/2018/12/31/merci-monsieur-drouet/.

[43] Cf. Stathis Kouvélakis, « Sérialité, actualité, événement. Notes sur la Critique de la raison dialectique », in Stathis Kouvélakis, Vincent Charbonnier (dir.), Sartre, Lukacs, Althusser : des marxistes en philosophie, Paris, PUF, 2005, p. 47-61.

[44] Cf. l’ouvrage classique d’Edgar Morin, La rumeur d’Orléans, Paris, Seuil, 1969.

[45] C’est notamment ce qu’indique l’enquête menée à Dieppe par Dormagen et Pion (art. cit) : « Le soutien au mouvement, la détermination à durer dans le temps, donc à s’organiser et à se trouver démocratiquement des porte-parole fait l’objet d’un puissant consensus. C’est là un point très important qui démontre que le mouvement des « gilets jaunes » n’est pas vécu par ses principaux protagonistes comme un simple mouvement revendicatif et ponctuel : 91 % des « gilets jaunes » souhaitent s’organiser en un mouvement structuré et durable et 80 % pensent même qu’ils doivent se doter de messagers/porte-parole démocratiquement élus pour les représenter ».

[46] Cf. François Bonnet, « A Commercy, les GJ expérimentent la démocratie directe de l’assemblée populaire », Mediapart, 11 janvier 2019, mediapart.fr/journal/france/110119/commercy-les-gilets-jaunes-experimentent-la-democratie-directe-de-l-assemblee-populaire?onglet=full

[47]Anthony Berthelier, « Éric Drouet et Priscillia Ludosky, deux figures des GJ actent leur rupture sur Facebook », Huffington Post, 14 janvier 2019, huffingtonpost.fr/2019/01/14/eric-drouet-et-priscilla-ludosky-deux-figures-des-gilets-jaunes-actent-leur-rupture-sur-facebook_a_23642091/.

[48]Cf. Paméla Rougerie, « Gilets jaunes : la conférence hallucinante de Philippe Argillier, le «Monsieur X» de Maxime Nicolle », Le Parisien, 6 décembre 2018, leparisien.fr/societe/gilets-jaunes-la-conference-hallucinante-de-philippe-argillier-le-monsieur-x-de-maxime-nicolle-06-12-2018-7962297.php .

[49] blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/031218/appel-des-gilets-jaunes-de-commercy-des-assemblees-populaires-partout

[50]Dans leur déclaration commune du 6 décembre 2018, geste tout à fait exceptionnel dans les annales du syndicalisme français, les confédérations « dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications »  et affirment que « le gouvernement, avec beaucoup de retard, a enfin ouvert les portes du dialogue », texte intégral disponible sur cfdt.fr/portail/presse/communiques-de-presse/declaration-des-organisations-syndicales-cfdt-cgt-fo-cfe-cgc-cftc-unsa-et-fsu-srv1_631623.

[51]Cf. par exemple la décoration de la tribune d’où se sont déroulées les prises de parole au rassemblement du 12 janvier à Bourges, appelé par les animateurs de La France en colère Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle : « Une deuxième [pancarte] se plaint que la France soit ‘le pays le plus taxé du monde’. Des pancartes défendent le référendum d’initiative citoyenne (RIC) ou assurent que la ‘censure médiatique’ équivaut à la ‘dictature’. Un dernier message est bien plus ambigu : ‘RF : République française ; RF : Rothschild Family’, clame-t-il en grosses lettres tricolores. Faut-il y voir uniquement la volonté de dénoncer la banque qui employa Emmanuel Macron, ou le texte recouvre-t-il d’autres sous-entendus nauséabonds ? », Dan Israël, « A Bourges, « il faut que les choses bougent, et vite », Mediapart, 12 janvier 2019 mediapart.fr/journal/france/120119/bourges-il-faut-que-les-choses-bougent-et-vite?onglet=full.

Type:  Article Mercredi, 23 Janvier, 2019 - 10:24 Luttes sociales
François Calaret

Le grand débat ou le grand bluff ?

2 mois ago

C’est avec ces mots qu’un des maires d’une centaine de communes réunis à Souillac (dans le Lot), vendredi 18 janvier, a accueilli le président de la République lors de la deuxième journée du « Grand débat national ».

Peut être, est ce bien résumer l’initiative de l’exécutif pour essayer de reprendre la main face à la mobilisation des gilets jaunes depuis le 17 novembre dernier ? En tout cas, de nombreux maires de petites communes n’étaient pas venus là pour faire allégeance au président jupitérien et, au contraire, ne mâchaient pas leurs mots. Pour autant, quel crédit peut on porter à ce débat national dont on nous rebat les oreilles depuis des semaines ?

Un débat bien mal inauguré

Bien qu’il soit présenté sans rire, comme un tournant dans la mandature et la manière de gouverner d’Emmanuel Macron, il a fort mal commencé. Tout d’abord parce que Chantal Jouanno, à qui avait été confié le soin d’organiser ce débat, a dû jeter l’éponge quand ont été révélés ses appointements pour cette mission. Ensuite, et surtout parce que dès le départ le pouvoir l’a précisé d’entrée, il n’y aura pas de « changement de cap ».

Quel sens donner alors à cette démarche ?

Un fait est évident : c’est que cette initiative de l’exécutif est pétri dès le départ d’un certain nombre de paradoxes. La proposition de débattre sur l’ensemble du territoire national est un moyen pour contrer un mouvement inédit, durable et déterminé. Cette réponse est censée, pour un pouvoir affaibli, impopulaire et aux aguets, gagner du temps et montrer la pseudo volonté du gouvernement de renouer le dialogue avec tous les Français-e-s, un moyen aussi de tenter d’isoler ainsi le mouvement des Gilets jaunes. Pour autant, même si les GJ, à juste titre, ne croient pas à ces initiatives, ce sont eux qui, involontairement, ont obligé le pouvoir à ce type de proposition. Pourquoi cela ? Parce qu’en plus des revendications sociales notamment, mises en avant par leur mouvement, ils ont pointé un des problèmes majeurs de cette cinquième République monarchique : le déficit de démocratie. Ça n’est pas nouveau, certes. Mais, dans le cadre d’un exercice du pouvoir très personnel de la part d’Emmanuel Macron, celui ci a pris de nombreux risques et s’est exposé systématiquement à la vindicte populaire. Tous les maux lui sont attribués ainsi que toutes les décisions dont la responsabilité est bien moins portée aux yeux d’une très grande partie de la population, par les autres membres du gouvernement. Si on rajoute à cela les petites phrases assassines, au rythme presque d’une par semaine et qui reflètent le mépris de classe de l’individu, on comprend qu’il soit la cible de tous les mécontentements. A la grande satisfaction sans doute de ceux qu’il sert en réalité, le MEDEF, et les plus riches en général. En effet, au grand dam du gouvernement et au grand soulagement du grand patronat, si certaines revendications portent sur le pouvoir d’achat, l’incrimination de ceux qui veulent maintenir coûte que coûte des bas salaires et bénéficier de toujours plus de cadeaux fiscaux, n’est pas franchement à l’ordre du jour.

Un débat pour quels débats ?

Mais pas plus qu’il est question pour le chef de l’Etat de faire amende honorable, il n’est pas plus question pour lui de céder sur le fond du débat et sur les conséquences de ce dernier. D’où un débat très orienté et cadré par « la lettre adressée aux Français ».

On peut parler de tout, mais en réalité certains sujets ne sont pas évoqués, et donc de fait écartés, et d’autres s’imposent naturellement dans une logique toute « macronienne », c’est à dire très libérale. Par exemple, concernant la fiscalité, il est écrit ceci :

« Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?

Nous ne pouvons, quoi qu’il en soit, poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique. Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ?

Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? »

Ou bien concernant le modèle social français, encore ceci : « Notre modèle social est aussi mis en cause. Certains le jugent insuffisant, d’autres trop cher en raison des cotisations qu’ils paient. »

La cause est entendue, il n’est pas question de changer de logiciel. Celui de l’austérité pour les services publics et celui du discours démagogique sur les impôts. Car, c’est bien Emmanuel Macron et son gouvernement qui, depuis le début de la mandature, présentent la France comme un pays où on paie trop d’impôts, frein parait-il à l’activité économique, et entretiennent volontairement la confusion entre impôts et taxes.

Le vrai débat lui est occulté dans le Grand débat : pourquoi en effet ne pas demander aux Français leur avis sur les cadeaux fiscaux de toute nature, offerts aux entreprises, comme le CICE par exemple, censés créer des emplois. Il n’en est rien pourtant. Mais ces politiques, les mêmes depuis 30 ans, ne sont pas réinterrogées, et encore moins remises en question. Pas question d’en retrouver le thème au sein du Grand débat. Pas plus qu’il est question d’aborder l’ISF dont le rétablissement est largement porté par le mouvement des GJ.

De surcroît, dans une posture qui vise à rassurer l’électorat de droite, le thème des quotas d’immigration a été invité dans la discussion. Il ne fait pourtant pas parti des revendications des Gilets jaunes. Mais, pour le pouvoir en difficulté, il faut mordre sur un électorat favorable au parti de l’ordre, hostile aux réfugiés et inquiet du caractère émeutier des manifestations hebdomadaires du samedi.

Un débat tronqué donc, impossible d’être dupe !

Participer ou pas ?

Soyons clairs, les dés sont pipés en ce qui concerne le contenu et le cadre du débat. Pour autant suffit-il de de le dénoncer ou d’appeler à le boycotter ? Y participer risquerait-il de légitimer un débat qui de toute façon va montrer rapidement son imposture ?

