En pleine pandémie, la casse de l’hôpital public continue

2 jours ago

 

Depuis l’accélération de la pandémie de coronavirus en France, le président de la République fait mine d’honorer le service public de la santé. Au-delà des seuls hommages, il a affirmé en effet, dès son allocution du 12 mars dernier, que les services publics devraient « être placés en dehors des lois du marché ». En visite à l’hôpital Mulhouse, saturé de victimes de la maladie, Emmanuel Macron a ré-insisté ce 25 mars, promettant « un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital. »

Au-delà de ces déclarations, les premiers signes concrets de ce « plan d’investissement » sont pourtant inquiétants. Ce mercredi 1er avril, Mediapart publie les « premières propositions post Covid-19 » pour le système de santé. Demandé par Emmanuel Macron à la Caisse des dépôts, ce document n’annonce pourtant qu’une poursuite de la destruction méthodique du système de santé publique.

Les préambules du document annoncent la couleur, insistant en premier lieu sur l’endettement de l’hôpital public (certes réel) pour souligner, en second lieu, les « grandes vertus » de la « santé numérique (plus de 700 start-up MedTech) ». Les « axes à creuser » présentés ne sont autre que, précisément, les bonnes idées responsables de la casse du service de santé français : « mettre en place des PPP [partenariats public-privé] vertueux », création d’un « fonds de partage » évidemment ouvert aux « investisseurs privés », ou encore « incitation financière des médecins et des hôpitaux à prescrire le traitement à domicile ». Promotion du secteur privé, accentuation de la logique de l’ambulatoire et du soin à domicile, enrobage numérique : ces « innovations » sont dignes des vieilles méthodes libérales.

La pandémie mondiale de coronavirus doit au contraire mener à une rupture avec les logiques de marchandisation qui ont fragilisé les systèmes de santé, sacrifié les stocks stratégiques d’État (masques, réactifs, respirateurs), délocalisé les productions de matériel et de médicaments, laissant les territoires à la merci de la concurrence mondiale pour s’équiper. Nous devons mettre en œuvre tous les moyens possibles pour la santé : réquisitions, commandes groupées, appuis des actions collectives efficaces, aide massive à la recherche, et même nationalisations, comme le demandent par exemple des salariés de l’usine pharmaceutique Famar Lyon, menacée de fermeture. Alors que, face à la crise, le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin propose de lancer une cagnotte en ligne, nous réaffirmons notre attachement à la sécurité sociale ainsi que la nécessité de préserver et conforter notre service public et hospitalier de santé.

Ensemble ! 69

Type:  Article Dimanche, 5 Avril, 2020 - 13:45 Santé
François Calaret

Une crise sanitaire qui sert de révélateur social et politique

2 jours 5 heures ago

 

Ce qui se dessine derrière la crise sanitaire du Covid 19 et les bouleversements politiques et économiques qu’elle entraine déjà c’est aussi une crise idéologique majeure pour les partisans du néolibéralisme.
Cette crise vient en effet mettre à nu, rendre visible, l’absurdité d’un système où pour le profit de grandes multinationales, les médicaments et les produits de santé essentiels sont fabriqués et transportés aux 4 coins de la planète au mépris de la souveraineté sanitaire sur ces biens essentiels et des impératifs de la lutte contre le réchauffement climatique.
L’absurdité d’un système qui confie à des intérêts privés motivés essentiellement par la recherche du profit maximum l’organisation de services qui relèvent de l’intérêt général. Un système ou l’entreprise décide de la production de biens essentiels pour tous comme du lieu de production.
L’absurdité d’un système qui ne voit que le court terme, en matière de profits et de valorisation boursière. Si cela n’est pas ‘’rentable’’ on coupe. Depuis de nombreuses années, Ces méthodes de lean management et de gestion ont été importées dans les services publics présentés comme un coût au lieu d’y voir un investissement dans les biens communs.  C’est ce qui explique la politique budgétaire imposé au service public hospitalier et à la recherche fondamentale, le management entreprenarial de l’hôpital public le tout au nom de la maitrise de la dépense publique.
Ils sont nombreux et nombreuses qui découvrent ainsi que si par exemple on risque de manquer de paracétamol c’est parce que RHODIA dont SANOFI était devenu le principal actionnaire a décidé en 2008 de fermer son dernier site de production en Europe situé dans l’Isère et de délocaliser en Chine. Motif : ’’ les analgésiques ne sont pas stratégiques pour le groupe’’
On découvre aujourd’hui qu’avec la logique de gestion à flux tendu, on commence à manquer de produits essentiels en réanimation comme des anesthésiques pour les patients intubés en Ile de France ou de produits sédatifs.
On a ainsi découvert que les masques, les chirurgicaux de soins ou les FFP2, manquaient gravement. Les stocks stratégiques avaient fondu comme neige au soleil parce qu’en 10 ans ils n’ont pas été reconstitués.
Pourtant la ministre de la santé Agnés Buzyn savait au travers d’un rapport d’experts réunis par Sante Publique France et publié en mai 2019 qu’un stock d’un milliard de masques était nécessaire en cas de pandémie affectant 30% de la population.
Idem sur la pénurie de tests et de réactifs. Une seule usine située dans l’Ariège produit les machines et les réactifs pour les tests mais les commandes qu’elle a reçues ces derniers mois viennent des USA. Le manque de stocks et la dépendance liés aux délocalisations pèsent lourd aujourd’hui.
Idem sur l’austérité budgétaire imposée aux hôpitaux publics. Depuis des années les ONDAM  tous les ans réduisent les ressources et les moyens humains et matériels, réduisent les investissements et favorisent l’endettement des hôpitaux (30 milliards environ fin 2019…). C’est la même chose pour la

Recherche médicale comme en témoigne le texte de Bruno CANARD chercheur au CNRS et spécialiste des coronavirus qui a vu ses budgets réduits au fil du temps après le SRAS de 2003.

Dans un premier mouvement on doit rappeler ce que le gouvernement français, les autorités publiques, certains médias, ont donné à voir :
D’abord de la condescendance voire du mépris à l’égard des chinois : cela ne pouvait pas arriver chez nous. Ce Covid 19 était un virus exotique un peu comme Ebola ou le Zika.
On a vu au début ce que cela a produit comme méfiance voire comme hostilité envers la population d’origine asiatique : Le virus était ‘’chinois’’
Et puis à les entendre, La force et la puissance des pays occidentaux allaient faire face avec les meilleurs médecins, chercheurs, épidémiologistes, le meilleur système de santé que le monde entier nous envie (intervention télévisée de Macron le 12 mars 2020). Nous sommes prêts disait la ministre Agnès Buzyn.
Puis dans un deuxième temps, l’impréparation est apparue. Des affirmations péremptoires contredites le lendemain, des mesures peu compréhensibles : confinement mais aussi appel à continuer le travail et maintenir l’activité économique. Maintien des élections municipales au premier tour alors que tout indiquait, ce qui s’est confirmé, que cela mettait du monde en risque de contamination.  Au total une impression de navigation à vue

sur fond de système hospitalier en crise et débordé, de manque de produits aussi essentiels que du gel hydroalcoolique, de masque, de tests et de réactifs pour le dépistage.
Et maintenant, depuis la mi-mars le discours guerrier, l’appel à l’union nationale qui l’accompagne et l’appel à maintenir l’activité économique coute que coute.
Eléments de langage qui masquent bien mal le fait que si il y a une guerre, force est de constater que les troupes, le matériel, les équipements manquent cruellement après plus de 30 ans d’austérité dans les services publics de santé avec des budgets  délibérément insuffisants, des réformes de l’hôpital public le détruisant méthodiquement ( mise en place de la tarification à l’acte par Fillon, loi Bachelot HPST modifiant la gouvernance, loi Touraine rendant obligatoire les Groupement Hospitalier de Territoire , machine de guerre pour fermer les ‘’petits’’ hôpitaux  et les services, plan Macron-Buzyn …) et une politique salariale et des conditions de travail faisant fuir les personnels.
Si guerre il y a à mener, c’est aux politiques d’austérité menées par les gouvernements en Europe, impulsés par la commission européenne au nom des pactes de stabilité budgétaire. C’est la défense des services publics qu’il faut remettre en avant et c’est vers la planification et l’organisation publique de la production de biens essentiels pour la population qu’il faut aller.
Elément de langage qui permettent aussi de justifier de gros accros aux droits du travail et des contrôles policiers violents dans les quartiers rappelant ce qui s’est passé avec les gilets jaunes. Une dérive autoritaire a déjà été décrite sous la dénomination d’ordo-libéralisme. Aujourd’hui il pointe son nez et surtout ses méthodes.
Toute cette stratégie d’éléments de langage constitue une tentative, en prenant en quelque sorte les devants, de désamorcer la prise de conscience générale qui pourrait advenir à l’occasion de la crise du COVID19. Un pathétique contre-feu à la colère qui montre parmi les personnels de santé mais plus généralement aussi dans le pays.
Elle a aussi comme objectif de tenter de faire apparaitre le gouvernement comme l’Etat-major qui mène la bataille, derrière lequel il faut se rassembler. L’heure n’est pas à la critique. Si cela continue, mettre en cause le gouvernement sera présenté comme une atteinte au moral des troupes !

Avec cette crise c’est tout l’arsenal idéologique du néolibéralisme qui pourrait s’effondrer.

On a eu envie de se pincer en entendant les déclarations du président de la république Macron lors de son intervention du 12 mars 2020 sur le fait ‘’qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché’’
On pourrait se demander de quelle révélation a-t-il été l’objet ? quelle mouche l’a piqué ? quelle grâce l’a touché ?
C’est pourtant le même  président qui vantait les premiers de cordées et le ruissellement, qui   exalte à chaque occasion l’esprit d’entreprise, la concurrence mondiale, les accords de libre-échange, qui a mis en œuvre et renforcé toutes les politiques d’austérité  visant à faire baisser les protections (chômage, droit du travail, projet de contre-réforme des retraites etc…) et qui en matière de santé a continué depuis 2017 en l’ accentuant, le patient travail d’étranglement financier du service public hospitalier et de la sécurité sociale entamé depuis 30 ans.
C’est également le même président qui au moment où il tenait des propos que ne renierait pas ATTAC faisait interpeller aurélie Trouvé sa porte-parole.
Pourtant à l’occasion de cette crise se révèle une réalité sociale habituellement invisible. Les personnels de santé, les caissières de supermarché, les éboueurs, les aides ménagères, les auxiliaires de vie, les livreurs sont plus utiles à la population que les traders.

Ces néolibéraux qui en permanence vantent les lois du marché libre et non faussé, lui font confiance pour réguler l’économie, et dénoncent l’interventionnisme de l’Etat et les réglementations se précipitent vers le même Etat pour être secourus. Darmanin a évoqué d’éventuelles nationalisations. Pour lui nationaliser c’est entrer au capital d’une entreprise le temps de la tempête. Cela revient à socialiser les pertes pour ensuite privatiser les profits.
C’est le sens des 300 milliards de crédit garantis par l’Etat que Macron a mis en place. Les marchés doivent être rassurés et l’économie doit continuer de tourner et de dégager des profits d’où les ordonnances sur l’allongement du temps de travail, la remise en cause des congés les menaces sur le droit de retrait.
Coté système public de santé on attend toujours. Le 28 mars Edouard Philippe annonce un grand plan d’investissement pour l’hôpital. Aucun chiffrage. Aucune modalité de mise en œuvre. Pas d’annonce sur l’abolition de la dette des hôpitaux. Rien non plus sur la revalorisation des rémunérations des professionnels du soin. Seule une prime exceptionnelle est envisagée.
En guise de réponse pour l’instant ce n’est que déclarations sur l’héroïsme des soignants des remerciements et beaucoup de belles paroles verbales. On peut penser que les soignants et la population n’oublieront pas et sauront exiger que les revendications portées depuis plus d’un an soient satisfaites.
Ce sera sans doute l’enjeu des combats à mener à la sortie de la pandémie. Cela implique de commencer la réflexion sur les axes idéologiques et programmatiques à avancer et à défendre.
Dernière nouvelle : les révélations par Médiapart de la note de la caisse des dépôts et consignations présentant les axes pour ‘’réformer’’ le système de santé notamment l’hôpital. Macron avait parlé de rupture. Cette note décrit les contours de cette rupture : recul du service public, privatisation, partenariat public-privé, efficience et rémunération à la performance, soutien aux start-ups de la e-médecine, tout l’agenda néolibéral renforcé et accéléré !
Cela rend encore plus urgent de dégager quelques éléments de réponses :

Pour un système de santé répondant aux besoins : quelles réponses quels axes programmatiques ?

Un premier niveau de réponse s’articule autour de l’urgence de la situation créé avec la pandémie du COVID19.
Le confinement général a été mis en place parce que le manque cruel de moyens ne permettait pas d’envisager de tester tous les sujets contacts des malades déclarés (ce qui a été fait en Corée et à Singapour). Le gouvernement a menti sur cette réalité.
Nous mettons en avant :
La réquisition des entreprises et des usines pharmaceutiques en capacité de produire des tests doit être mise en place.
Pour la sortie du confinement droit au test et aux sérologies en masse.
Distribuer les produits de protection (masques, gel) en réquisitionnant toutes les entreprises qui peuvent en produire.
Accélérer les études sur les traitements proposés.
Organiser le dépistage des personnes fragiles et autour d’elles.  Dans les EHPAD des renforts en personnels mais surtout du matériel de protection et de désinfection pour les résidents et les professionnels masques, blouses, gel hydroalcoolique,) permettant les mesures barrières.
Assurer le ravitaillement alimentaire et les récoltes.
Garantir les ressources des plus fragiles (chomeur(se)s, précaires, sans papiers, indépendants)
Réquisitions d’hôtels et/ou bâtiments vides pour garantir un accueil pour les sans-abris, , construction de foyers, mais aussi pour organiser suite à dépistage le confinement des personnes malades peu symptomatiques.
Garantir le droit d’accès à l’ IVG sur tout le territoire.
Garantir la protection des femmes victimes de violences conjugales et des enfants maltraités, en équipant les équipes de brigades des mineurs et les professionnels de l’action sociale de moyens de protection pour l’évaluation des situations.

Un deuxième niveau de réponse doit s’articuler autour de l’idée qu’il n’est plus possible de confier à des intérêts privés l’organisation de la production de biens et de services essentiels pour les populations. Il faut réparer et reconstruire des services publics de santé mais aussi du médicament, des biens médicaux de la recherche.
Cela passe d’abord par l’annulation de la dette des hôpitaux
La suppression de la tarification à l’activité et du mécanisme budgétaire de l’ONDAM.
La mise en place d’un budget permettant de répondre aux besoins, définis démocratiquement par la population elle-même, les professionnels du secteur, les représentants des autorités locales, régionales, nationales. Il faut en finir avec la toute-puissance des préfectures sanitaires que sont les agences régionales de santé.
Mise en place d’un plan d’urgence pour la psychiatrie publique comprenant notamment la réactivation des structures de secteur publics pour prendre en charge les troubles psychologiques et mentaux auxquels de nombreuses personnes auront été exposés pendant le confinement
Mise sous contrôle (gestion, production) des entreprises du médicament dans un premier temps pour aller vers un service public du médicament.
Refonte de la gouvernance hospitalière, en finir avec la toute-puissance   de la technocratie   financière et commerciale. L’hôpital n’est pas une entreprise qui vend du soin. Les soignants sont les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin.
Pour les professionnels
Un plan de recrutement massif et de formation dans les écoles d’infirmières d’aides-soignantes de manipulateurs radios de technicien de laboratoire etc…
La suppression du numérus clausus à l’entrée des études médicales. Une politique délibérée de restriction du nombre de médecins, menée depuis trop longtemps aboutit aujourd’hui aux déserts médicaux pour la médecine de premier recours et à des centaines de postes vacants dans les hôpitaux alors que la population augmente et vieillit ce qui entraine une demande de soins en augmentation.
L’organisation de la médecine ambulatoire dans un cadre pluriprofessionnel, public, comme le démontre l’expérience des centres de santé.
Une revalorisation des carrières et une augmentation massive des salaires.

Pour les besoins de santé
La constitution de stocks stratégiques en médicaments, réactifs, matériels de protection et d’analyse.
La réouverture de services et de lits dans les territoires ou les manques se font sentir notamment en médecine, gynéco-obstétrique et chirurgie générale.

Contribution de la Commission Santé d'Ensemble

Type:  Article Dimanche, 5 Avril, 2020 - 09:07 Santé
François Calaret

Le néo-libéralisme contaminé

4 jours 19 heures ago

La nouveauté de la situation actuelle réside dans la mécanique infernale qui s’est enclenchée. En 2008, c’est la sphère financière qui avait allumé la mèche, en se transmettant à la sphère productive. Aujourd’hui, c’est l’inverse: l’activité économique est en partie à l’arrêt et ce freinage brutal revient, tel un boomerang, impacter la finance ; et cette implosion de la finance va venir en retour aggraver la récession.

L’effondrement de la pyramide financière

Il y a cependant un lien avec la crise précédente. Toutes les politiques menées depuis 2008 ont en effet visé à revenir au business as usual et notamment à préserver de toutes les manières possibles la valeur des titres financiers, en tant que droits de tirage sur la valeur créée. Si l’on avait au contraire « confiné » la finance aux seules fonctions utiles qu’elle peut remplir, le mécanisme infernal aurait pu être mieux encadré.

Plus fondamentalement, l’épuisement des gains de productivité condamnait le capitalisme à un fonctionnement pathologique consistant à capter un maximum de valeur, en compensant par la montée des inégalités le tarissement de cette source essentielle de son dynamisme. Autrement dit, le coronavirus ne contamine pas un organisme sain mais un organisme déjà atteint de maladies chroniques. L’épidémie fonctionne ainsi comme un révélateur : les modalités de « sortie » de la crise précédente n’ont pas vraiment remédié aux fragilités structurelles de l’économie mondiale.

Depuis la crise de 2008, tout a été fait ou presque pour que rien ne change. La pratique des rachats d’actions s’est développée, les distributions de dividendes ont explosé, la titrisation a repris son cours, l’endettement privé s’est considérablement alourdi, etc. On ne manque pas d’études sur ces divers points : la Banque des règlements internationaux (BRI), par exemple, avait multiplié les avertissements. L’éclatement de la bulle était donc prévisible, même sans le coronavirus. En témoignent les avertissements du dernier Global Financial Stability Report du FMI (octobre 2019). Ce rapport était centré sur les risques engendrés par les bas taux d’intérêt, et deux de ses principaux auteurs, Tobias Adrian et Fabio Natalucci, en ont résumé les principaux messages dans un blog. Ils insistent sur le surendettement des entreprises : « la dette des entreprises dont les bénéfices ne peuvent couvrir les charges d’intérêts pourrait augmenter à ( …) près de 40 % du total de la dette des entreprises dans les pays étudiés, parmi lesquels les États-Unis, la Chine et des pays européens ».

Le massacre de l’appareil productif

Le constat des économistes du FMI peut être complété par une étude très fouillée, qui porte sur les Etats-Unis. Les auteurs trouvent que ce sont les petites et moyennes entreprises qui sont les plus lourdement endettées, si bien qu’elles devraient être plus durement frappées par la crise du coronavirus. On retrouve ici un thème très largement débattu, celui de l’écart croissant entre les entreprises « superstar », qui captent la valeur créée, et les entreprises « zombies » qui survivent grâce aux bas taux d’intérêt. Mais les auteurs de cette étude soulignent aussi que les entreprises de la « moitié basse » ont augmenté leur capacité de production au cours des dernières décennies, tandis que les 10 % du haut de l’échelle sont restés à la traîne. Ils redoutent la « catastrophe imminente » qui menace si on laisse les petites entreprises couler, car elles représentent, malgré leur fragilité, l’une des « principales sources de création d’emplois et d’innovation ».

L’autre effet des bas taux d’intérêt que signale le FMI est une prise de risque excessive : « le très bas niveau des taux a poussé des investisseurs institutionnels comme les compagnies d’assurances, les fonds de pension et les gestionnaires d’actifs à rechercher des titres plus risqués et moins liquides pour atteindre leurs objectifs de rendement. Par exemple, les fonds de pension ont accru leur exposition à d’autres classes d’actifs telles que le capital-investissement et l’immobilier ».

La politique monétaire accommodante n’a pas ruisselé dans l’économie réelle ; elle a au contraire permis à la finance de reprendre sa trajectoire exubérante. Mais elle a conduit aussi à une situation inédite de bas taux d’intérêt, voire négatifs, et à l’épuisement des munitions des banques centrales. Avant même l’épidémie, le pronostic des experts du FMI était déjà inquiétant : « les similarités existant dans les portefeuilles des fonds d’investissement pourraient amplifier un mouvement de liquidation d’actifs sur les marchés ; les placements illiquides des fonds de pension pourraient restreindre leur rôle traditionnel de stabilisateur des marchés ». Or, c’est exactement ce qui est en train de se passer, et la déflagration risque d’être encore plus brutale avec le virus.

La zone euro « éparpillée façon puzzle » ?

Le dogme des 3 % a été abandonné, au moins provisoirement, mais l’Europe reste mal préparée. C’est une excellente idée de relâcher la contrainte budgétaire, mais cela ne répond pas à tous les problèmes. L’un d’entre eux est l’écart (spread) entre les taux d’intérêt sur les dettes publiques. Dans un premier temps, Christine Lagarde avait fait une grosse bourde en déclarant que « la BCE n’est pas là pour resserrer le spread », puis elle a sorti le « bazooka » qui a un peu calmé les inquiétudes des marchés financiers.

Mais viendra un moment où il faudra envisager de passer à la vitesse supérieure, à savoir la mutualisation (« eurobonds » ou « coronabonds ») voire à la monétisation. C’est la conclusion à laquelle arrive Patrick Artus : « Si tous les pays de la zone euro sont touchés (par la hausse des taux d’intérêt à long terme en réponse à des déficits publics fortement accrus), la mutualisation des déficits publics supplémentaires allège le poids pour les pays périphériques (où la hausse des taux d’intérêt est plus forte) mais ne résout pas le problème global d’excès de déficit public. La seule solution est alors la monétisation de ces déficits publics supplémentaires par la BCE, donc une ouverture importante du Quantitative Easing sur les dettes publiques ». Le risque est grand cependant que, comme lors de la crise précédente, l’Europe ne réagisse qu’avec retard sur l’évènement, ou à contretemps, en raison de ses désaccords internes et de la propension à gérer la crise au niveau national.

Les émergents dans l’œil du cyclone ?

