Gauche: un sursaut nécessaire

6 jours 12 heures ago

Un collectif de militants, intellectuels et syndicalistes exhorte à refonder la gauche, déplorant que les «logiques d’affirmation des identités partisanes» aient pris le dessus, «réduisant dramatiquement le poids de la gauche dans la vie politique». Soutenant des listes différentes aux élections, ils appellent néanmoins à «construire du commun» par les luttes.

A la veille des élections européennes, rarement la gauche n’a été en aussi mauvais état. Les logiques d’affirmation des "identités" partisanes qui ont pris le dessus se sont combinées avec l’incapacité à proposer une perspective d’espoir.

La conséquence est un poids dramatiquement réduit de la gauche dans la vie politique.

Sortir de la spirale de l’éclatement, refonder une perspective d’espoir pour le XXIème siècle : voilà l’urgence.

C’est d’autant plus nécessaire que le petit monde qui dirige l’Union européenne sous l’autorité des gouvernements est glaçant : une seule discipline économique, une seule politique de plus en plus autoritaire. Pas de choix démocratique possible contre les traités, a dit le Président de la Commission. Résultats : la tragédie grecque, l’explosion du Brexit, les milliers de morts en Méditerranée, la montée des inégalités, le chômage et la misère, la poussée des nationalismes et de l’extrême droite avec des discours simplistes basés sur le mensonge, la haine et le rejet de l’autre.

Pourquoi choisir les uns plus que les autres, se demandent nombre d’électeurs et d’électrices ? En effet, plusieurs listes à gauche combattent la dérive ultra-libérale de l’Union européenne avec des arguments convergents. La tentation de l’abstention, qu’il faut combattre, est plus forte que jamais.

Alors que les aspirations sociales, écologiques et démocratiques n’ont jamais été aussi fortes, la Gauche s’est révélée incapable d’élargir son audience et de proposer une alternative politique crédible. De plus, nous assistons à un éclatement politique total. Et pourtant, nos forces militantes agissent souvent en commun. Et plusieurs élu·es travaillent ensemble au Parlement européen ! Pour beaucoup de nos concitoyen·es, le mot même de gauche a perdu son sens après que des gouvernements s’en réclamant ont mis en œuvre des politiques néolibérales et autoritaires.

Un mouvement social qui appelle à faire du neuf et à converger

En France, la campagne électorale se déroule alors que le pays est secoué par un mouvement social qui a fait vaciller les institutions, le gouvernement et le Président de la République. Le mouvement des Gilets jaunes a fait trébucher Macron sur sa base électorale étroite de 2017. Va-t-on le laisser se relever et continuer sa révolution ultralibérale, en réalité un capitalisme très autoritaire ?

Cette convergence d’action est encore plus nécessaire avec l’irruption de mobilisations  de centaines de milliers de personnes sur l’urgence climatique. Les gouvernants européens font semblant de saluer ces mobilisations alors qu’ils ne remplissent même pas les engagements de l’Accord de Paris.

De même, de plus en plus de citoyen·nes et de villes sont solidaires et se lèvent aux côtés des migrant·es et des réfugié·es pour dénoncer la carence des États et leurs politiques racistes, fermant les portes aux plus vulnérables.

Les femmes, plus de la moitié de la population, ont déclenché une révolution internationale des rapports de domination trop souvent tolérés, et considérés comme naturels.

Les salarié·es font preuve d’imagination contre le travail surexploité, ubérisé, prescrit et subordonné, l’automatisation, les fermetures d’entreprises.

De nouvelles formes d’antiracisme se développent.

Progressisme/nationalisme : le faux duel

La droite macronienne essaie d’installer en France un faux duel entre progressisme et nationalisme. En réalité ce qui se profile est une défaite morale et politique devant le danger de la droite extrême, sous toutes ses formes, qui gangrène les sociétés.

Construire une alternative pour le XXIe siècle suppose de rompre avec toutes les politiques néolibérales, quels que soient les gouvernements qui les ont portées. Et, de ce point de vue, le bilan de la gauche qui a gouverné est lourd. Mais ce n’est pas suffisant car il y a aussi échec à faire vivre un nouvel imaginaire émancipateur.

Rejetons la tentation de rester toujours sur les modèles historiques immuables. Il ne s’agit pas de faire table rase. Mais de s’appuyer sur les expériences qui nourrissent la réflexion commune. Le « vieux » et le « neuf » s’interpénètrent pour aller de l’avant. Les peuples font partout bouger les anciennes certitudes et tâtonnent avec les nouvelles. Ils inventent sans cesse, notamment la jeunesse.

Le pays est assez riche pour réaliser d’autres politiques. C’est ce qu’ont montré les luttes de 2016 contre la loi Travail « et son monde », celles pour défendre la SNCF…, et bien d’autres moins spectaculaires. Les Gilets jaunes posent aujourd’hui des urgences dont les réponses ne peuvent attendre ; de même que les enseignant·es, les parents, la jeunesse, les retraité·es.

Les mobilisations populaires sont plurielles, et produisent du sens politique. Osons associer la politique issue des luttes avec l’expérience revisitée des forces et mouvements politiques dans leur diversité et richesse.

Rejetons la tentation de rester toujours sur les modèles historiques immuables. Il ne s’agit pas de faire table rase. Mais de s’appuyer sur les expériences qui nourrissent la réflexion commune. Le « vieux » et le « neuf » s’interpénètrent pour aller de l’avant. Les peuples font partout bouger les anciennes certitudes et tâtonnent avec les nouvelles. Ils inventent sans cesse, notamment la jeunesse.

Construisons !

L’espérance d’émancipation vient de loin, des grandes révolutions populaires, des expériences du salariat et des luttes sociales entrecroisées. Elle vit toujours. Intégrons les données nouvelles de notre temps. Un sursaut général est indispensable.

Même si nous soutenons des listes différentes pour les élections européennes, nous proposons de construire du commun pour l’émancipation collective. C’est un chantier où toutes les bonnes volontés sont requises. La lutte des classes n’a pas disparu, ni le clivage gauche/droite. Les rapports de domination sociale, de sexe et d’origine se combinent avec l’exploitation économique. L’imaginaire écologiste doit imprégner les luttes sociales et inversement. La demande démocratique grandit partout, contre un pouvoir autoritaire et violent. La gauche n’est pas un acquis qu’il suffit d’afficher. Son sens a été dévoyé. Il faut la reconstruire dans les luttes, la refonder.

Dès à présent, beaucoup de luttes, de questions et de propositions nous rassemblent :

    - Justice sociale et climatique, même combat !
    - Égalité femmes/hommes dans le travail et toute la société !
    - Refus de toutes les formes de racisme et de toutes les discriminations !
    - Lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes, et contre l’homophobie.
    - Solidarité internationale et accueil des populations migrantes ou réfugiées !
    - Arrêt des privatisations en cascade ! Reconquête et développement des services publics et de la fonction publique !
   - Pas touche à la retraite par répartition !

Le temps presse.

Débattons ensemble de toutes les questions à venir sans tabous et préparons l’alternative majoritaire.

Nos luttes méritent de trouver une issue politique.

Nous n’avons plus de temps à perdre. C’est maintenant ! Retrouvons-nous vite en juin pour entamer ce processus de reconstruction.

Premiers signataires :

René Agarrat, citoyen militant réinventer la gauche Marseille
Pouria Amirshahi, Président de Politis
Gérard Aschieri, syndicaliste
Etienne Balibar, philosophe
Fatima Benomar, militante féministe
Jean-Yves Billoré-Tennah, Maire de Tôtes (76), Génération.s, Candidat aux élections européennes sur la liste du Printemps Européen
Laurence Boffet, conseillère d’arrondissement Lyon 1er- Ensemble !
Jean-Claude Branchereau, syndicaliste
Patrick Brody, syndicaliste
Michel Cahen, directeur de recherche CNRS, Bordeaux.
Jean Combasteil, ancien député et ancien maire de Tulle
Armand Creus, Ensemble !
Christophe Delecourt, syndicaliste
Gilles Desseigne, syndicaliste
François Dubreuil, EELV, Unis pour le climat
Olivier Dupuis, syndicaliste
Michèle Ernis, Conseillère municipale Saint-Etienne du Rouvray- Ensemble !
Emile Fabrol, NPA
Olivier Frachon, cadre
Frédéric Genevée, historien
Karl Ghazi, syndicaliste
Jean-Marie Harribey, économiste
Pierre Khalfa, économiste
Jean-Yves Lalanne, maire de Billère (64), GDS
Jacques Lerichomme, syndicaliste
Thierry Lescant, syndicaliste, féministe
Jean-Claude Mamet, militant d’Ensemble !
Philippe Marlière, politiste
Georges Martel, secrétaire général Cap à Gauche 19 - sec adj C6R - Animateur Cercle Jean Poperen
Christiane Marty, chercheuse
Gus Massiah, économiste, altermondialiste
Anne Mejias de Haro, syndicaliste
Jean Philippe Milesy, militant de l'économie sociale
Franck Mouly, PCF
David Nakache, Président de Tous citoyens (Nice)
Willy Pelletier, sociologue
Gérard Perrier, syndicaliste, club Réinventer la Gauche (Marseille)
Jacques Rigaudiat, économiste
Suzy Rojtman, militante féministe
Eric Thouzeau, conseiller régional GDS des Pays de la Loire
Aurélie Trouvé, altermondialiste
Marie-Christine Vergiat, députée européenne sortante, Gauche Unie Européenne
Jérôme Vérité, Syndicaliste Transports, candidat sur la liste Génération.s
Denis Vicherat, éditeur, Les Editions Utopia
Patrick Viveret, philosophe, militant associatif

Type:  Article Lundi, 20 Mai, 2019 - 17:05 En débat
François Calaret

Regarder la menace en face

6 jours 12 heures ago

« L’affaire Andréa Kotarac », ancien responsable « jeunes » du PG et élu régional France insoumise, est une opération réalisée au seul bénéfice du Rassemblement national de Marine Le Pen. C'est un coup sévère porté non seulement contre La France insoumise, mais contre toute la gauche.

Elle offre l'occasion de relancer le thème habituel d'une prétendue conjonction des « extrêmes ». Insultant pour les membres de La France insoumise et aussi de la gauche radicale, cette propagande est malgré tout facile à combattre tant les oppositions avec l'extrême droite sont évidentes. Plus dangereux  le fait qu'Andréa Kotarac, relayé par Marine Le Pen, justifie son ralliement au Rassemblement national au nom de références à ce qu'il dit être des fondamentaux politiques de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise. Cela tant dans le domaine international que pour les élections européennes.

Dans le domaine international, il évoque la question des relations avec la Russie et des orientations souverainistes et nationalistes.

A propos des élections européennes, il interprète le thème du « référendum anti-Macron » comme devant conduire, pour battre Macron, à voter pour la liste Rassemblement national.

Pour Andréa Kotarac il s'agit de l'aboutissement d'un processus visiblement ancien, marqué en avril 2019 par sa participation à la réunion de Yalta en Crimée (*), et qui se concrétise aujourd'hui  par cette décision de soutenir le Rassemblement national, dont découlent ses démissions de La France insoumise, de son mandat d'élu régional et son exclusion du PG.

Ce positionnement doit être dénoncé pour ce qu'il est : un reniement des valeurs fondamentales de la gauche et une dérive politique d'une extrême gravité. Et l'alarme doit être prise au sérieux. Elle confirme la gravité de la menace que représente le Rassemblement national, dont on voit qu'il est en capacité de développer son influence y compris dans certains secteurs de gauche.

La vigilance nécessaire à cet égard appelle une réflexion de la gauche et de ses diverses composantes. Quelle convergence des luttes, quelle unité populaire pour favoriser l'émergence d'un front social, écologique et politique riche de sa diversité, ce dont ne peut rendre compte un clivage réducteur «  peuple/élites » ? Quelles conception et pratique de la souveraineté populaire et de l'internationalisme à opposer au nationalisme souverainiste en France, en Europe, dans le monde ? Pour une gauche digne de ce nom, que signifie revivifier le clivage gauche/droite  dans le contexte de crise de la représentation et de panne du projet d'émancipation ?

Ce sont quelques unes des questions qui appellent un travail de fond pour clarifier des problématiques déterminantes pour le devenir de la gauche, pour ses interventions, pour son combat spécifique contre l'extrême-droite. 

Laurence Boffet, Pierre Cours-Salies, Armand Creus, Michelle Ernis, Jean-Claude Mamet, Roland Mérieux, Jean-François Pellissier, Cécile Silhouette, Francis Sitel

(*) : A Yalta, dans la Crimée annexée par la Russie, s'est tenue une conférence internationale organisée par Poutine, à laquelle ont parmi d'autres participé Thierry Mariani et Marion Maréchal Le Pen...

Type:  Article Lundi, 20 Mai, 2019 - 17:01 En débat
François Calaret

Mobiliser pour l'éducation au Brésil

1 semaine 5 jours ago

Le mercredi 15 mai prochains tous les Brésiliens et Brésiliennes liés à l’éducation publique, à la recherche, à la science, arrêtent tout pour sortir dans les rues pour protester contre les propositions du gouvernement Bolsonaro.

Le ministre de l’Éducation Abraham Weintrab provoque la colère, incitant les préjugés et prônant l’extinction des disciplines importantes pour la connaissance humaine comme la philosophie et la sociologie, en annonçant la coupe budgétaire de 30 % des universités publiques. Ceci ajouté à la réforme du lycée – finir avec toutes les disciplines qui se nourrissent de créativité, la recherche, l’échange de la connaissance, la diversité, la pensée critique. Dans les écoles, les élèves sont invités à dénoncer les maîtres ou maîtresses qui osent donner leur avis sur l’ouverture vers un sujet considéré comme interdit – droits des LGBT, des noirs, etc.

Au Brésil, ils sont 2,2 millions enseignants, 80 % des femmes qui ont leurs droits menacés. La proposition du gouvernement de la réforme des retraites nuit les travailleurs de l’éducation partout au pays, en particulier les femmes. Pour obtenir une retraite complète (moyenne des cotisations payées), le temps nécessaire est de 40 ans pour les enseignants et les enseignantes. Avec cela, les femmes devront contribuer obligatoirement 10 ans de plus pour profiter pleinement. La modification de la règle de calcul réduit les acquis. Aujourd'hui, 20 % de plus petites contributions sont exemptées. La nouvelle règle définit que les 100 % des contributions seront prises en compte.

Le parcours des enseignantes et enseignants est très difficile étant donné les conditions précaires dans les écoles, les salaires extrêmement bas, le métier méprisé par la plupart des maires où des gouverneurs qui évitent d’investir dans l’éducation.

Écoles, lycées, universités, organes de recherche tout s’arrêtent au Brésil mercredi. Ce mouvement se mobilise contre le démantèlement de l’éducation et de la retraite et se met en grève.

En France, étudiantes et étudiants veulent exprimer leur solidarité avec les travailleurs de l’éducation au Brésil dans un rassemblement le mercredi 15 à 13 heures devant l’entrée principale de la Cité universitaire, RER Cité universitaire

Collectif Mario Pedrosa

Type:  Article Mardi, 14 Mai, 2019 - 16:25 International Brésil
François Calaret

CGT : un congrès lourd d’enjeux

1 semaine 6 jours ago

De congrès en congrès, les enjeux deviennent de plus en plus décisifs pour la CGT. Au congrès de Marseille d’avril 2016, en pleine mobilisation sur la loi Travail, il s’agissait à la fois d’agir en phase avec le mouvement, mais aussi de solder une crise de direction (crise Le Paon), en réalité plus profonde sur le mode d’organisation CGT et la stratégie. A Dijon, au 52ème congrès du 13 au 17 mai 2019, tout ce qui n’a pas été résolu précédemment sera mis sur la table, au risque d’un embouteillage.

Mais il faut aussi reconnaitre que les problèmes posés touchent tout le syndicalisme, toutes les organisations qui agissent dans les luttes sociales, voire même interrogent sur une crise globale de l’organisation des luttes collectives et de leur expression.

Le défi Gilets jaunes

La première chose qui frappe en cette période de préparation d’un congrès, c’est que rien ne semble prévu pour susciter le débat dans les publications de la CGT : pas d’espace dédié, pas de tribunes, ni écrite ni électronique. C’était pourtant une tradition.

Il y a certes dans la NVO d’avril 2019 des reportages intéressants sur les initiatives prises par certaines organisations CGT pour encourager la discussion (Est de la France, Paris). Ajoutons qu’on peut lire sur le site de certaines structures (exemple : chimie) des commentaires très critiques sur l’orientation proposée pour le congrès. Nous y reviendrons. Sans préjuger du fond, il est d’ailleurs assez normal et sain que des structures CGT (fédérations, UD, UL…) s’expriment sur les questions en débat. Un congrès CGT est certes « le congrès des syndicats », selon la formule consacrée et statutaire. Mais le syndicalisme étant un mouvement collectif, chaque structure a acquis une expérience qui rend légitime son point de vue, s’il est partagé et s’il permet un échange utile (comme on peut l’observer dans les congrès d’autres organisations, comme Solidaires ou la FSU, où les fédérations et unions syndicales font souvent connaitre leur point de vue sur les débats en cours). Cela n’empêche pas forcément- au contraire- qu’en dernier ressort ce soient les délégué-es des syndicats qui proposent et tranchent par leur vote.

Le congrès se tiendra en situation « chaude », avec la secousse énorme que provoque dans la société et le syndicalisme le mouvement des Gilets jaunes. Il y aura très probablement une « motion d’actualité » au congrès sur ce point. Ce fut le cas au congrès de Marseille en plein cœur de la lutte contre la loi Travail. Cette fois-ci, comme rien dans les documents mis à disposition n’évoque l’actualité, l’attente risque d’être décuplée. Or, il suffit d’écouter les militants-es CGT, ou de lire la presse CGT : le mouvement des Gilets jaunes est sur toutes les lèvres, dans toutes les têtes. Le numéro 1751 du Peuple (organe officiel de la CGT) de février 2019, qui retranscrit les débats du Comité confédéral national (CCN), réunissant avant le congrès les directions fédérales et départementales, montre à quel point la situation obsède le réseau militant. Quasiment toutes les interventions, à commencer par le rapport de Philippe Martinez, évoquent le défi des Gilets jaunes pour le syndicalisme. Soit pour prendre distance, soit pour trouver au contraire le moyen de converger et d’amplifier le rapport des forces sociales.

Il serait donc logique que les organisations et délégué-es puissent assez tôt disposer d’une actualisation de la partie du texte d’orientation exposant la stratégie des luttes. Attendre le congrès serait prendre le risque d’une exaspération. D’autant plus que la « matière CGT » est devenue facilement inflammable : les congrès sont souvent le théâtre d’expressions de colère, d’autant plus vives que le débat démocratique, le traitement tout à fait normal des divergences, n’est pas préparé en amont. Cela témoigne d’une inquiétude existentielle : la CGT est-elle encore en phase avec son temps ? N’est-elle pas dépassée sur sa gauche par des mouvements plus efficaces ? Est-elle encore enracinée dans la réalité du monde du travail ? Que faut-il faire pour remonter la pente ? Et inversement, pourquoi la CGT est-elle concurrencée sur sa droite, en matière d’implantation, par une CFDT dix fois plus éloignée qu’elle des attentes populaires les plus vives ?

Beaucoup dans la CGT tirent depuis longtemps la sonnette d’alarme, notamment sur la baisse des recrutements. Des (bonnes) résolutions ont été prises, mais peu appliquées. Comme si la structure CGT était paralysée par une sorte d’inertie des volontés rendant tout changement très difficile. Il en va de même de l’évolution des structures elles-mêmes. Pas mal de jeunes salariés-es regardent la CGT (voire au-delà le syndicalisme en général) comme une machine inadaptée à leurs attentes. Lorsqu’ils ou elles côtoient des cégétistes dans le travail quotidien, il n’y a pas d’hostilité, au contraire même. La demande d’un outil de type syndical existe donc. On le voit avec les « cortèges de têtes » très vivants qui précédent depuis 2016 toutes les manifestations. Mais justement, ce « syndicalisme et ces interpro de la rue » (où tous les métiers se mélangent), expriment une liberté d’agir nouvelle, « pour un syndicalisme du mouvement » (voir nos articles à ce sujet dans : www.syndicollectif.fr).

La CGT menacée

Autrement dit : dans quelle société vivons-nous ? Après plus d’un siècle d’existence, la CGT n’est-elle pas menacée comme elle a pu l’être après la chute du mur de Berlin, comme en témoignait les débats des années 1990 ? Heureusement, la première salve des luttes contre la domination libérale du monde (1995 et années suivantes) a opportunément redonné de l’énergie collective.

Quinze ans après, la défaite de 2010 sur les retraites, contre Sarkozy, a fortement ébréché cette illusion. Le renouveau possible des méthodes d’action que la bataille de 2016 contre la loi Travail avait mis à jour n’a pas été exploité. La portée politique de la lutte sociale- alors que l’intersyndicale de 2016 était de fait l’opposante principale du gouvernement- n’a pas été exploitée syndicalement (ni politiquement d’ailleurs), laissant ainsi s’installer l’idéologie macronienne et son triomphalisme désespérant. L’Etat néolibéral et vertical enrégimente la question sociale à coup de mesures fiscales, détruisant le salaire socialisé, accompagné de mépris et de répression violente.

Mais la chaine sociale a craqué dans un maillon inattendu et souterrain. Les invisibles, les non syndiqués, les non organisés, les abstentionnistes, les révoltés jusqu’ici sans voix, ont fait irruption sur la scène. Cette révolte, non issue du syndicalisme, charrie bien sûr des scories, des dérapages de toutes sortes (parfois instrumentalisés), souvent porteurs de schémas invraisemblables sur le lieu et l’origine des inégalités sociales (les Champs-Elysées par exemple). En apparence, il ne prend pas pour cible directe le patronat. Mais cahin-caha, il s’est peu à peu coagulé dans une dimension « classiste » bien que non clairement formulée. Des équipes CGT le voient bien et tentent la jonction. La direction de la CGT le reconnait. P. Martinez le dit : ce sont presque nos propres revendications. Mais sous prétexte qu’il n’y aurait pas d’interlocuteur chez les Gilets jaunes (ou qu’il y a des « petits patrons » parmi eux), rien n’est fait nationalement pour construire une politique d’ouverture. La CGT reste dans son couloir.

Le résultat est le suivant : les deux mondes de la résistance sociale- mouvement des Gilets jaunes et syndicalisme- continuent à se regarder en chien de faïence. Les deux cours d’eau ne forment pas un fleuve. La combativité « jaune » se répand dans la société, dans les luttes, dans le regain de vigueur des luttes de chômeurs, ou le dynamisme retrouvé dans l’Education nationale. Mais personne nationalement (sauf des structures CGT dites « oppositionnelles ») ne cherche à faire synthèse, personne ne tend la main à l’autre. Comme si on attendait que…tout redevienne comme avant. Mais qui n’avance pas recule.