La volonté de participer à ces débats sera disparate selon où on se trouve. La question n’est pas là. De plus, certaines initiatives lancées comme celle établissant des cahiers de doléances ou celle très récente consistant à lancer par les GJ leur propre plate-forme face au Grand débat, risquent de délégitimer davantage encore ce dernier.

De toute façon, le lancement du Grand débat n’a pas eu d’impact sur l’ampleur des manifestations partout en France lors de l’acte X, samedi 19 janvier.

Le vrai sujet, c’est comment imposer, quand cela est possible et utile, un certain nombre de thèmes sortant du cadre pré-établi avec un véritable rapport de force appuyé sur une mobilisation sociale (gilets jaunes, syndicalistes etc…) ?  Comment faire émerger partout les structures faisant converger en leur sein les forces sociales soucieuses de porter un processus démocratique constituant ? Comment faire en sorte que s’imposent dans la période conjointement les enjeux sociaux et écologiques ?

Myriam Martin

Type:  Article Mercredi, 23 Janvier, 2019 - 10:22 Politique
François Calaret

Dans le débat public, nous voulons nous faire entendre,

2 mois ago

Nous voulons nous faire entendre,   pour mieux défendre nos revendications.                                                     Même quand Macron a raison, il a tort.                                                                                                                             
Par exemple, il a dit à Souillac, le 18 janvier : « La vraie injustice, ce n’est pas que l’un gagne plus que l’autre mais qu’on n’ait pas la même chance de réussir dans des familles ou des lieux différents ». Nous n’avions besoin de sa bonne parole pour savoir que les moyens pour l’égalité et la justice existent ! Ils ne sont pas employés par son  gouvernement pour la justice et l’égalité.       
Mais il insiste, il joue au plus malin. Il veut enfermer la discussion sur quelques sujets pour montrer que LUI s’occupe du plus important.                                                                                                                                  
Il a donc déclaré, le même jour : « Ce n’est pas en rétablissant l’ISF qu’on règlera le problème du chômage de masse ».
Nous savons qu’il est possible de supprimer le chômage. Il faut des décisions fortes ! Mais les soutiens de Macron (MEDEF et grands actionnaires) n’en veulent pas.                                                                                                                                                                               
Disons à toutes et tous que nous voulons :
Le droit au salaire à vie. Le droit au travail. Le droit à la formation.  Tout.e salarié.e doit avoir le droit de changer de métier ou d’entreprise. Au lieu de subir le chômage il faut des garanties pour la mobilité voulue.  Pour alimenter cette Sécurité Sociale Professionnelle, les syndicats CGT, Solidaires et FSU ont des solutions qu’ils n’arrivent pas à faire entendre dans un débat public interdit par les libéraux :
« - augmenter les cotisations qui sont du salaire socialisé avec l’augmentation des salaires et d’abord du SMIC et l’égalité femmes hommes                                                                                                                              - La solidarité financière doit venir des entreprises, prélevée sur les richesses créées. Que les grandes entreprises avec beaucoup de « valeur ajoutée » paient plus cher les cotisations pour que les petites ne soient pas surchargées.                                                                                                                                      - L’autre grande source financière est la réorientation des fonds publics soit disant  alloués à l’emploi ( aides aux entreprises qui ne servent qu’à augmenter les actionnaires, financement coûteux des marchands de la formation et du reclassement mais aussi reversement à la sécu professionnelle des fonds de l’ASS et du RSA… »                                                                                                                                                                                                Et la décision indispensable est de baisser,  le temps de travail de toutes et tous et de réorganiser les tâches dans les entreprises et administrations : au plus, 32h payées sans perte de salaire.
Ras-le bol d’entendre ces dirigeants du patronat, de la droite et des partis de la gauche de gouvernement répéter leurs  mensonges et humilier des millions de personnes.                                                        
Non, il n’y a pas des millions « d‘inemployables ».                                                                                                    
Non nous ne voulons pas des « mesures pour accompagner », rendre invisible la pauvreté et la misère. Nous voulons des droits pour toutes et tous. S’ils ont pu en panique en décembre trouver 10 milliards en deux jours, nous pouvons en trouver 200 ou 300 avec un vrai débat national, public, contradictoire : prenons aux profits capitalistes qui coûtent trop cher à tout le monde et qu’une toute petite minorité utilise pour sa richesse propre et pour investir à leur façon : leurs gaspillages, écologique et social, qui les paient ? Nous tous ! Retirons-leur autant qu’on peut les moyens de nuire.
 

Pierre Cours-Salies et Etienne Adam

Type:  Article Mercredi, 23 Janvier, 2019 - 10:17 Luttes sociales
François Calaret

Contretemps est sorti !

2 mois ago

INTERNATIONAL

ÉDITO

Antoine Artous, Francis Sitel « Gilets jaunes » La grande casse…

DOSSIER : EUROPE, EN RISQUE D’AVENIR...

Antoine Artous, Francis Sitel Demain l’Europe ?

François Sabado Europe : vers l’éclatement de l’Union européenne ?

E. Igor Mineo Le visage fracturé de l’Europe et la gauche négligente

Alda Sousa Portugal : Le Bloco et le gouvernement du Parti socialiste

Jean-Yves Potel L’Europe vue d’Est

Philippe Marlière Le Brexit, le plan B des néoconservateurs

Maite Mola Entretien, vice-présidente du Parti de la gauche européenne

Marie-Christine Vergiat Entretien, députée européenne du Front de gauche
Marie-Pierre Vieu Entretien, députée européenne et membre de la direction du Parti communiste français

Laurent Vogel L’outil du droit communautaire dans les luttes pour la santé au travail en Europe

Bruno Della Sudda, Patrick Silberstein, Daniel Desmé
Les questions nationales toujours présentes dans l'Union européenne...

Richard Neuville, Mariana Sanchez et François Caussarieu
L’automne catalan et le retour de la question nationale

Paul Alliès L’Europe, les Régions et les questions nationalitaires

Antoine Artous En hommage à Sophie Oudin-Bensaïd

INTERNATIONAL
Farouk Mardam-Bey Entretien, Parler encore et toujours de la Syrie

MARXISME
Geoffrey de Sainte-Croix Karl Marx et l’interprétation de l’Histoire ancienne et moderne

CULTURE
Gilles Bounoure Les grandes années de la photographie « sociale »
Gilles Bounoure Le Japon et « l’art brut »

Type:  Article Mercredi, 23 Janvier, 2019 - 10:09 Contretemps
François Calaret

Dans la rue, dans la grève et les assemblées populaires Agissons pour les exigences sociales et démocratiques

2 mois 1 semaine ago

La lettre de Macron est une insulte aux mobilisations des travailleurs, aux chômeurs et chômeuses, aux femmes actives dans la lutte des Gilets jaunes, aux jeunes.

« Pas de question interdite » dit Macron, mais pas touche aux mesures économiques et fiscales ! Rien sur les salaires, sur l’ISF, pas touche aux 40 milliards du CICE donnés au patronat. Pour le reste, le peuple peut débattre, Jupiter tranchera. En revanche, il n'hésite pas à demander quel service public il faut supprimer. Et il ajoute une provocation : des quotas d’immigrés acceptés sur le sol français et la révision de la loi laïcité. De quoi donner du grain à moudre aux surenchères de M. Le Pen et des fascistes, pour se présenter ensuite comme le président « progressiste ». Mais, de quoi alimenter aussi le racisme, notamment contre les musulman.ne.s. De plus, la menace d’une atteinte aux libertés démocratiques, notamment de manifester, s’accroît avec la nouvelle loi en préparation.

Le mouvement des Gilets jaunes reste fort. La journée du 12 janvier, la neuvième, a vu doubler le nombre des manifestant.e.s dans tout le pays. La lutte s’amplifie.

L’essentiel de ses revendications (augmentation des salaires, des retraites, des allocations de chômage, des minimas sociaux, l’égalité femmes/hommes, la sécurité sociale universelle, la justice fiscale et le rétablissement de l’ISF, la défense et le développement des services publics, le renouvellement démocratique contre la 5ème République monarchique…) correspond à de fortes demandes dans la société. Confronté à cette mobilisation sociale inédite, Macron ne veut pas répondre.

Agissons donc avec les gilets jaunes, avec le mouvement syndical et associatif, avec les forces de gauche antilibérale rassemblées, pour contraindre le pouvoir à céder.

Un large rassemblement social et politique pour une alternative sociale, démocratique, écologique est indispensable :

- agissons dans les entreprises et les services publics, dans l’unité syndicale, pour désigner le patronat comme le commanditaire des attaques antisociales. Une journée nationale de grève interprofessionnelle est nécessaire, en lien avec les actions de blocage des Gilets jaunes.

- dans les villes et les quartiers, et avec les groupes de Gilets jaunes, aidons à organiser des Assemblées populaires pour écrire des exigences communes. Le mouvement social a besoin d’une plate-forme revendicative. Le 26 janvier, « l’assemblée des assemblées » proposée par les Gilets jaunes de Commercy (Meuse) peut être un grand moment de débat.

- les communes peuvent être des lieux d’approfondissement démocratique, contre l’Etat centralisateur. La Vème République monarchique a fait son temps. L’exécutif doit être mis sous contrôle populaire et celui des élu-es. Le Référendum d’initiative citoyenne doit devenir un droit.

- agissons aussi avec les associations écologistes pour renforcer les mobilisations contre le changement climatique, et l'inertie du pouvoir, avec pour première échéance la manifestation du 27 janvier.

- la vigilance s’impose face aux manifestations annoncées aussi le 27 janvier par les forces de droite opposées au mouvement social. La vigilance est également nécessaire contre toute parole raciste, antisémite, homophobe, sexiste.

