Immanuel Wallerstein, une figure de l’altermondialisme

4 jours 10 heures ago

Le sociologue américain Immanuel Wallerstein, considéré comme l’une des figures tutélaires de la gauche intellectuelle internationale, est décédé dimanche à l’âge de 88 ans. Francophone, il a commencé à travailler sur l’Afrique de l’Ouest post-coloniale et a inventé le concept de «système-monde» dans le prolongement des travaux de l’historien Fernand Braudel (1902-1985) et son concept d’«économie-monde». L’américaniste Romain Huret souligne sa fidélité au marxisme, même en pleine guerre froide, et l’aspect visionnaire de son travail, «au XXe siècle, ce système-monde entre progressivement en décomposition, selon lui, car il ne trouva plus les espaces nécessaires à son expansion et se heurta aux limites écologiques de la planète». Le sociologue et militant syndical Christophe Aguiton raconte comment Wallerstein a participé, dès ses débuts à Porto Alegre, au mouvement altermondialiste. Militant jusqu’à la fin, celui qui se déclarait «intellectuel public» a tenu un blog où il analysait l’actualité géopolitique jusqu’à cet été.

Tribune. Immanuel Wallerstein était une des personnalités les plus marquantes et les plus attachantes que l’on puisse rencontrer durant les Forums sociaux mondiaux et autres rencontres du mouvement altermondialiste. Il intervenait régulièrement sur les débats politiques du moment, mais il est surtout connu pour ses analyses des «systèmes-monde» et sa capacité à situer les événements récents dans une perspective historique beaucoup plus large. Immanuel Wallerstein a également publié plusieurs ouvrages d’épistémologie à partir d’une analyse critique de la séparation des «deux cultures», sciences et philosophie, et du découpage disciplinaire dans les universités.

Né à New York en 1930, Immanuel Wallerstein a fait ses études et enseigné en Amérique du Nord et a également été directeur d’étude associé à l’EHESS à Paris, sa deuxième ville de résidence. Il a présidé l’Association internationale de sociologie et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l’étude de l’économie, des systèmes historiques et des civilisations.

Immanuel Wallerstein a d’abord été un spécialiste des sociétés africaines après les indépendances. Au début des années 70, il fut l’un de ceux qui élabora une nouvelle façon d’appréhender les réalités sociales : l’analyse des «systèmes-monde» qui permet de mieux comprendre la mise en place de systèmes de qui ont vu les Pays-Bas au XVIIe siècle, puis la Grande-Bretagne au XIXe siècle et les Etats-Unis au XXe, être au centre de chaînes de domination globales. Une approche qui apparut à la confluence de plusieurs grandes ruptures datant des années 60.

C’est d’abord l’influence de Fernand Braudel, de l’école des Annales, avec qui il travailla sur l’émergence du capitalisme en combinant les apports historiques à ceux de l’économie et de la sociologie dans une vision globale. Ce fut aussi l’émergence, dès les années 60, des «théories de la dépendance», avec Andre Gunder Frank ou Giovanni Arrighi, qui critiquaient l’analyse du sous-développement comme étant lié à l’arriération d’un pays et y opposaient l’idée que la cause en était le développement même du système capitaliste auquel participaient ces pays dans le cadre d’un échange inégal. Une approche qui intégrait une critique philosophique et sociologique, avec le Péruvien Anibal Quijano, de la «colonialité» qui a été dès le XVIe siècle une dimension omniprésente de la modernité : l’émergence du commerce transatlantique triangulaire a constitué en même temps la modernité, le capitalisme et la colonialité basée sur une hiérarchie des races.

L’œuvre d’Immanuel Wallerstein porte sur une période très large et aborde de très nombreux problèmes. Il y a une autre question sur laquelle son œuvre a été particulièrement originale : l’analyse de la crise de l’idéologie libérale qui a dominé les XIXe et XXe siècles. Pour lui une idéologie est plus qu’une vision du monde ou un ensemble d’idées et de théories : c’est une «stratégie cohérente d’intervention dans le champ social permettant d’établir des orientations politiques assez claires». Le libéralisme qui est né avec la Révolution française et s’est imposé face à l’idéologique réactionnaire dans la deuxième moitié du XXe siècle en Europe se présentait comme le parti du mouvement entendant changer l’état des choses par des réformes institutionnelles permanentes. S’ils ne faisaient pas confiance aux structures traditionnelles, les libéraux se méfiaient également de la foule irrationnelle et non éduquée.

Pour Immanuel Wallerstein, le mouvement ouvrier, après avoir porté une critique radicale du système, s’est rapproché du libéralisme et a renforcé le système, conséquence de sa longue lutte pour la reconnaissance, et donc l’intégration, et la césure profonde entre ses organisations, dominées par les ouvriers qualifiés pour la plupart blancs et masculins, et les autres mouvements de critique radicale, féministes, mouvements d’émancipation anticoloniales, etc. Pour lui, la révolution mondiale de 1968 a marqué la fin de l’hégémonie libérale et a été un accélérateur de la déstabilisation du système-monde en intégrant des problématiques qui étaient dissociées dans la période précédente, questions sociales, environnementales, féministes, raciales…

Dans son dernier article, en juillet, Immanuel Wallerstein écrivait qu’il y avait 50 % de chances pour que les transformations de la période des années 1968 débouchent sur des transformations positives plus démocratiques et plus égalitaires.

Et il concluait : il n’y a que 50 % de chances, mais il y a quand même 50 % de chances !

Christophe Aguiton. Publié dans Libération.

Type:  Article Vendredi, 13 Septembre, 2019 - 09:25 International
François Calaret

Italie, derrière le théâtre de marionnettes…

4 jours 10 heures ago

Après une crise de plus de cinq semaines, la classe politique italienne a réussi à se doter d’un « nouveau » gouvernement, ou plutôt du gouvernement « Conte bis ». Cinq semaines d’une crise provoquée par Matteo Salvini et la Lega, au cours desquelles chaque dirigeant a joué son rôle dans cette tragi-comédie bouffonne et sinistre qu’est la scène politique romaine. Reprenons rapidement : les élections législatives de mars 2018 n’avaient pas dégagé de majorité évidente entre les trois blocs, coalition de droite Lega/Forza Italia de Berlusconi, M5S, et coalition de « gauche » européiste, autour du Parti démocrate, qui représentaient chacun autour de 30% des élus. L’issue la plus conforme aux équilibres européens, un « renzisconisme », une alliance entre Matteo Renzi et Silvio Berlusconi s’étant révélée impossible, et, en tout état de cause, minoritaire, c’est l’alliance improbable de la Lega et du M5S qui avait formé le gouvernement. Notons qu’au cours de la campagne électorale, ni le renzisconime, ni l’attelage « populiste » n’avaient jamais été présentés aux électeurs comme des solutions envisagées par les partis en cause, occupés à se dénoncer mutuellement de toutes les manières possibles.

Le gouvernement issu des élections avait donc trois têtes et trois projets politiques contradictoires. D’une part, les rodomontades fascisantes de Salvini, vice premier ministre et ministre de l’Intérieur, sécuritaire, raciste, anti-migrants, favorable à une autonomie « différenciée » pour les régions du Nord de l’Italie et opposé à toutes mesures sociales. Les prétentions modernistes, écologistes et anti-corruptions du M5S de Di Maio, d’autre part, dont on a vite perçu les limites et les reculades sur tous les points : revenu citoyen et réformes des retraites édulcorées au point de ne rien coûter et de ne concerner qu’un nombre infime de travailleurs, ambigüité puis abandon du discours sur les grands travaux inutiles, recul sur les mesures anti-mafia, notamment sur les règles des marchés publics. Troisième tête et troisième projet, enfin, celui de Giuseppe Conte et de ce que l’on a appelé le « gouvernement des professeurs », faire en sorte que tout ce méli-mélo reste compatible, malgré les affrontements de façade, avec les réglementations budgétaires européennes.

Cela ne pouvait bien sûr pas durer. Les divergences croissantes entre les différentes composantes gouvernementales, la volonté hégémonique et les provocations incessantes de Salvini ne pouvaient que précipiter la crise, d’autant plus que le rapport de forces électoral, après les européennes lui semblait favorable.

Quelques points saillants émergent de ces quelques semaines :

    Une indécence à son comble. Même si l’histoire politique italienne depuis la Libération est riche de combinaisons diverses et de tractations de couloir, des sommets d’indécence ont cette fois été atteints. Une pièce dans laquelle les acteurs, Salvini, alias « Le Capitaine » tenant le rôle d’histrion, tonitruant et roulant des épaules sur les plages estivales jusqu’à en devenir ridicule, pour exiger des élections anticipées, perdant ainsi sa crédibilité politique et implorant ceux qu’il venait de trahir de reconstruire le gouvernement qu’il avait mis à bas. Di Maio, chef du M5S en bouffon agitant ses grelots pour séduire un jour l’un, un jour l’autre, quel qu’il soit, pourvu qu’un fauteuil lui soit garanti. Les frères ennemis du Parti Démocrate, Renzi à ma droite et Zingaretti à ma gauche, affirmant leurs exigences (un gouvernement de rupture, jamais avec le M5S…) un jour, et prêts à tous les compromis le lendemain, au nom de la politique du moindre mal (tout sauf Salvini) et pour éviter le risque des élections anticipées. Le tout sous l’œil de Giuseppe Conte, dans le rôle du Raminagrobis prêt à tirer les marrons du feu pour la Commission Européenne. On vous passera les petites mesquineries, les petites injures, les petits signes d’allégeance aux lobbys ou même aux mafias.

    Des partis politiques sans crédit. Les forces de droite traditionnelle sont atomisées. L’ultime tentative de Forza Italia et de Berlusconi de profiter de la crise pour revenir aux affaires avec la Lega est un échec qui s’ajoute à celui des européennes. La Lega, et son chef, sont en perte de vitesse dans les sondages tant électoraux que de cote de confiance. Le Parti Démocratique est profondément divisé entre une base, qui a élu Nicola Zingaretti, président de la région du Latium, comme secrétaire général sur une ligne « de gauche » proche de celle de Pedro Sanchez et un groupe parlementaire très influencé par Matteo Renzi. Et le Mouvement 5 Etoiles qui apparait pour ce qu’il est : sans principes, inféodé à son fondateur Beppe Grillo et à son groupe dirigeant, enclin à renier tout ce qui, à ses débuts, avait pu attirer des électeurs traditionnellement de gauche. Par charité, on ne s’appesantira pas sur le cas de Libres et Egaux (LeU), scission de gauche du Parti Démocrate, qui apporte ses indispensables votes au Sénat en échange du portefeuille de la Santé.

    Un gouvernement sans projet ni programme. Comme le montre le communiqué de Potere al Popolo que nous publions ci-dessous, ce gouvernement n’a pas d’autre objectif que celui de gouverner. Sous couvert de rupture avec l’équipe précédente et avec les excès de Salvini, c’est en réalité un gouvernement de continuité. Continuité dans la politique anti-migrants : les décrets ne seront pas abrogés, mais modifiés. D’ailleurs, la nouvelle ministre de l’intérieur, préfète, a été par le passé la cheffe de cabinet des ministres de l’Intérieur Alfano (Forza Italia) et Minitti (Parti Démocrate). Tout un symbole. Continuité dans la politique anti sociale : pas de remise en cause du Jobs Act de Renzi, à l’époque vivement combattu par le M5S. Continuité dans la mise en œuvre des grands travaux (TAV Lyon Turin ou gazoduc TAP) malgré les promesses passées.

    Des institutions démocratiques ébranlées. La tentative de Matteo Salvini reposait toute entière sur une tentative pour forcer le fonctionnement des institutions politiques italiennes. Faire voter une motion de défiance au gouvernement dont il était ministre de l’Intérieur, sans que ni lui ni les membres de la Lega n’en démissionnent auparavant, pour obtenir des élections anticipées dans un délai plus bref que celui autorisé par la Constitution, afin que celles-ci se déroulent avant le débat budgétaire. Garant des institutions, le Président de la République, Sergio Mattarella a empêché cette manœuvre, en poussant à la constitution du gouvernement « Conte Bis », qui ne repose que sur une combinaison nouvelle, sans aval populaire. Par ailleurs, le M5S a réussi à imposer que l’accord avec le Parti Démocrate ne soit mis en œuvre que s’il obtenait un vote favorable de ses adhérents sur la plate-forme de débat Rousseau, plus qu’opaque. Cet exemple, ainsi que toutes les manœuvres de Boris Johnson autour du Brexit et de la suspension du Parlement britannique, montrent que des forces politiques réactionnaires sont prêtes à passer outre aux obligations institutionnelles démocratiques de leurs pays. D’ailleurs, une des priorités sur laquelle le Parti démocrate et le M5S se sont accordés est celle, au nom d’une meilleure efficacité et d’une réduction des « coûts » de la politique, d’une réduction du nombre des parlementaires et de la rédaction d’une nouvelle loi électorale relevant les seuils d’accès aux élections et compliquant la représentation des partis politiques émergents, représentant des positions alternatives.

    Obéir aux traités. La première tâche du gouvernement Conte bis sera d’établir et de présenter un budget conforme aux traités européens. Bien loin des proclamations de Salvini et des velléités « souverainistes » du M5S. Le G7 ne s’y est pas trompé, qui a reçu Conte à Biarritz avec tous les honneurs. Macron s’est félicité de l’heureuse issue de la crise italienne et Moscovici a salué la nomination de Gentiloni en tant commissaire européen. Rome n’est pas Athènes, les moyens employés sont différents, mais tout rentre dans l’ordre. L’Italie n’est pas prête à rompre avec les traités européens, ni à prendre des mesures qui s’éloigneraient du néo-libéralisme.

Mathieu Dargel
Communiqué publié par Potere al Popolo

Nous n’avons pas d’amis au Gouvernement

Un commentaire à chaud sur le gouvernement Conte bis

Le gouvernement est constitué. 10 ministres du Mouvement 5 Etoiles (M5S) et 10 au Parti Démocrate (PD) élargi (Libres et Egaux, LEU, a finalement obtenu un poste). Un gouvernement paritaire, avec Conte, qui se redécouvre électeur de centre-gauche, en tant que garant. Ainsi se referme la crise ouverte par Salvini au mois d’août, avec un changement de majorité, entre deux forces politiques qui se considéraient jusqu’il y a peu, comme des ennemis jurés.

Nombreux sont ceux, à gauche, qui laissent s’échapper un soupir de soulagement, pendant que Salvini déclare la guerre, mais la crise de la classe dirigeante, toute entière, apparue depuis longtemps, est sous les yeux de tous. Cette crise est liée, non seulement aux tensions économiques, commerciales, financières et militaires qui traversent le monde dans cette période, mais aussi au malaise et à la pression qui s’exercent sur les classes populaires italiennes qui réclament depuis des années plus de justice sociale, de travail et de droits.

Pour l’instant, un sentiment d’attente, d’expectative, est perceptible chez de nombreuses personnes. C’est bien compréhensible : après les barbaries de Salvini, un minimum de civilité démocratique, même seulement apparent, semble une révolution. Mais le mot d’ordre « laissez les travailler » ne nous a jamais convenu pour la simple raison que si nous ne les défendons pas, nos intérêts, qui sont ceux des classes populaires, ne seront pas au centre des choix fondamentaux du pays.

C’est pourquoi nous avons déjà annoncé que nous ne laisserons pas l’opposition au nouveau gouvernement aux mains de la droite. Nous voulons la pratiquer sur la base des questions que nous jugeons décisives, si on souhaite un changement réel.

En réalité, si nous étudions le programme du gouvernement, les points positifs sont annoncés d’une manière très générale, tandis que les points négatifs sont les seuls à être précisément détaillés.

Pour nous, le défi porte sur les réductions des inégalités qui ne cessent de croître. Toutes les données confirment que la richesse privée (environ 10 000 milliards d’euros) est constituée à 95% de patrimoines immobiliers et financiers, alors que la plus grande part de l’impôt provient de l’impôt sur le revenu payé par les travailleurs et les retraités. Les baisses d’impôt dont nous entendons souvent parler se révèlent être pain béni pour les entreprises et miettes pour les travailleurs. Le boom des bas salaires, des travailleurs pauvres, de la pauvreté relative, est là pour le démontrer avec une douloureuse évidence. En somme, si l’on parle de redistribution des richesses existantes, il faut désormais faire les choix radicaux qui réduisent ces inégalités devenues inacceptables. Il faut avant tout créer des emplois, développer les services publics, un plan pour le logement, tout ce dont le projet du gouvernement ne comprend que les plus faibles traces.

Nous sommes convaincus que les dépenses sociales et de protection doivent revenir au centre du développement, et non une croissance abstraite, qui n’est que la croissance des profits privés. La compétition sociale sur ces dépenses est la cause principale de la guerre entre les pauvres et de la guerre contre les pauvres qui se déchaine dans le pays.

Dans ce domaine, il faut augmenter les ressources et non les réduire. Pourtant, nous constatons que dans le programme du gouvernement, on parle de se conformer aux règles budgétaires européennes, qu’il n’y aucune trace d’impôt sur la fortune ni d’une vraie politique de lutte contre l’évasion fiscale, ce qui rend impossible de mettre des orientations sociales.

En ce qui concerne la lutte contre la pauvreté et la garantie d’un meilleur accès aux services publics, nous sommes épouvantés par la promesse du PD et du M5S de réaliser la Régionalisation différenciée. C’est un projet qui ne ferait qu’augmenter les inégalités dans un pays déjà déchiré en deux et qui ne résoudrait aucune des questions pendantes au Sud, qu’il s’agisse de la dépopulation et de la désertification industrielle, de l’absence totale d’infrastructures et du rôle dominant des économies mafieuses.

En ce qui concerne les questions environnementales, le gouvernement énonce des objectifs de développement durable. Pourtant nous avons constaté que les intérêts privés continuent à prévaloir, comme c’est le cas pour les Grands Travaux, sur les solutions alternatives mises en avant par les mouvements sociaux et écologistes. Le TAV et le TAP en sont la démonstration. Nous voulons renverser ce paradigme qui ne voit dans l’environnement qu’une source de profits.

En ce qui concerne la politique internationale, dans ce monde traversé par des conflits croissants, par le réarmement nucléaire, par la militarisation de l’économie qui décide trop souvent des orientations de la recherche, des innovations technologiques et des niveaux des exportations « compétitives », nous soutenons depuis longtemps que la sortie des blocs et des pactes militaires, à commencer par l’Otan, le démantèlement des bases militaires et nucléaires étrangères, sont une condition décisive pour une politique de neutralité active, de promotion de la paix et du désarmement. Et pourtant, cette hypothèse n’est aucunement prise en considération par le nouveau gouvernement qui parle des dépenses militaires et des missions à l’extérieur come de dépenses « incompressibles ».

Enfin, mais ça n’est pas le moins important, la réduction du nombre des parlementaires, qui est une des mesures phares du gouvernement, est une idiotie. Pour diminuer les coûts de la politique, il serait suffisant de réduire les rétributions et les avantages à vie des parlementaires. Réduire la représentation, c’est, au contraire, la marque d’un grand recul sur le plan démocratique : c’est le choix de réduire les possibilités d’accès quantitatif aux instances institutionnelles, en préférant une nouvelle loi électorale qui élèvera encore les seuils de représentativité. Nous estimons depuis toujours que le seul système électoral en mesure de garantir la représentation démocratique est la proportionnelle, qui permet l’accès au Parlement de toutes les expressions politiques de la société. Il semble au contraire que le nouveau gouvernement s’engage dans la voie d’une loi électorale qui vise à exclure, par des seuils et des normes, les nouvelles formes d’expression, pour en revenir à un système de gouvernance blindé et hiérarchique.

Nous pourrions continuer en parlant du peu d’espace réservé aux questions de genre et à l’absence d’une réelle inversion d’orientation sur les politiques migratoires (pas d’abolition des Décrets Sécurité), de la Culture confiée à Franceschini, comme si ses mesures n’avaient pas déjà provoqué d’énormes dommages… Mais, pour l’instant, nous nous en tiendrons là, en invitant toutes et tous à être vigilants, à exercer le jugement critique et à ne pas être paralysés par la crainte de Salvini.

