Macron cramponné à droite toute… Avanti popolo !

1 jour 1 heure ago

Emmanuel Macron a tranché. Le bulldozer de la « réforme » des retraites ne saurait s’arrêter, les aspirations populaires doivent être écrasées. Le Président et le gouvernement ne cèderont pas aux colères populaires, ils ne bougeront pas devant le désaveu d’une majorité de Français entêtée depuis plusieurs mois à rejeter son projet sur les retraites. La durée et l’ampleur inédites de la mobilisation sociale auraient dû inquiéter et faire bouger les lignes au sommet de l’État. Que nenni. Même les efforts de la CFDT à chercher une éventuelle porte de sortie avec le retrait de l’âge pivot n’ont pas ébranlé la raideur au sommet. Le gouvernement avance sans sourciller. Il a bel et bien déposé devant le Conseil d’État son projet, intact dans ses grandes lignes de force si contestées, et annoncé un calendrier d’adoption. Que les grévistes tiennent tête après plus d’un mois de grève, que les manifestations soient toujours massives ne modifie pas leur position de fond. Ce choix est, pour une part, sidérant. Comment un pouvoir en place dans un régime démocratique peut-il à ce point s’asseoir sur une telle lame de fond de contestation ? Cet entêtement est évidemment empreint de cynisme. La fameuse stratégie du « pourrissement » repose sur l’espoir d’une usure liée à la dure réalité sociale : les catégories populaires en grève, en particulier les cheminots et les salariés de la RATP en pointe dans ce mouvement, ne peuvent pas tenir indéfiniment parce qu’il faut payer le loyer, se nourrir, ne pas sombrer financièrement. Les caisses de grève viennent à leur secours mais elles ne sont pas un puits sans fond, ce ne sont pas les hyper-riches qui vont les remplir. À près de quarante jours non payés pour les grévistes les plus actifs, évidemment que l’on commence à tirer la langue. La macronie estime que certains ayant déjà décroché, d’autres suivront par nécessité. Et qu’importe que les premiers à lâcher cessent la grève sans changer d’avis et en conservant un goût furieusement amer à l’égard d’un gouvernement qui n’entend rien. Qu’importe visiblement aussi qu’il affronte une détermination impressionnante dans le pays, rarement atteinte dans les dernières décennies. Le pouvoir en place se croit vainqueur. Ce n’est pas seulement le dogmatisme et le cynisme qui le poussent à avancer droit dans ses bottes. C’est aussi un calcul politique de court terme. Les yeux rivés sur la présidentielle de 2022, Macron chercher à rejouer le scenario de 2017. L’enjeu majeur serait d’accéder au second tour en s’assurant un score supérieur à 20% et en espérant se trouver face au RN qui serait balayé car une majorité de Français n’est pas mûre pour donner les clés du pays à l’extrême droite. Ce qui change par rapport à 2017, se dit-on sans doute au sommet de l’État, c’est la base sociale à partir de laquelle le ticket d’entrée au second tour peut être obtenu. Siphonner la droite, voilà le crédo prometteur. Macron a conscience d’avoir perdu sa jambe gauche. Le « et de droite, et de gauche » s’est mué en deux ans en « à droite toute ». De cadeaux aux plus riches en politique ultra-répressive vis-à-vis des migrants, de propos méprisants à l’égard du monde populaire en impunité vis-à-vis des violences policières, les distances prises avec le cœur des principes associés à la gauche ont été franches. Les enquêtes d’opinion confirment aujourd’hui l’effet produit. Parmi ses soutiens, Macron a remplacé les électeurs de gauche par une partie de ceux de la droite qui l’apprécient de plus en plus – 40% lui font confiance en janvier, +10%. L’état de la droite classique, bien mal en point, ne permet plus de disputer sérieusement cette ascension de la macronie dans son électorat. Macron et Philippe enfourchent donc le pas et c’est pourquoi ils ne cherchent aucun compromis avec les syndicats, aucune inflexion vis-à-vis des critiques fermes et répétées venant des tréfonds la société. Alors qu’une grande mobilisation émaille encore la journée du samedi 12 janvier, l’annonce embrouillée du Premier ministre sur le report de l’entrée en vigueur de l’âge pivot à 64 ans, qui ne vaudra que pour celles et ceux partant à la retraite après 2027, ressemble à une diversion et ne change évidemment en rien la substance de la contre-réforme.

Ce choix conscient est éminemment dangereux. Il l’est d’abord pour le pays. Croire que Marine Le Pen ne peut en tirer bénéfice est un pari d’une audace curieuse. Le divorce total de la macronie avec la partie modérée de l’électorat de gauche peut se traduire par un refus de ces électeurs d’arbitrer un éventuel second tour face à Marine Le Pen. Dans une hypothèse d’un duel Macron/Le Pen en 2022, les cartes ne seront pas les mêmes qu’en 2017. Et je pense à cet instant encore au remarquable ouvrage sur 1938 de Mickaël Foessel, « Récidives », où l’on voit combien la politique de Daladier, autoritaire vis-à-vis des grèves et manifestations, austère dans ses choix budgétaires et augurant une forme de néolibéralisme (le terme apparaît à cette époque), a préparé le terrain du fascisme alors qu’il se prétendait en être un rempart. Si le choix de Macron est dangereux, c’est aussi pour lui-même. Il pourrait être balayé, comme le fut François Hollande, ne pouvant même pas se représenter à force de mener une politique et de tenir des propos qui heurtent des franges toujours plus grandes de l’électorat. La victoire de Macron, s’il passe en force en imposant à la faveur d’une majorité purement parlementaire son projet sur les retraites, ne peut être qu’à la Pyrrhus. Elle laisserait des traces considérables dans les profondeurs de la société, de la colère et du ressentiment en masse. Oui, Macron pourrait être balayé.

L’enjeu de l’irruption d’une issue progressiste aux crises actuelles se pose avec une acuité et une urgence redoublée. Pour l’heure, la faiblesse et l’atomisation de la gauche sociale et écologiste ne permet pas d’ouvrir une perspective. Mais le mouvement donne du grain à moudre. La justice sociale et l’égalité sont au cœur des revendications. L’ambition écologiste qui contribue à rebattre les cartes de l’alternative pour repenser le sens du travail et à faire société progresse dans les têtes mobilisées. Il y a donc une accélération des potentialités du côté de l’émancipation humaine. De ce côté-là, il est possible de déjouer les scenarios effrayants dont on nous rabâche les oreilles, comme si le duel Macron/Le Pen était inéluctable. Or des millions de Français ne veulent ni de l’un, ni de l’autre, et cherchent, agissent, inventent progressivement les coordonnées d’une solution émancipatrice. C’est pourquoi l’heure est grave et l’heure est grève. Et l’espoir est permis. L’espoir que le nombre vienne percuter les rêves de domination du pouvoir en place en imposant une défaite au gouvernement sur les retraites. L’espoir qu’un réagencement du champ politique dans la gauche écologiste s’opère pour déjouer le pire et offrir un horizon tangible de victoire. Chaque minute passée au côté des grévistes, dans les manifestations, à écouter les mots et les slogans de la révolte donnent l’énergie pour bousculer les routines. La conscience que nous devons nous y mettre massivement, en déployant toutes les convergences possibles pour faire échouer les petits calculs funestes de la macronie, doit prendre le dessus. Avanti popolo !

Clémentine Autain

Type:  Article Mardi, 21 Janvier, 2020 - 08:45 Luttes sociales
François Calaret

La lutte et la dimension politique

2 semaines ago
Crédit photo:  La lutte et la dimension politique

 

Cet article vise à apporter une contribution au débat initié par des syndicalistes ou universitaires, dont les textes ont été publiés sur Syndicollectif.fr. Ils demandent « à refaire de la politique » face à l’arrogance et au monde de Macron. Il s’agit par exemple (voir ici : https://wp.me/p6Uf5o-2X7) de « l’Appel de militants CGT aux partis et mouvements de gauche », s’inspirant des « Jours heureux » du Conseil national de la résistance (CNR). Ou encore lorsque l’historien Stéphane Sirot, analysant la force du mouvement actuel (voir ici : https://wp.me/p6Uf5o-2Yd), explique : « S’il fallait lui trouver un point faible, il me semble résider avant tout et une nouvelle fois dans son manque de relais et de débouchés politiques. L’état et l’émiettement des forces naturellement susceptibles de les lui fournir est un handicap… ». Sans rejeter l’action propre des partis politiques, sans aucun doute nécessaire, ne peut-on pas envisager que le mouvement lui-même acquiert et puisse développer une alternative à Macron, au moins sur son projet retraites ? L’avantage serait de ne pas confier uniquement à d’autres (les « politiques ») la responsabilité de porter le sens profond de ce qui se joue dans la société, et dont les grévistes sont acteurs et actrices. L’émancipation des travailleurs et des travailleuses n’est-elle pas une « œuvre » collective ?

 

Retraites :  « C’est projet contre projet » (Philippe Martinez)

Le président Macron a parlé le 31 décembre 2019. Mais il s’adressait surtout à la droite, voire l’extrême-droite. A la droite pour dire qu’il irait jusqu’au bout, espérant ainsi rafler son électorat en 2022. A l’extrême-droite en assumant un patriotisme « français ». Sur le conflit en cours, il a exhorté le gouvernement à trouver un accord « rapidement », « avec les syndicats qui le veulent ». Mais aucune précision n’est venue étayer ce discours, sinon des insinuations sur les travaux « difficiles » (Macron rejette le mot « pénible ») qui seraient bénéficiaires de mesures d’âge, mais déconnectées des « statuts » ou des « entreprises ».  Macron peut-il abandonner l’âge pivot, refusé par la CFDT ? C’est une carte qui lui reste pour diviser la lutte, en fonction du rapport de force, mais qui mettrait E. Philippe dans un embarras…très inconfortable. C’est donc plutôt contradictoire avec la visée de 2022. Nous en saurons plus le 7 janvier, date de reprise des rencontres avec les syndicats.

Le discours de Macron a été sans surprise conspué dans les assemblées de grévistes qui ont assuré avec une détermination admirable le passage du mouvement vers l’année 2020, afin de faire rebondir la lutte et l’amplifier : la grève des raffineries, si elle se confirme, pourrait être un signal pour le secteur privé.

Macron s’est donc adressé aux « Français », comme il est de coutume le 31 décembre. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a donc lui aussi appelé dès le lendemain (1er janvier 2020) « tous les Français à se mobiliser et à se mettre en grève ».  Il a raison : l’enjeu est bien national, il est politique, et tout le pays est concerné. Le pouvoir ne s’en cache pas : c’est une refonte complète du « contrat social » fondé en 1945-47, que les capitalistes libéraux ont appelé depuis longtemps à démanteler « méthodiquement » (on connait la devise de l’assureur Denis Kessler, co-fondateur du Medef en 2000). Mais le contrat de 1945 n’est pas le résultat d’un échange entre gens de bonne compagnie : c’est la marque d’un rapport de force, d’une mobilisation populaire, sociale et politique, qui a marginalisé le poids du patronat pendant un moment, certes dans un contexte historique particulier : la lutte contre le nazisme, mais lutte dont la force et la victoire ont ensuite largement dépassé cette seule dimension (« les jours heureux » !).

Aujourd’hui, c’est le libéralisme destructeur qu’il faudrait stopper, dont Macron incarne l’effigie. C’est donc avec raison encore que Philippe Martinez avait dit le dimanche 8 décembre sur France Inter : « C’est projet contre projet ». Il l’avait répété dans une interview au journal l’Humanité le 10 décembre. Catherine Perret, secrétaire confédérale CGT en charge des retraites, l’avait également redit au meeting unitaire du 11 décembre, initié par le PCF à Saint-Denis (Seine Saint-Denis).

Les limites de la légitimité de Macron

Formuler ainsi l’enjeu de la lutte en cours (deux projets qui s’affrontent), c’est couper court à certains journalistes et à certains esprits malveillants qui disent à la CGT et aux autres syndicats engagés dans la lutte : « Macron annonce un projet, il propose de le discuter, de l’améliorer, et vous, vous refusez tout ? ». On voit bien le piège tendu aux grévistes et aux syndicats de lutte : les accuser de n’avoir rien à dire en positif. Cela fait partie de la bataille d’opinion publique, en direction des indécis.

Mais derrière cela, il y a un enjeu politique plus fort. Macron, nous dit-on, aurait été élu en 2017 avec l’annonce du projet de retraites à points dans son programme (et aussi : le démantèlement du Code du travail et de l’assurance-chômage). Et donc contester radicalement son projet signifierait remettre en cause le suffrage universel et sa légitimité à gouverner. Bien entendu, personne ne peut nier que Macron ait annoncé son intention. Mais comme l’avait rappelé Philippe Martinez le 8 janvier à France Inter, E. Macron a d’abord été élu au deuxième tour contre Marine le Pen. Cependant, la question est plus large. La démocratie repose-t-elle uniquement sur le suffrage universel tous les cinq ans, avec l’énorme crise de légitimité de la représentation ? Et sous la forme d’une semi-monarchie élective qui caractérise la 5ème République ? Certainement pas. La désaffection de la participation au vote le montre avec force depuis longtemps ! Les « Français », notamment dans les secteurs populaires, méprisés de la république, sont désabusés par le théâtre du présidentialisme qui détruit la participation politique motivée. D’autant que les gouvernants qui avaient eu (Hollande) des prétentions plus sociales ont fait le contraire de leur programme annoncé.

Le mouvement des Gilets jaunes l’a claironné aux oreilles de Macron avec une grande puissance fin 2018-début 2019 : « On vient te chercher chez toi ». Sous-entendu : « puisque tu te crois inatteignable derrière les murs institutionnels de l’Elysée et d’une constitution blindée ». Macron a senti le vent du boulet, ou fait semblant de l’entendre pour mieux rebondir plus tard, croyant que le feu de la subversion sociale était éteint. Pas du tout : les Gilets jaunes ont enfoncé une porte dans l’imaginaire populaire. Ils ont dit en quelque sorte : il faut « de l’audace, toujours de l’audace, encore de l’audace » (comme quelqu’un l’avait dit pendant la Révolution française) ! L’audace de lutter s’est propagée (RATP, SNCF, hôpitaux…) et elle s’est durcie. Les Gilets jaunes ont donc servi la cause du syndicalisme de lutte, en dépit des distances et méfiances au départ, et en dépit de leurs certitudes d’être les seuls vrais opposants à Macron et son système.

La démocratie est aussi sociale

Mais en plus du discrédit institutionnel du pouvoir, qui se traduit par un socle électoral très mince au premier tour pour les prétendants à l’élection « suprême », s’ajoute un problème plus profond encore : la démocratie se limite-t-elle au vote politique ? Quid de la démocratie « sociale », terme sans doute un peu fade, mais qui exprime la face cachée de la société en temps « normal » : celle qui ne vote plus, celle qui se résigne, et même celle incarnée de longue date par le champ syndical, associatif, porteur de projets issus de leur expérience, projets « politiques » au sens profond du terme. Celle aussi qui vient des profondeurs de la mémoire populaire et se souvient que la classe travailleuse a sa propre légitimité historique, dont sont issues bien des lois, et même une grande partie du Préambule de la Constitution. Et même de l’ajout (article 2, constitution de 1958) que la République est aussi « sociale ».  En d’autres termes, l’exécutif ne peut pas tout, ni même le Parlement. Lorsque le mépris des conquis sociaux est élevé, alors la rue à le droit de reprendre ses droits, bien que Raffarin ait dit le contraire en 2003 (« ce n’est pas la rue qui gouverne »). C’était déjà pendant une grande lutte contre une « réforme » des retraites.

Macron et son gouvernement ne peuvent donc faire croire à personne que les élections de 2017 ont réellement approuvé le dispositif technico-libéral de retraite à points, même si beaucoup ont sans doute entendu les mots prononcés pour des  « droits universels ». Et un trouble existe indéniablement dans les têtes puisque la portée universelle du contrat social de 1945-47 n’est pas allée jusqu’au bout de ses intentions, laissant s’installer des régimes de retraites sans convergence évidente des droits à long terme, et avec un système complémentaire par points dès 1947 (cadres).

Qu’en conclure ? Qu’il y a une pleine légitimité syndicale à proclamer : c’est « projet contre projet ». Et même que ce mot d’ordre pourrait prendre un sens plus général s’il était totalement assumé dans sa logique alternative.

Une alternative complète ?

L’examen des documents syndicaux les plus élaborés montre qu’un contre-projet cohérent n’est pas hors de portée, au-delà de la seule énumération des revendications, et de l’exigence préalable et unanime du « retrait ».

* Le 4 pages de la CGT, disponible avant le 5 décembre, après la critique du projet Macron, explique vouloir « réformer autrement » : « La retraite, c’est une partie de notre salaire, c’est à nous de décider ». Et de proposer l’augmentation des salaires et des cotisations (0,2 à 0,4 point par an), l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, la fin des exonérations patronales, la taxation des profits financiers, le départ à 60 ans, l’indexation des pensions sur les salaires, unifier les régimes et les droits « par le haut ».

* Force Ouvrière « estime que la question devait être posée en termes de choix de société et non réduite à des contraintes budgétaires imposées par des options de politiques économiques contestables. Ainsi, mettre en avant le poids des pensions dans le PIB (aujourd’hui de 13,8%) tend à réduire le droit à la retraite à une « dépense », sans tenir compte de la participation des retraités à l’économie et donc au PIB lui-même » (extrait de son argumentaire). FO demande aussi d’augmenter de 0,5 % par an la part du PIB pour les retraites (chiffre calculé par le COR).

* L’Union syndicale Solidaires propose « un âge légal de départ à 60 ans, à 55 ans pour les métiers pénibles », « pas de retraite inférieure au SMIC, un taux de remplacement à 75 % pour tous les régimes (rapport entre la retraite et le dernier salaire ou traitement), et la taxation des dividendes ». Ainsi qu’une « sur-cotisation sociale patronale équivalente à celle d’un taux plein sur l’emploi à temps partiel », et le « maintien des avantages préférentiels pour les femmes tant que l’égalité des salaires et de la prise en charge des enfants n’est pas réalisée ».

* La FSU a publié une brochure dans laquelle on lit : « taxation des produits financiers », « la suppression des exonérations de charges patronales », « l’indexation des pensions sur l’évolution des salaires », « la garantie d’un départ à 60 ans », avec « 75% du revenu d’activité ».