L’intérêt du document d’orientation

Le document d’orientation proposé au congrès ne manque pas d’intérêt. Il comprend un préambule et cinq parties : 1 : réalité et avenir du travail ; 2 : Statut du travail salarié ; 3 : Rapport de forces et convergences des luttes (dont la question de l’unité) ; 4 : Déploiement, syndicalisme de masse ; 5 : Enjeux européens et internationaux.

A propos du thème « travail », la CGT a entrepris une réelle évolution. On peut s’en apercevoir par sa participation active au Collectif Travail et Démocratie, mis en place depuis l’automne 2018 avec des chercheurs, des psychologues, des associations agissant sur ce thème, des SCOP, des analystes et experts CE et CHSCT, et aussi d’autres syndicats (Solidaires, FSU). Le Collectif Travail et Démocratie vise à approfondir l’approche du travail et montrer les retards du mouvement ouvrier à cet égard. Les cégétistes présents, en responsabilité confédérale, expliquent le renouvellement d’approche : pas seulement écouter les salarié-es, pour ensuite mieux leur transmettre la vérité CGT (conception « avant-gardiste » remise en cause). Mais considérer que les salariés eux-mêmes sont les meilleurs « experts » de leur travail concret, celui qui est rarement étudié et discuté, et faire d’eux et elles des « passeurs de parole ». Cette méthode (qui porte des résultats revendicatifs et en syndicalisation) se retrouve dans le document. Mais il n’est pas certain que toute la CGT se soit emparée de cette approche nouvelle partout au même niveau. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette question figure en tête des documents de congrès. Sauf qu’au congrès lui-même, il en est peu question. On vérifiera à Dijon le chemin parcouru.

Il est également possible qu’au congrès, comme cela a déjà été le cas, l’approche par « la porte d’entrée du travail » entre en tension avec la démarche plus ancienne, qualifiée un moment de « colonne vertébrale » : celle du « statut du travail salarié », et de la « sécurité sociale professionnelle », point 2 du document. Cette autre démarche a longtemps été soupçonnée de dérive « réformiste » (négligeant la lutte contre les licenciements et la responsabilité des patrons), ou de possible mise en cause des « acquis » des conventions collectives existantes ou encore du statut de la fonction publique ou des entreprises publiques (SNCF, EDF…). Il y a donc maintenant une double crainte : que la « démarche travail » dérive elle-même vers une adaptation de la CGT à la seule écoute des salariés et donc à l’oubli des orientations « de classe » du syndicat. Crainte s’ajoutant à celle plus classique que le « statut du travail salarié » englobe et dilue les statuts publics, à l’heure où le gouvernement les attaque frontalement. Le document s’efforce de montrer la complémentarité des approches, mais réussira-t-il à convaincre ? Cette question (le travail concret ou « réel », et les statuts professionnels) n’agite pas que la CGT. Elle est au centre de bien des controverses publiques.

S’y ajoute un défi supplémentaire : les travailleurs des plates-formes, les autoentrepreneurs, qui n’ont pas le statut juridique de salariés (et souvent affirment refuser la « subordination » qu’ils subissent pourtant de plein fouet sur le plan économique) intéressent-ils la CGT ? Faut-il et comment les syndiquer, les organiser ? Il y a des résistances. Le document semble évoluer vers la notion de « statut du travail » tout court, englobant les statuts ubérisés, ce qui pourrait provoquer des inquiétudes. L’évolution contemporaine du monde du travail sous domination néolibérale percute fortement les routines syndicales.

Les luttes, c’est politique

Les difficultés de la convergence des luttes sont abordées sans faux fuyant : « Les dernières manifestations interprofessionnelles n’ont pas recueilli la masse attendue au-delà de nos forces et de notre corps militant » (document d’orientation). Et beaucoup oralement ajoutent : nous sommes mêmes en-dessous de nos forces. Au CCN de février, certaines interventions rapportées dans le Peuple N° 1751 demandent des explications aux fédérations qui n’appellent pas aux actions confédérales décidées collectivement.

Là encore, là surtout, la question des Gilets jaunes interpelle fortement. Pourquoi les luttes syndicales ne font guère trembler le pouvoir (quand bien même elles mobilisent maintenant plus de monde les 5 février et le 19 mars que le total des manifestations Gilets jaunes), alors que les Gilets jaunes l’ont fait vaciller sur ses bases à la fin de l’année 2018 ? La CGT argumente sur la grève, que les Gilets jaunes n’emploient pas, et qu’elle qualifie comme « l’arme la plus efficace ». Le document d’orientation n’oublie pas cependant de pointer d’autres outils et « l’inventivité dans la conduite des luttes » : pétitions « virales », actions Robin des bois (remise de l’électricité aux ménages subissant des ruptures), etc. On se souvient aussi des débats chez les cheminots à propos de la grève 2 jours sur 5 du printemps 2018.

Il faut le reconnaitre : le débat sur la stratégie des luttes, comme le printemps 2016 l’a montré, est devenu très difficile. Mais peut-être faut-il admettre aussi que ce qui a fait la force des Gilets jaunes à la fin de 2018, outre une popularité incroyable, c’est leur audace à cibler le pouvoir politique : Macron symbole de l’Etat néolibéral honni. Or, c’est bien cet objectif de politisation que le mouvement de 2016, ou celui des cheminots de 2018, n’a pas voulu ou su prendre en charge. Admettre la dimension politique de l’action est une des questions nodales que le syndicalisme bercé par une certaine liturgie de la Charte d’Amiens de 1906 ne parvient pas à résoudre. Sans oublier les rapports de …subordination que la CGT a elle-même acceptés au cours de la période Union de la gauche et de symbiose avec le PCF. Période dont elle voudrait justement se débarrasser, mais sans avoir inventé de réponse nouvelle, au-delà de la sempiternelle affirmation que la CGT « n’est pas neutre », mais refuse la « co-élaboration d’une projet politique » (déclaration d’octobre 2005).

Avec le processus « Marée populaire » de 2018, qui avait abouti à la manifestation du 26 mai 2018, et qui associait syndicats, associations, forces politiques, une ébauche de nouvel outil semblait s’inventer. Sans parler de « co-élaboration », un processus d’échange aurait pu s’amorcer sur le fond. Mais la CGT a dit en septembre 2018 que Marée Populaire ne devait pas être un « collectif pérenne ». Qu’en pense-t-elle maintenant ? Le document n’en dit pas un mot, sans fermer la porte aux « convergences » « avec le monde associatif et politique ». Pourquoi mettre le monde associatif sur le même plan que les forces politiques, comme cette phrase semble le suggérer ? Comment avancer ? Rien n’est précisé. Le débat, même s’il est complexe (c’est le cas dans tous les syndicats), n’est pas posé. Or, la CGT, par toute son histoire, ne peut pas rester muette, ou trop générale, sur une telle question. Mettre la poussière sous le tapis ne prémunit personne.

L’unité, pomme de discorde

La construction du rapport des forces débouche sur le débat très clivant à propos de l’unité syndicale. Vieille question, là aussi. Dans toute son histoire, la CGT n’a cessé d’alterner entre phase unitaire (1966-1978) et phase de repli (mandature Krasucki au début). Tout en affichant que « la promotion d’un syndicalisme unifié est au cœur de son identité » (document d’orientation du 52ème congrès). Cela fait en effet partie de ses statuts.

Louis Viannet a tenté, avec la conception du « syndicalisme rassemblé », de dépasser le faux clivage entre l’unité par le bas (celle des travailleurs), souvent priorisée par les sectaires, et l’unité par le haut, qui serait celle des dérives « réformistes ». La formule de Viannet semblait donc plus complète et prometteuse. Elle le fut en 1995 (ou encore en 2006 contre le CPE), mais dès la fin des années 1990, elle a été comprise, malgré toutes les dénégations des secrétaires généraux successifs, comme une volonté de privilégier la CFDT. En réalité, cette formule est devenue au fil du temps une rhétorique de l’unité, sans que rien ne change dans le paysage syndical, où la CGT devait…rester la CGT immuable. Ainsi les rapprochements esquissés avec la FSU (au moment du congrès de Nantes en 2009) ne donnent lieu à aucun débat, hormis pour quelques initiés. Quant à Solidaires, dont le réseau militant recherche sur le fond la même chose que la CGT, jamais la CGT n’en discute : c’est un angle mort.

L’alternance des phases d’unité et de repli sur la seule CGT est donc repartie de plus belle après la défaite de 2010, où la CFDT faisait partie du front syndical tout en freinant des quatre fers. Mais la CGT est moins que jamais en situation de mobiliser seule (comme certains en rêvent) à la hauteur des attaques du capitalisme libéral et des gouvernements à sa botte. D’autant que le monde social bouge en profondeur sous les pas des militants essoufflés par trop de tâches. Les jeunes, les précaires, les femmes, les catégories des services, de l’économie numérique, ne se reconnaissent pas dans les traditions et les routines syndicales.

Dans cette situation où il faudrait discuter calmement des limites atteintes par les pratiques routinisées, certaines organisations CGT estiment que « c’est la faute au syndicalisme rassemblé », et notamment des rapports avec la CFDT (pourtant bien minces !) si des luttes d’ampleur ne sont pas menées. Certains en viennent même à penser que l’unité d’action de 2016, scellée avec Force ouvrière pendant six mois, a également été la cause de la défaite, redoublée en 2017 sur les ordonnances Macron. Cette critique interne a été entendue au 51ème congrès de Marseille par Philippe Martinez, qui a paru enterrer le « syndicalisme rassemblé » (la formule) et admettre qu’elle avait conduit à trop privilégier des rapports de « sommet ». Mais là encore, la formule tant décriée n’a pas été remplacée par une vision nouvelle. Une partie de la « base » a été rassurée provisoirement, mais la stratégie CGT n’y a rien gagné en clarification.

Le document du 52ème congrès, fort heureusement, insiste à nouveau sur l’impératif unitaire. La nécessité du rassemblement « permanent » réapparait, avec la bonne indication : viser la masse des travailleurs. Mais si comme l’affirme le document, le « trop grand nombre d’organisations syndicales » finit par « nuire au rassemblement du monde du travail », aucune esquisse n’est tracée pour en sortir par le haut et susciter une nouvelle dynamique militante dans le salariat. Par exemple en approfondissant les rapprochements (une esquisse avait débuté avec FO avant sa crise de direction) avec ceux qui sont les plus proches (FSU, Solidaires, FO). En posant ouvertement le défi d’un pôle commun structuré et stable, incluant le monde associatif. Et simultanément en proposant un cadre de débat public avec les organisations les plus éloignées (CFDT) dans leurs conceptions nationales, mais dont les militants-es peuvent être plus disponibles sur le terrain.

Or la CFDT a récemment réussi deux choses : promouvoir un cadre commun de propositions avec d’autres syndicats (UNSA, CFTC) et des associations (17 organisations en tout), tout en amplifiant l’écho de cette démarche avec l’aide du « politique » Nicolas Hulot. La CFDT « opposante » de Macron, comme le dit généreusement Le Monde ? Certainement pas, mais capable d’initiative : oui.

Il faut espérer que la CGT innove vraiment, en lien avec d’autres organisations qui apporteraient du sang neuf à une force commune à inventer. Beaucoup de gilets jaunes pourraient aussi redonner de l’énergie au syndicalisme, si celui-ci ouvre ses portes et accepte d’être bousculé.

L’international et l’Europe, terrains d’affrontements

Le congrès de Dijon pourrait être le théâtre de vives empoignades sur les affiliations internationales de la CGT, à savoir la Confédération européenne des syndicats (CES) et la Confédération syndicale internationale (CSI, née en 2006). Un nombre de plus en plus grand de structures CGT (fédérations chimie, commerce, agro-alimentaire, unions départementales 13, 94, des syndicats) estiment que la CGT devrait quitter ces organisations et réadhérer à la Fédération syndicale mondiale (FSM) dont elle était sortie en 1995. Elles prétendent ce faisant que la CGT renouerait avec le véritable syndicalisme « de classe » (et de masse ?) ou en tout cas, ne serait plus embarrassée par ses rapports avec la CFDT soupçonnée d’influer davantage sur la stratégie de la CGT depuis que celle-ci est entrée à la CES (début 2000). Comme l’explique Jean-Pierre Page, ancien responsable du secteur international CGT et théoricien du projet d’un retour à la FSM : plutôt que la CGT influence et rende la CES plus combative, « la transfusion idéologique [s’est] opérée dans le sens inverse » (voir notre encart ci-dessous sur cette tribune co-signée Jean-Pierre Page et Pierre Lévy, ancien journaliste à l’Humanité).

Ces syndicats et fédérations CGT « pro-FSM » mettent bien sûr le doigt sur certaines failles de la stratégie CGT. Elles avaient (pour certaines) participé en 2013-2014 à la formation du Collectif Alternative à l’Austérité (Collectif 3A) lancé à l’initiative de la Fondation Copernic contre la politique de François Hollande. Et en ce moment, elles critiquent la frilosité de la confédération qui se refuse à tendre clairement la main au mouvement des Gilets jaunes. C’est pourquoi elles organisent, sans aval confédéral, une mobilisation nationale à Paris le samedi 27 avril prochain, en ayant auparavant pris contact avec des figures connues des Gilets jaunes (comme Priscillia Ludoski) afin de tenter une action commune. La disponibilité de P. Ludoski montre qu’une démarche confédérale était possible. Mieux : qu’elle aurait pu se faire avec d’autres organisations syndicales qui soutiennent les Gilets jaunes (ce qui ne sera pas le cas le 27 avril).

Néanmoins, si ces structures ne manquent pas d’arguments pour critiquer aussi l’inaction de la CES (qui pourrait après son congrès de juin 2019 être présidée par Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT !), la « solution FSM » proposée en alternative au couple maudit CES-CSI laisse pantois. Si la FSM a pu après la 2ème guerre mondiale représenter un court moment et réellement le mouvement syndical mondial, elle est vite devenue après la guerre froide une branche des appareils d’Etat de l’URSS et ses satellites. Et même pire : une structure proche des Etats dictatoriaux alliés de la diplomatie soviétique. Il parait donc invraisemblable qu’après l’écroulement des pays faussement appelés « socialistes », il y a près de 30 ans, certains syndicalistes regardent encore de ce côté pour trouver une solution aux difficultés bien réelles du syndicalisme contemporain et international.

L’hypothèse d’explication qui vient à l’esprit est la fascination que peut exercer un discours apparemment anti-impérialiste, propre à la FSM, dans certaines structures dirigeantes CGT et pour un certain nombre de militant-es. Ceux-ci ressentent douloureusement que la CGT n’est plus exactement le très grand syndicat hégémonique qu’elle a été, ce qui est dur à admettre (le même ressentiment existe au sein du PCF par exemple, ce qui explique son repli identitaire à son congrès de novembre 2018). Pour la CGT, la solution d’un retour à la FSM ne serait en aucun cas la reprise d’une stratégie « lutte de classe » en phase avec le salariat de notre temps. Elle irriguerait toute l’organisation d’une phraséologie creuse, et qui la menacerait dans son existence même, la coupant des attentes du monde du travail. Elle symboliserait non pas l’avenir, mais un retour vers le passé.

Le syndicalisme, et donc la CGT, en ce 21ème siècle tellement surprenant, est confronté à un problème gigantesque de renouvellement de ses méthodes, de son langage, ses modes d’action, avec un salariat bien plus cultivé, féminisé, ouvert au défi écologiste, pétri d’exigences démocratiques. Pas moins combatif, mais désobéissant. Pas moins radical, mais exigeant du concret. Pas replié sur des certitudes, mais ouvert au pluralisme des expériences et des idées nouvelles. Et sans doute prêt à bousculer les frontières anciennes qui enferment encore trop la CGT dans la perpétuation du même. La CGT possède les ressources pour cette transformation, cette sortie de crise vers le haut. Le temps est venu d’une nouvelle Confédération unitaire du travail, tournée vers les autres syndicats, avec les gilets jaunes qui le voudront, avec l’invention associative et les expériences vivantes, déjà là autour de nous.

Jean-Claude Mamet. Le 22 avril 2019. Article publié sur le site syndicollectif.fr

Type:  Article Lundi, 13 Mai, 2019 - 13:27 syndicats
François Calaret

Algérie : interview de Mahmoud Rechidi, secrétaire général du PST

2 semaines 6 jours ago

Plus de deux mois se sont écoulés depuis le déclenchement du mouvement populaire du 22 février. Rétrospectivement, et au vu des objectifs que s’est fixé le mouvement, à savoir le départ du système, n’avez-vous pas le sentiment qu’il y a comme une feuille de route, celle du pouvoir, qui est en train d’être déroulée après chaque vendredi ? Une sorte de transition ordonnée avec des retraits programmés, qu’ il y a un ton et un timing donnant cette impression que le mouvement populaire accompagne et/ou se fait accompagner dans le déroulé, justement, de cette feuille de route…

Effectivement, nous sommes dans le scénario de la transition contrôlée. Dans la mesure où le pouvoir, le pouvoir de fait – puisqu’il y a un pouvoir de fait –impose une démarche. D’ailleurs, nous venons de recevoir une invitation de Bensalah (la Présidence par intérim) pour une réunion de concertation (autour de l’élection du 4 juillet, ndlr). Il y a donc ces velléités d’impliquer tout le monde dans cette feuille de route consacrant une transition contrôlée, qui doit culminer avec l’élection du 4 juillet d’un président de la République. Ce qui signifie que nous sommes toujours dans le même «système» autoritaire avec ses règles, son organisation, son administration, etc., ses réflexes. Mais ce que répondent des millions d’Algériens, les masses populaires, c’est le contraire : « Yetnahaw gaâ », « Yaskout enidham », qui veut dire changement radical. On l’a vu, même après la démission de Belaïz (président du Conseil constitutionnel), la mobilisation s’est accentuée et le mouvement populaire a réitéré son rejet et du système et de sa feuille de route qui consacre, dans les faits, la continuité de celui-ci. Car, au-delà de son caractère autoritaire, liberticide, de ses dérives monarchiques, le système est identifié au désastre. Un désastre économique et social, conséquence directe des politiques et recettes libérales. C’est donc un système qui a démontré sa faillite. Sur le plan social, un fort taux de chômage, le recul du pouvoir d’achat, le SNMG qui n’a pas été augmenté depuis au moins neuf ans. Les salaires sont les plus bas du bassin méditerranéen ; la dévaluation incroyable du dinar. On l’a vu dans l’explosion des importations érigées carrément en modèle de substitution à la production nationale. On l’a vu dans les grands travaux ; comment les projets des grandes infrastructures sont venus garnir le carnet de commandes des multinationales, alors que ces derniers auraient pu servir la construction de l’économie nationale. Tout ce qui a été annoncé comme investissement IDE, les projets d’industrialisation, c’est la faillite. On le voit bien dans ce qu’ils nous ont présenté comme industrie automobile qui, en fait, équivaut à peine à la moitié du tiers de ce que nous avions dans les années 1970. L’austérité, décrétée avec la loi de finances 2015, avec ses coupes budgétaires sévères (…). Ce sont ces désastres conjugués qui sont aussi les racines du Hirak. Le 5e mandat n’étant que la goutte qui a fait déborder le vase.

Quelle est votre lecture des rapports de force en présence au sein du pouvoir ?

Il va sans dire que nous ne sommes pas dans les secrets des dieux. Nous n’opérons pas avec une boule de cristal. La lecture des événements fait d’abord ressortir le poids des oligarques et dont l’existence est antérieure au régime Bouteflika. Bien sûr que ce dernier a promu ses propres oligarques. Les deux catégories d’oligarques se sont enrichies grâce à l’Etat. Aujourd’hui, les « anciens oligarques » réclament leur part. C’est aussi de cette recomposition dont il s’agit, avec ses clivages, les pressions pour renégocier, d’où les réseaux de l’ancien appareil du DRS qui seraient en train d’agir, etc. Mais nous n’allons pas spéculer outre mesure. Ce qu’on peut dire, par contre, c’est que cette lutte n’entre pas en résonance avec les revendications du Hirak. Ce sont des luttes d’intérêt, de groupes d’intérêt, que pour les uns : imposer leur réintégration dans le cercle de la décision politique ; et pour les autres : continuer à faire main basse sur ce même pouvoir politique. Ce n’est donc pas une lutte de classes, car c’est une lutte des factions au pouvoir.

Comment appréciez vous le rôle de l’armée aujourd’hui ? Rôle positif ou réactionnaire ?

Il est clair que la crise actuelle a accéléré le retour, au-devant de la scène, de l’armée. Une crise qui amplifie évidemment son rôle. Un rôle remis en cause du moins depuis le 2e mandat de Bouteflika et la défaite du groupe du général Lamari/Benflis. Parallèlement au déclin du rôle de l’armée, celui des puissances de l’argent a, par contre, profilé. Ce que nous observons aujourd’hui avec le Hirak, c’est que le coup de force passe par l’armée. La hiérarchie de l’armée, son chef d’état-major en l’occurrence, joue le garant de la continuité du régime dans une sorte de recomposition. Une recomposition où l’armée redevient un acteur très important dans les centres de décision politique.

Jusqu’où l’armée peut-elle être ou devenir un véritable instrument du changement ?

Avec l’actuelle direction, ce n’est pas envisageable. On vient encore de le vérifier. La hiérarchie militaire s’efforce de nous contenir dans une solution constitutionnelle. Or, celle-ci signifie clairement la continuité du régime. Les solutions, encore une fois, ne peuvent pas être d’ordre juridique. Et la solution politique n’est pas dans la Constitution.

D’un point de vue pratique, comment l’armée peut-elle suggérer, initier, conduire ou accompagner une solution politique qui reste à définir ?

Commençons d’abord par ne pas faire de l’armée un frein. En allant rapidement dans le sens de la levée de toutes les entraves à l’exercice effectif des libertés démocratiques. Parce qu’on en est encore aujourd’hui à ne pas pouvoir se mettre en groupe sur le parvis de la Grande-Poste. Il y a des flics en ce moment qui…occupent la place et l’interdisent et les médias publics ne sont pas aussi ouverts (…).

Quand vous dites que l’armée ne doit pas freiner, cette armée n’était-elle pas à la manœuvre ?

Actuellement, c’est la hiérarchie militaire incarnée par Gaïd Salah qui fixe le cap et qui déroule sa feuille de route d’une transition contrôlée. C’est un passage en force. Même si dans ses discours, Gaïd Salah feint de soutenir le Hirak et l’application des articles 7 et 8. Même s’il donne l’impression de s’attaquer à quelques noms. Pour elle, le slogan « Khaoua khaoua », c’est juste pour la consommation. Parce que dans les faits, d’un point vue des classes sociales, un « Khaoua khaoua » avec ceux qui représentent l’oligarchie, ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible au regard des intérêts croisés et bien compris. Voyez toutes ces sociétés et groupes privés contrôlés par d’anciens militaires, qui bénéficient du carnet de commande publique, des largesses et avantages. La haute hiérarchie militaire fait, quelque part, aussi de l’oligarchie au pouvoir et quand le peuple exige que « Yetnhaw gaâ », c’est y compris Gaïd Salah. Ne pas freiner, lever les entraves aux libertés, pour permettre aux Algériens, les travailleurs, les étudiants, les chômeurs, de s’organiser ; ouvrir un débat national pour que toutes les idées, les propositions puissent être connues et débattues librement, et pour qu’on puisse aller vers des solutions.