Désormais, le gouvernement s’est présenté, ses ministres ont été nommés. Il s’agit maintenant de faits concrets. Nous nous ferons entendre en portant les raisons de ceux qui attendent encore de voir leurs situations résolues, nous ferons entendre nos propositions pour un changement réel des priorités sociales et politiques du pays, qui ne coïncident pas avec celles qui nous ont été présentées, ni avec celles qui seront, probablement, mises en œuvre. Nos amis ne sont pas au Gouvernement, mais ils sont dans les écoles, les lieux de travail, les centres de recherche abandonnés, sur les routes de la logistique, dans les campagnes du Sud, dans les entreprises occupées, dans les centres de rétention, dans les territoires en lutte. Et c’est leurs voix que nous voulons faire retentir jusque dans les palais.

Communiqué de Potere al Popolo, 5 septembre 2019. Traduction M.D.

Type:  Article Vendredi, 13 Septembre, 2019 - 09:23 International Italie
François Calaret

Ensemble à la Fête de l'Huma

4 jours 10 heures ago

programme !
du stand d’Ensemble!

VENDREDI 13

* 15h30-17h : ATELIER RADIO , animé par La Porte à Côté. Vous avez
entre treize et dix-huit ans ? Venez vous inscrire !

* 17h30-19h : TABLE RONDE « La jeunesse et le travail engagé
aujourd’hui » avec Voldoire pour Radio Parleur, Basile Lecourbe pour
Coopcycle, Goli Moussavi pour La Cloche, Franck Mithieux pour Attac

SOIREE CONCERTS avec Little animal, Get out to die, Roots Lnity

SAMEDI 14

* 10h30-12h : TABLE RONDE « Situation en Algérie » avec Sanhadja
Akrouf et Hamamouche Lemnouar

• 12h15 : INAUGURATION DU STAND ENSEMBLE !

• 13h–14h : CONCERT avec Moritz

* 14h-15h30 : TABLE RONDE « Les gauches, l’écologie, les appels et
leurs échos » avec Clémentine Autain (Big Bang, députée du 93), Karl
Ghazi (Secrétaire général CGT Commerce Paris), Jérôme Gleize
(Appel Convergence, conseiller de Paris), Patrick Viveret (philosophe,
Les jours heureux)

* 17h30-19h : TABLE RONDE « L’écologie, mais quel chantier ! »,
avec le film « La valeur de la terre », de Geoffrey Couanon, avec
Jacqueline Lorthiois (urbaniste et socio-économiste) pour Europacity,
Martine Billard, PG (sous réserve), Jacqueline Chemaly du Collectif 3R
d’Ivry-sur-Seine

SOIREE CONCERTS avec Oziris et Disconnected…

DIMANCHE 15

10h30 -12h :TABLE RONDE « Le médicament un bien commun »
organisé par le « Manifeste pour une appropriation sociale du
médicament » et la revue Contretemps avec Thierry Bodin (statisticien
et syndicaliste), Bernard Dubois (cadre assurance qualité et
syndicaliste), Annick Lacour (pharmacologue et syndicaliste), Eliane
Mandine (chargée de recherche, militante pour la reconnaissance du
médicament comme bien commun.

• 13h30-15 : ATELIER RADIO , animé
par La Porte à Côté

• 15h30-17h : CONCERT animé
par la Chorale de L’UT EN Choeur
 

Fichier attachéTaille 19-09-12-1_programme_fetedelhuma.pdf479.49 Ko Type:  Article Vendredi, 13 Septembre, 2019 - 09:19 Vie du mouvement
François Calaret

Face au G7, le G7EZ ! Hendaye-Irun du 19 au 26 août 2019

2 semaines 5 jours ago

L'idée s'était insinuée que ce G7 de Biarritz serait une réunion pour rien, plus un monticule qu'un "sommet" !
Cela non sans raisons. Quelles réponses attendre aux multiples crises qui ravagent le monde actuel en l'absence des premiers concernés ? Parler du Donbass et de la Crimée, sans la Russie ni l'Ukraine ? De la Syrie, sans la Russie ni l'Iran ? Du Yémen et plus généralement du Moyen-Orient, sans ceux-là, ni l'Arabie saoudite, la Turquie, Israël ? De la menace de guerre économique, sans la Chine ? De l'avenir de l'Amazonie, sans le Brésil ? Etc.

Et quelle portée de discussions avec des chefs de gouvernement en grandes difficultés, voire en fin de mandat, Merkel, Conte, et Johnson empêtré dans le Brexit ? Et sur le tout l'ombre envahissante d'un Trump aussi omniprésent qu'imprévisible...

De surcroît la mise en scène orchestrée par Macron avait quelque peu relativisé l'importance de la rencontre. Celle-ci étant en partie occultée par le rendez-vous de Brégançon avec un Poutine faux vrai absent du sommet. Et surtout par la dramatisation obsédante des violences à attendre des manifestants anti-sommet, dont la présence ne pouvait être que parasitée par les hordes black blocks. D'où l'obligation de transformer Biarritz en bunker et de déployer des milliers de policiers pour filtrer les accès à la région...

De quoi précisément en cette fin août dissuader celles et ceux qui étaient décidés à dénoncer la politique des puissants de ce monde !

Reste qu'il ne faut jamais oublier que si ces mêmes puissants ont besoin de se réunir ce n'est pas pour rien. Même  l'absence de résultats tangibles peut être significative et non dénuée de conséquences. Ainsi de la porte claquée par Trump lors du sommet de Québec.

On saluera donc l'habileté de Macron qui a su faire du sommet de Biarritz une réussite diplomatique largement saluée comme telle. Et le talent avec lequel il se présente comme son maître d'oeuvre, donc méritant d'en être le principal bénéficiaire.

Il est vrai que Trump a accepté quelques accommodements à propos des politiques commerciales qu'il développe, et même de sa volonté d'isoler l'Iran, en supportant la "visite surprise" du ministre iranien.
La brutale confrontation avec Bolsonaro à propos des incendies en Amazonie conforte l'ambition de Macron de se présenter en champion de la défense de la planète.

Quant à la dramatisation excessive des risques de violence elle a permis de justifier un déploiement policier sans mesure et de présenter comme normales les dispositions autoritaires et répressives du pouvoir.
On ne saurait nier que le "multilatérisme" en perte de vitesse se voit quelque peu revigoré par ce sommet, ce qui n'est pas dans les conditions actuelles une mauvaise chose. Et c'en est une bonne de ne pas avoir laissé la cage dorée de Biarritz sans opposition, sans que soit indiquée une perspective alternative. Peut-on laisser croire que les "7" et leurs amis vont sérieusement défendre le climat et la biodiversité ? Voire qu'ils sont soucieux de combattre "les inégalités", thème officiellement au coeur du sommet (on croit rêver !) ?
Les forces progressistes issues des mouvements sociaux du Pays Basque et Attac ont pris l'initiative de constituer deux plate forme appelant en commun à la mobilitsation pour un contre sommet du 19 au 26 août à Hendaye-Irun : le G7EZ. Une centaine d'organisations ont apporté leur soutien, dont Solidaires, la Confédération paysanne, le Collectif national pour les droits des femmes et la Marche mondiale des femmes, Oxfam... Philippe Martinez a fait le déplacement pour participer à un des débats centraux.
Un certain nombre de partis politiques étaient représentés, dont EELV, le PG et LFI, le NPA. Ensemble! a participé au G7EZ avec les collectifs du Pays Basque et du Béarn et en tant qu'organisation nationale.
De multiples débats se sont déroulés dans plusieurs espaces. Et, malgré les difficultés provoquées par le dispositif policier, diverses initiatives ont eu lieu, ainsi qu'une belle manifestation ensoleillée, de 15000 personnes, le 24 août, entre Hendaye et Irun. Ainsi s'est faite entendre une autre voix que celle des puissants de ce monde, laquelle a porté l'exigence et l'urgence de politiques opposées à celles qu'ils incarnent.

Francis Sitel

Type:  Article Jeudi, 29 Août, 2019 - 12:13 International
François Calaret

La révolution soudanaise entre dans une nouvelle phase

2 semaines 6 jours ago

La révolution soudanaise a remporté d’importantes victoires. Mais elle doit encore lutter pour passer du contrôle par les forces militaires au contrôle par les forces populaires.

L’accord constitutionnel entre le mouvement populaire soudanais et les forces armées du pays a été signé le samedi 17 août. L’article qui suit apporte un éclairage sur les circonstances de cet accord. Il a été publié pour la première fois dans le quotidien arabe Al-Qods al-Arabi le 30 juillet et reproduit sur le site web du Parti communiste soudanais.

Le 5 juillet, des masses soudanaises exubérantes ont célébré la victoire qu’elles avaient remportée sous la direction des Forces de la Déclaration pour la liberté et le changement (FDFC) lorsque le Conseil militaire de transition (CMD) a dû faire marche arrière à la suite des grandes manifestations organisées le 30 juin. Les militaires ont dû abandonner leur tentative de réprimer le mouvement de masse, concéder son libre développement, y compris la restauration de l’Internet, principal moyen de communication du mouvement, et revenir à la voie de la négociation et du compromis après avoir échoué à imposer leur volonté par la force des armes.

La Révolution soudanaise est alors entrée dans une troisième phase, après une première phase marquée par la chute d’Omar al-Bachir le 11 avril et une deuxième par la retraite du CMD le 5 juillet. Le FDFC, en particulier sa principale composante, l’Association des professionnels soudanais (Sudanese Professionals Association-SPA), a démontré sa pleine conscience que chaque phase est plus difficile et dangereuse que la précédente en maintenant la mobilisation massive et en la renforçant en vue des confrontations en cours et à venir.

Les victoires obtenues jusqu’à présent n’ont été que partielles : il s’agit essentiellement de compromis entre l’ancien régime représenté par le CMD et la révolution menée par le FDFC.

Le compromis inaugurant la troisième phase a été formulé dans l’accord politique entre les deux forces le 17 juillet. Il reflète la dualité du pouvoir sur le terrain dans cette phase transitoire, entre, d’une part, une direction militaire qui insiste pour garder sous son contrôle les ministères de la Défense et de l’Intérieur (c’est-à-dire toutes les forces militaires et de sécurité), comme l’avait fait le Conseil suprême des Forces armées en Egypte après s’être débarrassé de l’ancien président Hosni Moubarak le 11 février 2011 et, d’autre part, une direction révolutionnaire qui mobilise les masses pour affronter les militaires et chercher à diriger le mouvement de masse dans une guerre de positions qui lui permettrait de contrôler progressivement le pays.

L’objectif du FDFC est de rallier la majorité des forces armées en faveur des objectifs civils et pacifiques du mouvement, afin d’isoler leur aile la plus réactionnaire. La principale figure de proue de ce dernier est le commandant des Forces paramilitaires de soutien rapide (FSR), Muhammad Hamdan Dagalo (connu sous le nom de Hemedti), soutenu par l’axe réactionnaire régional constitué par le royaume saoudien, les Emirats arabes unis et le régime égyptien d’Abdel Fattah al-Sissi.

C’est dans ce contexte que le Parti communiste soudanais dirige les rangs des détracteurs de l’accord politique du 17 juillet et des concessions du FDFC qui en découlent, en s’engageant à poursuivre la lutte jusqu’à la réalisation complète des objectifs de la révolution tels que résumés dans la Déclaration pour la liberté et le changement adoptée le 1er janvier de cette année. Ceux qui considèrent cette position comme divisant le mouvement révolutionnaire et croient qu’elle l’affaiblit ont tort.

D’autres forces clés du mouvement, en particulier au sein du SPA, partagent le ressentiment des communistes face aux conditions que les militaires veulent imposer comme prix pour accepter de partager le pouvoir. Il est dans l’intérêt bien compris de la Révolution soudanaise qu’une partie du mouvement continue d’exercer des pressions révolutionnaires sans être liée par l’accord, cela afin d’alimenter la radicalisation du processus en cours et de contrebalancer la pression réactionnaire exercée par les forces intégristes islamiques, pression que le CMD invoque constamment pour consolider sa position.

La prochaine étape de la phase actuelle consiste à adopter le Document constitutionnel de transition [signé à Khartoum le 17 août], qui combine des principes très progressistes – plus avancés que ceux inscrits dans les constitutions de tous les Etats arabes, y compris dans la nouvelle Constitution tunisienne – avec la formalisation de l’équilibre actuel des forces et la dualité des pouvoirs en légalisant la participation du commandement militaire dans l’exercice du pouvoir politique, d’une manière qui est pire que dans la Constitution actuelle de l’Egypte.

Et pourtant, même ce compromis avec tous ses défauts est toujours menacé par un commandement militaire qui tente résolument de contourner les exigences du mouvement et de les pervertir dans la pratique, comme il l’a fait récemment avec la prétendue enquête dans le massacre perpétré par les FSR. L’aile la plus réactionnaire des forces armées continue d’ailleurs d’essayer de renverser le compromis et de pousser la situation vers un coup d’Etat militaire, comme l’illustre l’assassinat de manifestants à El-Obeid [ville au centre du Soudan, dans l’Etat du Nord-Kordofan] le 29 juillet.

« Le pouvoir politique est au bout du fusil », dit l’une des citations les plus connues du leader de la Révolution chinoise, Mao Zedong. Cette déclaration fait écho à une expérience révolutionnaire qui a été gagnée par la force des armes grâce à une guerre populaire prolongée. Elle véhicule néanmoins la vérité élémentaire que le pouvoir politique n’est jamais complet sans le contrôle de la force armée. Le défi majeur de la Révolution soudanaise consiste en effet à prendre le contrôle des forces armées en dirigeant à cette fin la force du mouvement populaire non armé.

Si la révolution parvient à entrer pacifiquement dans une quatrième phase avec une dualité du pouvoir politique incarnée dans les institutions gouvernementales où le mouvement populaire prédomine, la capacité de la direction révolutionnaire à satisfaire l’aspiration des masses à la paix et leurs revendications sociales et économiques deviendra cruciale pour lui permettre de prendre le contrôle des forces armées et de les démocratiser. Sans cela, la Révolution soudanaise sera embourbée à mi-chemin, et pourrait donc finir par creuser sa propre tombe comme ce fut le cas dans l’histoire du Soudan et dans l’histoire des mouvements populaires du monde entier.

Gilbert Achcar, professeur à SOAS, Université de Londres. Article publié sur le site Jacobin, en date du 18 août 2019. Traduction rédaction A l’Encontre.

Type:  Article Mercredi, 28 Août, 2019 - 12:22 International
François Calaret

Congrès de Democratic Socialist of America à Atlanta

2 semaines 6 jours ago

Democratic Socialist of America (DSA), le courant de gauche au sein du Parti Démocrate américain, a tenu son congrès biennal du 1er au 4 août dernier à Atlanta. 1056 personnes y étaient déléguées, représentant 80 associations provenant de tous les États américains. J’ai eu le privilège de représenter Québec solidaire qui comptait parmi les invitéEs internationaux.

Il est difficile d’analyser avec justesse les débats d’un congrès auquel on assiste pour la première fois, à plus forte raison lorsque cette organisation est en pleine croissance, devant de nouveaux défis et de nouveaux débats politiques. Depuis deux ans DSA a doublé son nombre de membres passant de 25 000 à 40 000, ce qui s’est reflété par un congrès près de deux fois plus important passant de 700 à 1000 personnes déléguées. Une grande partie d’entre elles étaient de nouvelles adhésions et participaient à leur premier congrès. Le congrès était composé majoritairement de jeunes, entre 25 et 35 ans. Les femmes ont joué un rôle important dans les débats et la communauté LGBT était également très présente. La majorité était blanche même si les personnes de couleur étaient en grand nombre.

L’élection d’Alexandria Ocasio-Cortez en 2018 de même que Rashida Tlaib représentant le parti DSA à la Chambre des représentants des États-Unis , a certainement permis de donner une l’impulsion publique qui explique cette croissance. Lors des élections de 2018, le parti a fait également passer son nombre d’éluEs dans les Chambres basses des États de 4 à 11, dont 8 au niveau national.

Une partie des débats a porté sur les conditions d’appui à Bernie Sanders qui se revendique de cette gauche politique au sein du Parti Démocrate sans pour autant en être membre officiellement. Ce qui explique probablement son absence au congrès. Madame Ocasio-Cortez était également absente. Les membres ont donc discuté des prochaines élections mais, fait étonnant, sans rapport politique ni bilan des dernières élections, qui représentent pourtant un grand succès pour DSA.

Ils ont ainsi décidé que leur appui aux élections présidentielles irait à Bernie Sanders et à personne d’autre en cas d’échec de ce dernier aux primaires démocrates. En même temps le congrès a encadré le mandat que Sanders devrait respecter et défini que celui de toute personne candidate à des élections devrait respecter le programme socialiste de DSA.

Des courants de pensée différents étaient sous-jacents dans l’ensemble des débats et étaient représentés par des tendances affichées telles que Build, Bread and Roses, Socialist Majority, Collective Power Network, the Libertarian Socialist Caucus, Reform and Revolution.

Selon Tatiana Cozzarelli de la revue Left Voice, beaucoup de militants et militantes derrière Build et LSC sont inconfortables avec l’orientation électorale de DSA basée sur les membres à carte qui apporte un afflux soudain de membres sans connaissance des politiques et mécanismes internes, ce qui ouvre la porte à une centralisation des pouvoirs dans les mains d’un groupe qui possède une politique stratégique claire qu’ils appliquent avec discipline : dans ce cas Bread and Roses / Jacobin. Par contre selon Dan La Botz de New Politics, le caucus Bread and Roses a été le principal défenseur de la résolution « Rank and File strategy ».

Il est évident que la majorité des débats a été traversé par ces courants de pensée. La centralisation du parti au niveau organisationnel mais surtout financier versus une décentralisation et un meilleur soutien financier pour aider les associations locales a été au cœur de chauds débats et la centralisation l’a finalement emportée.
La stratégie syndicale (Rank and file strategy) a quant à elle été adoptée même si c’était par une mince majorité. Il s’agissait d’une des questions importantes du congrès dont on pourrait s’inspirer à Québec solidaire. Les membres ont en effet décidé d’investir leur énergie à travailler dans le mouvement ouvrier, organisé ou non afin d’aider à alimenter une conscience plus large qu’uniquement syndicale. À cette fin la direction nationale modifiera sa liste de membres afin d’indiquer le type d’emploi et l’appartenance syndicale. Cette modification ayant pour but de permettre la création de comités de discussions basés sur les milieux de travail ou les syndicats dans le but d’entreprendre des actions communes dans le futur.

En ce qui concerne la formation, la direction nationale se coordonnera avec Labor Notes afin de pouvoir profiter de leurs forums de formation. Plus précisément elle aidera les comités ouvriers des associations à trouver le financement pour envoyer des membres à la conférence Labour Notes de 2020 et à leur école de formation. Il faut rappeler que lors de son dernier congrès DSA avait déjà créé une Commission afin de coordonner nationalement le travail au sein du mouvement ouvrier.

Le congrès s’est également prononcé unanimement en faveur du Green New deal. DSA s’est prononcé en faveur de décarboniser tous les secteurs de l’économie américaine d’ici 2030 ; démocratiser le contrôle des principaux systèmes et ressources énergétiques grâce à la propriété publique ; et centrer la classe ouvrière sur une transition juste vers une économie équitable avec une garantie d’emploi en développant le secteur public.

Les membres ont décidé de renforcir la lutte de DSA pour le droit des immigrants en appuyant notamment la démilitarisation de la frontière avec le Mexique, l’abolition de ICE l’Agence de renforcement de l’immigration des douanes et des frontières, (Immigration and Customs Enforcement and Customs and Border Protection) , la décriminalisation de l’immigration et la mise en place d’une procédure d’accès à la citoyenneté pour toutes les citoyens non-résidents.

Le droit au logement , la promotion du droit à l’avortement, la dépénalisation du travail du sexe, le renouvellement de l’ assurance-maladie ont également fait l’objet de témoignages émouvants.

Événement marquant, Sara Nelson présidente de l’Association des agents de bord (CWA, AFL-CIO) a rendu un témoignage percutant. Lors de la fermeture par le gouvernement en janvier dernier, elle a diffusé une vidéo appelant les agents de bord à cesser de travailler et à soutenir les contrôleurs aériens qui devaient travailler gratuitement afin d’assurer la sécurité aérienne. Quelques heures plus tard, Trump avait conclu un accord pour mettre fin à l’arrêt. Elle se bat maintenant contre le changement climatique, soutient le Green New Deal et appelle les compagnies aériennes à cesser les expulsions.