Les manières d’expliquer sont différentes mais la possibilité de plages d’accord sont réelles sur : les 60 ans, le taux de remplacement garanti, le SMIC minimum, la nécessité d’augmenter la part des salaires et des cotisations pour financer, ainsi que « les revenus financiers » (CGT, FSU, Solidaires) ou la lutte contre « la financiarisation de l’économie » (FO).

Il suffirait donc qu’une déclaration commune sur un contre-projet apparaisse publiquement pour clouer le bec aux forces pro-gouvernementales ou aux éditorialistes main stream qui prétendent constamment que seul ceux qui ont le pouvoir ont le monopole des choix pour la société.

photo-Bourdieu-1995(ci-contre P. Bourdieu gare de Lyon 1995)

Pourquoi pas des Etats-Généraux ?

Puisque des commentateurs font sans arrêt le parallèle avec le grand mouvement de décembre 1995, rappelons que celui-ci avait été suivi, mais après coup, d’une initiative d’Etat-Généraux du Mouvement social. Elle fut proposée par des intellectuels soutenant le mouvement (comme Pierre Bourdieu, Michèle Riot-Sarcey…) et les syndicats qui l’avaient organisé jusqu’à une victoire partielle : la CGT, la FSU, les syndicats SUD et ceux du Groupe des 10 (Solidaires n’existait pas encore), les structures syndicales CFDT restées dans la lutte (transports notamment), et d’autres associations, notamment de chômeurs.

Pourquoi des Etats-Généraux de la lutte actuelle ne pourraient-ils pas être organisés ?

Une telle initiative pourrait être préparée par des réunions publiques dans les assemblées de lutte localement ou inter-secteurs, qui se sont multipliées ces dernières semaines, en même temps que des fêtes de la lutte.

Le rôle des partis politiques serait alors tout tracé : soutenir, participer et amplifier partout, dans l’unité indispensable, cette légitimité populaire à vouloir occuper le terrain politique. Quelle société on veut ? Voici nos solutions, construites en commun, tous et toutes ensemble. Et les Gilets jaunes pourraient ajouter : c’est le moment, exigeons un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) !

Jean-Claude Mamet- 4 janvier 2020.

Article publié sur le site Syndicollectif

Type:  Article Mardi, 7 Janvier, 2020 - 18:52 Luttes sociales
François Calaret

Pétition contre la réforme des retraites de Macron

2 semaines ago

Une majorité de citoyennes et de citoyens le demandent : retrait de la réforme Macron !

Depuis le 5 décembre, des millions d'hommes et de femmes se retrouvent dans les grèves, dont beaucoup en reconductible, et les manifestations à l'appel des organisations syndicales.

Ils et elles rejettent la réforme du système de retraites que veulent leur imposer le président de la République et son gouvernement.

Ce projet n'est pas acceptable, car il est porteur de régression des droits de chacune et chacun : toutes les hypothétiques avancées proposées par le gouvernement devraient être financées par des baisses de pensions ou par l’allongement de la durée de la vie au travail. D’autres choix sont pourtant possibles.

C’est pourquoi nous demandons le retrait du projet présenté par le Premier ministre, afin que soient ouvertes sans délai de vraies négociations avec les organisations syndicales, pour un système de retraites pleinement juste et solidaire, porteur de progrès pour toutes et tous, sans allongement de la durée de la vie au travail.

 

Premiers signataires :

    Éliane ASSASSI, sénatrice, Parti communiste français
    Clémentine AUTAIN, députée
    Guillaume BALAS, coordinateur, Génération.S
    Josiane BALASKO, comédienne
    Julien BAYOU, secrétaire national, Europe écologie-Les Verts
    Ester BENBASSA, sénatrice, Europe écologie-Les Verts
    Olivier BESANCENOT, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
    Éric BEYNEL, porte-parole, Union syndicale Solidaires
    Frédéric BOCCARA, économiste, membre du CESE, Parti communiste français
    Paul BOUFFARTIGUE, sociologue CNRS
    Marie-Pierre BRESSON, adjointe à la maire de Lille, co-présidente, Union des démocrates et des écologistes
    Pierre CAILLAUD-CROIZAT, petit-fils d’Ambroise Croizat
    Gilles CANDAR, historien
    Damien CAREME, député européen, Europe écologie-Les Verts
    André CHASSAIGNE, député, Parti communiste français
    Jean-Louis COMOLLI, cinéaste, écrivain
    Éric COQUEREL, député, La France insoumise
    Alain COULOMBEL, porte-parole, Europe écologie-Les Verts
    Laurence DE COCK, historienne
    Anne DE HARO, Gauche démocratique et sociale
    Dyenaba DIOP, porte-parole, Parti socialiste
    Sylvie DURAND, secrétaire générale, Union générale des ingénieurs, techniciens et cadres-CGT
    Eric FASSIN, sociologue
    Olivier FAURE, premier secrétaire, Parti socialiste
    Caroline FIAT, députée
    Gérard FILOCHE, Gauche démocratique et sociale
    Christakis GEORGIOU, chercheur, université de Genève
    Gaël GIRAUD, économiste
    Raphaël GLUCKSMANN, député européen, Place publique
    Cécile GONDARD-LALANNE, porte-parole, Union syndicale Solidaires
    Roland GORI, professeur honoraire des universités, psychanalyste, essayiste, président de l’Appel des appels
    Pierre JOUVET, porte-parole, Parti socialiste
    Régis JUANICO, député, Générations.S
    Aurore LALUCQ, députée européenne, Place publique
    François-Michel LAMBERT, député, co-président, Union des démocrates et des écologistes
    Jean-Luc LAURENT, ancien député, Gauche républicaine et socialiste
    Frédéric LEBARON, sociologue (Savoir/Agir)
    Marie-Noëlle LIENEMANN, sénatrice, Gauche républicaine et socialiste
    Myriam MARTIN, conseillère régionale LFI Occitanie, porte-parole, Ensemble
    Philippe MARTINEZ, secrétaire général, Confédération générale du travail
    Corinne MASIÉRO, comédienne
    Laurent MAUDUIT, journaliste, cofondateur de Mediapart
    Emmanuel MAUREL, député européen, Gauche républicaine et socialiste
    Dominique MEDA, sociologue
    Jean-Luc MÉLENCHON, député, La France insoumise
    Gérard MEYLAN, comédien
    Claire MONOD, coordinatrice, Génération.S
    Chantal MONTELLIER, dessinatrice et écrivaine
    Gérard MORDILLAT, écrivain
    Jean NUMA-DUCANGE, historien
    Jean-François PELLISSIER, porte-parole, Ensemble
    Roland PFEFFERKORN, professeur émérite de sociologie
    Michel PINÇON, sociologue, ancien directeur de recherche CNRS
    Monique PINÇON-CHARLOT, sociologue, ancienne directrice de recherche CNRS
    Christine POUPIN, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
    Philippe POUTOU, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
    Audrey PULVAR, journaliste, responsable associative
    Adrien QUATTENENS, député, La France insoumise
    Yvon QUINIOU, philosophe
    Gilles RAVEAUD, économiste
    Sandra REGOL, secrétaire nationale adjointe, Europe écologie-Les Verts
    Fabien ROUSSEL, secrétaire national, Parti communiste français
    Alain RUSCIO, historien
    Stéphane SAINT-ANDRÉ, président, Les Radicaux de gauche
    Jean-Paul SCOT, historien
    Sylvie SCOT, professeur d’histoire retraitée
    Gabrielle SIRY, porte-parole, Parti socialiste
    Stéphane SIROT, historien et sociologue
    Françoise SIVIGNON, médecin
    Jo SPIEGEL, président, Place publique
    Valère STARAZELSKI, écrivain
    Henri STERDYNIAK, économiste (Les économistes atterrés)
    Sophie TAILLÉ-POLIAN, sénatrice, Génération.S
    Benoît TESTE, secrétaire général, Fédération syndicale unitaire
    Marie-Christine VERGIAT, responsable associative

Type:  Article Mardi, 7 Janvier, 2020 - 18:40
TheStyx

Syrie : "César", bombe à mèche lente...

3 semaines 5 jours ago

Syrie : "César", bombe à mèche lente...

César, c'est le nom de code de ce photographe de la police militaire syrienne qui, en 2013, a déserté et fui à l'étranger (1). Cela après avoir exfiltré via les réseaux de la résistance plus de 50000 clichés,  pris, à titre "professionnel", à partir de 2011 début du soulèvement populaire. Photos des cadavres de 6700 détenus, répertoriés, corps suppliciés, brûlés, décharnés (2)... Autant de témoignages de la barbarie du régime Assad et des atrocités de masse dont il est coupable. "La torture est une constante des centres de détention. Son caractère systématique, ainsi que les mauvais traitements infligés indiquent une politique étatique (...), ce qui caractérise un crime contre l'humanité" affirme l'ONG Human Right Watch (3)

A compter de 2014 César témoignera à 4 reprises devant des membres du Congrès américain.

Au long des années le régime syrien a continué à arrêter, torturer, assassiner dans le secret de son système carcéral totalitaire. Et, avec le soutien de la Russie et de l'Iran, il a poursuivi, contre son peuple, une guerre de reconquête, usant de tous les moyens militaires à sa disposition, dont les armes chimiques. Aujourd'hui, toujours avec l'appui de l'aviation russe, il multiplie les bombardements sur Idlib, la dernière région échappant encore à sa mainmise.

Fortes de cette victoire du régime, en France et en Europe des voix s'affermissent qui appellent à la réconciliation avec Assad. Ce régime n'a-t-il pas fait ses preuves ? Et pourquoi gêner les relations avec Moscou, cet allié indéfectible qui a démontré son efficacité ? Invitation donc à oublier ces accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité !

Mais voici que César resurgit.

Les responsables américains en charge de l'affaire depuis trois ans n'ont pas lâché prise. Le "Caesar Act" a été intégré à la loi de programmation militaire annuelle qui vient d'être adoptée.

Du coup, César est désormais aussi le nom d'une loi américaine - le "Caesar Syria Civilian Protection Act" - que Trump a signée. Elle prévoit des sanctions devant perdurer tant que les victimes des crimes de guerre commis par le régime n'auront pas obtenu réparation et que ce dernier continuera de bombarder et de déplacer les populations.

Elles doivent s'appliquer aux entreprises et gouvernements qui noueraient des relations économiques avec la Syrie, et aussi à ses alliés principaux, la Russie et l'Iran.

Ziad Majed explique : "Cette loi rendra très difficiles, voire impossibles, les tentatives de normalisation politique et économique des relations avec le régime de Bachar al-Assad. Elle permettra aussi à Washington de peser dans l'élaboration d'une solution politique qui était accaparée jusqu’à maintenant par la Syrie et l'Iran." (4)
Les amis du régime Assad prétendent qu'il faut engager la reconstruction afin de permettre le retour des exilés (7 millions de personnes). Outre que cette reconstruction nécessiterait des moyens gigantesques (évalués par l'ONU, pour ce qui concerne les infrastructures, à 400 milliards de dollars), un tel éventuel retour supposerait que bien des conditions soient préalablement assurées. Dont, d'abord, celle que Bachar al-Assad cesse de sévir et ne reste pas maître d'un pays ruiné.
Certes, c'est bien la population, et non les gouvernants, qui va payer le prix des difficultés économiques aggravées par ces nouvelles sanctions américaines (5). Mais rappel est fait, que nul n'est censé ignorer : ce régime criminel n'a pas droit à l'impunité.
De cet impératif politique et moral, César est le symbole.

Francis Sitel

Notes :
(1) : Cf. Garance Le Caisne, Opération César. Au coeur de la machine de mort syrienne (Stock, 2015).
(2) : Libération a publié certaines de ces photos (21 janvier 2014). Ainsi que Le Monde (16 décembre 2015), avec un éditorial consacré à l'affaire César et justifiant la publication de ces photos.
(3) : cité in Libération, 21-22 décembre 2019.
(4) : Idem.
(5) : "En l'espace de deux mois, la livre syrienne, déjà affaiblie, a perdu près de 30% de sa valeur face au dollar, réduisant le pouvoir d'achat de la population à l'état de peau de chagrin" Benjamin Barthe et Gilles Paris, in Le Monde, 22-23 décembre 2019.

Type:  Article Jeudi, 26 Décembre, 2019 - 20:06 International Syrie
François Calaret

Déclaration commune : Une réforme des retraites, oui mais pas celle-là!

1 mois ago

Le Premier Ministre s’est exprimé mais rien ne change.

Le Premier Ministre assure qu’il n’y a pas d’autres choix que de travailler plus longtemps pour améliorer notre système de retraite. Nous lui répondons le contraire : Il y a d’autres choix.

Notre pays vit une crise sociale majeure. La colère des français-es contre la réforme des retraites du gouvernement est à la mesure des deux ans et demi de régression sociale, de mauvais coups portés contre la grande majorité de nos concitoyen-nes, contre nos services publics et  devant l’absence de politiques permettant de répondre à l’urgence sociale et climatique.

Nous, forces politiques issues de la gauche et de l’écologie, condamnons la méthode et le fond de cette réforme des retraites confirmés par le Premier Ministre qui va aggraver la situation des retraité-es et futurs retraité-es de notre pays. Nous demandons que le gouvernement engage de véritables négociations, sans imposer une réforme dont il ne sait pas lui même simuler les conséquences. Nous demandons que s’ouvre un vrai débat qui mette en balance toutes les propositions pour améliorer le système de retraite actuel sans régression sociale.

Le dépôt du projet de loi constituerait un passage en force alors même qu’il n’est soutenu que par le MEDEF et le parti présidentiel. Il doit être retiré pour apaiser la situation, renouer les fil du dialogue et sortir de la situation de blocage du pays.
Nous partageons ensemble le même diagnostic : le système de retraite actuel n’est pas déficitaire comme l’affirme le gouvernement et ne le deviendra que si les choix budgétaires injustes faits par ce gouvernement n’étaient pas corrigés. Aucune raison budgétaire ou démographique n’impose d’exiger des Français un sacrifice sur leur pension pour sauver notre système de retraite.

Quand les hôpitaux, l’éducation, les forces de l’ordre, la justice, demandent plus de moyens, quand la population réclame plus de services et de répondre l’urgence écologique et climatique, nous devons sans délai changer de cap.

Nous dénonçons la méthode du gouvernement qui communique sur un supposé “dialogue” mais “en même temps” renvoie aux partenaires sociaux le devoir de trouver des mesures d’économie en un temps record, là où le débat demande du temps et alors qu’aucune urgence n’existe. Mais la méthode est rodée, c’est celle déjà imposée avec l’assurance chômage et qui conduit à la précarisation d’un million sept cent mille chômeurs.

A l’écoute des besoins de la population, nous voulons offrir aux françaises et aux français des pensions permettant de vivre dignement, supprimer les insupportables inégalités existant entre les femmes et les hommes et une meilleure prise en compte de la pénibilité, des carrières longues ou hachées. Nous voulons garantir aux plus jeunes un haut niveau de protection sociale, dans une France solidaire entre les générations et sans dette écologique.

Toute personne a droit à une retraite en bonne santé et cet objectif doit être le fil rouge de la réforme à venir. Ce projet doit assurer à toutes et tous des conditions de vie digne et une insertion sociale tout au long de la vie.

Ensemble, nous proposons d’améliorer le système de retraite solidaire par répartition sans pour autant augmenter l’âge de départ en retraite ou allonger la durée de cotisations. Des solutions alternatives, progressistes, existent qui permettent d’élargir l’assiette de financement de notre système de retraite et de créer plus d’emplois pour plus de justice sociale.

Déclaration commune : Une réforme des retraites, oui mais pas celle-là!

Ensemble, Europe Écologie Les Verts, Gauche Démocratique et Sociale, Gauche Républicaine et socialiste, GénérationS, Les Radicaux De Gauche, Parti Communiste Français, Parti Socialiste, Pour une Écologie Populaire, Place Publique, République et socialisme, Union des démocrates et Écologistes

Type:  Article Samedi, 21 Décembre, 2019 - 19:07 Luttes sociales
François Calaret

A propos de Mélenchon et des élections britanniques

1 mois ago

L'analyse des élections britanniques faite par Jean Luc Mélenchon a suscité un débat au sein d'Ensemble. Nous publions un premier point de vue à ce sujet.

 

La défaite du Parti Travailliste en Grande Bretagne est un coup dur pour la gauche en Europe. Les raisons en sont multiples et complexes, notamment liées aux difficultés de positionnement à propos du Brexit.

Dans une note de blog, Jean Luc Mélenchon  a présenté une analyse  de la défaite de Jérémy Corbyn en soulignant le rôle du « grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud », ce qui constitue une interprétation discutable et dangereuse de l’échec du parti travailliste britannique.

Jean Luc Mélenchon en tire comme conclusion qu’il refuse pour sa part toute conciliation et toute  « génuflexion devant les ukases arrogants des communautaristes du CRIF ». Cette expression, évoquant l’idée d’un rôle démesuré de l’institution juive, mise sur le même plan que « L’Europe allemande et néolibérale », ranime l’idée nauséabonde  des élites juives proches du pouvoir, dont les représentants seraient des piliers du système.

Nous sommes en désaccord profond avec l’action menée par le CRIF depuis plusieurs années. Ce fut particulièrement le cas lorsque son président prétendit interdire à Jean-Luc Mélenchon et à la France Insoumise de manifester contre l’antisémitisme en 2018.

Ensemble ne saurait accepter qu’à gauche on laisse penser que les Juifs ou certains de leurs représentants, des représentants qui peuvent être contestables et contestés, auraient un rôle essentiel dans la gestion des affaires du monde. Ce thème du pouvoir des élites juives a servi dans le passé à légitimer les persécutions antisémites.

Jean Luc Mélenchon condamne l’antisémitisme : dont acte. Mais les expressions employées dans sa note de blog conforte la confusion et les dérives complotistes qui ne cessent de progresser aujourd’hui et qui nécessitent une vigilance accrue de la part des forces de gauche et en particulier de leurs représentants.

François Calaret, Robert Hirsch, Francis Sitel

Type:  Article Vendredi, 20 Décembre, 2019 - 20:24 Anti-racisme En débat
François Calaret

Boris Johnson, l’an I du trumpisme européen

1 mois ago

 

Boris Johnson n’a pas tant jeudi gagné une élection qu’exploité un contexte politique exceptionnel (l’interminable débat sur le Brexit), ainsi que la faiblesse de son opposant direct, Jeremy Corbyn. Cette élection fut en effet la bataille de deux dirigeants impopulaires, et Johnson s’est avéré le moins inéligible des deux. Explication de vote.