Pour le PST, la solution passe par une Assemblée constituante…

Oui, une Assemblée constituante souveraine, représentative, c’est important, des intérêts et aspirations démocratiques et sociales des masses populaires, soit la majorité des Algériennes et des Algériens. C’est cette Assemblée constituante, élue d’une manière démocratique, transparente, ce qui inclut le contrôle direct du processus par les masses populaires, qui élaborera une Constitution nouvelle avec une réorganisation profonde de l’Etat, des institutions, qui aura à organiser l’exercice effectif des libertés, de l’économie, la place de la religion, des langues, de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, où l’économie doit être au service de la satisfaction des besoins sociaux. Nous avons certainement besoin d’en finir avec un régime qui concentre tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme, un système qui restitue le pouvoir aux élus du peuple, qu’ils soient au niveau local et/ou central. Un régime parlementaire sans une Chambre du Sénat pour contrôler et exécuter les tours de passe-passe du tiers présidentiel. Mais tout cela doit être débattu.

Comment transcender le « dégagisme radical » du mouvement populaire et parvenir à mettre en œuvre cette feuille de route ?

C’est par l’auto-organisation. Les mouvements sociaux sont déjà représentés à travers les syndicats combatifs. Par ailleurs, le Hirak doit nécessairement envisager l’élection de ses représentants. C’est possible. Et pourquoi pas envisager, après que l’Assemblée constituante ait été élue, la formation d’un gouvernement qui en sera l’émanation. Au lieu de faire le contraire.

Mais avant d’atteindre ce cap, et dans la perspective que tout le pouvoir dégage, vous envisagez une instance provisoire, un HSE, un gouvernement provisoire… qui dirigera et organisera tout ce processus…

Oui. Les propositions ne manquent pas et on ne va pas en rajouter. Ce formidable Hirak que nous vivons impose de s’élever au-dessus de ces contingences techniques. Et c’est par le débat national, par ce débat national, que ces aspects techniques seront pris en charge.

La Constituante n’est-elle pas la boîte de Pandore dans la mesure où cette formule comporte le risque qu’un mouvement intégriste, rétrograde, rafle la mise ? Autrement, un remake des élections de 1991 consacrant la victoire du FIS aux législatives, ce risque, vous l’intégrez ou pas du tout ?

Pour nous, c’est un discours qui relève de la propagande malveillante… C’est l’histoire, cependant… Mais, cela s’est passé il y a presque 30 ans. Ceux qui prétendent que l’histoire va se répéter comme en 1992 ne veulent pas voir l’effondrement de l’islamisme. Nous sommes au 9e vendredi de manifestations (entretien réalisé à la veille du 9e acte, ndlr) et les islamistes n’arrivent même pas à former un carré compact pour démontrer ne serait-ce que leur existence. Bien sûr qu’à la marge il y a des épiphénomènes que certains ont tendance à amplifier. C’est un épouvantail que le régime Bouteflika a utilisé et que le pouvoir utilise encore pour nous enfermer dans sa feuille de route. L’islamisme politique s’est effondré. Et ce n’est pas qu’une réalité algérienne. On voit sa défaite partout. Les islamistes ne tombent pas, comme ça, du ciel. En Algérie, depuis la décennie 1990, l’islamisme armé a été défait. Les modérés sont disqualifiés par leur participation au pouvoir. Maintenant, est-ce qu’il peut renaître de ses cendres… c’est possible, mais ça ne sera pas moins faire de la spéculation à ce sujet. Maintenant, si vous me dites religiosité, c’est autre chose. Religiosité n’est pas un projet politique contrairement à l’islamisme. C’est, certes, du conservatisme religieux classique, présent dans nos familles, quartiers, milieux de travail, etc. mais ça n’a rien à voir avec la « doula islamia » (Etat théocratique). Mais ce substrat religieux, ce potentiel réservoir électoral, ne risque-t-il pas d’achopper, à terme, d’un mouvement intégriste de masse ? C’est le genre de scénario qu’on ne peut pas échafauder. C’est comme se projeter sur le scénario d’une guerre nucléaire. Nous, on part d’éléments concrets, et les éléments concrets disent que l’islamisme politique s’est effondré. Nous sommes à l’intersection, au carrefour où tout est possible : le meilleur comme le pire. Mais, objectivement, l’évolution du Hirak n’est pas dans le sens de ce que vous dites. L’islamisme n’est plus audible, ni plus visible. Concrètement, nous vivons un mouvement formidable, historique, mais attention, je ne dis pas que l’islamisme est mort. Je dis : il s’est effondré…

Mais les islamistes ne sont-ils pas dans une posture tactique, en retrait stratégique, attendant, opportunément, le bon moment pour ressurgir et voler la victoire, comme partout où le Printemps arabe est passé ?

Encore une fois, c’est spéculer. Dans l’absolu, tout est possible. Mais aujourd’hui, ce n’est ni constructif, ni productif, ni sérieux, ni intéressant de parler d’islamisme qui renaît alors qu’on n’arrive ni à le voir ni à l’entendre dans ce Hirak formidable, dont la moitié sont des femmes, où il y a renaissance des luttes ouvrières, etc. Je préfère me focaliser sur ça : c’est concret. J’ajoute que pour la Constituante, le danger vient moins de l’islamisme que des libéraux et leurs puissances d’argent.

Le PST a appelé à l’auto-organisation. Celle-ci a du mal à prendre sur le terrain. Surtout dans l’Algérie profonde. Pourquoi la convergence est impossible à mettre en pratique et à réaliser ?

Je suis optimiste. Pourquoi voulez-vous qu’en seulement deux mois de Hirak, on puisse mettre en place une organisation parfaite. N’oublions pas que le pays sort d’une situation très difficile, faite de déstructurations systématiques, de dépolitisation… c’est vrai, c’est laborieux mais les résultats sont là : le Hirak se structure mieux, s’organise chaque jour un peu plus. Dans les manifs, les mots d’ordre, les slogans sont de plus en plus politiques, mieux élaborés. Le mouvement étudiant, pour ceux qui ne le savent pas, est en train de mettre en place une coordination nationale (…) pour le mouvement ouvrier, nous sommes en train de progresser sérieusement, soit à travers la dynamique de réappropriation de l’UGTA par les travailleurs ou par la CSA (Confédération des syndicats autonomes). Il y a des collectifs de femmes qui sont en train de naître. Même dans les quartiers, comme par exemple à Saïd Hamdine (Bir Mourad Raïs, Alger) et aussi à l’intérieur du pays, des comités de quartier voient le jour. Il faut voir et admirer les agoras, les « halaqate » de débats politiques qui se tiennent dans tout le pays… c’est tout un processus et qui démarre de la base. Pourquoi pas justement envisager ces assemblées locales et pousser le « dégagisme » jusqu’aux féodalités et « issabas » locales. Nous espérons que d’autres secteurs rejoignent ce mouvement pour que l’auto-organisation atteigne sa masse critique. C’est pour vous dire que même si elle ne progresse pas tel que nous le souhaitons, l’auto-organisation progresse tout de même. L’auto-organisation, c’est elle qui donnera son contenu au Hirak.

Pourquoi le hirak n’arrive-t-il pas, selon vous, à articuler clairement les questions sociales, la question des droits des femmes, etc. ? Est-ce à cause de son caractère interclassiste, ou est-ce une question de hiérarchie d’objectifs : le Hirak se fixant d’abord comme but de faire dégager le système ?

L’égalité en droits entre hommes et femmes relève tout d’abord des questions démocratiques. Le mouvement du 22 février a donné suffisamment de preuves de son caractère populaire. Une dimension populaire évidente. Même si on y trouve aussi bien les professions libérales, les commerçants, les couches moyennes en général, mais la dimension essentielle est celle-là. Et si nous ne sommes pas, stricto sensu, dans le caractère ouvrier, prolétarien, c’est que cela rejoint une problématique qui n’est pas propre à l’Algérie, à savoir le recul de la conscience de classe, etc. On le vit. Les travailleurs ne viennent pas au Hirak en tant que tels, donc pas en tant que force de classe : ils viennent individuellement. La dimension populaire est présente dans le sens des masses populaires, des Algériens d’en bas, des quartiers populaires, qui imprègnent le Hirak. Les slogans, d’ailleurs, hégémoniques dans ce Hirak, nous viennent des stades, donc des quartiers populaires. Pour revenir à la question de l’articulation, il faut avouer que c’est un sérieux problème. Mais ce n’est pas vrai partout. Et même à Alger, lorsque des slogans sur le chômage, la justice sociale sont lancés, ils sont rapidement repris par les foules. Mais disons les choses clairement : à chaque fois que ces questions sociales sont articulées, des pressions sont exercées par le pouvoir et l’opposition libérale pour dire «non, ce n’est pas le moment», y compris d’ailleurs pour les questions démocratiques, dont les droits des femmes. Alors si ces questions de pouvoir d’achat, d’horizons bouchés, de chômage, de statut inférieur de la femme ne sont pas posées maintenant, quand est-ce qu’elles le seront ? Etant à la racine du Hirak, ces questions doivent être au cœur du processus. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a soutenu le principe de la grève générale, sachant qu’il allait remettre les questions sociales, la classe ouvrière, les travailleurs au centre de la bataille de la politique et ainsi donner un sens progressiste au mouvement populaire.

Des arrestations, des poursuites judiciaires sont engagées contre certains oligarques et figures du système. Opération «mains propres», ou chasse aux sorcières ?

Au PST, comme au Hirak, nous disons que l’appareil judiciaire, aux ordres, fait partie de ce système à dégager. Avant, les juges étaient aux ordres du régime Bouteflika, aujourd’hui il sont aux ordres de Gaïd Salah et des nouveaux maîtres. C’est une logique de factions. Si c’est pour dire que nous sommes en train de nettoyer la maison Algérie, les tenants de ce régime sont aussi impliqués. Bien sûr que tous doivent être jugés, mais la justice bourgeoise, qui fait partie de l’ordre dominant, doit aussi être changée radicalement.

Mahmoud Rechidi est secrétaire général du Parti socialiste des travailleurs (PST).

Publié dans El Watan.

https://www.elwatan.com/edition/actualite/mahmoud-rechidi-secretaire-gen...

Type:  Article Lundi, 6 Mai, 2019 - 10:35 Algérie
François Calaret

Mars 2020 : Un Havre social, écologique, humain et solidaire ?

2 semaines 6 jours ago

En mars 2020, auront lieu les élections municipales.

Au Havre, nous sommes à la croisée des chemins :

Nous avons d’une part une droite qui sera alors au pouvoir depuis 25 ans ! Une droite essoufflée, qui a vampirisé les quartiers périphériques de la ville au seul profit du centre-ville et de ses opérations de communication « patrimoine de l’Unesco ». Une droite qui a assisté sans lever le petit doigt à la désertification industrielle et portuaire, hormis son « dada », les croisières. Une droite enfin de fin de règne, digne de la décadence de l’empire Romain, après que son premier édile ait harcelé certaines femmes en leur envoyant sans leur consentement des photos à faire rougir les petits chaperons.

Quand bien même c’eut été du « libertinage », cela aurait été de toute façon inacceptable : La fonction de maire est une fonction publique et nécessite un comportement irréprochable, afin de ne pas donner prise à des pressions, des chantages, des lobbyings opérés sous la menace de révélations sur sa vie privée, et qui nuiraient ensuite à la population toute entière.

Nous avons d’autre part un mouvement social d’ampleur, qui, quelle que soit la couleur du gilet, se dresse contre toutes les casses des black-blocks de l’ultra-libéralisme : école, retraite, pouvoir d’achat, emploi. Ce mouvement social nous montre que l’aspiration à une autre vie, un autre modèle de société, est encore bien vivace et qu’« ils » n’ont pas réussi à la détruire.

En même temps, la population manifeste son impatience face au report de l’interdiction du glyphosate et autres produits cancérigènes et cherche une nourriture et un mode de vie plus sains ; la jeunesse en particulier réclame des mesures immédiates et significatives contre la crise climatique. Justice sociale et justice climatique sont inséparables.

Enfin, nous avons une droite qui va probablement aller aux municipales divisée : En effet, LREM ne peut accepter – ou alors ils tombent enfin le masque, si besoin en était encore – un maire issu du parti de Boutin, admirateur de la Manif pour Tous. En bref, la droite réactionnaire dans ce qu’il y a de pire. Nous l’attendions lors du dernier conseil municipal sur l’affaire de la directrice d’école sanctionnée suite à une dénonciation de la mairie à l’inspection académique. Nous avons été servis : attitude procédurière, arc-boutée sur des principes d’un autre âge et justifiant sans frémir la délation. Les fachos auront leur propre liste. Trois listes donc en faveur de la régression sociale et démocratique. Mais le danger est que ces gens-là peuvent se mettre un mouchoir sur le nez pour couper la route à la gauche, et qu’il n’y ait au final qu’une seule liste de droite. L’héritage Rufenacht, toujours vivant est d’avoir toujours su faire l’unité des droites.

Alors ? Hé bien la porte est ouverte au changement !

La porte est ouverte à un véritable projet social qui mette l’humain, l’environnement et la solidarité au cœur de la nouvelle mandature. Pour cela, il faut se rassembler. L’occasion qui se présente est la première en 25 ans, et il ne faut pas la laisser passer.

Nous pensons que les ressorts d’une élection municipale ne sont pas les mêmes que pour une législative, une élection européenne ou présidentielle : la part locale de l’engagement dans le vote est prépondérante, la personnalité des candidat-e-s également. Faire état des scores des uns ou des autres dans les précédentes élections nationales n’est donc ni pertinent ni judicieux.

Nous voulons un programme municipal d'appui aux services publics (école et santé notamment, bien malmenées au Havre), de défense de l'emploi, de lutte contre le chômage, de défense et d’amélioration de l'environnement, de transports publics gratuits, plus fréquents. Dans ces deux derniers domaines, environnement et transports, intimement liés, Il y a énormément de solutions possibles, à condition d’en avoir la volonté politique, une volonté qui soit celle de servir ses concitoyen-nes et non celle de gaver les copains du CAC40.

Nous souhaitons que, dans un souci de démocratie impliquant le plus possible la population, des « grands quartiers » (périmètre à définir) puissent disposer d’un conseil consultatif, et d’un budget propre pour mettre en œuvre des initiatives propres à ces grands quartiers.

Pour élaborer ce programme, qui ne doit pas être écrit sur un coin de table par deux ou trois personnes, mais auquel l’ensemble de la population doit participer, il faudra des réunions avec les partis, associations, mouvements, individus d'accord avec cette base, afin de constituer une alliance

Il nous faut une tête de liste reconnue, respectée de toutes les composantes de la gauche (et même au-delà), intègre, dont l’engagement au service de la population est connu depuis de longues années et dépasse largement le cadre de la ville. Cette tête de liste, tout le monde la connait.

Pour autant, il n’est pas question de personnaliser à outrance, et beaucoup de gens aujourd’hui remettent en cause la représentation à cause de cette personnalisation. Il sera donc nécessaire de mettre en place une administration collégiale permanente de la ville, avec toutes les composantes de l’alliance, et avec la population, dans des formes qu’il reste à déterminer afin qu’elles soient réellement démocratiques et non pas une simple réunion de quartier deux fois par an pour parler des crottes de chiens. Il sera également possible d’envisager une rotation des mandats des adjoint-e-s, en fonction de leur attachement au programme, de leur fidélité aux engagements, de leurs capacités publiques, et de leurs soutiens locaux, afin que tous les conseiller-e-s municipaux-pales puissent participer à la vie de la cité, pas seulement en levant la main une fois par mois.

Bien entendu, nous nous prononçons pour la liberté des composantes de l'alliance d'exprimer leur propre position : la logique de leur engagement, les points prioritaires, les désaccords éventuels, à condition d'appeler au vote en faveur de l'alliance, malgré ces désaccords.

Au vu des discussions que nous avons eues avec Jean-Paul Lecoq, tous ces points semblent acquis, à l'heure qu'il est.

Nous pouvons rajouter ici d’autres propositions qui pourront être débattues en temps et en heure :

Qu’avant chaque conseil municipal, soit convoqué un « conseil municipal populaire « : Nous disposons de l’expérience de certaines communes, cela correspond à un besoin des gens, qui pourront se saisir des documents relatifs aux délibérations principales (à défaut de pouvoir les étudier toutes, ce qui est impossible dans le cadre actuel imposant la fréquence des conseils municipaux). Il sera ainsi clairement établi que les questions posées par les Havrais-ses seront approfondies, jusqu’à leur réalisation.

Sur les grandes questions municipales, il pourrait être organisé un débat public, plus vaste que les actuelles « enquêtes d’utilité publique », suivi d’un vote. Cela s’inscrit dans la suite des revendications des Gilets Jaunes de référendum d’initiative citoyenne. Bien entendu, débattre signifie que chaque opinion pour s’exprimer et que le temps du débat soit suffisamment long pour que la décision soit prise en toute connaissance de cause. Les modalités de ces débats seraient à définir.

Qu’est ce qui pourrait bloquer ?

Jean-Paul Lecoq veut rassembler toute la gauche, toutes les associations de progrès, toutes les bonnes volontés.

Sa conception de la gauche intègre le Parti Socialiste et les Radicaux de Gauche.

En ce qui nous concerne, notre opinion sur ces partis est faite depuis longtemps. L’épisode sur la loi travail, les cadeaux faits au patronat sous le quinquennat Hollande, plus importants que sous l’ère Sarkozy (faut le faire !), l’inaction sur la défense de l’environnement, les retournements de vestes éhontés de ses principaux dirigeants qui ont sans vergogne rejoint le droite LREM, voire se sont acoquinés avec l’extrême-droite (Valls) : c’est clair, ces deux partis ne sont pas socialistes. Ils ont été capables d’opérer des changements sociétaux (le mariage pour tous, ou l’abolition de la peine de mort en remontant plus loin dans le temps) mais pas des changements sociaux.

Pour autant, faut-il rester dans un chagrin paralysant en disant : « hors de question de faire une alliance municipale avec eux » ?

Notre réponse est catégorique : Non.

Comme déjà dit précédemment, l’occasion de redonner à la ville ses couleurs sociales et environnementales ne se reproduira peut-être pas de sitôt. Il n’est donc pas possible de gâcher cette occasion par des pudeurs mal placées, surtout si la droite arrive à s’unir. Deux listes – ou plus – listes de gauche, face à une liste de droite avec le RN en arbitre ? Impossible !

Il y aura des militant-e-s du PS dans notre liste ? Soit, nous prenons ce risque. Si nous pensons – et c’est notre cas – que ce ne sont pas les meilleurs défenseurs de la classe ouvrière et de l’environnement, le meilleur moyen de se prémunir est de réduire leur poids relatif dans la future alliance portée par Jean-Paul Lecoq. Plus il y aura de citoyen-ne-s, d’associations, de mouvements, de partis qui ont tiré un bilan critique du quinquennat de Hollande, plus la fidélité aux engagements de lutte sera sûre. Nous veillerons à ce que ceux qui sont dans une logique anti-libérale claire (citoyens, associatifs, militants de partis ou de syndicats) soient bien représentés et pas seulement en queue de liste !

Alors nous disons : discutons programme, ensemble, avec la population. Au final, c’est la population qui tranchera, et qui nous dira : « oui, il faut y aller, tous ensemble, il faut mettre dehors cette municipalité de bras cassés ». La population qui souffre n’a cure de nos querelles de chapelles, se fiche de savoir qui a fait plus que les autres à telle ou telle élection. Ce qu’elle veut, c’est qu’on change !

Pour autant, dès l’élection acquise, nous appellerons les citoyen-ne-s et les organisations à former aussi tôt que possible un réseau "pour la défense des engagements sociaux, démocratiques et environnementaux de l'alliance contre tout abandon de ses objectifs "et à exercer un droit de critique et de mobilisation si des signes d'un tel abandon apparaissaient. Cela garantira que les promesses seront bien tenues. Et cela, même quelle que soit la couleur du gouvernement qui réclame l’abandon de nos objectifs au nom du réalisme et de la soumission au marché.

Tout seul, on avance plus vite et on a toujours raison, on est toujours d’accord avec soi-même. Mais ensemble, même si des concessions sont obligatoires, on avance plus loin.

Allons-y ! Ensemble ! Le parti ou le mouvement qui présentera une liste concurrente prendra le risque insensé de faire perdre le peuple et d’en reprendre pour 6 ans de droite dure et décomplexée. Nous refusons ce risque car l’intérêt des Havrais-e-s est notre priorité.

Type:  Article Lundi, 6 Mai, 2019 - 10:30 Elections municipales
François Calaret

Pour un renouveau syndical : syndicollectif et Copernic appellent à débattre

2 semaines 6 jours ago

A la veille du 1er Mai 2019, la fondation Copernic et le blog: www.syndicollectif.fr proposent d’initier un débat public sur le syndicalisme et les mouvements sociaux. Car un « renouveau » de la réflexion s’impose! Ce serait le mardi 4 juin 2019, à la Bourse du travail à Paris, 67 rue Turbigo, à 19h. Des syndicalistes et des sociologues des mouvements sociaux (Gilets jaunes notamment) pourraient y être intervenants. Qu’on se le dise !

  Ci-dessous deux contributions pour amorcer le débat. Nous publierons vos réactions que nous encourageons.

Un renouveau syndical est urgent

Jean-Claude Branchereau, Patrick Brody, Jean-Claude Mamet

Tous les syndicalistes ne peuvent que le constater : le mouvement des Gilets jaunes interpelle vivement le mouvement syndical dans toutes ses composantes. Ce mouvement représente ce que le syndicalisme n’a pas su résoudre depuis des décennies : mettre en action des travailleur-euses, salarié-es ou non, dans les petites entreprises, dans les déserts syndicaux, parmi les couches populaires éloignées de tout lien avec la tradition d’organisation.

Tous les syndicalistes le savaient : comme de nombreuses journées d’études syndicales ou des recherches universitaires le pointaient : des pans entiers du salariat ne sont pas touchés par leur action, ignorent même souvent leurs propositions, leur activité, leurs difficultés à agir et même leurs résultats peu visibles à large échelle. Les paroles de Gilets jaunes montrent même les informations erronées ou déformées qui circulent sur le syndicalisme, sur son inefficacité, ses routines, voire parfois des critiques extrêmement sévères portées à son encontre.  Ces discours ne sont certes pas très nouveaux, ils sont entendus sur les lieux de travail. Mais cette fois, un « mouvement social du salariat invisible », ou « une insurrection du travail non reconnu », a fait irruption sur la place occupée normalement par le syndicalisme. Avec une forte féminisation, une hardiesse étonnante, une énergie puissante sur un temps long. Sa popularité très grande lui a donné une puissance politique propre à déstabiliser le pouvoir exécutif comme rarement vu, le forçant à reculer, même sans rien céder à ce stade sur le fond.  Enfin, fait rarissime dans les luttes : le mouvement ose poser des exigences sur les questions démocratiques et politiques, donc sur la vie de la Cité.