Débattons tous et toutes ensemble dans le pays, sur les ronds-points, dans les entreprises, dans les mairies… Organisons des assemblées populaires pour élaborer et débattre des exigences que nous voulons défendre ! Montrons ainsi que les revendications portées par les  mobilisations actuelles, dont celles des Gilets jaunes, peuvent s'affirmer comme majoritaires dans le pays. Gilets Jaunes et d’autres mobilisations peuvent être majoritaires dans le pays.

Et ainsi rendre impératif le retour aux urnes pour un changement de politique !

ENSEMBLE propose que se mette en place un rassemblement à gauche qui puisse offrir une alternative majoritaire. Pour un gouvernement satisfaisant les revendications populaires.

Chacun et chacune d'entre nous est concerné : c'est le moment !

L’Equipe d’Animation Nationale d’Ensemble

Type:  Article Mardi, 15 Janvier, 2019 - 13:54 Luttes sociales
François Calaret

Exigeons l’amnistie des Gilets jaunes ! Signez la pétition !

2 mois 1 semaine ago

Ils n’étaient pas venus à Paris, Bordeaux, Toulouse, et tant d’autres villes, pour en découdre avec les forces de l’ordre. Ils étaient venus pour défendre leurs vies menacées, dégradées par la précarité, mises en joue par un pouvoir prêt à faire les poches de leurs parents retraités comme de leurs enfants étudiants, afin de valoriser le patrimoine financier des plus riches. Ils étaient venus pour protéger leurs droits fondamentaux, et aussi une certaine conception de la justice sociale, qui a longtemps fait l’honneur de la France.La stratégie de la tension, délibérément choisie par le pouvoir, ne leur a pas laissé la chance d’une protestation pacifique. Gazage, nassage et brimades en tout genre, puis au fil des semaines, matraquages, tirs de flashballs et grenades mutilantes, pour la première fois de leur existence, beaucoup de « Gilets jaunes » ont été confrontés à des brutalités policières indignes d’une démocratie, que des organisations comme Amnesty international ont elles-mêmes dénoncées.On ne compte désormais plus le nombre de manifestants, au casier vierge, mis en garde à vue, condamnés en comparution immédiate, ou aujourd’hui en instance de jugement. Certains connaîtront la prison, qui détruit, qui humilie. D’autres ne retrouveront jamais d’emploi. Un grand nombre d’entre eux verront leurs vies brisées à jamais. Nous ne pouvons accepter qu’une protestation contre une politique massivement rejetée par la population détruise ainsi des êtres pris pour boucs émissaires. Nous ne pouvons accepter qu’un pouvoir, qui a sciemment fait le choix de la confrontation, se serve d’eux pour intimider tout un peuple. Nous ne pouvons accepter l’idée d’une vengeance d’Etat.

C’est pourquoi nous appelons le Président de la République, Emmanuel Macron, et son Premier Ministre, Edouard Philippe, à mettre à l’ordre du jour une loi d’amnistie en faveur des hommes et des femmes aujourd’hui persécutés, mis en examen, ou détenus pour avoir participé à ce mouvement social d’ampleur historique. C’est pourquoi nous appelons dès aujourd’hui à l’arrêt des procédures en cours, à l’effacement des peines prononcées, et à ce qu’une réponse enfin politique, et pas seulement sécuritaire et judiciaire, soit donnée aux événements hors du commun que la France est en train de vivre.

Une telle amnistie est prévue par l’article 133-9 du Code pénal et légitimée par la tradition française, de nombreuses lois d’amnistie ayant ainsi été votées depuis le début de la 5ème République, notamment dans le cadre d’activités protestataires.

Un tel geste serait seul en mesure de commencer à rendre au pays l’apaisement qu’il ne saurait retrouver sur fond de persécutions pour l’exemple. « Nous ne reprendrons pas le cours de nos vies », disiez-vous Monsieur le Président, le 10 décembre 2018. Nous ne reprendrons pas le cours de nos vies tant que nos concitoyens n’auront pas pleinement retrouvé la leur.

Pour signer la pétition

Les premiers signataires :

    Isabelle Alonso (militante féministe, romancière)
    Alain Badiou (philosophe)
    François Bégaudeau (écrivain)
    Juan Branco (avocat)
    Stéphane Brizé (réalisateur)
    Mathieu Burnel (ex-inculpé dans l’affaire Tarnac)
    Annick Coupé (secrétaire générale d’Attac)
    Eric Drouet (gilet jaune)
    Annie Ernaux (écrivain)
    Gérard Filoche (membre de la CGT, Attac, fondation Copernic)
    Bernard Friot (sociologue et économiste)
    Thomas Guénolé (politologue)
    Eric Hazan (éditeur)
    Anasse Kazib (délégué Sud Rail)
    Zoé Konstantopoulou (avocate, ex-présidente du parlement grec)
    David Koubbi (avocat)
    Mourad Laffitte (réalisateur)
    Aude Lancelin (directrice de publication Le Média)
    Franck Lepage (éducateur populaire)
    David Libeskind (avocat, collectif « robe noire et gilet jaune »)
    Henri Maler (fondateur d’Acrimed)
    Jean-Claude Michéa (philosophe)
    Gérard Mordillat (réalisateur)
    Maxime Nicolle (gilet jaune)
    Gérard Noiriel (historien)
    Osons causer (YouTuber)
    Gilles Perret (réalisateur)
    Thomas Portes (PCF, syndicaliste CGT-cheminots)
    Bernard Stiegler (philosophe)
    Assa Traoré (comité Adama)
    Eric Vuillard (écrivain)
    Joseph Andras (écrivain)
    Fabien Archambault (historien)
    Dorian Astor (philosophe)
    Marc Belissa (historien)
    Yves Bernanos (réalisateur)
    Olivier Berruyer (fondateur du blog « Les Crises »)
    Olivier Besancenot (porte-parole du NPA, facteur)
    Alain Bihr (professeur émérite de sociologie)
    Laurent Binet (écrivain)
    Irène Bonnaud (metteuse en scène, traductrice)
    Véronique Bontemps (anthropologue, CNRS)
    Yannick Bosc (historien)
    Alain Boscus (historien)
    Youcef Brakni (comité Adama)
    Gérard Bras (philosophe)
    Mathieu Brunet (enseignant chercheur)
    Gael Brustier (écrivain)
    Emmanuel Burdeau (critique de cinéma)
    Pascal Buresi (historien, CNRS)
    Vanessa Caru (historienne, CNRS)
    Martial Cavatz (enseignant)
    Vincent Cespedes (philosophe)
    Alexis Charansonnet (historien)
    Yves Cohen (historien)
    Francis Combes (poète, éditeur)
    Mirabelle Cruells Thouvenot (attachée territoriale)
    François Cusset (écrivain)
    Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue)
    Laurence De Cock (historienne, fondation Copernic)
    Christine Delphy (sociologue, CNRS)
    Martine Derrier (spectacle vivant)
    Dany-Robert Dufour (philosophe)
    François Dumasy (historien)
    Bertrand Dumenieu (ingénieur)
    Mireille Fanon-Mendès-France (ancienne experte de l’ONU)
    Pascale Fautrier (écrivaine)
    Christian Ferrié (enseignant)
    Geneviève Fraisse (CNRS)
    Fanny Gallot (historienne)
    Susan George (présidente d’ATTAC)
    Laurence Giavarini (universitaire)
    Boris Gobille (sciences politiques)
    François Godicheau (historien)
    Maurizio Gribaudi (historien)
    Nacira Guénif (sociologue)
    Pierre Guéry (auteur)
    André Gunthert (historien)
    Elie Haddad (historien, CNRS)
    Florence Johsua (politiste)
    Leslie Kaplan (écrivaine)
    Sam Karmann (acteur)
    Pierre Khalfa (syndicaliste)
    Stéphane Kipfer (politiste, géographe, Toronto)
    Isabelle Krzywkowski (universitaire, SNESUP-FSU)
    Jérôme Lamy (historien)
    Dany Lang (économiste)
    Mathieu Larnaudie (écrivain)
    Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire)
    Gildas Le Dem (journaliste)
    Frédéric Lebaron (sociologue)
    Marie-Thérèse Lenoir (MRAP migrations)
    François Lescure (mathématicien)
    Michel Letté (historien)
    Ivan Marin (mathématicien)
    Céline Martin (historienne)
    Marion Messina (écrivain)
    Régis Meyran (chercheur en sciences sociales, journaliste)
    René Monzat (auteur, réalisateur)
    Dominique Natanson (union française des juifs pour la paix)
    Heitor O’Dwyer de Macedo (psychanalyste)
    Ugo Palheta (sociologue)
    Willy Pelletier (sociologue, fondation Copernic)
    Roland Pfefferkorn (sociologue)
    Emmanuelle Posse (professeur de philosophie, mère d’un gilet jaune condamné)
    Raphaël Pradeau (porte-parole d’ATTAC)
    Olivier Rabourdin (acteur)
    Jacques Rancière (philosophe)
    Eugenio Renzi (critique de cinéma, professeur de philosophie)
    Fabrice Riceputi (historien)
    Michèle Riot-Sarcey (historienne)
    Laurent Ripart (historien)
    Juliette Rousseau (militante, autrice)
    Arnaud Saint-Martin (citoyen)
    Catherine Samary (économiste)
    Benoît Schneckenburger (agrégé de philosophie)
    Todd Shepard (historien)
    Patrick Simon (revue Mouvements)
    Danielle Simonnet (conseillère de Paris)
    Arnaud Skornicki (politiste)
    Joy Sorman (écrivain)
    Catherine Stern (PCF – 28 Migrations)
    Federico Tarragoni (sociologue)
    Julien Théry (historien)
    Enzo Traverso (historien)
    Yves Vargas (professeur de philosophie)
    Eleni Varikas (professeur de théorie politique)
    Nicolas Vieillescazes (éditeur)
    Xavier Vigna (historien)
    Julien Vincent (historien)
    Fabrice Virgili (historien)
    Louis Weber (éditeur)
    Hela Yousfi (universitaire)
    Sophie Zafari (syndicaliste)
    Jean-Claude Zancarini (italianiste)
    Michelle Zancarini-Fournel (historienne)

Type:  Article Lundi, 14 Janvier, 2019 - 13:45 Droits - libertés
François Calaret

Le gouvernement veut limiter le droit de manifester : c’est inacceptable !