Les conservateurs emmenés par Boris Johnson ont remporté l’élection législative britannique en empochant une majorité de 80 sièges (365 sièges). Il s’agit de la plus importante majorité conservatrice depuis 1987, à l’apogée du thatchérisme.

Le parti travailliste dirigé par Jeremy Corbyn a connu son plus grand revers électoral depuis 1935. Son nombre de sièges (203) est inférieur à celui obtenu par le leader travailliste Michael Foot en 1983 (209). La comparaison est intéressante car, à cette époque, le Labour avait adopté une orientation nettement à gauche, comme celle de Corbyn aujourd’hui.

Boris Johnson n’a pas tant gagné une élection qu’exploité un contexte politique exceptionnel (l’interminable débat sur le Brexit), ainsi que la faiblesse de son opposant direct, Jeremy Corbyn. Cette élection fut en effet la bataille de deux dirigeants impopulaires, et Johnson s’est avéré le moins inéligible des deux.

Après neuf années de politiques d’austérité, le premier ministre sortant a soigneusement évité de traiter des questions sociales et économiques pendant la campagne. Il savait qu’elles le mettraient dans une situation inconfortable. Il est allé jusqu’à promettre de modestes et vagues investissements dans la santé publique (insuffisants, selon les experts, car ils ne permettraient même pas de rattraper le niveau de dépenses publiques pré-2010).

Le National Health Service (NHS), la santé publique qui est largement socialisé, est un acte de foi chez les Britanniques. La gratuité des soins financés par un impôt progressif est en effet un conquis social majeur. Remettre ce principe en jeu serait suicidaire pour tout parti de gouvernement.

Johnson a pu aussi compter sur la mansuétude de médias qui ont épargné le premier ministre. La BBC, notamment, a été critiquée pour avoir failli à sa mission d’information de manière impartiale. Lorsque Jeremy Corbyn confia aux médias, document en main, que des négociations secrètes étaient en cours entre le gouvernement britannique et l’administration américaine en vue de privatiser des pans du NHS, ces révélations fracassantes furent à peine reprises par les médias. Johnson s’en sortit sans dégâts majeurs.

Seul à promettre une sortie « rapide » de l’Union européenne (à l’exception du Brexit party de Nigel Farage), face à un arc de partis qui demandaient la tenue d’un deuxième référendum, voire l’annulation du vote référendaire de 2016 (les libéraux-démocrates), Johnson joua sa carte maîtresse : « Get Brexit done » (Mettre en œuvre le Brexit). Ce slogan de campagne a d’ailleurs quasiment fait office de programme. La simplicité, voire le simplisme de la manœuvre a fonctionné. Les Britanniques sont las de la saga interminable du Brexit, source de blocage et de tension permanente.

La notion de Brexit a constitué ce qu’Ernesto Laclau nomme un « signifiant vide », c’est-à-dire une notion vague et attractive qui permet de fédérer divers segments du peuple. Johnson a pu regrouper autour de son slogan pro-Brexit l’électorat conservateur. Les conservateurs opposés au Brexit et échaudés par Johnson ont néanmoins voté pour leur parti. Il était impensable qu’ils puissent soutenir un parti dirigé par Corbyn, perçu à droite comme un « rouge extrémiste ».

Boris Johnson a pu aussi compter sur un vote travailliste ouvrier, situé dans la ceinture rouge entre les Midlands et le Nord-Est de l’Angleterre (le fameux « Red Wall »). Ce sont des terres ouvrières post-industrielles et d’ex-régions minières. Dans certains cas, ces circonscriptions étaient travaillistes depuis un siècle ; elles élisaient à Westminster des député.e .s avec des majorités vertigineuses.

Une vingtaine de ces circonscriptions travaillistes réputées imprenables ont été remportées par les conservateurs. Dans sa circonscription de Sedgefield, dans le nord-est de l’Angleterre, Tony Blair disposait en 1997 d’une majorité très confortable de 25.143 voix. Un candidat conservateur vient de remporter la circonscription. Sur le pas de porte, les électeur.ice.s faisaient part aux candidat.e.s de deux préoccupations principales : le Brexit et Jeremy Corbyn.

Le premier sujet revêt une dimension quasi-identitaire. Cet électorat se sent méprisé par « Londres ». Mais il se sent également abandonné par un parti travailliste qui a considéré pendant longtemps leur vote comme acquis. Avec la fermeture des usines et des puits de mine, la vieille sociabilité ouvrière s’est progressivement effacée ; les associations, sociétés et pubs, autrefois lieux de socialisation socialiste, ont disparu.

Cette classe ouvrière a été sensible au discours nationaliste et souverainiste du Brexit party de Nigel Farage. Le thème de l’immigration, y compris dans les régions ethniquement blanches, est devenu la préoccupation majeure des populations locales, et a relégué au second plan la haine ancestrale des Tories. Boris Johnson a compris cela en reprenant sans vergogne la rhétorique anti-immigré.e.s de Farage, accompagnée de sorties xénophobes et racistes.

Jeremy Corbyn a un effet repoussoir en milieu ouvrier travailliste car il incarne le cosmopolitisme londonien, l’anti-patriotisme (on lui reproche son soutien à l’IRA dans les années 70 et son anti-monarchisme). Cet électorat ouvrier n’a pas pris au sérieux ce personnage sans charisme, sans allure et sans humour. On peut noter que cette élection a renforcé une tendance sociologique à l’œuvre depuis plusieurs élections : le Labour est devenu le parti des électeur.ice.s jeunes des grandes villes, et qui ont un niveau d’étude élevé.

Inversement, le parti conservateur a un électorat âgé qui réside dans les petites communes et qui est économiquement aisé. La nouveauté est la prolétarisation relative de cet électorat conservateur ; un électorat ouvrier du nord de l’Angleterre et du Pays de Galles, culturellement illibéral, mais qui dépend de l’aide sociale de l’Etat. Ces personnes viennent de voter pour la première fois pour les conservateurs. Le paradoxe est qu’ils vont être touchés de plein fouet par le Brexit conservateur.

Johnson le « menteur » et le « charlatan » (autant de qualificatifs souvent réservés au premier ministre, à gauche et à droite) a prévalu face à Corbyn le « sectaire rouge » et « l’incompétent » (selon ses opposant.e.s de gauche et de droite). En fin de compte, les défauts du premier ont paru davantage compatibles avec la fonction de premier ministre que ceux du second. Il était clair depuis au moins deux ans que Jeremy Corbyn représentait davantage un handicap qu’un atout pour son parti.

Les sondages signalaient avec une régularité inquiétante que c’était le cas. Arguant de l’engouement de la jeunesse pour le leader travailliste (une réalité en 2015 puisque le parti a compté près de 600.000 membres, mais ce phénomène a progressivement décliné, tout comme le nombre des adhérent.e.s), l’entourage de Corbyn n’a pas compris que l’élan de foules jeunes et de gauche, n’était pas représentatif de l’humeur nationale.

Les campagnes électorales ne se remportent pas dans les meetings politiques ou sur Tweeter, mais en gagnant les voix des personnes éloignées des positions du candidat. L’image, l’autorité politique et intellectuelle, la compétence et le savoir-faire politique, la capacité à rassembler les radicaux et modéré.e.s de son camp, mais aussi une forme de bonhomie personnelle jouent un rôle important en l’espèce. Or, Corbyn manquait cruellement de ces attributs de « premier ministrable ». Le lendemain du vote, un sondage Opinium indiquait que la personnalité de Corbyn était la raison principale pour laquelle les électeur.ice.s n’avaient pas voté pour le Labour (43%). Venaient ensuite la question du Brexit (17%) et le programme économique du parti (12%).

Si la personnalité de Corbyn a été massivement rejetée par l’électorat, le programme économique du Labour a, au contraire, suscité un intérêt prononcé au sein d’un électorat appauvri par dix années d’austérité. Ce programme de facture sociale-démocrate de gauche doit beaucoup à John McDonnell, ministre des finances dans le Shadow Cabinet et proche de Corbyn. Ce manifeste électoral promeut un Green Deal britannique, un retour au localisme politique et économique dans la tradition du socialisme de guilde (Guild socialism), un mouvement qui encourage le contrôle ouvrier de l’industrie, et se dote d’un solide programme d’investissement dans les services publics.

L’avenir du travaillisme se situe dans ce périmètre. Le/la leader qui succèdera prochainement à Corbyn ne devra pas revenir aux recettes néolibérales de l’époque Blair-Brown, aujourd’hui discréditées. Mais il /elle devra veiller à sauvegarder une social-démocratie affichant un radicalisme concret et pragmatique. Davantage, elle il/elle devra s’engager à réunir les factions de gauche et modérées du travaillisme, ce que Corbyn n’a pu ou n’a pas souhaité réaliser. Les bases d’un grand parti social et vert ont été posées. Il convient maintenant de rendre le Labour davantage démocratique, pluraliste et inclusif.

Sur la question du Brexit, la stratégie corbyniste consistait à renégocier un nouveau deal avec l’UE une fois élu. Puis, il s’engageait à soumettre ce texte à un deuxième vote populaire avec l’option de voter en faveur du maintien dans l’UE. Corbyn avait aussi annoncé qu’il ne donnerait pas de consigne de vote à cette occasion. Cette stratégie était illisible et a mécontenté tout le monde, pro et anti-Brexit.

Notons, en outre, que l’euroscepticisme latent de Corbyn est mal passé dans un parti majoritairement anti-Brexit (y compris son aile gauche ; tels Momentum ou John McDonnell). L’histoire retiendra que si Corbyn et l’appareil du parti avaient réellement mené campagne pour le maintien dans l’UE, le résultat du référendum de 2016 aurait probablement été inversé.

Les cas probants d’antisémitisme dans le Labour ont enfin joué un rôle important dans la perte d’une très large part du vote d’électeur.ice.s juif.ve.s de gauche, et a inquiété les militant.e.s antiracistes. Cette question a coûté le soutien de deux publications-phares de la gauche britannique – The Observer et The New Statesman. Celles-ci ont refusé d’appeler à voter en faveur d’un leader travailliste qui a été trop lent à prendre des mesures contre les propos antisémites et à présenter des excuses au nom du parti.

Nombre de travaillistes estiment que l’indifférence affichée par Corbyn à l’égard de l’antisémitisme est troublante, tout comme son compagnonnage avec, par exemple, Hamas ou encore son incapacité à discerner les actes antisémites (comme la fresque murale antisémite sur un mur de Londres qu’il avait soutenue dans un premier temps). Ce problème réel (en dépit des dénégations de son entourage qui ont exacerbé la tension dans le parti) est devenu tellement toxique (causant le départ de plusieurs député.e.s, dont Luciana Berger, elle-même victime d’actes antisémites graves), que la stature morale du leader travailliste s’en est trouvée irréversiblement affectée.

La majorité conservatrice va permettre à Boris Johnson de mettre un terme au blocage institutionnel actuel. Le parti au pouvoir va ratifier à la Chambre des Communes l’accord signé entre Boris Johnson et l’UE. Le Royaume-Uni sortira donc de l’UE le 31 janvier 2020. C’est la seule certitude. Mais le « Get Brexit done » n’en sera encore qu’à son point de départ. Les négociations devant amener à un nouveau partenariat économique avec l’UE commenceront alors.

Il est impossible de prédire ici quelle sera la nature de cet accord : coopération resserrée avec l’UE ou pas, voire sortie sans accord ; tout est possible puisque tout reste à faire dans ce domaine. Johnson aura du mal à concilier les intérêts et les demandes du big business, soutien naturel de Johnson, et l’électorat ouvrier des (ex)bastions travaillistes qui sera hostile à la poursuite de son agenda néolibéral de privatisation (le NHS).

Ajoutons à cela la pression qu’entretiendront les nationalistes écossais du SNP. Forts de l’élection de 55 député.e.s sur un total de 59, le SNP, qui ne veut pas que l’Ecosse sorte de l’UE, exigera prochainement l’organisation d’un nouveau référendum portant sur l’indépendance de l’Ecosse. C’est le sens du mandat populaire reçu par le SNP. Boris Johnson pourrait donc être ce premier ministre conservateur qui guidera son pays en dehors de l’UE et procèdera ensuite à la désintégration du Royaume-Uni après l’indépendance écossaise.

La victoire d’un parti conservateur très à droite sur les questions économiques et politiques, dirigé par un bouffon populiste aussi opportuniste qu’imprévisible, laisse augurer une évolution à l’américaine de la politique britannique. Boris Johnson est certes une version diplômée de Donald Trump (il a étudié à Eton College et Oxford). Mais le style et les projets politiques des deux hommes convergent ou sont à tout le moins complémentaires autour d’un néolibéralisme autoritaire et un repli nationaliste.

L’an I du trumpisme européen vient peut-être de commencer. Il ne faut pas oublier que la révolution néolibérale fut conçue dans les Etats-Unis de Ronald Reagan, avant de toucher le Royaume-Uni de Margaret Thatcher, qui fut le sas d’acclimatation de politiques qui gagnèrent ensuite le continent européen.

Philippe Marlière

POLITISTE, PROFESSEUR DE SCIENCE POLITIQUE À UNIVERSITY COLLEGE LONDON

Type:  Article Lundi, 16 Décembre, 2019 - 08:56 International
François Calaret

Une situation et un avenir de plus en plus inquiétants, comment échapper au cataclysme ?

1 mois 1 semaine ago

Une situation et un avenir de plus en plus inquiétants, comment échapper au cataclysme ?
Quels rôles des mouvements politiques et citoyens, pour quelles politiques ?

Nous sommes , l'humanité et la planète, déjà en situation de catastrophe, face à une urgence et à une injustice climatique de plus en plus fortes. Faute de politiques radicales nous avons affaire à une situation doublement dramatique du point de vue de l'humanité :
- possibilité d'échec à juguler le réchauffement climatique, conduisant à une situation à + 4 degrés et de très graves conséquences sur les conditions de vie,
- déni d'humanité des plus grands pollueurs (firmes, pays et couches riches) vis-à-vis des autres pays  et des couches défavorisées, avec de forts risques de conflits pour l’accès à l’eau et à la terre.

* Malgré des rapports du GIEC de plus en plus inquiétants : dérèglement plus rapide que prévu et conséquences du dérèglement actuel de plus en plus graves, conséquences cumulatives et incertaines,
* Malgré le fort développement de la prise de conscience, de la mobilisation dans des formes de plus en plus diversifiées, des comportements alternatifs, on ne peut que constater leur faible effet sur les décisions politiques et sur les choix collectifs et individuels.

Ainsi, un nombre croissant de personnes et de réseaux militants estiment de plus en plus improbable d’aboutir à une issue acceptable limitant la hausse à 2 degrés avec des mesures justes au plan social. Ce point de vue résulte de l’ampleur et de la difficulté des changements au sein du système et des sociétés capitalistes dans un monde fragilisé (Etats et Communauté internationale). Désespoir, collapsologie, abandon, recherche de nouvelles formes d’action et de stratégie, sont quelques-unes des attitudes dans un mouvement très divers et fragmenté dans les pays et parmi les couches sociales mobilisées, à côté de très faibles mobilisations au sein des pays et des couches les plus touchées et menacées.
Cette situation climatique, écologique, sociale interpelle plus que jamais l’ensemble des forces, politiques, syndicales, citoyennes, de transformation sociale et écologique. Ensemble, ces forces doivent faire de cet enjeu une priorité absolue et travailler à une stratégie possible.

1 Eléments pour une stratégie gagnante

Face au capitalisme néolibéral et guerrier comment limiter la catastrophe et échapper au cataclysme (D. Tanuro) ? Attendre la solution d’une future COP est illusoire, compte tenu des renoncements des Etats les plus pollueurs. Faute d’avancée internationale globale probable alors qu’elle serait indispensable tout en étant contraignante, il s’agit de redonner espoir et d’imposer un certain nombre de ruptures importantes au sein de plusieurs pays, signataires d’un accord international partiel  et susceptibles ensuite d’imposer un nouvel accord mondial. Cette stratégie, implicite dans certains mouvements, doit pouvoir être partagée par l’ensemble des forces engagées sur la question climatique, avec des traductions concrètes variées.

1.1 Dans cette stratégie, les forces politiques doivent nettement renforcer leur travail.

Elles doivent prendre en compte la nature politique de la question climatique et son caractère central pour les autres dimensions de la solution.

Ce travail doit déboucher sur un projet susceptible d’unifier les couches populaires avec un projet co-élaboré, juste et mobilisateur, prenant en compte les différents aspects écologiques et sociaux ; pour des politiques justes et efficaces contre les forces dominantes, notamment pour réduire rapidement le rôle des firmes exploitant les énergies fossiles, en offrant des appuis et des débouchés aux mouvements citoyens.

La mise en œuvre de ce projet doit articuler, toutes les échelles, notamment l'échelle internationale où pèsent trop les Etats et les firmes qu'il s'agit de contrôler. Il doit aussi articuler, dans la durée, les divers changements du système productif (finalités, transition énergétique, technologie, emploi, travail) et ceux des modes de consommation.

Le contenu de cette dimension politique implique un fort mouvement citoyen car il s’agit, à terme, d’un changement de système et de société.

1.2 L’indispensable mobilisation citoyenne

Face à la question climatique, chaque habitant de la planète est à la fois pollueur et victime de la pollution des autres ; nous tous sommes à la fois en capacité de réaliser des changements concrets (échelle individuelle) et de participer aux choix publics (échelle de la société). Il en résulte plusieurs obligations : modifier nos pratiques de consommateur, éventuellement de producteur, participer à des alternatives collectives et à des résistances et, collectivement, agir sur les politiques menées.
Ces différentes facettes dans les multiples lieux de la décision climatique, constituent la base de la mobilisation, la base du renforcement nécessaire d'un "mouvement citoyen » fort et diversifié dans ses projets et ses actions : des manifestations, des actions concrètes alternatives, des résistances (agriculture paysanne …), des luttes (OGM, NDdL, triangle de Gonesse, …), des revendications et des propositions. Il peut reposer sur diverses articulations comme celle sur l’écologisation de l’agriculture et la transformation de l’alimentation, lutte écologique et défenses des peuples d’origine, luttes féministes, …
Ce mouvement ne peut être fort sans traduction politique. Et il ne peut y avoir de projet politique sans mouvement citoyen, notamment face à la transformation de l’économie. Actuellement, pour le cas de la France, le mouvement citoyen manque à la fois de stratégie et d'organisation, indispensables pour donner force à la mobilisation, et les forces politiques d’alternative sont dans l’incapacité de jouer un rôle significatif.