Ces caractéristiques ne doivent bien sûr pas faire oublier les ambiguïtés de la situation, les limites du rapport des forces, et aussi les dérapages inquiétants constatés à plusieurs reprises (expressions ou actes racistes, homophobes) et qui disent avant tout la vérité des reculs subis sur nos valeurs collectives dans les couches populaires.  Les équipes du syndicalisme empêchent ou contrôlent plus ou moins bien ses paroles dans l’espace syndical organisé. Là, elles ne sont pas limitées.

Un très grand défi est donc posé au syndicalisme dans son ensemble, attaché à mettre en cause l’exploitation capitaliste et les dominations nombreuses exercées sur les couches populaires. Depuis 2016, nous avions déjà pu observer (par exemple avec les cortèges de têtes, ou avec Nuit Debout) des attentes nouvelles auxquelles il aurait fallu répondre. Aujourd’hui, le temps presse.

Ce défi touche (entre-autre) les questions suivantes :

– comment faire de ce mouvement « para-syndical » une chance pour renouveler le syndicalisme ? Comment transformer les acteurs-actrices du mouvement en constructeurs-trices possibles d’un « syndicalisme du mouvement social » ?

– Ne faut-il pas mieux écouter ce que tous les travailleurs-euses ont à dire sur leur vécu et co-construire ensemble une reformulation des revendications ?

– comment lier exigences sociales et écologistes ? Droits sociaux et droits égaux pour toutes et tous, quelle que soit le sexe, la couleur de peau ?

– le paysage syndical peut-il rester le même ? N’est-il pas temps de présenter un projet audacieux qui dise : Nous sommes en retard sur la situation, nous proposons une refondation unitaire de nos forces organisées.

N’est-il pas temps de dépasser les routines et de proposer un « renouveau » syndical ?

Contribution Annick Coupé (parue dans le Fil du Commun)

« On est dans une situation que je n’ai jamais connue avec, dans le même moment, un mouvement durable et déterminé pour plus de justice sociale,  la montée d’un mouvement large contre le réchauffement climatique et un espace politique dans une crise immense. Le capitalisme n’a jamais été à ce point délégitimé et la gauche, dans son ensemble, est en décomposition sur pied.

Le mouvement syndical est enferré dans sa propre crise. Ça fait des années qu’il est traversé de profondes divergences entre ses deux pôles, le syndicalisme d’accompagnement et le syndicalisme de transformation.

L’ appel tardif lancé par la CGT à une journée de grève et de mobilisation interprofessionnelle le 5 février relève de ces difficultés. Il est un signe donné pour dire que le mouvement des Gilets jaunes peut se raccorder à un syndicalisme de lutte. Mais il est lancé alors même que les analyses au sujet de ce mouvement sont très clivées, y compris au sein de la CGT. Une partie des syndicalistes continue de voir ce mouvement comme une contestation réactionnaire. Et tou.te.s, favorables ou non à ce mouvement, sont confronté.e.s à la critique que leur renvoie les Gilets jaunes. Sur les ronds-points, il y a beaucoup de salarié.es qui soit sont précaires ou chômeuses et chômeurs, soit sont dans des secteurs où le syndicalisme est absent. Ils et elles ont rarement fait l’expérience d’un syndicalisme utile à leur coté et nourrissent donc une défiance à son endroit. Ce mouvement est donc aussi une remise en cause du syndicalisme tel qu’il existe aujourd’hui, c’est-à-dire concentré dans les grandes boites, dans certains secteurs et dans le service public. Nous nous le prenons en pleine figure. Cette situation n’est pas un choix du mouvement syndical, qui depuis des années cherche à se désenclaver, mais cela crée une réelle difficulté.

Je ne vois pas d’autres solutions que de se confronter à cette situation, en entrant autant que possible dans le mouvement. Ce n’est évidemment pas simple car les forces du syndicalisme sont précisément dans les territoires où le mouvement des Gilets jaunes s’est moins développé, comme en région parisienne. Dans les petites et moyennes villes, la situation peut être différente. Là, des syndicalistes, connu.es comme tels, sont présent.es sur des ronds-points et le plus souvent il n’y a pas de difficulté si ils/elles  acceptent d’être un.e parmi d’autres. Mais il y a aussi des endroits où c’est plus compliqué…

Ce mouvement révèle un monde du travail encore plus éclaté que nous ne le disons. Il n’y a pas seulement des différences entre salarié.es en CDI, précaires et chômeurs/chômeuses. Il y a aussi des différences entre les lieux de résidence. Les salarié.es des grandes villes, où il y a encore de l’activité, se sentent surement un peu plus à l’abri … Mais il y a un sentiment largement partagé par toutes et tous que, globalement, cela ne va pas. D’où le soutien au mouvement que révèlent les sondages. Inversement, ce mouvement des Gilets jaunes ne se développe pas  forcément dans les territoires où  syndicats et associations de luttes sont bien présents ; et pourtant nous retrouvons certaines de nos  idées et revendications dans les exigences des Gilets jaunes. Il y a de la circulation d’idées et des communautés de questions.

Il nous faut mieux comprendre les contradictions qui existent dans notre société entre les différentes formes de domination. Cette exigence ne concerne pas que les syndicats, elle concerne l’ensemble des mouvements sociaux. Et il nous faut retravailler sur les chemins de l’unification des opprimé.e.s. Cela ne se fera pas par le haut, par des appels  généraux à la convergence des luttes, déconnectée de des contradictions et des réalités diverses vécues par les un.es et les autres.

Je pense que la réponse est celle de droits égaux pour toutes et tous. Cela permet de ne pas laisser de terrains à l’extrême droite qui investit le champs du social avec ses idées racistes et d’exclusion dans ses bagages. Cela permet de poser, à coté de la question de la répartition des richesses, des sujets plus transversaux  comme par exemple le service public, mais aussi les questions d’égalité femmes/hommes, des discriminations racistes ou le droit à un environnement sain…

Je crois aussi qu’il nous faut user avec précaution de la notion de convergence. Assa Traoré, comme d’autres militant.es des luttes des quartiers populaires,  le dit souvent et fermement : la convergence se fait souvent sur le terrain des plus forts, c’est-à-dire des salarié.es les plus stables et le plus organisé.es. Si on veut faire cause commune avec les habitant.es des banlieues et ceux des villes petites et moyennes ou des zones rurales, il faut construire ensemble ces terrains de luttes et pas chercher une convergence en forme de ralliement. Il faut prendre la mesure des réalités qui sont parfois contradictoires.

Ce chemin n’est pas facile. J’ai aussi constaté depuis pas mal d’années qu’il est parfois difficile pour les militant.es de faire le travail de convictions dans les entreprises quand les idées d’extrême droite progressent. L’entreprise n’est plus le lieu de « socialisation » qu’elle a pu être dans d’autres périodes. La diversité des statuts au sein d’un même lieu de travail, les pressions sur les conditions de travail… tout cela ne facilite pas le travail militant sur le terrain… . D’où parfois cette oscillation entre des appels parfois incantatoires à la grève générale et les difficultés de concrétiser les mobilisations le terrain.

Tous les mouvements sociaux doivent  surement tous repenser leurs actions, leurs stratégies, leurs réflexions sur une perspective d’émancipation au XXIe siècle. Mais il n’y a pas de lieux pour cela aujourd’hui où pourraient se retrouver syndicalistes, militant.es associatifs, intellectuel.les… C’est une vraie difficulté.

Annick Coupé, ancienne porte-parole de l’Union syndicale Solidaires et actuellement engagée dans Attac.

Type:  Article Lundi, 6 Mai, 2019 - 10:24 En débat syndicats
François Calaret

Nous accusons !

2 semaines 6 jours ago

Depuis le 17 novembre 2018, plusieurs centaines de milliers de citoyen·ne·s expriment leur inquiétude face à un pouvoir sourd à leurs revendications. Ils trouvent la force et le courage de prendre la parole en disant haut et clair qu’ils en ont assez et ne subiront plus les effets des politiques néfastes qui depuis plusieurs décennies pillent impunément leur travail et les biens communs.

Les voix des gilets jaunes ont permis de mettre à nu les mensonges et les pseudo-justifications « scientifiques » données par le pouvoir et la meute de ses courtisans pour couvrir l’ampleur et l’importance de la prédation. Leur soulèvement a montré le vrai sens d’une politique qui a sciemment organisé le transfert des biens laborieusement accumulés par 95% de la population vers les 5% des couches les plus aisées. Leur force a été de faire prendre conscience de la duplicité d’un pouvoir, osant se féliciter d’avoir multiplié par quatre les énormes richesses détenues par une infime minorité. Avec la grande majorité des Français.es, nous nous sommes reconnu.e.s dans la prise de conscience des gilets jaunes. Chacun.e de nous a pu constater que, dans tous les secteurs de la société, nous étions confronté.e.s aux effets des mêmes politiques qui tendent à aggraver constamment les inégalités sociales.

D’emblée, les demandes et les attentes de changement nées avec ce soulèvement populaire ont été clairement développées. Elles se sont aussitôt heurtées à un pouvoir qui n’a cessé d’en ignorer le contenu pour en affadir la portée déstabilisante. Ce fut d’abord le silence assourdissant d’un président et de sa cour, murés dans leur palais. Ce fut ensuite la tentative de duper la foule avec les fausses promesses et les petites aumônes concédées en faisant encore payer les moins aisés et les services publics. Ce fut aussi la mise en place d’un simulacre de consultation d’où l’on avait avait très savamment extirpé toute possibilité d’interaction et de débat. Ce fut, surtout, la décision claire et réfléchie d’empêcher par tous les moyens l’expression publique des demandes et des revendications.

Tout a été fait pour réduire au silence les manifestants. Dès les premiers actes, le pouvoir a choisi la violence en demandant aux forces de l’ordre de dégager les péages d’autoroutes, les ronds-points, de bloquer l’accès aux points de convergence des manifestations et, surtout, d’intervenir avec « fermeté ». Nous avons tou.te.s vu la traduction de ces ordres sur le terrain : nous avons constaté de nos yeux les filtrages et les arrestations arbitraires aux entrées des villes, empêchant les manifestations de se dérouler et la parole de s’exprimer. Nous avons vu les cabanes des ronds-points détruites et toujours courageusement reconstruites. Les techniques d’intervention policière consciemment choisies (nassage, lancement de gaz lacrymogène dès le début des manifestations, tirs de LBD sans sommation) provoquaient elles-mêmes les rares actes de violence en cherchant délibérément l’affrontement avec les manifestants.

Semaine après semaine, cette technique meurtrière et liberticide a été appliquée avec une intensité croissante. Protégées par le pouvoir et couvertes par l’omerta d’une grande partie des médias, des troupes policières épuisées par le travail se laissent aller aux pires exactions. Des centaines d’hommes et de femmes manifestant pacifiquement ont été attaqué.e.s sans aucune raison et très souvent avec un acharnement insensé. Depuis le mois de décembre, le nombre des blessés graves augmente sans cesse : les personnes ayant subi de graves traumatismes se comptent par centaines. Aucune parole n’a été prononcée par le président de la République ou son gouvernement à l‘égard des victimes, et en particulier de Zineb Redouane, tuée après avoir été atteinte alors même qu’elle fermait sa fenêtre. Rien ne semble plus pouvoir arrêter cette dramatique escalade et nous avons honte de devoir assister à la mise en scène des autofélicitations du pouvoir censé contenir une « foule haineuse ».

Le choix de la répression violente contre toutes celles et ceux qui osent se lever pour prendre la parole contre ces agissements n’est certes pas nouveau, il a notamment été mis en pratique dans les quartiers populaires et contre des groupes vulnérables comme les migrant.e.s et les roms ou encore contre les mouvements sociaux, mais depuis novembre 2018 un seuil a été franchi. Cette stratégie de la répression violente a trouvé son apogée lors de la manifestation du 1er mai 2019 : non seulement on a assisté au déploiement de tout l’éventail de l’arsenal répressif de l’État, mais le gouvernement s’est rendu coupable une fois de plus de mensonge avéré en criant au scandale d’une supposée « attaque » de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière par des manifestant.e.s venu.e.s trouver refuge. Ce mensonge d’État est le mensonge de trop. Il révèle l’état de fébrilité et de panique d’un pouvoir aux abois.

Il faut que s’arrête cette violence d’État !

Nous accusons le ministère de l’Intérieur de provoquer sciemment les réactions de violence dans nos villes, sur les ronds-points et les lieux de discussions publiques, afin de criminaliser toute personne qui s’oppose à ses lois et à ses politiques funestes.

Nous accusons le gouvernement d’employer contre des civils des armes de guerre bannies dans l’ensemble des pays occidentaux en ignorant les mises en garde répétées de plusieurs organismes internationaux.

Nous accusons la hiérarchie de la magistrature d’avoir accepté de couvrir cette politique néfaste en appliquant aveuglément et servilement les ordres donnés par le pouvoir exécutif.

Nous accusons l’Inspection Générale de la Police Nationale d’avoir diligenté des enquêtes de façade et qui, à notre connaissance, n’ont débouché sur l’interpellation d’aucun membre des forces de « maintien de l’ordre ».

Nous accusons celles et ceux de la presse et des médias télévisuels qui ont accepté de se transformer en porte-voix du ministère de l’Intérieur et de la préfecture sans accomplir aucun contrôle sur leurs sources.

Nous appelons l’ensemble des citoyens à se joindre au mouvement social pour dénoncer la dérive autoritaire du gouvernement et nous exigeons la démission de M. Castaner ainsi que l’ouverture d’une commission d’enquête indépendante afin de faire la lumière sur les dérives des vrais responsables de sorte qu’ils soient traduits en justice.

Pour signer : https://framaforms.org/nous-accusons-1557004350?

Signataires :

Mokhtari Abdenour, chercheur en Sociologie

Marc Abélès, anthropologue, EHESS

Nicole Abravanel, historienne, université de Picardie

Maira Abreu, doctorante en sociologie, Université de Paris 8

Sadia Agsous, Centre de recherche français à Jérusalem

Karen Akoka, Université Paris-Nanterre

Thomas Alam, politiste, université de Lille

Arié Alimi, avocat au barreau de paris

Manali Allen, littérature française, Université de Rutgers

Paul Alliès, politiste, université de Montpellier

Horacio Amigorena, psychanalyste, ancien professeur

Jean-Loup Amselle, anthropologue, EHESS

Frédéric Audard, Géographe, Université d’Aix-Marseille

Marie Auffray-Seguette, sociologue, Institut Catholique de Paris

Saliou Ba, étudiant en Master Intervention et développement social

Magali Ballatore, MCF, AMU

Marie Baltazar, anthropologue, jeune docteure EHESS

Ludivine Bantigny, historienne, université de Rouen

Jérémie Barthas, historien, CNRS, Paris

Jean-Marc Baud, doctorant à l’ENS de Lyon

Hélène Baye, enseignante en collège, Seine-Maritime

Hugues Bazin, chercheur en sciences sociales

Sylvain Beck, sociologue et éducateur spécialisé, Paris

Yazid Ben Hounet, anthropologue, CNRS, Laboratoire d’Anthropologie Sociale

Sami Ben Jaffel, entrepreneur, Montpellier

Henri Bensidhoum, boulanger

Christophe Benzitoun, linguiste, Université de Lorraine

Alain Bertho, Anthropologue, Université de Paris 8

Stéphane Bikialo, linguiste et littéraire, université de Poitiers

Soline Blanchard, sociologue, Université de Lausanne

Cécile Blatrix, politiste, AgroParisTech

Françoise Bloch, socio-anthropologue, CNRS

Alexis Blouet, juriste

Philippe Bobichon, historien, CNRS

Yann Boniface, Informatique, Université de Lorraine

Pascal Bonnard, politiste, Université Jean Monnet Saint-Etienne

Stéphane André, enseignant-chercheur Sciences Ingénieur, Université de Lorraine

Armelle Andro, enseignante-chercheuse démographe, Paris 1

Pascal Anger, Enseignant, Université d’Angers

Fabien Archambault, historien, université de Limoges

Christophe Bonneuil, historien, Cnrs

Véronique Bontemps, anthropologue, CNRS, Paris

Yannick Bosc, historien, Université de Rouen

Paul Bouffartigue, sociologue, CNRS, Aix-en-Provence

Ali Boulayoune, sociologue université de Lorraine

Philippe Boursier, professeur de sciences économiques et sociales, Rennes

Driss Boussaoud, neuroscientifique au CNRS, Marseille

Théo Boyadjian, enseignant, lycée Aulnay-sous-Bois

Françoise Brunel, MCF honoraire, Paris 1

Monique Buresi, documentaliste, Musée du Louvre

Pascal Buresi, historien, CNRS-EHESS, Lyon

Joel Cabalion, sociologue, Université de Tours

Joseph Cacciari, Université Paris-Est Marne-la-Vallée

Claude Calame, historien, EHESS, Paris

Adrian Calmettes, doctorant en économie, université Nice Sophia Antipolis

Romain Carnac, politiste, université de Lausanne

Vanessa Caru, historienne, CNRS

Thérèse Casadamont-B., retraité de l’Éducation nationale, Montpellier

Nicolas Castel, Sociologue, Université de Lorraine

Jean-Noël Castorio, historien, Université du Havre

Antoine Chambert-Loir, mathématicien, Université Paris-Diderot

Arnaud Chabrol, éditeur

Vincent Charbonnier, université de Nantes-ÉSPÉ

Laurence Charlier, anthropologue, MCF, Université Jean Jaurès Toulouse

Bernard Charlot, Université Paris 8 et UFS de Sergipe, Brésil.

Lucie Chartier

Francis Chateauraynaud, sociologue, EHESS, Paris

Séverine Chauvel, sociologue, Université de Paris-Est-Créteil

Sébastien Chauvin, sociologue, Université de Lausanne

Delphine Chedaleux, enseignante-chercheuse en infocom, Université de Lausanne

Luc Chelly

Stéphanie Chevrier, éditrice

Marie-Pierre Chopin, sciences de l’éducation, Université de Bordeaux

Sylvie Chiousse, socio-anthropologue

Cristina Ciucu, philosophe, EHESS

Yves Cohen, historien, EHESS

Sonia Combe, historienne, Centre Marc Bloch

Fanny Cosandey, Historienne, EHESS, Paris

Enzo Cormann, dramaturge, MCF ENSATT, Lyon

Claire Cossée, sociologue, UPEC

Annie Couëdel, sciences de l’éducation Paris 8

Pierre Cours-Salies, sociologue, Paris 8

Pascal Cristofoli, ingénieur de recherche, EHESS, Paris

Marie Cuillerai, Paris Diderot

Alexis Cukier, philosophe, université de Poitiers

Mariannick Dagois, Université Paris8

Leyla Dakhli, historienne, CNRS, Paris

Jocelyne Dakhlia, Historienne, EHESS, Paris

Aurélie Damamme, sociologue, Université de Paris 8

Jean-Marie Darbon, directeur de recherche INSERM retraité, Toulouse

Fanny Darbus, sociologue, université de Nantes

Clara Da Silva, enseignante de philosophie, Lycée Lavoisier, Paris 5ème

Anne Dauphiné, juriste à la recherche d’un emploi

Corinne Davault, sociologue, université de Paris 8

Etienne De Clara, Biologiste, Université de Columbia

Laurence De Cock, historienne, Paris

Joan Deas, doctorante en science politique, Sciences Po Grenoble

Alice Debauche, sociologue, Université de Strasbourg

Adrien de Jarmy, doctorant en histoire des débuts de l’islam, Sorbonne Université

Christian Delacroix, historien

Christian Delarue, animateur du site amitie-entre-les-peuples.org

Frédéric Delarue, docteur en histoire contemporaine

Fabien Desage, science politique, Université de Lille

Claire Desmitt, doctorante en Sciences de l’éducation, Université de Lille.

Sophie Desrosiers, historienne et anthropologue, EHESS

Victoire Diethelm, doctorante en Lettres Modernes, Université de Bourgogne Franche Comté

Nicolas Dot-Pouillard, Chercheur en sciences politiques, Beyrouth

Etienne Douat, sociologue, Université de Poitiers

Yann Dourdet, Professeur de Philosophie.

Marnix Dressen-Vagne, sociologue UVSQ UMR Printemps

Jeanne Drouet, ingénieure CNRS Lyon

Bruno Drweski, historien, politologue. INALCO, Paris

Vincent Dubois, Université de Strasbourg

Jeanne Dulyse Pasquet, enseignante spécialisée

François Dumasy, historien.

Lucie Dupré, anthropologue, INRA

Jean-Baptiste Durand, chercheur CNRS, Toulouse

Julien Durand, post-doc INSA, Toulouse

Henri Eckert, sociologue, Université de Poitiers

Nicole Edelman, historienne

Suzanne El Farra, écrivaine, professeur

Philippe Enclos, juriste, université de Lille

Didier Epsztajn, animateur du blog “entre les lignes entre les mots”

Nathalie Ethuin, science politique, université de Lille

Corine Eyraud, sociologue, Université Aix-Marseille

Jules Falquet, féministe, sociologue, Université de Paris

Patrick Farbiaz

Héloïse Faucherre-Buresi, fonctionnaire stagiaire, ENS de Lyon

Jean-Michel Faure, Pr émérite sociologie, université de Nantes

Benjamin Ferron, sociologue, UPEC

Agnès Fine, anthropologue, EHESS

Marianne Fischman, sciences économiques et sociales, Académie de Paris

Anders Fjeld, philosophe, Université Paris Diderot

Mathieu Flinois, Doctorant en sociologie, Université de Provence

Jean-Philippe Foegle, Juriste, Université Paris Nanterre

Jean-Michel Fourniau, sociologue, IFSTTAR

Lydéric France, Enseignant-Chercheur, Géosciences, Université de Lorraine

Bernard Friot, sociologue, Université Paris Nanterre

Laurent Gabail, anthropologue, Université Toulouse Jean Jaurès

Jérôme Gaillaguet, sociologue, EHESS, Paris

Claire Gallien, MCF études anglophones, UPVM3, Montpellier

Juliette Galonnier, sociologue, Ined

Edith Galy, PU en ergonomie, Université Nice Sophia-Antipolis

Camille Gardesse, sociologue urbaniste, Université Paris Est

Médéric Gasquet-Cyrus, sociolinguiste, Université d’Aix-Marseille

Pascal Gassiot, Fondation Copernic, Toulouse

Vincent Geisser, chercheur CNRS, président CIEMI

Frédérick Genevée, historien, responsable de musée

Julie Gervais, politiste, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Mehdi Ghouirgate, Historien, Université Bordeaux-Montaigne.

Laurence Giavarini, enseignante-chercheuse, Lettres, Université de Bourgogne

Pascale Gillot, philosophe, université de Tours.