2 mois 1 semaine ago

Il doit répondre aux demandes sociales et démocratiques !

Après Macron lors de ses vœux, c’est Edouard Philippe qui est monté au créneau lundi 7 janvier
pour un rappel à l’ordre. Sa préoccupation : comment en finir avec les « désordres » auxquels donne lieu la mobilisation Il faut sans doute comprendre aussi : comment faire en sorte que le
mouvement des gilets jaunes ne soit plus aussi fortement soutenu par l’opinion publique !
Car c’est bien cela qui accuse le gouvernement et son monde. Il est sourd à une révolte qui prend
profondément sa source dans les classes populaires qui ne supportent plus ce qu’elles vivent depuis
si longtemps.

Le gouvernement se dépêche de faire une nouvelle loi. Cette fois, pour aggraver les sanctions et
empêcher les « violents » de se mêler aux manifestations, mais surtout en réalité procéder à des
interdictions de manifester et criminaliser toute participation à une manifestation non déclarée. La comparaison faite avec les fauteurs de trouble dans les stades est une imposture, car il s’agit cette fois d’un droit constitutionnel : celui de manifester. LREM avait précisément rejeté la même proposition de loi au Sénat il y a quelques mois au nom du risque encouru pour les libertés individuelles !

De plus, tout montre que les forces de police ne sont pas privées de moyens de répression. D’ores et déjà de lourdes peines sont tombées, et vont continuer à l’être de manière aggravée. Un total provisoire établit à 3 747 le nombre de condamnations prononcées, plus 216 emprisonnements, plus de 4 500 mesures de garde à vue, plus de 1 600 blessés dont certains gravement. Des dizaines de milliers de personnes ont été gazées. Chacun a en mémoire les 151 lycéens immobilisés au sol à genoux, mains sur la tête, à Mantes-la-Jolie, et les lycéens victimes de matraquage dans toute la France.

Jouer la carte de l’ordre relève donc de la manœuvre politique. Confronté à une mobilisation sociale
à laquelle il ne sait ni ne veut répondre, le pouvoir agite la menace de la répression pour apeurer
l’opinion. Et comme par hasard, des forces très liées au pouvoir Macron appellent à manifester le 27
janvier prochain en faveur du rétablissement de l’ordre, alors que cette date du dimanche 27 janvier
est déjà prévue pour une mobilisation sur le climat !

Tout indique que des mesures se préparent pour porter un coup aux droits démocratiques.

Nous ne laisserons pas sans riposte la mise en cause des libertés.

Nous refusons la nouvelle loi en préparation.

Nous exigeons de satisfaire immédiatement les revendications sociales : une vraie hausse du SMIC
et de vraies augmentations de salaires, des retraites à taux plein et des allocations chômage, le
rétablissement de l’ISF et la justice fiscale, l’égalité femmes-hommes, la fin de la casse et le
développement de services publics de proximité sur l’ensemble du  territoire dans les communes
rurales, urbaines et de banlieues, et notamment des transports publics accessibles quels que soient
les revenus et le lieu de résidence, l’accès de toutes et tous aux soins (médecine générale, hôpitaux
et maternités de proximité).

Nous exigeons l’interdiction des armes possiblement mortelles ou très blessantes utilisées par les
forces de police comme les flashballs ou les grenades de désencerclement conformément aux
recommandations du défenseur des droits, la libération des victimes de la répression policière et
judiciaire injustifiée, l’abrogation de l’ensemble des dispositifs liberticides et attentatoires au droit
de manifester. La lumière doit être faite sur les chaînes de commandement responsables des
violences policières ayant abouti à des blessures de manifestant-es.

Nous soutenons les mobilisations des gilets jaunes aux revendications convergentes avec
celles du mouvement syndical et associatif. Nous participons aux luttes du syndicalisme, des associations de défense des libertés et des mouvements écologistes et féministes.

Nous serons également dans la rue le 27 janvier pour le climat et la justice sociale.
Le gouvernement doit répondre et céder aux revendications. C’est ce qu’attend une majorité de la
population.

Le 11 janvier 2019.
Ensemble!, Gauche démocratique et sociale, Nouveau parti anticapitaliste, Parti communiste des ouvriers de France, Parti de Gauche, République et socialisme.

Type:  Article Lundi, 14 Janvier, 2019 - 13:42 Droits - libertés
François Calaret

Contre la répression au Nicaragua

2 mois 2 semaines ago

Deuxième planton devant l'Ambassade du Nicaragua :JEUDI 10 JANVIER 2019 A 18h30

34 rue de Bugeaud
Paris 75016
M° Porte Dauphine

Le Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua a décidé de faire des plantons devant l'Ambassade du Nicaragua tous les deuxièmes jeudis du mois a 18h30. 

Venez nombreux et nombreuses !

Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua

Type:  Article Mardi, 8 Janvier, 2019 - 09:34 International
François Calaret

Gilets jaunes, réflexions sur le moment actuel

2 mois 3 semaines ago

Le mouvement des gilets jaunes est totalement inédit. Imprévu et imprévisible, il pose une série de questions qui, pour n’être pas totalement nouvelles, n’en sont pas moins reconfigurées. Ce mouvement a posé des problèmes fondamentaux qui ne sont pas résolus.

Le mouvement des gilets jaunes permet de confirmer que l’histoire est création de l’inédit, c’est-à-dire, comme l’avait parfaitement vu Castoriadis, « capacité de faire émerger ce qui n’est pas donné ni dérivable, combinatoire ou autrement, à partir du donné »[1]. Imprévu et imprévisible, il pose une série de questions qui, pour n’être pas totalement nouvelles, n’en sont pas moins reconfigurées.

1. Un mouvement social qui naît et se développe en dehors des canaux traditionnels de la contestation sociale, cela n’est pas nouveau, que l’on pense par exemple à l’existence des coordinations dans les années 1980. Ces dernières remettaient frontalement en cause les stratégies et les formes d’organisation syndicales traditionnelles. Mais les coordinations étaient strictement corrélées à un milieu professionnel salarié et ont été largement animées par des militant.es de la « gauche syndicale » venant en particulier de la CFDT. Le résultat de ce processus a été, en bout de course, la création de nouveaux syndicats. On a ici affaire à tout autre chose. Il ne s’agit pas d’un mouvement ayant construit son identité sur l’appartenance au salariat[2]alors même que les salarié.es étaient sociologiquement largement majoritaires dans ce mouvement. Il n’y a pas eu affirmation d’une identité de classe au sens où le marxisme emploie traditionnellement cette expression en lien avec un imaginaire social émancipateur.

Car cet imaginaire social porteur de « lendemains qui chantent », le communisme ou le socialisme, lié organiquement au prolétariat, surdéterminant l’identité de classe des individus, a disparu suite à l’échec des processus révolutionnaires du siècle précédent et à l’expérience du « socialisme réellement existant ». Une fois cet imaginaire disparu, l’identité de classe s’est d’autant plus vite effondrée que la restructuration du capital a entrainé une dispersion des salarié.es avec notamment la fin des grandes concentrations ouvrières, le tout sur fond de défaites sociales considérables. Comme l’indique Etienne Balibar, les gilets jaunes « constituent un échantillon représentatif (et pour cette raison largement soutenu) non pas de la population française, au sens statique du terme (celui qu’enregistrent les recensements par catégories socio-professionnelles, âge, sexe, lieu de résidence, etc.), mais de ce qu’elle est en train de devenir, en raison des tendances massives du capitalisme contemporain[3] ».

2. Cette analyse renvoie effectivement aux « tendances massives du capitalisme contemporain ». La domination du capital ne se réduit plus à la sphère des rapports de production mais vise la société tout entière avec la volonté d’étendre le règne de la marchandise à tous les aspects de la vie sociale et à la vie elle-même. Les transformations du capitalisme entrainent donc une multiplicité d’antagonismes qui sont autant de terrains d’affrontement avec la logique marchande. Ernesto Laclau l’avait bien vu : « il n’y pas de raison pour que les combats ayant lieu dans les rapports de production doivent être les points privilégiés d’une lutte anticapitaliste globale. Un capitalisme mondialisé crée une multitude de points de rupture et d’antagonisme – crises écologiques, déséquilibres entre différents secteurs de l’économie, chômage de masse, etc. – et seule une surdétermination de cette pluralité antagonique peut créer des sujets (les italiques sont de nous) anticapitalistes globaux capables de mener à bien un combat digne de ce nom. Comme le montre l’expérience historique, il est impossible de déterminer a priori quels seront les acteurs(les italiques sont de nous) hégémoniques dans ce combat[4]». Il est d’ailleurs dommage que Laclau ne s’en soit pas tenu à cette analyse et ait cherché à retrouver sous le nom de « peuple » un sujet universel unique avec toutes les apories que cela entraine[5].