Il est probable que le virus va s’étendre aux pays émergents ou en développement, relativement épargnés jusqu’ici. Ils sont non seulement mal équipés d’un point de vue sanitaire, mais déjà particulièrement frappés par les contrecoups de la crise. Dépendants en grande partie des ventes de matières premières à l’arrêt, ils voient déjà leurs ressources diminuer. C’est notamment le cas des pays producteurs de pétrole. Et là aussi, on retrouve l’héritage de la sortie de la crise précédente. La dette extérieure des pays émergents représente en moyenne « 160 % des exportations, contre 100 % en 2008. En cas de resserrement considérable des conditions financières et de hausse des coûts d’emprunt, ils auraient plus de mal à assurer le service de leur dette », avertissait le FMI dans son rapport d’octobre 2019 déjà cité.

A cela s’ajoute a la fuite des capitaux qui a pris des proportions considérables : 83 milliards de dollars depuis le début de la crise. Ce sudden stop aura de graves conséquences, soulignées par un groupe international d’économistes. Les pays émergents et en développement, écrivent-ils, « sont maintenant confrontés à un arrêt soudain alors que les conditions de liquidité mondiales se resserrent et que les investisseurs fuient le risque, entraînant des dépréciations monétaires dramatiques. Cela oblige à un ajustement macroéconomique sévère précisément au moment où tous les outils disponibles devraient être disponibles pour contrer la crise : la politique monétaire est resserrée pour tenter de conserver l’accès au dollar, tandis que la politique budgétaire est limitée par la crainte de perdre l’accès aux marchés mondiaux. Il est peu probable que les réserves de change fournissent un tampon suffisant dans tous les pays ».

Les institutions internationales prévoient des mesures de soutien, mais David Malpass, le président de la Banque mondiale (que Trump a propulsé à ce poste), insiste sur la conditionnalité en des termes qui rappellent ceux de la Troïka européenne à l’égard de la Grèce : « Les pays devront mettre en œuvre des réformes structurelles susceptibles de raccourcir le temps nécessaire à la reprise et de créer la confiance en sa solidité. En ce qui concerne les pays où les réglementations excessives, les subventions, les régimes de délivrance de permis, la protection ou la judiciarisation des échanges, constituent autant d’obstacles, nous travaillerons avec eux pour dynamiser les marchés et sélectionner les projets permettant d’assurer une croissance plus rapide pendant la période de reprise ».

The Economist a au contraire raison de lancer cet avertissement : « Si l’on laisse le Covid-19 ravager les pays émergents, il viendra bientôt se répandre à nouveau dans les pays riches ». Y compris dans sa dimension économique, si la production de matières premières et de biens intermédiaires connaît un sudden stop symétrique de celui des flux de capitaux.

Tout remettre à plat ?

Il sera difficile au système économique de revenir à son fonctionnement antérieur à la crise. Les chaînes de valeur mondiales sont désorganisées, des entreprises auront fait faillite, le mode de gestion de dépenses publiques, notamment en matière de santé, est disqualifié. On peut y voir la possibilité d’une réorientation fondamentale du système.

Mais elle n’aura rien de spontané : avec la suspension de pans entiers du Code du travail, on voit bien que certains préparent déjà le coup d’après. Puis viendront les discours sur le nécessaire « assainissement financier », dont la mise en œuvre risquera d’engendrer une réplique récessive, comme en 2010. Et surtout le retour à l’orthodoxie aura pour effet de reporter tout projet de Green New Deal : comment en effet imaginer qu’après avoir déversé des milliards d’euros, les institutions européennes voudront dégager les sommes considérables nécessaires pour la lutte contre le changement climatique ?

Dans une note où il se demande « quel capitalisme voudrions-nous ? », Patrick Artus dresse un portrait assez fidèle du capitalisme « inacceptable » (qui est le nôtre) : il « déforme le partage des revenus au détriment des salariés, ne respecte pas les engagements climatiques, n’associe pas les salariés aux décisions stratégiques de l’entreprise, accroît le levier d’endettement des entreprises, délocalise massivement dans les pays à salaire faible, obtient une baisse continuelle de la pression fiscale des entreprises ce qui contraint à réduire la générosité de la protection sociale ». Artus envisage ensuite deux voies possibles pour passer à un capitalisme «acceptable»: soit l’instauration d’un « capitalisme étatique hyper-régulé », soit une « évolution spontanée du capitalisme qui accepte une rentabilité plus faible du capital pour l’actionnaire ». Il y a pourtant une seule chose dont on devrait se convaincre : il ne faudra pas compter sur une évolution spontanée du capitalisme.

Michel Husson. Publié sur le site Alencontre.org le 30 mars 2020.

Type:  Article Jeudi, 2 Avril, 2020 - 19:06 Santé
François Calaret

Sauver le capitalisme ou changer d’économie ?

4 jours 19 heures ago

Tribune publiée sur le site de Libération.fr

La pandémie de Covid-19 a mis à l’arrêt de nombreuses entreprises ce qui laisse anticiper une récession significative. Gouvernements et institutions financières internationales n’ont plus qu’un mot d’ordre : sauver l’économie ! Mais de quelle économie parle-t-on ?

La politique d’Emmanuel Macron et des institutions financières internationales vise à sauver le capitalisme

Le gouvernement souhaite-t-il réellement aider les entreprises, qui vont rencontrer de grandes difficultés économiques au cours des mois prochains, ou veut-il simplement sauver le patrimoine des actionnaires ? Pour ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé, il ne s’agit pas de sauver les entreprises ou d’accompagner les entrepreneurs mais de protéger les logiques financières qui ont conduit ces dernières années à dévaloriser le travail en le traitant comme un coût qu’il faut sans cesse réduire. Contrairement à une idée reçue, la référence n’est plus « l’entreprise » dans laquelle les collectifs de travail produisent les biens et/ou les services, mais la « société de capitaux », entité juridique derrière laquelle opèrent les actionnaires et les propriétaires des actions.

Ainsi, c’est le collectif de travail qui constitue l’entreprise. Sa finalité n’est pas de faire du profit mais de produire et vendre des biens et des services, de réaliser une valeur ajoutée. La société de capitaux est l’expression juridique la plus répandue de l’entreprise dans laquelle les actionnaires captent, sous forme de profit, une partie de la valeur ajoutée, ce qui n’est pas le cas chez les artisans et dans les Scop. Salaires et cotisations sociales sont un dû, et lorsque les actionnaires ne peuvent les honorer, le pouvoir doit revenir aux salarié.es pour la sauvegarde de l’entreprise.

C’est ce que l’État veut à tout prix éviter. Or ce n’est pas à l’État, c’est-à-dire aux citoyen.nes et contribuables, de se substituer aux sociétés dans le paiement des salaires et des cotisations sociales. En faisant cela, l’État épargne les sociétés qui, comme Amazon, profitent de la crise du moment. En période de baisse de la production, les salaires et cotisations sociales doivent être assurés collectivement par l’ensemble des entreprises et si elles ne le peuvent pas, les salarié.es doivent prendre le contrôle de celles-ci. L’intervention de l’État n’a pour objectif que de sauver le capitalisme et nullement l’économie réelle.

Ce sauvetage est contradictoire avec les aspirations sociales et écologiques des populations

Cette pandémie est aussi l’occasion de découvrir l’évidence. La chute de la production en Chine a provoqué une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 25 % sur les deux premiers mois de l’année. Les Vénitiens sont stupéfaits de revoir des poissons dans des eaux devenues subitement claires. L’air est désormais moins asphyxiant dans nos villes.

Beaucoup se mettent à espérer que la sortie de la pandémie soit l’occasion de repenser nos modes de production et de vie, de conjurer le péril écologique qui menace notre humanité. D’autant que moins de production signifie plus de temps libre, plus de temps pour soi. Et si nous éliminions les productions inutiles ? Et si nous arrêtions les stratégies d’obsolescence programmée des entreprises ? Et si, plutôt que de recycler les emballages, source de nouvelles pollutions, nous nous engagions dans une démarche de zéro-déchets ? Et si, en ayant considérablement baissé le transport des marchandises, nous changions nos modes de transport individuels pour privilégier le rail au détriment de l’avion et de la voiture ? Ceci suppose de revenir sur les plans de privatisation du rail. Et si nous arrêtions de considérer le non-marchand comme une « charge » qui pèse sur la compétitivité des sociétés de capitaux, afin de disposer d’une santé publique à la hauteur d’une société humaine et digne ?

Tout ceci est possible et nécessite des débats citoyens ainsi que des plans massifs de reconversion professionnelle dans une logique qui ne laisse plus personne en situation d’exclusion économique. Ceci implique de reconnaître enfin les qualifications des individus. Mais cette nouvelle manière de voir est contradictoire avec le plan de relance qui est annoncé dont l’unique objectif est de redonner de la valeur aux sociétés de capitaux.

Le principe de démocratie doit prévaloir dans toute la société, y compris dans la sphère de l’économie

La sauvegarde de l’économie productive de biens et de services passe par la reprise en mains des entreprises par les salarié.es et le pouvoir donné aux usagers de déterminer ce qu’il faut produire. Nous ne pouvons plus laisser les forces du marché déterminer les investissements et les citoyen.nes doivent pouvoir déterminer les grandes orientations de l’économie par un système financier socialisé géré par elles et eux, comme l’a été le régime général de sécurité sociale de 1947 à 1967. L’exercice commun d’une telle démocratie économique suppose que nos vies soient libérées de l’aléa de marchés sur lesquels nous n’avons guère de prise.

Alors que notre humanité est aujourd’hui à un tournant qui lui permet de sauver son existence, une partie de la gauche et de l’écologie politique reste silencieuse sur cette opportunité qui porte en elle ses aspirations : la sauvegarde de l’environnement et la disparition de l’exploitation du travail et de l’aliénation marchande.

Demander à l’État de payer pour « sauver l’économie », c’est tomber dans un piège. Comme en 2008, l’État va soutenir les sociétés de capitaux engagées dans une course effrénée à la valorisation. Une fois celles-ci renflouées par l’argent public, les affaires reprendront de plus belle selon la logique capitaliste d’austérité pour les travailleur.ses, de casse des services publics et de fuite en avant dans une croissance indifférente aux besoins sociaux et écologiques.

Les mesures décidées par Emmanuel Macron sont destinées à sauver les sociétés de capitaux. Il faut s’y opposer. Nous avons aujourd’hui une occasion unique de changer notre façon de vivre et de réorienter toute l’économie en fonction des impératifs de la transition écologique. Il faut sauver l’économie de la faillite du capitalisme, et non sauver l’économie capitaliste de la faillite.

Signataires : Tony Andréani philosophe ; Daniel Bachet sociologue ; Ludivine Bantigny historienne ; Benoît Borrits essayiste ; Clément Caudron ingénieur ; Thomas Coutrot économiste ; Alexis Cukier philosophe ; Pierre Dardot philosophe ; Nicolas Dessaux archéologue ; Emmanuel Dockès juriste ; Bernard Friot sociologue et économiste ; Janine Guespin professeure honoraire ; Sylvie Larue enseignante ; Christian Laval sociologue ; Mathilde Larrère historienne ; Gaëlle Maillard syndicaliste ; Sylvie Mayer parlementaire européenne (1979-1994) ; François Morin économiste ; Christine Poupin syndicaliste ; Jacques Richard expert-comptable ; Jean Sève historien, Jean-Michel Toulouse ancien directeur d’hôpital ; Pierre Zarka ancien directeur de l’Humanité.

Type:  Article Jeudi, 2 Avril, 2020 - 19:00 Santé
François Calaret

Débattre pendant le confinement

4 jours 19 heures ago

Pour  discuter pendant le confinement

Nous pouvons sans aucun doute trouver un rythme de discussion qui permette des échanges…, pas seulement la poursuite des oppositions bien connues. Il n’y a sans doute pas grand sens à faire comme si nous pouvions être en train d’attendre le « top départ » de « l’après» !

  Nous-mêmes avons été aveugles, tellement désireux de croire que les moyens techniques et scientifiques existaient pour résoudre vite fait une petite épidémie… Nous devons nous le dire car c’est sans doute nécessaire pour que nous nous exprimions lucidement.

Quand neuf personnages, (entourés de leur bloc de classe dominante, évidemment !),  ont mondialement autant de richesses et de pouvoir, comment cela ne se transformait pas en barbarie ? Nous le savions. Certains d’entre nous le répétaient à la suite de Marx : « Le capital détruit l’être humain et la nature ».
Nous appelions à dépasser ce système en mobilisant pour une révolution démocratique, même quand certains se contenteraient bien d’une victoire dans des élections pour « gouverner » avec quelques centaines de hauts fonctionnaires et des opérations de démagogie populiste… Mais, avouons-le, nous avions sous-estimé les ravages  du bloc au pouvoir et de cette classe dirigeante irresponsable, même incompétente, avec beaucoup trop d’aventuriers vivants de leurs privilèges. Nous disions « il faut construire une hégémonie » contre les racistes de la Restauration souverainiste et contre les néolibéraux du chacun contre tous, les prophètes du moins de règles pour que les individus d’élite s’épanouissent… Mais nous avons laissé en friche les questions cruciales : dépasser le capitalisme, comment, avec quels buts discutés pour rassembler un bloc social et politique refusant la catastrophe écologique et sociale, proposant aux gens de la moyenne quelle démocratie à construire ?
Même pour les questions aujourd’hui sous notre nez : l’état de notre système sanitaire… Il y a eu si peu de soutien actif aux actions des hôpitaux… qui alertaient, manifestaient, prenaient des coups, depuis combien de temps ? Et, rappelons, une quasi-indifférence aux questions que posaient les scientifiques. Qu’on lise le très bon texte de Gérard Chaouat  dans le livre « Un virus très politique » : depuis au moins 2002, des recherches (jugées non rentables par le big pharma et trois Présidents…) auraient pu préparer la prochaine pandémie, et donc en diminuer les effets, en rendre même inimaginables les souffrances aujourd’hui subies.
Bref, abordons ces débats avec la conscience forte que nos projets, nos propositions, conservent toute leur force, et qu’il faut accepter de les revisiter, les travailler entre nous, afin de leur donner la plus grande pertinence dans l’actualité.
Pour amorcer entre nous des discussions plus précises, un texte « Propositions » qui est centré sur les minimas sociaux, les salaires et la socialisation ; il en faudrait quelques autres…

Ce texte de réflexions, nécessairement insuffisant, vise à avoir une ou des discussions, sur la liste comme par courriers plus individualisés…

La Tribune Plus jamais ça.
Que faisons-nous ?
Plus largement, des questions stratégiques très présentes.

La Tribune Plus jamais ça.

La tribune signée par dix-huit responsables a deux mérites :
• elle confirme ce qui était bien connu, le mouvement syndical et les associations ont un socle commun de prises de positions ;
• dans le même temps, elle indique ce qui devrait pouvoir servir de base à des initiatives unitaires lors de la levée du confinement, préparées auparavant, dès maintenant.

Elle a de vraies limites, sur laquelle nous devons aussi discuter.
Ce texte fait, sans véritable raison, - après quelles discussions ?- comme si les atteintes aux libertés et les discriminations ne faisaient pas partie du « plus jamais ça ». Il ne dit rien des mesures politiques pour lutter contre les discriminations racistes, pour reconnaître tous les droits politiques pour les résidents, et les mesures pour corriger les injustices qu’elles/ils ont subies.

Mais, évidemment, cette Tribune a toutefois le grand mérite d’exister.

Que faisons-nous ?

Nous devrions proposer ce que peuvent faire TOUS les collectifs localement.  Eux seuls le peuvent. Une fois ce texte publié, ces directions d’organisations peuvent peu nationalement. Alors que des contacts locaux peuvent s’appuyer sur les signatures de ce texte pour prendre contact, esquisser des actions produire des communiqués et des initiatives locales.

Malgré la situation sanitaire, pensons à des rassemblements et manifestations du Premier Mai. Il faudrait supposer (ce qui n’est pas du tout certain !) que le confinement cesse fin avril. Il y aurait place, partout, pour une expression commune. Cette discussion en vue de le préparer, avec des liens locaux, peut avoir lieu tout en étant « confiné.e.s ».

De même, il peut être discuté, localement, les premières initiatives à réaliser.

Il faudra traiter les deuils, faire collectivement une célébration en hommage aux victimes : pour leurs familles, leurs proches ; et aussi parce que ce sont des victimes de la gabegie des chefs néolibéraux depuis au moins trente ans, car l’essentiel de ces drames auraient pu être évités. Victimes non pas de la fragilité de notre civilisation ; mais victimes des politiques de la classe dirigeante. Et cela vaut partout, en Europe, et internationalement. Il faut y réfléchir !

Il faudra traiter les questions d’emplois, de misères, d’exigences immédiates.
La rage contre la façon dont tout cela a été « gouverné » devra être traduite par des « mises au pied du mur », des Préfets, des députés de la majorité, etc. 
La réouverture des entreprises utiles fermées par souci des dividendes et au détriment des salariés devra être imposée, sans doute par de manifestations de solidarité. Y compris sous forme de scoop, dès que les travailleurs et  travailleuses le souhaitent : que les fonds publics viennent en aide !  Des embauches dans la santé, la réouverture de lieux de soin, de même… De même dans tous les services publics. A partir de la méfiance à l’égard des pouvoirs publics, en agissant autour des exigences fermement exprimées. Devant toute promesse d’une « commission d’étude », même locale, ayons le réflexe « démocratie directe » : « venez ici et expliquez publiquement de quoi vous discutez ! » Tout cela pourra être filmé, discuté dans des réunions locales et, à l’égard du pouvoir une idée nette : vous devrez écouter les réactions de la population…
Pour que demain ne soit pas la reprise d’hier et d’avant-hier, une question nous sera posée : serons-nous des agents pour l’action ou resterons-nous tétanisés ?  
    Tant mieux si ces exigences, comme cette Tribune des 18 l’exprime en partie, provoquent l’existence d’un « large accord » ; mais nous devrons éviter que de larges « consensus verbaux »  fassent taire les débats nécessaires. L’heure sera à transformer le panorama de prochaines élections, et pas du tout de les « attendre ». Pour changer, après des dizaines d’années de reculs, il faut faire des pas en avant et discuter des buts pour que la société se transforme, par une socialisation des richesses et des droits démocratiques. Le pire serait de laisser se faire cette soumission attentiste sur les questions « locales » alors que les questions politiques, lourdes, appelleront aussi à des exigences et des expressions : « plus jamais ça » doit se traduire par des options claires.

Ici, comme disait Ariane Ascaride à la télé dimanche 29 au soir : il faudrait bien des manifestations pour affirmer les revendications, puisqu’on nous dit maintenant que celles et ceux d’en bas ont de grands mérites pas assez reconnus. 
Nous pouvons préparer cela, si nous avons le souci de populariser des objectifs suffisamment nets et créateurs de rapports de force. 

Oui il faut prendre l’argent là où il est. Et ce n’est pas uniquement l’ISF, (3 à 4 milliards…) ; mais nous devons reprendre une bataille sur la richesse et ses usages… Une part de la plus-value ne doit plus rester à la disposition de la classe dirigeante mais servir à une socialisation accrue et consolidée…..

Le débat sur les nationalisations doit donc être pris de façon offensive.  On sait bien que cela n’est pas « étatisation ». Ce débat est ré-ouvert à partir des questions soulevées par Piketty et d’autres livres (voir en attaché des textes de discussion…).

Nous devons aussi nous emparer de la question de la « dette ». Et de l’évasion fiscale : exigeons la publication de la liste des évadés, ou des « optimisés » fiscaux. Ne nous laissons pas arrêter par l’argument de bon sens « comment les faire revenir ? », la réponse est tout de même trop simple pour être oubliée : si des très riches ne veulent pas payer leurs impôts, faire revenir leur fortune, spéculative à l’étranger, leurs bien restés en France seront confisqués… Renouons donc avec une insolence réellement « anticapitaliste » !

Plus largement, des questions stratégiques très présentes

Dans ce seul texte il ne s’agit pas de poursuivre la série des « exemples »…

Il va y avoir une grande actualité à défendre une Sécurité sociale consolidée et généralisée pour que les cotisations prises sur la plus-value réellement réalisée dans les entreprises financent le droit au travail, au salaire, à l’égalité femmes-hommes, à la formation toute la vie … 
Peut-être faudrait-il réaliser une petite plaquette qui mette cela en évidence.

La majorité macronienne et les opposants (modérés ou même une partie du Bing Bang !) vont promotionner le « revenu social de base », comme mesure payée par les impôts (des personnes à la charge des salarié.e.s),  et pour Macron, le MEDEF et leur monde la possibilité de leur chantage à l’obligation de faire n’importe quel travail puisque tout le monde paye… et sans doute toutes les conséquences de pauvreté maintenue.
Nous devrions discuter de cela, et prendre les moyens pour qu’E !, dans diverses formes d’expression, en anime les débats.

Nous devrions traiter, avec tous nos acquis de réflexion sur le sujet, les réponses sur les questions de la santé et des médicaments : la faillite des politiques gouvernementales ont créé une sensibilité mondiale. Le capital détruit l’être humain et la nature (Marx)  est visible partout et tous les débats, toutes les initiatives pratiques sur les plans de la santé et de l’écologie seront audibles partout (la moitié des habitants du globe sont branchés sur internet !)  Cela lie étroitement la mise en accusation (procès, responsabilités individuelles et/ou politiques collectives) des causes du sous équipements, des besoins non remplis ; en même temps, les corrections imposées pratiquement (service public démocratique de contrôle des médicaments, lits, embauches du personnel avec moyens de formation, d’équipements en matériels d’intervention et d’imagerie, créations des cadres pour une médecine à la fonction et non plus « à l’acte »…), les changements dans les formes de décision et de fonctionnement dans les hôpitaux et  les services de soin…). Nous disposons au moins de plusieurs documents, dont le dossier sur les médicaments dans Contre temps.