1.3 Ensemble pour « changer le système pas le climat » !

Ce mot d’ordre de la société civile pour la COP 21 de décembre 2015 peut, pour une courte période, être fédérateur et permettre diverses formes et objectifs de mobilisation au sein du mouvement et des forces politiques qui l’accompagnent. Il permet aussi de combiner deux temporalités, deux phases : celle de relatif court terme (2030), de ne pas dépasser la hausse jusqu’à deux degrés, déjà fortement engagée, celle ensuite de stabiliser cette situation.
La première, de l’urgence et de la justice climatique, nécessite de forts changements notamment au service des pays les plus menacés par le dérèglement et pour éviter à tous de passer de la catastrophe au cataclysme. Ces changements importants ne seront probablement pas, faute du temps nécessaire, un réel « changement de système », mais seront conduits "pour qu'un nouveau système durable et équitable puisse émerger" (Th Piketty), pour assurer la stabilisation du climat à + 2 degrés.

Il faut donc coordonner rapidement les forces citoyennes et politiques pour contraindre les puissances économiques à des changements radicaux, dans une démarche de transition. Dans la phase actuelle le mot d’ordre "changer de système" est lui même suffisamment polysémique et porteur de pratiques diverses mais convergentes pour englober tous les changements nécessaires au présent et dans le futur proche, pour constituer un bon mot d'ordre de ralliement des mouvements citoyens larges et de mouvements politiques radicaux, pour constituer la matrice de l'articulation entre mobilisation citoyenne et projet politique alternatif.

C’est dans ce cadre stratégique que le travail politique doit se développer, en synergie avec les pays les plus victimes du dérèglement.

2. Les politiques prioritaires et nos propositions dans le cadre de cette stratégie

Nos propositions doivent :
- s’insérer dans un projet rendant crédible et possible une alternative en articulant le long terme et l'urgence autour du mot d'ordre "changer le système".
- prendre appui sur une critique radicale de la « stratégie » des pouvoirs politiques et économiques, en place en France et en Europe.
- favoriser l’implication des militants et des citoyens : pratiques alternatives, luttes contre les pouvoirs en place, contributions aux politiques alternatives.

2.1 L'énergie au centre des priorités et des difficultés.

L’énergie d’origine fossile constitue le « cœur » (par les majors et les Etats) et le « sang » (en raison de sa place dans les profits, les systèmes productifs, les échanges) du système capitaliste. L’objectif de « neutralité carbone en 2050 », de plus techniquement difficile, ne doit être affiché qu’en réunissant les conditions nécessaires. Ainsi, les trois modalités « techniques » de la transition énergétique : réduction, efficacité et remplacement rapide des énergies fossiles par des énergies renouvelables, doivent être présentées dans un projet politique d’ensemble intervenant sur les conditions de la production et de la consommation d’énergie avec modification des fondements du système actuel :
  - pour réduire rapidement la place et le poids des énergies fossiles, en combinant coordination, planification, et coercition en production d’énergie fossile : moratoire sur les nouveaux projets, limitation drastique des financements publics et privés  (dont interdiction des participations bancaires), d'autres relations internationales ; pour les énergies renouvelables : financements adaptés, politique de l'emploi  et de la recherche ;
  - pour réduire rapidement l’utilisation d’énergie, dans la production et les échanges : modifier fondamentalement les logiques productives en combinant la mise au point et l’usage de nouvelles technologies, la réduction des productions très énergivores, des grands projets, des échanges, … L’application, en tête du cycle aux technologies et aux systèmes non vertueux, de taxes atteignant progressivement un niveau élevé, pourrait constituer une partie de la solution  ;
  - du côté des usages domestiques (logement, déplacements, alimentation, habillement, santé …) : combiner de fortes modifications des conditions d'offre et des comportements (réduction de la publicité, du poids de l’idéologie consumériste, information, …) pour atteindre des changements significatifs.
En complément, une bataille idéologique doit être menée contre le "verdissement", la « 3ème révolution industrielle » (Jeremy Rifkin), et autres technicismes insuffisants et nocifs.

2.2 Les actions prioritaires

*  En agriculture de fortes réductions d’émission de GES résident dans le changement des systèmes de production productivistes. L'alimentation doit aussi fortement contribuer à la réduction des GES : moins de produits transformés, moins de produits importés, moins de viande et produite dans des systèmes satisfaisants, relocalisation … Ces transformations, nécessairement globales, impliquent un choix de société  et une réorientation des politiques, dont européenne (PAC), pour le renforcement des systèmes écologiques (AB, Agriculture Paysanne, agroécologie), l’aide à la transformation progressive vers l’agroécologie de ceux en cours de passage au productivisme, la modification rapide des systèmes productivistes.
Les changements positifs en cours (circuits courts, développement de l’AB, modification des habitudes alimentaires), ne permettent pas d’atteindre les objectifs, notamment au service des couches et des quartiers populaires ; il faut une transition agricole complète avec réduction du pouvoir des firmes de l’agroalimentaire et du commerce (contrôle des prix et des marges, interdiction des produits nocifs à la santé et à l’environnement, …), dans le cadre d’autres relations internationales.
• Transports et Déplacements, logement
L'accélération des transformations dans ces domaines est particulièrement nécessaire pour les raisons climatique et sociale : il faut que les pouvoirs publics (Etat et collectivités) poussés par les citoyens, parviennent à des situations satisfaisantes dans les dix ans.
- La rénovation énergétique des logements, nécessite une forte mobilisation des collectivités locales et des habitants dans le cadre d'une politique nationale plus ambitieuse en matière de crédits et subventions ; elle doit être accompagnée d’une amélioration qualitative et quantitative du parc, en réponse aux besoins sociaux et climatique ;
- Pour les déplacements des personnes, il s'agit de réduire le plus possible la place de la voiture au profit des transports publics et des modes actifs (vélo, marche …). En agglomération, les collectivités et les citoyens disposent d'une importante palette de moyens en matière d'infrastructure et de types de services (gratuité totale ou non ).
Pour l’aérien, l'harmonisation des prix des carburants et de la réglementation est indispensable avec incitation à changer de comportement. Il faut aussi symétriquement restreindre les gros paquebots de voyageurs.
- Le transport routier de marchandises nécessite une politique globale allant des infrastructures (améliorations nécessaires pour le ferroviaire) à la réglementation et au rétablissement des coûts réels dans le prix des transports routiers. Globalement, tout ce qui relève des transports doit être pensé dans une dynamique de sobriété. Il faut donc interdire toute grande nouvelle infrastructure qui "appelle" les voitures, les camions, les avions et les bateaux.

3. Conclusion : climat et transition écologique et sociale

L'établissement et l'application d'une politique climatique rapidement efficace (« le climat c'est maintenant »), préparant à un changement de système rendant pérenne et juste un climat à + 2 degrés maximum, doivent être intégrés dans un projet et une démarche de transition écologique et sociale. Celle-ci repose inévitablement sur la mobilisation des mondes du travail : la transition est une opportunité pour repenser notre rapport au travail, en imposant une réflexion sur l’utilité sociale et la viabilité écologique de nos choix de production et de consommation.

La catastrophe est en cours, nous devons tout faire pour éviter le cataclysme.

Michel Buisson

Type:  Article Jeudi, 12 Décembre, 2019 - 19:54 Ecologie
François Calaret

Algérie : rejet pacifique de la mascarade électorale.

1 mois 1 semaine ago

Algériennes, Algériens,

Depuis neuf mois, un pouvoir de fait, illégal et illégitime, s’évertue à parachever les séquences d’un vrai coup de force en voulant récupérer le soulèvement populaire qui a déposé Abdelaziz Bouteflika.

L’opposition explicite et déterminée de millions de citoyen(ne)s à cette nouvelle forfaiture contre la souveraineté populaire, est gérée par la répression, la diversion, la division, le chantage et le verrouillage de l’espace public. La volonté d’acheter le silence des puissances étrangères est étalée sans vergogne à travers des sollicitations directes et des réaménagements juridiques et économiques qui hypothèquent jusque l’avenir lointain. L’exemple de la Loi scélérate de bradage des hydrocarbures confirme que lorsqu’il n’y a pas de pouvoir légitime, il ne peut y avoir de souveraineté nationale possible.

L’acte final est le maintien d’un simulacre d’élection présidentielle conduite par le même régime, contre tout bon sens, pour le 12 décembre prochain. Le pseudo « accompagnement du peuple » des tenants du système n’arrive pas à masquer le vrai objectif : le maintien du système autoritaire et corrompu. Les candidats cooptés ainsi que l’interdiction de toute campagne publique opposée au projet de parodie électorale accompagnée d’une répression féroce à l’échelle nationale, mettent un terme à toute illusion de renouveau même chez les plus crédules de nos concitoyens.

Algériennes, Algériens,

Le peuple a conquis au prix d’immenses sacrifices l’indépendance de notre pays sans que sa souveraineté sur le choix de ses dirigeants et la nature du régime politique ne soit jamais effective. L’Etat démocratique et social, les libertés fondamentales et la primauté du civil sur le militaire, promis par la révolution de libération nationale, sont encore à arracher.

Le système policier qui a spolié le peuple est une succession de désastres multiples. Une corruption institutionnalisée a détourné et dilapidé des centaines de milliards de dollars installant des inégalités sociales criardes et des déséquilibres régionaux dangereux pour la cohésion de la société et de la Nation. C’est la reconduction de ce système anti national que veut imposer la parodie électorale projetée.

Algériennes, Algériens,

L’heure est grave ! Forts de leur mainmise sur la puissance sécuritaire du pays, les tenants du pouvoir s’obstinent à imposer, par un violent passage en force, un président de leur choix, au risque de porter atteinte à la pérennité de l’Etat, voire d’entrainer le pays vers le chaos. Ils entendent perpétuer l’autoritarisme et la prédation. Ils sont décidés à étouffer la révolution citoyenne et démocratique. Face à ce brutal déni de souveraineté, la résistance pacifique du peuple est un droit légitime et un devoir.

Nous sommes des dizaines de millions à exiger, à juste titre, la levée des entraves aux libertés individuelles et collectives et la libération des détenus politiques. Nous revendiquons, légitimement, un changement de système politique que seuls permettront une transition démocratique et un processus constituant souverain hors du contrôle des figures et institutions policières du système autoritaire.

C’est pour cela que nous, partis politiques, société civile, syndicats, associations, collectifs citoyens et personnalités nationales signataires, appelons solennellement les Algériennes et les Algériens, au pays et dans la diaspora, à continuer de rejeter, par tout moyen pacifique, la mascarade électorale du 12 décembre en demeurant vigilants contre toutes les provocations contre-révolutionnaires. Continuons, ensemble, d’exiger, dans l’union le départ du système policier à travers une transition démocratique qui jette les jalons d’une nouvelle république.

Les peuples du monde regardent notre révolution avec admiration. Restons unis, déterminés et pacifiques dans ce combat exemplaire pour la démocratie et la citoyenneté effectives. Encore une fois, rien ne pourra venir à bout de la révolution algérienne pacifique contre le système autoritaire.

MAKANCHE INTIKHABETT M3A EL 3ISSABET

Les premiers signataires:

FRONT DES FORCES SOCIALISTES (FFS)

MOUVEMENT DEMOCRATIQUE ET SOCIAL (MDS)

PARTI DES TRAVAILLEURS (PT)

PARTI SOCIALISTE DES TRAVAILLEURS (PST)

RASSEMBLEMENT POUR LA CULTURE ET LA DEMOCRATIE (RCD)

UNION POUR LE CHANGEMENT ET LE PROGRES (UCP)

ASSOCIATION NATIONALE DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION

CONFEDERATION GENERALE AUTONOME DES TRAVAILLEURS EN ALGERIE (CGATA)

BENISSAD Nouredine pour la Ligue Algérienne de Défense des Droits de L’Homme (LADDH)

SALHI Said pour Ligue Algérienne de Défense des Droits de L’Homme (LADDH)

MOUVEMENT IBTYKAR

RASSEMBLEMENT ACTION JEUNESSE (RAJ)
SOS Disparu

SYNDICAT NATIONAL AUTONOME DES PERSONNELS DE L'ADMINISTRATION PUBLIQUE (SNAPAP)

SYNDICAT NATIONAL DES TRAVAILLEURS DE L`EDUCATION ET DE LA FORMATION (SATEF)

COLLECTIF DES AMIS DES MANIFESTES

COLLECTIF DES PROFS EN MEDECINE

COLLECTIF ALGERIENS LIBRES DE BELGIQUE

COORDINATION FREE ALGERIA

DEBOUT L’ALGERIE (Angoulême-Lorrain –Paris)

COLLECTIF DES ALGERIENS LIBRES DE BELGIQUE

COLLECTIVO ALGERIA LIBERA DEMOCRATICA ITALIA

COLLECTIF DES SOUTIEN LYONNAIS AU PEUPLE ALGERIEN

COLLECTIF POUR L’ALTERNATIVE DEMOCRATIQUE MARSEILLE

COLLECTIF DZ UNITED SAN FRANSISCO

COLLECTIF DEMOCRATIQUE TOULOUSE

COLLECTIF STAND FOR ALGERIA VIENNE

COLLECTIF AGIR POUR LE CHANGEMENT ET LA DEMOCRATIE EN ALGERIE ACDA

ADDA ALIANCE DES DEMOCRATES DE LA DIASPORA ALGERIENNE

RIPOSTE INTENATIONALE

COLLECTIF LA REVOLUTION DU SOURIRE

COLLECTIF NUR UNIVERSITE BADJI MOKHTAR ANNABA

FORSEM LE FORUM DE SOLIDARITE EURO-MEDITERRANEENNE

COLLECTIF AVOCATS POUR LE CHANGEMENT ET DE LA DIGNITE

COLLECTIF DZAYER 2.0

INITIATIVE POUR LA REFONDATION DEMOCRATIQUE

BELLABIOD ADEL pour le CCA

ABADA Salima actrice

ABANE Meziane Journaliste militant

ABBOU Lynda journaliste

ABOUT Arezki militant politique

ADDI Lahouari Professeur universitaire

AGRAW Boudjemaa artiste

AGGOUN Samira avocate

AIT ABDALLAH Mohand militant politique

AIT ALLAOUA Mohammed homme de radio, artiste

AIT HAMADDOUCHE Louiza universitaire

AIT MAMAR iddir militant politique

AIT OUAKLI Rachid militant démocrate

AIT Zai Nadine Avocate

AKTOUF Omar professeur

ALIOUAT Boualem professeur en université a NICE

AMAR MOHAD Amar historien

AMMOUR Samia Artiste Militante

AOUDIA Yazid professeur en médecine

AROUS Zoubir professeur d'université

AZZI Abdelmadjid Ecrivain et ancien syndicaliste

BADDI Abdelghani Avocat Militant des droits de l’homme

BAKIR Mohand Journaliste

BELABESS Moussa éducateur spécialisé

BELHOUCHAT Omar journaliste, ancien directeur El WATAN

BEN AISSA Khaled Comédien

BEN BAKOUCHE Rachid professeur en médecine

BENALI Mahmoud professeur médecine

BENADJI Brahem militant de la démocratie

BENCHIKH Madjid professeur en droit université CERGY PONTOISE

BENGANA Karim auteur producteur

BENKACI Abdelmadjid Journaliste

BEZZI Nacer professeur en médecine

BOUAKBA Saad Journaliste écrivain

BOUAMARA Kamel professeur en langue tamazight

BOUCHACHI Mostefa avocat et militant des droit de l’homme

BOUCHAKOUR Mohamed professeur universitaire

BOUDERBA Noureddine militant syndicaliste

BOUHADEF Mustapha professeur d université

BOUKARI Rachida Professeur en medecine

BOUMENDJEL CHITOUR Fadila professeur en médecine

BOUMGHAR Mouloud professeur en droit

BOUTMEUR Madjid chercheur physicien nucléaire Genève

BOUZID Kamel professeur en medcine

BRAHIMI Ali juriste et militant pour la democratie

BRAHMIA Samira artiste

BRAHMIA Slimane Artiste

BROURI Mansour professeur en médecine

CHALLAL Arezki Ingénieur

CHEIKH EL FAGOUNE Bahia réalisatrice

CHOUITER Sofiane avocat, militant a montreal

DERRADJI Hafid journaliste

DJABI Nacer sociologue

DJERIOU Abdelakkder acteur et metteur en secne

DRAOUI Sabrina Réalisatrice

DOUADI Anissa professeur en l’université UK

DRIFF BITAT Zohra, Moudjahida

EL HAKIM Samir Comédien

FERDJELLAH Djamel militant de la démocratie

FERRAD Arezki militant politique

FIRAD Laid retraité et militant démocrate

GRIENE Lakhdar professeur en pharmacie

GUECHIR Boudjemaa avocat et ancien président de la ligue des droits de l’homme

HADDAD Amina production en cinéma

HADDAD Nacer militant politique

HAMOUCHE Abdelah cadre gestionnaire retraite militant démocrate Annaba

HANNAFI Si larbi militant de la démocratie

HANNIFI Amel comédienne

IOUANOUGHENE Mohamed journalist

KABOUCHE Khalil Artiste

KACHER Abdelkader professeur de droit

KACI Makhlouf universitaire militant amazigh

KADRI Aissa Pr émérites des universités

KERFAH Rim Université Grenoble

KHEDDAR Cherif president d’association

KHELFOUN Tahar, universitaire

KHELLIL Said militant politique

KOUDRI Said, cadre d’entreprise

LADJOUZE Aicha professeur en médecine

LAHLOU Mohamed, professeur en psychologie

LAKHDARI Djaffer consultant et militant associatif

LASSOULI El Hadi agriculteur, activiste de la revolution

LEKHDAR CHAOUCHE kamel journaliste , ecrivain

LEZHARI Labter écrivain

LIMAN Djamel DR et chargé d’enseignement a NICE

LOUNICI Rabah académicien et écrivain

MECHOUR Rachid militant de amazighité

MENAD Emabrek comedien

MERAD Bouadia rachida pr en pharmacie , retraité

MERAD Baya avocate belgique

MESSAD karim Pr en medecine

METREF Arezki journaliste et militant

MIRA Tarik Militant pour la démocratie

MOKTFI Kamel toxicologue Montréal

MOUSSI Aissa journaliste

NEDJRAOUI Samir artiste

OUAHAIBIA Billal enseignant universitaire bordj badji mokhtar Annaba

OUAZAR Hamid militant pour la démocratie

OULD ALI Samir journaliste

OURAD Meziane journaliste

RABEHI Allaoua professeur de langue Tamaazight

RAHEM Kaci avocat

RAHMOUNE Aissa avocat, militant des droits de l’homme

REDAOUI Mohand journaliste

REGGABI Mohamed pr en medecine

SAHEB Hakim , avocat, universitaire

SALLEM KECILI syndicaliste

SELLAM SADALI syndicaliste

SEMANE Hanane auteur

SEMIANE Sid ahmed auteur

SEMROUNI Mourad pr en médecine

SMAILI F pr en médecine

TADJEDDINE Aziz prof de médecine

TALEB Azzeddine ingénieur activiste

TAYEB Ouarda prof université et expert

TAIBI Assir docteur et médecine militant de la démocratie

TERTAG Moussa journaliste

TRIKI sandra sabrina enseignante université bordj Badji Mokhtar Annaba

ZAAF Mohamed prof université NUR Annaba

ZENATI Djamel militant de la démocratie

ZEN Amel Artiste Chanteuse

ZIANI Boualem producteur

ZIDOUN Noureddine prof de medecine

Type:  Article Mercredi, 11 Décembre, 2019 - 06:59 International
François Calaret

Laïcité. Appel du 9 décembre 2019

1 mois 1 semaine ago

Notre inquiétude est grande. Depuis maintenant de trop nombreuses années, la laïcité est l’objet de remises en cause qui en faussent le sens et la portée. Ses plus anciens adversaires l’utilisent pour exclure une partie d’entre nous et en font l’étendard de leur haine raciste tandis que certains en contestent les fondements et veulent enfermer chacun dans des identités figées. D’autres enfin, y voient l’occasion de mettre en avant le fantasme d’une société amputée de toute diversité.