3. Dans le cas des gilets jaunes, l’augmentation des taxes sur l’essence a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » car elle touchait, non seulement à la précarité des conditions de vie, mais à l’organisation spatiale induite par un capitalisme combinant spéculation foncière et recherche de la compétitivité des territoires. La conséquence en est la désertification progressive de tous les territoires qui n’entrent pas dans cette logique, désertification dont l’État est le principal responsable. Cela explique que ce mouvement se soit structuré sur la base de groupes affinitaires et sur une base géographique. Ce constat n’épuise pas l’analyse. En effet, la question qui se pose immédiatement, c’est de savoir pourquoi les nombreuses tentatives de mobilisation sur ces thèmes n’ont jamais pu réellement dépasser le niveau local. Luttes contre la fermeture des hôpitaux de proximité, des maternités, des bureaux de poste, des lignes SNCF se sont multipliées dans toute la France depuis des années sans jamais parvenir à créer un rapport de force national, la plupart des gilets jaunes, dont c’est la première mobilisation, n’y ayant par ailleurs jamais participé. Plus même, d’autres mouvements sociaux ont aussi été fortement soutenus et ont été beaucoup plus massifs, comme par exemple ceux contre les réformes des retraites ou contre les lois travail. Ils n’ont pourtant pas réussi à faire reculer le pouvoir, ce qui a été le cas des gilets jaunes, certes de façon limitée mais réelle. Cela pose une question existentielle pour le mouvement syndical qui voit un mouvement social qui lui est étranger obtenir une victoire sur des thèmes qui relèvent traditionnellement de son action.

4. Certes, il y aura toujours une place pour le syndicalisme d’accompagnement social dans le néolibéralisme. On le voit dans la place retrouvée de la CFDT dans la « concertation sociale ». Emmanuel Macron avait cru pouvoir s’en dispenser en le traitant par le mépris. On peut penser qu’il a compris son erreur et que comme ses prédécesseurs il va revenir à une pratique qui donne à ce syndicalisme une place reconnue, ce d’autant plus que les « exigences » que ce type de syndicalisme portent sont assez raisonnables pour ne rien remettre en cause. Il en va tout autrement pour le syndicalisme de lutte et de transformation sociale qui se trouve profondément déstabilisé par cette séquence. Confronté à un mouvement qui ne s’enracine pas dans les luttes du salariat et qui, en général, le rejette, incapable de faire la preuve de son efficacité, le syndicalisme de lutte est confronté à un défi majeur. Ces difficultés viennent de loin et renvoient aux transformations du capitalisme, à des questions de stratégie et à la crise même d’un projet d’émancipation.

5. La restructuration du capital depuis les années 1980 a entrainé l’éclatement des chaines de valeur, une dispersion des salarié.es avec notamment la fin des grandes concentrations ouvrières, une montée régulière de la précarité dont l’ubérisation n’est que le dernier avatar. Dans des pays qui voient leur tissu industriel se déliter, le blocage de la production, arme classique du syndicalisme, non seulement devient de plus en plus difficile à mettre en œuvre au vu de l’atomisation du salariat, mais perd en efficacité. Le mouvement des gilets jaunes s’est situé sur un autre terrain, celui du blocage des flux de marchandises avec l’occupation des ronds-points et des péages d’autoroutes. Même si dans les faits ce blocage est resté modeste, il n’en faisait pas moins peser une menace pour une économie basée sur le zéro stock et le juste à temps. Mais vouloir paralyser l’économie suppose assumer un affrontement avec le pouvoir qui sorte de la ritualisation habituelle du conflit social, que ce soit d’ailleurs pour un blocage des flux ou un blocage de la production. Que ce soit en 2003 ou en 2010, lors de mouvements d’une ampleur considérable contre la réforme des retraites, cette paralysie n’a pas vu le jour que ce soit sous la forme d’une grève générale, réclamée par une partie du mouvement syndical, ou par le blocage de points stratégiques qui avait pourtant commencé à être mis en œuvre à une petite échelle par des équipes syndicales en 2010.

6. Il ne faudrait cependant pas fétichiser telle ou telle forme de lutte. Ce qui a créé la sidération du pouvoir n’est pas tant le blocage de l’économie, qui est resté très limité, que le caractère imprévisible de la mobilisation, auto-organisée et basée au départ sur des initiatives individuelles qui peuvent, ou pas, rencontrer un écho. Remarquons que ce caractère imprévisible s’était manifesté en 2006 lors de la lutte contre le contrat de première embauche (CPE), avec l’entrée dans l’arène de la jeunesse, lutte qui avait débouché sur un succès.Les gilets jaunes ont réussi à ouvrir une crise politique majeure, apparaissant d’autant plus comme un mouvement de fond dans la société qu’il ne se manifestait pas par les canaux habituels de la contestation sociale. Ce qui crée une crise politique, ce n’est pas le soutien de la population, ni l’ampleur des mobilisations. La crise politique nait quand ceux qui dirigent semblent n’avoir aucune prise sur ce qui se passe et c’est à ce moment que la division du pouvoir se manifeste et que des failles commencent à apparaître

7. Ce qui pose la question du rapport à la violence. Il est indéniable que l’occupation de lieux qui renvoient symboliquement au pouvoir comme les Champs-Elysées, les affrontements qui s’en sont suivis et l’impression de chaos à Paris le 1erdécembre ont été un des facteurs de la crise politique. De plus ces affrontements n’ont pas simplement été le fait des habituels groupes organisés, mais ont concerné nombre de manifestants ordinaires indignés par le comportement des forces de police, par l’attitude du pouvoir et révoltés par une situation d’injustice qu’ils ressentaient profondément. Cela explique probablement en partie le fait, décisif, que ces affrontements n’aient nullement entrainé une baisse du soutien du mouvement dans l’opinion publique. Pour cette dernière, le pouvoir a porté la responsabilité des affrontements par son attitude intransigeante et méprisante.

Ce n’est donc pas la stratégie prônant la violence comme moyen d’action qui a été couronnée de succès, c’est le fait que cette violence ait été mise sur le dos du pouvoir. Depuis maintenant quelques années, des affrontements réguliers ont lieu lors des manifestations syndicales, affrontements théorisés par certains comme une nécessité anticapitaliste. Or ces affrontements n’ont jamais permis la création du moindre rapport de forces, permettant au contraire au pouvoir de stigmatiser les manifestant.es. On ne peut donc que suivre Etienne Balibar quand il écrit « La violence physique en tant que contre-violence, antiétatique ou anticapitaliste, ne crée aucun rapport de forces favorable, encore moins une “conscience révolutionnaire”. Au contraire elle met la décision finale à la merci des flashballs, des grenades, peut-être des blindés ».

8. Parti d’une revendication précise touchant à l’augmentation des taxes sur l’essence, ce mouvement s’est élargi à la question de la redistribution des richesses en mettant l’accent à la fois sur la justice fiscale à travers l’exigence du rétablissement de l’ISF et sur la question du pouvoir d’achat avec l’exigence de l’augmentation du Smic et du minimum retraite. Mais la dynamique du mouvement ne s’est pas arrêtée là, débordant du social sur le politique, preuve s’il en était besoin que, lors de crises paroxystiques, la division entre le social et le politique devient obsolète. L’élan de leur mouvement a amené les gilets jaunes a posé la question de la nature de la démocratie avec une forte mise en cause de la démocratie représentative. Ils ont d’abord amené un démenti pratique au populisme de gauche pour qui « il faut construire le peuple ». Ils se sont construits eux-mêmes et n’ont pas eu besoin d’un leader charismatique pour cela. L’auto-organisation, favorisée par les réseaux sociaux, a permis non seulement l’organisation d’actions concrètes à l’échelle locale et nationale, mais aussi une discussion collective sur les revendications. Le refus de tout représentant, même provisoire, celui de tout porte-parole, de toute délégation a donné au mouvement ce caractère non contrôlable qui a paniqué le pouvoir. Cette auto-organisation a été une des forces principales du mouvement.

9. Ce refus de la démocratie représentative a des racines profondes. Historiquement au XVIIIesiècle, « le gouvernement représentatif » s’est mis en place pour empêcher la participation des classes populaires aux décisions du gouvernement. Aux XIXeet XXesiècles, la fin du suffrage censitaire et l’instauration du suffrage universel[6], arrachés de haute lutte, semblent transformer la nature du lien représentatif. La mise en place progressive d’un État social vient conforter le système dont la démocratisation s’accompagne de conquêtes sociales importantes. Le gouvernement représentatif se mue en démocratie représentative qui s’articule en quatre éléments : le suffrage universel, l’existence de droits fondamentaux et de droits sociaux, l’existence de contre-pouvoirs puissants, un espace public qui permet la confrontation des points de vue.

Ces quatre éléments sont aujourd’hui remis en cause. La montée de l’abstention, surtout dans les classes populaires, fait apparaître ce que certains ont pu appeler un « cens caché ». Les droits fondamentaux et les droits sociaux sont attaqués de toutes parts. Les contre-pouvoirs traditionnels sont très affaiblis. Les partis politiques de gauche et les syndicats connaissent une crise profonde : non seulement, l’imaginaire émancipateur sur lequel ils s’appuyaient a disparu, mais ils ont été incapables de bloquer la vague néolibérale et leur mode de fonctionnement vertical et hiérarchique entre en contradiction avec les aspirations des individus à l’autonomie. L’espace public était traditionnellement un espace où la plupart des individus étaient des spectateurs et où s’affrontaient des personnes reconnues comme qualifiées (expert.es, responsables politiques ou syndicaux, journalistes). L’arrivée d’internet a totalement changé la donne pour le meilleur (démocratisation des possibilités de production et diffusion de l’information et du commentaire), et pour le pire (règne de la rumeur, force des visions complotistes qui n’ont pas épargné le mouvement actuel, apparition aujourd’hui de la « post-vérité »).