Solidarité internationale

Quelques résolutions concernant la Palestine et Cuba ont été adoptées mais cela ne répondait pas selon plusieurs au besoin de perspectives dans le contexte international où l’impérialisme américain joue un rôle prépondérant.

La présence d’une importante délégation internationale est cependant à souligner. Plusieurs ateliers ont permis aux invités internationaux de s’exprimer sur l’importance de la solidarité internationale. Ils et elles représentaient entre autres le Soudan, les Philippines, le Pérou, le Japon, le Brésil, le Venezuela, l’Allemagne, la Belgique ainsi que le Québec.

La place que j’occupais en tant que délégué de Québec solidaire me plaçait dans une situation particulière. Pour la plupart des gens j’étais du Québec mais avant tout du Canada. Les questions qui m’étaient adressées portaient souvent sur la façon de développer des liens avec la gauche canadienne (comprenant le Québec). Les réponses demandaient beaucoup d’élaboration afin d’expliquer toute la question de l’indépendance et de l’oppression nationale, mais au final cela nous place devant un défi incontournable ; la construction de liens avec les éléments de gauche dans le Reste du Canada et l’élaboration d’une stratégie progressiste face à l’État canadien basée sur l’indépendance, dans une perspective internationaliste.

André Frappier, publié sur le site Presse toi à gauche du Québec.

Type:  Article Mercredi, 28 Août, 2019 - 12:21 International
François Calaret

L’imbroglio des identités et de la politique socialiste

2 semaines 6 jours ago

Steve Bannon, l’idéologue de la campagne Trump par laquelle tout a commencé, s’est vanté d’avoir conduit ses adversaires dans un piège : « Je veux qu’ils parlent chaque jour d’antiracisme. Si la gauche se concentre sur la race et l’identité et que nous optons pour le nationalisme économique, nous pouvons écraser les Démocrates » (1). Les résultats semblent lui donner raison, et nombreux sont ceux, enthousiastes ou affligés, qui ont répété cette théorie sur le centre d’attention, l’objectif programmatique et le mode de communication de chacune des grandes forces en présence. Si tel était le cas, la victoire de la droite radicale aurait été facilitée par la défense des droits humains et du féminisme ou par la contestation du racisme. L’implication serait gigantesque : la gauche devrait-elle alors abandonner les droits des femmes ou des groupes opprimés ? Devrait-elle garder le silence face à la violence domestique ou à la discrimination ethnique ?

En d’autres termes, on peut se demander si les gauches se sont égarées en défendant l’antiracisme ou le féminisme, ou les droits LGBT, ou d’autres identités, ou même si une telle activité conduit à ignorer le peuple, comme Bannon le suggère et le célèbre. Pourtant la théorie de Bannon est historiquement fausse et ne correspond pas à la réalité des faits. C’est une mystification idéologique. Mais je n’ai pas l’intention de dorer la pilule de ce passé récent, ni d’ignorer la difficulté de la gauche à construire une alternative politique cohérente. J’ai encore moins l’intention d’oublier comment divers secteurs de la gauche ont ignoré la lutte des mouvements féministes et antiracistes contre l’oppression (qui affecte la vie d’un grand nombre), et encore moins le fait que certains mouvements défendant les identités se sont limités à vouloir être reconnus et que, dans cet exil, ils ont accepté une confortable division des luttes sociales, ce qui a favorisé une contre-attaque des droites. À mon avis, quelques gauches et mouvements portent une grande responsabilité pour n’avoir pas créé un pôle social capable d’unifier diverses causes émancipatrices sous la forme d’une expression politique majoritaire, pour s’être souvent cantonné aux terrains de la confirmation plutôt que de l’affirmation, et pour avoir souvent manqué à leurs promesses de donner la parole et d’organiser les déshérités de la mondialisation. Par conséquent, si l’on traite l’hypothèse de Bannon, il faut aussi discuter de ce qu’il faut faire pour représenter, construire et mobiliser une majorité populaire de gauche.

Le fait est que les différentes expressions de l’identité ont marqué l’histoire, l’exploitation des travailleurs, l’oppression patriarcale, la discrimination « raciale » et ethnique. Mais elles s’entrelacent toujours dans des identités complexes et c’est ce croisement qui permet de découvrir la vraie vie des gens réels. En ce sens, Nancy Fraser a suggéré que l’analyse de tous ces mouvements doit prendre en compte leur réponse à un besoin spécifique de reconnaissance mais aussi leur contribution à la redistribution des ressources et du pouvoir. Nous verrons comment cette double approche permet de comprendre le sens et le rôle social de ces mouvements et, plus particulièrement, de répondre à la stratégie de Bannon, Trump et ceux qui les suivent partout dans le monde.

L’identité est-elle une politique ?

« L’irruption des politiques identitaires dans les démocraties libérales est l’une des principales menaces auxquelles elles sont confrontées », explique Francis Fukuyama dans un livre récent sur le débat qui nous intéresse ici (2). L’auteur, un politologue libéral américain, explique que, après que le XXe siècle a été défini par la lutte économique, dans la deuxième décennie du XXIe siècle la gauche s’est tournée vers la lutte pour diverses identités sociales, en même temps que la droite se réorganisait : « La gauche se concentre moins sur l’égalité économique au sens large et davantage sur la promotion des intérêts d’un large éventail de groupes perçus comme marginalisés – Noirs, immigrés, femmes, Hispaniques, communauté LGBT, réfugiés, etc. Pendant ce temps-là, la droite se redéfinit par un patriotisme qui cherche à protéger les identités nationales traditionnelles, souvent explicitement reliées à la race, l’ethnie ou la religion. » (3) Nous avons déjà lu cette thèse dans la version plus simpliste de Steve Bannon.

Pour Fukuyama, la gauche commet une erreur en s’écartant de l’égalité économique pour traiter des identités des groupes marginalisés, tandis que la droite capitalise adopte le nationalisme. Mais il faut noter que cette option de droite lui semble également dangereuse : le nationalisme et la religion sont « les deux visages de la politique identitaire » qui remplacent les partis de classe du XXe siècle et ce sont ces « redéfinitions comme patriote », pouvant être associées au racisme ou au fanatisme, qui représentent les « menaces principales » pour la démocratie (il est un opposant à Trump) (4). Cette préoccupation est compréhensible, car le politologue s’était rendu célèbre en 1992 en annonçant qu’à la fin du XXe siècle nous aurions atteint la phase supérieure du libéralisme et que la société moderne pourrait atteindre une stabilité perpétuelle grâce au capitalisme… Donc l’élection de Trump est aussi un revers pour lui et une épitaphe pour sa théorie.

Maintenant, en répétant ses livres précédents, au moins pour citer un de ses héros, le philosophe allemand Hegel, Fukuyama se souvient de la thèse selon laquelle l’histoire a toujours été animée par la lutte pour la reconnaissance, qui devrait être universelle, consacrée par des droits humains effectifs. Les démocraties ne seraient que cela : des institutions qui promettent l’égalité et acceptent donc les différences. Mais alors, où en sommes-nous ? Si tout au long de l’histoire il y eut une lutte pour la reconnaissance des identités, qui exige le respect des différences, et si cette reconnaissance est la définition même d’une démocratie, comment pouvons-nous concevoir que l’identité soit en même temps une menace ? Le livre de Fukuyama répond à cette inquiétude en opposant les mouvements sociaux identitaires, qu’il banalise, aux mouvements nationalistes et religieux dont il souligne l’importance, peut-être parce que les premiers sont porteurs d’une lutte pour les droits d’une communauté et les seconds sont des affirmations d’un système de pouvoir. Nous reviendrons sur cette question du rôle des mouvements pour les droits civiques, féministes et autres, mais pour l’instant examinons cette fragmentation des identités conflictuelles, qui sont l’expression de tensions politiques.

L’analyse de Fukuyama reprend certains des thèmes abordés il y a des décennies par d’autres analystes, comme Manuel Castells, un sociologue catalan qui enseigne à l’université de Californie. Alors exilé et jeune enseignant à Nanterre, Castells a participé à mai 68 à Paris et, ces dernières décennies, il s’est consacré à l’étude des mouvements sociaux. Sa contribution à la discussion qui nous intéresse dans ce livre a commencé il y a vingt ans avec une trilogie sur « l’ère de l’information », dans laquelle il affirme que la mondialisation n’a pas mis fin, mais a plutôt réaffirmé les identités religieuses, ethniques et nationales. « Au cours du dernier quart de siècle, [il y a] une montée généralisée d’expressions puissantes de l’identité collective qui défient la mondialisation et le cosmopolitisme au nom de la singularité culturelle et du contrôle populaire sur sa vie et son environnement », dit-il à propos d’un monde caractérisé par le conflit entre mondialisation et identité. Mais en décrivant ces identités, Castells note avant tout qu’elles sont basées sur des « catégories fondamentales de l’existence millénaire » ou des « codes incassables et éternels » tels que dieu, nation, ethnie, famille et territoire (5).

Si tel était le cas, cette « existence millénaire » ferait payer un prix élevé aux sociétés modernes et, pire encore, aurait une présence inévitable. Je reconnais que les codes sont anciens et lourds (et ils marquent l’histoire récente), mais je réaffirme que toutes ces catégories sont conditionnées spatialement et temporellement, tout en étant fabriquées par la vie sociale dans des conditions historiques précises. En conséquence, elles évoluent. Cette évolution peut être lente ou, parfois, plus rapide, mais elles évoluent. La construction du sens et de l’identité est un processus permanent, qui a des gagnants et des perdants, et où personne n’a le dernier mot.

Contrairement à la thèse de Bannon, les identités ne peuvent être conçues d’une manière qui se justifie d’elle-même comme un fait de la nature, qui donnerait la prévalence à ce que les gens sont et non à ce qu’ils font ou à la façon dont les uns et les autres établissent leurs relations sociales. Il existe un lien entre ce concept essentialiste de permanence identitaire et la vision de la société comme une somme d’individualités, la chimère préférée de la droite, qui décrit un monde dans lequel les sujets idéaux définissent leur authenticité par les projections et les traumatismes qui leur sont propres. Dans un tel monde, la personne n’est qu’un sujet, un ensemble d’instincts.

Pourtant, si l’identité manifeste une reconnaissance pour un ensemble de caractéristiques de la personne ou du groupe, elle évolue et se transforme toujours tout au long de la vie. La pensée rationaliste a toujours souligné cette permanence qui définit l’identité, du moins depuis Aristote, mais sa stabilité est une illusion, on ne rentre pas deux fois dans le même fleuve. L’identité ne peut être énoncée que dans un monde de différences et non de répétitions.

Trois formes d’identité sociale

Continuons avec Castells. Il écrit dans son ouvrage de référence que j’ai cité, Le Pouvoir de l’identité, qu’il y a trois façons d’affirmer l’identité sociale :

• la première serait la légitimité (c’est le processus de formation de la société civile, l’ensemble des institutions et des mouvements qui expriment la citoyenneté en dehors de l’État) ;

• la seconde serait la formation d’une identité de résistance (qui donnerait naissance aux communautés) ;

• la troisième serait, finalement, l’identité du projet (qui formerait les sujets).

Dans une société capitaliste développée, ou une société en réseau, comme il l’appelle, l’identification apportant la légitimité serait épuisée, écrit Castells, et les deux autres formes seraient prédominantes (6).

Nancy Fraser, une philosophe socialiste et féministe américaine qui enseigne à la New School for Social Research de New York, a développé – en même temps que Castells préparait son livre – une théorie sur les identités des mouvements sociaux, qui sera essentielle pour la discussion suggérée par cet article. Fraser critique le discours qui, il y a plus de vingt ans, affirmait que l’identité de groupe supplantait l’identité de classe comme instrument politique de mobilisation, en supposant que la domination culturelle supplanterait l’exploitation en tant qu’injustice matricielle, conduisant ainsi la gauche ainsi que ces mouvements à un manque de cohérence programmatique, du fait de leur décentralisation ou du mépris pour la lutte des classes (7). En termes contemporains, c’est du succès supposé de ce récit et de sa pratique dans la « politique identitaire » dont se vante Steve Bannon, comme nous l’avons vu, puisque c’est ainsi que le cheminement de la campagne de Trump aurait été facilité.

Analysant l’économie moderne en tant qu’un multiplicateur du patriarcat ou du racisme – même si elle n’est pas l’origine, parce qu’ils existaient bien avant ce mode de production – Fraser soutient qu’aujourd’hui ces formes de discrimination ne peuvent exister sans le système capitaliste de production et reproduction. Le capitalisme est patriarcal et raciste. Ainsi, les formes d’injustice culturelle ou symbolique, de non-reconnaissance ou de non-respect des différences, doivent être combattues par la demande de reconnaissance, mais nécessitent aussi un autre remède, celui de la redistribution (on peut l’appeler socialisation), qui doit détruire le régime de l’exploitation et qui, d’une certaine manière, englobe toutes les communautés de la classe ouvrière. Cependant, si la reconnaissance tend à stimuler la différenciation de chaque groupe et si, contradictoirement, la redistribution tend à atténuer cette différenciation au nom d’objectifs communs, les deux remèdes se combinent de manière tendue. C’est un dilemme. Mais Fraser n’abandonne pas et, pour saisir cette difficulté, elle utilise l’exemple des oppressions sexuelle et « raciale » (8) : « Tant le genre que la “race” sont des collectivités paradigmatiques ambivalentes. Bien que chacune ait des caractéristiques que l’autre ne partage pas, les deux incluent des dimensions politiques, économiques et culturelles. Le genre et la “race” impliquent donc à la fois redistribution et reconnaissance ». Mais comment ? La question devient « comment les féministes peuvent-elles lutter simultanément pour l’abolition de la différenciation des sexes et pour la valorisation de la spécificité de genre ? » ou « comment les antiracistes peuvent-ils lutter simultanément pour l’abolition de la “race” et pour la valorisation de la spécificité des groupes racialisés ? » C’est le dilemme « redistribution-reconnaissance ». Pour Fraser, la solution est de distinguer entre les perspectives de « l’affirmation » et celles de la « transformation » (9). La première nécessite un État-providence, des politiques publiques, l’affirmation du multiculturalisme ; la seconde exige une transformation, une rupture avec la matrice capitaliste, c’est-à-dire le socialisme. Si les mouvements se limitent à « l’affirmation », nous aurons le dilemme ; s’ils s’engagent dans la « transformation », ils se retrouveront autour des objectifs anticapitalistes communs.

À quoi sert l’identité ?

Revenons à Fukuyama et à sa préoccupation concernant les politiques identitaires, qui seraient « l’une des principales menaces » pour la démocratie. Mais quelles politiques et pourquoi sont-elles une menace ? La première famille de ces politiques comprend la constellation des nationalismes ainsi que d’autres formes d’expression culturelle, comme les religions, dont je parlerai ailleurs.

La deuxième famille de ces politiques comprend certaines des grandes luttes de l’histoire des États-Unis auxquelles se réfèrent les politologues : les luttes contre l’esclavage, puis pour les droits civils, les droits du travail, les droits des femmes et, en général, pour l’expansion de la sphère de l’égalité (14). Dernièrement, des mouvements comme Black Lives Matter ont vu le jour à la suite de la protestation contre la violence policière – à Ferguson, Missouri, Baltimore et New York – ou #MeToo – après la révélation d’abus sexuels de personnalités hollywoodiennes. Ces mouvements sont apparus et se sont développés parce qu’ils étaient socialement nécessaires et non parce qu’il s’agissait d’une sorte de stratégie politique. Ils ont exigé la reconnaissance et le combat du racisme ou du sexisme et, s’ils étaient nécessaires, c’est parce que ces questions n’étaient pas résolues. Fukuyama soutient que la particularité de ces mouvements est un processus d’identification basé sur l’expérience vécue par ses participant·es, et qu’il ne pouvait en être autrement. Il reconnaît même qu’ils sont bienvenus (15). Si cette expérience vécue différencie ces groupes d’autres parties de la société, qui n’ont pas ressenti ces formes d’oppression, elle est également évidente. Or, en enregistrant ces faits, il apparaît clairement que ces mouvements identitaires sont fondamentaux pour la reconnaissance et la représentation, qu’ils sont une première réponse aux problèmes sociaux et non qu’ils constituent une menace, même s’ils vivent le danger de se faire piéger dans un discours individualiste, concevant le trauma de chaque expérience vécu comme le fondement de l’autorité du discours. Le tout n’est pas la collection des parties, et le mouvement ne peut pas se limiter à être un miroir de l’image des souffrances.

L’existence des mouvements sociaux est en tout cas une réponse et une revendication de dignité. Or, on ne peut opposer les deux concepts de la dignité – celui qui repose sur les libertés et les droits individuels et celui qui est déterminé par les identités collectives (en tant que classe, communauté, ou nation, ou religion). La démocratie exige une pleine reconnaissance de la dignité. La critique de Fukuyama se réfère alors à une question d’identité de l’identité, c’est-à-dire qu’il critique ce qu’il comprend comme étant la stratégie de la gauche à partir de ces besoins : « Le déclin des ambitions de réformes socio-économiques à grande échelle a convergé avec l’adoption par la gauche des politiques identitaires et du multiculturalisme dans les dernières décennies du XXesiècle. » La gauche serait ainsi passée de la lutte pour l’égalité à la défense des secteurs marginalisés. Et il ajoute : « le programme de la gauche s’est préoccupé de la culture : ce qu’il fallait défaire n’était plus l’ordre politique actuel qui exploitait la classe ouvrière, mais l’hégémonie de la culture et des valeurs occidentales qui réprimaient les minorités locales et dans les pays en développement. » (16) C’est une caricature, mais comme toute bonne caricature, elle conserve une trace du modèle dessiné, notant au moins correctement le recul de l’ambition de transformation sociale de la part de secteurs importants de la gauche, aggravé par le passage au centre (social-démocratie européenne) ou même à droite (dans les pays de l’Est) d’importantes zones du centre ou de la gauche traditionnels (la social-démocratie danoise reprenant les thèmes anti-réfugiés de l’extrême droite, c’est le dernier exemple). Il découvre même une rupture entre le marxisme classique, l’éveil et le rationalisme, et une nouvelle gauche, en fait déjà quelque peu ancienne, qui s’inspirerait de Nietzsche et des nihilismes relativistes. Or, si quelques gauches, y compris d’origine marxiste, ont perdu l’énergie révolutionnaire et un programme transformateur, cela ne peut pas être confondu, et ne peut pas le justifier, avec un recul de la lutte pour la convergence des identités larges dans la lutte populaire, que les mouvements féministes de la nouvelle vague ont appelée alliance intersectionnelle. Quoi qu’il en soit, la gauche échoue en ne présentant pas une claire alternative anticapitaliste et cela a des conséquences.

Or, ce qui a ouvert la voie à Trump, c’était « l’absence d’une gauche authentique », répond Nancy Fraser. Pour elle, l’alliance de la Silicon Valley et du capitalisme financier avec la famille Clinton leur a donné la victoire en 1992 et la présidence pendant huit ans. Mais l’illusion qu’ils allaient promouvoir une politique progressiste s’est effondrée lorsque la Maison Blanche a promu le démantèlement de la réglementation bancaire, héritée des mesures de Roosevelt soixante ans auparavant. Dans le sillage de l’ère Reagan, s’opposant aux propositions émancipatrices et aux politiques sociales, c’est cette politique-là qui a favorisé le culte de l’individualisme et non les mouvements qui cherchaient des formes de lutte et d’auto-affirmation (17). C’est le pouvoir qui a triomphé, pas la contestation.

Les échecs des gauches

Il y a près de vingt ans, Nancy Fraser avait déjà noté que « les questions de reconnaissance servent moins à compléter, compliquer et enrichir les luttes pour la redistribution, qu’à les marginaliser, les éclipser et les déplacer », parlant ainsi du danger du déplacement. Ce danger est évidemment plus grand si les luttes pour la redistribution économique et le pouvoir, contre l’exploitation, sont réduites et si elles n’ont pas d’expression politique, ou si les mouvements sociaux ne sont pas liés les uns aux autres. Par exemple, l’identité peut accentuer l’injustice distributive, les religions peuvent aggraver le fardeau du patriarcat, d’autres mouvements peuvent renforcer le racisme. Une femme noire peut être maltraitée dans sa famille parce qu’elle est une femme, même si les autres membres de la famille partagent la même discrimination « raciale ». La reconnaissance doit être aussi multiple que l’oppression. De plus, au lieu d’accentuer l’interaction et d’ouvrir les contextes multiculturels, les formes de communication intense accélèrent les flux de médiatisation, ce qui contribue à l’absolutisation des identités de groupe. Fraser appelle cela le danger de la réification (18), et d’autres auteurs parlent de « mode d’identité Facebook ».