Au fond, dans le même temps, cette crise sanitaire révèle que notre courant, généralement, reste pour l’heure très en retard sur trois grandes questions politiques :
• Les dirigeants des grandes puissances se verront obligés de faire une grande Conférence de remise en ordre du monde, leur air de « plus jamais ça »… Nous devrions pour peser un peu, avoir une initiative au moins européenne, avec aussi tous les contacts du mouvement altermondialiste. Pour les exigences du travail et de l’écologie. Pour une limitation des « guerres commerciales » et des souverainismes avec d’hypocrites chantages « protectionnistes » il faudra bien que nous sachions comment réagir à la question d’une monnaie commune (commune, et pas « unique » !) et quelques autres…
• Tous les débats de droits sociaux vont tourner autour de deux dimensions non séparables mais trop souvent traitées à part l’une de l’autre :
o les droits sociaux pour imposer cette réalité simple « le travail n’est pas une marchandise » (des courants comme celui de Supiot, en France et aussi mondialement, s’en saisissent)
o dans le même temps la propriété capitaliste peut être mise en cause : qui doit contrôler son usage, alors que les gouvernements vont chercher des potions magiques de leur façon pour remettre sur pieds des « fonds de pension » ruinés par la nouvelle crise financière sous le coup de la crise sanitaire ?
Cette hypothèse, vraisemblable, ne peut exclure des politiques plus répressives, racistes, etc. Et il n’y a aucune raison que le monde-global, - fait d’Etats différenciés, inégaux et combinés, ce qui permet de jouer des mises en concurrence entre salari.é.e.s -,  ne comporte pas, dans le même temps, et des réformateurs modernistes sans scrupules et aussi des brutes de répression…
Raison de plus pour être capables de défendre réellement, pour l’ensemble de ce monde globalisé, le principe « le travail n’est pas une marchandise ». Ce qui peut nous paraître « déjà dit » risque fort, à condition de l’exprimer, de rencontrer bien des gens de la moyenne qui se posent réellement la question « plus jamais ça », mais comment ?
• Il nous faut aussi défendre une réforme des institutions et initier dès maintenant d’autres pratiques démocratiques. Pour ne pas remettre en selle des habitudes de soumission/grogne par rapport aux élu.e.s, il faut avancer : les réflexions commencées collectivement devraient, de façon très urgente, faire l’objet d’une rédaction et d’une adoption dans E !
Au-delà, il faut souhaiter que nous puissions discuter d’un fait : des personnes qui ne militent plus ou qui n’ont jamais milité semblent dire que, devant le gâchis que représentent les politiciens actuels (de droite mais aussi de « gauche »), elles/ils se sentent très désireux de participer à une activité politique pour changer cela. Pour ma part, je pense que nous devons viser et développer une force pour Un Autre Avenir …

_______________________

Proposition pour concrétiser des « exigences  élémentaires »

N’oublions pas que le chômage, la précarisation et l’entretien de la pauvreté sont des outils stratégiques pour le Capital et les politiques de division qui lui sont vitales.
Il s’exprime, dans le contexte, une forte remise en cause des inégalités et des vies sans presque rien des salarié.e.s de base et des précaires (qui voient le salaire minium divisé par 2 ou 3, ou plus).
NE LAISSONS PAS PASSER CETTE OCCASION DE MARQUER UNE UNITE DE CLASSE POSSIBLE
Comment faire un bloc social de classe, sans lequel les « laissés pour compte » de cette société  resteront dans la même situation, ou presque, après quelques « coups de chapeau » !
Proposons donc de discuter de ce qui paraît supportable pour fixer le minimum vieillesse, qui est aujourd’hui autour de 903€/mois, ainsi que le plancher de toutes les allocations et minima sociaux.

1- Un minimum garanti
Le revenu moyen est de 2500€ Nous devrions dire et faire s’imposer que le plancher des revenus, garanti à toutes et tous, ne peut pas être moins que 50% de ce revenu moyen, soit 1250€  ce n’est vraiment pas beaucoup mais double quasiment  les « revenus » les plus bas (allocations diverses  dont chômage pour les précaires et les temps partiels, RSA, et autres minimas sociaux). Soyons nets : 60% du SMIC, pas moins.
*  Nous pourrions prendre la référence du salaire moyen (donc 2250€, et donc les 50% se traduiraient par 1125€) ; mais notre exigence doit être de réduire l’écart entre la moyenne de la société et les plus pauvres. Pour corriger une injustice si grande, 50% du revenu moyen montre bien ce qui ne doit plus durer
 
2- Un SMIC augmenté à 1800€

Comme le SMIC doit augmenter de 300€ et se trouver à 1800€. Et les autres salaires doivent être revus à la hausse. C’est simple (enfin assez simple !) pour 95% des salariés, qui dans ce cas seraient dans un éventail de 1 à 4 : 1250 x 4 = 5000/mois ; 60.000 dans l’année ! Mais cela suppose des discussions entre salarié.e.s et organisations syndicales …
* Il faut aussi ouvrir un débat public sur l’utilité sociale des diverses professions pour établir un rapport de forces dans les secteurs à bas salaires et aux emplois dévalorisés. Il faudra donc imposer que le mouvement syndical puisse organiser ces larges discussions, en faisant reconnaître aux patronats la légitimité de la présence syndicale,  dans toutes les entreprises, toutes les branches. Souvenons-nous que près de 50% des branches, spécialement celles où travaillent beaucoup de femmes ont des minimas de branche au-dessous du SMIC. Souvenons-nous de l’utilisation de sous-traitances de sous-traitants, y compris par l’Etat. Y compris dans les maquis de l’aide à domicile… Beaucoup de choses sont et seront à corriger.

3- Et les salaires au-dessus de ce « plafond » de 4 fois le SMIC ?

Il s’agit, la plupart du temps de fonctions spéciales, responsabilités, technicité… Il s’agit donc de situations qui doivent être connues et justifiées, publiquement, sous le contrôle des travailleurs/euses et des organisations syndicales. Les cas discutés publiquement limiteront les arbitraires et les fonds de placement où une partie des salaires est versé en « actions » pour éviter de payer des cotisations.
*  A- delà des augmentations de salaires il faut des exigences sur le blocage des loyers et lutter contre les logements vides et la spéculation ; mais de plus sur l’augmentation du champ de la gratuité (eau, transports …)
Il faut donc un lien entre un « bloc social » et un contrôle démocratique sur l’épargne des diverses couches riches de la population.

4- Pour les patrimoines, débattre et agir

75% du patrimoine est possédé par 30% de la population et 70% de la population possèdent 25% du patrimoine ;  notons que, parmi cet ensemble 20 % de la population possèdent 16,17% du patrimoine.
En moyenne, -en sachant qu’on devient rarement propriétaire avant 30 ans-, les 10 % les plus fortunés possèdent 700 fois ce que possèdent les 10% les moins fortunés et 46% de l’ensemble ; entre le 1% le plus haut et la moyenne des 10%, l’écart est de 600.000 à 1900€.

Evidemment, c’est dans cette partie des richesses qu’il faut  trouver une part à redistribuer.
Une fois après impôts, réorganisés, il restera des formes diverses d’épargne ; et là se pose la question de démocratiser la façon de traiter cette épargne : elle peut parfaitement avoir un statut voisin du livret A, (avec ou pas un « plafond de défiscalisation, et de quel niveau ?) avec des sommes d’un niveau très différent : placée sous garantie publique, avec un taux de rapport qui au moins met à l’abri de la crise financière, des sommes peuvent rester de la possession des épargnants. Mais l’usage de ces fonds doit être sous le contrôle réellement démocratique : les usagers, les salariés,  les syndicats, les collectivités locales   discutent  et font des choix, Se créé ainsi une sorte de lien concret entre les initiatives qui changent les rapports à la nature et les formes de productions, avec des instances et des espaces de discussion pour que se fasse la confrontation  démocratique.

Pierre Cours Salies

Type:  Article Jeudi, 2 Avril, 2020 - 18:55 Santé
François Calaret

Le régime économique et social actuel est mortifère

1 semaine ago

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Pierre Khalfa réagit à celle publiée par le Prix Nobel d’économie français Jean Tirole.

Il semble que la crise sanitaire actuelle soit propice à des prises de position à première vue surprenantes. Après Emmanuel Macron, suivi par ses ministres, faisant l’éloge de l’Etat-providence et des services publics et affirmant que le jour d’après ne ressemblerait pas au jour d’avant, voici le Prix Nobel d’économie (2014) Jean Tirole qui, dans un point de vue dans Le Monde (« Allons-nous enfin apprendre notre leçon », Le Monde du 26 mars), appelle à un changement de comportement et de politique.

Pour quelqu’un qui avait soutenu sans faillir les politiques néolibérales, voilà une prise de position qui mérite attention. Jean Tirole serait-il sur son chemin de Damas ?

Tout d’abord, il faut remarquer qu’il évoque non pas l’économie, mais les sciences sociales. Assez curieux pour quelqu’un qui s’était vivement opposé à la création dans les universités d’une section « Institutions, économie, territoire et société », visant à intégrer l’économie au sein d’un ensemble plus vaste, au motif que cela serait « une catastrophe pour la visibilité et l’avenir de la recherche en sciences économiques dans notre pays ». Remords tardif, prise de conscience ?…

Mais l’essentiel n’est pas là. Jean Tirole dénonce le fait que « nous sous-investissons dans l’éducation et la formation continue ; nous négligeons le combat contre le changement climatique et diverses autres politiques qui limiteraient les dommages causés à la prochaine génération par le climat, l’intelligence artificielle, la dette, l’inégalité et autres défis imminents ».

Mais qui est donc ce « nous » ? Ce « nous », ce sont pour lui « les peuples [qui] ont une mémoire courte, ils apprennent rarement de l’histoire », ce sont aussi « les citoyens [qui] ne mettent pas systématiquement la vie au-dessus de l’argent et ne sont pas prêts à réduire considérablement leur consommation en échange d’un monde plus sûr ».

La cupidité des plus riches

Ce seraient donc les peuples qui ont décidé de démanteler le système de santé, de réduire drastiquement les moyens de l’hôpital public, de diminuer considérablement le nombre de lits, d’en finir avec les stocks de masques au motif que cela était trop coûteux, etc.

Ce ne serait donc pas la cupidité des plus riches qui s’accaparent la richesse créée, ce ne serait pas le fonctionnement du capitalisme financiarisé, avec les flux incessants de marchandises à travers la planète, qui serait une des causes majeures du réchauffement climatique, ce ne seraient pas les délocalisations opérées par les multinationales dans les pays à bas salaires et aux droits sociaux réduits, combinées à la logique du « zéro stock » et des flux tendus, qui auraient entraîné une dépendance vis-à-vis de quelques pays devenus les « ateliers du monde », en particulier la Chine.

Non, tout ce qui nous arrive, ce serait la faute des peuples et des citoyens. Faire reposer sur les peuples des responsabilités qui ne sont pas les leurs a toujours été la rengaine des dominants.

La ficelle est quand même un peu grosse. Ainsi est mise de côté la responsabilité des gouvernements et des économistes néolibéraux qui les conseillent et est innocentée la logique d’un système qui fait du profit maximal son moteur. Le mode de développement induit par le capitalisme productiviste n’est même pas évoqué alors même que la dégradation accélérée des habitats des animaux, qui a détruit les barrières biologiques protectrices des êtres humains, est une des causes du passage des virus de l’animal à l’être humain.

Logique comptable et managériale

Ainsi, nous dit-il à propos de la santé, « nous ne pouvons pas échapper à la rationalisation de l’allocation des budgets existants ». Il propose donc de continuer d’appliquer la logique comptable et managériale qui a mené à la catastrophe présente. La seule solution qu’il envisage est « de repenser notre répartition collective des ressources entre les biens de consommation courante d’un côté, et la santé et l’éducation de l’autre ». En clair, cela signifie réduire la « consommation courante », c’est-à-dire le niveau de vie de toutes et tous, l’adjectif « courante » prenant ici toute sa signification.

Toutes celles et tous ceux qui ont du mal à boucler leur fin de mois apprécieront. Il ne s’agit donc pas de s’attaquer à la consommation ostentatoire des plus riches et encore moins de transformer radicalement le mode de consommation actuel induit par le capitalisme productiviste, qui fait de l’accumulation sans fin de marchandises le moteur de l’économie.

Concernant le changement climatique, il persiste dans la défense des « incitations financières » refusant toute réglementation et normes, alors même que les limites du « signal prix » sont manifestes en l’absence de contraintes fortes imposées aux entreprises.

La crise du coronavirus montre une fois de plus que le régime économique et social actuel est mortifère au premier sens de ce mot. Elle pourrait être l’occasion de prises de conscience salutaires. Mais elle peut être aussi l’occasion de discours en trompe-l’œil. Jean Tirole nous en offre un exemple patent.

Pierre Khalfa, membre de la Fondation Copernic et du conseil scientifique d’Attac.

Type:  Article Mardi, 31 Mars, 2020 - 10:33 Economie Santé
François Calaret

AVEC LE CONFINEMENT, C’EST L’EXPLOSION DES VIOLENCES INTRAFAMILIALES

1 semaine ago

Vendredi après-midi, à Tremblay-en-France, un père a battu à mort son enfant. L’homme a roué de coups son fils de six ans, retrouvé en état de mort cérébrale par les secours, appelés par la mère, témoin de la scène comme ses autres enfants.

À l’annonce du confinement, comme vous peut-être, j’ai vite pensé à toutes les violences intrafamiliales qui risquaient d’augmenter. Le confinement place les familles dans une situation d’isolement et de stress évidemment propices à l’augmentation de ce type de drames. Au contact étroit et permanent avec l’enfant, le parent qui vit la situation de confinement comme un accélérateur d’angoisses et de pathologies diverses peut plonger dans l’agression violente avec davantage de rapidité et d’intensité. Enfermés, les enfants ne peuvent plus compter sur les signaux d’alerte qui, d’ordinaire, sont susceptibles de s’enclencher à l’école, chez le médecin, grâce à des amis.

En temps normal, si j’ose dire, un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups de l’un de ses parents, selon un rapport de l’IGAS (Inspection générale de l’action sociale) remis en avril 2019. Un chiffre sans doute sous-estimé puisqu’il ne tient pas compte des meurtres non révélés, des nouveaux nés tués à la naissance. On constate toujours, avant le geste létal, des violences antérieures répétées. Le coup fatal n’arrive pas du jour au lendemain, il s’inscrit dans un processus d’humiliations psychologiques et d’agressions physiques. Les parents violents, à égalité entre les pères et les mères (en particulier dans les familles monoparentales), souffrent souvent de troubles psychiatriques ou d’addictions. Et les violences conjugales constituent un environnement favorable à l’enfance maltraitée.

En période de confinement, tout s’accélère. Le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a révélé, lors d’une émission spéciale de France 2 sur la crise sanitaire (si spéciale d’ailleurs qu’aucun membre de l’opposition n’a eu le droit de s’exprimer, comme si la démocratie était elle-même confinée !), que les violences conjugales ont augmenté de 36% en une semaine dans la zone de la préfecture de police de Paris et de 32% en zone gendarmerie. À vrai dire, je n’avais pas imaginé un tel niveau de carnage. On observe d’importantes variations en fonction des territoires, le Nord étant plus touché que l’Ouest par exemple. À Reims, je lisais hier dans Le Parisien que ces violences ont représenté 40% des gardes à vue la semaine dernière !

Autant vous dire que le milliard que nous n’avons pas réussi à arracher au gouvernement après tant de mobilisation grâce à la vague #MeToo contre les violences conjugales me fait plus mal au bide que jamais.

Les bonnes nouvelles ne viennent pas du gouvernement mais de la mobilisation sociale et citoyenne. La solidarité s’organise, c’est assez impressionnant. J’ai vu que la Fédération Solidarité Femmes, réseau de 67 associations spécialisées, vient de collecter 50.000 euros pour acheter des nuitées, des produits de première nécessité, de l’équipement informatique et téléphonique… Sur Twitter, par le biais de l’association Nous Toutes, des lieux d’hébergement chez des personnes volontaires tentent de se mutualiser. À des échelles micro-locales, des collectifs plus ou moins structurés viennent en aide, dans l’urgence, aux femmes et enfants en situation détresse. Oui, il y de l’auto-organisation ! Cela ne remplace pas des politiques publiques bien financées et qui se déploient à partir d’un maillage bien pensé, cela n’est pas aussi efficace que des réquisitions immédiates et en nombre suffisant de chambres d’hôtel par l’État pour les femmes violentées (eh oui, il faudrait oser l’incursion dans la propriété privée) mais c’est vital pour de nombreuses victimes.

Le confinement implique de redoubler d’efforts.

Quand on ne maîtrise plus ses allers et venues, quand la liberté est à ce point malmenée, quand la vie sociale est réduite à presque rien, quand tout se ferme, il y a un prix à payer sur la vie humaine. C’est pourquoi le confinement est une méthode qui n’est pas seulement coûteuse du point de vue économique. Elle a son revers de mise en danger psychologique et de violences démultipliées. Je parlais hier avec une aide-soignante qui me racontait tous les cas qui arrivaient dans son hôpital pour tentative de suicide, notamment par défenestration.

Les dégâts vont être terribles. Je me demande si au sommet de l’État on a anticipé ces graves dommages de la méthode de confinement face au Covid19. Je pense aux situations les plus extrêmes mais aussi aux méfaits sur l’état physique et mental de nombre de nos concitoyen.ne.s. Les pouvoirs publics vont-ils organiser une réponse, un accompagnement, une hausse de la prise en charge et des soins ? Ou l’austérité et le chacun pour soi vont-ils encore tout emporter ?

Le Premier ministre a annoncé hier que nous repartions pour quinze jours d’enfermement. Au moins. Si le plan de sortie n’est pas rondement mené, notamment par une production organisée et anticipée – matériels pour les hôpitaux et la protection au travail, kits de tests massivement disponibles -, je redoute que nous soyons encore confinés pour un long moment, sauf à prendre le risque de sortir de cette situation sans être prêt d’un point de vue sanitaire. Or, pour ne prendre qu’un exemple, mais il est symptomatique, l’entreprise Luxfer, la seule à fabriquer en Europe des bouteilles d’oxygènes dont nous avons cruellement besoin, n’a toujours pas été réquisitionnée : ses ouvriers continuent d’implorer l’État pour se remettre au travail. En écouter le gouvernement, à lire le grand entretient du ministre Olivier Véran aujourd’hui dans le Journal du Dimanche, je ne vois toujours pas de plan précis, global, pour nous conduire au dé-confinement. C’est flou, dramatiquement indigent.

J’appelle à la discipline en matière de confinement parce que nous n’avons pas le choix. Si au mois de janvier, les choses avaient été autrement envisagées par l’État, nous n’en serions pas à recourir à cette méthode d’un autre temps et à ses effets désastreux. Mais nous en sommes là…. Je termine en rappelant deux numéros verts d’urgence : le 119 pour l’enfance maltraitée et le 3919 pour les violences conjugales. Et en envoyant tout mon courage et ma solidarité à celles et ceux qui sont assignés chez eux dans un foyer maltraitant, avec un parent ou un conjoint violent.

Clémentine Autain

Type:  Article Lundi, 30 Mars, 2020 - 19:03 Santé
François Calaret

« On aurait pu sans doute avoir un vaccin et / ou des traitements prêts… »

1 semaine 2 jours ago

Interview du docteur Gérard Chaouat, immunologiste, chercheur CNRS.

Publié sur L'Anticapitaliste n° 515 ( https://npa2009.org/arguments/sante/coronavirus-aurait-pu-sans-doute-avo... )

Bonjour, peux-tu d’abord brièvement te présenter ?

Je suis immunologiste, chercheur CNRS dans une unité INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) en milieu hospitalier, retraité depuis 2009 mais directeur de recherches émérite, et, à ce titre, en temps normal, je vais tous les jours à mon labo.

Commençons par le commencement : CoVid ?

C’est un « nouveau » virus, pour l’homme en tout cas, puisqu’il était présent depuis longtemps chez le pangolin et la chauve-souris (la transmission vient plus probablement d’elle). La séquence du génome l’a démontré. Il n’est nul besoin d’imaginer un complot de l’armée US ou des laboratoires chinois. Des transmissions de ce genre se sont déjà produites : Ebola, le Sida où là encore les théories du complot ont surgi alors que les équipes de Pasteur en France et au Cameroun (entre autres) ont démontré le rôle des chimpanzés et/ou du singe vert. C’est un virus « émergent », comme l’a été en son temps (2002-2003) le SARS-CoV-1, responsable du SRAS, lui aussi un coronavirus. Ils appartiennent à la même famille, qui n’a rien a voir avec les virus de la grippe, mais ce coronavirus là est nettement plus contagieux que le SARS-CoV-1.

Tu parles de virus émergents. Était-ce « prévisible » ?

Oui, et je renvoie d’ailleurs à l’excellent article du Monde diplomatique de mars1. La multiplication des épidémies et pandémies à intervalles de plus en plus rapprochés est pour beaucoup d’éco-scientifiques liée à la mondialisation : transports aériens (qui nous mènent en quelques heures là où les caravelles prenaient des semaines) et réseaux routiers « désenclavant » les petits villages auparavant isolés – ce qui limitait la propagation – se surimposant à l’envahissement/destruction d’écosystèmes à des fins mercantiles, provoquant inévitablement la « confrontation » de l’homme à des virus avec lesquels il n’a eu aucun contact récent. Dans notre cas, la survenue d’une nouvelle épidémie à SARS était inévitable. D’où l’existence de réseaux d’alerte.

Mais était-ce prévisible, donc pouvait-on avoir une action préventive ?

Il est difficile de dire « oui » dans la mesure où les recherches ad hoc ont été stoppées avant d’aboutir. Un petit parallèle avec d’autres virus est utile. Pour la grippe, par exemple, on « prévoit » les mutations à venir, de sorte que l’on vaccine chaque année contre l’épidémie qui va survenir. Cela n’exclut pas une mutation inattendue. Ça a été le cas du H1N1 (2009-2010), mais l’existence d’équipes en alerte continue sur le sujet a permis de détenir très vite un vaccin, et de vacciner en masse. On sait que la mortalité en Europe et USA a été estimée au préalable de façon excessive, ce qui a nourri en 2010, et ensuite, les soupçons de collusion entre OMS et industrie pharmaceutique pour écouler une surproduction vaccinale.
Là, pour les corona, c’est un peu l’inverse. La structure des virus corona permettait d’envisager un/des déterminant(s) antigénique(s) commun(s) permettant le projet d’un « pan vaccin » anti-corona. Un des meilleurs spécialistes français à ce sujet, Bruno Canard, mérite d’être cité longuement : « On venait alors de lancer de grands programmes de génomique structurale sur les virus pour essayer de ne pas être pris au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus. Un projet européen lancé à cette fin à l’époque a été suivi d’autres programmes. L’irruption du SARS-CoV en 2003 a illustré la pertinence de cette démarche. Cela nous a conduits à décrire une première structure cristallographique dès 2004. […] Je pense qu’énormément de temps a été perdu entre 2003 et aujourd’hui pour trouver des médicaments. En 2006, l’intérêt pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. Nous avons alors eu du mal à financer nos recherches. L’Europe s’est dégagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Or, la science ne marche pas comme cela. Cela prend du temps et de la réflexion. […] J’ai pensé à tous les projets ANR (Agence nationale de la recherche) que j’ai écrits, et qui n’ont pas été sélectionnés. J’ai pensé à ce projet ANR franco-allemand, qui n’a eu aucune critique négative, mais dont l’évaluation a tellement duré qu’on m’a dit de le redéposer tel quel un an après, et qu’on m’a finalement refusé faute de crédits. »2

Tu veux dire que des projets de recherche sur des « pan vaccins » existaient et qu’ils n’ont pas été financés ?
Oui. D’abord, ça prend du temps de rédiger des projets et de les soumettre pour ne pas survivre qu’avec de maigres projets récurrents. Ensuite, il faut attendre et, en France, les projets retenus par l’Agence nationale de la recherche ne sont qu’une fraction des projets soumis, et c’est la même chose au niveau européen.
De plus, ces projets sont soumis en réponse le plus souvent à des « appels d’offres » qui correspondent aux sujets « en pointe », « prioritaires », à la mode ou « susceptibles de débouchés importants »… On voit ici, je vais y revenir, le danger de collusion public-privé…

Tu veux dire que les établissements français de recherche ne sont plus subventionnés comme « avant » ?