La transformation du gouvernement représentatif en démocratie représentative n’a donc pas modifié la nature profonde du système. Nous vivons dans une oligarchie élective libérale : oligarchie, car nous sommes gouvernés par un petit nombre d’individus au service des plus riches ; élective, car nous sommes appelés régulièrement à choisir par notre vote ces individus ; libérale, car nous avons historiquement arraché un certain nombre de droits, que les classes dirigeantes essaient d’ailleurs en permanence de remettre en cause.

10. La remise en cause de la démocratie représentative est donc totalement légitime. Mais, ce rejet, si justifié soit-il, ne produit pas automatiquement de solution, ce d’autant plus que représentation et délégation sont souvent confondues. Pour Rousseau, en démocratie, le peuple doit exercer à la fois la fonction législative (ce qu’il appelle le Souverain) et la fonction exécutive (ce qu’il appelle le Prince). C’est évidemment impossible car cela supposerait que le peuple rassemblé assure toutes les tâches concrètes liées à l’exercice pratique du pouvoir. Cela rend pour lui la démocratie impossible et l’on connaît sa formule célèbre : « S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement ».

En réalité, aucun régime politique ne peut fonctionner sans délégation et en démocratie, ces délégués ne représentent pas le peuple, ils en exécutent les décisions. Ainsi à Athènes, la fonction législative est exercée par l’ecclésia, l’assemblée du peuple, et les fonctions exécutives sont tirées régulièrement au sort. De même, il ne peut y avoir de démocratie, et plus globalement de régime politique, sans les institutions qui lui correspondent. C’est le rôle des institutions politiques de créer les conditions d’une participation pérenne des citoyen.nes à la décision politique. Comme l’indique Castoriadis, le rôle de l’action politique consiste en dernière instance à « créer les institutions qui, intériorisées par les individus, facilitent le plus possible leur accession à leur autonomie individuelle et leur possibilité de participation effective à tout pouvoir explicite existant dans la société »[7]. Le problème pratique à résoudre est de évidemment de créer de telles institutions…

11. De plus, le rejet de la démocratie représentative ne saurait s’accompagner d’un rejet des partis politiques et des syndicats, sous peine de rejeter par la même occasion la diversité des points de vue inhérente à toute vie démocratique. Dans ce rejet pointe l’illusion que les gilets jaunes représente le peuple qui sous-entendu serait homogène. Or non seulement, les gilets jaunes eux-mêmes ne sont pas homogènes, mais surtout ils ne peuvent prétendre à être « le peuple ». Car de nombreuses composantes des classes dominées, même si elle ont regardé le combats des gilets jaunes avec sympathie, ne s’y sont pas engagées : classe populaires des banlieues des grandes villes, fonctionnaires, petits paysans, salarié.es des grandes entreprises…

Dans son dernier ouvrage, le philosophe Gérard Bras débute ainsi[8]: « « Qu’est-ce que le peuple ? Je n’en sais rien. Existe-t-il ? Il m’est impossible de répondre à cette question ». Le mot peuple est donc lui-même porteur d’une indétermination manifeste et sa définition fait l’objet de batailles politiques et idéologiques. Philippe Marlière et Michelle Riot-Sarcey[9]dénoncent les apories de la démocratie représentative et font l’éloge de la créativité démocratique du mouvement des gilets jaunes. Ils ont indubitablement raison. Mais ils en restent à cette critique et à ce constat et ne posent pas la question de savoir comment passer à une démocratie active agissant politiquement dans la société. Aucun regard critique n’est porté sur le mouvement actuel et la vision qui en ressort est celle d’un mouvement sans contradictions qui serait, par lui-même émancipateur. Telle est aussi la vision d’un certain nombre de responsables politiques qui se contentent de crier « vive les gilets jaunes » espérant sans doute ainsi recoller à un mouvement qui les rejette. Pierre Dardot et Christian Laval voient bien le problème posé par l’emploi du mot peuple ; ainsi, nous disent-ils « Ce peuple-là n’est jamais “le” tout, il n’est toujours qu’une partie, mais il est cette partie qui ouvre de nouvelles possibilités au “tout”, c’est-à-dire à toute la société ». Mais c’est pour aussitôt dénoncer comme une mystification « le peuple de gauche […] invention mensongère des vieux partis dont la seule fonction est de remobiliser leur base électorale à l’approche de certaines  consultations ou lorsqu’ils sont mis en difficulté ». Or, si le peuple n’est jamais « un », pourquoi considérer comme une supercherie le « peuple de gauche » alors même que cette notion a été un vecteur de mobilisation émancipatrice pendant des décennies. De plus Pierre Dardot et Christian Laval dénoncent « La coïncidence du peuple social et du peuple politique dans un “grand soir“fantasmé » alors que le dépassement de la coupure entre le social et le politique a été un des aspects les plus novateurs de ce mouvement.

12. Mouvement hétérogène, les gilets jaunes n’ont pas manqué de conflits internes. La presse s’est faite l’écho de conflits entre groupes occupant des ronds-points différents et divisés sur ce qu’il fallait faire et défendre. Rien que de plus normal dans un mouvement social. La présence active de l’extrême droite n’a pas réussi à marquer, pour le moment, en profondeur le mouvement qui est resté sur le terrain social et démocratique. Des incidents racistes et homophobes ont eu lieu, mais ils sont restés limités. La question des migrant.es que le RN voulait mettre au centre du mouvement est restée marginale même si les formulations les concernant dans la liste des 42 revendications des gilets jaunes sont pour le moins problématiques. Les visions complotistes autour du pacte mondial sur les migrations de l’ONU, massivement reprises sur internet et par certaines figures en vue des gilets jaunes, n’ont pas eu de prise réelle sur le mouvement, de même que les accusations délirantes portées contre le gouvernement à propos de l’attentat terroriste de Strasbourg.

Mais cela pose la question de savoir comment un tel mouvement peut arriver à débattre en son sein et à construire des consensus. Ainsi l’élaboration et l’adoption des 42 revendications apparues comme étant celles du mouvement est entourée d’un certain mystère… De même, le refus de toute délégation amène les médias à faire leur propre choix et à sélectionner celles et ceux qu’ils estiment être « des bons clients », créant donc, de fait, des porte-paroles. Ce mouvement a posé des problèmes fondamentaux qui ne sont donc pas résolus. Son avenir reste imprévisible et plusieurs possibles cohabitent : un rebond des mobilisations sociales ? un mouvement syndical reprenant l’initiative, une alternative à gauche revigorée, l’extrême droite tirant les marrons du feu… à moins que cela ne débouche sur un mouvement cinq étoiles à la française comme certains gilets jaunes l’ont déjà annoncé avec l’intention de présenter une liste aux élections européennes ? A l’heure où ces lignes sont écrites tout est possible, même le pire.

Pierre Khalfa

[1]La montée de l’insignifiance, p. 110.

[2]Contrairement à ce qu’affirme Samy Johsua, Back to basics, https://blogs.mediapart.fr/samy-johsua/blog/181218/back-basics.

[3]Etienne Balibar, Gilets jaunes: le sens du face à face,https://blogs.mediapart.fr/ebalibar/blog/131218/gilets-jaunes-le-sens-du....

[4]Ernesto Laclau, La raison populiste, Seuil, 2008,p.177.

[5]Pour une critique du populisme de gauche, voir Pierre Khalfa, Le populisme de gauche, réponse à la crise démocratique ?(https://blogs.mediapart.fr/pierre-khalfa/blog/021117/le-populisme-de-gau...) et Populisme de gauche, du nouveau ? (https://blogs.mediapart.fr/pierre-khalfa/blog/170918/populisme-de-gauche...).

[6]La France a le triste privilège d’être le pays qui a mis le plus de temps à passer du droit de vote réservé aux hommes au suffrage universel.

[7]Cornélius Castoriadis, Le monde morcelé, Seuil, 1990, p.138.

[8]Gérard Bras, Les voies du peuple, Editions Amsertdam, 2017.

[9]Philippe Marlière, Gilets jaunes : une remise en cause radicale de la démocratie représentative ?,https://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/141218/gilets-jaunes-u... ; Michelle Riot-Sarcey, Les Gilets jaunes ou l’enjeu démocratique, https://aoc.media/opinion/2018/12/12/gilets-jaunes-lenjeu-democratique/.
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Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:52 En débat Luttes sociales
François Calaret

Danger Le Pen….Que faire ?

2 mois 3 semaines ago

Quelques sondages, en plein mouvement des Gilets Jaunes, montrent des progrès du RN (ex FN) et un tassement de Mélenchon et de la FI, pour ne prendre que ces deux pôles. Il semble déjà assez clair que le mouvement des GJ profite à l’extrême droite plus qu’à la gauche radicale, même si Mélenchon, le mieux placé à gauche, a plutôt bien réagi au mouvement en comprenant qu’il fallait le soutenir.

Cela confirme, d’une part les ambigüités du mouvement, que l’on a observées, comme les réactions sur les réseaux GJ sur le pacte de Marrakech et les migrants ou comme le complotisme à propos de l’attentat de Strasbourg, qui aurait été une manœuvre du pouvoir macronien. Ce n’est pas ce point que je souhaite développer dans ce texte, mais l’autre aspect qui ressort des divers sondages de ces derniers jours : la victoire de Le Pen en 2022 n’est plus exclue. En 2017, Ensemble avait considéré, à juste titre, qu’il fallait appeler à barrer la route au FN, l’idée étant de faire qu’il ait le moins de voix possibles. Mais, même avant le, débat raté de Marine Le Pen, elle n’était pas en mesure de gagner.