Le constat de ces deux dangers a reçu une réponse erronée : en opposant la classe et le genre ou à travers l’économisme, c’est-à-dire l’affirmation d’un prétendu privilège de la lutte redistributive en abandonnant la reconnaissance des différences. Fraser suggère, par contre, que ces problèmes de déplacement et de réification des identités peuvent être affrontés en reconsidérant la reconnaissance.

L’approche traditionnelle du processus de reconnaissance est ce qu’on pourrait appeler un modèle d’identité, basé sur Hegel, comme Fukuyama l’a rappelé, en l’approuvant. Cette identité est conçue comme se construisant dans un processus de progressive reconnaissance mutuelle de l’autre, par l’interaction avec d’autres sujets. L’amertume ou la colère des familles de travailleurs pauvres des États-Unis qui ont voté pour Trump, s’inscrit dans ce « modèle d’identité », dans lequel la non-reconnaissance est traitée comme un préjudice culturel ou comme l’expression forcée de hiérarchies culturelles, qui soumettent l’identité ressentie. De plus, « la marchandisation a envahi toutes les sociétés dans une certaine mesure, séparant au moins partiellement les mécanismes économiques de distribution des modèles culturels de valeur et de prestige », ce qui renforce ces risques de déplacement et de réification. Comme les interactions humaines, traditionnellement subordonnées aux hiérarchies, sont également imprégnées de réseaux sociaux dans la modernité, les opportunités de reconnaissance naissent dans un monde parallèle, qui accélère la fragmentation ou réification. Pour cette raison, ce modèle d’identité peut constituer un danger : il peut créer une reconnaissance illusoire et peut aussi générer une exclusion qui ignore la complexité des vies (souvenez-vous de l’exemple précédent des identités religieuses qui renforcent l’oppression patriarcale) (19).

Quelle est l’alternative ? Si les deux formes de dignité sont inséparables et doivent être reconnues, alors « ce qui nécessite une reconnaissance n’est pas l’identité spécifique du groupe mais le statut de ses membres individuels comme partie intégrante de l’interaction sociale ». Autrement dit, il s’agit de combattre la subordination sociale institutionnalisée, pas de seulement critiquer le signe culturel de cette différence. Ainsi, la politique doit être orientée « non à valoriser l’identité de groupe mais à surmonter la subordination », et ce « modèle de statut » s’oppose également au « modèle d’identité », défendant le principe de « reconnaissance universaliste et déconstructive » (20).

L’expérience des grands mouvements identitaires confirme ce « modèle de statut » : au moment déterminant du mouvement des droits civiques, la Marche sur Washington pour le Travail et la Liberté, en 1963, où Martin Luther King s’est distingué, les principales revendications, comme l’évoque le slogan, étaient la liberté, la justice et le refus de la discrimination, mais aussi le plein-emploi et une augmentation du salaire minimum. Sa force était l’identité du mouvement noir et la convergence des mouvements populaires. C’est cet exemple qui doit inspirer la gauche anticapitaliste et anticonservatrice.

Francisco Louçã.

Publié dans Inprécor n°664-665. Traduit du portugais par JM.

Il est membre de la IVe Internationale depuis l’école secondaire, est économiste et professeur d’université. Dirigeant du Parti socialiste révolutionnaire (section portugaise de la IVeInternationale), il a été l’un des membres fondateurs du Bloc de Gauche et son coordinateur national de 2005 à 2012, député dans diverses législatures avant d’être élu en 2015, par l’Assemblée de la République, au Conseil d’État.

Type:  Article Mercredi, 28 Août, 2019 - 12:19 En débat Politique
François Calaret

Contre la retraite par points : L’universalisation par le salaire socialisé

2 semaines 6 jours ago

Et si on GENERALISAIT vraiment le REGIME GENERAL ?
Avec un taux de remplacement universel à 75% et à 60 ans ?

La manière dont Macron et Delevoye défendent leur projet de bouleversement du système des retraites demande une contre-offensive idéologique et politique. Il y a la question du montant futur des retraites (qui sera la première question pour tout le monde), mais aussi l’architecture institutionnelle du régime, présenté comme universel et égalitaire. Ne rien dire sur ces questions laisse le champ libre à l’offensive adverse.
L’argumentaire ci-dessous s’efforce de défendre deux idées fondamentales pour s’opposer au projet Macron-Delevoye :
- contre « l’universalisation » de type individualiste-libérale qu’il promeut, défendre une autre universalisation socialisée, basée sur une extension ou une généralisation complète du régime général construit après 1945 ;
- contre la prétendue « équité », défendre l’égalité du même taux de remplacement pour tous et toutes, avec la garantie de percevoir 75% de son salaire brut, soit quasi 100% du net (et au minimum le SMIC). Ce qui signifie aussi conforter le caractère salarial de la retraite comme prolongement de ses ressources.
Mais avant d’arriver-là, il conviendra :

1- D’une part de prendre au sérieux une critique idéologique du projet en cours, et de l’imaginaire qu’il mobilise ;

2- D’autre part, de revenir sur les débats qui ont présidé à la naissance du régime général de 1945-46, mais qui l’ont aussi interrompu dans sa portée universelle ;

3- Et enfin de présenter des propositions alternatives.

1- Contre « l’universalisation » libérale (= « je cotise, j’ai droit »)

A chaque lutte concernant les retraites, il est souvent dit qu’il s’agit d’une question de « société ». Jusqu’ici, depuis les contre-réformes débutant en 1987-1993, les attaques laissaient grosso-modo l’architecture du système intacte : nous avions des réforme dites « paramétriques », faisant bouger les curseurs sur la durée de cotisation, l’âge légal, les salaires portés au compte, l’indexation des pensions, etc. La hausse paramétrique éventuelle des taux de cotisation est devenue tabou, comme le mot salaire.  Cette fois, Macron peut se permettre de dire que l’âge légal ne bougera pas, voire même qu’il s’agit toujours de retraites par « répartition », mais son projet chamboule les bases socialisées du système.

La critique doit inclure (voire commencer par) la critique des mots utilisés et de leur signification comme projet de société.

De Macron…

Pour faire passer ses projets, Emmanuel Macron a constamment à la bouche des mots fétiches, très souvent empruntés au vocabulaire de l’émancipation de gauche. Par exemple le mot « universel », « l’émancipation », etc.  Dans son discours au Parlement réuni à Versailles en juillet 2018, il voit loin : « La priorité de l'année qui vient est simple : nous devons construire l'État Providence du XXIe siècle. Un État providence émancipateur, universel, efficace responsabilisant, c'est-à-dire couvrant davantage, protégeant mieux, s’appuyant aussi sur les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous […]. [nous] refondrons notre régime de retraite pour protéger mieux ceux dont les carrières sont hachées, instables, atypiques, bien souvent les carrières des femmes d’ailleurs ». Il ajoute : ce sera « un système par redistribution, c’est-à-dire un système reposant sur la solidarité entre les générations ». On retrouve aussi le fameux mot d’ordre de la campagne présidentielle : « pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous ! » Dans un discours « social » à la Cour des Comptes en janvier 2018, il avait précisé l’architecture : « Il doit s'agir, avant tout, d'un grand choc de lisibilité et de simplification de notre régime de retraite. Lisibilité pour les usagers, qui doivent pouvoir comprendre en temps réel où ils en sont de leurs droits à la retraite, et qui ne doivent pas être pénalisés par des carrières non linéaires, passant du public au privé, du salariat à l'entrepreneuriat, et inversement ». Et donc « de passer des 37 régimes de retraite actuels à un régime simplifié, lisible… ».

Depuis, le matraquage médiatique ne cesse pas : le système de retraites est incompréhensible, injuste, etc. La logique est donc : je cotise, j’ai droit à proportion. Le slogan sonne juste. En réalité, il ramène chacun à SON choix de durée de cotisation, à la gestion d’une sorte de patrimoine personnel (achat de points).  Comme l’écrit un « collectif d’agents publics et de hauts fonctionnaires » dans Le Monde du 27 octobre 2018, « c’est le principe de la rentabilité définie : le total des pensions touchées à la retraite est censé se rapprocher autant que possible du total des cotisations versées en activité ».

On peut aussi faire le rapprochement avec le « compte personnel d’activité » (CPA) créé sous Hollande, et dans lequel, à terme (c’est la « fongibilité » des droits monnayables), on a le droit de convertir X euros de congés en X euros de formation, et pourquoi pas un jour X euros de points de retraite. La formation professionnelle, par exemple, est déjà passée en droits monnayables en euros, plutôt qu’un temps nécessaire de formation. On a donc un individualisme du choix, donc avec « des carrières non linéaires, passant du public au privé, du salariat à l'entrepreneuriat, et inversement ». On voit bien ce que signifie l’expression macronienne : ne plus protéger « selon son statut ». Les statuts sociaux doivent se fondre dans un continuum où plus rien ne distingue un (une) salarié, un artisan ou un auto-entrepreneur, lesquels investissent des points dans la gestion de leurs droits individuels. Chaque année, ils et elles ont le loisir de calculer leur futur puis d’arbitrer plus tard entre plus de pension (bonus) avec plus de temps d’emploi.

…à Delevoye

De ce point de vue, l’introduction de J.P. Delevoye à son rapport remis en juillet 2019 est un concentré d’idéologie, mais aussi d’habileté politique. Il rappelle que la Sécurité sociale a été mise sur pied par « les Gaullistes et les Communistes ». Il utilise l’expression « maison commune » (que la CGT a remise en avant comme projet, certes très vague, depuis 2003). Mais ce système se serait en quelque sorte écroulé, selon JP Delevoye, « sous le poids des solidarités professionnelles », d’où « nos 42 régimes ».

Evidemment, si on met en avant 42 régimes, on peut affirmer ensuite que les retraites sont « essentiellement fondées » sur des professions. Ce qui est faux, car en réalité, sur la totalité des prestations versées, il y 5 ou 6 grands régimes (chiffres de la DREES, 2016) : le régime général du privé (35% des pensions), les régimes complémentaires du régime général (23%), les fonctionnaires, dont les collectivités territoriales et agents hospitaliers (22%), les régimes dits spéciaux (SNCF, EDF, RATP, soit 5%), les indépendants et agricoles (11% environ). On peut faire une liste plus fine avec des régimes infimes, mais le chiffre des 42 régimes brandi par le gouvernement ne vise qu’à produire un effet de matraquage pour exagérer le côté « illisible » et donc « injuste » des systèmes actuels.

Mais dans les grandes masses, les retraites sont surtout la marque de droits interprofessionnels, ce qui explique d’ailleurs les fortes luttes sur ce plan. Insister sur le « professionnel » permet de dénoncer les « risques d’une fragmentation de notre société au nom d’intérêts catégoriels ou corporatistes ». Et au total d’annoncer « la disparition du futur prometteur », notamment pour les jeunes, les précaires, et les femmes qui craignent « le veuvage ».  C’est pourquoi contre ce système « injuste, illisible, et inadapté aux défis de demain », le Haut- Commissaire préconise d’acquérir « des points dès les premiers stages » pour les jeunes et, pour les plus âgés, dans le « cumul emploi-retraites ». Le fond de l’affaire est de « choisir la date de son départ en fonction de son niveau de retraite, la notion de durée d’assurance s’effaçant derrière celle des points acquis ».

Le rapport explique que « les retraites seront le reflet des carrières professionnelles » : est ainsi clairement légitimée la notion de « contributivité », concept-clef de tous les rêves libéraux de protection sociale depuis les années 1990. Cette notion défend la proportion exacte entre l’achat de droits et ce que cela rapporte à chacun de manière « différée » dans le temps, donc à l’opposé de la socialisation immédiate par un flux de richesses. C’est bien l’idée : je cotise, j’ai droit. Pour les personnes qui n’auront pas pu acheter suffisamment (« accidents de la vie »), il restera la solidarité nationale sur une base fiscale. Sous-entendu :  les cotisations socialisées ne sont pas efficaces en matière de solidarité.

Au final, « Les Français pourront déterminer en connaissance de cause à quel moment et avec quel revenu ils souhaitent partir ». Mais le rapport prend bien soin de préciser que la part de richesses et donc de points de PIB affectée aux retraites ne bougera pas : environ 14% aujourd’hui. On aura donc toujours une « répartition », comme c’est promis ! Mais dans une enveloppe fermée. Le mot « répartition » n’est donc pas décisif en lui-même, même s’il est populaire car il semble synonyme de solidarité. Tout dépend de ce qui est « réparti ». On achète des points à l’instant T, placés sur un compte, mais dans l’année où ils sont convertis en pensions (répartition), « la gouvernance » du système évalue la « valeur de service » du point, en fonction de paramètres économiques et démographiques. Chaque année, le calcul est fait : pas besoin de loi nouvelle (qui provoque des luttes). C’est d’ailleurs exactement ce qui se produit dès maintenant pour les régimes de retraites par points AGIRC (cadres)-ARRCO (salarié-es), fusionnés en 2019, et qui avaient décidé « paritairement » (syndicats-dont la CFDT- et patronat) depuis 2015 un gel des pensions pendant plusieurs années, pour « équilibrer » le système.

En somme, on sait ce qu’on cotise (cotisations définies), mais pas ce qu’on perçoit (prestations indéfinies). Toutes les prétendues avancées promises afin de séduire le public (jeunes, précaires, femmes, chômeurs…) seront en fait payées par une redistribution interne ou par ladite solidarité nationale.
Une répartition…à étages

En effet, les régimes par points maintiennent une répartition. Il y a bien une part du produit national qui est dévolue aux retraites. Les points accumulés dans les comptes individuels ne sont pas mis sur le marché financier comme dans la capitalisation. Mais tout se passe comme si la personne qui achète des points gérait une sorte de patrimoine récupéré plus tard (au mieux). On ne le joue pas en bourse : on l’épargne.

Cependant, la construction du système pousse tendanciellement en fait à faire apparaitre trois étages :

- le plancher de la solidarité nationale à base fiscale, cette fois nettement mis en visibilité (pour celles et ceux dont le cumul des points est très faible ;

- l’étage des retraites à points, dont les prestations ne sont pas assurées en montant ;

- ce qui devrait tôt ou tard conduire à des choix individuels d’investir dans des compléments de retraite en capitalisation, pour qui en a les moyens.

La Banque mondiale avait préconisé depuis longtemps un système à trois étages pour gérer toute la protection sociale. Et le projet de Delevoye maintient un plafond de salaires (10 000 euros) dans l’achat des points au-delà duquel d’autres systèmes pourront proliférer. Philippe Askenazy (économiste CNRS, tribune dans Le Monde) le voit venir : le blocage des retraites à 14% du PIB, entrainant des baisses de prestations, « ouvrira en grand le marché des régimes complémentaires privés. Les grandes entreprises les incluront dans leur package de rémunération ». Ce qu’il appelle une « privatisation rampante » avec des « milliers de régimes différents ». On dépasserait alors nettement les 42 régimes vilipendés avec cette réforme ! Mais dans le capitalisme libéral, on a le droit de faire autant de régimes que l’on veut.  C’est dans les régimes socialisés que c’est interdit !

Modèle assurance-chômage ?

Le régime à plusieurs étages est par ailleurs déjà celui de l’assurance-chômage depuis longtemps, mais dont Macron avait aussi prêché un avenir simplifié et « universel » :

- le plancher est fixé depuis longtemps par l’invention du RMI (1988) devenu RSA, et l’allocation dite de solidarité (ASS), donc la scission après 1983 entre allocation de pauvreté et « indemnité de remplacement » en cas de chômage ; mais ce plancher serait bientôt « simplifié » par la fusion envisagée de plusieurs minimas sociaux dans un « revenu universel » (2021 ?).

- et ensuite l’assurance-chômage proprement dite (44% seulement des chômeurs en bénéficient aujourd’hui) dont la réforme en cours vise à faire payer 3,8 milliards d’euros par les chômeurs (pour éponger le déficit), à réduire leurs indemnités et le nombre de bénéficiaires (1,2 million de personnes sont touchées par ces mesures draconiennes), à mettre en place une dégressivité pour les « cadres » trop bien indemnisés (maxi 1770 euros), et à installer un bonus-malus pour réguler la fréquence des contrats courts Et aussi à accueillir les « indépendants » et « démissionnaires », même si c’est en faible nombre pour le moment. 

Cette « réforme » refusée au printemps 2019 par tous les syndicats aboutit donc à une quasi étatisation de cette branche de la protection sociale. Elle a toutes les allures d’une optimisation d’efficacité du marché du travail, triant les inemployables dans l’étage 1, et poussant les concurrents du marché de l’étage 2 (salariés, cadres ou auto-entrepreneurs) à respecter des règles fluctuantes pour toucher des droits. Cela ressemble assez au projet pour les retraites.

Que se soit pour les retraites ou pour les minima sociaux, il ne faut pas sous-estimer la propagande contre la « complexité ». Les défaites subies depuis 1987-93 sur la retraite ont pu aboutir à un fossé des générations, à engloutir la mémoire des conquêtes, à obscurcir le sens des règles fondatrices de la Sécurité sociale et de son régime général. D’autant plus que même après 1945, elles ne sont pas allées au bout de leur visée initiale. Il faut donc repartir de cette visée, et en restituer la portée, pour définir aujourd’hui un contre-projet cohérent face à Macron.

2- Un Régime Général…incomplet

Après la promulgation des ordonnances créant la Sécurité sociale en 1945, s’est succédée une phase où il a fallu en construire les institutions et les règles de financement. Bien entendu, tout cela ne s’est pas fait ex nihilo. On héritait des Assurances sociales de 1928-1930, qui comprenaient un régime de retraite, et sous Vichy, le paradoxe a été la transformation des anciens régimes de capitalisation (en faillite) en régime de répartition. Mais il existait des milliers de caisse pour les différents « risques » dont la retraite. Avec des caisses dites par « affinité », car on pouvait y adhérer selon ses préférences idéologiques (« spirituelles » même, défendaient certains), et selon son rapport aux mutuelles qui avaient pris la main sur l’édifice.

Le grand chamboulement de 1945-46 a donc été la création du Régime Général, c’est-à-dire la fusion des caisses dans une caisse générale intégrant maladie, retraites et accidents du travail. On est donc passé de plus de 700 caisses dans le pays à une seule par département. Mais l’offensive familialiste a empêché l’inclusion complète des Allocations familiales, pourtant très importantes à l’époque en prestations versées (parfois l’équivalent du salaire). De plus, ces caisses étaient gérées aux trois quarts par des représentants syndicaux, contre la mainmise mutualiste d’antan. Enfin a été imposée une cotisation interprofessionnelle unifiée, à la place de régimes différentiés (les échelles de cotisations pouvaient varier de 4 à 17% pour les allocations familiales par exemple, selon les endroits).

Il y a donc eu un vrai processus de socialisation du salaire sur le territoire national et de gestion « ouvrière » homogénéisée, avec des élections à partir de 1947. Déjà à l’époque, cela représentait la moitié du budget de l’Etat entre les mains des syndicats (en fait la CGT), même si l’Etat gardait la main sur les montants essentiels.
Mais ce Régime Général n’a pu atteindre une portée universelle complète, ce qui était pourtant le but visé, par exemple par la CGT (voir ci-après). Dès le départ, il y a eu résistance et donc rapport de force. D’abord la résistance des métiers indépendants et paysans, qui refusaient de s’intégrer aux caisses des « rouges » (et de payer). Mais aussi une résistance à l’intérieur du salariat selon des processus contradictoires. Contradictoires car poussant à la fois à la salarisation (par exemple des cadres) et l’égalisation des droits, mais aussi à l’autonomisation d’un régime particulier (des mêmes cadres). Ou encore la difficulté à tout unifier par le haut alors que les droits étaient encore très hétérogènes et inégaux selon les résultats de l’histoire antérieure (entreprises à statut-SNCF-EDF- versus entreprises privées). Les fonctionnaires par exemple bénéficiaient d’un régime de retraite depuis 1853, très lié au dernier salaire d’activité et à leur grade. Enfin, les cotisations salariales et patronales étaient certes généralisées, mais pas au-delà d’un certain « plafond », qui limitait ainsi leur rendement et préservait aussi les hauts salaires, ainsi distingués (au sens de prise de distance sociale) de la masse. Le syndicalisme n’a cessé de revendiquer le déplafonnement des cotisations. La visée d’un vrai Régime Général complet a donc été en partie enrayée. Le salariat en paye le prix aujourd’hui.