Aujourd’hui, ces discours et ces actes émanent d’acteurs politiques, associatifs et religieux, de penseurs célébrés, de femmes et d’hommes de tous horizons. Comme si l’urgence était à la multiplication de ces atteintes intolérables au contrat social !
Car c’est bien de cela dont il s’agit : adversaires et faux amis de la laïcité s’acharnent à saper ce que la République a mis plus de deux siècles à construire. Il est urgent d’y mettre un terme.

La laïcité est un principe issu des valeurs fondatrices de notre contrat politique commun.

La liberté, d’abord, car elle garantit à chacun une liberté de conscience absolue, de pratiquer, y compris publiquement, le culte de son choix ou d’en changer, comme le droit de n’en pratiquer aucun et de contester les dogmes et leurs pratiques.
L’égalité, car, en assurant la séparation des cultes et de l’état et la stricte neutralité de celui-ci vis-à-vis de ceux-là, elle implique de respecter les droits et libertés de toutes et tous sans discriminations.

La fraternité, car elle s’ancre dans l’universelle humanité qui précède en chacun de nous la diversité de nos appartenances.

Malgré les obstacles qu’ils ont rencontrés et qu’ils rencontrent encore, ces principes sont inséparables d’une société ouverte à l’Autre et respectueuse des choix de chacune et chacun. Les remettre en cause, au nom du soupçon, de l’amalgame ou de la haine de telle ou telle religion, en désignant celui ou celle qui serait l’ennemi de la République et de nos libertés, ne fera qu’alimenter la division, le ressentiment et la violence.

C’est pourquoi, nous réaffirmons notre attachement à l’esprit et à la lettre de la loi de 1905 et à sa conséquence, la neutralité de l’État et des services publics.
Nous en avons plus que jamais besoin pour affronter, ensemble, les défis posés aujourd’hui par l’urgence sociale, l’urgence environnementale, l’urgence démocratique

C’est pourquoi nous condamnons les actes et les propos qui feraient de la laïcité une arme d’exclusion ou de discriminations ou l’alibi d’une assignation à résidence, comme ceux qui justifieraient la prééminence d’un dogme sur les lois de la République.

C’est enfin pourquoi nous nous engageons à respecter et faire respecter ces principes et que nous appelons les pouvoirs publics à s’engager dans la même voie et à être irréprochables en la matière.

Avec le soutien de :

Syndicats :

Confédération générale du travail (CGT), Fédération nationale de l'enseignement, de la culture et de la formation professionnelle Force ouvrière (Fnec FP-FO), Fédération syndicale unitaire (FSU), Syndicat des avocats de France (Saf), Union nationale des étudiants de France (Unef), Union syndicale solidaires

Partis :

Ensemble !, Europe écologie les verts (EELV), Gauche démocratique et sociale (GDS), Génération.s, La France insoumise et groupe parlementaire de l’Assemblée nationale, Parti communiste français (PCF), Parti de gauche, Place publique

Associations :

Action droits des musulmans (ADM), Amis du 68 rue de Babylone, APF France handicap, Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (Acort), Association France Palestine solidarité (AFPS), Association des Marocains de France (AMF), Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne (Attac), Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Céméa), Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid), Chrétiens pour une Eglise dégagée de l’école confessionnelle (Cedec), La Cimade, Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), Comité Adama Traoré, Comité national de liaison des régies de quartier (CNLRQ), Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (Cnajep), Confédération nationale du logement (CNL), Crap - Cahiers pédagogiques, L'Economie sociale partenaire de l'école de la République  (L'Esper),Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), Fédération Léo Lagrange, Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et Gens du voyage (Fnasat-Gens du voyage), Fédération nationale des Francas, Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), Fondation Copernic, France Libertés - Fondation Danielle Mitterrand, Jeunesse étudiante chrétienne (Jec), Jeunesse au plein air (JPA), Mémorial 98, Mouvement contre le racisme et pour  l’amitié entre  les peuples (Mrap), Nous sommes aussi l’Eglise, Observatoire chrétien de la laïcité, Pas sans nous, Le Planning familial, Solidarité laïque, SOS Racisme, Union rationaliste.

Type:  Article Mercredi, 11 Décembre, 2019 - 06:57 Droits - libertés
François Calaret

Débats sur les retraites

1 mois 2 semaines ago

Nous publions ici une première série de dédabts sur le mouvement des retraites.

Jean-Claude Mamet
Retraites : une solidarité de classe

Un débat existe sur la notion de « solidarité intergénérationnelle » à propos des retraites. Personnellement, je n’emploie pas cette formule, porteuse de confusions. Je vais m’en expliquer ici.

D’abord une devinette :

Qui a écrit :

« Notre système restera fondé sur la répartition, qui est l'autre nom de la solidarité entre les générations. Il restera collectif et solidaire » 
Et encore ceci :

« La retraite, je le disais, c'est un pacte de la nation avec elle-même. C'est à dire c'est comment ceux qui travaillent aident ceux qui, à un moment donné, on considère qu'ils ont un certain âge et qu'ils doivent arrêter de travailler parce qu'ils ont suffisamment donné pour la vie de la nation, la vie économique ou pour les autres. Ça on le garde et c'est vraiment un principe absolument clé. C'est la solidarité et la solidarité entre générations, c'est un intangible du système ».

Ne faisons pas durer le suspense, c’est Macron. La première phrase est dans son programme de 2017. La deuxième a été prononcée à Rodez récemment.
Il faut donc se poser une question : pourquoi tant d’insistance à poser le droit à la retraite comme un « pacte entre générations » ? Dans la confrontation sociale, les mots sont importants. Ils expriment des rapports sociaux et des intentions. Parler de pacte entre générations, c’est vouloir donner au droit à la retraite une dimension naturelle, au sens où elle fait appel à la famille (les générations), à quelque chose qui est chargé d’un imaginaire fort et renvoyant à l’expérience immédiate vécue par tout le monde. Evidemment, il faut soutenir les personnes plus âgées, donc j’accepte de cotiser. Et plus tard, on me rendra la pareille.

Ce qui est évacué dans cette définition, ce sont les rapports sociaux. Et c’est le but. Depuis le 19ème siècle, tous les libéraux se sont battus pour que les droits concédés péniblement le soient au nom de valeurs ramenées soit à la famille, soit la religion, la philanthropie, etc. La bataille menée par les mutuelles se fait sur cette question : jamais admettre la lutte des classes, jamais des droits politiques automatiques et garantis. Le livre fondamental sur ce point est : « Du paupérisme à la sécurité sociale » (1850-1940), de Henri Hatzfeld, publié en 1971, réédité en 1989.

Qui paye les retraites ? Les capitalistes.

Dans le sens commun, on a l’impression que les retraites sont payées par les actifs qui cotisent.  Mais cela évacue le véritable rapport social qui se noue à cette occasion.

Tout d’abord, comme on le sait, les cotisations sont doubles. Il y a la cotisation salariale et celle du patron. Donc il n’y a pas que les « actifs » !

D’ailleurs les patrons (la classe sociale qui maîtrise l’appropriation de la valeur produite) le savent bien : c’est eux qui payent et ils payent tout. Car ils raisonnent en rapport social : ils payent le salaire total (le salaire net plus les deux cotisations) et ils ne cessent de s’en plaindre depuis des décennies. Mais le fait qu’il y ait une part salariale et une part patronale camoufle les choses au point qu’encore une fois, « on » peut avoir l’impression que les deux parties (les « facteurs de production : salariés et entrepreneurs) « payent » chacune une part. Les deux parties seraient liées par un accord, lequel fonderait le pacte générationnel.

Or c’est faux sur le plan du rapport social réel. La cotisation totale assise sur le salaire est en réalité une part de la valeur produite (ou de la richesse si on veut, même si le mot richesse est distinct de la « valeur » chez Marx, car la richesse comprend aussi la nature chez lui), laquelle est dévolue à des droits sociaux historiquement construits, garantis, socialisés, résultat de luttes sociales et politiques, d’ajustements, de compromis, etc. La cotisation totale est en réalité une partie de la valeur ajoutée, une valeur qui a été ajoutée par le résultat historique complexe. Et qui peut soit augmenter encore, soit régresser. Et c’est ce que nous vivons depuis au moins la fin des années 1980 (indexation des retraites non pas sur les salaires mais sur les prix en 1987, et indexation sur les prix des salaires portés au compte pour calculer les droits ; puis toutes les réformes successives).

Résultat : la confrontation avec Macron ne porte pas tant sur le mot « répartition » que sur la manière de répartir. D’un certain point de vue, tout est toujours répartition. Mais est-ce une répartition par socialisation immédiate d’une part de la valeur produite, ou une répartition à partir de points accumulés ressemblant de plus en plus à un geste d’épargne, et dont le produit serait différé ? Là est le conflit. La notion de contrat de génération est donc confuse parce qu’elle met un vernis imaginaire sur ce qui est un conflit social.  C’est l’imaginaire de la socialisation qu’il faut conforter. Si on laisse penser que l’universel relève d’un autre registre que le conflit de classe, alors on perd la bataille idéologique contre le libéralisme.

Et la retraite des fonctionnaires, qui la paye ?

On peut ajouter encore une autre question : qui sont « les actifs » ? Seulement le secteur privé ?

Qui payait la retraite des salariés EDF-GDF avant les réformes de 2003-2004, ou SNCF ? Grâce aux rapports de force historiques (lesquels ne sont jamais purs et sans tache), la retraite des agents EDF était appelée statutairement « salaire d’inactivité » et elle était inscrite sur une ligne du compte d’exploitation de l’entreprise. Il n’y avait aucune cotisation ! C’est la valeur produite par le travail général de l’entreprise qui paye à tout instant le « salaire d’inactivité » des retraités. Le statut salarial des agents inclut cette clause, qui garantit une socialisation immédiate.

La même chose ou presque se passe pour les fonctionnaires. C’est le budget qui paye les retraites, au grand dam des libéraux. Or les fonctionnaires et les régimes dits spéciaux représentent un cinquième du salariat environ. Donc, au moins pour eux et elles, il n’y a pas de cotisations versées en fonction d’un pacte générationnel. Si un cinquième du salariat ne fonctionne pas en fonction d’un pacte générationnel implicite, il est difficile de dire que c’est la base de tout le système.  Il y a quelque chose qui ne va pas.

Le statut des fonctionnaires inclut bien sûr les agents en fonction, titulaires de leur grade, mais aussi la garantie immédiate qu’ils ont de leur future retraite (salaire à vie), avec un taux de remplacement calculé sur leurs derniers salaires. Les fonctionnaires sont-ils moins salariés, moins des « actifs » que dans le privé ? Non : mais le statut salarial dans la fonction publique est plus puissant que le contrat salarial du privé soumis au marché (mais dans le privé, il y a aussi des régimes d’entreprises qui ressemblent à cette configuration, parce que les patrons ont dû faire des concessions dans certaines bonnes conventions collectives qui sont en quelque sorte des « para-statuts »).
Ce n’est pas pour rien que nous sommes pour un statut (renforcé) du travail salarié en général, incluant une sécurité professionnelle en cas de suppression d’emploi. 

Généralisons : qui paye les journées de maladie ? qui payait les allocations familiales ?

En suivant la méthode du « pacte entre les générations », on pourrait dire aussi pour la santé : il y a un pacte intragénérationnel. Les actifs payent pour soigner leurs camarades malades. Mais là encore : fausse perception. La socialisation immédiate des cotisations (avant le système parafiscal de la CSG) est une part du PIB arrachée et consacrée immédiatement à la santé publique, à payer les infirmières, les indemnités de maladie, et même à investir historiquement pour construire des hôpitaux.

Autre chose : exige-t-on pour être soigné d’avoir cotisé un certain nombre d’années comme pour la retraite ? Suis-je soigné en fonction de ce que j’ai cotisé ? Heureusement que non ! Nous sommes soignés (plus ou moins bien c’est une autre question) parce qu’un rapport de force social (et pas intragénérationnel) l’a obtenu.
Quant aux allocations familiales, elles étaient autrefois intégralement payées par les patrons (avant l’entrée dans la fiscalisation justement au nom de la « solidarité nationale »). Elles représentaient même un doublement du salaire dans les années d’après-guerre (où les salaires étaient bloqués avant les grandes luttes de la fin des années 1940 et la loi de 1950 rétablissant la négociation des conventions collectives), le patronat répondant à la question salariale par cette méthode dont il espérait tirer des bénéfices de légitimité sur les familles. La bataille se situait donc sur cette image : éloigner la stricte notion naturelle de famille (et la place des femmes au foyer) et socialiser la prise en charge des enfants par des droits collectifs prélevés sur la valeur. 

Lorsque le régime général est créé en 1946, il est par ailleurs impossible de distinguer vraiment ce qui va à la retraite ou à la santé, car il n’y avait qu’une seule cotisation interprofessionnelle (la branche familiale étant à part malheureusement) et la multitude des caisses issues des mutuelles (dites par affinité idéologique) a été unifiée. Il était même question d’inclure le chômage, mais la situation n’est pas allée jusque-là, et l’UNEDIC a été créée en 1958 contre le régime général. Là encore le patronat n’a eu de cesse de vouloir démanteler cette construction automatique des droits, jusqu’à obtenir en 1967 la séparation des branches. Et donc l’installation de la perception imaginaire que chaque branche répond à un besoin spécifique, donc à un financement spécifique répondant à une légitimité spécifique (par exemple la solidarité des générations !) dont on s’efforce de camoufler la logique de classe.
Conclusion : La retraite ou l’assurance-maladie expriment bien une solidarité, mais une solidarité des luttes unissant socialement salariés-es « actifs » et retraités, indépendamment des différences d’âge et de génération. Aujourd’hui, il faudrait que les jeunes dès 18 ans (par exemple) soient inclus dans cette construction sociale commune, en leur reconnaissant le droit au salaire (y compris dans les études), au lieu qu’ils et elles soient une « catégorie » décrite par l’âge et ainsi exclue du combat commun.
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Pierre Khalfa

Merci à Jean-Claude d’avoir pris le temps d’écrire ce qu’il pensait. Quelques remarques rapides.

1. Que ce soit par points ou par annuités, un régime par répartition opère toujours une socialisation. Ce sont les cotisations à l’instant t qui payent les retraites à l’instant t. Contrairement donc à ce qu’affirme Jean-Claude, le régime par points opère aussi une socialisation immédiate. La différence entre un régime par points et un régime par annuités ne porte donc pas sur la socialisation.

2. Il y a deux différences. La première porte le fait qu’un régime par annuités est un régime à prestations définies : a priori on connait à l'avance, sous certaines conditions - âge de départ, durée de cotisations, etc - le taux de remplacement, la caisse de retraite s’engageant à le garantir. Cela n’est pas le cas avec un régime par points qui est un régime dit par cotisations définies. La deuxième différence porte sur le fait qu’un système par points est un régime qui tend à en aggraver la contributivité, c’est-à-dire de faire correspondre le plus possible le montant des cotisations versées (actualisées) et le montant de la pension. Cette contributivité est encore aggravée dans le cas d’un système à compte notionnels qui prend en compte l’espérance de vie de la cohorte générationnelle comme en Suède. Autre différence, le fait que l’on peut beaucoup plus facilement modifier les règles d’un régime par points.

3. Jean-Claude a raison de dire que le régime par point développe un imaginaire lié à l’épargne : « j’accumule des points pour plus tard ». Mais il est de même avec un régime par annuités avec la notion de salaire différé : « je cotise pour moi et je retrouverai mes cotisations à la retraite ». Un régime par points accentue cet aspect mais ne le crée pas.

4. La socialisation peut s’opérer de diverses manières. Les cotisations sociales en sont une, mais la fiscalité aussi. Les impôts sont socialisés. Contrairement donc à ce qu’affirme Jean-Claude, la CSG est, comme les cotisations sociales, une part du PIB consacrée à la protection sociale (essentiellement le financement de l’assurance maladie). Ce que l’on peut reprocher à la CSG, c’est, au-delà même d’avoir été un cadeau aux entreprises, d’être un impôt injuste : il est proportionnel et pas progressif, il est généré essentiellement par les revenus d’activité et les retraites et très faiblement par les revenus du capital. Mais on pourrait construire la CSG autrement. Le problème que pose la CSG n’a strictement rien à voir avec le fait qu’elle soit socialisée ou pas. La CSG, comme les cotisations sociales, et ce contrairement à ce que dit Jean-Claude sont socialisées immédiatement.