Tommaso Giuriati, doctorant en sociologie, Université de Corse

Boris Gobille, politiste, Ecole Normale Supérieure de Lyon

Josua Gräbener, politiste, Bruxelles

Maurizio Gribaudi, historien, EHESS, Paris

Pascal Guibert, enseignant-chercheur, Université de Nantes

Michelle Guerci, journaliste

Caroline Guibet Lafaye, sociologue, philosophe, CNRS

Pierre Guillemin, doctorant en géographie, Université de Caen Normandie

Elie Haddad, historien, CNRS

Hugo Harari-Kermadec, économiste, ENS Paris-Saclay

Samir Hadj Belgacem, sociologue, Université Jean Monnet, Saint-Etienne

Iulia Hasdeu, anthropologue HETS Genève

Jean-Marie Harribey, économiste, Université de Bordeaux

Ingrid Hayes, historienne, Université Paris-Nanterre

Benoit Hazard, anthropologue, CNRS, IIAC

Anaïs Henneguelle, économiste, Université de Rennes 2

Jacqueline Heinen, sociologue, UVSQ

Odile Hélier anthropologue

Mélanie Henry, historienne

Odile Henry, Sociologue, Université Paris 8

Etienne Hubert, historien, EHESS, Paris

Romain Huret, historien, EHESS, Paris

Sabina Issehnane, économiste, Université Rennes 2

Mila Ivanovic, Docteure en sciences politiques sans poste, Paris

Lloyd Izard, Institut Méditerranéen d’Océanologie, Université d’Aix-Marseille

Louis Jachiet, informaticien, CNRS, Lille

Nicole Jacques-Lefèvre, Professeur des Universités émérite Nanterre, lettres

Lionel Jacquot, Sociologue, Université de Lorraine

Sébastien Jahan, Historien, Université de Poitiers

Anne Jollet, Historienne, Université de Poitiers

Nicolas Jaoul, Anthropologue, CNRS/IRIS/EHESS

Pierre Jardon, Professeur, Université de Grenoble

François Jarrige, Historien, université de Bourgogne, Dijon

Marc Jeanmougin, informaticien, Télécom Paris

Fanny Jedlicki, sociologue, université du Havre

Samy Johsua, Professeur retraité Université Aix-Marseille

Elise Julien, historienne, Sciences Po Lille

Lama Kabbanji, chercheuse, IRD-CEPED

Damien Keller, bibliothécaire, Rennes

Danièle Kergoat, sociologue, CNRS

Pierre Khalfa, économiste, Fondation Copernic

Michel Kokoreff, sociologue.

Jean-Luc Kop, psychologie, Université de Lorraine

Isabelle Krzywkowski, Université Grenoble Alpes

Claire Lacour, mathématicienne, Université Paris-Est Marne-La-Vallée

Rose-Marie Lagrave, sociologue, EHESS

Bernard Lahire, sociologue, ENS de Lyon

Ouida Lambert Bordji, enseignante en anglais – St Germain en Lay

Michel Lanson, professeur retraité

Mathilde Larrère, historienne

Sabine Laurent, maîtresse de conférence à la retraite

Christian Laval, sociologue, Université Paris Nanterre

Hervé Le Crosnier, éditeur, Caen

Gildas Le Dem, journaliste

Eric Lecerf, philosophe, Université Paris 8

Chloé Leprince, journaliste

Julien Léonard, historien, Université de Lorraine

Erwan Lehoux, enseignant en sciences économiques et sociales à Rouen

Benoît Leroux, sociologue, Université de Poitiers

Brice Le Gall, sociologue et photographe, EHESS

Frédéric Le Roux, mathématicien, Sorbonne Université Université Paris 8 et 7

Emir Mahieddin, anthropologue, CNRS

Pascal Maillard, Littérature française, Université de Strasbourg

Jean Malifaud, mathématicien, syndicaliste FSU

Jean-Claude Mamet, syndicaliste

Léopoldine Manac’h, étudiante en anthropologie, EHESS.

Jimmy Markoum, enseignant en histoire-géographie, Lycée Angela Davis – Saint-Denis

Anne Martel, Biophysicienne – Grenoble

Antoine Lévêque, ATER en science politique, Sciences Po Lyon

Wenceslas Lizé, sociologue, Université de Poitiers

Gaëlla Loiseau, sociologue, université du Havre

Camille Louis, philosophe,

Gilles Martinet, géographe, doctorant à la Sorbonne Nouvelle – Paris 3

Gustave Massiah, économiste

Gutierrez Beatriz Hispaniste

Béatrice Matrot, enseignante lycée Chalon-sur-Saône.

Gérard Mauger, sociologue, CNRS

Guillaume Mazeau, historien, Université Paris-1 Panthéon Sorbonne

Véronique Melchior, Psychologue clinicienne

Lamia Mellal ITRF, IREMAM

Eléonore Merza Bronstein, anthropologue, co-directrice de De-Colonizer.

Noufissa Mikou, professeure retraitée, Université de Bourgogne

Christophe Mileschi, professeur, université Paris Nanterre

Lamia Missaoui, Sociologue, Université de Versailles St-quentin-en yvelines

Sylvie Monchatre, sociologue, Université Lumière Lyon2

Vincent Monfort, STAPS, Université de Lorraine

Marc Moreigne, écrivain et enseignant Arts du spectacle, Université d’Evry Val d’Essonne

Danielle Moyse, chercheuse associée IRIS ( EHESS, CNRS, INSERM)

Laurent Mucchielli, CNRS, Laboratoire Méditerranéen de Sociologie, Aix-en-Provence

Mustapha Nadi, PU 63ème, Electronicien, Université de Lorraine

Yvan Najiels, enseignant.

Philippe Nabonnand, Enseignant, Université de Lorraine

Erik Neveu, science politique, Université de Rennes

Norig Neveu, histoire, CNRS, IREMAM, Aix-en-Provence

Olivier Neveux, Ens de Lyon

Gérard Noiriel, historien, EHESS, Paris

Vincent Nyckees, linguiste, Université Paris Diderot

Anne-Claudine Oller, sociologue, UPEC

Julien O’Miel, politiste, Université de Lille

Claude Paraponaris, économiste, Université Aix Marseille

Alain Parrau, chargé de cours littérature française, Paris 7

Frédéric Perdreau, EC sciences de gestion, Université de Saint-Etienne

Stéfane Paris, informaticien, université de Lorraine

Willy Pelletier, sociologue, université de Picardie

Bastien Pereira Besteiro, sociologue, Université Lumière Lyon 2

Anne Petiau, sociologue, Paris

Roland Pfefferkorn, sociologue, Université de Strasbourg

Anne-Laure Piallat, professeur, Paris

Béatrice Pinat, professeur des écoles, Créteil

Michel Pinault, historien des sciences et des milieux scientifiques

Dominique Plihon, économiste, université Paris 13

Raphael Porteilla, politiste, université de Bourgogne

Paul Platzer, physicien, université Bretagne Loire

Marion Plault, sociologie, université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Clyde Plumauzille, historienne, CNRS, Paris

Pierre Puchot, écrivain, journaliste

Jean Puyade enseignant en espagnol retraité Paris

Pablo Rauzy, informaticien, Université Paris 8

Gianfranco Rebucini, anthropologue, EHESS

Candice Raymond, historienne, université Paris 1

Manuel Rebuschi, philosophie, université de Lorraine

Yannick Reix – directeur cinéma Jacques Tati – 93

Eugenio Renzi, enseignant, journaliste

Michèle Riot-Sarcey, historienne

Fabrice Riceputi, enseignant et historien, Besançon

Marie-Pierre Rousseau Boileau, AED, lycée Les Pannevelles 77

Nicole Roussel, retraitée

Valérie Roussel, Enseignante, Philosophie. Académie de Limoges

Laura Ruiz de Elvira, politiste, IRD-CEPED

Valérie Sala Pala, politiste, Université Jean Monnet Saint-Etienne

Alessandro Sarti, mathématicien, CNRS-EHESS, Paris

Daniela Scancella, Ingénieur d’études EHESS

Michel Seigneuret, Biophysicien, CNRS, Université Denis Diderot-Paris 7

Nicolas Sembel, Sociologue, Université Aix-Marseille

Silvia Serrano, politiste, Sorbonne Université

Thomas Shaw, comédien, Paris

Catherine Simon, journaliste, écrivain

Patrick Simon, démographe, Ined, Paris

Maroula Sinarellis, retraitée, LaDéHiS/CRH/EHESS

Rémi Sinthon, sociologue, Paris

Michèle Soriano, latino-américaniste, Université Toulouse Jean Jaurès

Paul Sorrentino, anthropologue, EHESS

Karim Souanef, sociologue, université de LIlle

Jacques Testart, biologiste, INSERM

Marie-Thérèse Têtu, sociologue, CNRS Lyon

Charles Thibout, chercheur, IRIS

Gérard Tollet, enseignant, université P12-UPEC

Christian Topalov, sociologue, EHESS, Paris

Marc Tomczak, automatique et traitement du signal, université de Lorraine

Jean-Louis Tornatore, anthropologue, université de Bourgogne

Jean-Luc Tornero, retraité, enseignant, syndicaliste

Jocelyne Tournois, retraitée, Université de Lorraine

Michel Touzet, libraire

Maryse Tripier, sociologue Université Paris-Diderot

Vanessa Tico Rivera, Ergonome Toulouse

François Valegeas, urbaniste, Université Paul-Valery Montpellier 3

Patrick Vassallo, économie sociale et solidaire, Paris 8

Mélanie Vay, Université de Paris Panthéon-Sorbonne

Carlo Vercellone, économiste, Université de Paris 8

Frederic Verhaegen, MCF psychologie, université de Lorraine

Pauline Vermeren, philosophie, Paris 7 / Paris 8

Bernard Vernier, anthropologue

Sébastien Vignon, politiste, Université de Picardie

Christiane Vollaire, philosophe, Paris

Sophie Wauquier, linguiste, Université Paris 8, Université pour la Paix.

Pierre-Olivier Weiss, ATER en sociologie, Laboratoire Méditerranéen de Sociologie, Aix-en-Provence

Sylvie Wharton, sociolinguiste, Université d’Aix-Marseille

Carole Yerochewski, sociologue, Université du Québec en Outaouais

Michelle Zancarini-Fournel, historienne, université de Lyon

Nadjet Zouggar, islamologie, Université Aix Marseille

Elisabeth Zucker

Nepthys Zwer, germaniste, Strasbourg

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/040519/nous-acc...
 

Type:  Article Lundi, 6 Mai, 2019 - 10:16 Droits - libertés
François Calaret

A propos des Comparutions Immédiates des Gilets Jaunes

1 mois ago

A propos des Comparutions Immédiates des Gilets Jaunes (quelques audiences entre le 19 novembre et fin avril)

Ces procès font apparaître des dérives cumulatives concourant peut-être à un infléchissement significatif des libertés publiques : par exemple, la banalisation des rafles, des gardes à vue (3jours à Fresnes le week-end de Pâques) , l’exploitation des données personnelles, la confiscation du bénéfice du doute face à des scenarios contradictoires de la police et des prévenus, l’élaboration d’une jurisprudence sans nuance fondée sur des présomptions de complicité , de suspicion des manifestants ( parce qu’ils s’attardent, qu’ils ont des gants, qu’ils prennent des photos…), des verdicts sévères avec des interdictions de venir à Paris à connotation d’apartheid social ….

Les rafles aux confins des heures autorisées des manifestations alors que beaucoup d’ attardés curieux se sentent dans leur droit de circuler sur la voie publique à l’occasion des dispersions ne sont pas nouvelles (des fichiers de badauds plus ou moins sympathisants sont établis et recoupés aux marges des manifs) mais leur ampleur associée aux saisies de sms et carnets d’adresses en modifie l’usage (alors que les casseurs circulent sans téléphones)

On relève aussi des comportement et interprétations standardisés des magistrats et procureurs , se référant mécaniquement pour condamner sans juger à des articles tels que 222-14 -2 ou 433-3 du CP, ou 211 -9 du CSI.

Les prévenus sont représentés comme délinquants et les délinquants comme asociaux dans le cadre de comparutions accélérées sans enquête (pas de repérage d’empreinte sur les projectiles contestés, pas de vision de vidéos disponibles…) des jeunes gens dissuadés de demander un renvoi dans leur incertitude de leur libération alors que les procureurs réclament des mandats de dépôt dans l’attente de l’audience : on se demande d’ailleurs comment l’administration pénitentiaire y ferait face.

Les peines paraissent disproportionnées. On est souvent surpris, en correctionnelle, de la sévérité des verdicts pour des actes tels que des graffitis ou des brutalités familiales mais il s’agit se situations individuelles alors que les jugements des Gilets Jaunes produisent chaque semaine des centaines de consternés annonçant qu’on ne les reprendra plus à manifester (sans réaction des juges), une résignation immédiate nourrissant très probablement des rancunes durables , sources de révoltes ou d’abstentionnisme.

L’interdiction de venir à Paris ou de circuler sur les Champs Elysées (mesure adaptée en fonction des situations individuelles) constitue une sanction de classe typique (classique quand il s’agit d’éloigner un agresseur du domicile d’une victime mais exécrable dans ces espèces malgré le fréquent consentement des prévenus qui souvent s’y engagent d’eux même et annoncent leur renoncement aux manifestations sans que les juges leur rappellent qu’on ne peut renoncer à ses droits)

Scénarios  principaux: manifestants-badauds ou récalcitrants à un ordre de dispersion, vigoureusement interpellés, placés en garde à vue, tél portables exploités, plutôt banlieusards, jeunes sans emplois, ou salariés gagnant entre 900 et 2500 euros, logés chez leur parents, dans un mobil home ou en location : sans savoir quelle proportion de raflés sont finalement retenus, on peut penser, vue la proportion de jeunes hommes , par rapport à ce qu’on connaît des manifestations , qu’ils sont sélectionnés sur la base de leur détention de quelques équipements symboliques : gants, masques, sérums physiologiques, sweats noirs…

Les mieux informés et défendus choisissent sans doute des CRPC.

Quelques petits vols dans les boutiques éventrées ( casquettes, tee shirt…)

Une part probablement sélectionnée dès l’interpellation de détenteurs d’un casier judiciaire, conduites sans permis, insulte à détenteur d’autorité publique, petit vol, consommation de drogue : ces petits larcins justifient ensuite la réintégration de la peine antérieure en sursis.

La plupart acceptent la comparution immédiate pour pouvoir rentrer chez eux (sans avoir la latitude de subordonner leur décision à leur libération dans l’attente de leur convocation , mais les avocats d’office doivent les conseiller)

Un peu d’alcoolisme en fin de journée (0.8 g par exemple)

Quelques blessés , avec quelques jours d’incapacité , nez cassé, doigt cassé, ecchymoses, visages encore tuméfiés.

Quelques provinciaux heureux de visiter Paris.

Toutes comparutions après au moins 48h de gardes à vues plus ou moins contestées

Et menottages .

Gardes à vue : abus (art 144 CP) ou nullités souvent invoquée par les avocats compte tenu de légers dépassements de délais d’information… ex, interpellé le samedi sans présentation à un jld le dimanche, contestations de l’absence d’un opj pour les fouilles…(quelques incidents cocasses comme ces 4 présumés blacks blocs interceptés dans une boulangerie à 10h30 invoquant l’absence d’opj pour leur fouilles - alors qu’ils plaidaient le remplissage de leur sacs individuels par les policiers eux mêmes à partir d’un stockage ne leur appartenant pas - , la procureuse décrivant au contraire la bonne fouille au commissariat du XIIIe à 16h30 , alors que les policiers eux même avaient diffusé sur face book les photos de leur butin dès midi…)

Quelques profils

- «  j’avais rejoint un groupe de manifestants que je ne connaissais pas à l a gare de Chatenay, il y a eu un effet de groupe, j’ai ramassé le baton, je n’ai pas été menacé, c’était une excitation collective, je n’ai tapé personne… » Nisset, 20 ans, de Rosny, interpellé muni d’un baton, ni Mairie de Paris ni policier ne se portent partie civile

- arrêté sur les Champs à 10h, avec une grenade usée ramassée, parents salariés de la Ville de Paris, détenteur de permis D , chauffeur de bus non confirmé dans son emploi.

Tel portable exploité  par le juge «  vous avez filmé un feu de poubelles et un panneau « Castaner , nique ta mère »

Procureur : vous avez participé au 2ème samedi de manif, le 25 nov, celui du saccage de l’Arc de triomphe ( le prévenu n’a pas été interpellé ce jour là, et se trouvait loin des

sites malmenés), mettre le feu à des installations abritant des personnes, c’est criminel

(le prévenu n’a pas filmé ces faits là)

« Vous avez envoyé un sms mentionnant votre satisfaction d avoir bloqué un rond point et caillassé » ( hors du contexte de l’arrestation)

-street medic soignant manifestants et forces de l’ordre , munis de cagoules et lunettes de plongées , détenteur d’un brevet de secouristes, raflé et gardé à vue pour détention de 2 petits morceaux de pierre reliques ou projectiles visant des PDAP ?(personnes dépositaires de l’autorité publique)

- Déjà interpellé à Caen, venu manifester à Paris, bac pro électro technique, gagne 900 euros / mois, mère secrétaire et père « une espèce de médecin », «  il est sorcier, quoi » , ironise le juge

- monté de le Drôme, chauffeur PL, 1400 eur/ mois vit en camping car a dégardé un bien de la ville en mettant le feu à une poublle 322-6 CP, 222-14-2

-> les procureurs décrivent des délits survenus au cours ou à côté de manifestations, insinuent la complicité des prévenus sans distinguer les griefs qui pourraient être imputables aux accusés (jets de pierre) et ceux avec les quels ils n’ont manifestement rien à voir compte tenu de leur lieu d’interpellation

« participation délictueuse à un attroupement armé  », si détention de projectile.

Les juges évoquent une intention délictuelle du simple fait que «  à partit de 8h50 sur les Champs, la radio avait signalé les saccages, vous ne pouvez pas dire que vous ignoriez que ça chauffait »

Quelques fois d’ assez bons avocats commis mais peu de réactions politique des prévenus. Certains avocats acquiescent au contraire aux interdictions de venir à Paris, ou développent des discours sur les mensonges systématiques de toutes les parties prenantes, contribuant à la confusion.

« la dégradation n’est pas la violence »dit un grapheur

Plusieurs prévenus déclarent : « je ne manifesterai plus, ça m’ a servi de leçon, » sans que les juges répondent qu’ils n’ont pas à renoncer à leurs droits

Indices aggravants :

être vêtu de noir (pourquoi êtes vous en noir ? (question presque récréative alors que c’est la couleur vestimentaire commune du XXème siècle, que le tribunal comme les auditeurs sont en noir) «  c’est le dress code », répond un prévenu ;

détenir un sac à dos, un masque , des baskets, des gants, du sérum physiologique :

le discours est établi pour suspecter , dans ces tenues de manifestants, l’anticipation d’un repli défensif suite à une intention agressive…

a posteriori : avoir pris photos, ou vidéos, conservation de petites reliques-projectiles ramassées sur place projectile par destination

« Vous déteniez un masque PAP/ANRDC qui est une arme de guerre » : le juge a répété cette formule. ( !!! : ca figure en effet dans le catalogue des uniformes mais ce n’est pas une arme !)  6 mois

Verdicts : pratiquement pas d’acquittements ;

Du ferme pour tout « récidiviste », 3 / 12 mois d’emprisonnement, des TIG, interdictions de venir à Paris pour un an, presque systématiques, avec ce que ça implique d ‘interdiction des lieux de pouvoir, de relégation symbolique …

Remarque : les audiences sont moins agressives quand il y a des journalistes dans l’assistance et les discussions lors des nombreuses interruptions avec les avocats des parties civiles souvent très éteints ou les accompagnants des prévenus, souvent très désemparés, ou les avocats d’office trop résignés ou débordés semblent très utiles.

Sylvie

Type:  Article Vendredi, 26 Avril, 2019 - 19:38 Droits - libertés
François Calaret

Le service national universel est une arnaque !

1 mois ago

Le gouvernement met en place son projet d’encadrement des jeunes. Au programme, uniforme, morale et précarité.

Mercredi, le secrétaire d’État Gabriel Attal a fait poser en uniforme bleu marine et cocarde tricolore les premier-e-s participant-e-s au service national universel (SNU). Le programme sera lancé en juin avec 3 000 volontaires. À terme, il sera imposé à 800 000 jeunes par an. Faire son SNU sera obligatoire après la classe de troisième et le certificat sera exigé pour passer le bac et le permis de conduire.

Faire la morale aux jeunes

La première phase du service national universel, c’est un genre de Journée défense et citoyenneté qui durerait jusqu’à un mois (pendant les vacances). La moitié se passerait en internat, l’autre à remplir des missions d’intérêt général.

Le gouvernement met en avant l’aspect éducatif et l’éducation à la citoyenneté. Jusque-là, c’était à l’école de l’assurer… cette école que le gouvernement démolit en supprimant des profs et des heures d’enseignement.

On peut s’attendre à un enseignement de piètre qualité, mais fort en bourrage de crâne. On ne parlera probablement pas de la façon dont les gouvernements font passer des lois en force, mais beaucoup plus des devoirs et du respect de l’autorité.

Un des objectifs principaux du SNU est de rapprocher les jeunes de l’armée et « des enjeux de la défense et de la sécurité nationale ». Peu de chance qu’on donne aux jeunes les moyens de juger par eux-mêmes des questions militaires et du rôle de la France (de l’Algérie au Yémen en passant par le Rwanda et le Mali). Mais on augmentera encore la peur du terrorisme et on présentera les forces de répression comme des remparts de la démocratie.

Depuis 2015, l’armée patrouille dans les rues. Le 23 mars, elle a été associée à la police pendant des manifestations. Maintenant, on lui ouvre l’éducation.

Faire oublier les inégalités

Un des arguments pour le SNU est le brassage social, comme avec le service militaire. Quelle hypocrisie ! Toute la politique menée aujourd’hui est faite pour que personne ne sorte de son milieu social, que riches et pauvres gardent leurs rôles. L’éducation est de plus en plus sélective, on ferme les centres d’orientation, on fait des cadeaux aux riches et on écrase la majorité de la population. Puis on prétend réconcilier tout le monde par quelques semaines en caserne ? Une fois l’été fini, chacun retourne dans son ghetto ?

C’est le même principe que la proposition de mettre un drapeau tricolore dans toutes les salles de classe. On manque de moyens, de profs, de psychologues, de tout, alors pour faire passer la pilule on essaie de rassembler tout le monde derrière l’unanimité du patriotisme. C’est une énorme arnaque !

Éduquer à la précarité

La deuxième phase du SNU est optionnelle, mais le dispositif incite fortement à y participer. Il s’agit de s’engager pendant au moins trois mois dans l’armée, la police, la protection du patrimoine ou de l’environnement, dans l’aide à la personne…

Personne n’a attendu le SNU pour que des associations existent et que des millions de personnes s’y investissent. Mais les associations meurent à cause des baisses de subventions et licencient des milliers de salarié-e-s.