Oui. Quand j’ai démarré la recherche je fonctionnais très bien avec les seuls crédits d’État récurrents (normalement reconduits d’année en année). Puis sont apparus, à la fin des années 1970, les « actions thématiques programmées ». Mais elles représentaient une « cerise sur le gâteau ».
La situation s’est vite dégradée sous Chirac, puis Sarkozy et Hollande. D’abord, les crédits récurrents – hors grands instruments et programmes spatiaux – ont été rognés systématiquement, en dépit des promesses d’atteindre le niveau, défini par l’Europe, de 2 puis 3 % du PIB… Actuellement, un labo INSERM – favorisé par rapport au CNRS – ne fonctionne qu’à 25-30 % sur crédits récurrents, 15 à 20 % pour le CNRS. Puis sont venus les financements « privés », qui certes (ARC, LNFCC pour le cancer, legs à Pasteur ou à Curie) existaient déjà, mais une nouvelle ampleur a été donnée par Téléthon et Sidaction (« La recherche ne doit pas vivre de quêtes » reste un slogan d’actualité). Puis les fameux projets ANR.

Tu parais très critique sur la recherche sur projets…

Soyons clairs : jamais au Wellcome Research Institute ni au NIH (Bethesda, près de Washington, USA) on ne m’a demandé dans les années 1973-1974 puis 1980-1981 mon projet comme « exchange fellow » puis « visiting scientist », ni à mon retour sous Mitterrand et même Chirac au début. J’avais, attention – comme on l’a encore – une évaluation annuelle sur « rapport d’activité », et le labo était évalué tous les quatre ans, avec dépôt d’un nouveau projet pour reconduction ou fermeture. La recherche en réponse sur projets change tout. Hors thématiques que l’on ne peut abandonner (la recherche sur le Sida en est un exemple), ça donne beaucoup de définitions programmatiques par des technocrates… Or, comme disaient les manifestants au temps de « Sauver la Recherche », sous Fillon, « l’ampoule électrique n’a pas été inventée en faisant des programmes sur la prolongation de la vie et l’amélioration de la luminosité de la bougie ». Puis sont venues les fausses déclarations sur les budgets en augmentation, et en parallèle les coupes de postes… et l’arrivée des ­partenariats public-privé.

Le privé joue un rôle ?

Eh oui ! Merci Jospin, merci Allègre (et aussi Geismar), et la loi innovation recherche qui permet de créer des start-up à côté de son labo, mais aussi le crédit impôt recherche, don de milliards d’euros au privé sans retour vérifié, Cour des comptes dixit. Dans un certain nombre de cas, start-up et grosses boîtes pharmaceutiques deviennent de fait co-directeurs du labo… public.

Et les postes ?

Alors là, cata absolue : chute des postes, développement de la précarisation – très net en biologie mais pas que là –, d’où les premières manifestations sous Fillon, et la manifestation récente des collectifs de laboratoires.
Macron annonce une augmentation du budget recherche sur 10 ans…
D’abord, le compte n’y est même pas, comme le souligne le communiqué du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS). Ensuite, on a l’habitude de ces annonces. Tant qu’il n y aura pas de vote sur ça au Parlement, je resterais plus que sceptique… Pour moi, ce qui compte, c’est la situation actuelle qui est quasi catastrophique…

Alors, le virus ?

Bon, on aurait pu sans doute avoir un vaccin et/ou des traitements prêts… Mais ça, c’est un investissement sur l’avenir. Pas toujours à fonds perdus, parfois oui. C’est comme les machines à amplification génique (PCR, Polymerase Chain Reaction) pour détecter le virus. En avoir un nombre apparemment surdimensionné aurait en fait permis un dépistage à large échelle et une stratégie à la coréenne. Alors, bon, comme dit Bruno Canard, des chercheurs vont être mobilisés en urgence sur un « crash program »… Trop peu, trop tard. Et là encore, avec œil du privé qui, depuis les années 1990, investit peu en vraie recherche, mais engrange les profits. Alors qu’on a refusé entre 2009 et 2019 d’investir dans des projets fondamentaux(j’ai pris Canard comme exemple, il y en a d’autres).
La recherche, comme les infra­structures hospitalières, est un investissement sur l’avenir et le public, pas une « short run », à flux tendu, avec personnel précarisé, pour profits immédiats. Une politique, disons-le, et on le voit à chaque crise, criminelle.

    1. Sonia Shah, « Contre les pandémies, l’écologie », le Monde diplomatique, mars 2020.
    2. « Face aux coronavirus, énormément de temps a été perdu pour trouver des médicaments », lemonde.fr, 29 février 2020.

Type:  Article Samedi, 28 Mars, 2020 - 14:10 Santé
François Calaret

La guerre, sujet polémique !

1 semaine 3 jours ago

 

Le « nous sommes en guerre » de Macron suscite des méfiances multiples et légitimes (1)…
Le virus n'est un « ennemi invisible » que  par métaphore. Laquelle de surcroît doit être maniée avec précaution, car si le virus est caractérisé d'ennemi, un éventuel ennemi (et il en est de toutes sortes) risque d'être traité comme un virus (2)… Par ailleurs on a en effet toute raison de craindre les postures guerrières, de même que les appels à « l'union sacrée ».
Cela dit, le sujet n'en est pas épuisé pour autant.

En matière de guerre il est toujours instructif de se tourner vers les militaires.
Par exemple le général Desportes qui, à cette même question qui nous interpelle à propos du slogan de Macron, répond (3) : « Littéralement il ne s'agit pas d'une guerre (…) Il est donc erroné de dire que notre combat contre le coronavirus est une guerre. Pour autant, Emmanuel Macron a raison d'avoir établi le parallèle et d'avoir parlé de guerre, et par six fois. »
Bref, face au virus, en appeler à la guerre c'est à la fois faux et vrai.

Donc la question est plus épineuse qu'il y paraît.
Pas seulement du fait que la notion de guerre peut être mise à diverses sauces : guerre économique, guerre de classes, guerre froide, guerre sanitaire à présent, et même « drôle  de guerre »… Mais parce que dans le cas  qui nous intésse très directement, s'il faut admettre que bien évidemment ce n'est pas la guerre au sens vrai du mot,  cela y ressemble. D'où l'analogie possible, ou le « parallèle » pour reprendre le terme du général. Problème que l'on a déjà connu suite aux attentats terroristes (qui ont conduit à l'installation de patrouilles militaires dans les espaces publics de nos villes…). (4)
La rhétorique a ses exigences. Si Macron avait dit : « C'est comme si nous étions en guerre », le propos aurait gagné en exactitude, mais certainement perdu en efficacité par rapport à l'objectif qui est d'appeler à la mobilisation.
Une mobilisation (autre terme militaire, surtout lorsqu'elle se veut « générale ») bien étrange au demeurant, puisque l'effort de guerre consiste à rester chez soi, confiné (5), à ne plus se déplacer, à ne plus aller travailler. Avec pour conséquence un quasi arrêt de la machine économique, à laquelle on ne devrait plus demander que de répondre aux besoins vitaux de la population. Et dont on aimerait qu'elle fournisse vite et en quantité less matériels dont les soignants ont un urgent besoin (lesquels n'hésitent pas à filer la métaphore militaire en indiquant qu' « envoyés au front », ils ont besoin de « casques et de munitions »...)

Selon notre général que veut dire « être en guerre » ?
Trois choses, dit-il :
« 1) Faire prévaloir le collectif sur l'individu.
   2) Subordonner l'intérêt personnel à l'intérêt national.
   3) Restreindre les libertés d chacun pour permettre la survie de tous. »
On peut discuter de chacun des termes utilisés, mais grosso modo cela ressemble à ce qu'on connaît.
Du coup, le problème est peut-être moins ce qui a été dit que qui l'a dit.
Même s'il ne s'agit que d'une « ressemblance » avec la guerre, cette mobilisation, dont tout à chacun voit qu'elle s'impose, implique un double impératif : la discipline des individus et la concentration du pouvoir. C'est cela qui appelle à une double vigilance. Cette discipline, au service de quelles obligations ? Ce pouvoir accru, entre quelles mains ?
Plaignons les peuples qui doivent les confier à celles de Trump, Bolsanoro, ou quelques autres….
Et félicitons-nous d'une chose. Comme ce n'est pas  une guerre au sens vrai du terme, l'état-major qui entoure le pouvoir politique, le conseille, et dirige les opérations, n'est pas composé de généraux mais de médecins. De par leur engagement et leur mission ceux-ci sont respectueux de la santé et de la vie, grosse différence avec ceux-là.

Hors de toute polémique, cette question, pour une part d'ordre lexicologique, fait écho à une interrogation autrement troublante quant aux catastrophes qui menacent. C'est à fort juste titre que Ramon Epstein le souligne dans son texte publié sur AOC : « D'ailleurs, la mobilisation du terme de guerre par les élus, les derniers présidents de la République en tête, signifie aussi qu'il faut, d'une manière plus courageuse autant que plus collective, intégrer cette absence de maîtrise sur les événements à une échelle encore rarement vue. Longtemps, il n'y avait eu que la guerre, maintenant le spectre des événements aux effets semblables s'est élargi.» (6)

Francis Sitel

Notes :
(1) : Cf. la contribution de Jean-Claude Mamet « Survivre au coronavirus, mais aussi… aux gaz à effet de serre (bientôt) », 20 mars 2020.
(2) Cf. l'article de Claire Demoulin, « Drôle de déclaration de guerre... », in Libération 23 mars 2020.
(3) : « Général Desportes : "Mobiliser, comme à la guerre" », entretien in Le Figaro, 20 mars 2020.
(4) : La philosophe Claire Marin, dans une réflexion qui récuse à propos de l'épidémie la référence à la guerre, accorde cette idée d'une ressemblance possible : « Ce qui peut éventuellement rappeler la guerre, c'est le fait que nous vivons collectiveemnt au même moment, la menace et le confinement ». Et : « Pour nuancer mon propos, je dirais que ce n'est pas une guerre, mais que cette expérience a un potentiel destructeur, moralement et psychiquement comparable à une guerre, pour certains d'entre nous, en particulier ceux fragilisés par des blessures du passé ». In Le Monde, 25 mars 2020.
(5) : Cf. l'article de Maxime Combes : « Rester confiné chez soi, sur son canapé, n'a strictement rien à voir avec une période de guerre », in Basta, 18.03.2020.
(6) : Ramon Epstein, « Nous sommes en guerre !», in AOC, 23.03.2020.

Type:  Article Vendredi, 27 Mars, 2020 - 18:51 Santé
François Calaret

ILS NE CONFINERONT PAS NOTRE COLÈRE

1 semaine 3 jours ago

Hier, la journée fut sinistre. Elle a commencé au son des 25 ordonnances du gouvernement. Du jamais vu depuis 1958, en pleine guerre d’Algérie. Elle s’est terminée au son lugubre d’un Président de la République qui se met en scène comme un chef de guerre, en espérant ainsi masquer le vide de son discours.

J’ai beau les avoir lues et relues dans la journée, rien de rien sur les réquisitions d’entreprises, les nationalisations nécessaires. Pas le début d’un plan pour produire ce dont nous avons besoin comme matériels pour les hôpitaux et pour nous protéger collectivement – notamment celles et ceux qui travaillent dans des secteurs essentiels.

En revanche, ces ordonnances sont carabinées pour détruire le code du travail, avec la semaine de 60 heures autorisée et des remises en cause impressionnantes de conquis sociaux. Les 48h maximum imposées par les normes européennes sont allègrement piétinées. Toute la souplesse est donnée aux patrons pour flexibiliser, précariser, intensifier le travail. Adieu vacances et dimanches… Les dates des jours de RTT et les jours de repos affectés au compte-épargne temps du salarié pourront être dictées ou modifiées « unilatéralement » par la direction, sans qu’un accord collectif soit requis. Le recours au chômage partiel est facilité. Ne nous y trompons pas : non seulement les ouvriers et employés des secteurs essentiels sont dès aujourd’hui transformés en chair à canon mais tout est préparé pour imposer durablement un nouveau choc ultra-libéral.

Les banques sont au centre des aides économiques prévues par les ordonnances, sans aucune exigence de contreparties. On aurait pu rêver que les ordonnances interdisent le reversement de dividendes, au moins cette année, pour aider au partage des richesses. Nada. L’annonce de 4 milliards d’aide pour les start-up fait un drôle d’effet quand on ne connaît toujours pas le montant du soutien aux hôpitaux… Nous n’avons pas signé de chèque en blanc au gouvernement le week-end dernier en votant contre la loi portant sur les mesures d’urgence sanitaire. Si certains doutaient de notre position, elle prend tout son sens avec cette mise en application concrète de ces 25 ordonnances…

Dans la matinée, nous recevons sur nos boucles Telegram un message de notre collègue eurodéputé Younous Omarjee : tant attendus par les soignants libéraux, les 200.000 masques livrés à l’île de La Réunion sont moisis et tâchés, certains avec des insectes dedans ! Idem à Mayotte. Quand le pire se produit en France, c’est toujours le pire du pire dans les Outre-Mer… Accablant.Un peu plus tard, je découvre ce sondage : pour 65% des Français, le gouvernement est responsable de la pénurie car il n’a pas pris les bonnes mesures pour rectifier le tir (https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-sept-f...). La colère monte…. Ils ne réussiront pas à la confiner.

La journée fut affreusement animée par les déclarations de la porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Dyae. En pleine crise sanitaire, nous pourrions en rire si nous n’avions pas la gorge si nouée par la gravité de la situation quand en point presse, elle déclare : « Nous n’entendons pas demander à un enseignant qui aujourd’hui ne travaille pas de traverser toute la France pour aller récolter des fraises ». Chassez le naturel… On se demande comment ce gouvernement peut nous asséner « il y a une continuité pédagogique », puisque les profs doivent trouver les moyens d’assurer cours et/ou devoirs, et, « en même temps », se voir traiter avec autant de mépris et comme s’ils ne faisaient rien de leurs saintes journées… La porte-parole ne s’est pas arrêtée là : « Le Président ne porte pas de masques parce qu’il n’y en a pas besoin quand on respecte les distances de protection ».Une fois de plus, on ne comprend rien aux consignes. Or ces contradictions du pouvoir ont un impact concret sur les pratiques des gens et leurs angoisses. Macron nous incite à aller au théâtre et, cinq jours plus tard, l’arrêté de confinement est signé, les espaces culturels sont fermés. Les ministres Blanquer et Véran nous disent de ne pas avoir peur d’envoyer les enfants à l’école et, trois jours plus tard, les établissements scolaires sont fermés. Le gouvernement maintient la tenue des élections municipales mais, la veille, le Premier ministre annonce les mesures de confinement. C’est ainsi que les Français ressentent une navigation à vue au sommet de l’État de nature à accroître le sentiment de ne pas être protégé.

C’est pour finir avec un masque que nous avons découvert Emmanuel Macron au journal télévisé hier dans un hôpital à Mulhouse. C’est ensuite dans un décor de guerre soigneusement calibré, avec ses tentes militaires, qu’Emmanuel Macron a prononcé son discours. Le Président apparaissait tout petit devant les événements. Il n’a trouvé ni les mots, ni les actes à la hauteur du défi sanitaire. Aucune annonce, en dehors d’un plan pour l’hôpital, déjà annoncé et ré-annoncé, même s’il est maintenant « massif », mais nous ne connaissons toujours pas le montant de la dotation aux hôpitaux, ni celui des primes immédiates… Notons que seuls 22 millions de Français l’ont écouté contre 35 millions lors de sa précédente intervention. Un signe de défiance ?

Avant de m’endormir, comme un lot intime de consolation dans ce terrible paysage, j’ai entonné ce refrain d’un chant révolutionnaire de 1871 :

Oui mais !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront.

Clémentine Autain

Type:  Article Vendredi, 27 Mars, 2020 - 18:49 Santé
François Calaret

Questions au gouvernement, puisqu’elles sont restées sans réponse

1 semaine 5 jours ago

Il faut voir l’ambiance dans l’Assemblée nationale déserte, où seuls une poignée de députés et deux ou trois ministres siègent pour les questions au gouvernement… À un mètre au moins les uns des autres et sans partager les micros… Vigilance… Dans la salle des quatre colonnes qui grouille habituellement de journalistes et d’élus, seul BFM avait dépêché une équipe. Il est vrai que l’Assemblée fut un véritable foyer épidémique et que les mesures de confinement, les gestes barrière, doivent y être respectées. Je veux dire avec force combien la démocratie ne peut être engloutie dans le néant au nom de la crise sanitaire. Nous l’avons vu avec la loi sur les mesures d’état d’urgence sanitaire : les parlementaires, les oppositions doivent pouvoir exprimer leur point de vue. Nous avons argumenté et voté contre, et je vous invite à lire le point de vue tranché d’un avocat pénaliste qui nous alerte sur les dangers en termes de droits et libertés dans la durée (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/raphael-kempf-il-faut-de...) L’exécutif ne peut bénéficier de tous les pouvoirs dans un moment comme le nôtre. Je rappelle que même pendant la Première Guerre mondiale la séparation des pouvoirs fut maintenue.

Hier, j’ai donc posé une question au gouvernement. Pour que la démocratie fonctionne, il faudrait que nous ayons des réponses dignes de ce nom. Ce ne fut pas le cas. C’est la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, qui m’a répondu – si l’on peut dire… J’ai reçu un commentaire qui résume en ces termes : « Tu dis qu’il faut relancer l’entreprise qui fabrique de l’oxygène, comme le demande les salariés virés, et la ministre te répond qu’il faut féliciter LVMH qui va produire des masques ou des gels. C’est un scandale !!!!! ».

J’avais pourtant des questions précises, donnant à voir (dans le temps si court imparti… 2 minutes !) ce que pourrait être un plan de mobilisation sanitaire pour organiser notre réponse, dans la durée. Je les repose ici, en étayant un peu.

Les appels au secours se multiplient sur le défaut de matériels qui met en grave danger les personnels soignants. Un exemple parmi tant d’autres : six jours après les promesses de distribution de masques dans les pharmacies, Christian Lehmann, médecin dans les Yvelines, doit encore se contenter de 50 masques chirurgicaux retrouvés par sa pharmacienne et datant de 2009. Les stocks de masques n’auraient pas dû être détruits et l’histoire de ce scandale d’État est maintenant dans le domaine public ( lire par exemple : https://www.franceculture.fr/politique/penurie-de-masques-les-raisons-du...). La France a parié sur le grand marché mondial, sur l’importation, et s’est donc dépossédée en matière de souveraineté, de capacité de réaction et de protection. C’est ainsi que l’entreprise Honeywelle Safety a dû arrêter de produire 200 millions de FFP2 par an faute de commande de l’État (https://mobile.france.tv/france-2/journal-20h00/1319657-journal-20h00.html).

Maintenant, on sait qu’il faut anticiper la fabrication en France. En 48 heures, les Tissages de Charlieu dans la Loire ont modifié leur ligne de production pour en fabriquer 130.000 par jour (https://www.la-croix.com/Economie/Entreprises/Coronavirus-130-000-masque...). L’Atelier Tuffery en Lozère, entreprise éthique, a décidé également de s’y mettre, sans dégager le moindre profit (https://www.bastamag.net/Masques-covid19-penurie-PME-Lozere-filiere-cour...). D’autres entreprises mettent la main à la pâte mais l’État doit planifier cette production d’ensemble, la maîtriser, réquisitionner autant que de besoin dans le monde du textile, et en coordonnant avec d’autres secteurs pour les masques plus protecteurs qui nécessitent des savoir-faire spécifiques. D’où ma question : quelles entreprises l’État va-t-il enfin réquisitionner pour fabriquer des masques, des gants, des sur-blouses ou encore des charlottes ? Quelle chaine d’approvisionnement est mise en place ? Pas de réponse, sinon des remerciements aux industriels, une phrase sur la difficulté à fabriquer des masques homologués en raison des propriétés filtrantes et un vague « nous avons réussi à mobiliser les filières industrielles dans ce combat ».

Les hôpitaux manquent également de bouteilles d’oxygène. Luxfer, seule usine qui en fabriquait en France, a été délocalisée en 2018 mais ses ouvriers implorent une remise en activité (https://www.marianne.net/economie/appels-nationaliser-l-usine-de-luxfer-...). Le gouvernement va-t-il enfin le permettre ? Pas de réponse, en dehors des mêmes termes généraux.

Les cliniques privées demandent à être réquisitionnées (https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-les-clin...). Qu’attend l’État ? Pas de réponse.