Le patronat impose les régimes complémentaires

La création de l’Association générale des institutions des retraites des cadres (AGIRC) en 1947, est à la fois un progrès pour les cadres et une menace pour l’avenir. Un progrès parce que l’AGIRC témoigne de l’entrée dans le salariat d’un groupe social (les « cadres ») qui se situait jusqu’ici dans l’orbite exclusive du chef d’entreprise et de ses « collaborateurs », comme on disait à ce moment-là. L’AGIRC n’est donc pas dans le Régime Général. C’est le résultat d’un rapport des forces complexe et contradictoire. Le patronat a réussi un premier contournement important de la CGT hégémonique à l’époque. Cependant, et contradictoirement, est créé un régime par cotisations (achat de points) pour la partie du salaire qui surpasse le plafond de la Sécurité Sociale. Et ce régime fonctionne dès le début avec reconstitution fictive d’une carrière et donc distribue d’emblée des pensions sans durée de cotisations préalables ! Ce qui prouve que c’est possible, alors que les salariés non cadres devaient encore justifier au même moment de 30 années de cotisations, règle issue des années 1930… Ce qui prouve que les régimes par cotisations peuvent fonctionner en s’appuyant sur des flux de valeur (et de monnaie) issus de la production économique courante (le salaire), et pas sur un placement qui aurait fructifié dans le temps, ni même sur un stock de cotisations nécessaires avec durée de carrière.

Mais après la création du régime, la méthode de calcul de la pension AGIRC, par points, prend en compte la totalité de la carrière (et pas les 10 meilleures années comme dans le Régime Général à cette époque), et tend à faire de la pension le reflet différé d’une somme de salaires mise de côté, et plus ou moins restituée plus tard selon la « valeur de service » du point, valeur négociée paritairement (50% patrons, 50% syndicats), et non pas garantie au moment des achats de points. La cotisation est précisément définie, mais pas la prestation. On achète des droits pour plus tard plutôt que voir le droit à pension comme le prolongement socialisé des cotisations salariales actuelles.

Et c’est cette méthode par points qui sera étendue en 1961 à la création de l’Association des régimes de retraites complémentaires (ARRCO), le régime complémentaire pour les salariés, besoin nécessaire parce que le taux de remplacement du Régime Général n’est que de 50%. Le patronat prend progressivement sa revanche sur la phase historique 1945-46. La création de l’UNEDIC en 1957-58, grâce à de Gaulle et FO, renforce encore le contournement de la gestion de la Sécurité Sociale par les syndicats, au profit du paritarisme. Pour les retraites, il aurait suffi d’augmenter significativement les cotisations au Régime Général (par exemple du même montant que celles allant aux régimes complémentaires) pour garantir un taux de remplacement total plus élevé, qui finira par s’imposer plus tard dans les faits : 75% du salaire brut environ, voire plus. 

Les régimes à gestion paritaire évolutive par points serviront en fait de cheval de Troie pour décrédibiliser le régime général, notamment dans les dernières décennies. Jusqu’à l’imposition récente de la fusion AGIRC-ARRCO qui sera effective en 2019 selon l’accord signé par CFDT, CGC, et CFTC. Or, cet accord décide « le gel de la valeur de service du point de 2016 à 2018 » (la « valeur de service » est celle qui convertit les points accumulés en pensions), et à partir de 2019 « une baisse temporaire de 10% de la retraite pour trois ans pour ceux qui ne reculent pas leur âge de départ » (note de la CGT). Tout un programme ! et une vision anticipatrice du projet visé par Macron de faire fonctionner tous les régimes selon cette formule : il faut choisir de travailler plus longtemps pour éviter une baisse des pensions.

La pension des personnels à statut : un salaire continué

Le régime des pensions des fonctionnaires et ceux de grandes entreprises nationales avec des personnels sous statut (SNCF-EDF…) ne rentreront pas non plus dans le Régime Général.

Si le Régime Général tend à faire de la retraite une projection du salaire d’activité (la pension est indexée avant 1987 sur l’évolution des salaires, et non pas sur les prix comme aujourd’hui), mais avec un taux de remplacement limité, le régime des fonctionnaires est très clairement une prolongation de la carrière salariale. C’est le plus ancien régime de retraites (loi de 1853).  La retraite fonction publique se calcule selon les derniers mois de traitement, et selon l’évolution des indices du grade. Par ailleurs, il n’y a pas de régime complémentaire. La contre « réforme » de 2003 a eu pour objectif de briser cette dynamique de prolongation du salaire, qui avait échoué en 1995 grâce à la grève et qui était déjà stoppée dans le secteur privé depuis 1987 et 1993.
C’est la même logique pour les retraites des agents des grandes entreprises nationalisées, comme la SNCF et EDF. Si Macron s’est attaqué aux cheminots en 2018, c’est avant tout pour briser leur statut comme socle porteur de droits automatiques, et tenter d’éviter que la combativité de cette profession ne vienne perturber la contre- « réforme » qu’il projette pour tout le monde. L’histoire du régime de retraite et du statut cheminot ressemble au processus d’unification salariale vers le Régime Général mis en place en 1946. Au point de départ au 19ème siècle, il y avait une myriade de compagnies privées avec des régimes différents, mais plus avancés que pour les autres travailleurs, maintenus dans la misère. Il était en effet nécessaire de s’attacher les personnels, au vu des investissements coûteux et de la technicité du métier (haute qualification). L’Etat lui-même met son grain de sel. C’est en 1909 qu’une loi généralise le droit à pension des cheminots, « inspiré par la législation de 1853 concernant les fonctionnaires » (Nicolas Castel, note de l’Institut européen du salariat, novembre 2017). Puis la SNCF est créée en 1937 : une seule entreprise avec une régime unifié, plus tard appelé « régime spécial » lors de la mise en place du Régime Général de 1946. Dès lors, « le fonctionnaire et le cheminot voient garanti le principe d’un rapport constant entre leur pension d’aujourd’hui et leur traitement d’aujourd’hui » (N. Castel). Après la grande grève de 1995, le coup le plus violent porté contre le régime des cheminots le fut en 2007, notamment par la création d’une « caisse » autonome inexistante auparavant (les pensions étaient des lignes comptables dans le service retraites de la SNCF), fonctionnant par mimétisme avec le Régime Général et les complémentaires.

« Polémiques » en 1946-47 dans la CGT sur l’unification des régimes

La CGT a été le fer de lance de la création du Régime Général. Mais le projet confédéral était bel et bien une généralisation du Régime Général.

A lire les documents CGT préparatoires aux élections dans les caisses en 1947, il semble bien que des résistances internes (en plus des blocages externes venant des indépendants) aient existé, notamment pour les régimes plus avancés que le Régime Général. C’est ainsi que Henri Raynaud, en charge de la Sécurité Sociale à la confédération CGT, l’explique dans son rapport au Comité confédéral national (CCN) de janvier 1947 : « L’objectif d’un programme total de Sécurité Sociale est donc de grouper tous les travailleurs et de couvrir la totalité de la population ». Tous les travailleurs « sans exception » souligne-t-il. Et de mettre en garde les hauts salaires : « …il convient de ne pas créer de nouvelles cloisons financières entre les cadres et le personnel d’exécution… ». Il parle même « d’égoïsme » de certains, ou du « courant assez fort qui s’est développé en faveur d’un régime spécial de la fonction publique détaché de la Sécurité Sociale ». Et encore : « Ceux qui voudraient s’opposer à leur entrée [celle des fonctionnaires] ont développé des contre-vérités qu’il faut définitivement démolir », fustige-t-il, en envisageant une fusion « par le haut » des régimes. En 1946 déjà, lors d’un autre CCN de la CGT, il évoquait les « sérieuses polémiques » au sein de la CGT quant à l’objectif d’unification des caisses. Il appelait à lutter contre le « sabotage ».

Des décennies plus tard, il est évident que si le projet de Régime Général n’est pas allé jusqu’au bout, c’est certes parce des ennemis puissants (le patronat, les indépendants, la droite) n’en voulaient pas, mais aussi parce que la portée émancipatrice d’une unification s’est heurtée à des réflexes conservateurs explicables, mais contre-productifs, dont le mouvement ouvrier fait les frais aujourd’hui.

Aujourd’hui, refus de l’unification

Il faudrait examiner le fond des positions syndicales au complet. Mais si on ne s’en tient qu’à la CGT, on constate un refus (certes avec une gêne) d’envisager de répondre à Macron par une marche en avant vers l’unification des régimes par le haut. L’appel du congrès confédéral de 2019 se prononce même pour « le maintien » des 42 régimes de retraite ! C’est se tirer une balle dans le pied à court terme. Et cela contredit toute la dynamique possible de l’élaboration CGT des 20 dernières années sur le Statut du travail salarié. Mais elle est toujours restée au milieu du gué sur ce sujet.

Dans un numéro spécial du Peuple (N°1748-septembre 2018) consacré à la retraite, certains articles font référence aux débats des années 1945-47 : « le maintien des régimes spéciaux était conçu comme temporaire ». En effet. Et si « le régime universel n’a pas pu se mettre en place en 1945 », c’est à cause du « refus du patronat d’aligner les paramètres » sur ceux du secteur public, mais aussi « du refus des non-salariés ». Certes ! Mais rien n’est rappelé, contrairement aux textes de 1947 sur les résistances internes dans la CGT elle-même. Au contraire, le dossier consacre maintenant tout un argumentaire expliquant son refus d’unification entre privé et public par la différence de nature dans la production des droits, entre les conventions collectives du secteur privé négociées par les syndicats (et qui acquièrent force de loi), et les statuts publics (fonctionnaires ou régimes publics) qui sont la prérogative « de la puissance publique ». Il faudrait quand même choisir clairement une argumentation ou une autre : soit l’idée que les régimes spéciaux conçus comme « temporaires » en 1945-47 étaient une erreur de principe grave, soit il faut actualiser le projet de cette époque. Mais la CGT navigue entre ces deux approches. Elle va même jusqu’à envisager l’idée (juste) d’une « unification des régimes de base et complémentaires ». Mais elle ne le rappelle pas en conclusion dans ses « repères revendicatifs » …
La question du statut du travail salarié, que la CGT défend et qui est convergente avec des projets similaires dans Solidaires et la FSU, porte en elle une émancipation anticapitaliste de tous les salarié-es. Les conquêtes sociales, dans le secteur privé comme dans le secteur public, sont toujours un résultat historique complexe, rarement ou jamais une création ex-nihilo. Il y a des tensions et des contradictions, y compris dans le salariat. Mais une vision anticapitaliste doit chercher à ouvrir une perspective commune, des institutions, confortées par l’auto-organisation (autogestion). Le mouvement du salariat (public ou privé) doit emporter dans son élan un horizon universel, ce qui ne signifie pas uniforme, ou étriqué sur des logiques purement professionnelles, même si elles ont leur valeur. Sinon, ce sont nos adversaires qui prendront le relai et donneront du sens à leur façon.
Sentant qu’il y a quand même un problème, la CGT s’est prononcée depuis 2003 pour « une maison commune » des régimes de retraite, idée qui ressurgit dans cette brochure. Mais on a du mal à bien distinguer le plan et les murs de cette maison, pourtant destinée à garantir un « socle commun de droits » et une « solidarité des régimes ». Elle ajoute que la Maison commune doit s’accompagner d’un « processus d’élection démocratique par les assurés ». Nous y reviendrons.

3- L’alternative : la retraite doit prolonger le droit au salaire pour tous et toutes

Cette formule (qui peut se discuter sur les termes) : « la retraite prolonge le droit au salaire pour tous et toutes », nous parait efficace sur le fond pour contrecarrer politiquement l’offensive Macron :
- d’une part, elle donne une indication claire d’égalité : chacun-e doit avoir la garantie de son « meilleur » salaire (ce qui bien sûr présuppose le « droit au salaire », et pas des substituts).
- d’autre part, elle construit l’image d’une « maison commune » (universalité et unification) basée sur une véritable généralisation enfin accomplie du Régime Général : « pour toutes et tous ». 
Cela se décline ensuite en mesures précises à mettre en débat.

Droit au salaire et taux de remplacement

* Le droit au salaire doit être défendu becs et ongles. Tout est fait depuis des décennies pour ringardiser le salaire. Il convient donc de le rétablir comme la base de l’affrontement contre le capital, et de le généraliser. Historiquement (surtout avec l’industrialisation), le salariat était un prolétariat, nu de droits. Mais les luttes populaires l’ont ensuite construit comme salariat porteur de conquêtes socialisées, et d’un « déjà là » potentiellement émancipateur. Ce sont les libéraux qui aujourd’hui veulent le détruire, par le bas (la pauvreté, le retour au prolétariat) et par le haut (stocks options, actions).

On peut toujours trouver des formules pour tenir compte de la gêne psychologique à assumer une telle exigence. Les paysans soumis aux capitalistes agro-alimentaires doivent avoir un prix garanti, donc un revenu de type salarial en réalité, si on examine la chaine réelle de valeur, du champ jusqu’au magasin. Idem pour les jeunes et le « présalaire » d’études (« allocation salariale » ?). Les travailleurs Deliveroo ne défendent pas autre chose qu’un droit au salaire, même si à juste titre, ils et elles ne veulent pas travailler en subordination (ce qui est pourtant le cas économiquement, même si ce n’est pas reconnu juridiquement).

* La retraite est une prolongation du salaire. C’est une autre manière de dire que la retraite est un flux qui provient directement de la valeur crée dans le travail courant (pas besoin de placement ni d’épargne différée). On peut le dire encore autrement : elle est consubstantiellement liée au salaire, y compris dans les modes de calcul aujourd’hui. C’est très net chez les fonctionnaires et les régimes dits spéciaux. C’est bien cela qui est visé dans la « réforme » : elle ne doit plus être un salaire lié à une qualification acquise, ni régie collectivement, mais un revenu individualisé en fonction d’un achat de points. La prolongation du salaire en dehors de situations d’emploi est un acquis historique pour plusieurs droits : congés de maladie, maternité, congés payés. On peut y inclure historiquement les droits des chômeurs, mais de plus en plus détruits. Les intermittents ont encore le droit à leur salaire entre deux « contrats ». Tous ces droits sont bien sûr attaqués de plus en plus. Mais il faut tenir sur ce principe : garder son salaire même quand on n’est plus en situation d’emploi est décisif dans une perspective d’émancipation commençant par une sécurité sociale universelle. Laquelle est aussi la condition pour agir activement sur le travail concret et le changer (santé, organisation, contrôle des finalités, durée, horaires) et sur la transition écologique (reconversions industrielles).

* Egalité des salaires femmes/hommes : L’écart des salaires femmes/hommes dans sa globalité atteignant encore 25%, des mesures contraignantes d’égalité apporteraient très vite beaucoup de recettes à la caisse des retraites. Un article de Christine Marty publié par la fondation Copernic calcule un gain de 14% du volume des cotisations (11 milliards sur 77 en 2016).

* La retraite doit garantir un taux de remplacement du salaire à 60 ans, par exemple fixé à 75% du ou des meilleurs salaires bruts (soit 100% du net). On peut définir une période de référence de 6 mois : les 6 derniers pour la fonction publique, les 6 meilleurs pour le privé (pour les cadres, c’est souvent aussi les 6 derniers).

* Les pensions de retraite doivent être indexées sur le niveau des salaires. C’est ce qui a été détruit par la première « contre-réforme » de 1987 (Seguin) et généralisé ensuite. Cette mesure a été une des plus violentes pour faire baisser à long terme le taux de remplacement, très en dessous des 75% atteints dans les années 1980.

* Il faut donc augmenter les salaires et les cotisations patronales, gelées depuis longtemps. Ce qui signifie bien sûr briser la barrière mise sur la part du PIB consacrée aux salaires. Il y a trois aspects. D’abord la hausse des salaires augmente mécaniquement la masse des cotisations, comme pour l’égalité femmes/hommes. Deuxièmement, une hausse supplémentaire éventuelle des cotisations salariales ne devrait en aucun cas aboutir à une baisse du salaire net, ce qui implique à fortiori une hausse des salaires correspondants.  Mais troisièmement la question clef est bien celle de la hausse des cotisations patronales, gelées depuis 30 ans. On peut ici rappeler les calculs du COR qui avaient accepté il y a 10 ans environ de calculer l’augmentation (seulement 0,37% par an pendant quelques décennies !) du taux de cotisation global sur plusieurs décennies, pour garantir le fameux « équilibre » du régime (notion très discutable si on raisonne en flux de valeur). Mais plus personne ne parle d’une telle hypothèse.

* Fusions des cotisations salariales et patronales ? La question est pertinente. En effet, ces deux sortes de cotisations induisent depuis longtemps un faux débat équivoque sur « la part » que chaque composante verse au pot commun (salariés et patrons). Le patronat sait bien ce qu’est le salaire total et ne cesse de s’en plaindre : pour lui, c’est un « coût » global. Il conviendrait donc d’envisager une fusion des deux cotisations. Cela clarifierait aussi le fait que c’est bien toute la valeur ajoutée qui est la base réelle de la socialisation : le rapport entre salaire total et profits.

* Faut-il faire cotiser les revenus financiers ? Cela est défendu par Attac, la CGT, Solidaires, la FSU. Cela parait de bon sens. Les revenus financiers de toute nature ne sont après tout que le résultat de la pression à la baisse des salaires depuis des décennies. Ce serait donc une sorte de « rattrapage ». Pour autant, les faire cotiser, c’est aussi les légitimer dans leur existence. C’est un peu le même débat que pour la CSG, qui a été justifiée idéologiquement parce qu’une part (très faible en réalité) de son volume provient des revenus autres que salariaux. La cible visée était encore une fois d’effacer le rôle des salaires. Il en va de même des substituts au salaire : intéressement, etc. En réalité, la meilleure façon de faire payer la finance et les profits, c’est d’augmenter les salaires et les cotisations. Mais il y a peut-être une manière de défendre cette exigence très populaire qui permet de la rattacher clairement aux salaires.

* Faut-il moduler les taux de cotisation ? Là aussi, cela parait de bon sens. C’est la doctrine centrale de la CGT en matière de financement structurel. Une entreprise qui embauche peu paierait plus de cotisations qu’une entreprise qui emploie beaucoup de salarié-es. D’autant que ce sont souvent les entreprises sans main d’œuvre qui sont les plus profitables, car plus productives et compétitives. L’inconvénient est que ce raisonnement valide indirectement la doxa libérale sur le « coût salarial » qu’il faut comprimer pour être compétitif. Néanmoins les TPE dites parfois « familiales » sont une vraie question (et là il faudrait plutôt privilégier des aides fiscales). La question de la sous-traitance des PME très dépendantes des grands groupes devrait faire l’objet d’un débat spécifique. Mais moduler les taux de cotisation pourrait avoir pour effet d’accroitre encore la mise en sous-traitance et l’externalisation de pans nouveaux des multinationales, pour échapper aux taux élevés. Les formules de type bonus-malus sont souvent des fluctuations adaptées à l’économie capitaliste (même si les patrons en général ne veulent pas payer) dans une sorte d’internalisation des coûts prévisibles (comme pour les indemnités prudhommales réglementées issues du Code du travail Macron). Il faut donc une assise des cotisations et du salaire qui cible la valeur globale produite dans l’économie. Quitte à ce que dans la chaine des valeurs, les patrons négocient entre eux.

Pour une unification par le haut : un régime général socialisé

* La première étape dans ce but devrait être l’intégration des régimes complémentaires dans le régime général, et donc une augmentation correspondante des cotisations. Que le patronat ne vienne pas se plaindre de cette augmentation qu’il accepte de fait de pratiquer (en ayant promu lui-même les régimes complémentaires et en envisageant des régimes d’entreprises comme en Grande Bretagne ou aux USA) mais à la condition d’en avoir le contrôle politique, en cogestion avec des syndicats. La question-clef est bien celle-ci : quelle classe contrôle politiquement la création de valeur, et selon quelles modalités.  Epargnées, privatisées ou socialisées ?