L’exemple d’engagement proposé est le service civique. Ce contrat qui permet de travailler entre 24 h et 48 h par semaine pour 500€ par mois. Avec ça, on apprend très tôt aux jeunes à ne pas être difficiles, à s’habituer aux contrats pourris, aux salaires ridicules, à ne pas avoir de droits, à se faire exploiter dans l’espoir d’« acquérir de l’expérience professionnelle »…

Le SNU, c’est le starter pack du précaire. Macron et ses amis espèrent que les jeunes baisseront la tête, feront leur SNU et diront merci quand on leur fera cadeau de l’uniforme et qu’on leur proposera un boulot sous-payé. Ils espèrent nous faire oublier l’injustice à coups de drapeau et de Marseillaise. Montrons-leur que l’engagement que nous voulons, c’est celui pour l’égalité et une société meilleure !

Nicolas

Type:  Article Vendredi, 26 Avril, 2019 - 19:34 Jeunesse
François Calaret

Fédération du peuple : chiche !

1 mois ago

J’ai lu ce matin avec attention la longue interview donnée par Jean-Luc Mélenchon au quotidien Libération. En exergue, une proposition nouvelle du leader a sonné comme un bougé stratégique : JLM met en débat la création d’une Fédération populaire que la France Insoumise pourrait proposer au lendemain des élections européennes. Il s’adresse au peuple et aux autres forces de gauche, si l’on suit le fil des questions de Laurent Joffrin et des réponses de Jean-Luc Mélenchon.

Tout le monde perçoit bien le problème : une gauche autour de 30 % et dispersée, cela ne fait pas le compte pour rassembler le peuple et ouvrir une perspective de changement social et écologiste. Il faut donc recomposer, mais comment ?

Je suis totalement favorable à l’idée de franchir une nouvelle étape de rassemblement après les élections européennes. Nous le devons pour faire grandir l’espoir d’une alternative politique émancipatrice. Après la chute du PCF, l’effondrement du PS traduit une atomisation profonde du champ politique à gauche. Les partis issus du mouvement ouvrier, qui ont structuré la gauche au XXe siècle, ne sont plus des outils populaires suffisants pour penser et agir aujourd’hui. Il faut donc faire du neuf, sur le fond et sur la forme. Avec la conviction qu’à l’échelle de l’histoire, cette entreprise de refondation ne peut se mettre en œuvre en deux coups de cuillères à pot. Je pense qu’il est raisonnable d’assumer en la matière un peu d’humilité.

Sur ces décombres, c’est bien la France Insoumise qui a fait irruption avec les 19,5% obtenus par JLM à l’élection présidentielle. Dans un champ de ruines, dont le PS porte la dernière responsabilité avec l’ère Hollande, la FI est apparue comme un mouvement neuf. Mélenchon candidat ne considérait pas le mot gauche comme un sésame, à raison, mais sut alors énoncer une proposition et faire vivre un profil politique à la fois moderne et ancré dans cette tradition émancipatrice.

Pour comprendre ce qui peut nous propulser demain, il faut déjà comprendre ce qui a fonctionné en 2017. Jean-Luc Mélenchon a réussi à faire le plein des voix de la gauche radicale, ravivant les anciens bastions communistes, tout en attirant un électorat plus modéré, notamment de centres urbains, de nombreux déçus du PS. Cette martingale n’était pas acquise, elle méritait d’être consolidée. Par la suite, « le bruit et la fureur », aussi poétique soit la formule, n’a semble-t-il pas permis de maintenir l’attractivité de la FI auprès d’une partie de ses électeurs sans pour autant attirer un nouvel électorat. La FI se situe aujourd’hui dans les différentes enquêtes d’opinion en-dessous des 10%. On peut toujours discuter le travail des sondeurs mais difficilement contester le fait que la FI n’a pas connu l’ascension irrésistible que l’on aurait pu espérer, même si la FI reste pour l’heure en tête à gauche, ce qui lui donne en effet des responsabilités, comme le rappelle à juste titre JLM dans l’interview de Libération – et la FI peut bien sûr hisser plus haut que prévu son score avec Manon Aubry le 26 mai.

Il me semble que le chemin de l’espérance peut s’ouvrir si l’on retrouve, pour commencer, ce qui a fait la force de la campagne de JLM en 2017. Je suis également convaincue que le rassemblement que nous avons à construire ne peut advenir qu’à la condition d’assumer pleinement le pluralisme et de penser un fonctionnement démocratique qui ne soit pas le copié-collé des mécaniques pyramidales des partis du XXe siècle. Si le fonctionnement des partis d’hier ne doit pas être reproduit, il faut tout de même inventer des modalités démocratiques, sans lesquelles toute organisation risque de péricliter. En période de campagne électorale, un mouvement se doit de faire corps et d’agir sans avoir le nez rivé sur ce qui divise ou fait problème. Mais le reste du temps doit être celui de la consolidation d’un collectif qui est forcément traversé de nuances, de débats voire de conflits. Imaginer les médiations pour y faire face me paraît indispensable si l’on veut mettre en action durablement une force militante et ajuster sans cesse les options stratégiques et programmatiques. Le pluralisme et la démocratie ne sont pas que des cadres institutionnels, ils sont aussi des éléments de culture politique sans lesquels on ne peut agréger dans la durée, et donc gagner.

Pour être concrète, je veux dire un mot de l’idée que je me fais d’une éventuelle Fédération populaire. Dans feu le Front de Gauche, je me suis battue pour des adhésions individuelles, en vain. Au sein de la FI, je me suis à plusieurs reprises exprimée en faveur d’instances qui permettent d’inclure la pluralité politique et de mieux identifier les modalités de la prise de décision. Un mouvement politique peut-il sérieusement assumer de ne pas avoir de direction ? Je ne le crois pas, même si je plaide pour une direction polycentrique et non pyramidale, dans laquelle il pourrait y avoir différentes légitimités directionnelles et non une seule au sommet. La démocratie, dans le mouvement politique comme dans la société, ne peut se passer de médiations. Le PCF a payé cher la tentation de l’hégémonisme et un fonctionnement qui contredisait le parti pris démocratique du projet. Nous pouvons apprendre d’erreurs passées.

Ainsi j’imagine que la Fédération populaire dont nous avons besoin permettrait une implication individuelle, c’est-à-dire une adhésion directe possible pour chacune et chacun au tout que représenterait ce grand mouvement. Cette Fédération permettrait également aux différentes sensibilités politiques, sociales, citoyennes, culturelles d’y avoir leur place en tant que tel. Il faut associer et non vassaliser. Toute logique hégémonique débouche sur une perte d’impact dans la société parce que l’émetteur devient trop homogène. La tentation d’une centralité dominante se traduit aussi par un moins-disant sur le terrain de la réflexion collective car le pluralisme est une richesse, dans la mesure bien sûr où elle ne contrarie pas fondamentalement la cohérence d’ensemble.

Je reprends ici la formulation de Fédération populaire mais je la sais ambigüe. En effet, il est important de ne pas confondre le rassemblement à vocation majoritaire, ce qu’ont été le Front populaire et l’Union de la gauche en leur temps, et la force politique capable d’impulser cette dynamique. La confusion pourrait laisser entendre qu’il suffirait d’une seule force pour gagner la majorité, comme si une composante pouvait à elle seule représenter toute la gauche et le peuple.

Nous savons que le travail de reformulation d’un projet social et écologiste n’est pas abouti puisque nous n’avons pas encore gagné dans les têtes, dans la rue, dans les urnes. Pour mener ce travail, qui est en cours et qui ne part pas de rien, je suis convaincue qu’il faut ouvrir largement les portes et les fenêtres, sans arrogance ni mépris, avec convictions et recherche de cohérences nouvelles.

Clémentine Autain, le 24 avril 2019.

Type:  Article Vendredi, 26 Avril, 2019 - 14:39 En débat Politique
François Calaret

Elections européennes : Un appel de militant.es d’Ensemble !

1 mois ago

Elections européennes : Un appel de militant.es d’Ensemble ! à voter à gauche et à surmonter les divisions de notre camp

Les élections au parlement européen du 26 mai seront sans doute marquées par une abstention massive, signe, entre autres, d’une désaffection croissante à l’égard de l’Union Européenne.

Ce sera aussi une nouvelle preuve d’une crise politique durable à l’échelle mondiale, illustrée par l’élection de Trump, de Salvini, de Bolsonaro, la crise du brexit, la montée de l’extrême droite en Europe de la Finlande jusqu’en Espagne … mais aussi par les soulèvements en Algérie et au Soudan, l’éruption du mouvement des Gilets Jaunes en France, les mobilisations pour l’égalité hommes/femmes, contre le changement climatique et contre le racisme, les succès possibles de Corbyn ou de Sanders.

Commençons par deux points essentiels à nos yeux. Des millions d’extra-communautaires sont installée.es durablement dans l’UE, mais ne pourront pas participer à ces élections. Nous défendons le droit de vote pour tous ceux et toutes celles qui y vivent. La liberté de circulation et d’installation ne s’appliquent qu’à l’intérieur de la Forteresse Europe : nous disons « Ouvrons les frontières ! »

Selon les dernières estimations, LREM (Macron) et le RN (Le Pen) partageront un peu moins que la moitié des voix exprimées, Les Républicains et d’autres listes de droite autour de 20 pour cent. Le score des Verts est difficile à estimer, mais pour l’instant leur liste ne semble pas beaucoup bénéficier de la prise de conscience des effets du changement climatique, de la pollution, des menaces pour la santé. Le PS et ses alliés sont au plus bas.

Et dans ce contexte, où en est la gauche radicale ? Par ses divisions et sa logique partidaire, son échec est cuisant. Elle a échoué à donner une voix à la colère qui monte dans le pays. Elle n’a pas su répondre de façon claire à la montée du nationalisme, des idéologies de la haine, du rejet des migrant.es fuyant la misère, les guerres et les catastrophes écologiques. Elle a été incapable de démontrer qu’il existe une alternative à l’Europe libérale, aux traités de libre-échange, à l’austérité, aux privatisations des biens communs, alors que les résistances existent.

Parmi les diverses listes de gauche, celle de la FI, qu’une partie de nos camarades a choisi d’intégrer, reste en tête. Mais elle a perdu en pourcentage plus que la moitié de son score aux présidentielles. Nous avons des critiques à l’égard de ce mouvement - de sa direction surtout. Mais toutes ces listes portent une part de responsabilité dans la débâcle, alors que les orientations qu’elles défendent, si elles divergent sur des points parfois importants, se ressemblent sur beaucoup d’autres. Malheureusement, les responsables de la gauche de transformation sociale ont choisi de se compter et voir qui pourra revendiquer l'hégémonie aux prochaines municipales.

Membres ou sympathisant.es d’Ensemble!, Mouvement pour une Alternative de Gauche Ecologiste et Solidaire, nous refusons cette logique. Nous ne pensons pas que cette élection puisse changer cet état de fait. Mais nous ne sommes pas indifférent.es aux conséquences pour les classes populaires, et pour le mouvement social, d’une victoire écrasante, démoralisante des forces du système et de la réaction.

Dans cette situation difficile, des camarades appellent à voter « sans illusions » pour la liste, conduite par Manon Aubry, sans taire leurs critiques à l’égard de la FI.

La tentation existe aussi, en réaction au sectarisme des uns et des autres, de s’abstenir ou de voter blanc. Pour certain.es, l’abstention se justifie par la remise en question, présente par exemple chez les Gilets Jaunes, de la démocratie représentative. De nombreux-ses militant.es pensent qu’il faut privilégier le soutien aux luttes et la construction d’alternatives et de nouvelles formes de démocratie aux dépends de la politique électorale.
La gauche est à reconstruire, en s’inspirant du bouillonnement d’initiatives et d’idées qui secoue la société de fond en comble. Nous ne militons pas pour un simple arrangement au sommet. Nous préconisons une alliance de combat qui dépasse le cadre électoral – un « tous ensemble » de forces politiques, syndicales, associatives, de ceux et celles qui agissent dans la rue et sur les ronds-points, sur les lieux de travail, dans les quartiers populaires.

Mais nous ne pensons pas qu’il faille rester muet à l’occasion d’une élection aux enjeux nationaux et européens. Prôner l’abstention reviendrait à offrir une prime aux listes de droite et d’extrême droite. Nous ne devons pas leur faire ce cadeau.

Les crises politiques et sociales aiguisent l’exigence d’une rupture avec les politiques imposées au sein de l’UE. Le choix n’est pas entre un vote prétendument « progressiste » pour Macron et un vote nationaliste et xénophobe. Il est possible et nécessaire de proposer des perspectives, en France et en Europe, pour une transformation sociale, démocratique, écologique, féministe, antiraciste, antimilitariste (rupture avec l’OTAN, désarmement …). Mais cela nous oblige à surmonter querelles et divisions pour défendre la perspective de rupture avec les traités européens sur des bases internationalistes, et écarter l’impasse d’une sortie ‘brutale’ et unilatérale de l’UE. 

Lors de ces élections, il n’en sera rien et nous paierons le prix politique de cet échec. Néanmoins, nous devons tout faire pour en limiter les effets, pour ne pas compromettre l’avenir en rajoutant la division à la division. Nous appelons donc lors de ces élections à voter, sans accompagner cet appel d’un choix privilégié, en faveur d’une des listes à la gauche du PS. A chacune et chacun d’opter pour la liste qui, à son avis, porte le mieux – ou le moins mal – les réponses nécessaires.

Le 25 avril 2019

SIGNATAIRES

Jacques Bidet (92)
Florence Braud (95)
Daniella Chaillet (25)
Brigitte Chalvet (22)
Rosine Charlut (11)
Florence Ciaravola (06)
Collette Corfmat (75)
Georges Dussert (65)
Colin Falconer (93)
Irène Favier (38)
Jacques Fontaine (01)
Gilles Lemée (69)
Jean-Paul Leroux (05)
Horiya Mekrelouf (13)
André Rosevègue (33)
Henri Saint-Jean (07)

Type:  Article Jeudi, 25 Avril, 2019 - 16:17 En débat Europe
François Calaret

6ème Université d'Ensemble! à Cap d'Agde, du 31 octobre au 3 novembre

1 mois ago

Automne...

Temps des semailles... Et moment pour prendre du champ !

Pour observer les horizons parfois obscurcis et lointains des enjeux géostratégiques, ou si proches lorsqu’il s’agit de l’Algérie, du Brésil, et d’autres pays d’Amérique latine, voire de l’Europe elle-même…

Pour interroger l’avenir de cette Terre, et de l’Humanité, lorsque pèsent sur lui tant de menaces écologiques : quelle est leur réelle gravité ? Quelles possibilités de conjurer les catastrophes annoncées ? Quelles transitions engager ?

Pour faire retour sur les mouvements profonds à l’oeuvre, du soulèvement des Gilets jaunes à la démocratie malmenée ou niée, et questionner l’action politique, la crise de la (des) gauche(s), l’Histoire telle qu’elle paraît parfois se ressembler, des années 30 aux nôtres…

Pour débattre de bien d’autres sujets. Par exemple celui de notre propre fragilité psychique, lorsqu’est malmenée la psychiatrie…

Un moment de réflexion et de convivialité, pour lequel nous vous attendons !
Inscrivez-vous vite !

Fichier attachéTaille Tarifs59.9 Ko plaquette14.77 Mo plaquette suite 8.25 Mo Type:  Article Mardi, 23 Avril, 2019 - 10:23 Université d'Ensemble!
François Calaret

2ème assemblée des assemblées des gilets jaunes : ancrer le mouvement dans la durée

1 mois 2 semaines ago

Cette 2ème assemblée des assemblées (ADA) a été organisée à Saint-Nazaire deux mois après celle de Commercy qui avait constitué un moment important du mouvement des GJ en réunissant environ 75 délégations et autour de 300 personnes.

Saint-Nazaire est une ville importante au sein du mouvement des Gilets Jaunes, grâce notamment à l’ouverture de la maison du peuple en décembre dernier, qui est rapidement devenu un lieu d’auto-organisation, de rencontres, de préparation des mobilisations ; et donc d’accueil de cette deuxième ADA. Celle-ci a permis de faire un bilan de l’état actuel du mouvement, de poursuivre le début de coordination nationale entamé à Commercy et de constater la représentativité grandissante de l’ADA : 235 délégations étaient représentées, avec 700 à 800 personnes, même si manquaient à l’appel certaines régions (notamment Picardie et Nord-Pas de Calais) ; les régions les plus représentées étant la Bretagne, la région entre Bordeaux et les Pyrénées Orientales, la vallée du Rhône, l’Alsace-Lorraine et la région parisienne.

Malgré les nombreux bâtons dans les roues mis par la municipalité de St Nazaire, l’ADA a pu se tenir dans de relativement bonnes conditions matérielles, grâce à l’investissement des GJ de la maison du peuple de Saint-Nazaire épaulés par des militant-e-s des alentours, et notamment, en ce qui concerne la nourriture, les réseaux autour de Notre-Dame-des-Landes.

Du côté de la préparation politique, plusieurs enjeux se combinaient :

- Parvenir à faire travailler ensemble pendant 3 jours des GJ qui pour la plupart ne se connaissaient et n’ont pas nécessairement les mêmes pratiques collectives ;
- Faire en sorte que l’ADA ne soit pas seulement représentative des GJ influencés par la gauche radicale et les idées anticapitalistes et qu’elle soit plus représentative de la réalité composite des GJ que l’ADA de Commercy ;
- Faire que l’ADA ne soit pas seulement un lieu de rencontre mais puisse sortir avec des décisions les plus consensuelles possibles et retravaillées ensuite dans les AG locales ;
- Faire en sorte que ce soit l’ADA elle-même qui se fixe ses modalités de débat et de délibération
- Etre en capacité de s’adresser aux GJ présent-e-s, à ceux et celles qui ne se reconnaissent pas nécessairement encore dans l’ADA, et au-delà à tous ceux et celles qui peuvent exprimer une sympathie avec le mouvement.

Globalement, ces objectifs ont été plutôt atteints. Le texte adopté en fin d’ADA doit être portée auprès des AG locales, et le travail se poursuivra d’ici la 3ème ADA qui se tiendra en juin à Montpellier ou à Montceau-les-Mines.

Cette ADA a été marquée par un apparent paradoxe, puisque beaucoup de GJ ont fait état de la baisse d’activité, de présence sur les ronds-points ou dans les AG, mais qu’il y avait beaucoup plus de participant-e-s qu’à Commercy. Marque de la recherche d’un second souffle pour le mouvement, cette situation a été résumée par plusieurs intervenant-e-s par la formule : « on pensait faire un sprint et on est partis pour un marathon. » La tonalité des discussions dénotait cette préoccupation de s’inscrire dans la moyenne durée, quitte à relativiser des enjeux immédiats comme la démission de Macron.

Après un premier moment d’échanges d’expériences en petits groupes puis synthétisés devant tout le monde, les discussions ont alterné des moments en ateliers et en plénière, autour de plusieurs thèmes :
Six questions posées par les GJ de Saint-Nazaire :

- Définition et fonctionnement de l’ADA
- Communication interne et externe
- Actions
- Face à la répression
- Quelles suites pour le mouvement (stratégie, alliances…) ?
- Revendications

Des propositions émanant d’AG locales, ou qui se sont rajoutées au début de l’ADA, essentiellement :

- La construction de contre-pouvoirs populaires locaux, autour d’assemblées citoyennes et abordant la question des élections municipales ;
-  L’Union Européenne et les élections européennes
- Un projet de charte des GJ
- Les convergences écologistes
- La création de maisons du peuple
- Le lancement d’une assemblée délibérative nationale
Une partie de ces thèmes n’a pas été suivie tout le long du week-end et n’a pas forcément donné lieu à des textes aboutis ou à des décisions. Quelques remarques non exhaustives peuvent être faites à propos des débats les plus saillants :

Sur les objectifs et le fonctionnement de l’assemblée des assemblées : réaffirmation d’un certain nombre de principes afin de construire le mouvement dans la durée et en le dotant d’outils numériques facilitant son fonctionnement ; à noter qu’au souci d’indépendance vis-à-vis des partis politiques s’est ajoutée la mention d’indépendance vis-à-vis des organisations syndicales, ce qui dénote une volonté de mise à distance des syndicats, dont il a été très peu question dans les discussions. Parmi les points restés en suspens : les mandats des Ag locales (impératifs ou non), le rythme des ADA, les moyens pour réagir au nom de l’ADA à ce qui se passe entre deux ADA (par exemple à la conclusion du grand débat national…), la proposition d’un comité de liaison entre deux ADA…

Sur la stratégie, les alliances et la suite du mouvement : le débat fut assez difficile tant se mêlaient différentes dimensions : nos perspectives à court, moyen et long terme, nos rapports avec les autres gilets jaunes, les formes d’action à préconiser, les moyens pour remobiliser.... A court terme, il s’agit de redévelopper la mobilisation par 3 semaines de préparation au plus près du terrain qui pourraient déboucher sur une semaine d’actions diverses autour du 1er mai. Sur le long terme, il a été rappelé la nécessité de plus retourner auprès des populations, de trouver de nouvelles formes d’expression et de rassemblement (éduction populaire…), de construire des réseaux et actions de solidarité. Les projets de construction de maisons du peuple, qui pourraient se coordonner en réseau, s’inscrivent dans cette perspective, après que de nombreux groupes de GJ aient vu leurs cabanes détruites. Par contre la question des alliances a été assez peu traitée, hormis sous l’angle des contacts avec d’autres luttes.

Face à la répression : un texte assez long a été adopté sans difficultés, qui appelle notamment à la journée de mobilisation pour le retrait de la loi anticasseurs le 13 avril (appel unitaire avec notamment la LDH).

Revendications : là aussi, les discussions furent compliquées quant à la façon de traiter l’ensemble des revendications portées par les groupes de GJ et la possibilité de les hiérarchiser. Si la déclaration finale de l’ADA comporte l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux, ainsi que des services publics pour tous et toutes, rien n’est dit sur le RIC ni la démission de Macron ; non pas que ces revendications aient disparu des préoccupations, mais, à l’image du mouvement, l’élargissement de l’arc revendicatif rend parfois difficile la possibilité de se fixer des priorités claires. Il a donc été seulement procédé à une thématisation des revendications autour des points suivants : arrêter la casse sociale et écologique ; vivre dignement avec ou sans travail ; de l’argent il y en a ; changer de système.

Sur les contre-pouvoirs locaux et les assemblées citoyennes : le débat a été impulsé par les GJ de Commercy dont la proposition initiale faisait référence notamment à la mise en place de mini-RIC locaux et appelait à prendre les communes, en articulant assemblées municipales et participation aux élections locales, et envisageait un réseau de communes libres où le peuple décide. Ce dernier point (les élections) a fait débat, et le consensus n’a pas pu dépasser la proposition d’assemblées citoyennes et populaires, même si l’option électorale pour la mise en œuvre d’un municipalisme libertaire n’est pas écartée.