Or, aujourd’hui, la situation est sensiblement différente : le pouvoir s’est affaibli très vite et la crise des GJ a aggravé sa chute dans l’opinion, à tel point que le mot d’ordre « Macron démission » est devenu central et qu’une haine contre le président est apparue forte durant les dernières semaines. Il aura du mal à rattraper cela. Et il sera bien difficile en 2022 de faire voter Macron au 2ème tour aux électeurs de gauche du 1er tour. Des camarades diront, à juste titre : notre perspective n’est pas de faire gagner Macron. Certes. Mais notre perspective, qui est de faire gagner une gauche vraiment de gauche ne paraît pas simple non plus : divisée, la gauche fait tout le temps moins de 30 % dans les sondages. Quant au rassemblement du peuple derrière la FI, qui était la ligne de Mélenchon après 2017 (l’est-elle encore ?), il est devenu totalement illusoire, même si la FI demeure en tête de la gauche.

L’autre élément qui conforte ce risque de victoire de la droite extrême, c’est bien sûr l’évolution internationale à cet égard. Les victoires de Trump, de Bolsonaro, les progrès de ces courants en Europe de l’Est étaient déjà inquiétants. Mais, trois situations récentes, dans des pays qui se rapprochent bien d’avantage de la structure sociale et politique de la France, montrent que le risque n’est plus théorique. Que l’extrême droite puisse l’emporter en Italie, même s’il y a des nuances à apporter au Mouvement 5 étoiles, c’est éclairant sur les possibilités de ces courants de gagner, y compris dans un pays qui a vu naître le fascisme et qui fut une terre d’émigration. Quant à l’Allemagne et à l’Espagne, où il y a un progrès rapide de l’extrême droite, même si ces partis demeurent loin du pouvoir, c’est très inquiétant. Dans ces deux pays, sans doute plus qu’en Italie, la mémoire du franquisme et de l’hitlérisme semblait avoir vacciné les populations. En Espagne, Vox, en Andalousie, se réclame ouvertement de l’ancien dictateur.

Alors, il nous faut revenir à la logique qui était celle d’Ensemble en novembre 2013 à la naissance de notre mouvement : le rassemblement de la vraie gauche, celle qui agit contre l’austérité et pour l’écologie, celle qui refuse les diktats de Bruxelles. Cette logique, une partie d’entre nous considère qu’elle est obsolète depuis la campagne de 2017, où Mélenchon, avec talent, a pris presque toute la place à gauche. On pouvait peut-être le penser au lendemain des présidentielles et des législatives. Mais depuis il n’en a rien été, que ce soit sur le terrain électoral, où il y a un tassement de la FI, dans des élections partielles comme dans l’Essonne ou dans les sondages. Et sur le terrain des mobilisations, on ne peut pas dire que la FI fédère le peuple. Elle est même souvent, par son sectarisme, à côté des mobilisations. Sur les GJ, la FI s’est manifestée en soutien, mais, sans se différencier, pensant que les GJ reprenaient son programme. Le résultat en terme électoraux ne semble, pour le moins, pas évident.

Il me semble nécessaire de discuter ici d’un argument souvent employé : il y aurait une course de vitesse entre deux radicalités, celle de l’extrême droite et la nôtre. Et il faudrait gagner cette course de vitesse. C’est, en gros, la ligne de la FI, encore qu’elle varie parfois à ce sujet. Cette ligne, quand a-t-elle réussi ? En Russie en 1917, dans une situation très différente, avec la guerre et une extrême droite liée au souvenir récent du tsarisme. A part cet exemple, je ne vois pas. Par contre, je vois une situation beaucoup plus proche de la nôtre : l’Allemagne des années trente. Le PC allemand, qui atteignit jusqu’à 13% des voix se présentait comme la seule alternative à Hitler, et il progressa dans les divers votes avant 1933. Oui, mais Hitler progressa bien plus vite et la division de la gauche, entretenue par le PC (le PS ayant aussi ses responsabilités), n’en faisait nullement une alternative crédible (alors que, dans les dernières élections libres avant la nuit nazie, la gauche avait plus de voix qu’Hitler).

Quelles que soient nos appréciations sur le passé ou la situation actuelle, les nouveaux éléments liés à ce qui vient de se passer avec les GJ nous interpellent. Un débat est indispensable dans notre mouvement et il l’est dans la FI. La question du rassemblement est posée de manière beaucoup plus pressante qu’auparavant :

    Parce qu’aucun mouvement ne peut, seul, répondre aux questions posées par la mobilisation des Gilets Jaunes, qui est un immense défi au mouvement ouvrier et à la gauche : nous (tous courants confondus) n’avons pas su exprimer les aspirations de celles et ceux que nous devons représenter et elles se sont exprimées en dehors de nous, quels que soient les efforts faits par les un.e.s ou par les autres. C’est une première, me semble-t-il.
    Parce que le danger d’extrême droite menace pour la première fois à ce niveau depuis la Seconde Guerre mondiale et que, même si elle tente de présenter un autre visage, nous savons ce que représente l’extrême droite, notamment pour les populations les plus fragilisées.

C’est bien pour toutes ces raisons qu’il nous faut débattre de la nouvelle situation. Un débat qui n’est pas que le nôtre et qui concerne tout le mouvement ouvrier, toute la gauche. A nous de débattre en interne et d’alerter en externe contre les dangers qui se profilent. Il ne faut pas que débattre, il faut montrer, partout où nous agissons, l’ampleur du danger.

Robert Hirsch

Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:48 En débat Politique
François Calaret

Trump attise la guerre, Macron enregistre un nouvel échec diplomatique…

2 mois 3 semaines ago

Décrétant Daesh vaincu, la brusque décision de Donald Trump du retrait des troupes états-uniennes de Syrie est porteuse de graves dangers pour cette région du monde. Elle ne va pas dans le sens d’une démilitarisation de ce pays mais ne peut, au contraire, qu’attiser la guerre.

Ce départ laisse le champ libre à une intervention militaire de grande ampleur contre le Rojava, menée par le régime belliqueux d’Erdogan en Turquie, auquel les Etats-Unis viennent de vendre pour 3,5 milliards de dollars de missiles Patriot. Pourtant cette zone, sous la direction du parti kurde PYD, représente malgré ses limites, une expérience progressiste dans cette région du monde. Mais l’offensive du régime d’Erdogan vise à écraser toute aspiration à l’autonomie politique kurde en Syrie et en Turquie.

Le départ des troupes états-uniennes incitera également le régime dictatorial d’Al-Assad et ses alliés (régimes iranien, russe et Hezbollah) à entrer dans une course de vitesse pour reconquérir les même territoires. Ces offensives à venir comme les alliances de circonstance, synonymes de partition de facto de la Syrie en zones d’influence, ne prennent aucunement compte des intérêts des populations après l’écrasement de la révolution dans ce pays. Or, Daesh n’est pas encore définitivement militairement vaincu, et l’absence de perspectives politiques pour les masses arabes sunnites de Syrie écrasées par un joug dictatorial risque fort de continuer à alimenter Daesh ou un succédané de Daesh.

Cette décision de Donald Trump constitue enfin un désaveu cinglant pour Macron qui comptait « convaincre » le Président americain de ne pas agir de la sorte en comptant sur leurs « bonnes relations » personnelles. Or, non seulement de telles « relations » ne sont en aucune façon un gage politique sur ces questions mais une telle idée frôle le ridicule avec une personne au comportement aussi erratique que Trump. Sous couvert d’un pseudo-réalisme qui n’est qu’un aveuglement à courte vue, la France s’est privé de développer une approche consistante et en mesure de contribuer à répondre à l’urgence actuelle.

Déjà lors de la bataille d’Affrin, le gouvernement et la majorité avaient foulé au pied les droits de l’Homme en refusant de voir en Erdogan une menace pour la paix. La France, ne souhaitant pas froisser son allié membre de l’OTAN, n’avait pas dit un mot en défense de ces combattantes et combattants kurdes. Aujourd’hui encore, la diplomatie française détourne le regard, nous confirmant une nouvelle fois que Trump et Macron font partie du problème et non de la solution pour faire face aux enjeux globaux auxquels le monde est confronté.

Le départ des troupes étrangères de Syrie doit être globale. Une protection multilatérale doit être assurée par des pays non impliqués et fournie aux populations locales afin qu’elles puissent construire leur avenir sans dictature. Le retour des réfugiés ayant fui la Syrie doit également être un droit assuré par cette protection multilatérale sans laquelle le retour ne signifierait rien d’autre qu’un aller simple vers la mort, les geôles d’Al-Assad ou différentes formes de répression tout en alimentant le terreau dont se nourrit Daesh.

Siégeant à la commission des affaires étrangères, je compte bien interpeller dès que possible le gouvernement sur cette situation dramatique. Et lui rappeler cette phrase d’Edmond Burke : «Pour que le mal triomphe, seule suffit l’inaction des hommes de bien.»

Clémentine Autain

Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:47 International Syrie
François Calaret

COP24 : pendant la catastrophe, la comédie continue…

2 mois 3 semaines ago

La vingt-quatrième Conférence des Nations Unies sur le climat (COP24) vient de se terminer à Katowice, en Pologne. Au lieu de s’appuyer sur le récent rapport spécial du GIEC pour prendre les mesures ultra-urgentes qui s’imposent afin de maintenir le réchauffement au-dessous de 1,5°C par rapport au 18e siècle, la Conférence a péniblement réussi à fixer les règles que chaque Etat devra suivre pour comptabiliser ses émissions de gaz à effet de serre après 2020. Le GIEC est renvoyé à ses chères études, le « rehaussement des ambitions » est remis à une date ultérieure et les pays « en voie de développement » doivent se contenter de promesses vagues concernant le Fonds vert pour le climat.

Parle d’urgence à mon c….