5. Les régimes spéciaux fonctionnent en répartition avec des caisses spécifiques que, pour le moment, l’Etat abonde quand elles sont en déficit. Le régime des fonctionnaires ne fonctionne pas en répartition. Il s’agit simplement d’une ligne dans le budget de l’Etat. Les retraites des fonctionnaires sont fiscalisées. Les cotisations des fonctionnaires sont purement formelles et n’ont d’ailleurs été introduites que relativement récemment pour faire une analogie avec les retraites du secteur privé et mettre en évidence le fait que le régime n’est pas équilibré. Concernant les régimes spéciaux, Jean-Claude affirme que c’est la valeur produite par le travail générale de l’entreprise qui paye les pensions. C’est évidemment juste. Mais c’est le cas pour tout système de retraite. Que ce soit capitalisation ou en répartition - par points ou par annuités, par cotisation ou par la fiscalité -, les retraites à l’instant t sont une part de la richesse (au sens monétaire) produite à l’instant t. Et cette richesse ne peut être produite que par le travail. Dire que les retraites sont une part de la richesse produite par le travail ne dit rien sur le régime de retraite.

6. Concernant la maladie, Jean-Claude conteste l’existence d’un pacte intragénérationnel (les bien-portants paient pour les malades) avec l’argument que les cotisations maladie, mais pas pour lui la CSG, serait une part du PIB consacrée à la santé publique. Outre que c’est le cas aussi de la CSG, on ne voit pas le rapport. Les cotisations maladie, comme d'ailleurs la CSG, sont une part du PIB, mais en quoi est-ce un argument pour nier l’existence d’un pacte intragénérationnel ? Ce pacte repose sur une idée simple : les bien-portants seront malades un jour.

7. Et le rapport capital/travail dans tout ça ? Tout d’abord, comme le sait pertinemment Jean-Claude, la différenciation entre cotisation salariale et patronale est certes très importante pour les salariés - savoir quelle part on augmentera est évidemment décisif - mais n’a pas de sens d’un point de vue macroéconomique. Salaire direct, cotisation salariale et cotisation patronale sont les composante de la masse salariale (le salaire super-brut). Il y a un double partage.

Le premier c’est le partage entre masse salariale et profit. C’est la formation des revenus primaires. Ce partage est conditionné d’un point de vue économique par le fait de savoir si l’évolution de la masse salariale suit, ou pas, celle des gains de productivité. Si c’est le cas, la part de la masse salariale dans la valeur ajoutée est stable. Cela a été le cas entre 1950 et 1970 en France. De 1970 à 1982, la masse salariale a évoluée de façon plus rapide que les gains de productivité. A partir des années 1980, la masse salariale a évoluée moins vite que les gains de productivité, d’où l’augmentation de la part des profit dans la valeur ajoutée. C’est le schéma général, car il y a eu des phases de stabilisation et une petite phase en 2009 où la part salariale a augmenté.

Mais il y a aussi un second partage au sein de la masse salariale. Quelle est la part qui sera consacrée au salaire direct ou à la protection sociale ? Ce partage est à la racine de la solidarité intragénérationnelle et intergénérationnelle. Par exemple, si les gens pensent qu’eux-mêmes ne seront jamais malades, pourquoi accepteraient-ils qu’une part de leur salaire servent à soigner les malades. De même si les gens pensent que la capitalisation est la solution, la seule chose qui les intéressera sera de se constituer une épargne. Insister sur la solidarité intragénérationnelle et intergénérationnelle indique au contraire que le sort des uns dépend du sort des autres. La solidarité intergénérationnelle ne fait pas appel aujourd'hui à la famille, comme le dit Jean-Claude, mais à la nature de la société dans laquelle nous voulons vivre : une société du chacun pour soi ou une société solidaire. C’est cet imaginaire puissant qu’il faut mobiliser contre le néolibéralisme.

Evidemment, plus les gains de productivité sont importants, plus, à conditions de rapports de forces identiques, le partage entre masse salariale et profit est facile. De même, plus la masse salariale augmente rapidement, plus il est facile de résoudre le dilemme entre l’augmentation du salaire direct et celui des cotisations sociales. La situation actuelle combine toutes les difficultés : rapports de forces dégradés, gains de productivité très faibles, salaires directs en berne et besoins accrus en matière de protection sociale.

8. La retraite n’est pas un salaire sauf à faire perdre à ce mot toute consistance. Un salaire suppose un employeur. C’est un revenu dit d’activité. La retraite est un revenu dit de transfert, de même que les prestations chômage ou de l’assurance-maladie, financées par les cotisations sociales.

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Patrice Perret

Débat passionnant, merci à Jean-Claude d’en avoir précisé les termes. Lors des échanges précédents, je me suis retrouvé en accord avec Pierre, mais les réflexions de Jean-Claude m’interpellent toujours sur le fond.

A l’impossible, nul n’est tenu, mais je vais tenter de concilier les points de vue, en distinguant l’objectif à long terme et les revendications immédiates qui mobilisent, sachant qu’un lien doit exister entre les deux et que c’est probablement ça qui pose problème.

Au jeu des devinettes, il ne faut pas exclure le mensonge flagrant. En 2017, un candidat aux Présidentielles a promis à plusieurs reprises, au sujet des retraités : « Je ne veux pas moi, faire des économies sur le dos des salariés » ; « Dans les 5 ans qui viennent, je garantis le maintien de tout » ; « Leur retraite sera préservée, il n’y aura pas de perte de pouvoir d’achat, c’est l’essentiel » ; « Je maintiendrai le niveau de vie des retraités » ... et non seulement il a aussitôt gelé toutes les pensions comme ses prédécesseurs, mais il a baissé chaque pension nette de 1,7 % en augmentant la taxe CSG ... puis il a reculé partiellement face aux mobilisations.

Son insistance à promettre la répartition cache probablement une envie de mettre fin à la répartition, et elle tente certainement de masquer que son système à points facilite le développement de la répartition de plusieurs façons (baisse de la cotisation des cadres qui pourront cotiser ailleurs, avantages fiscaux de la loi Pacte qui va profiter de la baisse continuelle des pensions par rapport aux salaires, incitations aux plans épargne retraite dans les entreprises et pour certains métiers). Elle représente aussi une tentative tactique d’amoindrir le rapport de forces en opposant les actifs qui cotisent aux retraités qualifiés d’inactifs, d’aisés et d’improductifs.

Qui paie, qui doit payer les retraites, la maladie, la famille... ?

Tout le monde doit être d’accord sur le fait qu’à la source, le payeur, c’est et ce sera toujours une partie des nouvelles richesses produites, qui ne peut venir que du seul travail qui crée ou participe à la réalisation de ces richesses nouvelles. Le payeur est toujours le travailleur exploité qui ne reçoit qu’une partie du fruit de son travail.
Là où ça se complique, c’est que cette évidence est cachée par la comptabilité qui semble faire payer la population via les impôts et les taxes, le patronat via aussi les impôts et les cotisations sociales dites patronales, les salariés via les cotisations salariales et des taxes et impôts... ce qui masque la répartition des nouvelles richesses. Propagandes et communication tiennent compte du rapport de forces pour faire bouger les lignes et, dans la période actuelle, pour amplifier les cadeaux aux patrons et aux plus riches, et contenir le salaire net.

Les fonctionnaires sont dans le même bateau que le privé, tous deux touchent un salaire net comparable pour un même travail, le reste est de l’habillage et de la comptabilité, l’État dispose dans son budget de la masse des cotisations qu’il ne paie pas ou peu, il verse les pensions.

Le rapport de forces

Les richesses nouvelles, mesurées par la valeur ajoutée va tout de même essentiellement aux rémunérations, puis aux impôts, aux dividendes et aux investissements. Cette répartition dépend du rapport de forces. Selon Michel Husson qui a travaillé sur la valeur ajouté des sociétés non financières, la masse salariale a diminué de 5,5 points (103 milliards d’euros) entre la période fordiste avant 1974 et la période libérale après 1989 (en éliminant le bref pic de 1982), cette baisse a permis l’explosion des dividendes, d’autant plus que la part de l’investissement a, au mieux, stagnée.

Les cotisations sociales, après 40 ans d’augmentation, ont stagné à partir du début des années 1990 puis diminué à partir de 1997 et 1998 (exonérations et hausse de la CSG), à chaque fois par intervention d’un gouvernement de gauche.
Depuis 1985-1990, la baisse de la part des cotisations sociales dans la valeur ajouté a compensé l’augmentation du salaire net et permis une part constante du salaire total. La baisse des cotisations sociales n’a pas augmenté les investissements mais les dividendes.

Les débats du mouvement ouvrier ... toujours d’actualité

Capitalisation / répartition : l’histoire a tranchée, mais les libéraux veulent la faire tourner à l’envers. La capitalisation s’était imposée dans la Loi de 1910, J. Jaurès expliquait, contre la CGT, que le gouvernement pouvait récupérer la caisse par répartition, mais pas l’argent de la capitalisation, garantie du droit bourgeois, de la propriété et du crédit … si l’état escroque, tous les défenseurs des valeurs se sentiront menacés.  Il s’appuie aussi sur les illusions du capitalisme, le capital mis de côté servirait à financer des choses utiles non rentables, prévenir la maladie, améliorer les logements, creuser le canal de Paris à la mer, ... A l’inverse, la CGT dénonçait cette intégration de la classe ouvrière dans l’exploitation qu’elle dénonce ; l’ouvrier devient actionnaire, devra faire de bons placements, faire fructifier ; l’argent renforcera le capitalisme.

Le gouvernement de 1936 n’a rien changé, c’est le gouvernement de Vichy en 1940 qui a dû se rendre à l’évidence, après 4 dévaluations qui ont ruiné les retraités, il a mis en place la retraite par répartition qui assurait 40 % du salaire.
Il est vrai qu’un retraité consomme les richesses du moment, que la différence entre les systèmes porte sur la répartition de ces richesses, mais la capitalisation dépend directement du marché, alors que la répartition assure une certaine masse de pensions qui dépend des cotisations versées. C’est une question de fond. Capitalisation et répartition ne sont pas la même chose. Répartition en annuités et répartition en points sont différentes car elles ne répartissent pas de la même façon (une partie des salaires (les meilleurs ou le dernier) ou tous les salaires, système en grande partie distributif ou purement contributif, montant garanti de la pension ou pension déterminée de façon à équilibre les recettes fixées une fois pour toutes).

Cotisations / impôts : là aussi, J. Jaurès s’opposait à la CGT. Il voulait marquer, par la Loi de 1910, la création (réelle) d’un droit nouveau, social, l’assurance et la retraite pour toutes et tous, quelques soient leur fortune et leur santé. Il tenait à la cotisation ouvrière pour marquer la différence entre l’assistance d’hier et l’assurance d’aujourd’hui. Le rapport de forces devait forcer la patron à contribuer, ce qui s’oppose à la morale ambiante républicaine pour laquelle le citoyen, libre et indépendant devait épargner personnellement, y compris pour ses vieux jours. La morale pèse sur le contenu de la loi, l’ouvrier cotise, la pension reste suffisamment faible (minimum indispensable à l’existence) pour un nécessaire et souhaitable recours à l’épargne privée.

La CGT refusait la cotisation ouvrière qui baissait le salaire, déjà très bas, revendiquait la prise en charge des retraites par un impôt spécial, et la mise sous contrôle de ce droit par une direction et une administration par les assurés.
Visiblement, c’est là un sujet essentiel du débat, qui peut s’élargir au revenu universel garantissant y compris un minimum à toute personne âgée, qu’elle ait travaillé ou pas.

Les revendications mobilisatrices

La force d’une mobilisation s’appuie sur une idée simple et claire. Je sors d’un rencontre syndicale internationale de retraités, le représentant de la CGT (État espagnol) a expliqué que la très forte mobilisation durait car portée par la revendication simple « la Constitution nous donne droit à une retraite dans un système toujours en équilibre » car la Constitution oblige l’État équilibrer le compte.

Peut-on mobiliser seulement sur un monde meilleur, un partage plus équitable des richesses permettant la réduction des inégalités, la garantie à chaque personne d’être pris en charge convenablement par l’impôt pour la santé, la famille, le handicap et la retraite ?

Ou bien n’est-il pas plus facile, toujours sur la base d’une répartition équitable des richesses créées et d’une réduction des inégalités, de mobiliser en affirmant un droit à retraite, gagné en ayant cotisé et payé la retraite des anciens, juste retour d’une solidarité intergénérationnelle ?

Cela n’élimine pas les rapports sociaux, bien au contraire, la solidarité ouvrière est renforcée par le contrat entre les générations, le combat vise l’augmentation du salaire brut et de la part patronale pour l’ensemble des travailleurs (et non à l’intérieur de la famille).

Dans les deux cas, tout le monde semble partager l’objectif d’une pension à 75 % du salaire et au minimum au SMIC, et d’un âge de départ au plus tard à 60 ans, avant pour certaines professions.

Type:  Article Samedi, 7 Décembre, 2019 - 10:27 En débat Luttes sociales
François Calaret

Royaume-Uni : sous les élections, le Brexit

1 mois 2 semaines ago

 

Après bien des péripéties parlementaires engendrées par le Brexit, Boris Johnson a fini par obtenir la tenue d’élections générales anticipées, avec l’objectif non dissimulé de pouvoir ensuite disposer d’une majorité solide, composée de députés du Parti conservateur acquis à sa conception radicale de la sortie de l’Union européenne. A quelques jours du scrutin, la principale question posée aux forces politiques comme aux commentateurs est de savoir dans quelle mesure la question du Brexit va polariser le vote après avoir, depuis des mois, phagocyté l’essentiel du débat politique.

La gauche radicale elle-même est partagée et les propositions ou les « conseils » qu’elle adresse à Jeremy Corbyn sont pour le moins contradictoires. Pour autant, il s’agit d’un débat tout à fait important dont il est bon d’aller à la source. C’est pourquoi cet article tente de présenter ces analyses et ce débat, à partir de références à deux articles récents publiés par deux sites de la gauche radicale britannique, Counterfire (1) et Socialist Resistance (2) qui présentent deux points de vue argumentés.

Pour l’heure, la plupart des sondages pronostiquent la réussite du pari de Boris Johnson. D’autant que Nigel Farage, le leader incontesté du « Parti du Brexit », a décidé que sa formation politique ne présenterait pas de candidat concurrent dans les circonscriptions où le député sortant est un conservateur pro-Brexit (3). A l’inverse, le Parti du Brexit se présente là où le sortant est travailliste. Bien souvent, il s’agit de circonscriptions populaires où le vote en faveur du Brexit a été majoritaire lors du référendum de 2016 ; le Parti du Brexit estime être mieux à même que le candidat conservateur de passer devant le député travailliste auprès des électeurs traditionnellement travaillistes mais troublés par la position… trouble du Parti travailliste sur le Brexit. 

Car pour la classe politique britannique (y compris pour les courants les plus blairistes du Parti travailliste) l’un des enjeux majeurs de ce scrutin – mais pas le plus médiatisé - est d’imposer une défaite électorale cuisante à Jeremy Corbyn qui incarne une orientation plus à gauche du Parti travailliste. Pour y parvenir, les attaques n’ont pas manqué. Ainsi, de matière très opportune en pleine période électorale, plusieurs tribunes et déclarations - dont celles d’autorités religieuse juives - ont relancé contre Jeremy Corbyn les accusations infondées d’ambiguïté vis-à-vis de dérives antisémites au sein du Parti travailliste, dérives dont l’existence même est sujet à controverses.

Naturellement, les Conservateurs ont également lancé une offensive pour dénoncer le coût exorbitant qui serait celui de la mise en œuvre du programme travailliste. Ainsi Lindsey German dans sa chronique (4) sur le site Counterfire relève bien « l’insistance mise à proclamer que les propositions politiques avancées par le Parti travailliste conduiront à d’énormes hausses des impôts, une affirmation qui, autant que j’ai pu le constater, n’est fondée sur le préjugé selon lequel …c’est toujours cela qui s’est produit ».

Le fait est qu’aussi bien la dernière conférence nationale du Parti travailliste que le Manifeste électoral qui en est sorti ont mis en avant des propositions authentiquement de gauche, qu’il s’agisse de la neutralité carbone, de l’augmentation des salaires, de la défense des services publics (notamment le NHS, le système de santé). Le Parti travailliste a également ouvert la perspective de la semaine de travail de 32 heures. Pire que tout pour la classe politique traditionnelle et les médias mainstream : il prévoit explicitement un processus de renationalisation de certains secteurs d’activité, à commencer par la Poste et les chemins de fer. A défaut d’assurer la victoire à coup sûr, un tel programme a au moins l’avantage de mobiliser les militants de gauche et de revitaliser le clivage entre la gauche et la droite, entre Travaillistes et Conservateurs.

Reste que l’élection risque de ne pas se jouer sur la question sociale et les clivages de classe, mais sur le Brexit. Il est sûr que sur ce thème, l’actuel Premier ministre part avec une longueur d’avance due à la simplicité du message : le peuple a voté pour le Brexit et moi, Boris Johnson, je vais appliquer le mandat du peuple et réaliser le Brexit. Malgré la bureaucratie de Bruxelles, malgré cette partie de l’establishment conservateur qui ne comprend pas le peuple, malgré les formations politiques – comme les Libéraux Démocrates, ou le Parti national écossais - qui ont combattu le Brexit, ont été désavouées par le suffrage universel, ont refusé de voter les premiers accords négociés par Theresa May et, veulent, en réalité remettre en cause le Brexit et le vote du peuple. Et, bien sûr, contre le Parti travailliste qui propose un second référendum que, par ailleurs, refuse une grande partie de sa base électorale.

C’est exactement le risque pointe Lindsey German dans l’article du site Counterfire déjà cité :  « La décision du Parti travailliste d’abandonner sa position populaire sur le Brexit et de se positionner en faveur d’un second référendum fait de façon évidente des dégâts parmi les électeurs des circonscriptions où il y a eu un fort vote en faveur du Brexit ». Elle rappelle également « le sondage YouGov qui prédit la perte de dizaines de sièges travaillistes et une majorité pour le Parti conservateur ». Mais, le site Socialist Resistance - qui, lui, est favorable au Remain et à la tenue d’un second référendum – souligne les mêmes données : « On estime que dans les régions où entre 3 à 4 millions de soutiens du Parti travailliste ont voté en faveur de la sortie de l’UE, cela constitue 30% de l’électorat travailliste. Ces données semblent montrer que, probablement, 148 circonscriptions qui votent travailliste ont voté pour le Brexit alors que, probablement, 84 circonscriptions ont voté pour le maintien dans l’UE ».