Sur l’UE et les élections européennes : il a été décidé d’intervenir au moment des élections européennes, à la fois par voie de tracts, affiches, débats… et par l’organisation d’une manifestation à Bruxelles qui pourrait être co-organisée avec des réseaux belges. Pour la première fois, les Gilets Jaunes ont pu prendre une position commune sur l’UE, une critique radicale qui ne tombe pas vers un repli nationaliste, malgré les tentatives de militants de l’UPR qui ont essayé de s’imposer dans les ateliers sur le sujet. Il s’agit maintenant de faire vivre cette prise de position par des activités publiques. Par ailleurs, alors que la proposition initiale était d’appeler au boycott des élections, il a été décidé de ne pas avoir de consigne de vote.

Sur les convergences écologistes : c’est peut-être là où le principe de convergence s’est le plus exprimé, l’appel final notant que « la multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l’unité d’action ». Même si de nombreuses réticences se sont exprimées à l’encontre des marches pour le climat (sur leur manque de radicalité, la composition plutôt bourgeoise des participant-es…), cet appel signale une réelle envie de s’adresser aux luttes écologistes actuelles.

Pour conclure, l’exercice d’organisation de cette ADA était difficile, et globalement, malgré quelques couacs (sur les écritures de textes, les conditions de travail des amendements, le caractère très masculin des animateurs de l’ADA, et plus généralement la quasi-absence de préoccupations féministes au cours du week-end…), l’exercice a été réussi. On verra dans quelques jours si la légitimité de l’ADA auprès des nouveaux arrivés et des autres GJ est importante. Reste des points d’interrogations sur notre capacité collective à trouver un second souffle pour les GJ, mais nul doute que cette ADA est une étape importante en ce sens.

Un Gilet Jaune présent à Saint-Nazaire.

Appel de Saint-Nazaire des gilets jaunes

Réunie du 5 au 7 avril à Saint-Nazaire, l’Assemblée des assemblées des Gilets jaunes a adopté dimanche 7 un appel final. En voici le texte.

Nous Gilets jaunes, constitués en assemblées locales, réunis à Saint-Nazaire, les 5, 6 et 7 avril 2019, nous adressons au peuple dans son ensemble. À la suite de la première assemblée de Commercy, environ 200 délégations présentes poursuivent leur combat contre l’extrémisme libéral, pour la liberté, l’égalité et la fraternité.

Malgré l’escalade répressive du gouvernement, l’accumulation de lois qui aggravent pour tous les conditions de vie, qui détruisent les droits et libertés, la mobilisation s’enracine pour changer le système incarné par Macron. Pour seule réponse au mouvement incarné par les Gilets jaunes et autres mouvements de lutte, le gouvernement panique et oppose une dérive autoritaire. Depuis cinq mois partout en France, sur les ronds-points, les parkings, les places, les péages, dans les manifestations et au sein de nos assemblées, nous continuons à débattre et à nous battre, contre toutes les formes d’inégalité et d’injustice et pour la solidarité et la dignité.

Nous revendiquons l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux, ainsi que des services publics pour tous et toutes. Nos solidarités en lutte vont tout particulièrement aux neuf millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Conscients de l’urgence environnementale, nous affirmons, fin du monde, fin du mois, même logique, même combat.

Face à la mascarade des grands débats, face à un gouvernement non représentatif au service d’une minorité privilégiée, nous mettons en place les nouvelles formes d’une démocratie directe.

Concrètement, nous reconnaissons que l’assemblée des assemblées peut recevoir des propositions des assemblées locales, et émettre des orientations comme l’a fait la première assemblée des assemblées de Commercy. Ces orientations sont ensuite systématiquement soumises aux groupes locaux. L’Assemblée des assemblées réaffirme son indépendance vis-à-vis des partis politiques, des organisations syndicales et ne reconnaît aucun leader autoproclamé.

Pendant trois jours, en assemblée plénière et par groupes thématiques, nous avons tous débattu et élaboré des propositions pour nos revendications, actions, moyens de communication et de coordination. Nous nous inscrivons dans la durée et décidons d’organiser une prochaine Assemblée des assemblées en juin.
Afin de renforcer le rapport de forces, de mettre les citoyens en ordre de bataille contre ce système, l’Assemblée des assemblées appelle à des actions dont le calendrier sera prochainement diffusé par le biais d’une plateforme numérique.

L’Assemblée des assemblées appelle à élargir et renforcer les assemblées citoyennes souveraines et de nouvelles. Nous appelons l’ensemble des Gilets jaunes à diffuser cet appel et les conclusions des travaux de notre assemblée. Les résultats des travaux réalisés en plénière vont alimenter les actions et les réflexions des assemblées.

Nous lançons plusieurs appels, sur les européennes, les assemblées citoyennes populaires locales, contre la répression et pour l’annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement. Il nous semble nécessaire de prendre un temps de trois semaines pour mobiliser l’ensemble des Gilets jaunes et convaincre celles et ceux qui ne le sont pas encore. Nous appelons à une semaine jaune d’action à partir du 1er mai.
Nous invitions toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires un nouveau mouvement social, écologique, populaire. La multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l’unité d’action.
Nous appelons à tous les échelons du territoire à combattre collectivement pour obtenir la satisfaction de nos revendications sociales, fiscales, écologiques et démocratiques. Conscients que nos avons à combattre un système global, nous considérons qu’il faudra sortir du capitalisme. Ainsi nous construirons collectivement le fameux « tous ensemble » que nous scandons et qui rend tout possible. Nous construisons tous ensemble à tous les niveaux du territoire. Ne nous regardez pas, rejoignez-nous. Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Type:  Article Vendredi, 12 Avril, 2019 - 16:58 Luttes sociales
François Calaret

Position d’Ensemble sur les élections européennes

1 mois 2 semaines ago

Au collectif National d’Ensemble des 6 et 7 avril, quatre motions sur les élections européennes ont été présentées. Aucune n’a pu faire consensus.

Le texte des 4 motions est disponible ici :

https://www.ensemble-fdg.org/content/motions-presentees-au-cn-des-6-et-7-avril-2019

Pour rappel le texte sur l’Europe adoptée au Collectif National d’Ensemble du 1er juillet 2018 :

https://www.ensemble-fdg.org/content/ensemble-leurope-et-les-elections-de-2019

Type:  Article Mardi, 9 Avril, 2019 - 16:04 Europe
François Calaret

Algérie : ce n’est qu’un début

1 mois 2 semaines ago

La démission de Bouteflika est une immense victoire politique, remportée en dépit d’une ultime manœuvre du président démissionnaire qui, en échange de son renoncement à candidater à un cinquième mandat, cherchait jusqu’ici à piloter une transition contrôlée afin d’assurer la perpétuation du régime autoritaire-libéral à façade démocratique en place depuis trois décennies. En effet, dans sa lettre du 11 mars au peuple algérien, Bouteflika, prenant acte de son échec à passer en force pour un cinquième mandat :

– renonçait formellement et officiellement à se présenter à la présidentielle,

– annulait en violation de sa propre légalité le scrutin présidentiel du 18 avril et annonçait l’ouverture d’une transition non limitée dans le temps à l’issue de son quatrième mandat,

– se maintenait tout aussi illégalement en poste jusqu’à la fin de la transition annoncée,

– congédiait le Premier ministre Ahmed Ouyahia et chargeait le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui de former un nouveau gouvernement ouvert, y compris à l’opposition,

– annonçait son intention de convoquer dans les plus brefs délais une Conférence nationale inclusive, composée de représentants des partis politiques du pouvoir et de l’opposition, des « élites » et autres « personnalités indépendantes » de la « société civile ».

L’ancien diplomate algérien et onusien Lakhdar Brahimi fut rappelé pour piloter de manière informelle la préparation de cette Conférence nationale.

La manœuvre fut rejetée par les Algériens qui multiplièrent durant toute la semaine jalonnée par les marches, sit-in, grèves… qui culminèrent dans les immenses manifestations des vendredis 15 et 22 mars. Cette mobilisation exacerba les dissensions au sein du pouvoir. Le vice-Premier ministre et chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, qui fut l’un des soutiens les plus déterminés du Président, n’évoquait plus son nom dans ses discours et insistait sur les liens privilégiés unissant le peuple à l’ANP. Les deux principaux partis de la coalition présidentielle, le RND et le FLN, connurent des démissions individuelles et collectives de militants et d’élus et des demandes de limogeage de leurs dirigeants respectifs, Ahmed Ouyahia et Moad Bouchareb.

En dépit de ces difficultés, à la veille de la manifestation du vendredi 22 mars, le pouvoir persistait dans sa volonté de mettre en œuvre le scénario présidentiel du 11 mars.

La détermination populaire a fini par provoquer l’éclatement des contradictions au sein du pouvoir. En dépit du mauvais temps, hommes et femmes de toutes conditions sociales, jeunes et vieux, et même des enfants, investirent massivement la rue le 22 mars pour réitérer avec force leur refus des propositions de sortie de crise avancées par Bouteflika et maintenir leur exigence du départ du régime.

Cette détermination affecta durement la cohésion interne du régime. Alors que le nouveau gouvernement tardait à voir le jour, les candidats ne se bousculant pas au portillon, les rangs du RND et du FLN se désagrégèrent. Nombre de militants et d’élus et même les dirigeants les plus haïs, à l’instar de leurs Secrétaires généraux respectifs Ahmed Ouyahia et Moad Bouchareb, se rallièrent sans vergogne au mouvement. Le Secrétaire général de l’UGTA (Union générale des Travailleurs Algériens) ne tarda pas à s’aligner… Les plus opportunistes qui soutenaient jusque-là le Président demandèrent publiquement son départ à l’issue de son quatrième mandat.

« Toi aussi Brutus »

Ils furent finalement rejoints le 26 mars par l’homme fort du pouvoir. Ahmed Gaïd Salah soutint que la seule solution résidait désormais dans l’application de l’article 102 de la Constitution1 qui prévoit la démission du Président de la République ou sa destitution pour état d’empêchement ou de décès. La manifestation du vendredi 29 qui mettait dans le même sac les différents clans du pouvoir poussa Gaid Salah à accentuer la pression sur Bouteflika afin qu’il démissionne.

Aujourd’hui, le chef d’état-major se présente en bras armé, non plus du Président qu’il a poignardé, mais du mouvement populaire dont il serait le défenseur. Il fait mine de découvrir la corruption endémique qui gangrène le pays. Il cherche ainsi à récolter les fruits de la démission de Bouteflika.

Or, jusqu’au 26 mars, le départ du chef de l’État ne figurait ni à son agenda personnel ni à celui d’Ahmed Gaïd Salah ni à celui d’aucun dirigeant. Tous entendaient imposer l’option Bouteflika. En candidat à un 5e mandat d’abord, puis en pilote d’une transition contrôlée. Les millions de manifestants des vendredis les en dissuadèrent. Cette victoire est donc bien celle du peuple qui a bravé les interdits du pouvoir en manifestant chaque jour aux quatre coins du pays sans demander d’autorisation administrative ni même les déclarer.

Nouvelle manœuvre du régime

La joie et la fierté d’avoir contraint Bouteflika à abdiquer ne doivent cependant pas masquer le fait que le régime autoritaire-libéral à façade démocratique reste en place. Le peuple algérien n’a pas encore, et de loin, recouvré sa souveraineté bafouée.

La « solution constitutionnelle » du chef d’état-major constitue une manœuvre politique de replâtrage du régime. Elle sacrifie le Président dans le but de faire avorter toute perspective de transition démocratique et de changement de Constitution. L’article 102 implique le maintien de l’actuelle Constitution, du gouvernement, du Conseil constitutionnel, des deux chambres du Parlement et de toutes les institutions du régime autoritaire… Quelques droits sont déjà concédés, provisoirement, en matière de création d’associations, de syndicats et de partis, mais le pouvoir pourrait se maintenir comme il le fit après Octobre 1988 car c’est à lui que reviendra la charge d’organiser les futures présidentielles dont personne ne peut douter qu’elles seront remportées par le candidat du régime.

Une telle issue représenterait même une régression par rapport à la manœuvre de Bouteflika du 11 mars, dans la mesure où elle exclurait même sa fantoche Conférence nationale inclusive… Avec l’article 102, on passerait de la transition bouteflikienne contrôlée et pilotée par le pouvoir à l’absence de transition. Il s’agirait fondamentalement d’un retour au 21 février ! C’est pourquoi de nombreux manifestants ont avancé le mot d’ordre d’application des articles 7 à 12 qui restituent au peuple sa souveraineté pleine et entière, en lieu et place de l’article 102.

Ouverture de l’acte 2 de la lutte

Tout indique que le mouvement populaire ne connaîtra pas la décrue souhaitée par le numéro deux du RND, Chihab Seddik. Aujourd’hui 5 avril2, il devrait rejeter de nouveau massivement l’option du maintien du régime que représente l’application de l’article 102.

Les manifestations spontanées qui se succèdent depuis le 31 mars dans tout le pays (étudiants, avocats, retraités…), l’appel de la Confédération des syndicats autonomes (CSA) à une grève générale le 10 avril, grève soutenue par les Juges et les fonctionnaires du secteur de la Justice, et les marches nocturnes qui ont suivi l’annonce de la démission du Président le 2 avril prouvent que le mouvement populaire exige un changement complet et ne tombe pas dans le panneau qui présente Bouteflika en bouc-émissaire de tout le régime.

La démission du Président a fait apparaître au-devant de la scène le pouvoir réel, le noyau dur du régime. Ce pouvoir réel n’est pas celui de l’ANP. L’armée nationale populaire est constituée des djounoud (soldats), sous-officiers et officiers. Mais le pouvoir réel est celui de la très haute hiérarchie militaire qui constitue le bras armé du régime. De 1962 à ce jour, elle n’a eu de cesse de faire et défaire les Présidents et soutient, depuis 1980, une politique libérale antinationale, antisociale et antidémocratique.

C’est ce bras armé qui a ramené et perpétué le règne de Bouteflika durant vingt longues années et ce, en violation de leur propre Constitution imposée de force au peuple algérien. Et alors que ce dernier est en train de combattre pour arracher sa citoyenneté, ils voudraient qu’il se reconnaisse dans cette Constitution qui les a maintenus dans un état de subordination politique.

« Le pouvoir constituant appartient au peuple »

En tentant de dévoyer la mobilisation populaire par un artifice juridique (l’article 102) dans le but de sauver un régime autoritaire corrompu, le noyau dur a pris la lourde responsabilité et le risque de placer face à face le peuple et l’armée et de mettre ainsi en danger l’État algérien face aux appétits de l’impérialisme (G7, OTAN, Israël…), de la réaction régionale (monarchies arabes, Turquie…) et de leurs relais intérieurs.

Le mouvement populaire ne s’est pas trompé. Il ne s’est pas tourné contre l’ANP dont la fonction consiste à défendre le peuple, ses acquis et son bien-être social, sa souveraineté nationale sur ses richesses, ses frontières et sa souveraineté politique. Ils ont par millions scandés : « Djeich-chaab, khawa khawa » (l’armée et le peuple sont frères). Ils en ont fait de même avec les éléments de la police qu’ils se sont abstenus d’affronter lors des manifestations.

Ils s’opposent en revanche au projet de la très haute hiérarchie militaire de maintenir le régime. Le recours aux articles 7 à 12 de l’actuelle Constitution peuvent constituer une fenêtre débouchant sur l’expression libre d’une souveraineté populaire trop longtemps bafouée. Mais la solution à la présente crise ne peut être que politique et non constitutionnelle. Elle implique d’installer un gouvernement provisoire chargé de défendre la souveraineté nationale, de satisfaire les revendications populaires et d’organiser un vaste débat dans tout le pays couronné par l’élection d’une Assemblée Constituante souveraine.

Deux projets antidémocratiques

Trois projets émergent aujourd’hui, dont un seul correspond aux intérêts populaires.

Le premier, défendu par le pouvoir, entend maintenir l’inique ordre constitutionnel en vigueur.

Le deuxième est celui d’une transition courte, par le haut, qui maintiendrait ou réaménagerait quelques aspects de l’actuelle Constitution. C’est le projet de l’opposition ultralibérale, toutes tendances confondues (laïcs, nationalistes, islamistes). Il exprime les intérêts de la fraction compradore de la bourgeoisie.

Sous prétexte d’urgence, il vise l’élection d’un Président qui aurait, enfin, la « légitimité » d’imposer au peuple les « sacrifices nécessaires à son bonheur » : fin des subventions aux prix des produits de première nécessité, de l’électricité, de l’eau, du gaz, de l’essence… et aux acquis en matière de santé, d’éducation. Transformation du Code du Travail en Code du Capital, allongement de l’âge de la retraite, blocage des salaires, entraves aux droits de grève et d’organisation syndicale. Ouverture de l’économie algérienne à l’économie capitaliste mondiale par le retour à l’endettement externe, la convertibilité du dinar, l’abaissement total des barrières douanières…

L’insistance du courant ultralibéral à mettre au musée l’UGTA est aussi révélatrice que suspecte. Alors que les syndicalistes et les travailleurs conscients se battent pour se réapproprier cette organisation tombée sous la coupe d’une bureaucratie anti-ouvrière, les ultralibéraux veulent dissoudre cet outil stratégique de défense des intérêts des travailleurs. Un outil stratégique dans la perspective d’une alternative nationale (anti-impérialiste), démocratique (antiautoritaire) et sociale (antilibérale).

Une Assemblée Constituante pour redonner la parole au peuple

Le troisième projet est porté, avec des nuances, par les partis, mouvements et personnalités qui défendent l’élection d’une Assemblée Constituante. Le peuple, et lui seul, doit choisir sous quel type de régime il entend vivre : parlementaire, présidentiel, ou autre.

Il lui revient de décider s’il veut maintenir la monarchique fonction présidentielle ou s’il préfère que le Parlement, élu à la proportionnelle intégrale, élise un gouvernement qui préside. S’il veut ou non un Sénat chargé de contrôler et de contrer la volonté de l’Assemblée populaire nationale, s’il préfère élire des représentants pour un ou plusieurs mandats. S’il entend introduire un droit de révocation à l’égard de tout élu qui trahirait ses mandants, respecter ou non l’indépendance de la Justice, contrôler ou non le gouvernement. S’il doit introduire, aux côtés de la vieille démocratie représentative poussiéreuse, des formes de démocratie directe : comités de quartiers et de villages, d’entreprises, d’institutions scolaires.

Dans le climat de politisation de masse actuel, l’idée de Constituante est en train de faire son chemin dans les consciences, contre l’avis du pouvoir et de l’opposition ultralibérale. Les adversaires du retour à la véritable souveraineté du peuple avancent de misérables arguties.

La première est celle du « vide constitutionnel ». Ils dramatisent les choses à dessein, en vue d’effrayer la population. Attention nous préviennent-ils, les institutions s’écrouleront si nous sortons du cadre de l’actuelle Constitution. Ils oublient que, de 1962 à 1976, l’Algérie a vécu sans Constitution. Cela n’a pas empêché l’État de fonctionner, de hisser le pays parmi les principaux leaders du Non-alignement, de récupérer les richesses naturelles du sol et du sous-sol, d’améliorer la condition des masses populaires en matière d’éducation, de santé et de travail, de lancer les bases d’une industrie devant lesquelles la misérable économie de bazar actuelle ne pèse pas lourd… Le peuple mobilisé est à même de se doter d’un cadre transitoire pour aller vers une Constituante chargée d’élaborer une nouvelle architecture institutionnelle.

La deuxième argutie est celle de « l’urgence ». Or, le passage d’un régime dictatorial ou autoritaire à un régime démocratique ne peut s’opérer en un clin d’œil. Assurer la participation réelle et massive du peuple s’avère fondamental si l’on entend donner des bases solides au futur régime démocratique.

Enfin la troisième réside dans un « danger islamiste » totalement exagéré et qui banalise la victoire du peuple algérien sur l’islamisme armé. Cette position ignore l’évolution d’une société profondément imprégnée de culture religieuse mais absolument pas gagnée au projet d’Etat théocratique comme le prouvent les mots d’ordre scandés lors des manifestations, la présence plus que massive des femmes dans le mouvement et le déploiement généralisé de l’emblème national qui signifie que l’identité algérienne est politique et non culturelle (religieuse, linguistique…). L’islamisme doit continuer à être combattu politiquement et non par l’instauration d’un régime censitaire ou d’une nouvelle démocratie de façade.

Les conditions d’instauration d’un régime démocratique murissent indéniablement, même si la route est semée d’embuches. S’abstenir de lutter sous prétexte d’une absence de garanties équivaut à prôner le maintien du statu quo.

Quelles perspectives stratégiques ?

Déstabilisé un moment par la soudaineté et l’ampleur du mouvement populaire, le pouvoir, par l’intermédiaire du chef d’état-major, entend reprendre la main en forçant le Conseil constitutionnel à enclencher l’application de l’article 102 qu’il présente comme la réponse idoine aux revendications populaires, feignant par là-même d’ignorer que le régime libéral autoritaire dont il fait partie n’est pas parti avec Bouteflika.

Mais le peuple ne l’entend pas de cette oreille. Les manifestations populaires de joie qui ont immédiatement suivi l’annonce de la démission du Président ont clairement indiqué que le peuple ne se contenterait pas d’une demi-victoire. Le pouvoir se trouve ainsi directement confronté à la contestation des masses et devra choisir entre un coup d’État ou reculer encore jusqu’à abdiquer face à la volonté populaire.

Pour parvenir à ses fins, le mouvement populaire doit redoubler d’efforts et de mobilisation. Mais pour produire leurs pleins effets, ces efforts et mobilisation devront être intégrés à une tactique juste qui repose sur une appréciation objective du rapport de forces entre les camps en présence et de son évolution et sur une claire conscience des enjeux politiques réels qui en découlent.

Une situation révolutionnaire ?

En dépit des apparences, nous ne sommes pas dans une situation révolutionnaire même si le moment possède incontestablement des potentialités en ce sens. Les choses pourraient bien évidemment changer, mais à l’heure où ces lignes sont écrites, nous n’en sommes pas là.

Caractérisée par une dualité de pouvoir dans laquelle ceux d’en bas ne veulent plus et ceux d’en haut ne peuvent plus, une situation révolutionnaire entraine fatalement, à un moment donné, un affrontement direct entre l’ancien pouvoir finissant et le nouveau naissant, ce qui implique de faire une révolution au cours de laquelle le nouveau pouvoir doit renverser l’ancien et prendre sa place. Dans une telle conjoncture, les révolutionnaires et les secteurs les plus déterminés du mouvement populaire doivent prendre l’offensive pour s’emparer du pouvoir.

Or, conscient de sa force mais également de ses limites, le mouvement populaire n’a pas, à ce jour, opté pour la tactique du buffle qui fonce sur sa cible pour la culbuter d’un coup de tête, mais pour celle du boa constrictor qui enserre sa proie et resserre lentement ses anneaux sur elle.

Les Algériens manifestent, revendiquent et se rassemblent en semaine ainsi que les vendredis. Les travailleur·se·s et les étudiant·e·s ont recours, à maintes reprises, à la grève. Mais ils n’occupent pas les places de façon permanente et n’adhèrent pas au mot d’ordre de désobéissance civile, comme le fit le FIS en 1991 lors de sa grève insurrectionnelle. Ils ne cherchent pas l’affrontement direct avec la police, mais l’évitent au contraire soigneusement. Ils ne marchent pas sur la Présidence à Alger ou sur le siège des wilayas (préfectures) pour s’en emparer. Ils n’ont pas à ce jour créé de comités populaires qui viendraient doubler les structures officielles de base de l’Etat (mairies) comme ce fut le cas en Kabylie en 2001.