La pénurie de gel est aussi préoccupante. Les messages de prévention nous demandent de nous laver les mains avec du savon ou, à défaut, avec du gel hydroalcoolique, mais bon courage pour en trouver. La situation s’est améliorée mais nous sommes nombreux à faire l’expérience de ne pas en trouver dans notre pharmacie. Quelle mainmise de la puissance publique sur les entreprises françaises qui peuvent en fabriquer ? La ministre me répond que la production de gel a été augmentée grâce à LVMH ou Pernod-Ricard et qu’il n’y a pas de manque de gel, ce qui a fait sacrément tousser dans les commentaires sur mes réseaux sociaux…

La France a délocalisé l‘essentiel de la fabrication de paracétamol. Depuis la délocalisation de Rhône-Poulenc, 85% provient des États-Unis et 15% de la Chine. Il semble que nous ayons aujourd’hui deux mois de stocks. J’ajoute que nous manquons également d’intubateurs. Quand et comment le gouvernement va-t-il relancer ces productions en France ? Pas de réponse, en dehors de termes très généraux sur la « reconquête industrielle » et la « relocalisation » à enclencher – après avoir imposé les traités de libre-échange de type CETA, entendre dans la bouche d’En Marche l’objectif de relocalisation, comme s’il avait toujours été là, fait un drôle d’effet…

Je demandais des réponses claires, précises, chiffrées et je me retrouve face à un discours général qui n’est pas de nature à rassurer. En pleine crise sanitaire, on ne peut pas naviguer à vue et compter sur le bon-vouloir des entreprises incitées à contribuer à l’effort national. Puisque le gouvernement se prépare depuis deux mois – le Premier Ministre l’a rappelé avant-hier au Journal Télévisé – la puissance publique devrait maintenant pouvoir dire « nous réquisitionnons telle et telle entreprise pour fabriquer tel produit manquant et nous pouvons vous affirmer que tant de ce produit seront disponibles dans tant de jours ». Je constate que l’idée de réquisitionner est étrangère à des dirigeants totalement acquis aux normes néolibérales. D’ailleurs, le ministre Bruno Le Maire au moment de la privatisation d’ADP ou de la Française des jeux s’était montré sans ambiguïté : l’État n’a « pas vocation à diriger des entreprises concurrentielles ». Aujourd’hui le ton a un peu changé face aux événements puisque, sur BFM Business le 18 mars, le même ministre disait : “Si pour protéger notre patrimoine industriel il faut aller jusqu’à la nationalisation de certaines entreprises parce qu’elles seraient attaquées sur les marchés, je n’aurai aucune hésitation. » Je dis un peu parce que cela ne relève pas de l’État stratège et protecteur que j’appelle de mes vœux. Il s’agit en gros de socialiser les pertes. Le patron du Medef ne dit pas autre chose quand il plaide pour une nationalisation de certaines entreprises en difficulté (http://www.leparisien.fr/economie/coronavirus-le-medef-favorable-a-la-na...). Nous, ce que nous voulons, c’est que l’État se dote des moyens nécessaires pour répondre au défi de la crise sanitaire, et pour cela, les incursions dans la propriété privée ne doivent pas être taboues mais subordonnées à l’intérêt humain, et la mise en commun des richesses doit permettre d’augmenter nos capacités pour répondre aux besoins essentiels.

Je n’ai pas parlé, dans ma question hier, du dépistage mais l’enjeu des tests est aussi décisif. Or pour l’instant, les laboratoires français et les usines manquent de matériel pour fabriquer des kits à cet effet. Nous en fabriquons aujourd’hui environ 5.000 par jour… C’est dire si c’est une denrée rare….  Nous n’avons pas suffisamment de composants pour produire ces tests : les réactifs pour détecter le virus, les bâtonnets qui servent à introduire le réactif dans la narine du patient. C’est d’autant plus dramatique que relever ce défi pourrait modifier la stratégie de confinement dont les méfaits psychologiques, physiques, sociaux sont devant nous. Pour la deuxième fois en quelques jours, des syndicats de soignants ont saisi le Conseil d’État. Ils portent notamment l’exigence de masques pour l’ensemble de la population et un dépistage massif (http://www.leparisien.fr/faits-divers/coronavirus-masques-tests-chloroqu...).

Notre santé ne peut pas être indexée sur le profit. Hier matin sur France Info, Bruno Le Maire a invité « à faire preuve de la plus grande modération dans le versement des dividendes » cette année. Je repose ma question, à laquelle je n’ai eu aucune réponse, même évasive : pourquoi une simple invitation verbale et non une contrainte légale, comme vous savez le faire quand il s’agit de contraventions individuelles pour manquement aux règles de confinement ?

Clémentine Autain

Type:  Article Jeudi, 26 Mars, 2020 - 09:30 Santé
François Calaret

Lucien Sève.

1 semaine 6 jours ago

 

La mort de Lucien Sève est un véritable choc et une grande perte. Il est l’image et un grand animateur d’un communisme vivant, qui s’inscrit dans les cheminements de celles et ceux qui sont en quête d’émancipation. Son cheminement à lui, est passé par la direction du Parti Communiste sans s’enfermer dans sa culture dominante qu’il assumait avoir dans un premier temps partagé. Il a multiplié ses efforts pour que ce qui devait être un outil ne se substitue pas à l’idéal. Lui-même considérait qu’il avait eu « trois âges » de communiste et était peu fier de ses débuts de philosophe au PC. Il disait gaiement que c’était son troisième âge le plus fécond. A ses propres yeux, il n’a jamais cessé d’évoluer vers un communisme encore impensé. Ainsi il a participé à ce que le Parti ne s’arroge plus d’être juge des pratiques hors du champ politique et c’est dans le même esprit qu’il a prôné de « commencer par les fins » c’est-à-dire que le seul guide soit l’horizon émancipateur à construire. Au fil du temps, il a contribué à dégager la pensée marxiste de tout dogmatisme : au lendemain de 68, il a intégré le rôle de l’individu et de sa subjectivité aux données de la lutte des classes, le « Je » base du « Nous » à une époque où cela n’était pas le credo des communistes et ce, tout en démolissant méthodiquement la théorie selon laquelle les uns seraient plus doués que d’autres ; travail qu’il a poursuivi avec l’aide de sa femme Françoise traductrice du trop méconnu Vygotsky. Il a mis en lumière un Marx moderne incluant la question de l’aliénation des individus. Il prônait de savoir chercher dans toute situation ce qu’elle pouvait comporter d’éléments contradictoires et donc de leviers. Ainsi, il dégageait des contradictions engendrées par la confrontation entre le capitalisme et la poussée des forces productives ce qu’il appelait le « déjà là » qui pouvait nourrir un processus révolutionnaire de dépassement du système, jusqu’à sa disparition. Au fur et à mesure qu’il se libérait (jusqu’à le quitter) de l’appareil, il libérait une capacité à dégager du présent et du mouvement que prenait la civilisation humaine, l’actualité du communisme, élaborant le concept de Révolution Anthropologique, incluant dans les enjeux de notre temps toutes les dimensions, possibilités de thérapies génétiques et de clonage humain comprises. Plus que jamais il fallait dépasser le capitalisme non par l’illusion de l’inspiration soviétique mais par un processus à la fois continuel et haché, entre les mains des exploités et dominés. Tirant les leçons de l’Histoire, il participait aux débats qui inscrivent la désaliénation dans un processus à la fois de dépassement de la domination du capital notamment au travail et à l’égard de l’État dont il portait de plus en plus une critique historique. Chercheur révolutionnaire, militant infatigable, Lucien venait d’impulser un travail collectif sous le vocable de « Capitalexit ». Il s’est éteint à 93 ans en plein travail et en pleine animation de travaux collectifs.

Celles et ceux d’entre nous qui l’ont côtoyé perdent un ami et quelqu’un à qui ils sont redevables. Ceux-là viennent de perdre un peu d’eux-mêmes. Tous perdent un animateur d’une construction de pensée propre à changer le cours des actions populaires d’autant plus puissant qu’il était toujours si posé, à l’écoute et si réactif aux propos des autres.

Nous saurons poursuivre nos travaux sur l’actualité du communisme.

Association des Communistes Unitaires.

Type:  Article Mercredi, 25 Mars, 2020 - 13:08 Vie du mouvement
François Calaret

ET SI ON AVAIT UNE STRATÉGIE INDUSTRIELLE ?

1 semaine 6 jours ago

Pour faire face au coronavirus et répondre, dans la durée, aux besoins essentiels

Les manquements frappent aujourd’hui là où nous avons alerté maintes fois.

Comment est-il possible, à l’heure de la crise sanitaire, que nous n’ayons pas les moyens, dans la VIe puissance économique mondiale, de produire autant de masques, de gants ou de gel hydroalcoolique que de besoins ? Pourquoi en décembre 2018 avons-nous laissé l’entreprise Luxfer être délocalisée, cette usine qui produisait des bouteilles à oxygène dans le Puy-de-Dôme qui font maintenant cruellement défaut dans les hôpitaux ? Comment se fait-il que 100% du paracétamol disponible en France soit importé d’Asie, nous mettant face à une potentielle pénurie alors que nous luttons contre le Covid19 ? Quelle improbable stratégie de court terme a pu conduire l’État, il y a dix ans, à détruire les stocks de masques chirurgicaux et FFP2 ? Nous réalisons à quel point les choix d’hier nous mettent dans le mur en pleine crise sanitaire. Ce ne sont pas des questions de spécialistes mais bel et bien des enjeux majeurs de souveraineté et d’anticipation, qui nous concerne toutes et tous.

À plusieurs reprises depuis le début du quinquennat, insoumis ou communistes, nous avons interrogé le gouvernement sur sa stratégie industrielle, en regrettant que, comme leurs prédécesseurs, les macronistes dilapident des entreprises détenues par l’État, soient incapables d’empêcher des délocalisations ou dérégulent l’économie réelle avec de nouvelles batteries de traités commerciaux internationaux. Le défaut de perspective industrielle digne de ce nom est notamment criminel du point de vue de la lutte contre le réchauffement climatique. Comment assurer la transition écologique indispensable si la puissance publique se dépossède de ses leviers industriels, ne sait pas intervenir intelligemment sur ce que l’on produit et comment on le produit ?

Parfois, j’ai eu l’impression de prêcher dans le désert. J’ai regretté, par exemple, que nous n’ayons pas réussi à enclencher une campagne de masse contre le CETA. Ce traité de libre-échange, sur lequel je m’étais engagé pour mon groupe à l’Assemblée nationale, inaugurait l’ère de textes bilatéraux signés à tout va, qui lamine notre souveraineté et, à la faveur de barrières douanières modifiées, organise une jungle de concurrence libre et non faussée. Autant de chèques en blanc signés aux multinationales. Sans grand débat public, ces textes comportant des milliers de pages touchent à notre vie quotidienne, de la santé aux services publics, en passant par la culture. Effrayant.

Le moment est venu de changer de stratégie. Le laisser-faire est une catastrophe. L’intérêt des grands groupes qui cherchent à dégager du profit n’est pas le bon guide pour satisfaire les besoins. En urgence, la France aurait déjà dû réquisitionner des usines pour produire ce dont les hôpitaux ont besoin pour soigner et abaisser rapidement le taux de mortalité. A moyen terme, il faut organiser la relocalisation de l’économie, en commençant par cesser de recourir à la production à l’autre bout du monde de produits que l‘on peut produire en France. Le temps est venu d’ouvrir le débat public sur nos besoins et de chercher à prévoir dans le temps le développement des moyens industriels pour y répondre. C’est un enjeu de santé publique, de responsabilité écologique, de souveraineté et donc de démocratie, de soutien à l’emploi dans notre pays. Nous ne pouvons pas laisser nos vies dans les mains des marchés financiers. Si nous continuons à mettre à mal tous nos moyens d’intervenir dans les choix de production, où allons-nous ? Nous irons de désastre en désastre. La crise du coronavirus pourrait être l’occasion de prendre la mesure des choix à opérer et d’engager une grande bifurcation de modèle économique et industriel.

Au moment où je termine ces lignes, je vois qu’Airbus a décidé de rouvrir partiellement ses usines…. L’urgence ? L’Airbus A320. L’entreprise aurait reçu 20.000 masques. Notre société ne tourne vraiment pas rond…

Oui, ma colère monte.

Clémentine Autain

Type:  Article Mardi, 24 Mars, 2020 - 17:51 Economie Santé
François Calaret

Face au coronavirus, pas de macrovaccin... Il faut changer d’antidote !

2 semaines 1 jour ago

Si le Covid-19 est un danger mortel pour les populations, le vaincre est bien sur la priorité des priorités.
Mais que penser de la posture "guerrière" adoptée par le Président Macron ?

Combattre un "ennemi invisible" ?
Si c'est un "ennemi invisible", il est transparent... Et laisse voir ses complices. Entre 2003 et 2018, le nombre de lits
de nos hôpitaux est passé de 468.418 à 395.693 !
Soit 18 % de moins, quand la population française augmentait de 8 %. Ainsi, sans même intégrer les effets du vieillissement, ce nombre aurait-il seulement suivi la démographie, on en compterait 111.135 de plus !
Si le confinement décrété par le gouvernement est assurément indispensable, ce n'est pas tant à cause du virus que de l’insuffisance des moyens matériels et humains pour y faire face. A vouloir réduire depuis des décennies la "charge" des services publics sur l'économie, on voit ce qu'il nous en coûte aujourd'hui : ce libéralisme criminel a des conséquences humaines dramatiques.

Avec quelles armes ?
Quand les chinois construisent des hopitaux en deux semaines, notre gouvernement n'est pas seulement foutu, en deux mois de doter le personnel soignant de masques, de gants, et de solution hydroalcoolique !
Oui, prévenir, soigner, développer une politique de santé publique, coûte cher. Mais si les caisses de l'Hopital public sont vides, celles des paradis fiscaux débordent ! Et la Suisse, Andorre, le Luxembourg, Guernsey, Monaco, le Liechtenstein... c'est à notre porte !
L'Europe est aujourd'hui l'épicentre de l'épidémie.
• combien lui faudra-t-il de morts pour réquisitionner les milliards volés au fisc de leurs pays respectifs ?!
• combien en faudra-t-il à la France pour rétablir l’Impôt sur la fortune ! Supprimer les 20 milliards par an d’allègements de cotisations concédé au MEDEF, qui plombent la Sécurité sociale et nos retraites !
• combien de fraudes pour sanctionner les patrons-voyous des multinationales  (Total, Amazon, etc.) ?

Pour quelles mesures d'urgence ?
Même quand il prétend "aider" les salariés, Macron trouve encore moyen de les arnaquer ! Une aide, la mise en chomage partiel avec 70% du salaire brut ? Pour les entreprises, oui. Elles seront remboursées par l'Etat. Mais les salariés en seront de 30% de leur poche... Alors que le recours au "droit de retrait" –  dont on les dissuade ainsi – leur assurerait l'intégralité de leur salaire !
Entre la santé et les moyens de vivre, on ne choisit pas :
• maintien du salaire à 100% dans tous les cas !
• abrogation des réformes anti-chômeurs !
• aide publique aux travailleurs intermittents et artisans en difficulté !
Il y a urgence à soustraire notre système de santé,  la protection sociale, le droit du travail à la logique du profit... et aux diktats des profiteurs.
• Priorité à l’Hôpital public et au service public de santé !
• Nationalisation de l’industrie pharmaceutique et relo-calisation de la production de médicaments !
• Recrutement massif de personnel soignant !
• Investissement public dans la recherche médicale !
Face au coronavirus, pas de macrovaccin... Il faut changer d'ordonnance !

Ensemble Paris 11

Type:  Article Lundi, 23 Mars, 2020 - 14:00 Santé
François Calaret

La gauche européenne face au Covid 19

2 semaines 1 jour ago

Nous présentons ci dessous quelques positions prises diverses forces politiques d ela gauche alternative en Europe face à la crise sanitaire du COVID 19 :

 

https://anticapitalista.org/2020/03/21/video-anticorpi-per-la-quarantena/
Fermer les parcs publics? Fermez les productions non essentielles!
Fabrizio Burattini

Après une longue méditation, le gouvernement a donné naissance à la dernière souris. Hier, le ministre de la santé, face à la flambée dramatique des infections et des décès, notamment en Lombardie, a rendu un arrêté qui ferme les parcs publics et tous les exercices publics, interdit toute activité récréative sauf sur le trottoir sous la maison, et empêche l'utilisation de "résidences secondaires" le week-end (pour les chanceux qui en sont propriétaires).
Dans l'intervalle, comme si tout cela n'avait aucun rapport avec la propagation du virus, des millions de personnes doivent encore se déplacer quotidiennement, aux heures de pointe habituelles, encombrant les transports en commun pour aller travailler dans les usines et les bureaux.
La «beauté» de tout cela est que, d'une part, des milliers de travailleurs qui ont fait la grève et sont toujours en grève, les syndicats de base et de nombreuses RSU qui protestent contre cela sont d'une part CGIL et, d'autre part, les (à droite) présidents des régions du Nord et de l'ensemble de la droite politique.
D'un autre côté, une souris née d'un gouvernement qui apparaît et est faite pour apparaître au public comme un "gouvernement de gauche", un gouvernement qui, au lieu d'écouter les voix issues des grèves, écoute et partage les préoccupations de Confindustria et, encore une fois une fois, il n'aborde pas la question de la fermeture d'emplois non essentiels. Avec le coût en vies humaines que nous voyons chaque jour dans les bulletins de santé. Et aussi prendre la responsabilité de faire apparaître Salvini comme celui qui a à cœur le sort des travailleurs, quand il déclare qu'il faut fermer tout ce qui n'est pas essentiel.
Au lieu de cela, tout voile d'hypocrisie doit être levé, en fait si le gouvernement Conte obéit aux demandes de Confindustria, Salvini, dans ces heures, propose pour sa part à Confindustria la proposition de la taxe uniforme pour les entreprises. Pas d'impôts et pas d'immobilisations, avec pour conséquence un démantèlement supplémentaire des soins de santé publics et universalistes et de tous les autres services publics.
À la lumière de l'ouverture de l'Union européenne à de nouvelles injections de liquidité, le centre-droit et le centre-gauche démontrent ainsi qu'ils ont déjà une idée claire de qui ils veulent l'utiliser.

Les médecins et les infirmières les appellent des anges blancs, ils font de la chair à canon
Armando Morgia

Avec l'hypocrisie habituelle dont la politique italienne est masquée, les médecins et tous les personnels de santé, engagés dans la lutte contre la couronne virale, comme les anges en blouse blanche, continuent de se définir.
La vérité en est une autre, celle d'une utilisation de ces ouvriers comme fantassins au front pendant la Première Guerre mondiale, comme Cannon Flesh.
En fait, n'oublions pas comment il y a seulement deux ans deux infirmières, juste de Spallanzani, ont dénoncé la région du Latium à Radio Onda Rossa comme responsable de la dégradation du système de santé publique du Latium (pénurie de personnel, coupures de lits, financement de la santé privée) et a critiqué les choix managériaux et politiques de la direction générale de Spallanzani.
La réponse aux anges blancs par la direction générale de Spallanzani a été une sanction disciplinaire "exemplaire": 4 mois de suspension de travail sans salaire et une plainte pénale auprès du parquet pour diffamation aggravée.
Heureusement, le 3 mars, le tribunal de Rome a statué, en première instance, condamnant Spallanzani à payer les salaires des 4 mois de suspension, à payer les frais de justice et à indemniser la Fédération Cobas qui les a immédiatement défendus et non il les a laissés seuls;
Mais la musique d'aujourd'hui ne change pas, pour tous les agents de santé il n'y a pas de masques, de blouses hydrofuges, de lunettes de protection, d'écouteurs, ils continuent à être laissés sans les protections individuelles nécessaires, et la preuve est qu'aujourd'hui on estime qu'environ 10% des personnes touchées à la fois le virus et le personnel soignant, pour un nombre absolu d'environ 3 500 unités.
Même les décrets du gouvernement, qui n'arrêtent que tardivement la production non essentielle, continuent de faire du fourrage aux canons, déclarent-ils, "les agents de santé ne suspendent leur activité qu'en cas de symptômes respiratoires ou de résultat positif pour le covid-19", décrétant chaque sacrifice.
Nous sommes un pays capable d'augmenter chaque année les dépenses militaires, justifiant la nécessité d'une défense face à une hypothétique attaque extérieure, mais sans défense face à une urgence médicale. Ici aussi, la vérité est que l'une des raisons du financement des dépenses militaires est la défense des intérêts nationaux du capital, comme dans les missions étrangères où l'armée italienne garde le corps des intérêts d'Eni.
Il y a une responsabilité politique claire si aujourd'hui des milliers de travailleurs de la santé sont malades et risquent de tomber malades, il y a une responsabilité politique claire si, malgré leurs énormes efforts, le système de santé va s'effondrer, une responsabilité de tous ces gouvernements, qui pendant des décennies, au nom de la maîtrise des dépenses publiques a réduit la santé publique et financé la santé privée.