* La fusion des complémentaires avec le régime général faciliterait une prise de conscience pour viser la mise en place progressive d’un seul régime salarial, y compris avec les fonctionnaires et les régimes spéciaux, à condition bien sûr que les droits soient progressivement alignés par le haut. Le statut de la fonction publique et un statut revendiqué du salariat de secteur privé ont certes une histoire sociale différente, mais devraient pouvoir viser la même logique d’émancipation collective.

* Un régime salarial unifié constituerait une augmentation considérable du rapport des forces à long terme dans la lutte des classes interprofessionnelle. Les obstacles purement internes au salariat et au mouvement ouvrier sont nombreux (traditions, conservatisme, complexité, éclatement objectif des situations actuelles). Mais la bataille politique vaut d’être menée si on veut marquer des points face à l’universalisation libérale, qui détruira sur son passage toute la solidarité par socialisation, la seule qui soit solide.

* La démocratie est la meilleure manière de dépasser les obstacles internes au salariat, de mettre en commun les histoires et acquis professionnels pour les unifier par le haut. C’est pourquoi l’autogestion des régimes de sécurité sociale, sur la base d’élections de représentant-es à tous les niveaux (locaux, régionaux, interprofessionnels) sur la base de campagnes publiques et de controverses sur les projets, doit être défendue. Y prendraient part les syndicats, les associations ou d’autres collectifs citoyens validés selon des procédures à préciser.

Jean-Claude Mamet

24-08-2019

Type:  Article Mercredi, 28 Août, 2019 - 12:15 Luttes sociales retraite
François Calaret

« L’équilibre avec la nature n’a jamais existé, …»

3 semaines 5 jours ago

Tribune. Dans un point de vue paru dans Le Monde, l’éthologue Pierre Jouventin et l’économiste Serge Latouche reviennent sur la crise écologique et ses conséquences dans les rapports entre les êtres humains et la nature (« L’homme peut-il se reconvertir de prédateur en jardinier ? », Le Monde du 30 juillet 2019).

Nous partageons avec eux le constat de l’urgence de la situation illustrée entre autres par le fait que le « jour du dépassement », c’est-à-dire le jour où toutes les ressources renouvelables de la planète pour 2019 ont été épuisées, arrive chaque année de plus en plus tôt. Et il est inutile ici d’énumérer toutes les manifestations de la crise écologique. Nous partageons aussi avec eux le refus d’une « triple illimitation », que soit celle de la production, de la consommation ou de la production des déchets.

Ces constats communs n’empêchent pas cependant que des débats existent quant à l’analyse des processus qui ont conduit à cette situation et à la perspective politique qui s’en dégage.

Pierre Jouventin et Serge Latouche commencent par en rendre responsable la philosophie des Lumières au XVIIIe siècle et en font même remonter la cause à Descartes. Analyse, disons-le, à la fois caricaturale et un tantinet anachronique. Ainsi, dans sa lutte contre la philosophie scolastique, Descartes n’a pas dit que « l’homme s’institue “maître et possesseur de la nature” », mais qu’il fallait « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Et ajoutait-il immédiatement : « Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices, qui ferait qu’on jouirait sans aucune peine des fruits de la Terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie. » Tout autre chose donc que d’en faire le père d’un rapport prédateur à la nature.

Contresens sur Adam Smith

Passons sur le fait de réduire la philosophie des Lumières à une conception mécanique du monde, conception qui à l’époque a été un instrument efficace contre une vision métaphysique du monde portée par l’Eglise. Et comment demander à des philosophes dont l’objectif était de secouer la chape de plomb de l’absolutisme et de l’Eglise de prendre en compte les conséquences du développement du capitalisme industriel encore à naître et qui ne se manifesteront que plus d’un siècle plus tard ?

    Même aux temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité, le rapport à la nature a été une construction sociale faite certes de recherche d’une symbiose accueillante, mais aussi de violence, d’utilitarisme et de mysticisme

Passons enfin sur le contresens fait sur Adam Smith, propos qui reprend la fiction des économistes libéraux assimilant la fameuse « main invisible » à La Fable des abeilles de Mandeville, alors même qu’Adam Smith, qui intègre l’économie dans une Théorie des sentiments moraux (titre de son premier ouvrage), en a violemment critiqué la thèse : « Le docteur Mandeville a jeté sur sa doctrine, énoncée selon une rhétorique vulgaire et rustique, un air de vérité, l’égoïsme, par lequel il s’impose aux esprits faibles. »

Tout cela renvoie à une analyse unilatérale de la modernité. Pierre Jouventin et Serge Latouche ont raison de pointer que la modernité a été profondément marquée par une vision scientiste et positiviste du monde s’inscrivant dans l’imaginaire social produit par le capitalisme productiviste. Mais elle nous a aussi permis de remettre en cause des conceptions du monde qui servaient de couverture idéologique à des rapports d’oppression féroce, notamment envers les femmes.

En ce sens, la modernité a été un processus d’arrachement à ce qui était vécu comme un milieu naturel, processus qui a permis la création de la subjectivité occidentale et a créé la possibilité de l’émancipation. La modernité occidentale est née de cette imbrication et s’est révélée être un processus contradictoire dans tous ses aspects.

« Sagesse millénaire »

C’est dans ce cadre qu’il faut discuter du rapport entre les êtres humains et la nature (il est d’ailleurs dommage qu’ils emploient « homme » au lieu d’être humain). Ainsi nous disent-ils : « L’homme ne peut survivre qu’en symbiose avec l’écosystème terrestre (…) Pendant trois cent mille ans, Homo sapiens a lui aussi vécu en équilibre avec son milieu. » Or cet équilibre avec la nature n’a jamais existé et on ne voit donc pas comment il pourrait être rétabli.

Même aux temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité, le rapport à la nature a été une construction sociale faite certes de recherche d’une symbiose accueillante, mais aussi de violence, d’utilitarisme et de mysticisme. Refuser un rapport d’instrumentalisation prédatrice à la nature doit-il nous entraîner à rechercher une nouvelle chimère, celle d’un monde apaisé dans lequel les êtres humains trouveraient spontanément leur place dans une nature enfin préservée ?

Au début de leur point de vue, Pierre Jouventin et Serge Latouche pointent à juste titre l’incompatibilité existant entre l’économie capitaliste et la préservation de la nature. Mais tout au long de leur développement, c’est l’économie, en tant que telle, qui est mise en cause dans la situation actuelle. Ainsi nous disent-ils : « La “machine économique” en a profité pour s’affranchir de tous les freins que la sagesse millénaire avait mis à son épanouissement donnant naissance à la société capitaliste de marché mondialisé. »

On pourrait sourire devant la naïveté d’un propos qui oublie que « la sagesse millénaire » n’a pas empêché l’existence de sociétés esclavagistes et plus globalement de sociétés d’oppression et d’exploitation : le fait pour des sociétés de n’être pas porteuses d’un rapport de domination de la nature n’entraîne pas qu’elles ne mettent pas en œuvre des rapports de domination des êtres humains sur d’autres êtres humains.

Paternalisme

De plus, ce n’est pas « l’idéologie du progrès » produit des Lumières qui, comme ils l’affirment, aurait permis à « la machine économique » de se désencastrer du reste de la société, mais la naissance et le développement au sein de la société féodale des rapports sociaux capitalistes qui ont élevé l’économie en sphère autonome.

L’assimilation de l’économie capitaliste à l’économie en général aboutit à ce que, pour eux, « la foi dans l’économie » semble être notre difficulté principale. Oubliée la logique mortifère de l’accumulation capitaliste qu’ils avaient pointée au début de leur point de vue. Et de proposer « sans même remettre en cause le capitalisme » une série de mesures dont on se demande bien pourquoi les gouvernements ne les mettent pas aujourd’hui en place. Notons parmi ces mesures proposées celle « d’émanciper les jeunes Africaines pour qu’elles décident par elles-mêmes des naissances et les réduisent afin de ne pas créer des migrants économiques ».

Au-delà du paternalisme manifeste de la proposition, notons-en d’abord l’aspect contradictoire : si les jeunes Africaines doivent décider par elles-mêmes, elles n’ont pas besoin qu’on leur dise si elles doivent ou non réduire les naissances. Mais surtout, la cause des migrations économiques est rejetée sur les femmes africaines. La démographie est ainsi vue, à l’encontre de toutes les études sérieuses, comme étant à la source des migrations.

Pierre Jouventin et Serge Latouche terminent leur point de vue en indiquant que « la réalisation de tout projet alternatif passe donc plus par une révolution mentale que par la prise du pouvoir politique » et de plaider, citation du philosophe Cornelius Castoriadis [1922-1997] à l’appui, pour « décoloniser notre imaginaire » et pour la création d’un nouvel imaginaire social. Mais comment un tel imaginaire social pourrait-il naître sans l’institution d’une société radicalement différente comme l’a montré Castoriadis lui-même ? Et une telle société pourrait-elle voir le jour si le pouvoir politique reste aux mains des mandants du capitalisme financier ? Et comment alors si tel est le cas « se réapproprier le pouvoir des banques et des multinationales » ? Problème de formulation ou vraie divergence ?
Jean-Marie Harribey  et  Pierre Khalfa  (Economistes, membres d’Attac et de la Fondation Copernic). Publié dans le Monde.

Type:  Article Jeudi, 22 Août, 2019 - 11:49 Ecologie
François Calaret

La crise du gouvernement et ce qui nous attend : Potere al Popolo sera là !

3 semaines 5 jours ago

Tout le monde peut voir ce qui se passe ces jours-ci. Nous sommes au milieu d’un cirque d’intérêts de forces politiques qui n’ont rien à voir avec les intérêts du pays réel.
D’autre part, la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles, en un an et demi de gouvernement, ont très peu fait pour répondre aux besoins des couches populaires : aucune trace de mesures sérieuses et efficaces pour redistribuer la richesse, redémarrer et développer le tissu productif du pays tout en protégeant les millions d’emplois pulvérisés par la crise, aucune extension des droits et aucune amélioration concrète des conditions de vie de la majorité de la population, des plus pauvres.

Le Mouvement 5 Étoiles n’avait pas seulement besoin d’avoir une attitude plus que soumise envers son allié de gouvernement pour l’envelopper. Le parti “ni droite, ni gauche” de Di Maio a trahi les principes et les promesses en faveur des couches sociales populaires sur lesquelles il avait accumulé un boom de consensus certifié il y a deux ans, à peine : la capitulation sur le TGV Turin-Lyon et sur les luttes environnementales, l’impasse importante sur les questions sociales (où est le décret pour les riders ? Le salaire minimum ? La révocation des concessions sur les autoroutes à Benetton ? ), jusqu’à fermer les yeux sur le honteux Décret Securité bis et céder à l’immunité parlementaire de ce même Salvini …
Ce n’était pas suffisant pour la Ligue et maintenant elle est en train de capitaliser sur le changement
d’équilibre du pouvoir entre les deux partis, tel qu’il a été consacré par le vote aux européennes.
Certainement pas pour faire ce que nous devons faire : Salvini a été secoué pour gagner plus de pouvoir et réaliser ce qui est dans l’ADN de son parti, depuis 1994 : un programme au profit des suspects habituels, incarné par la déréglementation des marchés et l’autonomie différenciée, ou des allégements fiscaux en faveur de la richesse parasitaire, la liberté de la fraude fiscale et de l’exploitation du travail.

En dehors du contrat du gouvernement, il regarde le PD à qui, tout bien considéré, un gouvernement Salvini pourrait ne pas faire d’horreur. Au-delà de l’appel répété à l’unité contre la vague léghiste noire, l’accord avec la Ligue sur les politiques stratégiques est étonnant : la réalisation de grands travaux inutiles, l’opposition au salaire minimum, les mesures fiscales et la loi budgétaire alignées sur l’austérité et les demandes européennes, accélérées sur l’autonomie régionale (voir Emilia Romagna). Il semble que le seul intérêt réel du Parti Démocratique, auquel Zingaretti n’a pas imposé de changement de garde digne de mention sur le contenu, soit la disparition des 5 Étoiles, une présence encombrante qui empêche les Dem de récupérer l’espace qui leur est propre, celui du bipolarisme.

Donc, lorsque nous avons écrit le cirque signifiait ceci : des jeux de pouvoir faits et pensés sur la peau des classes ouvrières, qui vont payer cher. Il suffit de regarder la journée d’aujourd’hui : le spread entre BTP et BUND qui s’est creusé depuis ce matin, la manœuvre économique de fin d’année à laquelle personne ne veut prêter son visage (Salvini d’abord, préférant ouvrir une crise !), l’augmentation de la TVA à 25% aux guichets…

Si tel est le tableau et que ce sont les acteurs, il faut s’attendre à ce qu’aucune solution à la crise
gouvernementale n’aille dans la direction que nous souhaitons, utile à tous les citoyens, qu’ils se rendent aux urnes ou non.
Un gouvernement PD-M5S pourrait-il aujourd’hui être meilleur qu’un gouvernement de centre-droit avec une traction salvinienne pour ce qui est de maintenir la structure des institutions démocratiques ? Ce serait peut-être sur le plan formel, du moins en ce qui concerne le respect des libertés civiles et politiques, mais il n’est pas nécessaire d’en être certain. Les contre-réformes constitutionnelles de ces décennies sont nées dans la maison du PD, qui est aussi la maison de Minniti. Ce qui est certain, c’est que d’un point de vue social, rien ne changerait, étant donné la contiguïté absolue entre le centre-droit et le centre-gauche en termes de politiques fiscales et industrielles parasites, de protection du travail, de privatisation, de réductions des dépenses scolaires et sociales. Au contraire : un gouvernement de régence PD, comme cela s’est déjà produit dans le passé, risque aujourd’hui d’amplifier encore plus le succès de Salvini, qui jouera pour faire entendre sa voix contre les mesures de ceux qui prendront en charge la Loi Budgetaire “des larmes et du sang”, l’augmentation de la TVA, la compatibilité avec les paramètres européens pour tomber dans les “trous budgétaires” laissés par ce même Salvini !

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
Il n’y a pas besoin d’être déprimé ou de se plaindre, pas besoin d’être encore une fois soumis au chantage par la logique du “moindre mal”. Nous devons nous organiser, être courageux, sans peur. Et pour chérir ce que nous avons appris au cours de ces mois.
Tout d’abord, il faut partir de la conscience que la tâche du Mouvement 5 Étoiles était de capter l’espoir d’une transformation, de désamorcer d’éventuels conflits et de déplacer une grande partie de “son bloc social” vers la droite, le donnant à la Ligue. Ces derniers mois, la nature idéologique du Mouvement 5 Étoiles s’est révélée : il s’agit d’un mouvement idéologiquement quelconque et réactionnaire, prêt à jouer un rôle de médiateur sur tout afin de rester au gouvernement. C’est quelque chose que nous avions senti dès le début, et c’est parmi ceux qui nous ont amenés à créer Potere al Popolo, précisément parce que nous n’étions pas complices, pour offrir une alternative à un désastre annoncé.

La réalité est que depuis le 4 mars, le M5S a été complètement aspiré par l’alliance avec ceux qui avaient un projet beaucoup plus fort, esquissé, structuré.
Le Parlement a manqué de toute forme d’opposition qui rassemblerait les revendications des luttes des mouvements sociaux, de toute lecture qui pousserait “de gauche” les camps sur le terrain, et tout a été réduit à la fausse opposition au PD libéral.
Ce qui a manqué cette année et demie, c’est ce que nous devons construire en priorité absolue. Nous devons nous doter d’un mégaphone qui permettra de peser, également dans le cadre institutionnel, les exigences des mouvements conflictuels qui vivent sur leur propre peau les inégalités les plus profondes de la société italienne. D’autres choses ne seraient pas utiles, ni pour être témoins ni pour devenir des satellites du pôle PD.

La véritable opposition naîtra entre les rues, entre les forces vives du pays, et nous consacrerons toute
notre énergie pour la construire et la renforcer, pour devenir un outil utile, avec les Maisons du Peuple,
l’activité mutuelle, les conflits sociaux, la présence dans les batailles des travailleurs, les initiatives que nous avons déjà mises en place et que nous allons prolonger indépendamment des tours des élections.
Il n’y a pas d’autre moyen d’éviter – vraiment ! – que notre pays souffre d’une dérive autoritaire, non
seulement au niveau des institutions et du cadre juridique et réglementaire, mais aussi au niveau des
relations sociales. Nous devons construire une représentation indépendante des luttes et des conflits qui seront ressentis dans tout le reste de l’organe politique, qui sera candidat pour diriger notre pays au nom de la justice sociale.

C’est dans cet esprit que, pour ce faire, si nous allions aux élections, nous serions là, pour faire entendre notre voix, en essayant de parler à ceux qui ne votent plus, à ceux qui se sentent trahis, à ceux qui n’ont jamais eu d’espoir, aux travailleurs exploités, aux jeunes désillusionnés, aux femmes qui se sentent toujours plus seules, à ceux qui luttent. C’est à nous, à tous ceux qui n’ont pas l’intention de rentrer chez eux, à ceux qui n’ont pas vendu au plus offrant, à ceux qui mettent sur leurs épaules les petites batailles quotidiennes qui améliorent nos territoires, la tâche d’être une ressource collective, ouverte à ceux qui veulent transformer ce qui est et ne peut être suffisant.

C’est pourquoi nous donnons rendez-vous à tous ceux qui veulent adhérer, qui veulent contribuer et
organiser ensemble, le Camping National prévu du 28 août au 1er septembre à Isola Capo Rizzuto.

Traduction en français du communiqué :

    La crisi di governo e quello che ci aspetta: Potere al Popolo ci sarà!

Type:  Article Jeudi, 22 Août, 2019 - 11:46 International
François Calaret

Réforme Delevoye : un projet régressif

3 semaines 5 jours ago

Le Haut-Commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, a rendu public en juillet son rapport « Pour un système universel de retraite » qui est basé comme prévu sur un système par points. On peut lui reconnaître un redoutable savoir-faire en matière de communication : il réussirait (presque) à faire passer ce projet de retraite qui génèrera des économies sur le dos des salarié·es et des retraité·es pour un système renforçant l’équité, protégeant mieux les plus fragiles et réduisant les inégalités.

Après avoir rappelé la situation actuelle, ce texte se propose de montrer que les grandes lignes cadrant ce projet de retraites – limitation des dépenses de retraite, gouvernance, rendement du point – surdéterminent la régression à venir. En particulier, il dément les prétendues avancées pour les femmes et les carrières courtes.

Situation actuelle : moins mauvaise qu’ailleurs mais très insuffisante

Par rapport à d’autres pays, notre système de retraites est plus avantageux car il permet d’assurer en moyenne un niveau de vie des retraité·es équivalent à celui de la population active. Ce qui n’est que normal. Mais d’une part, cette moyenne masque de fortes disparités au sein de la population retraitée ; d’autre part, l’évolution est très défavorable sous l’effet des réformes passées. Celles-ci n’ont cessé de durcir les conditions pour obtenir une pension à taux plein (encadré 1) et de dégrader le niveau des pensions. Ainsi, le taux de remplacement moyen (rapport entre la pension et le salaire) ne cesse de baisser ; l’âge moyen de départ en retraite recule ; la durée de cotisation exigée pour une retraite à taux plein devient de plus en plus irréalisable, compte tenu de la situation du marché du travail, mais aussi de l’usure professionnelle qui survient pour de nombreuses personnes bien avant l’âge de la retraite. Les personnes nées en 1974 devront ainsi réunir 43 annuités de cotisation, mais en moyenne, elles n’ont validé leur première année de cotisation qu’à 23,4 ans1, ce qui porte leur départ en retraite à plus de 65 ans. Il est donc nécessaire de corriger cette évolution. Mais nul besoin de changer de système pour cela, bien au contraire.

Le nouveau système ne peut que faire baisser le niveau des pensions

En dépit de la communication lénifiante affirmant que le nouveau système sera avantageux pour les carrières courtes ou heurtées et pour les femmes, la réalité est différente. Un régime par points2, en prenant en compte toute la carrière au lieu des 25 meilleures années pour le régime général ou des 6 derniers mois pour la fonction publique, ne peut que faire baisser le niveau des pensions : il intègre en effet les plus mauvaises années de la carrière dans le calcul de la pension, alors qu’elles en sont éliminées actuellement.