On se souvient qu’en 2016 le Parti travailliste - y compris son leader - s’était prononcé contre le Brexit. Il avait cependant été beaucoup reproché à Jeremy Corbyn – notamment par les milieux d’affaires et la droite du Parti travailliste - d’avoir alors fait vraiment le service minimum… De fait, le Parti travailliste et, plus généralement, ses militants et ses électeurs sont divisés sur le sujet. De façon pertinente, Costas Lapavitsas (5) résume ainsi ces divisions : « Le Labour a une direction de gauche majoritairement opposée à l’UE, une base militante fortement en faveur du « Remain and Reform », et un électorat principalement basé dans des circonscriptions ayant voté pour le Leave. La majorité des députés du Labour sont en faveur du « Remain and Reform », mais les deux-tiers ont été élus dans des circonscriptions ayant voté pour le Leave ». On comprend donc que Jeremy Corbyn ait veillé à maintenir une position particulièrement prudente sur le sujet, avant comme après le référendum.

Du coup sa position actuelle est dénoncée comme floue, aussi bien par les Brexiters que par les Remainers. Le Manifeste électoral travailliste la précise pourtant en ces termes : « Le Parti travailliste donnera le dernier mot au Peuple. Moins de trois mois après son arrivée au pouvoir, un gouvernement travailliste obtiendra un accord équitable. Et, dans un délai inférieur à six mois, nous soumettrons cet accord à un vote du peuple, en y incluant l’option du maintien dans l’UE. Un gouvernement travailliste mettra en œuvre exactement ce que le peuple aura décidé ». A quoi s’ajoute l’engagement spécifique de « neutralité » de Jeremy Corbyn. Comme le rapporte Andy Stowe sur le site Socialist Resistance,  « La position de Jeremy Corbyn est qu’en tant que chef d’un gouvernement qui s’est engagé à donner aux électeurs un second référendum, il restera neutre et ne favorisera ni l’option en faveur de la sortie de l’UE ni celle en faveur du maintien dans l’UE, dans la mesure où il pourrait être amené à mettre en œuvre l’une comme l’autre ».

Pour l’auteur de ce point de vue - significativement intitulé « Jeremy Corbyn a raison d’être neutre sur le Brexit » (6) - c’est le bon positionnement puisqu’il tient compte tout à la fois de la majorité (sans doute les deux tiers) des électeurs travaillistes qui ont voté pour rester dans l’Union européenne, mais aussi les 30% de ces électeurs qui, dans les secteurs souvent parmi les plus paupérisés, ont voté pour le Brexit. Comme le remarque Andy Stowe, « beaucoup des partisans du Brexit dans ces circonscriptions sont sans doute des racistes, des Conservateurs ou des soutiens de l’UKIP ; mais cela laisse quand même un nombre très significatif d’électeurs travaillistes auxquels Corbyn ne peut pas tourner le dos ».

A l’inverse, Lindsey German porte un jugement plutôt sévère sur les inflexions de la position du Parti travailliste : « La décision du Parti travailliste d’abandonner sa position populaire sur le Brexit et de se positionner en faveur d’un second référendum fait de façon évidente des dégâts parmi les électeurs des circonscriptions où il y a eu un fort vote en faveur du Brexit ».

Tous deux, en fait, cherchent à répondre à la question : que peut faire le Parti travailliste dans les quelques jours qui restent pour échapper au piège tendu par Boris Johnson et qui consiste à écarter du débat les questions sociales et à transformer les élections générales en simple confirmation du Brexit ? Là encore, on retrouve les deux orientations qui se sont disputées les faveurs de la gauche radicale.

Counterfire plaide pour que Jeremy Corbyn et le Parti travailliste axent leur campagne en direction des travaillistes Brexiters : « Comment le Parti travailliste peut-il s’en tirer ? D’abord en traitant la question et, si possible, en ne se vantant pas d’avoir l’intention de faire campagne en faveur du Remain comme semblent le faire de nombreux membres du shadow cabinet. Et deuxièmement en ne traitant pas ces anciens électeurs travaillistes comme un espèce de masse réactionnaire, dans une sorte de logique de guerre avec les centres urbains». Naturellement, cette réorientation qui va de pair avec la réactivation des questions sociales et, partant, du clivage de classe : « Ces divisions de classes, le fait que Johnson veuille vendre le NHS à Trump, les inégalités qui envahissent le pays, la destruction des secteurs industriels et leur remplacement par des jobs moches, l’état précaire des services publics : voilà les questions dont le Parti travailliste doit se saisir ».

Socialist Resistance voit dans la proposition de second référendum une arme efficace, estimant que « En Angleterre et au Pays de Galles, les Remainers doivent voter travailliste. Les partisans du Brexit qui pensent que l’accord obtenu par Boris Johnson est un mauvais accord doivent aussi voter travailliste (…) Corbyn peut nous donner la chance d’avoir un second référendum, dans une situation où les gens ont vu le précipice d’une sortie sans accord et d’un Brexit conservateur et où des millions de jeunes électeurs sont maintenant inscrits sur les listes électorales ».

François Coustal

Notes

(1) Counterfire désigne à la fois un site (www.counterfire.org) et une organisation de l’extrême gauche britannique. Notamment responsable de la coalition anti-guerre, Lindsey German est l’une des principales animatrices de Counterfire. Counterfire s’est engagé en faveur du Lexit (ou Left exit).
(2) Socialist Resistance est la section britannique de la Quatrième internationale. Socialist Resistance s’en prononcé en faveur du Remain et milite pour un second référendum.
(3) Les élections britanniques ont lieu selon un système de circonscriptions majoritaire à un seul tour. C’est le candidat arrivé en tête qui est élu.
(4) Pendant la durée de la campagne actuelle pour les élections générales, Lindsey German tient une chronique quotidienne dans laquelle elle analyse les différentes péripéties de cette campagne. Les citations sont extraites de l’article publié le 29 novembre dernier : https://www.counterfire.org/articles/opinion/20730-who-knew-52-of-the-po...
(5) Costas Lapavitsas a été élu député pour Syriza en janvier 2015. Animateur de la gauche de Syriza, il a quitté ce parti après l’acceptation par le gouvernement Tsipras du troisième mémorandum et fondé Unité populaire. Professeur à l’Université de Londres, il est favorable au Lexit.
(6) Andy Stowe, « Jeremy Corbyn a raison d’être neutre sur le Brexit ». http://socialistresistance.org/corbyn-is-right-to-be-neutral-on-brexit/1...
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Type:  Article Samedi, 7 Décembre, 2019 - 10:18 Europe
François Calaret

Feu rouge en décembre : Le système Macron a trop duré

1 mois 2 semaines ago

La grève du 5 décembre contre la réforme des retraites imposée par Macron s’annonce comme massive. Les manifestations seront aussi importantes. Le nombre d’appels syndicaux et même intersyndicaux à prolonger et reconduire la grève, dans les régions et les professions, est important. 

L’appel intersyndical national pour le 5 décembre comprend CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL. La confédération CFDT n’appelle pas à mobiliser contre la réforme à points, dont elle approuve le principe depuis longtemps, mais annonce qu’elle mobilisera si le gouvernement ajoute à son projet des mesures dites « paramétriques », c’est-à-dire faisant bouger l’âge de départ ou la durée de cotisation. Le but gouvernemental serait que le « système soit à l’équilibre » en 2025, date présumée du démarrage du système à points. Mais bizarrement, l’augmentation « paramétrique » des cotisations, même faible, n’est pas envisagée ! alors que le Conseil d’orientation des retraites, sollicité par Matigon, l’a calculée…

En plus de l’Union syndicale Solidaires, le Comité confédéral national (CCN), qui regroupe unions départementales et fédérations, a lancé un appel libellé ainsi : « …le CCN de la CGT appelle à poursuivre la construction de l’action par la tenue d’Assemblées Générales […] pour que les salarié-e-s et agent-e-s décident, sur la base de leurs revendications et dans l’unité, des modalités des actions, de la grève, de sa reconduction pour un mouvement qui s’inscrit dans la durée afin de gagner le progrès social ». Une intersyndicale nationale se réunira le 6 décembre pour envisager la suite. La CFE-CGC appelle à mobiliser le 5 décembre, et dénonce un gouvernement « du mensonge et de la manipulation » (François Hommeril, président de la CGC, dans l’Humanité du 3 décembre). La branche des cheminots de la CFDT, qui faisait partie de l’intersyndicale de 2018 contre le démantèlement de la SNCF, appelle à la grève et à reconduire si ses revendications ne sont pas entendues.

ocalement, d’autres structures CFDT ou UNSA se joignent aussi à l’action. On sait que c’est l’UNSA RATP, première organisation dans l’entreprise, qui a mis dans le débat public dès septembre la grève du 5 décembre et sa reconduction. Des collectifs de lutte para-syndicaux (« La Base ») se sont formés parmi les salarié-es de la RATP, tandis que chez les cheminots, la grève qui a paralysé plusieurs jours un centre de réparation des trains était quasiment autogérée sans participation directe des syndicats nationaux, pourtant encore puissants à la SNCF.

Réunis à Montpellier le 1er novembre, les groupes de Gilets jaunes de la 4ème Assemblée des assemblées, ont adopté un appel à rejoindre le mouvement gréviste : « Tous ensemble, tous unis et cette fois, en même temps ! ». Une tribune publiée dans Le Monde du 28 novembre, signée par un collectif de seize femmes – syndicalistes, féministes et économistes s’indigne des nouveaux reculs pour les droits des femmes qui résulteraient de la réforme, alors qu’en moyenne la pension des femmes est déjà de 40% inférieure à celle des hommes. D’autres initiatives publiques sont en préparation, notamment des prises de position d’intellectuels comme en 1995.
Par ailleurs, les forces de gauche et écologistes (EELV, Ensemble !, GDS, Génération.s, Diem 25, NPA, Nouvelle Donne, PCF, PCOF, PG, PEPS, RS, et des député-es de la France Insoumise : Clémentine Autain, Eric Coquerel, François Ruffin) ont signé une tribune commune parue dans Libération et Médiapart, et organisé une conférence de presse. Ce début de rassemblement a été initié par le mouvement Ensemble !

Pendant ce temps, l’appel à exiger un référendum sur la privatisation de Aéroport de Paris vient de franchir la barre du million. Et la mobilisation dans les hôpitaux, coorganisée par le Collectif inter-urgences, puis inter-hôpitaux (CIH), et les syndicats, après la très grande journée du 14 novembre, ne faiblit pas. Les médecins hospitaliers n’hésitent pas à critiquer frontalement le gouvernement et même à réclamer des augmentations de salaire pour les personnels para-médicaux.
Au total, le gouvernement a donc quelque raison de penser qu’un « mur », comme il le dit lui-même, s’est dressé contre son projet et sa politique.

Bien au-delà des retraites

Tout indique que ce qui se prépare autour du 5 décembre recèle une portée globale qui dépasse l’enjeu des seules retraites. Celles-ci sont bien sûr au cœur de la situation : E. Macron a assez dit que sa réforme visait un « nouveau contrat social » pour le 21ème siècle (discours au Conseil économique, sociale, et environnemental), faisant la comparaison avec ce qui s’était institué en 1946 pour la Sécurité sociale. C’est donc bien autour du projet de société que tourne le conflit.

Dès son élection, Macron ne l’avait pas caché : il commençait son quinquennat avec trois grands chantiers de démolition : le Code du travail, l’assurance-chômage, et la retraite par points. Celle-ci est en quelques sorte le point d’orgue de toutes les contre-réformes engagées contre les droits, quasi universels, établis au fil des luttes et du rapport des forces entre 1946 et les années 1980. A partir de 1987-1993 (désindexation des pensions sur les salaires notamment), salarié-es du privé, du public, âge de départ, durée de cotisation, indexation des pensions, régimes spéciaux, décotes, tous les secteurs ont subi des reculs, tous les paramètres ont bougé en négatif. Macron voulait donc conclure par un bouleversement « systémique », baptisé « universel ». Mais cette universalité n’est pas autre chose que l’universalité des règles libérales et capitalistes :  j’accumule des points, et j’ai droit à une retraite à proportion de mon effort « contributif » (voir le bulletin 4 pages retraites sur le site d’Ensemble !).

Macron avait bien avancé dans son entreprise réactionnaire de 2017 à l’été 2018, mais une surprise s’est mise en travers de sa route : le mouvement des Gilets jaunes et la crise sociale et politique qu’il a déclenché. Ce mouvement avait commencé par le refus d’une taxe, mais sa portée a été bien au-delà. Jusqu’à interrompre l’agenda du gouvernement pendant plus de six mois. Et forcer celui-ci à lâcher du lest, certes sur des questions non décisives, mais dont la portée symbolique a modifié les coordonnées de la résistance sociale et (peut-être) politique. Les portes closes du libéralisme ont cédé sur un coup d’épaule. Une énergie de lutte nouvelle s’est propagée dans la société : hôpitaux, RATP, finances publiques. La journée du 5 décembre ne résulte pas d’une décision des organisations et confédérations syndicales nationales, mais d’une combativité sectorielle qui a essaimé (RATP) et a imposé cette date incontournable. Le mouvement « climat » a également renouvelé les termes du conflit social. L’audace de la jeunesse (avec Youth for Climate, Extinction Rebellion…) insuffle une envie générale d’agir. Le mouvement féministe secoue aussi en profondeur les bases de la société patriarcale, et les femmes sont de plus en plus souvent en pointe dans les luttes de toute nature. Nous sommes en train de participer à une reconstruction en acte des organisations sociales de lutte, bousculant les traditions, pouvant déboucher sur une Alliance offensive : le système Macron a trop duré.

Un pouvoir d’agir

Le 5 décembre va donc être le thermomètre d’un nouveau pouvoir d’agir qui parcourt le monde du travail dans ses profondeurs, malgré son hétérogénéité, malgré un climat idéologique par ailleurs nauséabond et voulu par le duopole Macron-LePen. Tous deux en effet sont en accord parfait pour se choisir comme meilleurs ennemis sur le dos des « immigrés », de « l’islamisme » (Castaner brandit cet étendard), au risque d’aggraver considérablement le délitement du socle démocratique qui tient la société.

* Que peut la grève ? Elle peut ouvrir une page nouvelle dans le rapport qui articule les aspirations populaires, très politiques au sens profond du terme (la Cité commune), et le bloc idéologique réactionnaire qui prétend diriger la société sous couvert de « modernisme ». Les Gilets jaunes ont ouvert une porte, il est maintenant possible qu’un courant impétueux s’y engouffre.

Cependant, la construction d’un projet commun qui fasse sens reste un défi. Il y a d’abord l’appui sur un « déjà-là » : la demande d’égalité des droits (femmes/hommes, privé/public, jeunes, actifs et retraités), les conquis sociaux. Mais prenons de l’avance ! Nous avons besoin d’une vraie plate-forme commune autour d’une alternative visant une Sécurité sociale universelle, basée sur la socialisation de la richesse. Elle peut émerger de la grève qui démarre, mais elle aura besoin pour s’écrire de moments de respiration, de débats, de circulation des propositions. Cela pourrait prendre la forme de Forum communs entre syndicats, féministes, gilets jaunes, organisations de jeunesse. Les universitaires pourraient en être.

Pour aller de l’avant, la soif de démocratie et d’auto-organisation est un moteur précieux. C’est vraiment la très bonne nouvelle des derniers mois, partout présente sous des formes tâtonnantes, mais déterminées. Le monde des puissants est…repoussant : le personnage Jupiter, les institutions vermoulues de la 5ème République, le mépris de classe. La violence étatique de « leur monde » se déchaine contre le monde populaire, doublée d’entreprise de séductions sur le modèle des marques de publicité.

Comme l’ont tenté et partiellement construit les Gilets jaunes, il serait bienvenu que les mouvements grévistes se dotent « d’assemblées des assemblées » interprofessionnelles et de collectifs d’action pluralistes avec les syndicats, d’abord localement. Les organisations syndicales nationales devraient encourager un tel processus, qui ne pourrait que servir le rapport de force.

Que peut la grève ? Si une vraie grève générale le 5 décembre prend une dimension interprofessionnelle, elle peut peut-être faire boule de neige. La grande inconnue est le secteur privé, où la grève interprofessionnelle prolongée reste un défi considérable. La bataille du soutien populaire est décisive, elle semble acquise, mais une manœuvre du gouvernement peut l’effriter. C’est pourquoi des moments de contre-offensive sur le terrain politique seront nécessaires. La « grève de mouvement » pourra alors devenir une lutte de classe directement politique : projet contre projet. Un bloc social et politique rassemblé sur un horizon d’émancipation collective contre le bloc capitaliste Macron-LR-Medef et contre la concurrence mortifère des discours racisant Macron-Le Pen.

Dans cette lutte des classes pleinement déployée, l’action commune des forces politiques de gauche et écologistes peut aider à isoler le camp du gouvernement, ne serait-ce qu’en proclamant : assez de discours sur la fin du clivage droite/gauche ! La gauche et l’écologie se rassemblent. Non pas pour dire l’avenir, pour dicter des plans sur la comète, mais pour prendre part au débat partagé avec les luttes, elles-mêmes chargées d’espoir et de désir politique.

Jean-Claude Mamet

4 décembre 2019.

Type:  Article Mercredi, 4 Décembre, 2019 - 20:23 Luttes sociales
François Calaret

Solidarité avec la Catalogne

1 mois 3 semaines ago

Meeting de solidarité avec la Catalogne

Mardi 3 décembre 2019

19 heures

Bourse du travail, salle Henaff Métro République, Paris

à l'appel du Collectif des signataires de la pétition de solidarité avec les prisonniers politiques catalans

Avec Marie-Pierre Vieu (ancienne eurodéputée), Sergio Coronado (ancien député), Christian Mahieux (Solidaires), Elisenda Paluzie (ANC) et Dominique Noguères (LDH).

Fichier attachéTaille Liste des invités97.4 Ko Type:  Article Samedi, 30 Novembre, 2019 - 16:29
François Calaret

Tribune : Retraites : contre l’individualisme, nous choisissons la solidarité.

1 mois 3 semaines ago

A propos des retraites, le mouvement Ensemble a proposé une démarche de rassemblement des forces de gauche et écologistes opposées au libéralisme. La tribune ci-dessous, publiée dans Libération le 25 novembre 2019, en est le premier résultat. D'autres initiatives sont en cours pour soutenir le mouvement social qui se prépare et contribuer à isoler le gouvernement Macron.

 

Les forces politiques et les personnes soussignées s’opposent totalement au projet de retraites
d’Emmanuel Macron et soutiennent les mobilisations syndicales annoncées pour le mettre en échec
le 5 décembre, ainsi que les appels à la grève reconductible.