Brescia: des dizaines d'associations et des centaines de citoyens lancent un appel pour la fermeture d'activités inutiles
Publié le 21 mars 2020 dans Brescia, Des territoires, Lombardie

Appel à la fermeture de toutes les activités non essentielles
L'épidémie de coronavirus frappe durement l'humanité.
L'Italie, la Lombardie et Brescia en particulier sont dans une situation dramatique avec des milliers de malades, des centaines de morts et l'effondrement des soins de santé.
Pour contenir l'infection, des mesures ont été prises pour fermer les écoles, les entreprises non alimentaires et de santé, l'interdiction de se déplacer sauf pour des raisons sérieuses et justifiées, et le séjour obligatoire à domicile.
Ces mesures se révèlent inefficaces du fait que la majorité des entreprises de notre province continuent de faire travailler leurs employés, les obligeant à sortir quotidiennement pour aller travailler, mettant en danger leur santé celle de leur famille et de la communauté.
Pour cette raison, nous demandons au gouvernement et à la région de Lombardie de fermer immédiatement toutes les activités non essentielles.
En l'absence de ces mesures, nous demandons aux maires de notre province, à partir de celle de Brescia, après consultation de l'Autorité sanitaire
déclarent l'état de catastrophe médicale et rendre une ordonnance de fermeture immédiate des entreprises non essentielles:

https://vientosur.info/spip.php?article15733
ÉTAT ESPAGNOL - Mesures sociales et politiques urgentes contre le coronavirus (Covid19)

COMMUNIQUÉ DES ANTICAPITALISTES (ÉTAT ESPAGNOL)

1) UN SYSTÈME DE SANTÉ À LA HAUTEUR DE L'ÉPIDÉMIE
Il est nécessaire un système de santé publique capable d'adopter toutes les mesures urgentes. Cela suppose un financement suffisant, sans accepter les restrictions de dépenses imposées par la politique de l'Union européenne.
• Réouverture des lits de santé publique.
• Recrutement urgent du personnel de santé nécessaire dans toutes les catégories professionnelles. Couverture immédiate de leur congé de maladie. En cas de contagion, un arrêt maladie doit être envisagé pour les maladies professionnelles et peu courantes.
• Ayez des combinaisons de protection, des masques, des blouses, des lunettes, des gants, des écrans, etc. pour protéger les professionnels de santé. Contrôle des conditions de travail par les comités de sécurité et d'hygiène.
• Avoir des ressources de diagnostic suffisantes.
Ces mesures doivent être accompagnées:
• Le contrôle et la coordination par les autorités sanitaires de toutes les ressources, du personnel et des activités de santé privée, préviennent et pénalisent le fait que les entreprises privées négligent les soins de santé face à cette urgence.
• Contrôle des sociétés pharmaceutiques, des sociétés produisant du matériel sanitaire et des stocks stockés, ainsi que de leur distribution et de leur prix.
• Attention sanitaire sans exclusions à toutes les personnes intéressées ou qui doivent effectuer les tests, quel que soit leur statut juridique dans l'État espagnol.
Ce sont les premières étapes pour inverser le processus de détérioration et de privatisation des soins de santé et pour démarrer un plan de socialisation pour les industries pharmaceutiques et biotechnologiques stratégiques.
2) L'EFFORT DE TOUTE L'ENTREPRISE POUR CONTENIR EFFICACEMENT DANS L'ÉTAT ESPAGNOL
La transparence des informations et des conseils techniques en matière d'hygiène sont des éléments fondamentaux pour que l'ensemble de la population puisse contribuer de manière responsable, individuellement et collectivement, à l'arrêt de la propagation de l'épidémie et à soutenir les secteurs les plus à risque.
Mais cela ne suffit pas. Il faut que:
• Les travailleurs impliqués dans les mesures de lutte contre l'infection reçoivent leur salaire intégralement et leur licenciement est interdit.
• Les entreprises qui profitent des circonstances pour réaliser des plans de restructuration, des licenciements individuels ou collectifs, etc. sont pénalisées.
• Le plein salaire garanti est garanti aux personnes qui doivent quitter leur emploi pour s'occuper des mineurs dont les centres d'enseignement ont été fermés ou des personnes âgées ou convalescentes à cause du virus.
Les organisations syndicales, les comités d'entreprise et les conseils de délégués, ainsi que les comités de sécurité et de santé des entreprises - ou les délégués et les délégués à la santé dans l'hypothèse où ils existent - doivent participer aux décisions à prendre sur l'activité de production, en commençant par poursuivre l'organisation du travail intelligent, avec la fermeture temporelle des installations dans le cas où le niveau de confinement nécessite des mesures extraordinaires.
Les organisations populaires, féministes, écologiques et de quartier doivent jouer un rôle fondamental dans la protection de la santé publique, l'organisation de l'information, l'application de mesures préventives dans les communautés et les besoins de la population envers les pouvoirs publics.

3) L'EFFORT DE LA RECHERCHE
Il est temps d'approuver sans délai, à travers l'augmentation de 200% du chiffre actuel des activités de recherche dans les universités et les centres publics spécialisés, un plan public de recherche et développement scientifique immédiatement appliqué, contrôlé par une organisation indépendant des industries pharmaceutiques et biotechnologiques privées.

4) COLLABORATION INTERNATIONALE
D'une part, il s'agit de promouvoir la coopération scientifique et industrielle et l'échange transparent d'informations avec le reste des pays industrialisés - à commencer par ceux de l'Union européenne - pour dynamiser la recherche et le développement de solutions à l'épidémie. D'autre part, il s'agit de lier l'effort de lutte contre la pandémie à l'ensemble de la communauté internationale, dépassant les limites actuelles de l'OMS, notamment en ce qui concerne le soutien sanitaire des pays pauvres.

5) LE FINANCEMENT DE LA GUERRE À L'ÉPIDÉMIE
Dans tout l'État espagnol, sans aucune restriction en matière de régimes fiscaux spéciaux et sans préjudice de mesures fiscales qui ne soient pas en contradiction avec celles qui pourraient être adoptées dans les différentes communautés autonomes, il s'agit d'obtenir les ressources nécessaires pour:
• Réaliser les dépenses publiques nécessaires pour faire face à l'épidémie et à la situation économique.
• Créer un impôt extraordinaire sur les grandes entreprises dont les bénéfices et revenus sont supérieurs à 150 000 € par an (équivalent à une augmentation de 10% de leur part employeur dans le premier cas et de 10% de la part IRPEF dans le second) et de 1% sur le montant des grandes fortunes et des actifs, pour soutenir l'effort contre le coronavirus, ce qui implique le blocage de leurs actifs financiers pour éviter la fuite des capitaux, prévoyant les sanctions correspondantes en cas de tentative d'éluder la norme.
Le but de ces mesures est de gagner la guerre contre le coronavirus, de donner un plus grand contrôle aux personnes et aux travailleurs, de renforcer leurs droits, de faire peser l'effort financier sur les plus riches, de diriger et d'offrir un débouché politique à la protestation populaire et à la colère et pour contrer la démagogie populiste de droite.

https://www.gaucheanticapitaliste.org/lavertissement-du-virus/
Belgique
L’avertissement du virus
Par Daniel Tanuro

21/03/2020
Le virus nous parle. Il nous dit que nous avons besoin de solidarité, de générosité et de mesure. Il nous dit que l’austérité, la privatisation et la rentabilisation à tout va sont criminelles, surtout dans la santé. Il nous dit aussi qu’il est possible d’initier une vraie diminution radicale des émissions de gaz à effet de serre, de l’ordre de 7% en base annuelle. À une condition : produire moins et transporter moins.
Évidemment, le virus ne fait preuve d’aucun discernement : il réduit les émissions à l’aveuglette, en supprimant des vies, en créant beaucoup de souffrances, d’isolement et d’angoisse. Il exacerbe les inégalités et la précarité sociales. À terme, nous pourrions être confrontés à des pénuries de certains biens de première nécessité. Il serait donc absurde ou cynique de se réjouir.
Il serait encore plus absurde ou cynique de compter sur le virus pour atteindre les gigantesques réductions d’émissions nécessaires année après année, selon les scientifiques, pour ne pas dépasser 1,5°C. de réchauffement (-65% dans les pays de l’UE d’ici 2030, -58% au niveau mondial, -100% d’ici 2050). Cette épidémie doit être enrayée le plus vite possible.
N’empêche que l’action du virus est plus efficace que celle des gouvernements. En dépit des négociations qui durent depuis 25 ans, les émissions de CO2 sont 60% plus élevées aujourd’hui que lors du Sommet de la Terre, en 1992. En dépit de l’accord de Paris, les mesures prises par les gouvernements nous promettent un réchauffement de 3,3°C – un niveau deux fois supérieur à celui que ces mêmes gouvernements ont décidé de ne pas franchir !
Alors, que nous soyons exposé.e.s au danger sur nos lieux de travail ou confiné.e.s chez nous, le virus nous invite à penser et à libérer nos imaginations pour poser quelques questions. Par exemple :
• Pourquoi la réduction à l’aveugle des productions et des transports par le virus ne pourrait-elle pas céder la place à une réduction consentie et planifiée par la société, en commençant par les productions inutiles et nuisibles ?
• Pourquoi les travailleurs/euses affecté.e.s par la suppression (en tout ou en partie) de ces productions inutiles ou nuisibles (les armes, la publicité, les voitures individuelles, les plastiques…) ne pourraient-iels pas garder leur revenu et bénéficier d’une reconversion collective dans des emplois de soins aux personnes et aux écosystèmes, socialement et écologiquement utiles et personnellement valorisants ?
• Pourquoi la mondialisation dictée par la maximisation du profit sur les « chaînes de valeur » des multinationales ne pourrait-elle pas céder la place à une coopération décoloniale généreuse, basée sur la justice sociale et climatique, la liberté de circulation et d’installation des personnes et la souveraineté alimentaire ?
• Pourquoi l’agrobusiness destructeur de la biodiversité et de la santé – qui favorise la propagation des virus!  – ne pourrait-il céder la place à une agroécologie, meilleure pour la santé humaine et pour la biodiversité ?
• Pourquoi le centre de gravité de la société ne pourrait-il pas basculer de la sphère de la production de marchandises à la sphère du « prendre soin » des humains et des non-humains ?
• Pourquoi ne pourrait-on pas à la fois produire moins, transporter moins et partager plus : partager les richesses, les savoirs, le travail nécessaire, et… partager le temps, cette ressource précieuse entre toutes ?
L’argument des politiques qui ne font rien pour sauver le climat est toujours le même : « Nous on veut bien, mais les gens ne veulent pas changer leur comportement consumériste ». La réponse à l’épidémie montre au contraire que, bien informées du danger, les populations acceptent des changements importants dans leur mode de vie.
Elle nous montre aussi que ceux qui ne veulent pas changer, en réalité, ce sont les responsables économiques, les financiers, et les actionnaires des grandes entreprises. Même en période d’épidémie, ils veulent continuer à produire toujours plus à moindre coût, pour faire le maximum de profit. Au mépris de la santé des travailleurs, des travailleuses et de la population.
Le virus nous dit que les gouvernements sont au service de cette politique : alors qu’il y a urgence sanitaire, ils refusent de suspendre l’activité dans les secteurs non-vitaux; alors qu’il faut refinancer le secteur de la santé, ils aident les banques ; alors qu’il faut plus de solidarités, ils continuent à harceler les allocataires sociaux/ales, les sans-abri, les migrant.e.s, les pensionné.e.s; alors qu’il faut plus de démocratie et de participation pour vaincre l’épidémie, ils s’octroient des pouvoirs spéciaux…
Les innombrables initiatives de la base pour aider les sans-abri, les défavorisé.e.s, les personnes âgées, les sans-papiers, soutenir les personnels de la santé, les grèves pour arrêter les entreprises non-vitales, etc., montrent qu’une autre politique est possible. Une politique d’auto-discipline solidaire, démocratique, sociale et généreuse.
En 2002, lors de l’épidémie du Coronavirus SRAS, les virologues ont prévenu que d’autres coronavirus suivraient et qu’il était possible de trouver un vaccin, mais les gouvernements ont refusé de financer leurs recherches. Ils veulent que la recherche médicale reste aux mains des multinationales du secteur pharmaceutique, dont l’objectif n’est pas la santé publique mais le profit par la vente de médicaments sur le marché des malades solvables.
De même, depuis 25 ans, les climatologues préviennent que le changement climatique risque de s’emballer et qu’il faut l’arrêter en cessant de brûler du pétrole, du charbon, du gaz naturel. Mais les gouvernements n’ont rien fait. Ils veulent que l’énergie reste aux mains des multinationales dont l’objectif n’est pas la transition énergétique la plus rapide possible dans la justice sociale mais le profit avant tout.
Le changement climatique est infiniment plus dangereux que l’épidémie. Il risque de faire monter le niveau des mers de plus de dix mètres. Si nous n’agissons pas très vite, il rendra la Terre inhabitable pour des centaines de millions d’humains et d’innombrables non-humains, sans retour en arrière possible. Les plus pauvres, les plus faibles en paieront les frais.
La manière de lutter contre cette menace dépend des priorités choisies. L’épidémie met en lumière celles des possédant.e.s et leurs conséquences : la production de marchandises avant les soins au gens; la liberté de spéculer (sur les masques, par exemple) avant la liberté de circuler; le sauvetage des banques avant le financement des services sociaux; les pouvoirs spéciaux et le flicage généralisé (comme en Chine!) au lieu de la participation démocratique; la traque des migrant.e.s au lieu de la solidarité.
À partir de ce précédent, chacun.e peut imaginer comment les mêmes priorités seront appliquées lorsque les  possédant.e.s n’auront plus d’autre choix que de décider – trop tard – de faire quelque chose contre la menace climatique.
Invisible comme le CO2, le virus nous avertit. Il nous dit de cesser de nous croire plus forts que la nature dont nous faisons partie. Il nous dit que le productivisme capitaliste nous a conduits au bord du gouffre et que les maîtres du monde ne nous sauveront pas : ils se sauveront eux, aux dépens des pauvres, des exploité.e.s, des opprimé.e.s et de nos libertés. Il nous dit que les politiciens néolibéraux ne nous sauveront pas : nous devons nous lever et nous organiser pour mettre fin au capitalisme, ce système aberrant qui dérègle complètement notre relation au monde et à nos semblables

 

https://www.esquerda.net/artigo/bloco-apresenta-programa-de-emergencia-a...
PORTUGAL
Le Bloc de gauche présente un programme d'urgence municipal

Covid-19
Réponse aux crises: le rôle des autorités locales

Les communes disposent des moyens et des connaissances indispensables pour répondre à cette crise. Ils sont responsables des services publics fondamentaux et de proximité. Ils ont des travailleurs qui connaissent bien le territoire et les populations et avec des moyens et des équipements (des cantines au parc automobile, en passant par les pavillons et les écoles) qui peuvent et doivent être orientés vers la réponse à la crise que nous traversons.
Le Bloco de Esquerda présente un programme municipal d'urgence pour la crise pandémique, avec des mesures concrètes articulées en 3 axes et 17 domaines d'intervention prioritaires:
Soutenir les plus vulnérables
1. Aucun enfant n'est laissé pour compte
Assurer la préparation des repas des enfants des niveaux A et B de l'action sociale scolaire, distribuer le petit déjeuner, le déjeuner et les collations à ceux qui en ont besoin, en veillant à ce qu'ils atteignent l'équilibre nutritionnel normal, étant donné que beaucoup de ces élèves dépendent de l'école pour se nourrir de qualité. Pour des raisons de distance sociale, la distribution doit être à emporter.
2. Personnes âgées et handicapées accompagnées
Les équipes sociales doivent continuer à effectuer les visites et accompagnements habituels, pour la distribution de repas chauds, garantie d'hygiène, livraison de médicaments et suivi personnel par téléphone à travers les services sociaux de la commune. Identifier et inclure dans ces programmes, les personnes âgées et les personnes handicapées qui se sont retrouvées sans abri à cause de la crise et de la fermeture temporaire des centres de jour et autres équipements sociaux pour les personnes dépendantes.
Les municipalités devraient renforcer les services de soutien à domicile existants, soutenir les organisations qui assurent les besoins quotidiens de cette population (organisations dédiées au soutien à domicile, centres de soutien à la vie indépendante, entre autres) et promouvoir des canaux de communication dédiés et accessibles pour soutenir les gens. cette population.
3. Identifier et soutenir les familles particulièrement fragiles
Le licenciement de travailleurs précaires, informels et sans papiers crée de nouveaux problèmes sociaux. Dans bon nombre de ces cas, la sécurité sociale ne dispose pas encore d'outils d'intervention efficaces et les municipalités peuvent identifier et soutenir les personnes les plus vulnérables.
Par le biais des cantines municipales et des équipes de soutien à domicile, et en collaboration avec la sécurité sociale dans la mesure du possible, les services sociaux municipaux doivent garantir un soutien d'urgence (nourriture, médicaments, soutien financier) et dans la recherche de réponses plus larges.
4. Quiconque dort dans la rue aujourd'hui a besoin d'une réponse spéciale
Renforcement des centres d'accueil, en augmentant la capacité de réponse et, chaque fois que nécessaire, en créant de nouveaux centres temporaires pour garantir l'accueil de tous ceux qui en ont besoin, avec des mesures d'hygiène renforcées et garantissant des espaces d'isolement. Le maintien des réponses pour ceux qui consomment des drogues a également préparé des situations d'isolement et de quarantaine. Ces réponses doivent être préparées pour accueillir les animaux de compagnie des sans-abri.
5. Protéger les victimes de violence domestique
La prévention et la lutte contre la violence domestique et la surveillance des enfants à risque sont entravées par la fermeture des écoles et l'isolement social des familles. Les situations de violence vont probablement s'intensifier et il est important de continuer à assurer une réponse adéquate.
Les services sociaux municipaux, en collaboration avec la Sécurité sociale, les forces de sécurité et les entités qui interviennent dans la zone, doivent garantir des visites aux familles signalées, des contacts réguliers en face à face et par téléphone et le renforcement des campagnes de sensibilisation et d'information. La réponse à l'accueil d'urgence et la mobilisation des voisins pour dénoncer et protéger doivent être renforcées.
Garantie des droits et services fondamentaux
6. Droit au logement
Durant cette période, les communes doivent mobiliser toutes les réponses possibles pour garantir le droit au logement comme réponse pour garantir la santé publique. Pour cela, il est nécessaire de suspendre les loyers dans les parcs d'habitation municipaux, de la même manière qu'aucune expulsion ne peut y avoir lieu.
Suspendre la démolition des constructions de logements précaires et trouver une solution urgente pour les familles en situation de sans-abrisme ou une solution de logement très précaire, avec la mobilisation d'un parc public de logements en ville ou dans l'Etat central et, si nécessaire, la demande de particuliers.
7. Accès à l'eau et aux services essentiels
Les services essentiels, sous la responsabilité directe ou indirecte des municipalités, tels que les services municipaux d'eau et de déchets, doivent garantir la fourniture continue de tout service pendant la période de déclenchement du COVID 19, sans aucune coupure. De même, ils doivent organiser et renforcer les équipes d'intervention en cas de soutien aux réseaux et infrastructures de la commune.
En matière d'accès à l'eau, outre l'interdiction de couper l'approvisionnement, il est nécessaire de s'assurer qu'il n'y a pas de pénalités, amendes et intérêts de retard pour paiement tardif, et d'admettre que la consommation essentielle est gratuite, déterminée par les niveaux de consommation et le nombre de personnes. du ménage.
8. Transport sûr
Renforcement de l'hygiène des transports publics et suspension de la collecte des titres de transport et des tickets.  Renforcement de l'offre de transport dans les horaires et déplacements des professionnels des services essentiels. Garantie de stationnement gratuit.
9. Continuité du soutien et des services sociaux
Le travail de sensibilisation sociale est souvent assuré par l'IPSS ou des ONG. Chaque municipalité doit surveiller les procédures et s'assurer qu'elles ne sont pas interrompues ou réduites.
Les services sociaux municipaux, en collaboration avec d'autres services publics, doivent également garantir la permanence de services minimaux en face à face dans le suivi et l'accompagnement des groupes à risque, complétés par des contacts téléphoniques individualisés. Si nécessaire, les ressources humaines nécessaires pour maintenir les réponses essentielles doivent être embauchées.
10. Protéger les travailleurs de la ville
Exonération ou télétravail pour ceux qui font partie de groupes à risque, sans perte de rémunération ou de droits, création de plans d'urgence pour les différents services et garantie de mesures d'hygiène et de sécurité renforcées pour ceux qui maintiennent des tâches en face à face, adaptées à l'exposition à laquelle ils sont soumis .
Après avoir défini les services et secteurs essentiels, ceux qui travaillent dans les municipalités devraient être exemptés d'exercer leurs fonctions en personne, en utilisant le télétravail ou le travail à distance chaque fois que possible.
Les personnes jugées essentielles pour garantir les services essentiels devraient, dans la mesure du possible, travailler par roulement.
Les municipalités et les entreprises municipales n'envoient aucun travailleur au chômage pendant la crise, renouvelant ou prolongeant les contrats à durée déterminée, temporaires ou autres qui cessent pendant cette période. Tous les salaires doivent être garantis à 100%.
Une communauté solidaire
11. Collaboration avec le NHS
  Mobilisation des ressources municipales pour éliminer la pression du NHS et protéger la population:
• Articulation avec les services hospitaliers pour assurer la libération des admissions sociales pour les équipements municipaux, suivi garanti dans le cadre de l'hospitalisation à domicile et suivi des services sociaux;
• Mise à disposition d'équipements ou d'espaces municipaux pour effectuer le dépistage et le diagnostic du virus, en toute sécurité pour les citoyens et les professionnels de santé;
Fourniture de véhicules et de chauffeurs des municipalités qui ne sont pas affectés à des activités essentielles, pour un plus large éventail d'équipes à domicile du NHS dans la prestation de soins post-hospitaliers et la population souffrant de maladies chroniques;
• Transport pour la collecte et la livraison des médicaments chroniques uniquement disponible dans les pharmacies hospitalières).
12. Hébergement pour ceux qui nous protègent
13. Maintenir les engagements de protéger les emplois et les revenus des travailleurs
Les municipalités et les entreprises municipales maintiennent des engagements de financement pris avec des associations, des coopératives ou des micro et petites entreprises pour des événements culturels, sportifs, touristiques ou autres qui ont été annulés ou reportés en raison de l'épidémie de Covid-19.
14. Marchés
Les marchés / foires hebdomadaires sont suspendus en raison de leurs caractéristiques. Les marchés frais quotidiens devraient fonctionner. La municipalité doit fournir des conseils sur le terrain concernant le nombre de personnes qui devraient être sur place, en organisant les entrées.
Dans certaines situations, l'introduction de nouvelles heures d'ouverture (par exemple de 17 h à 20 h) peut contribuer à faciliter l'accès en réduisant la concentration de personnes. Cette prolongation des heures ne devrait pas entraîner le paiement de frais.
Alternativement, les municipalités peuvent acheter des produits pour la distribution ou pour la préparation des repas et la distribution ultérieure aux personnes en situation de difficulté.
15. Soutien et bien-être animal
De nombreuses personnes en détention auront besoin de soutien pour assurer le bien-être de leurs animaux, que ce soit pour la nourriture, les soins vétérinaires ou les promenades hygiéniques. Les conseils doivent mobiliser des canaux de soutien pour l'accomplissement de ces tâches par des personnes qui ne font pas partie de groupes vulnérables et qui peuvent fournir ce soutien.
La municipalité devrait promouvoir, là où cela n'existe pas encore, l'identification des colonies de chats et l'articulation entre les soignants, ainsi qu'un bassin de personnes disponibles pour remplacer les soignants habituels soumis à l'emprisonnement obligatoire.
16. Information pour tous
Les municipalités doivent fournir des informations à jour sur l'épidémie de Covid-19, les procédures recommandées et le soutien disponible, en tenant compte de la diversité de ses destinataires et du territoire.
Il faut tenir compte des spécificités des populations et des villages isolés, ainsi que des personnes peu alphabétisées, handicapées et des communautés d'immigrants (y compris des informations en langue accessible, en braille, en portugais et en langue maternelle des communautés d'immigrants présentes sur le territoire). ).
Les sites Web des municipalités, ainsi que les pages sur les réseaux sociaux, doivent contenir des informations à jour sur les services sociaux à la communauté qui sont actifs, avec des contacts et des horaires.
17. Réseaux solidaires de participation communautaire
Les travailleurs et les équipes spécialisés sont irremplaçables dans l'action sociale. Cependant, la participation des citoyens aux tâches de solidarité peut être nécessaire à un moment où les travailleurs formels sont rares.
Les municipalités doivent organiser une réponse civique et communautaire à travers un réseau solidaire. Ce réseau de solidarité consiste en la collecte et l'organisation de personnes désireuses d'effectuer des tâches telles que faire des achats, livrer des repas, collecter et livrer des médicaments ou promener des animaux de compagnie. Cette intervention solidaire devrait répondre aux personnes âgées, aux personnes handicapées et aux suspects de Covid-19 en situation d'isolement à domicile.
Ce réseau doit exclure les personnes qui font partie des groupes à risque, et les municipalités doivent fournir le matériel et le soutien d'information nécessaires pour réduire le risque de contagion.