Ils occupent la rue tous les vendredis pour manifester leur force, indiquer la porte de sortie aux tenants du régime, exercer des pressions sur ce dernier afin d’exacerber ses contradictions et faire comprendre aux dirigeants qu’ils doivent tous partir. Puis ils rentrent chez eux, retournent au travail et vaquent à leurs occupations en attendant de mesurer l’effet politique réel de leur action sur le pouvoir et se préparer aux prochains rounds. Les millions d’Algérien·ne·s qui ont manifesté jusqu’ici sont dans une dynamique de pression sur le pouvoir et non de renversement de celui-ci. Cela pourrait changer à l’avenir, mais ce n’est pas le cas pour le moment.

Le pouvoir, de son côté, ne peut pas tout. Du 22 février au 2 avril, date de la démission de Bouteflika, il était sur la défensive. Mais il n’est pas totalement impuissant et tente de reprendre l’initiative politique à travers l’application de l’article 102 afin de faire rentrer le fleuve de la contestation populaire dans son lit. Il dispose par ailleurs de forces (armée, gendarmerie, police) dont rien n’indique qu’il serait incapable de les utiliser en cas de besoin. Les policiers, gendarmes et militaires n’ont pas fraternisé avec le peuple. S’ils n’ont pas réprimé les manifestants, c’est qu’ils n’en avaient pas reçu l’ordre et non parce qu’ils seraient déjà passés du côté du mouvement populaire.

Toutes ces éléments objectifs amènent à conclure que nous restons dans une situation prérévolutionnaire caractérisée par le fait que ceux d’en bas ne veulent plus, mais que ceux d’en haut, bien qu’affaiblis, peuvent encore. Le mouvement populaire peut de ce fait se définir comme un mouvement de réforme radical. Réforme, dans la mesure où il cherche à changer le régime en exerçant sur lui une pression sans chercher à le renverser par le biais d’un affrontement direct. Radical, car il ne se contentera pas de modifications cosmétiques et agit sans faiblesse et par des voies extra-institutionnelles pour atteindre son objectif.

L’enjeu politique du moment

Dans de telles conditions, quel est l’enjeu politique principal du moment ? Cet enjeu réside dans la capacité ou non du pouvoir à imposer sa solution de replâtrage du régime. Le mouvement doit, à l’inverse, l’empêcher d’atteindre ce but.

A quelles conditions le mouvement populaire actuel peut-il y parvenir ? Telle est la question qui se pose à nous. Ce mouvement a des points forts. Il est massif, national, rassembleur (interclassiste, intergénérationnel, mixte, tous les courants d’opposition…). Il a prouvé sa détermination durant six semaines et obtenu des résultats politiques importants, dont la démission de Bouteflika. Il a fait sauter la chape de plomb qui pesait sur la vie politique du pays et ouvert ainsi la voie à une dynamique d’expression (manifestations, grèves…) et d’auto-organisation de masse. Il dispose de potentialités encore inexploitées au sein de la classe ouvrière et de la paysannerie.

Mais il est traversé par des contradictions secondaires (sociales, politiques, idéologiques) qui peuvent à tout moment devenir principales et le diviser voire le faire éclater. On peut mesurer ce risque en voyant la teneur des réactions aux agressions commises contre des groupes féministes lors de la manifestation du 29 mars à Alger. Car si le mouvement est uni pour en finir avec le régime, il ne l’est pas sur la tactique à mettre en œuvre pour l’atteindre. Il n’est pas davantage uni sur la perspective : quelle alternative ? Par quoi remplacer l’actuel régime ?

Ces questions ne sont pas tranchées. L’absence d’organisation interne et le refus, compréhensible dans un premier temps, de la présence en son sein des forces politiques risquent fort de l’empêcher de se doter d’une tactique efficace. Pour toutes ces raisons, le mouvement a besoin de temps.

Pour un mouvement populaire prolongé

C’est pour cela, que, tenant compte des forces et faiblesses du mouvement, il convient de l’inscrire dans la durée et non de chercher une issue politique immédiate. La mobilisation populaire a besoin de temps pour s’étendre encore, s’organiser à la base, se doter d’une direction comprise, en premier lieu, comme une orientation conséquente et non une improbable structure dirigeante. Cela ne se fera pas en un jour.

Il convient, par ailleurs, de combiner de manière réfléchie et active, et non pas inconsciente et passive, une stratégie qui combine « guerre de mouvement » et « guerre de position ». La « guerre de mouvement » prend principalement la forme des grandes manifestations du vendredi qui doivent se renforcer ou, à tout le moins, se maintenir au niveau de mobilisation actuel et rester les plus unies possible. Elle doit également prendre la forme de grèves sectorielles et/ou générales ponctuelles, à l’instar de celle à laquelle appelle la Confédération des syndicats autonomes (CSA) le 10 avril prochain. Cette « guerre de mouvement » a pour objectif d’exercer une pression croissante sur le pouvoir actuel afin d’exacerber ses contradictions, d’isoler ses partisans les plus répressifs et de le forcer, finalement, à reculer puis à accéder aux revendications du mouvement.

La « guerre de position » vise quant à elle à s’emparer de places-fortes. L’accès aux médias publics et la jouissance effective des libertés d’expression, de manifestation, de réunion et d’organisation associative, syndicale et politique et du droit de grève… constituent des places-fortes à conquérir ou reconquérir, élargir et défendre. Cela a commencé à se faire par le biais de manifestations et de grèves locales. La réappropriation de l’UGTA par les travailleurs et les syndicalistes représente une autre position stratégique à investir. Le processus est engagé, mais n’a pas encore atteint une dimension suffisante pour faire tomber la direction bureaucratique de la centrale. Elle doit se doubler de la construction d’un Front syndical avec les syndicats autonomes afin de travailler à reconstruire l’unité du camp des travailleurs.

Il convient, comme cela a commencé à se faire, de reconstruire un mouvement étudiant autonome et démocratique ainsi qu’un mouvement de femmes, en attendant d’effectuer une percée dans le monde paysan. L’un des objectifs pourrait consister à travailler à la réintégration au sein de l’UGTA de l’ancienne Fédération nationale des travailleurs agricoles qui avait été arbitrairement et autoritairement transférée à l’Union nationale des paysans algériens (UNPA).

Une autre tâche consiste à soutenir, renforcer et élargir le camp des associations, syndicats et mouvements qui se définissent comme « société civile » et à les gagner à la perspective de l’Assemblée constituante.

Il se peut également qu’un processus d’auto-organisation dans les quartiers des villes et dans les villages s’enclenche et que des comités populaires émergent. Mais personne ne peut le décréter. Il convient néanmoins de rester attentif à cette éventualité qui pourrait se réaliser à un certain degré de développement du mouvement.

Construire une direction politique conséquente

Face au pouvoir et devant les inconséquences et trahisons inévitables des forces de l’opposition ultralibérale, il convient de construire une direction politique, c’est-à-dire une orientation politique à même de doter le mouvement des moyens de réaliser ses ambitions et de connaître un développement qualitatif.

Cette direction ne pourra être portée que par un pôle des partisans de l’Assemblée constituante. La lutte politique, distincte de la lutte idéologique, vise avant tout à ajouter de la force à la force et à la mettre en œuvre en vue de peser sur le rapport de forces et remporter la partie, totalement ou partiellement. Elle n’exige donc pas que les forces qui s’agrègent possèdent la même idéologie, défendent le même programme historique ni même qu’elles s’accordent à la virgule près sur la définition de l’Assemblée constituante. Elle demande simplement que ces forces s’accordent, à un moment donné, pour frapper ensemble.

Face au pouvoir et aux forces ultralibérales, la formation d’un tel pôle est une tâche urgente. Le mouvement ne pourra, en effet, avancer et effectuer un saut qualitatif que s’il passe d’une position légitime de refus, à une position de proposition et de mise en œuvre d’une alternative politique. Or, le seul mot d’ordre qui permet au peuple de retrouver sa pleine et entière souveraineté est celui d’Assemblée constituante souveraine. La formation de ce pôle est possible car des partis défendent ce même mot d’ordre qui commence à se frayer un chemin dans la conscience populaire. Le PT, le FFS et le PST sont ainsi placés devant une responsabilité historique. Il ne faut en aucun cas opposer le travail de construction/reconstruction du mouvement populaire à la base à celui de l’action conjointe des forces politiques au sommet. Des collectifs pour une Assemblée constituante souveraine pourraient ainsi être construits conjointement à la base par les militants de ces différents partis et par tous ceux qui partagent cette idée sans être militants d’un parti. Il convient plus que jamais de frapper ensemble, même si chacun marche séparément.

Hocine Belalloufi. Alger, le 5 avril 2019. Publié sur le site de Contretemps.

Hocine Belalloufi, journaliste et militant du PST basé à Alger, est ancien coordinateur de la rédaction de l’Alger républicain de 2003 à 2008 , il est également l’auteur de deux ouvrages : La démocratie en Algérie. Réforme ou révolution ? (Apic et Lazhari-Labter, Alger, 2012) et Grand Moyen Orient : guerres ou paix ? (Lazhari-Labter, Alger, 2008).

Type:  Article Lundi, 8 Avril, 2019 - 11:58 International Algérie
François Calaret

Solidarité avec le peuple algérien !

1 mois 2 semaines ago

1- Les manifestations de masse qui se déroulent en Algérie depuis des semaines inaugurent ce qu'il faut comprendre comme une révolution démocratique et populaire.
Après que la vague des révolutions arabes a été refoulée, subissant, à l'exception de la Tunisie, de sévères défaites, c'est une impressionnante relance qu'engage le peuple algérien.
La carcan de plusieurs décennies d'étouffement des liberté, de corruption et d’incompétence est brisé. La classe dirigeante et l'armée ont dû sous cette poussée démocratique renoncer au projet scandaleux du maintien de Bouteflika à la présidence. C'est une première victoire. A présent des défis considérables se posent.

2- Le peuple, avec au premier rang les femmes et la jeunesse, reste mobilisé exigeant d'en finir avec le « système », c'est-à-dire le pouvoir toujours en place, déterminé à y rester et qui détient les moyens politiques, militaires, policiers, ainsi que des soutiens internationaux, pour défendre ses intérêts et sa mainmise sur l’État.
L'épreuve de force va se poursuivre, se durcir et se complexifier, dans la mesure où, au-delà des exigences démocratiques il faut répondre aux aspirations sociales qui appellent à améliorer la vie quotidienne de la population, offrir des perspectives d’avenir à la jeunesse et à changer la société.

3- Les développements de la situation en Algérie concernent bien au-delà du pays lui-même, d'abord les communautés algériennes en France et en Europe, et aussi toute la région et le monde arabo-musulman.
L'heure est à organiser la solidarité avec le soulèvement du peuple algérien. Les liens multiples entre les peuples algérien et français et entre nos deux pays donnent des responsabilités importantes à la gauche en France et au mouvement démocratique.
Ensemble ! est déterminé à prendre toute sa part dans cette activité nécessaire et urgente, appelle à participer aux rassemblements à Paris et dans différentes villes en solidarité avec le mouvement en Algérie, et s'affirme disponible pour toute initiative unitaire permettant de concrétiser la solidarité avec le peuple algérien et pour faire aboutir ses légitimes exigences.

Adopté par le Collectif National d'Ensemble le 7 avril 2019

Type:  Article Lundi, 8 Avril, 2019 - 09:27 International Algérie
François Calaret

Camouflet pour Erdogan

1 mois 3 semaines ago

Le 31 mars 2019 se déroulaient les élections locales en Turquie. Il s’agissait de renouveler les maires, conseils municipaux, conseils départementaux, délégués de quartiers et de village (muhtar) du pays moins d’un an après les élections législative et présidentielle de juin 2018. Ce scrutin a été un camouflet pour le président Erdogan et la coalition qui le soutient composée de son parti l’AKP (Parti de la Justice Développement capitaliste-nationaliste-réactionnaire) et son allié ultranationaliste du MHP (Parti de l’Action Nationale).

Après un moment de flottement, la réaction ne s’est pas fait attendre de la part du gouvernement et de la presse à ses ordres : l’AKP multiplie les annonces sur des soit disant irrégularités pouvant avoir un « impact sur les résultats » et  fait des objections devant le Haut Conseil Electoral. S’agit-il de réactions de désarroi ou des prémices d’une grande manœuvre qui serait néanmoins très risquée ? N’oublions pas que ce régime n’avait pas hésité à laisser le pays se couvrir de sang en 2015 afin d’obtenir une majorité absolue au Parlement, après l’avoir perdue pour quelques mois.

L’élection s’est déroulée dans un contexte de fuite en avant du régime autoritaire ces dernières années avec les arrestations de plusieurs députés et militants kurdes et de gauche. Dans ce cadre répressif, la quasi totalité des maires du BDP (Parti de la Paix et de la Démocratie, parti du mouvement national kurde en Turquie et composante du HDP, Parti Démocratique des Peuples, parti regroupant mouvement national kurde et secteurs de gauche et démocratique non kurdes) ont été destitués et leurs communes ont été placées sous tutelle. De nombreuses localités kurdes ont été partiellement ou totalement détruites ces dernières années. Cette pratique directement coloniale est allée de pair avec l’incarcération de la plupart des maires destitués.

La dernière manifestation en date de cette dérive autoritaire a été l’arrestation de plus d’une centaine de membres du HDP à Istanbul la veille du vote. En outre, plusieurs scrutins récents avaient été marqués par des irrégularités significatives le jour du scrutin (référendum constitutionnel d’avril 2017, municipales de 2014) dans le contexte global de répression.

Cette dérive autoritaire est d’autant plus virulente que la Turquie s’enfonce dans la crise économique, présente depuis plusieurs années, mais qui s’accentue et qui se traduit même par une contraction de l’économie depuis le début de 2019. Face à cela, Erdogan, a eu recours aux expédients les plus grossiers, allant jusqu’à proposer de transformer Sainte-Sophie en mosquée pour tenter de jouer sur la fibre la plus confessionnelle de sa base à Istanbul…

Or, les élections locales constituent un enjeu majeur en Turquie, particulièrement pour l’AKP qui s’est beaucoup construite par son implantation municipale. Avant même la constitution de l’AKP, Recep Tayyip Erdogan était devenu une figure politique nationale en gagnant les municipales d’Istanbul en 1994. En outre, les élections locales sont généralement plus favorables à l’AKP comme parti au pouvoir capable de mobiliser des leviers clientélistes.

Si plusieurs collectivités sont renouvelées, l’attention politique se concentre généralement en Turquie sur les chefs lieux de préfecture (pour les 30 métropoles du pays, le cadre municipal et départemental sont confondus). Enfin, le mode de scrutin a un impact : il s’agit d’une élection à un tour (similaire à ce qui existe au Royaume-Uni) rendant plus difficile la situation des listes qui n’apparaissent pas susceptibles de gagner. C’est principalement pour cette raison que le HDP a décidé de ne pas présenter de candidat dans la plupart des mairies hors Kurdistan. Cela a également poussé l’AKP et le MHP à présenter des listes communes dans les plus grandes métropoles. Le principal parti d’opposition parlementaire, le CHP (Parti de la République et du Peuple, centre-gauche nationaliste) a procédé de la même manière avec le Iyi Parti (le Bon Parti, nationaliste, scission du MHP).

Malgré tous les éléments mobilisés en sa faveur, la coalition AKP-MHP a perdu Ankara, la capitale, et Istanbul, la ville la plus importante du pays. En outre, parmi les 10 plus grandes métropoles du pays, l’AKP-MHP a également perdu Adana, Antalya et Mersin. Au final, l’AKP ne conserve 4 des 10 plus grandes villes (Antep, Konya, Kayseri, Bursa) dont seulement 1 des 5 plus grandes villes du pays (Bursa, et de justesse). L’AKP ne dirige plus aucune préfecture sur le pourtour méditerranéen et égéen.

De manière plus détaillée, les résultats pour les 10 plus grandes villes du pays peuvent être abordées en les comparant aux dernières élections locales de 2014 et, à titre indicatif, les élections législatives de 2018 (dont le mode de scrutin est proportionnel avec un barrage national de 10 % est plus favorable au HDP). Afin de mener cette comparaison, pour 2014 les scores de l’AKP et du MHP (alors dans l’opposition) sont cumulés. En effet, les commentaires oublient souvent que, depuis 2018, l’AKP maintient sa majorité électorale grâce à son allié ultranationaliste.

Ainsi, la coalition AKP-MHP recule dans toutes les plus grandes villes du pays et l’affirmation d’Erdogan selon laquelle l’AKP conforte sa position est un subterfuge consistant à compter au profit de l’AKP les listes communes avec le MHP. Si la défaite de l’AKP à Istanbul est particulièrement importante politiquement et a été obtenue de justesse, c’est dans cette métropole que le déclin de la coalition gouvernementale est le moins fort parmi les 10 plus grandes métropoles de Turquie avec -3,4 points. Les baisses sont particulièrement spectaculaires à Adana (-23 points) perdu et son bastion de Kayseri qu’il parvient néanmoins à regagner.

Les victoires du CHP dans ces villes tiennent au recul du vote pour la coalition AKP-MHP, mais également au vote en bloc de l’électorat HDP (principalement kurde mais également de secteurs de gauche et démocrate conséquents) contre les maires sortants. En particulier, la victoire de justesse à Istanbul où le HDP avait obtenu 12,5 % aux législatives de 2018 et 4,8 % aux municipales de 2014 (révélant le noyau de son électorat). Le même phénomène est également observable pour Antalya, Mersin et, dans une moindre mesure, Ankara.

Malgré un contexte de répression globale, le mouvement national kurde est parvenu à récupérer ce qui lui revient à Amed. Le HDP a du céder les préfectures où ses victoires étaient obtenues avec peu de marge devant l’AKP (Agri et Bitlis) ainsi que Dersim (au bénéfice du Parti communiste de Turquie). En sens inverse, le HDP a pris la mairie de Kars des mains du MHP. Enfin, la défaite du HDP dans son bastion de Sirnak au bénéfice de l’AKP, ville sous tutelle de l’Etat et occupation militaire, laisse d’importants soupçons au regard des mouvements erratiques des résultats (- 25 points pour le HDP et +32 points pour l’AKP).

Au final, ce scrutin constitue un camouflet pour Erdogan. Pour la première fois depuis 25 ans, le parti dont Erdogan est un cadre ou un dirigeant ne dirige pas Istanbul et Ankara. Est-ce que cela signifie pour autant que c’est la fin de l’erdoganisme en Turquie ? Il s’agit d’être prudent sur ce point.

Les manœuvres brutales pour annuler les scrutins d’Istanbul et Ankara peuvent aboutir. En outre, le personnel CHP qui a été élu à la tête des mairies ne mérite qu’une confiance extrêmement limitée. Ainsi, Mansur Yavas le nouveau maire d’Ankara, sous l’étiquette CHP, était membre du MHP jusqu’en 2013. De plus, l’incapacité du CHP a s’appuyer sur les mobilisations populaires pour défendre les droits démocratiques et, surtout, son soutien régulier à la politique anti-kurde du gouvernement incite également à ne pas compter que très modérément sur ces nouveaux grands élus.

Toutefois, dans l’immédiat, la perte des principales métropoles du pays constitue un coup rude pour le régime d’Erdogan. Il est crucial de s’assurer que les résultats du scrutin soient respectés et que l’AKP ne franchisse pas un nouveau cap dans sa fuite en avant : l’annulation d’élections qu’il a perdues, qui serait annonciateur de nouvelles violences contre la société et l’accentuation de la répression des forces kurdes, démocratiques et de gauche.

Ümit Kalfa

Type:  Article Mardi, 2 Avril, 2019 - 12:20 International Turquie
François Calaret

« Un festival de bobards » : Jean-Michel Blanquer sait de quoi il parle !

1 mois 3 semaines ago

Au lendemain des manifestations du samedi 30 mars contre sa politique, le ministre de l’Education nationale, quelque peu échaudé, expliquait aux médias que les directeurs-trices d’école ne sont pas menacé-es. Pourtant, l’article 6 de la loi Blanquer, votée à l’Assemblée et qui sera présentée au Sénat mi-mai, crée des Établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux, regroupant les écoles et le collège d’un secteur, sous la responsabilité du Principal du collège. Cette mesure a cristallisé la colère dans les écoles qui devraient faire face à une nouvelle mutualisation des moyens et à une désorganisation accrue.

Ainsi, les personnels du 1er degré étaient fortement mobilisé-es lors de la journée de grève interprofessionnelle du 19 mars, fournissant le gros des troupes dans les cortèges. Ils et elles ont été rejoint par les parents d’élèves le samedi 30 mars, dans des manifestations très fournies. Localement, la riposte s’organise. De nombreux collectifs locaux de personnels et de parents se créent et prennent des initiatives de distribution de tracts, de blocage d’écoles, de nuit des établissements. Des débats ont lieu en assemblées générales sur la meilleure stratégie de mobilisation à développer et des grèves reconductibles sont décidées localement. La pression monte avant la prochaine journée nationale de grève du jeudi 4 avril.

Jusqu’à présent, Jean-Michel Blanquer se montrait droit dans ses bottes, prêt à aller jusqu’au bout dans sa volonté d’imposer un projet de loi qui n’a fait l’objet d’aucune concertation. Le gouvernement veut assommer la Fonction publique et l’Éducation nationale est en première ligne. Pour imposer des réformes qui accroîtront les inégalités entre élèves, il faut taper fort. L’article 1 de la loi Blanquer fait peser cette menace du devoir de réserve sur chaque personnel qui voudrait critiquer l’institution. L’annonce de la prise de sanctions à l’encontre des enseignant-es qui ne feraient pas passer les évaluations a mis le feu à un cocktail détonant : pénurie de moyens, forte dégradation des conditions d’apprentissage, répression à tout crin. De plus en plus se fait pressentir le syndrome France Télécom dans les établissements scolaires : répression, craquages, burn out. Le ministère met le couvercle sur une marmite qui bout de plus en plus fort, d’où la propagation très rapide du #pasdevague.

Depuis, Jean-Michel Blanquer tente d’éteindre le feu par la rédaction d’une lettre de soutien aux personnels et en annonçant le versement d’une prime qu’il avait fait miroiter il y a des mois. Mais le mouvement pourrait s’étendre encore si la convergence a lieu avec les personnels du 2nd degré qui continuent à lutter contre la réforme du lycée et pour plus de moyens, et avec l’ensemble des agents de la Fonction publique, qui sont déjà appelé-es à se mettre en grève le 9 mai prochain contre la réforme de la Fonction publique adoptée par le gouvernement il y a une semaine et qui est un autre instrument de casse sociale du projet macronien.

Marion Nentreg

Type:  Article Mardi, 2 Avril, 2019 - 12:18 Education
François Calaret