En plus de cette logique propre au régime par points, le système projeté organise le recul du départ en retraite. C’est l’un des rares points reconnus : « Le système universel incitera au prolongement de l’activité »3. Il laisse en théorie ouverte la possibilité de partir à l’âge légal de 62 ans, mais il instaure un âge dit d’équilibre à 64 ans, avant lequel les pensions subiront un abattement – une décote – de 10 % pour un départ à 62 ans ou de 5 % pour un départ à 63 ans. À l’inverse, il est prévu une surcote pour un départ après 64 ans. Le système serait ainsi « fondé sur la liberté de choix » ! Mais pour de nombreuses personnes, les pensions seront bien trop faibles à 62 ans. Cette prétendue liberté de choisir entre partir ou continuer à travailler pour acquérir des points supplémentaires se réduit à peu de choses lorsqu’on sait que la moitié seulement des personnes du privé sont encore en emploi au moment de liquider leur retraite, et que la fatigue et la morbidité touchent de plus en plus de salariés vieillissants.

L’âge de 64 ans est baptisé âge d’équilibre car c’est celui qui permet d’équilibrer le financement des retraites selon les projections établies pour l’échéance 2025. Mais il augmentera ensuite, ce sera l’un des leviers de pilotage du système, au même titre que la valeur de service du point et celle du point à l’achat (encadré 1). Cet âge est aussi nommé âge du taux plein, ce qui relève de la manipulation ! (voir § 8).
Encadré 1

Système actuel : taux de remplacement

C’est le rapport entre la pension et le salaire. À l’âge légal de départ, le système actuel par annuités garantit un taux de remplacement pour une carrière complète définie par un nombre d’années cotisées. Ce taux est de 50 % pour la retraite de base du régime général et régimes alignés (à laquelle s’ajoute la pension complémentaire), et de 75 % pour la fonction publique. Un régime par annuités donne donc une visibilité sur la future pension.

Système actuel : taux plein

Le taux est plein lorsqu’il est maximum dans le calcul de la pension : 50 % ou 75 % selon les cas. On obtient le taux plein de deux manières : il faut soit avoir une carrière complète, soit attendre l’âge dit du taux plein (67 ans). Celui-ci permet d’annuler la décote qui sinon s’applique entre 62 et 67 ans sur les carrières incomplètes : la décote est un abattement de 5 % par année manquante mais attention, elle s’applique sur la pension calculée au prorata de la durée de carrière réalisée par rapport à la durée exigée. C’est donc une double pénalisation. L’âge de 67 ans annule la décote mais pas la proratisation.

Remarque : il est notable que le rapport Delevoye reconnaisse enfin que la décote constitue une « double pénalisation » (page 49) pour les carrières incomplètes, ce que nous dénonçons depuis longtemps mais qui a toujours été nié par les discours officiels. La décote concerne 9 % des femmes et 7 % des hommes.

Système par points : ni taux de remplacement, ni taux plein

Dans un régime par points, les cotisations servent à acquérir des points tout au long de la vie active. Au moment du départ en retraite (il reste un âge légal minimum), le montant de la pension est calculé en multipliant le nombre de points acquis par la valeur de service du point (qui est ajustée continuellement). Il n’y a pas de notion de carrière complète, il n’y a pas de taux de remplacement garanti donc pas de taux plein. Et pas de visibilité sur la pension future.

1- Le plafonnement des dépenses programme l’appauvrissement des retraité·es

Il a été décidé de figer les dépenses de retraite à leur valeur actuelle, soit 13,8 % du PIB. On ne peut dès lors qu’anticiper une nouvelle baisse des pensions. Car limiter la part des dépenses de retraites dans la richesse produite alors que la proportion de retraité·es dans la population va augmenter revient à programmer leur appauvrissement par rapport à la population active. En effet, un nombre croissant de retraité·es devra se partager une part fixe de la richesse produite. Ce qui est inacceptable pour un projet censé garantir la cohésion sociale.

2- La part de solidarité maintenue à son niveau actuel ne permet pas de réaliser l’objectif affiché

Le nouveau système est censé « réinventer tous les dispositifs de solidarité » et notamment « réduire l’écart des pensions entre les précaires et les personnes plus aisées, entre les hommes et les femmes ». On ne peut qu’approuver car il y a en effet un fort besoin de rehausser les pensions des plus précaires et de réduire les inégalités entre les femmes et les hommes. Un tiers des retraité·es vivent avec moins de 1000 € bruts de pension (909 € nets) ; les femmes perçoivent une pension inférieure de 25 % à celle des hommes (en 2017). Mais comment imaginer pouvoir réduire ces écarts avec une part de solidarité qui sera plafonnée à son niveau actuel ?

3- Le maintien de la part de solidarité ne concerne pas les pensions de réversion…

Le rapport indique en effet (page 115) – sans y insister – que c’est la part de la solidarité dans les dépenses de retraite de droits directs (c’est-à-dire hors réversion) qui sera maintenue. Ce qui ne doit pas surprendre, car les dépenses de réversion d’un montant non négligeable (36 milliards d’euros) sont une cible de choix pour projeter des économies. Le nouveau système, qui recule sur les droits à la pension de réversion par rapport à aujourd’hui (§ 11), rend possibles ces économies.

4- La solidarité est basculée vers un financement par l’impôt… potentiellement remis en cause chaque année

La solidarité sera prise en charge par un Fonds de solidarité vieillesse universel exclusivement financé par l’impôt. Elle ne fait plus partie du cœur du système et elle sera à la merci de remises en cause lors de l’établissement annuel du budget (voir § 5). Dans le contexte actuel de recherche tous azimuts de baisse des dépenses publiques, il y a là un risque de régression… que Jean-Paul Delevoye reconnaissait d’ailleurs en mars 2019 : « Si je confiais à Bercy la gouvernance du système, je crois qu’il y aurait une lourde inquiétude4 ». Comment croire que la promesse de maintenir le niveau de solidarité actuel engagera les futurs ministres du budget ?

5- La gouvernance donne in fine tout pouvoir au gouvernement

La gouvernance du système sera confiée à une caisse de retraite universelle dont le Conseil d’administration sera composée à égalité de représentants des organisations syndicales représentatives et d’employeurs désignés (page 89). Ce Conseil d’administration « déterminera les conditions de pérennité » du système de retraite, « il pourra se prononcer » sur l’évolution de la valeur du point, de l’âge d’équilibre, la revalorisation des pensions, etc.

Différentes instances sont créées. Une Assemblée générale représentant «  l’ensemble des assurés, employeurs et acteurs de la retraite » qui aura pour fonction « d’émettre un avis ». Le Conseil d’orientation des retraites (COR) et le Comité de suivi des retraites (CSR) seront remplacés par un « comité d’expertise indépendant des retraites » qui aura pour fonction d’analyser la situation et, là encore, de formuler des recommandations (page 91). Enfin, « des citoyens directement associés au pilotage du système » constitueront un Conseil citoyen (page 92) qui sera chargé… d’émettre chaque année un avis citoyen. Pléthore d’avis ! Mais au final, « le cadre de pilotage du système sera défini dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale » (page 90). L’objectif sera de respecter « la règle d’or » de l’équilibre financier. Le gouvernement, via l’adoption par le Parlement, pourra faire évoluer les paramètres (âge légal, dispositifs de solidarité comme les droits familiaux, minimum de retraite, etc.). Finie toute velléité de gestion paritaire, place à une réforme paramétrique possible chaque année aux mains du gouvernement via l’établissement du budget.

6- Le système ouvre un peu plus la voie à la capitalisation

Le gouvernement et le Haut commissaire ont beau affirmer que le système maintient le principe de la répartition, le projet élargit la voie de la capitalisation. Sur la tranche de salaire annuel supérieure à 120 000 euros bruts (10 000 euros mensuels), soit 3 fois le plafond de la sécurité sociale, on ne cotisera plus dans le système commun. Le plafond qui existe actuellement est bien plus haut : 324 192 annuels (27 016 euros mensuels), soit 8 fois le plafond de la sécurité sociale (encadré 2). Les hauts revenus pourront souscrire une épargne retraite qui sera favorisée par des avantages fiscaux, payés donc par tous les contribuables. C’est acté dans la loi Pacte adoptée en avril 2019. La capitalisation ayant un pied dans la porte du système, son champ pourra facilement être élargi en abaissant progressivement le seuil de revenu non autorisé à cotiser au régime commun. D’autant plus que la baisse du niveau des pensions, au fil des réformes successives, a déjà poussé de nombreuses personnes – celles qui en ont les moyens – à se constituer une retraite complémentaire auprès d’assurances privées.

Baisser les dépenses publiques de retraite et ouvrir son champ à la capitalisation – tout en maintenant un filet de sécurité assuré par la retraite publique – sont les objectifs des réformes de retraite5.
Encadré 2- L’entourloupe du « nouveau plafond, haut niveau de protection »

Le rapport indique (page 16) que le nouveau plafond de 120 000 euros garantira « un haut niveau de protection sociale pour tous ». Comme on peut à juste titre s’interroger, figure en gros la mention « 100 % des Français couverts par le nouveau plafond », illustrée par un schéma qui compare ce nouveau plafond de 120 000 euros au plafond actuel de… la seule retraite de base, qui est de 40 000 euros bruts ! Soit 3 fois plus, comme bien indiqué, ce qui est censé expliquer que 100 % des Français seraient couverts. Il est malhonnête de prendre le plafond de la retraite de base au lieu du plafond réel qui est celui de la retraite complémentaire (324 192 euros annuels). Le nouveau système diminuerait en réalité le nombre des personnes entièrement intégrées au système de retraite : entre 300 000 et 350 000 personnes en moins, selon une estimation figurant dans un document de travail du Haut commissariat lui-même !

7- Un rendement du point encore plus faible que dans les régimes Agirc et Arrco

Les cotisations permettront d’acquérir des points6, le prix d’achat du point est fixé à 10 euros… au démarrage du système. La valeur de service du point, au moment du départ en retraite, sera de 0,55 euro de retraite annuelle. Attention, c’est une valeur estimée aujourd’hui, qui pourra déjà avoir évolué au moment de la bascule vers le nouveau système en 2024 (page 18).

Le rendement du point défini comme le rapport entre le prix de vente (0,55 €) et le prix d’achat du point (10 €) est de 5,5 %. Il est intéressant de le comparer avec le rendement actuel des régimes complémentaires Agirc et Arrco qui fonctionnent par points et dont l’objectif est, de même, d’équilibrer au mieux le financement. Or ce rendement est en 2018 de 5,99 %, sensiblement supérieur donc à ce qui est proposé pour le nouveau système !

Pour donner une idée de l’évolution du rendement des régimes par points, on peut rappeler qu’il ne cessent de baisser : en 2000, il était de 7,15 % pour Agirc et de 7,04 % pour Arrco. La baisse est donc, en 18 ans, de 16 % pour le premier et de 15 % pour le second ! Soit une baisse plus sévère encore que celle du niveau des pensions dans le régime général.

En outre, on peut craindre que la valeur du point lors de la bascule en 2025 soit plus faible que 0,55 €. En effet, elle ne sera fixée « qu’en 2024 en fonction des hypothèses économiques qui prévaudront alors » (page 18). Or, la valeur annoncée de 0,55 € est basée sur une hypothèse de gain de productivité du travail de 1,3 %, ce qui semble optimiste au vu de la tendance de ces dernières années, où il n’a pas dépassé 1% par an.

8- L’entourloupe de la nouvelle définition de l’âge taux plein

Actuellement, l’âge du taux plein, 67 ans, est celui qui permet de percevoir sa pension au taux plein (50 % ou 75 %, encadré 1) : ce taux correspond au taux de remplacement garanti pour une carrière complète. Dans le système projeté, il n’y a aucun taux de remplacement garanti, pas de notion de carrière complète et donc pas de taux plein. Par un tour de passe-passe, c’est l’âge d’équilibre qui devient âge du taux plein selon une nouvelle définition : ce serait l’âge qui « garantit un rendement optimal du système » (page 8). Mais ce ne sera pas le cas. Car partir à l’âge d’équilibre (64 ans au démarrage) fournit un rendement du point de 5,5 %, mais partir un an plus tard fournit un rendement supérieur puisqu’avec la surcote de 5 %, il sera de 5,775 % ; et il sera de 6,05 % pour un départ deux ans plus tard (page 49). Le rendement n’est donc pas le plus élevé à l’âge pourtant nommé âge du taux plein.

De plus, que signifie parler de taux plein sur une valeur appelée à évoluer continuellement  (concrètement, à baisser) ?

9- Une augmentation du minimum de retraite bienvenue… mais déjà promise

Le minimum de retraite sera porté à 85 % du SMIC net, soit 1000 euros, pour une carrière complète. Tout d’abord, cette hausse du minimum n’a pas de lien intrinsèque avec le nouveau système envisagé. Elle devrait être une réalité depuis 2008 : car la loi de 2003 fixait déjà l’objectif à atteindre en 2008 d’un minimum de retraite de 85 % du SMIC net pour une carrière complète. Ce qui n’a jamais été réalisé ! Il est actuellement de 82 % pour les retraité·es de la génération 19557 et selon les projections actuelles, ne ferait que baisser. Augmenter ce minimum est donc certes très bienvenu et on peut toujours réitérer cet engagement pour 2025. Mais on est en droit d’attendre qu’il soit respecté dès à présent !

Remarque : ce minimum de retraite correspond à une carrière complète. Pour une carrière incomplète, ce montant est proratisé, ce qui est logique. Mais dans un régime par points, il n’y a plus de notion de carrière complète. Le rapport indique alors que c’est la durée actuelle qui sera reprise : 43 ans pour la génération 1973, durée qui continuera d’augmenter ensuite en fonction de l’espérance de vie.

10 – Une avancée majeure pour les femmes, vraiment ?

Le Haut commissaire développe, tout au long du rapport, une argumentation visant à persuader que le nouveau système sera plus avantageux pour les carrières courtes, donc pour les femmes, et que les nouveaux droits familiaux représenteront même « une avancée majeure » pour elles (pages 70 et 71). Le rapport tente par tous les moyens, y compris malhonnêtes, d’en convaincre. Mais, mise à part l’augmentation du minimum de retraite qui est toujours favorable aux femmes car elles sont majoritaires parmi ses bénéficiaires, l’avantage pour les femmes du système projeté reste à démontrer. On peut pointer à l’inverse plusieurs motifs de leur pénalisation.

Les pensions des personnes, femmes et hommes, aux carrières courtes ou heurtées subiront une baisse résultant mécaniquement de la prise en compte de toute la carrière, avec les plus mauvaises années de salaires, alors qu’elles en sont exclues actuellement. Celles-ci fourniront peu de points. De même, chaque période non travaillée, inactivité, années de temps partiel, de chômage non indemnisé, de précarité seront autant de manques à gagner pour la pension.

On peut rappeler l’exemple de la réforme de 1993 qui a constitué une première étape de prise en compte élargie de la carrière. Dans le régime général, elle a fait passer le salaire de référence servant à calculer la pension, de la moyenne des 10 meilleures années à celle des 25 meilleures. Cette mesure a évidemment eu comme conséquence de faire baisser très sensiblement les pensions à la liquidation, et plus fortement encore celles des femmes (encadré 3).
Encadré 3 – L’impact de la réforme de 1993 (Balladur)

La baisse de pension du régime général résultant de cette réforme a été évaluée à 16 % pour les hommes et 20 % pour les femmes des générations 1965-19748. La réforme comprenait aussi le changement d’indexation des salaires pris en compte dans le calcul de la pension, mesure qui a elle aussi pesé dans la baisse des pensions : la contribution séparée de chacune de ces mesures n’est pas disponible, mais il est avéré que leur impact est sévère.

Des droits familiaux « dès le premier enfant » : une présentation malhonnête

Il est indiqué à plusieurs reprises que le système permettra d’attribuer des droits familiaux « dès le premier enfant », et qu’il s’agit d’une « avancée majeure pour les femmes » (page 70). Comme si ces droits n’existaient pas déjà aujourd’hui ! Le texte et le schéma l’illustrant (page 72) occultent totalement l’existence des majorations de durée d’assurance (MDA) attribuées pour tout enfant. Le système actuel est décrit comme simplement constitué de la majoration de 10 % de la pension pour 3 enfants et plus, ce qui vise à créer l’illusion d’une amélioration de la prise en compte des « droits familiaux ».

Système actuel :

La majoration de 10 % de la pension attribuée à chacun des parents de 3 enfants et plus est (unanimement reconnue comme) injuste : du fait qu’elle est proportionnelle à la pension et que celle des hommes est plus élevée en moyenne, elle leur rapporte davantage qu’aux femmes : ils sont ainsi bénéficiaires des deux tiers des 8 milliards de cette majoration, alors que ce sont très majoritairement les femmes qui sont pénalisées par l’éducation des enfants.

En plus de ce dispositif, il existe des majorations de durée d’assurance (MDA) attribuées pour chaque enfant qui représentent dans le régime général 4 trimestres pour les mères, au titre de la maternité, et 4 autres trimestres pour le père ou la mère, au choix du couple, au titre de l’éducation : ce choix doit intervenir avant les 4 ans et demi de l’enfant. Par défaut, les 4 trimestres vont aux mères. Dans la fonction publique, c’est seulement 2 trimestres par enfant9 qui sont attribués à la mère au titre de la maternité, complétés éventuellement par une validation de période d’interruption d’activité de l’un ou l’autre des parents, période qui peut aller jusqu’à 3 ans.

Système projeté :

Il est prévu une majoration de pension de 5 % par enfant, qui pourra être attribuée au choix du couple soit totalement à l’un ou l’autre des parents, soit par moitié à chacun des parents. Sans choix exprimé, cette majoration, ira par défaut aux mères. Cette majoration remplace donc à la fois les MDA (jamais mentionnées) et la majoration de 10 % pour 3 enfants et plus. Trois remarques sur cette disposition.

La majoration de 5 % par enfant est-elle avantageuse pour les femmes ?

Les femmes salariées du privé avec un ou deux enfants verraient les 8 trimestres par enfant remplacés par une majoration de 5 %. Est-ce mieux qu’aujourd’hui ? Le rapport ne fournit pas de simulation. Pour les mères de trois enfants, du moins, on peut s’en faire une idée. La majoration serait de 15 % (5 % par enfant) au lieu de 10 % actuellement. Mais cela ne représente pas un gain de 5 % car la MDA disparaît. Or celle-ci est conséquente puisqu’elle attribue, au régime général, 6 annuités pour 3 enfants.

Les trimestres de MDA s’ajoutent en effet à ceux cotisés au titre de l’emploi et ils contribuent à augmenter le montant de la pension. Une évaluation est proposée en annexe 1 pour une femme de la génération 1946, mère de 3 enfants, qui a accompli une carrière moyenne. Pour cette femme, aujourd’hui retraitée, la MDA a représenté une majoration de 18,5 % de sa pension de base, soit 13 % de sa pension totale. Avec le système projeté, elle aurait subi une perte de 8 % de sa pension (13 % de perte due à la disparition de la MDA, moins les 5 % de gain du fait du nouveau calcul). Ce n’est certes qu’une évaluation sommaire pour un cas particulier, mais elle est révélatrice de la perte subie.

La majoration envisagée reproduit le même défaut qu’actuellement

Le fait que la majoration pour enfant soit établie en proportion de la pension et non en forfait par enfant reproduit l’injustice de la majoration de 10 % pour 3 enfants qui bénéficie essentiellement aux hommes. On peut craindre que les couples aient tendance à privilégier l’attribution de la majoration au père du fait qu’il aura à terme, très probablement, la pension la plus élevée : ce sera plus intéressant sur le plan financier au niveau global du couple, mais que se passera-t-il en cas de séparation, ce qui arrive de plus en plus fréquemment ? Il serait plus juste d’attribuer un forfait par enfant, en gardant, faute de mieux, l’option de l’attribution à l’un ou l’autre des conjoints au choix du couple.

Une option qui entérine l’inégalité actuelle des rôles sociaux

L’option de laisser le choix au couple en privilégiant par défaut les mères existe déjà actuellement : elle ne constitue donc pas un progrès contrairement à ce qui est annoncé. Le vrai progrès consisterait à concilier le système de retraite avec l’objectif d’égalité entre les femmes et les hommes. Pour cela, il est indispensable d’agir concrètement pour le partage des tâches parentales dans un couple (notamment via les congés de paternité et parentaux) ce qui permettrait, à terme, un partage égal des droits familiaux entre les parents. Il n’est pas bon que le système de retraites cible explicitement les femmes pour bénéficier de l’attribution future de ces droits, car cela signifie que la société entérine et pérennise les rôles sociaux inégaux.