Etat espagnol, Casserole populaire
Échec et mat? à la monarchie?

Pedro Casas
Madrid 19 de marzo de 2020

Malgré l'enfermement physique et informationnel auquel nous sommes soumis depuis quelques jours par l'heureux virus, rien ne peut arrêter la remise en cause populaire d'une institution dépassée, antidémocratique et profondément corrompue.
La dégénérescence de l'ancien détenteur de la Couronne devient si grande que même les moyens monarchiques ne sont plus en mesure de le cacher, car ils émergent comme une hydre de sept têtes impossibles à plier.
Après les nouvelles que nous connaissions il y a quelques jours des médias étrangers (encore une fois, nous devons le découvrir à travers la "vague courte"), le dimanche 15, la Maison royale nous a surpris avec une déclaration incroyable avec laquelle le fils de Juan Carlos il essaie de nettoyer son image et ses liens héréditaires. En ce qui concerne l'héritage économique, il ne précise pas que sa démission est réelle, ni ne semble légalement possible. Et de l'héritage politique, le trône, ne dit rien, comme prévu.
Si le scandale de la chasse africaine à Juan Carlos en pleine crise mondiale, quelques jours après avoir affirmé que la "grève des jeunes lui avait endormi", a conduit à son abdication quelques années plus tard, le nouveau scandale de la maison royale, en pleine crise et l'isolement collectif, peuvent conduire à une nouvelle abdication; on verra.
Peut-être que Felipe VI avait l'idée que l'état actuel d'alarme et de confinement collectif pourrait être le meilleur moment pour que ses scandales familiaux passent inaperçus; mais il est possible qu'il ait carrément tort. Précisément, l'état de choc actuel dans lequel se trouve la population modifie les humeurs, parfois de manière incontrôlée, du point de vue social et relationnel. Comme toutes les familles de ce pays sont confrontées à une crise sanitaire, avec de graves risques pour la santé, le revenu économique et l'emploi, il s'avère que la famille royale se consacre à sa sale lessive d'héritages millionnaires d'origine corrompue , et tout assaisonné avec la tradition unique de la dynastie de la dynastie régnante.
Ce fut une grande erreur (peut-être qu'il n'avait pas d'autre choix) de publier dimanche 15 le communiqué sur certaines questions qui durent depuis des années; Mais la vente aux enchères devait s'adresser à ses sujets, comme si rien ne s'était passé ici et sans excuses, pour s'exposer comme une foire aux marionnettes. Le peuple espagnol, si bon pour certaines choses, et pas tant pour d'autres, n'a pas manqué l'occasion que le monarque lui a offerte de le placer au pilori du mépris collectif, rappelant certains épisodes du passé.
La nuit du mercredi 18 mars restera dans l'histoire pour, sûrement, la plus grande manifestation anti-monarchie organisée dans ce pays. Des centaines de milliers de personnes ont participé, certaines activement et d'autres en tant que spectateurs, à un pan impressionnant qui sillonnait les quatre coins de la géographie, avec plus ou moins de force et de participation selon les territoires. Enfin, une grande manifestation anti-monarchique, décentralisée et simultanée sur tout le territoire de l'Etat. L'atmosphère était chargée et il suffisait que quelqu'un allume la mèche; Ce rôle a été joué par le tissu organisé, de manière formelle et informelle, en particulier dans les quartiers et les rues, qui ont été le théâtre de la magnifique protestation, car, à certains endroits, il est encore nécessaire que quelqu'un donne le premier signe...
Qui pourrait imaginer que cela pourrait se produire dans les circonstances actuelles, avec une opinion publique limitée, de manière écrasante, sur un seul sujet? Parfois (ou presque toujours), les événements qui transforment l'histoire se produisent et se précipitent de façon inattendue. Je ne sais pas si la monarchie espagnole a subi un échec et mat (sûrement pas à court terme), ou une poussée (en termes taurins que les Bourbons aiment tant) qui mènera à l'agonie peu de temps avant le score final. Parce que tout indique que l'attention des médias restera, avec de nouvelles communications (une de Corina Larsen a été publiée aujourd'hui) et d'éventuelles plaintes.
Il est possible que la dimension de ce que nous vivions le mercredi 18 puisse nous aveugler d'illusion et ne pas laisser voir que la monarchie a peut-être plus de corde que nous le souhaiterions. Mais tout indique que les choses sont déjà différentes. C'était la première fois que certains médias, liés à la monarchie, non seulement devaient enfin ouvrir la bouche et dire ce qui se passait dans la famille royale et ils nous cachaient; mais c'est aussi qu'ils demandent ouvertement l'exil du coquin et qu'ils ont sévèrement critiqué le discours indescriptible du roi avec lequel il entendait «entrer» dans la dure réalité d'un pays qu'il ressent, et donc il l'a montré avec ses mots et ses gestes, totalement extraterrestre.
Il est important que si les choses se précipitent, que tout puisse arriver, on se prépare le mieux possible, ça ne va pas être qu'ils mettent une république présidentielle, presque monarchique, comme celle que nous avons dans certains pays voisins, avec un président non présentable, et sans défaire aucun des liens que cette monarchie, successeur du franquisme, représente et entretient.

 

 

Type:  Article Lundi, 23 Mars, 2020 - 13:57
François Calaret

La lutte contrele Covid-19 en Espagne

2 semaines 1 jour ago

À la date du 20 mars, plus de 1 000 personnes étaient mortes de la Covid-19 dans l'État espagnol, ce qui en fait le quatrième pays après la Chine, l'Italie et l'Iran en nombre de morts et en nombre de personnes infectées. Près d'un tiers des personnes infectées se trouvent à Madrid et rien n'indique que cela va s'arrêter, bien que le Premier ministre Pedro Sanchez (Parti socialiste) ait décrété le confinement pour tout le pays plus tôt dans la semaine. Dans cette interview, Laia Facet, l'une des animatrices de l'organisation socialiste révolutionnaire Anticapitalistas, répond aux questions de No Border News sur la façon dont la gauche, les syndicats et les mouvements sociaux, notamment les puissants mouvements féministes de l'État espagnol, ont réagi à la situation.

No Border News : Décris l'état de l'épidémie dans ton pays ou ta ville. Combien de personnes sont infectées ? Combien sont mortes ? Quelles sont les estimations des expert·e·s pour les prochaines semaines concernant l'extension de la contagion ?

Laia Facet : Selon le ministère de la Santé, le 17 mars, il y avait plus de 13 000 cas et 598 décès, mais ce nombre avait dépassé les 1 000 le 20 mars. Beaucoup de mesures d'endiguement sont venues trop tard, donc il faudra attendre quelques jours avant de savoir si elles parviennent à abaisser la courbe, ce qui est l'objectif sanitaire prioritaire du moment.

Quelles mesures pratiques ont été prises par ton gouvernement pour répondre à la crise ? A-t-il fait preuve de responsabilité ou a-t-il été pris au dépourvu ? Décris brièvement les mesures que ton gouvernement prend actuellement pour contenir le virus et traiter les personnes infectées. Y a-t-il un état d'urgence, les écoles sont-elles fermées, etc. ?

Comme je l'ai dit, les mesures d'endiguement sont venues tardivement. À aucun moment le gouvernement n'a anticipé les niveaux de contagion et la vitesse de diffusion qui ont été atteints. Nous avons sous-estimé la Covid-19.
Cela a causé une pénurie de matériel crucial. Les masques et autres équipements médicaux se font rares dans des centres de santé et des hôpitaux de tout le pays. Par exemple, on manque de tests de dépistage du virus. À l'heure actuelle, de nombreuses personnes présentant des symptômes n'ont pas pu être testées.
Vendredi 13 mars, tous les établissements d'enseignement supérieur ont été fermés. Au cours du week-end et au début de cette semaine, plusieurs mesures de santé publique ont été prises : fermeture d'établissements commerciaux (restaurants, bars, etc.) ; télétravail dans la mesure du possible ; restriction des déplacements aux personnes effectuant un travail essentiel, à celles s'occupant de personnes ayant besoin de soin et à celles qui font les courses ; fermeture des frontières et interdiction des manifestations sportives et culturelles. Cependant, en ne décrétant pas la fermeture de toutes les entreprises – hormis les commerces essentiels comme les pharmacies et les supermarchés –, le gouvernement continue de mettre la population en danger alors que ce n'est absolument pas nécessaire.

Comment votre système de santé a-t-il réagi à la crise ? Quels sont les grands points faibles de votre système de santé ? Quels sont ses grands points forts ?
L'État espagnol dispose d'un système de santé robuste en comparaison d'autres pays de l'Union européenne. Mais il souffre de déficiences importantes que les syndicats et les mouvements sociaux dénoncent depuis des années. Elles proviennent avant tout des coupes budgétaires et des politiques d'austérité qui ont suivi la crise économique de 2008, notamment le manque de personnel et la pénurie de lits, de moyens, de recherche scientifique, etc., une grande partie ayant été privatisée. La Covid-19 a brisé ces maillons faibles, ce qui a conduit à un effondrement des moyens et du personnel du service public de santé.
Il existe également un système de santé privé parallèle qui monopolise un pourcentage important des ressources, dans la recherche, dans les infrastructures de santé et pour les lits d'hôpital. Dans les premiers jours de la crise, une revendication très populaire était le transfert de tous les moyens de santé privés vers le service public de santé. Cette revendication a émergé dans un contexte où des patients qui essayaient d'aller dans des cliniques privées étaient refusés et renvoyés vers les cliniques publiques, alors que le système de santé public s'était effondré.
Actuellement, le décret d'urgence nationale pris par le gouvernement espagnol envisage la possibilité pour le service public de santé d'utiliser les moyens privés, mais la responsabilité de prendre ces mesures a été renvoyée à chaque communauté autonome, ce qui assure une application très incohérente. Il faut avoir à l'esprit que la constitution espagnole garantit divers degrés d'autonomie aux municipalités et aux provinces, ainsi qu'aux nations contenues dans l'État fédéral, telles que la Catalogne et le Pays basque.

Décris la réponse politique officielle à la Covid-19 dans ton pays en allant de l'extrême droite et des partis conservateurs jusqu'aux partis libéraux et sociaux-démocrates, et aux partis de gauche s'il y en a.

La manière avec laquelle la crise sanitaire sera prise en main aura de profondes implications politiques. Il y a quelques jours, le premier décret du gouvernement a été rendu public. Il contenait certaines des mesures que j'ai mentionnées, mais il décrétait également l'état d'urgence. Cette mesure d'exception autorise l'exécutif à prendre des initiatives politiques sans l'autorisation du parlement pendant quinze jours. Le décret du Premier ministre Pedro Sanchez a donné des pouvoirs extraordinaires à la police, a donné à l'armée un rôle dans le maintien de l'ordre et a concentré l'autorité gouvernementale dans quelques ministères, violant par là les droits des gouvernements autonomes et d'autres institutions. Ces actes posent d'immenses risques pour la démocratie, d'autant plus vu le contexte international d'autoritarisme. Tout cela, en plus de la fermeture des frontières, a bien sûr été applaudi par le Parti populaire (droite) et Vox (extrême droite). En ce moment, le bloc d'opposition de droite concentre ses critiques sur la négligence du gouvernement et son retard à prendre des mesures.

En même temps, le gouvernement a publié un décret qui contient des mesures inquiétantes sur l'économie et le droit du travail. Ce décret suspend les protections des travailleurs·ses et permet de procéder plus rapidement à des licenciements collectifs temporaires. C'est cette mesure que les patrons utilisent actuellement pour licencier des milliers et des milliers de salarié·e·s d'entreprises qui ont fermé du fait de la quarantaine. Le gouvernement a proposé un moratoire sur les remboursements d'emprunts, mais il n'est pas question de suspendre le paiement des loyers. Cela arrive dans un contexte où des centaines de milliers de personnes perdent leur emploi. La solution du gouvernement est de prendre en charge une partie du salaire de ces personnes avec de l'argent public, mais il n'a pas proposé d'impôt extraordinaire sur les grandes entreprises.

Comment les syndicats ont-ils répondu à la crise, en particulier dans le secteur public, l'éducation et la santé ?

Les grands syndicats ont défendu les salarié·e·s contre les licenciements collectifs temporaires, mais les assemblées générales de travailleurs·ses ne peuvent se tenir du fait des restrictions pour éviter la propagation du virus. Les syndicats qui ont des accords moins favorables ou qui ont moins d'influence auprès de leur employeur sont submergés. Des violations à grande échelle des droits des travailleurs·ses sont en cours. Par exemple, de nombreuses entreprises obligent leurs salarié·e·s à poser leurs congés, ce qui est illégal. Et de nombreuses entreprises obligent leurs salarié·e·s à travailler quels que soient les risques pour leur santé. C'est très répandu dans certains secteurs et dans l'industrie, ce qui a même mené à des grèves spontanées qui ont réussi à obtenir la fermeture de certaines usines.
Par ailleurs, les travailleurs·ses domestiques et les personnes travaillant dans les supermarchés font face à des conditions terribles, puisqu'il leur faut continuer à travailler en pleine crise et avec une charge de travail très alourdie. Ces travailleurs·ses ont des salaires et des conditions de travail très précaires, sans parler des risques sanitaires.

Comment les mouvements sociaux (étudiants, féministes, écologistes, de l'immigration, indigènes, etc.) ont-ils répondu à la crise ?

Nous rencontrons beaucoup de difficultés dans la situation actuelle de confinement général. Le militantisme aussi est isolé, donc l'organisation et l'agitation s'expriment surtout pour le moment via les réseaux sociaux. Il y a cependant deux initiatives intéressantes. D'une part, des réseaux de soutien ont été mis en place pour aider les personnes qui ont besoin d'assistance pour faire les courses ou pour s'occuper des enfants. Nous n'avons pas pour le moment de nombre total des expériences de ce type, mais de nombreux quartiers commencent à s'organiser de cette façon. D'autre part, dans différents secteurs sociaux, syndicaux et politiques, se lance une campagne du nom de « Plan de choc social » qui propose des mesures pour défendre les classes travailleuses et populaires pour empêcher que la crise sanitaire ne devienne une nouvelle crise sociale et économique.

Pour finir, quelques commentaires sur l'impact de la crise de la Covid-19 et sur la façon dont tu penses que cela influera sur la situation politique nationale dans les semaines et mois à venir ?

La Covid-19 touche les sociétés dans le monde entier et a un impact économique et social très visible, d'autant plus qu'en Europe tou·te·s les économistes, de droite comme de gauche, nous alertaient d'une récession avant même la survenue de l'épidémie. La fragilité du système financier risque de nous entraîner dans une récession. Dans le cas de l'État espagnol, c'est très clair. Si le gouvernement continue sa politique de dépenses sociales élevées sans recourir à des mesures extraordinaires pour se financer en taxant les grandes entreprises, alors la dette publique augmentera et, comme en 2008, il choisira l'austérité pour éponger les frais.

Initialement publié sur No Border News : https://nobordersnews.org/2020/03/20/laia-facet-1000-covid-19-deaths-in-.... Traduit par nos soins.

Type:  Article Dimanche, 22 Mars, 2020 - 16:44 Santé
François Calaret

Survivre au coronavirus, mais aussi…aux gaz à effet de serre (bientôt)

2 semaines 2 jours ago

La crise sanitaire peut avoir quand même un effet positif : habituer le monde entier à faire face à des catastrophes menaçant la vie humaine. 

Il y a ce virus qui nous paralyse, à la fois physiquement et mentalement, mais nous le savons : d’autres menaces n’en sont pas moins dangereuses, même si cela ne se compte pas en semaines, mais quelques années. La crise sanitaire pourrait donc être une sorte d’entrainement pour se préparer à un remaniement complet de nos modes de vie, de la façon de travailler, des rapports à la technique, à la nature. Mais une telle approche est-elle collectivement admise ? Rien n’est moins sûr. C’est triste à dire, mais la crise actuelle peut avoir cette fonction pédagogique. Mais alors il faut le dire clairement : l’idéologie secrétée par le pouvoir pour face au problème sanitaire ne va pas tout à fait dans le bon sens.

Face à la crise sanitaire, c’est une « union universelle » qui doit primer, pas une union « nationale »

Le concept d’union nationale, ou d’union sacrée, vise à produire en quelques heures ou jours une prise de conscience de la population, et des attitudes adaptées. Elles sont bien entendu nécessaires, vitales. Une discipline collective s’impose, des mesures étatiques fortes, des contraintes, des amendes, des réquisitions, etc. Mais selon quelle vision ?

Certes, la mobilisation nécessaire implique aussi les entreprises, les patrons, bref tout le monde et pas seulement les soignant-es et le tout-venant. En ce sens, il faut une sorte de front commun immédiat.  Mais on sait que les chefs d’entreprise ne peuvent que très difficilement faire autre chose que répondre à la logique capitaliste et de la propriété privée. Le conflit social est déjà là : comment travailler sans protection ? On fait grève, comme en Italie.  

L’Europe ferme ses frontières extérieures et intérieures. Contre qui ? Contre l’Afrique où le virus est encore très peu répandu ? C’est presque le contraire qui serait nécessaire. De même, si un pays en Europe était très peu ou pas du tout infecté, il serait normal qu’il boucle ses frontières.  Mais ce n’est pas la situation.

Donc pourquoi une mesure générale de fermeture des frontières ? Pourquoi ce langage et ces décisions adaptés aux exigences nationalistes, opportunistes par rapport aux pressions d’extrême-droite, notamment en France ? Est-ce que je suis mieux protégé en passant du Val de Marne à l’Essonne (certes le confinement signifie justement que je ne dois pas le faire !) plutôt que passer de l’Alsace au Bade Würtemberg ? Il faudrait le démontrer, à ce stade de l’épidémie. Fermer les frontières frappe les imaginations, il en restera de traces pour un certain temps.

Il serait plus juste d’en appeler à une collaboration mondiale et une mobilisation universelle. Cela permettrait un autre type de prise de conscience : la nécessité de faire face à des menaces sur le devenir humain, que ces menaces soient sanitaires ou qu’elles soient climatiques ou pour empêcher l’extinction de la biodiversité animale.

Le vocabulaire de « la guerre » doit être refusé

Le repli « national » face à une menace appelle logiquement un vocabulaire de guerre. Mais il est dangereux parce qu’il répand un imaginaire de violence interhumaine. Or c’est le contraire qui est nécessaire.

Car la vraie guerre est là, très actuelle. Par exemple en Syrie. Il y a quelques jours, on voyait des contrastes saisissants d’image à la télévision : les premières images sur le danger du virus, mises en parallèle à une toute autre échelle avec celles des effets de la guerre,  avec les camps de réfugiés vivant dans la saleté et avec les migrants derrière les barbelés en Grèce.

Certaines décisions nécessaires ressemblent bien sûr à des situations de guerre : réquisition, mesures d’ordre (y compris de police, mais avec déjà des dérapages dans les « quartiers »), intervention bien sûr de l’armée et de ses moyens.

Mais nous ne sommes en guerre contre personne, aucun peuple. Or la guerre, c’est cela, même si la notion s’est diffusée pour toutes sortes de situation : guerre des prix, guerre économique, guerre des technologies, des médias, etc.

Le vocabulaire de la guerre des chefs d’Etat peut avoir des effets imprévisibles et violents. Quand on est en guerre, tout est bon pour se défendre.

Il faut au contraire faire appel la responsabilité des humains contre les menaces issues de leur propre développement destructeur. Certains scientifiques émettent l’hypothèse que des virus nouveaux sont issus de déforestations brutales et anarchiques. La vie virale se défend comme elle peut.

Il est quand même possible qu’un « bien commun » sorte de cette crise
Certaines déclarations de Macron ou de ministres sont aux antipodes, on les a entendues, des discours néolibéraux habituels. Sarkozy nous avait déjà fait le coup. Peut-être que Macron fera autrement, ne serait-ce que pour espérer mieux finir son quinquennat très affaibli.

Mais c’est une raison de plus pour adopter une attitude et des propositions qui poussent dans ce sens « antilibéral et anticapitaliste » jusqu’au bout : circuits courts, relocalisations, reconversions économiques, services publics autogérés, sécurité sociale universelle, droit au salaire, auto-organisation collective, seule garantie réelle d’une discipline acceptée.

Jean-Claude Mamet. Le 20 mars.

Type:  Article Dimanche, 22 Mars, 2020 - 13:14 Santé
François Calaret

Crise du Covid-19: résignation ou colère?

2 semaines 2 jours ago

« La colère, ça fait vivre. Quand t’es plus en colère, t’es foutu », Richard Bohringer, (« C’est beau une ville la nuit »). De nombreuses voix s’élèvent parmi les travailleurs-ses pour dénoncer les conditions dans lesquelles ces derniers sont obligés de travailler. Il faut entendre ce cri.

« Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées » a déclaré en début de semaine le chef de l’état.
Comment doit-on interpréter les propos d’Emmanuel Macron ? Doit on s’en inquiéter ? il faut plus que jamais aujourd’hui se demander ce que signifie cette déclaration et ce qui peut en découler.

Ces propos peuvent entrer en résonance avec le projet de loi d'urgence lié au coronavirus, présenté à l’assemblée jeudi 19 mars, et du coup légitimer notre inquiétude.

D’abord ce projet de loi autorisera le gouvernement à légiférer au sujet d’une certain nombre de domaines plus que sensibles : le droit aux congés payés, au repos hebdomadaire, les 35 heures par exemple. Une paille donc !

Le danger est bien là : s’agit-il, au nom de la crise sanitaire, de revenir sur des droits fondamentaux, de continuer à détruire les droits sociaux ?

Ce n’est ni un fantasme ni une interprétation, il s’agit bien du texte proposé tel quel, dans l’article 17 : « modifier les conditions d’acquisition de congés payés et permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés, des jours de réduction du temps de travail ».

Ces mesures seraient « provisoires » mais il n’est pas indiqué de date limite. On peut se demander si au nom des conséquences de la crise, une fois celle-ci passée, il ne sera pas imposer « un provisoire qui dure ».