E. Macron parle de droits « universels » ? Ils seraient en réalité « individualisés » et réduits.
C’est au Parlement de Versailles en juillet 2018 que Emmanuel Macron a proclamé son projet. Il veut
« …un Etat providence du 21 ème siècle, émancipateur, universel… », et « protéger nos concitoyens non
selon leur statut et leur secteur d’activité, mais de manière plus juste ».

Plus « juste » ? Pour l’assurance-chômage, le président avait déjà promis « l’universalité ». Or avec sa
« réforme », plus d’un million de personnes verront leurs droits amputés et paieront de leurs poches
les 3,8 milliards d’économies imposées par l’Etat jupitérien. Très belle « émancipation » !
Dans le monde selon E. Macron, les statuts collectifs disparaissent. Il ne reste que l’individu face à
son destin, évoluant sur le marché, traversant la rue pour obtenir un emploi, surveillant son compte
de retraite à points pour arbitrer entre la prolongation de son travail et son niveau de pension. A
condition bien sûr de ne pas être au chômage, en maladie, ou en invalidité, comme beaucoup de
salarié-es après 60 ans.

E. Macron oublie que le projet du Conseil national de la résistance (CNR) visait une Sécurité sociale
universelle, mais avec des droits en progrès. Il veut qu’on oublie que ces conquêtes résultent d’une
mobilisation populaire obtenant qu’une part plus élevée de la richesse soit attribuée aux retraites et
à la santé, donc au bien vivre. Il a fallu pour cela augmenter la part du PIB accordée aux retraites, de
4% jusqu’à 14% d’aujourd’hui, pour améliorer le taux de remplacement entre la pension versée et les
meilleurs salaires. Ce taux atteignait 75%, avant les contre-réformes accumulées depuis 1993. Ainsi la
retraite a représenté une prolongation de son revenu pour des activités nouvelles et libres. Cette
répartition de la richesse a permis d’universaliser des droits pour des retraités plus nombreux et un
progrès de l’espérance de vie.

Cependant, une forte injustice persiste en raison de la scandaleuse inégalité salariale entre femmes
et hommes, réduisant en moyenne leurs pensions de 40% sur celles des hommes. Or l’application
effective de l’égalité salariale permettrait un afflux de ressources : 6 milliards d’euros au moins. Il est
donc tout à fait possible d’améliorer ce qui existe. Et aussi de réduire les inégalités inacceptables
dues à la pénibilité du travail. Même Edouard Phillipe a reconnu qu’il n’y a pas vraiment de « déficit »
et que le système actuel est « encore bon ».

Alors pourquoi s’acharner à le démanteler ? Parce que ce gouvernement veut à tout prix obliger les
travailleurs, femmes et hommes, y compris les indépendants, à s’adapter aux règles du libéralisme :
les droits coûteraient trop chers parce qu’ils sont socialisés et incluent une solidarité collective
(carrières incomplètes, années de chômage, enfants). Au lieu d’une retraite où la prestation est
d’avance garantie, ce pouvoir cherche à imposer un système où seule la cotisation est définie.
Chacun sait ce qu’il cotise pour acquérir des points, mais personne ne sait quelles prestations
seront versées. La conversion des points en pension pourra évoluer en fonction de la marche
générale de l’économie. Le gouvernement aura la haute main sur ce choix à chaque budget annuel
de la Sécurité sociale. La « caisse des retraites » où siègeront les syndicats ne pourra donner qu’un
avis.

La propagande du gouvernement sonne bien, mais elle est une tromperie.

* « Un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous » ? Peut-être, mais appauvris. En effet le calcul
des droits à pension s’effectuerait sur toute la carrière, alors qu’aujourd’hui il se fait sur les 25
meilleurs salaires dans le privé, et les derniers mois dans le public. Conséquence : la moyenne des
salaires baissera en incluant les mauvaises années. La pension baissera en proportion. Le recul de
l’âge de la retraite est aberrant alors qu’à 62 ans, 40% des seniors sont inscrits à Pôle emploi.

* Un « Etat providence du 21 ème siècle » ? Appauvri encore ! La part des retraites dans la richesse
nationale serait plafonnée (14% du PIB), alors que depuis 1945 elle a progressé. Les cotisations ont
augmenté : les actifs et les retraités sont solidaires pour déterminer la part de valeur qui va au bien
commun. Ce n’est pas aux propriétaires financiers et de dividendes de décider. Alors qu’ils
s’approprient toujours plus de richesses sans aucun effet sur le chômage.

* Des droits « dès le premier euro » ? On promet que les jeunes auraient des droits au premier euro
cotisé. Mais si la part totale des retraites est gelée, toute avancée des uns sera prise sur les autres.
On aura une division accrue au lieu de droits égaux ! Ainsi les pensions de réversion vont diminuer,
ce qui pénalisera encore les femmes. Macron veut en réalité rendre « naturelle » la précarité des
temps partiels et des CDD au lieu de les combattre.

* « Un système plus juste » ? Faux ! E. Macron veut rayer le mot « pénibilité du travail » du
vocabulaire alors même que celle-ci participe largement à réduire l'espérance de vie en bonne
santé. Que de retraites volées à celles et ceux qui en auraient le plus besoin !

* La retraite par points ? Le secteur privé la connait déjà, avec les « complémentaires » par points qui
ne cessent de se dégrader. Les « complémentaires » sont le cheval de Troie introduit pour habituer à
un système individualiste. Comme c’est le cas aussi en Suède souvent portée en exemple. En France,
sous la pression du MEDEF, les pensions « complémentaires » ont été gelées de 2016 à 2018, et une
baisse de 10% est prévue à partir de 2019. Ni Macron ni les patrons ne veulent plus parler de hausse
de cotisations.

* Etat « providence » ? Plutôt un tremplin vers la capitalisation pour les plus riches ! En effet, la
baisse programmée du montant des retraites incitera ceux qui en ont les moyens à se tourner
vers les fonds de pension. Les salaires au-dessus de 120 000 euros annuels ne cotiseraient plus au
régime à points mais pourraient souscrire une épargne privée. Le ver serait dans le fruit.
Au total, la contre-réforme des retraites participe d'un plan de destruction des systèmes de
solidarité : suppression des services publics, réforme punitive de l'assurance chômage,
privatisations (ADP), attaques contre tous les statuts salariés.

Contre ce bouleversement de société, notre alternative repose sur un socle de droits universels : une
retraite à 60 ans avec un taux de remplacement à 75% indexé sur les meilleurs salaires, garanti pour
tous et toutes. Mais aussi un droit collectif à un départ anticipé en fonction de la pénibilité du travail,
pour une retraite en bonne santé. Cela exige une augmentation des cotisations socialisées incluant
les profits financiers. Et une baisse du chômage par la réduction du temps de travail apporterait aussi
des ressources.

Les mobilisations syndicales unitaires seront décisives à partir du 5 décembre ! Nous appelons la
population à leur apporter un soutien massif !

Signatures :

* Europe Ecologie-LesVerts (EELV): Sandra Regol, porte-parole ; Alain Coulombel,
secrétaire national adjoint
* Ensemble ! : Clémentine Autain, députée de la France Insoumise (FI), Myriam Martin,
porte-parole, conseillère régionale FI Occitanie; Jean-François Pellissier, porte-parole
* Gauche démocratique et sociale (GDS) : Gérard Filoche, porte-parole ; Anne de Haro,
GDS Ile de France
* Génération.s : Guillaume Balas et Claire Monod, coordinateurs nationaux
* Mouvement pour la démocratie en Europe (Diem 25) : Emma Justum, coordination
nationale
* Nouveau parti anticapitaliste (NPA) : Olivier Besancenot, Christine Poupin, Philippe
Poutou, porte-paroles
* Nouvelle Donne (ND) : Aline Mouquet, co-présidente, Gilles Pontlevoy : co-président
* Parti communiste français (PCF) : Cathy Apourceau-Poly, membre de la direction du
PCF, sénatrice du Pas-de-Calais ; Pierre Dharreville, membre de la direction du PCF, député
des Bouches-du-Rhône
* Parti communiste des ouvriers de France (PCOF) : Véronique Lamy et Christian Pierrel,
co-porte-paroles
* Parti de Gauche (PG) : Eric Coquerel, député FI, co-coordinateur du PG; Danielle
Simonnet, conseillère de Paris, co-coordinatrice du PG
* Pour une écologie populaire et sociale (PEPS) : Sergio Coronado, Jean Lafont, Elise
Lowy, Bénédicte Monville
* République et socialisme (RS) : Marinette Bache, conseillère de Paris ; Lucien Jallamion,
secrétaire national ; Mariane Journiac, secrétaire nationale
* François Ruffin, député France Insoumise de la Somme.

Type:  Article Lundi, 25 Novembre, 2019 - 16:39 Luttes sociales Politique
TheStyx

VIOLENCES SEXISTES ET INEGALITES !

1 mois 3 semaines ago

VIOLENCES SEXISTES ET INEGALITES !

Il aura fallu beaucoup de temps pour que soit reconnu enfin que les violences faîtes aux
femmes,
qu'elles soient physiques-jusqu'au féminicide- psychologiques, dans la sphère privée
comme publique,au travail .... étaient des violences faîtes aux femmes parce qu'elles
sont des femmes.I

Mais les choses ne changeront vraiment que lorsque l'on s'attaquera à la racine de
ces violences: celles ci ont leur source dans les inégalités hommes/femmes. Les
violences sexistes sont à la fois l'expression la plus dure de la domination qui persiste
sur les femmes et le reflet d'une organisation sexuée de notre société où
femmes et hommes s'ils ont légalement les mêmes droits n'ont pas les mêmes statuts
et les mêmes possibilités d 'émancipation.

Comment peut-on déclarer que « l'égalité est la grande cause du quinquennat », organiser
un « Grenelle des violences conjugales » - qui va accoucher de mesures pour la plupart
parfaitement connues et peu respectées -et dans le même temps aggraver les situations
économiques des femmes. ?

Non seulement l'égalité salariale n'existe toujours pas en dépit des lois -à noter que cette
égalité augmenterait de 14% le volume de ressources des retraites!- mais ce gouvernement
fait encore reculer l'autonomie financière des femmes:au delà des temps partiels subis et
des postes peu qualifiés occupés majoritairement par des femmes, la réforme actuelle de
l'assurance chômage
va augmenter la précarité des plus pauvres -donc des femmes
majoritaires dans les demandeur-e-s d'emploi « en activité réduite »

Les pensions de retraite des femmes sont inférieures de 42% à celles des hommes
actuellement . Le système de retraite « par points » que le gouvernement cherche à
imposer va entraîner une forte diminution des pensions pour toutes celles qui travaillent en
activité réduite,discontinue, à temps partiel.....

Ces attaques contre l'autonomie des femmes ne peuvent qu'alimenter la spirale des
violences à leur encontre au travail mais aussi dans la sphère domestique !
Les inégalités économiques ne sont qu'un aspect du patriarcat auquel il faut
s'attaquer constamment. Mais une égalité réelle entre les femmes et les hommes
limiteraient de beaucoup les violences sexistes .

Marie-Claude Herboux

Type:  Article Lundi, 25 Novembre, 2019 - 16:28 Féminisme
TheStyx

Succès de la marche contre l'islamophobie

2 mois ago

ENSEMBLE ! se félicite du succès massif de la Marche nationale contre l’islamophobie du 10 novembre à laquelle nous avons appelé, aux côtés d'autres forces syndicales, associatives et poltiques (CGT, Solidaires, FSU, LDH, Attac, Copernic... FI, PCF, EELV, NPA, UCL, LO,etc) et en soutien des premiers concernés et de leurs associations (Comité Adama, CCIF, Plate-forme les Musulmans, etc..). 

Cette marche a été organisée à la suite d'une série d'actes islamophobes graves dont un attentat contre la mosquée de Bayonne, une nouvelle tentative, par une majorité du Sénat, d’interdire la participation des femmes voilées aux sorties scolaires et l'humiliation devant son fils d'une mère de famille portant un voile par un élu du RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

Succès populaire, car pour la première fois en France des milliers de personnes, musulmanes et non-musulmanes, de tous âges et de toutes origines, habitantEs des quartiers populaires et des centre-villes, ont défilé ensemble pour dire ‘Stop à la stigmatisation des musulman-e-s’.

Succès politique, car elle s'est tenue massive, joyeuse, malgré les attaques violentes et calomnieuses auxquels les initiateurs et leurs soutiens ont dû faire face. De plus, des menaces de mort ont été proférées contre un des initiateurs, Madjid Messaoudene, élu à Saint-Denis (93), que nous assurons de notre entier soutien.

A l'occasion de cette manifestation, avec les premiers concernés, un front politique inédit contre l’islamophobie incluant toutes les forces de la gauche, partis, syndicats, associations, à l'exception du PS, a pu se constituer, et a tenu bon. ENSEMBLE ! reste disponible pour participer à la suite de cet événement d’une importance majeure.

Type:  Article Mardi, 19 Novembre, 2019 - 15:53 Nos communiqués Anti-racisme
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Communiqué de presse : referendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris. En piste pour le 1er million de signatures

2 mois ago

 

Malgré le silence des grands médias et du gouvernement, malgré l’absence de campagne officielle, la campagne pour obtenir un referendum concernant la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP) bat son plein.

Lors des semaines passées, des dizaines de collectifs unitaires se sont créés dans toute la France, mobilisant des centaines de militant-e-s de terrain. Car ce referendum d’initiative partagée est un enjeu de société crucial : soit abandonner la gestion des richesses nationales et des biens communs aux entreprises privées pour le plus grand bonheur de leurs actionnaires; soit préserver ces biens, afin de réorienter leur usage, pour la justice sociale et la défense de l’environnement.

L’expérience récente des privatisations des autoroutes illustre bien le projet actuel du gouvernement : vendre des infrastructures publiques pour enrichir quelques-uns, tandis que la privatisation ne bénéficie pas à la majorité qui doit payer pour les profits des actionnaires.

La campagne pour le référendum sur la privatisation d’ADP doit prendre une nouvelle dimension en ce mois de novembre, pour atteindre le million de demandes du référendum et accélérer le rythme des signatures.
A ce titre, la coordination nationale contre la privatisation d’ADP et toutes les organisations qui soutiennent la campagne pour le référendum appellent :

-          A faire de la 2ème quinzaine de novembre une grande séquence de mobilisations pour le référendum ; à Paris cette mobilisation culminera par un rassemblement sur la place de la République le samedi 30 novembre à partir de 14H

-          Les maires de toutes les communes françaises à exercer leur droit à l’information auprès de leurs administrés, et à faire des mairies des lieux vivants de la démocratie ;

-          A être présents lors des manifestations qui vont se dérouler en novembre et décembre, notamment les mobilisations féministes du 23 novembre et pour la défense des retraites du 5 décembre.

-          Les personnes qui ont déjà signer à convaincre 4 personnes de leur entourage à faire de même ; tous ensemble, on peut y arriver.

 

32 organisations regroupées au sein de la coordination nationale contre la privatisation d’Aéroports de Paris ont lancé un outil commun afin de mobiliser pour exiger un référendum contre la privatisation d'ADP : le site commun privatisercestvoler.fr recense les différents documents et outils de mobilisations.

Une conférence de presse sera organisée le jeudi 28 novembre à 11 H au café Le Fluctuat Nec Mergitur sur la place de la République pour informer sur l’état des lieux de cette campagne et sur les actions à venir.

Coordination nationale contre la privatisation d’Aéroports de Paris

Contacts :

bonjour@privatisercestvoler.fr

Type:  Article Lundi, 18 Novembre, 2019 - 17:03 Nos campagnes Politique
TheStyx

Manifestation féministe : je marche avec Nous Toutes.

2 mois ago

Le 23 novembre
Marchons contre le sexisme !

Chaque année, en France, 94 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol. 200 000, victimes de violences conjugales. Tous les deux jours, une femme est tuée par son compagnon ou son ex. L'égalité n'est pas acquise, elle est encore à conquérir.
Les violences sexistes existent dans tous les milieux sociaux. Elles se produisent à la maison, au travail, comme dans la rue. Et les inégalités touchent tous les aspects de la vie. Dans la santé, le corps des femmes est souvent méprisé. La volonté des femmes n'est pas écoutée. Au travail, les femmes sont moins bien payées, elles sont plus précaires, moins considérées, les emplois qu'elles occupent sont vus comme moins importants. Ça ne peut plus durer !
La solution passe par la lutte collective. Les inscriptions contre les féminicides fleurissent sur les murs des villes. Dans plusieurs hôtels, les femmes de chambre ont fait grève pour gagner de meilleurs salaires, des conditions de travail dignes et la fin des violences sexuelles. À Saint-Denis, des manifestations ont lieu devant le commissariat pour dénoncer le mépris de la police quand des femmes portent plainte. Et pour la journée internationale contre les violences sexistes, faisons une déferlante féministe !

 

L'égalité est-elle une priorité ?
Les promesses du gouvernement sont creuses. Le budget pour l'égalité femmes-hommes n'augmente pas. Les places d'hébergement pour les femmes victimes de violences sont annoncées mais jamais créées. On trouve des milliards à donner aux grandes entreprises, mais rien pour les droits des femmes.
La PMA, promise depuis des années, ne sera ouverte aux couples de femmes qu'en 2020. Les personnes trans en seront toujours exclues. Rien d'ambitieux n'est prévu pour une éducation non sexiste. Le démantèlement du droit du travail et la baisse des retraites touchent particulièrement les femmes.
Bref, derrière un discours progressiste, c'est le vide et le souci de ne pas contrarier la Manif pour tous.

Le 8 mars, organisons une grève féministe !

Le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes. C'est aussi un jour de grève féministe à travers le monde. Le 8 mars 2019 en Espagne, 5 millions de personnes se sont mises en grève !
En France, le collectif On arrête toutes s'est créé pour rejoindre la grève mondiale. Grève du travail salarié, car beaucoup de femmes travaillent même le dimanche. Mais aussi grève du travail gratuit que fournissent les femmes : les courses, les tâches ménagères, le soin aux enfants et aux personnes âgées, et grève des études et grève de la consommation.
Quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête !

Fichier attachéTaille nous_toutes_23_nov_2019.jpg148.69 Ko tract_ens_nov_2019_jeunes_v3.pdf119.2 Ko Type:  Article Lundi, 18 Novembre, 2019 - 14:49 Féminisme
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