La COP21, à Paris, avait fixé un cap : « rester bien au-dessous de 2°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle tout en continuant les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C ». Dans le sillage de cette décision, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) avait été chargé de rédiger un rapport spécial sur les 1,5°C. Rendu public en octobre dernier, ce rapport alarmant concluait notamment que l’humanité dispose encore d’une douzaine d’années à peine (c’est un maximum) pour éviter un cataclysme de très grande ampleur, et que des changements importants à tous les niveaux de la société sont indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50% en 2030 et les annuler complètement en 2050.

A Katowice, les Etats-Unis, soutenus par la Russie, l’Arabie saoudite et le Koweit, ont mené bataille pour empêcher que le cri d’alarme des scientifiques soit pris en compte par les gouvernements du monde. Ils sont parvenus à leurs fins, puisque la COP24 s’est finalement contentée de remercier le GIEC d’avoir clôturé son rapport dans les délais. La déclaration de huit pages adoptée par la conférence ne fait pas une seule fois la moindre allusion à l’urgence absolue mise en évidence par le GIEC. Alors que les plans climat des gouvernement nationaux (« contributions nationalement déterminées » -CND- dans le jargon) mettent en perspective un réchauffement catastrophique de 2,7 à 3,7°C, aucun Etat n’a pris de mesures pour renforcer ses engagements. On verra plus tard comment combler le fossé entre les paroles de Paris et les actes des gouvernements… si on le comble.

Adieu responsabilités différenciées

Le dos tourné au diagnostic du GIEC n’est pas la seule cause d’indignation face à cette COP. La Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Rio, 1992) stipule que le réchauffement est une « responsabilité commune mais différenciée ». Il s’agit donc de répartir les efforts en tenant compte du fait que les pays dits « développés » sont les principaux responsables historiques du réchauffement. Cette clause, fondamentale pour les pays du Sud, est, depuis le début des négociations, dans le collimateur des pays riches, particulièrement des Etats-Unis. Or, sous couvert d’uniformisation des procédures de comptabilisation des émissions, la COP 24 marque une nouvelle étape de son escamotage progressif.

La COP24 a en effet décidé que les émissions de CO2 d’un pays riche – qui pourrait parfaitement cesser tout de suite de brûler du charbon pour produire de l’électricité – sont mises sur le même pied que celles d’un pays pauvre – qui n’a pas les moyens financiers et technologiques de développer des alternatives vertes. Cette équivalence serait certes justifiée si l’aide des pays développés à la transition énergétique des pays du Sud était réelle, substantielle, inconditionnelle et proportionnelle aux responsabilités historiques. Mais ce n’est pas le cas. Les cent milliards par an du « fonds vert pour le climat » promis à partir de 2020 (une somme est très insuffisante pour financer la transition et l’adaptation) restent surtout une promesse sur le papier, et les pays riches font la sourde oreille lorsque les plus pauvres demandent à être indemnisés pour les pertes et les dommages (losses and damages) causés chez eux du fait des typhons plus violents et autres évènements météorologiques extrêmes.

Cyniquement, ceux qui, à l’instar de Trump, nient la réalité du changement climatique « anthropique » – alors qu’ils en sont les principaux responsables – n’hésitent pas à prétexter de « l’urgence écologique » pour étouffer l’enjeu de la justice sociale. Justice dans les rapports Nord-Sud, évidemment, mais aussi dans les rapports entre riches et pauvres, au Nord comme au Sud. Le mouvement des Gilets jaunes montre clairement qu’il n’y a pas d’issue à la crise climatique par le biais d’une politique néolibérale qui fait des cadeaux aux riches au nom de la compétitivité, d’une part, et taxe les pauvres au nom de l’écologie, d’autre part. C’est pourtant cette politique hypocrite et injuste que les gouvernements veulent intensifier, au nom du sauvetage du climat. En particulier à travers l’instauration (remise à une COP ultérieure) d’un prix mondial du carbone et d’un nouveau « mécanisme de marché » pour généraliser la marchandisation des écosystèmes, avec droits d’émissions échangeables à la clé.

La croissance ou le climat ? Jésus ou Barabbas ?

A l’issue de cette COP, les commentaires de la plupart des observateurs/trices oscillent entre l’image du verre à moitié plein et celle du verre à moitié vide. On déplore la lenteur dans la mise en oeuvre du « bon accord » de Paris. Mais cette lenteur ne découle pas uniquement de la mauvaise présidence polonaise de la COP, de sa soumission aux intérêts charbonniers (la COP24 était sponsorisée par le plus gros exploitant européen de houillères), ou de la crise que le méchant Trump a ouverte dans le « modèle » multilatéral de gestion des relations internationales… Plus fondamentalement, elle renvoie à l’impossibilité de résoudre l’équation climatique sans rompre avec la logique productiviste du capitalisme. Du coup, elle invite à réexaminer le non-dit de la COP21, pour voir le côté obscur du « bon accord » de Paris…

Sauver le climat implique d’arrêter la croissance. Il faut, pour le dire simplement, produire moins et partager plus, ce dont le capitalisme est rigoureusement incapable. Il y a, en d’autres termes, un antagonisme profond entre la solution de la crise climatique, d’une part, et la logique capitaliste d’accumulation, d’autre part. Depuis un quart de siècle, les COP ne font rien d’autre que tourner autour de ce dilemme : la croissance ou le climat ? Jésus ou Barabbas ? L’accord de Paris a donné l’impression qu’une solution était trouvée, mais ce n’était qu’une déclaration d’intentions, un tour de passe-passe. Car, en coulisse, le « bon accord » était sous-tendu par un un projet capitaliste dingue et criminel : le « dépassement temporaire » du seuil de dangerosité du réchauffement. Barrabbas est libre, le Christ est sacrifié, Pilate s’en lave les mains.

UN SCÉNARIO D’APPRENTIS-SORCIERS

L’idée est la suivante: la barre des 1,5°C sera franchie en 2030-2040 – croissance pour le profit oblige ! – mais des « technologies à émissions négatives » et la géoingénierie permettront de refroidir le climat dans la seconde moitié du siècle. Dormez en paix, bonnes gens, tout est sous contrôle… Implicite dans l’accord de Paris, ce scénario est désormais tout à fait explicite dans les publications scientifiques qui servent de base aux négociateurs climatiques – y compris dans les travaux du GIEC.

Ce projet de « dépassement temporaire » est digne d’apprentis-sorciers, pour au moins deux raisons : 1°) les technologies en question sont hypothétiques, voire dangereuses (écologiqument ET socialement), et 2°) des catastrophes irréversibles – par exemple, une dislocation de calottes glaciaires entraînant une hausse de plusieurs mètres du niveau des océans ! – pourraient se produire pendant l’intervalle. Mais les apprentis-sorciers ont l’oreille des « élites » car leur « solution » semble permettre de repousser le dilemme de la croissance à plus tard. Du coup, elle laisse aux multinationales fossiles et aux banques qui les financent le temps nécessaire à la rentabilisation de leurs énormes investissements dans le charbon, le pétrole, le gaz. De facto, l’alliance des fossiles et de la finance dicte ainsi le rythme et les formes de la transition énergétique.

Totalement dévoués aux impératifs du profit, de la compétitivité (entre entreprises, mais aussi entre Etats protecteurs de « leurs » entreprises) les négociateurs ne demandent qu’à croire que le Dieu de la Technologie viendra à la rescousse de leur économie de marché et de son corollaire: la croissance infinie. D’où leur indifférence à la catastrophe en cours et leur enthousiasme, voire leur sincérité, à (tenter de nous faire) croire qu’ils ont conclu un « accord historique » – un de plus. Pendant la catastrophe, la comédie continue.
Justice sociale, justice climatique : un même combat

Après cette COP24, une chose devrait être claire comme de l’eau de roche : il n’y a rien, strictement rien à attendre des gouvernements, des Nations Unies, du « dialogue de Talanoa », de la « High Ambition Coalition », etc. Il faut abandonner radicalement toute illusion sur la possibilité de convaincre tous ces responsables du chaos, quels qu’ils soient, de l’avantage qu’ils auraient à « prendre le leadership » pour « rehausser les ambitions » en pilotant une « transition juste » vers un « développement soutenable », etc, etc. Ils n’en ont rien à cirer, point. Tout ce bla-bla, toute cette mise en scène ont un seul but : endormir les peuples, neutraliser leur réflexion, paralyser leurs organisations. C’est la stratégie de l’araignée. Collaborer, c’est se jeter soi-même dans la toile.

En Belgique, l’impasse de la stratégie de collaboration des grandes associations environnementales (et des directions syndicales qui les soutiennent) est apparue en pleine lumière. En effet, au lendemain de l’énorme manifestation climat début décembre (75.000 personnes à Bruxelles), la « Coalition climat » et le « Climate express » ont prié le gouvernement de droite de ne pas tomber, tandis que Greenpeace suppliait le roi de convaincre la classe politique de l’urgence climatique. Sans succès, évidemment. N’est-il pas évident que cette voie est sans issue? Lorsque tous les recours terrestres auront été épuisés, il ne restera plus qu’à implorer une intervention divine…

Cette impasse est en tout point similaire à celle dans laquelle les directions syndicales se sont enfoncées, fin 2014, en arrêtant leur plan d’action « pour donner une chance à la concertation ». On sait ce qu’il en est advenu : le gouvernement de droite a repris de l’assurance et démantelé l’une après l’autre de nombreuses conquêtes sociales.

Que ce soit en matière sociale ou en matière environnementale, la conclusion est claire : le seul langage que les dirigeants comprennent est celui de la force. Il faut donc construire un rapport de forces et, pour cela, il n’y a qu’un moyen: unir les luttes pour la justice climatique et pour la justice sociale dans une perspective anticapitaliste.

Daniel Tanuro

Publié sur le site de la Gauche anticapitaliste de Belgique.

Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:44 Ecologie
François Calaret