Une situation de plus en plus difficile pour une bonne partie des salarié-e-s

Or d’un point de vue économique et social, les salarié-e-s sont autant que les autres catégories socio-professionnelles (entrepreneurs, professions libérales et indépendants ) victimes de la crise sanitaire que nous vivons. Si on rajoute les mesures citées ci-dessus qui vont s’imposer à eux, c’est la double peine.

De nombreuses voix s’élèvent parmi les travailleurs-ses pour dénoncer les conditions dans lesquelles ces derniers sont obligés de travailler. Les hommes et les femmes à la production, dans les transports, les manutentionnaires dans l’alimentaire, les caissières, et surtout tous les soignant-e-s sont plus exposé-e-s au virus que ceux et celles confiné-e-s ou en télétravail. Il faut entendre ce cri de colère devant ce que certains et certaines ressentent comme une injustice ou comme « un 36 poids, 36 mesures ». Et ce d’autant que les mesures « barrière » élémentaires ne sont pas respectées quand manquent gel hydroalcooliques, savons, masques, quand on maintient ouvertes des entreprises dont l’activité n’est pas essentielle pour le pays.

Serait-ce que le gouvernement répond aux sirènes du Medef, en exhortant nos concitoyen-n-e-s à aller travailler ?

Peut être bien. Il y a là un double discours et une double attitude insupportables :

- L’appel incessant à se confiner, avec des sanctions à la clé d’un côté, et le maintien d’activité sans lien avec la crise sanitaire de l’autre, dans des conditions bien souvent non conformes en terme de sécurité pour les salarié-e-s.

- la culpabilisation à outrance pour les « inconscient-e-s inciviques qui sortent » et le maintien absurde du premier tour des élections municipales. Comment ne pas penser à quel point cette décision politique irresponsable aura peut-être permis à l’épidémie de se propager ?

Le droit à la colère et le droit de revendiquer

Loin de moi l’idée de dénoncer les mesures prises de confinement ( peut être même prises trop tardivement ). Il ne s’agit pas d’entretenir une quelconque polémique. Mais de revendiquer le droit à la critique en tant que citoyenne consciente des dangers mais ayant le droit d’exiger des explications et de demander des comptes à ceux qui gouvernent.

Comment ne pas être atterrée devant le manque de masques, de gels au sein d’une des plus grande puissance économique mondiale !

Comment ne pas considérer un « retard à l’allumage », comment faire confiance après les déclarations de l’ex ministre de la santé, Agnès Buzyn ?

Si comme le dit l’exécutif, tout est fait pour ralentir l’épidémie et assurer la sécurité de l’ensemble de nos concitoyen-n-e-s, il faut prendre d’autres mesures qui s’imposent et écouter ceux et celles qui prennent des risques d’être contaminé-e-s au quotidien :

- tout d’abord mettre à l’abri les salarié-e-s dont le secteur d’activité n’est ni primordial ni essentiel dans le cadre de la crise du covid 19.

- Mettre tout en œuvre pour assurer la sécurité de ceux et celles travaillant dans des secteurs socialement utiles pour l’ensemble de la population : sécurité sanitaire avec les moyens adéquats, organisation du travail qui limite voire supprime promiscuité et contacts rapprochés quand cela est possible.

- Si des mesures ont été prises pour porter secours aux entreprises, d’autres doivent être obtenues en faveur des salarié-e-s en chômage technique. Le gouvernement doit s’engager à ce que leur soit verser intégralement leur salaire. Il n’est pas question non plus que des salarié-e-s se voient imposer de prendre dans cette période de confinement leurs congés payés. Rester chez soi, confiné-e-s, ne correspond nullement à l’idée qu’on se fait des vacances !

- Enfin si nous sommes « en guerre contre le virus » nous devons développer une « économie de guerre » contre celui-ci : soutenir et développer la production de masques, de gels, de respirateurs. c’est à l’état de l’organiser dans cette situation d’urgence.

Nous sommes bien loin de la fin de la crise, mais nous avons devant nos yeux les conséquences des politiques irresponsables, iniques et mortifères concernant le service public de santé et de la recherche depuis des décennies. Et ce ne sont pas les derniers propos de Mr Darmanin, ministre des comptes publics, qui peuvent nous rassurer ni rassurer les personnels de santé : la prise en compte des besoins n’est pas au rendez vous et pire l’annonce de 2 milliards dédiés aux arrêts maladie, aux masques et à la rémunération des personnels soignants, contre 45 consacrés aux conséquences économiques de la crise, est un affront supplémentaire aux soignant-e-s et à leurs exigences légitimes. Soyons soulagé-e-s, Darmanin a affirmé que les heures supplémentaires des soignant-e-s seront payées ! Sans rire, j’ai envie de dire, pour une fois !

C’est un vrai plan dans la santé qu’il faut annoncer dès à présent avec la hausse des rémunérations de tout le personnel et le développement d’un service public sur l’ensemble du territoire national, gratuit et accessible à tous et à toutes. Assez des fermetures de lits, de services et d’hôpitaux de proximité !

Nous saurons rappeler à Mr Macron « sa déclaration d’amour » aux services publics que ses politiques libérales ont contribué à détruire un peu plus ces trois dernières années.

Comme nous devons rappeler dès à présent à nos dirigeants que nous, la gauche politique et syndicale, le mouvement social largement mobilisé ces derniers mois, et tous ceux et celles qui aspirent à une autre société, que nous sommes présents et vigilant-e-s. Et que même si nous sommes pour l’instant empêchés de nous réunir, de manifester etc. nous saurons nous faire entendre.

Il faut encourager évidemment toutes les manifestations de soutien aux soignant-e-s qui donnent lieu à ces applaudissements le soir entre 19h et 20h. Mais à nous d’imaginer et de proposer des pistes pour faire entendre notre mécontentement et nos revendications, en utilisant les réseaux sociaux, les moyens de communication pour échanger, les pétitions à lancer en ligne, les démarches pour s’adresser aux différents ministères, économie, travail, à Matignon à l’Elysée, si ces derniers rognent encore nos droits sociaux ou n’agissent pas suffisamment dans l’intérêt de tous et toutes.

Nous ne sommes pas résigné-e-s, notre colère ne sera pas vaine. Et demain ne pourra plus être comme avant.

Myriam Martin

Type:  Article Dimanche, 22 Mars, 2020 - 13:11 Santé
François Calaret

Jour d’avant, jour d’après

2 semaines 2 jours ago

La crise sanitaire met en évidence l’insoutenabilité de la trajectoire empruntée par nos sociétés dominée par le capitalisme néolibéral et productiviste. Face à cette crise, je jour d’après ressemblera-t-il au jour d’avant ?

La crise sanitaire majeure renvoie d’abord au mode de développement induit par le capitalisme productiviste. Comme l’a noté Sonia Shah, dans un article récent du Monde diplomatique[1], « avec la déforestation, l’urbanisation et l’industrialisation effrénées, nous avons offert à ces microbes des moyens d’arriver jusqu’au corps humain et de s’adapter ».  La destruction des habitats des animaux ont détruit les barrières biologiques protectrices des êtres humains et a entrainé « une probabilité accrue de contacts proches et répétés avec l’homme, lesquels permettent aux microbes de passer dans notre corps, où, de bénins, ils deviennent des agents pathogènes meurtriers ». Un processus de longue date donc, amplifié par la mondialisation ce qui explique la circulation rapide du virus.

Les effets néfastes de cette mondialisation sous régime néolibéral sont manifestes. Non seulement les flux incessants de marchandises à travers la planète sont une des causes majeures du réchauffement climatique, mais les délocalisations opérées par les multinationales dans les pays à bas salaires et aux droits sociaux réduits, combinées à la logique du « zéro stock » et des flux tendus ont entrainé une dépendance vis-à-vis de quelques pays devenus les « ateliers du monde », en particulier la Chine. Ainsi, la pénurie de médicaments apparue bien avant la crise du coronavirus s’explique en partie par la concentration de la fabrication de l’essentiel des molécules en Inde et en Chine.

Les systèmes de santé ont été fragilisés par des décennies de politiques d’austérité budgétaire appuyées sur une conception qui visait à traiter l’hôpital comme une entreprise. Les odes méritées aux soignant.es n’effacent pas ces politiques. Dans le cas présent, elles n’entraînent pas seulement des dysfonctionnements majeurs mais elles ont des conséquences mortifères au sens premier de ce mot. En Italie, et cela est aussi envisagé en France, les malades atteint du coronavirus sont dans certains endroits triés en fonction de leur espérance de vie supposée faute de matériel, de lits et de soignants en nombre suffisant. On le savait, c’est confirmé, le néolibéralisme tue.

Face à une crise sanitaire globale, la réponse s’est faite en ordre dispersé et a mis en évidence l’affaiblissement notable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dont les recommandations n’ont souvent pas été suivies, notamment en matière de dépistage systématique. La fermeture des frontières, alors même que le virus circulait déjà très largement, est non seulement absurde, mais vise à faire croire que le danger viendrait de l’extérieur. Le comble a été atteint par Donald Trump parlant de « virus chinois ». Les institutions de l’Union européenne ont montré leur incapacité à organiser une réponse coordonnée des États membres qui, chacun de leur côté, ont mené des stratégies sensiblement différentes. L’Italie, pays le plus touché, a été laissé seul face à la crise. Celle-ci va avoir des conséquences dramatiques sur les migrants entassés dans des conditions inhumaines dans des camps de rétention.

La crise du coronavirus intervient dans une situation économique déjà bien dégradée notamment en Europe où la stagnation menaçait bien avant le début de la crise sanitaire. L’Union européenne ne s’est jamais réellement remise de la crise de 2008 et des plans d’austérité qui ont suivi. De plus, la faiblesse des taux d’intérêt a eu l’effet pervers de favoriser un surendettement du secteur privé et on a vu se multiplier les rachats d’actions, les fusions-acquisitions et autres opérations spéculatives. La crise sanitaire s’attaque donc à un corps économique déjà malade et est en train de provoquer un double choc. Un choc d’offre dû aux arrêts de la production dans une situation où l’éclatement des chaines de production entre de nombreux pays est un élément de fragilisation extrême car il suffit qu’une seule pièce manque pour bloquer le processus de fabrication d’un produit. Un choc de demande dû à la fois au confinement des personnes, à une consommation qui tend à se réduire à l’essentiel, à un pouvoir d’achat des salarié.es qui risque de baisser avec le développement du chômage partiel, sans même évoquer la probable hausse de l’épargne de précaution pour se prémunir face à un avenir incertain. La récession s’annonce donc et elle sera sévère.

Le gouvernement a pris des mesures d’urgence pour limiter les dégâts : reports du paiement des cotisations sociales et d’impôt, prise en charge du chômage partiel et garantie des prêts bancaires aux PME et il envisage des nationalisations pour éviter la disparition d’entreprises majeures. Mais le Premier ministre a exclu d’interdire les licenciements et aucun investissement massif d’urgence ne semble programmé pour le système de santé. De plus, s’il est nécessaire de soutenir financièrement les PME dont la situation est très fragile, prendre les mêmes mesures pour des grandes entreprises qui regorgent de cash-flow est pour le moins contestable. Enfin, comment justifier le fait que des secteurs économiques non essentiels continuent de fonctionner au risque d’aggraver la contamination par le virus alors que dans le même temps est mis en place une politique de confinement ? Le choix du gouvernement de maintenir coûte que coûte l’activité économique alors même que, dans de nombreux secteurs, cela met en danger la santé des salarié.es est non seulement contradictoire avec les exhortations au confinement mais est le signe que les impératifs sanitaires ne sont pas la priorité absolue du gouvernement.

L’effondrement des Bourses illustre une fois de plus le comportement mimétique des acteurs de la finance, mais un krach boursier n’est dangereux que s’il est le détonateur d’une crise financière. Les mesures prises par la BCE visent à l’empêcher. Elle amplifie sa politique de rachat de titres (Quantitative easing), priorisant les titres privés et non les obligations d’État, et continue de déverser des liquidités dans le système bancaire (programme TLTRO III). Ces mesures seront-elles efficaces ? Les banques de l’Union européenne regorgent aujourd’hui de créances douteuses dont une part plus ou moins importante n’a pas été provisionnée. Ce sont des prêts qui soit ont un retard de paiement conséquent, soit ne seront probablement jamais remboursés. De plus, les banques sont toutes engagées dans des opérations spéculatives à haut risque à travers la finance de l’ombre, le shadow banking, dans une opacité quasi-totale. Des faillites bancaires se sont produites ces dernières années et les périodes de récession y sont propices. La mise à disposition quasi illimitée de liquidités par la BCE vise à essayer de répondre à cette situation, mais un accident non maitrisé ne peut être exclu. Mais surtout, c’est le risque d’éclatement de la zone euro qui peut refaire surface si les différentiels de taux d’intérêt auquel les États empruntent sur les marchés financiers explosent. De ce point de vue, la déclaration autant incompréhensible qu’absurde de Christine Lagarde, expliquant que la BCE n'avait pas pour « mission de réduire les spreads », soit notamment l'écart entre le taux italien et le taux allemand de référence, est un signe inquiétant. Certes elle a ensuite rectifié son propos, mais cela montre que la doctrine de la BCE vis-à-vis des États reste marquée par une orthodoxie destructrice.

Quoi qu’il en soit, les mesures prises tant par les gouvernements que par la BCE redonnent sens à un apparent oxymore « le keynésianisme néolibéral » qui s’était déjà illustré lors de la crise de 2008. Comme l’avait alors affirmé le « prix Nobel » d’économie Robert Lucas, fondateur de l’auto-proclamée « Nouvelle économie classique » et fervent partisan du néolibéralisme, « dans les tranchées nous sommes tous keynésiens ». Car contrairement au libéralisme économique, le néolibéralisme n’exclut absolument pas une intervention de l’État si celle-ci s’avère nécessaire tant pour permettre aux marchés de fonctionner que pour les sauver en temps de crise. Et effectivement nous avions connu à l’époque un « moment keynésien » accompagné de grandes déclarations sur la nécessité de refonder le capitalisme et de reprendre le contrôle de la finance. On sait ce qu’il en est advenu ensuite. Au nom de la réduction des déficits publics, des plans d’austérité massifs ont plongé l’Union européenne dans la récession, les conglomérats bancaires se sont encore renforcés, la finance a pu continuer à prospérer sans réelle limite et la destruction des droits sociaux et des services publics a continué.

Aujourd’hui, président de la République et ministres entonnent la même rengaine et nous promettent que le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant. Mais les mesures prises par les gouvernements vont entraîner une augmentation importante des déficits publics et de la dette publique. Les traités européens imposant de fait un équilibre budgétaire et une limitation de la dette à 60 % du PIB n’ont pas été déclarés caduc, la Commission européenne acceptant simplement de faire preuve de souplesse au vu des circonstances comme cela a été le cas en 2008. La première « rupture », pour reprendre un mot employé par le président de la République, serait donc de dire clairement que ces traités sont obsolètes. Mais une telle rupture ne peut être que le préalable à une bifurcation de la dynamique de nos sociétés pour permettre une transformation écologique et sociale, ce qui implique la nécessité de repenser nos mode de production et de consommation et donc une remise en cause de la domination du capital.

Risquons une hypothèse basée sur un constat historique. Le seul moment dans l’histoire du capitalisme où les classes dominantes ont accepté de voir en partie remise en cause leur domination correspond à la période où l’existence même du capitalisme était contestée. Il importe peu de savoir si les forces qui portaient cette contestation – essentiellement les partis communistes et l’Union soviétique – étaient réellement révolutionnaires, ou si le modèle proposé était vraiment porteur d’émancipation - on sait que ce n’est pas le cas. Il n’empêche qu’elles apparaissaient comme une alternative au capitalisme. C’est la puissance de ces mouvements de contestation radicale de l’ordre existant, et de l’imaginaire social qui l’a accompagnée, qui a obligé les classes dirigeantes à accepter, bon gré mal gré, la mise en place de l’État social. Le paradoxe est donc le suivant : les classes dominantes n’ont accepté de changer de modèle que parce qu’il a existé des forces de contestation du système assez crédibles pour pouvoir l’emporter. Une leçon pour l’avenir ?

Pierre Khalfa

[1] Sonia Shah, https://www.monde-diplomatique.fr/2020/03/SHAH/61547

Type:  Article Dimanche, 22 Mars, 2020 - 13:05 Santé
François Calaret

Après le premier tour des élections municipales….

2 semaines 2 jours ago

 

Note de l’EAN d’ « Ensemble ! »

Malgré des circonstances si exceptionnelles, le premier tour des municipales fournit quelques enseignements politiques importants. Les commentateurs médiatiques habituels ont voulu rapidement passer là-dessus et les faire oublier, tant ils contredisent leurs certitudes rabâchées.  Certes l’abstention atypique, et exceptionnelle pour des municipales, rend difficile une analyse des secteurs de l’électorat qui ont le moins voté. Pourtant, dans une telle situation, ceux qui se mobilisent le plus sont ceux qui ont le plus de volonté et d’énergie pour venir dire ce qu’ils veulent et ce qu’ils rejettent. Et les messages qu’ils ont délivrés sont clairs et simples ;

- Les candidats soutenus par le parti présidentiel connaissent une déroute complète : un premier ministre au Havre menacé par un rassemblement citoyen et de gauche conduit par un député du PCF avec LFI,  Ensemble ! et Géneration.S ; Un bastion de LREM à Lyon qui s’effondre ; une défaite d’A.Buyzin à Paris ; et, là où ils se présentait, LREM et ses alliés chutent lourdement. C’est bien une sanction de la politique de Philippe et Macron, de leurs réformes brutales imposées au 49,3 contre la majorité des citoyens. Si le scrutin était allé à son terme au second tour, le 49,3 citoyen serait apparu éclatant. En même temps, la droite classique, profitant de son implantation de parti ancien, récolte des résultats faibles comparés à ses espoirs de reconquête d’un électorat « phagocyté » par la version macroniste d’un ultra libéralisme qu’elle partage.

- Autre leçon, à la différence des élections des européennes, ce n’est pas le Rassemblement National qui récolte la colère sociale dans les urnes ; il obtient de bons résultats dans les quelques villes qu’il gère, et cela doit inquiéter, mais partout ailleurs où le RN a pu présenter des listes, il est en baisse, les questions « identitaires » ont été éclipsées par les exigences sociales. Le mouvement des Gilets Jaunes avait provoqué une colère encore confuse en termes d’expression politique l’an dernier, mais la fusion des Gilets Jaunes avec les fortes mobilisations sociales, syndicales, populaires, autour des réformes hospitalières, du chômage, et surtout des retraites, ont affinées les consciences politiques vers des remises en cause du système dans sa globalité.

- C’est vers la gauche que les électeurs se sont tournés. Une gauche convalescente, éclatée, mais qui réussit mieux quand elle est unie. Un mouvement citoyen s’est aussi affirmé dans plusieurs villes, même s’il a été parfois victime des divisions partidaires, où d’appellations « citoyennes » peu méritées. Sans parler du fait qu’aux municipales plus qu’à d’ autres élections, le choc des ambitions et les conflits autour des petits pouvoirs locaux à conquérir, ou les querelles de clocher sans grande différences politiques, ternissent la lecture politique des concurrences.

Mais on voit bien que c’est là où des rassemblements des uns et des autres ont été réalisés,  là où les mouvements citoyens ont été pris en compte, que de bons résultats ont été obtenus , et que des rassemblements prometteurs se construisent.

Des commentateurs rapides ont cru voir une réédition de la vague « verte » des européennes. Pourtant, s’il y a une leçon à tirer du côté d’ EELV, c’est que nulle part une alliance vers des morceaux de droites, de centres, de macronistes, n’a été possible. Quand cela a été tentée, EELV a perdu du soutien auprès de ses électeurs. Et quand EELV a voulu s’imposer seul contre les autres forces de gauche, ils ont échoué à passer devant. Les résultats les plus significatifs d’EELV sont réalisés dans les villes où ils étaient en position d’être en tête d’un rassemblement des gauches et des dynamiques citoyennes. EELV a toute sa place dans un rassemblement à gauche et y apporte un élan décisif pour porter l’écologie aux côtés des autres forces de transformation à gauche. Mais seul, EELV ne peut être l’ alternative « ni à droite, ni à gauche » chère à Yannick Jadot depuis les européennes. Une leçon qui vaut d’ailleurs pour toutes les forces de gauche. Quand ils se présentent seuls, les Insoumis, ou le PCF, ou le PS survivant, enregistrent de mauvais résultats.

Rassemblés avec les autres à gauche, et sans imposer une hégémonie hors d’âge, ils réussissent à redonner de la force à une alternative de gauche dans les villes qu’ils conservent où reprennent.  Il reste du temps pour s’unir d’ici au second tour en juin et amplifier les tendances du premier tour.

Tout cela indique aussi que ni le PS, ni le PCF, ni les Insoumis, quand ils prennent un profil unitaire d’opposants et d’alternative au libéralisme, ne sont morts et enterrés… Les prétentions du macronisme, qui voulait dégager le « vieux monde » , ses partis, ses « corps intermédiaires » syndicaux et associatifs, lui reviennent en boomerang, par le mouvement social et par les urnes. Gauche/droite, le retour.

Ce premier tour municipal n’était encore qu’une étape, un brouillon, vers ce qu’il faut faire. Il indique qu’une tendance profonde est en cours, que devraient sérieusement méditer les gauches et les collectifs citoyens pour l’avenir : une majorité d’ électeurs refusent le seul scénario qu’on voulait leur servir, celui d’un choix entre peste et cholera, entre Macron et Le Pen, et cherchent une alternative pour sortir du piège.

Celle-ci ne peut venir que de la combinaison d’un rassemblement des gauches recomposées et des initiatives de collectifs citoyens et d’acteurs des mouvements sociaux, sur des contenus à la hauteur des révoltes et des exigences des forts mouvements, sociaux et écologiques,  qui ont ébranlé le pays ces derniers mois .
Gageons que les lendemains de la terrible crise sanitaire et économique qui s’annonce, et qui dévoilera de manière encore plus criante les carences et les limites du modèle libéral dans toutes ses dimensions,  porteront plus fort encore la nécessité d’une alternative de rupture avec un système à bout de souffle.

Cette fois-ci, les gauches, les écologistes, et les mobilisations citoyennes n’auront pas le droit de se tromper, c’est par la recherche de l’unité et du rassemblement qu’une issue majoritaire est possible, et urgente.

L’Equipe d’Animation Nationale d’Ensemble

Type:  Article Dimanche, 22 Mars, 2020 - 12:55 Elections
François Calaret