Remarque : il est cocasse qu’un rapport officiel reconnaisse enfin que « le système actuel de retraite ne fait pas que refléter ces inégalités [professionnelles entre les femmes et les hommes] il les amplifie » (p. 70). C’est ce que nous avons dénoncé systématiquement lors des réformes passées, mais qui a toujours été nié officiellement. Aujourd’hui, bien sûr, il devient utile de critiquer le système actuel pour mieux promouvoir celui qui est projeté !

11 – Pension de réversion : recul sur les conditions d’ouverture et pour des personnes aux pensions pourtant modestes

Il y a actuellement une diversité de dispositifs de réversion, avec des taux de pension allant de 50 à 60 %, des conditions différentes sur l’âge d’ouverture du droit, sur la possibilité de remariage et l’existence ou non de conditions de ressources. Il est bienvenu de chercher à les harmoniser, ce qui ne nécessite pas de changer de système. L’harmonisation envisagée acte un recul sur plusieurs points. Rappelons que les femmes représentent 90 % des bénéficiaires.

Tout d’abord, un recul important sur l’âge : le droit à réversion ne sera ouvert qu’à l’âge de 62 ans, alors qu’il est aujourd’hui de 55 ans au régime général et pour la plupart des régimes, de 50 ans pour l’Ircantec et qu’il n’y a pas de seuil d’âge pour la fonction publique. Recul aussi pour les ex-conjoints : le droit à réversion est supprimé pour les personnes divorcées ou remariées (pour les divorces intervenus après 2025). La question des droits à la retraite dans les cas de divorce est renvoyée aux juges des affaires familiales, à qui il appartiendra donc de trouver une solution… Seul point positif, la condition de ressources qui existe dans le seul régime général pour avoir droit à la réversion et qui est restrictive n’est pas reproduite.

Une occasion de progrès a été manquée : il aurait été positif adapter la réversion aux nouvelles formes de conjugalité, en ouvrant le droit à la pension de réversion aux personnes pacsées. Ce qui a été exclu.

Pour ce qui est du montant, le principe retenu est de garantir le niveau de vie de la personne survivante, qui est traduit par l’énoncé suivant : celle-ci devra conserver 70 % des droits à pension (P) cumulés du couple. La pension de réversion sera donc calculée selon la formule : 0,7 x (Ppersonne survivante + Ppersonne décédée) – Ppersonne survivante

Si d’un point de vue théorique, le principe de maintien du niveau de vie est cohérent, en pratique on constate que des personnes – femmes essentiellement donc – avec un niveau modeste de pension seraient perdantes : ainsi par exemple, une veuve touchant une pension de 1000 € (régime général + Arrco), dont le mari décédé touchait une pension comprise entre 1000 et 2000 euros, toucherait une pension de réversion plus faible qu’aujourd’hui (annexe 2). Dans le cas de deux conjoints touchant chacun 1000 euros de pension, la baisse de la réversion serait de 158 euros par mois (400 € au lieu de 558 € actuellement).

En fait, dès qu’un membre du couple gagne plus d’un tiers du revenu total, c’est-à-dire plus de la moitié du revenu de son conjoint (ce seuil est un peu plus élevé pour la fonction publique), sa pension de réversion baisserait. Et ce, quel que soit le niveau de revenu ! La baisse serait d’autant plus importante que les deux conjoints ont des pensions proches. En quelque sorte, le nouveau calcul revient à privilégier les couples « inégaux » (ce qui est déjà le cas de l’impôt sur le revenu avec le dispositif de quotient conjugal). Il serait intéressant d’avoir la simulation du montant des économies réalisées par cette réforme de la réversion… au détriment des femmes.

12- Fonction publique : les primes seront intégrées… s’il y en a

Dans le système par points, la prise en compte de toute la carrière au lieu des six derniers mois entraînera une baisse des retraites qui n’est pas contestée par Jean-Paul Delevoye. Il est donc prévu que les primes soient intégrées dans le calcul de la pension, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Mais rien ne garantit que leur intégration suffise : tout dépend de leur montant. Dans de nombreux métiers, il n’y en a pas ou peu (enseignants notamment). De manière générale, les femmes fonctionnaires perçoivent des primes significativement moins élevées que les hommes10. M. Delevoye reconnaît qu’il y aura des fonctionnaires pénalisés, mais il estime qu’il faudra « profiter de cette opportunité pour éventuellement mettre en place une politique de rémunération11» ! En attendant, tant pis pour celles et ceux, même avec des revenus modestes, dont la pension baissera ?

Remarque : les règles différentes de calcul de la pension dans le régime général et la fonction publique nourrissent chez certaines personnes un sentiment d’inéquité que le discours officiel ne prend pas assez la peine de démentir. Si la pension moyenne dans la fonction publique est un peu supérieure à celle dans le secteur privé, c’est parce que les fonctionnaires ont en moyenne un meilleur niveau de qualification qui se reflète donc sur leur rémunération. Mais les taux de remplacement sont équivalents entre privé et fonction publique.

En conclusion12

Le système projeté organise une régression sociale accentuée par rapport à l’évolution tendancielle d’aujourd’hui. D’une part, c’est la logique d’un régime par points de renforcer la contributivité du système de retraites, c’est-à-dire que la pension reflète au plus près la somme des cotisations (les contributions) versées au cours de la carrière. En contrepartie, la part de solidarité dans la pension est réduite. Les affirmations sur la stabilité de la solidarité n’engagent que celles ou ceux qui y croiront. D’autre part, l’instauration de l’âge d’équilibre avec décote et surcote revient à reculer l’âge de départ de 62 ans à 64 ans, et ouvre la possibilité de le reculer encore sans avoir besoin de passer par une réforme. De fait, la modification des paramètres du système deviendrait possible en continu au nom de « la règle d’or » de l’équilibre financier. Comme il est annoncé que le taux de cotisation serait maintenu à 28,12 % et que la valeur de service du point ne baisserait pas, l’ajustement de l’équilibre se ferait à travers l’augmentation du prix d’achat du point – moins de points, donc moins de pension pour un même montant de cotisation, ce qui entraine une baisse du rendement -, et le recul de l’âge d’équilibre.

En outre, alors que la règle actuelle d’indexation des pensions sur l’inflation13 aboutit à un décrochage croissant du niveau des pensions par rapport aux revenus d’activité moyens (car ceux-ci progressent plus vite que l’inflation), ce qui constitue un sérieux problème, alors que le rapport Delevoye fait état de ce décrochage (page 111), c’est cette même indexation qui est retenue ! Ce choix réduit à néant la prétendue garantie de l’équité entre générations. Il est précisé (page 24) que « les partenaires sociaux auront la possibilité de se prononcer sur une éventuelle revalorisation des retraites en fonction des salaires ». Ouf, on pourra donc continuer à la réclamer, en vain…

Améliorer le système de retraites, réduire les inégalités est possible et nécessaire dans le régime actuel par annuités. Pour accompagner l’augmentation de la part des retraité·es dans la population, il faut renforcer les ressources du système. Cela signifie, outre agir en amont pour lutter contre le chômage, les exonérations de cotisations patronales et les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes14, agir sur le taux de cotisation : il est possible d’appliquer une hausse modérée de ce taux et d’élargir l’assiette des cotisations aux profits distribués15, ce qui permettrait de rééquilibrer le partage de la richesse produite entre travail et capital : car l’évolution de ces dernières décennies s’est faite au détriment de la part du travail. De toute manière, la hausse des cotisations est appelée à devenir une réalité : si elle n’est pas intégrée dans le système public, elle résultera du fait que les gens se tourneront vers les assurances privées pour compléter une retraite trop incertaine. L’alternative est donc entre une logique collective solidaire et une logique assurantielle individuelle. La retraite est un choix de société.

Christiane Marty – juillet 2019. Membre de la Fondation Copernic et du Conseil scientifique d’ATTAC.
Annexe 1

Évaluation de l’apport de la MDA dans le système actuel

Cas d’une femme née en 1946, employée, ayant trois enfants

On considère une femme de la génération 1946, car cette dernière étant entièrement à la retraite actuellement, on dispose des statistiques sur la durée moyenne de carrière16

La MDA vaut 6 annuités (2 ans/enfant). La durée moyenne de carrière sans les majorations pour enfants pour une femme née en 1946 est de 32,5 annuités17.

L’apport de la MDA permet donc d’augmenter la durée de carrière de 6/32,5 = 18,5%

Le montant de la pension du régime général est proportionnel à la durée de carrière. La MDA représente dans ce cas une majoration de 18,5 % de la pension de base. (On ne prend pas en compte le gain apporté par cette majoration correspondant à la diminution de la décote).

Pour les niveaux de revenu correspondant aux employés, la pension complémentaire représente environ 30 % de la pension totale, la pension du régime général en représente 70%.

La MDA procure alors une majoration de la pension totale de 13 % (1,185 x 0,7 + 0,3 = 1,13)
Annexe 2

Comparaison des pensions de réversion dans le système actuel et futur

Taux de réversion : 54 % dans le régime général, 60 % dans le régime complémentaire.

Hypothèse : la pension est basée sur une part de 70 % pour la pension du régime général et de 30 % pour la pension complémentaire. C’est la moyenne pour ces niveaux de pension.

Pension de réversion actuelle = (0,54 x 0,7+ 0,6 x 0,3) x pension conjoint décédé

= 0,558 pension conjoint décédé

Pour une pension de la femme = 1000 euros/mois En euros/mois

pension femme

pension homme

Réversion

femme

actuelle

Réversion femme

future

Perte femme

Réversion

homme

actuelle

Réversion

homme future

Perte

homme

1000

1000

558

400

158

558

400

158

1000

1200

669,6

540

129,6

558

340

218

1000

1400

781,2

680

101,2

558

280

278

1000

1600

892,8

820

72,8

558

220

338

1000

1800

1004,4

960

44,4

558

160

398

1000

2000

1116

1100

16

558

100

458

1 Drees, Études et résultats n°842.

2 Pour une présentation du fonctionnement d’un régime par points, voir « Retraite par points : plus équitable, vraiment ? », http://www.fondation-copernic.org/index.php/2018/10/14/retraite-par-poin...

3 Page 46.

4 « Le grand entretien », France Inter, 21 mars 2019.

5 Conformément aux préconisations établies par la Banque mondiale en 1994 pour tous les pays au moment des plans d’ajustement structurel.

6 Le taux de cotisation est fixé à 28,12 %, qui correspond au taux actuel. Mais seuls 25,31 % permettront d’acquérir des points, les 2,81 % restant alimenteront un « financement mutualisé et solidaire » dont l’utilisation n’est pas précisée. Il existe de même dans les régimes par points Agirc Arrco actuels une partie de la cotisation qui ne fournit pas de points : le taux de cotisation effectif égale le taux de cotisation qui procure des points multiplié par 1,27. Le taux qui majore ainsi le prix d’achat du point sans donner de droits correspondants, ici de 27 %, est appelé taux d’appel. Celui-ci a augmenté plusieurs fois dans les régimes Agirc Arrco, il permet aux gestionnaires d’accroître le prix d’achat réel du point sans l’afficher.

7 Rapport annuel du COR 2019.

8 Les effets des réformes des retraites sur les inégalités de genre en France, Bonnet, Buffeteau & Godefroy (2006).

9 C’était 4 trimestres par enfant avant la réforme de 2003 qui a réduit la MDA à 2 trimestres par enfant né après le 1er janvier 2004.

10 Chloé Duvivier, Joseph Lanfranchi et Mathieu Narcy, « Les sources de l’écart de rémunération entre femmes et hommes dans la fonction publique », Économie et statistiques, no 488-489, 2016.

11 « Le grand entretien », France Inter, 11 octobre 2018.

12 Ce texte n’est pas exhaustif, notamment il ne traite pas des dispositions sur les carrières longues, la pénibilité, les régimes spéciaux et le régime des indépendants.

13 Règle que les gouvernements sous Hollande comme sous Macron se sont autorisés à ne même pas respecter…

14 La réduction des inégalités de salaire permet d’augmenter très sensiblement les ressources en cotisations des caisses de retraite.

15 Voir Retraites, l’alternative cachée, coord. J.M. Harribey, C. Marty, Syllepse 2013.

16 Dossier Drees, La prise en compte de la durée de carrière dans les indicateurs de retraite, octobre 2017.

17 Id. page 7.
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Type:  Article Jeudi, 22 Août, 2019 - 11:45 retraite
François Calaret

Appel à mobilisation pour défendre nos Alternatives face au G7

3 semaines 5 jours ago

La France est le pays hôte du prochain G7 qui se tiendra à Biarritz du 24 au 26 août 2019.

Pendant des décennies, le G7 a joué un rôle de directoire économique et financier aux côtés du FMI, de l’OMC et de la Banque Mondiale. Aujourd’hui, il est l’espace où sept des plus grandes puissances économiques mondiales[1] et la Commission Européenne se réunissent pour perpétuer un système qui a conduit à une croissance des inégalités et une mise à sac de notre planète, tout en laissant faire la toute-puissance et l’influence néfaste des grandes multinationales. Ainsi, une grande partie des peuples sont privés de leurs droits et chaque jour ce sont les promesses de la Déclaration Universelle Droits de l’Homme qui sont bafouées. L’ONU voit sa légitimité mise en cause de toute part. Partout, il y a oppression et violence alors que les politiques d’austérité entraînent un recul des droits humains.

Alors qu’il est secoué par le mouvement des gilets jaunes qui dénonce – entre autres – la croissance des inégalités, le gouvernement français prétend mettre la lutte contre les inégalités au cœur de l’agenda du G7. Mais à qui cette augmentation des inégalités est-elle due, si ce n’est aux politiques néo-libérales mises en œuvre par les pays les plus riches ! Pompiers pyromanes? Que les pays du G7 nous démontrent le contraire en s’attaquant réellement aux politiques structurelles, mises en œuvre depuis des décennies, qui sont à la racine des inégalités actuelles.
Ces sommets du G7 organisés à grands frais (500 millions de dollars en 2018) se traduisent par des opérations de communication. Mais les problèmes sont-ils vraiment traités ?

Aussi, nous, citoyens et citoyennes regroupé.e.s au sein de collectifs, de mouvements ou d’organisations, allons prendre la parole pour rappeler l’urgence de mettre en œuvre des mutations profondes et radicales à notre système économique et social, pour les droits de chacun.e, et la dignité de notre Terre retrouvée. La lutte contre les inégalités, l’urgence climatique et sociale, ne peuvent en effet se contenter de beaux discours. Il n’y a plus le temps. Il y a urgence à ce que face à ces enjeux, les pays riches prennent leur responsabilité.

Ce G7 se tiendra au Pays Basque, terre de résistances où sont profondément enracinés des combats guidés par la solidarité et la volonté de construire un monde plus juste et plus désirable. Nous pensons que nous pouvons, en terre Basque et ailleurs, construire des futurs souhaitables et mettre fin à la croissance intolérable de la pauvreté et des inégalités.

Alors même que le gouvernement français prévoit de limiter substantiellement les droits de circulation et de manifestation, nous nous rassemblerons pour exprimer la diversité de nos aspirations, analyses et alternatives pour un autre monde.

Pour nous, le monde de demain nécessite la défense et la promotion des droits humains, socle premier de toute politique. Nos propositions concernent :

    La fin d’un système économique et financier fondé sur l’exploitation et l’accaparement.
    L’action déterminée contre le dérèglement climatique et en faveur de modes de vie respectant écosystèmes et biodiversité.
    La lutte contre le patriarcat et tout système de domination générateur d’inégalités et de négation des droits.
    La construction d’une démocratie véritable pour toute organisation de la vie en commun où chacun.e peut exprimer ses souhaits et influer sur les choix.
    La justice fiscale : par une fiscalité progressive, par une véritable lutte contre l’évasion fiscale associant tous les États du monde.
    Des États au service du bien commun, régulant les multinationales pour assurer les droits des citoyennes et citoyens.
    La fin des discriminations, l’accueil digne des personnes migrantes et la garantie de la liberté de circulation.
    La solidarité et la paix entre les peuples.
    Le droit à l’autodétermination.
    La reconnaissance réelle des différences culturelles et linguistiques dans le respect des droits humains.
    La défense des droits des paysans et paysannes, premier.e.s acteur.trice.s de la souveraineté alimentaire ; l’accès effectif à une alimentation saine, durable et équilibrée, qui soit pensée par et pour les citoyen.ne.s.
    L’existence de services publics de qualité au plus près des personnes, y compris dans les pays les plus pauvres.
    L’interdiction des accords de libre-échange qui mettent en cause les droits sociaux et la qualité de l’environnement.

Retrouvons-nous, associations, syndicats, citoyennes et citoyens à Biarritz, en août 2019, afin de faire entendre nos voix et nos exigences.

Action Aid France
Adéquations
Amis de la Terre
Attac Allemagne
Attac Espagne
Attac France
Artisans du Monde
CADTM (France, Belgique, International)
CCFD-Terre Solidaire
Collectif Droits des Femmes
Confédération Paysanne
CRID
Emmaus International
Fondation Copernic
Fondation France Libertés
Fédération Syndicale Unitaire
Ingénieurs sans frontières
Intersindical Valenciana
Ipam
Marche Mondiale des Femmes
Mouvement de la Paix
Ligue des droits de l’Homme
Oxfam
Sherpa
Solidaires
Ritimo
Réseau Foi et Justice Afrique – Europe

[1] États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada.

Les temps forts du contre-sommet “G7 Non ! Pour défendre nos alternatives !” :
19 – 20 août : montage du village d’accueil et des lieux d’activités à Hendaye et Irún – plus d’infos ici
21, 22 et 23 août : tenue du contre-sommet et du village des alternatives au centre des congrès Ficoba et à Hendaye – détail des activités plus bas
24 août : manifestation – plus d’informations ultérieurement
25 août : action pacifique d’occupation de sept places du Pays Basque

https://alternativesg7.org/

Type:  Article Jeudi, 22 Août, 2019 - 11:42 Biens publics & biens communs International
François Calaret

Communiqué d'Ensemble sur les Retraites et l'assurence-chômage

1 mois 3 semaines ago
Retraites, assurance-chômage : le cynisme atteint des sommets

   Les roulements de tambour qu’accompagne le projet « retraite » de JP Delevoye-Macron proclament une réforme qui serait « plus juste, plus équitable », qui donnerait « plus de choix, plus de liberté », et qui serait « universelle » puisqu’elle remplacerait les 42 régimes de retraite actuels.  A commencer bien sûr par les régimes dits « spéciaux » : cheminots, électriciens, RATP, fonctionnaires, soignant-es, qui sont dans le viseur après les reculs infligés depuis 1967-1993 aux salarié-es du secteur privé.

   Il faut d’abord noter que M. Delevoye a menti, ou qu’il s’est désavoué. Au départ, son projet envisageait certes des bonus après l’âge légal de 62 ans, en allongeant « librement » sa propre durée du travail. Mais il ne parlait pas de décote dès 62 ans. Or son projet, qui sur ce point fait l’unanimité syndicale contre lui, recule l’âge réel de départ en retraite à 64 ans. Qui sera trompé par « la promesse tenue » par le président sur le maintien de l’âge légal à 62 ans?
  

   Mais le fond du projet, annoncé depuis le début, c’est que la richesse attribuée aux régimes de retraite ne bougera plus : environ 14% du PIB, avec des cotisations fixes (28%). Comme le nombre de retraités va augmenter dans l’avenir, cela signifie de fait une baisse du montant moyen des retraites. Le passage à un régime par points a simplement pour objectif de rendre cette opération moins visible en calculant le montant de la pension sur l’ensemble de la vie active et non comme aujourd'hui sur les 25 meilleures années pour le secteur privé et les 6 derniers mois pour les fonctionnaires. Ce système va donc encore plus défavoriser les précaires comme par exemple les temps partiels et en particulier les femmes qui en forment la grande majorité. 
Avec un tel système « chaque euro cotisé aboutit aux mêmes droits » signifie simplement qu’il suffira de répartir autrement l’enveloppe attribuée aux retraites futures qui dépendront de points accumulés convertis en pensions selon une valeur du point qui variera pour équilibrer le régime. Aucune garantie n’est donc donnée sur le montant futur de la pension contrairement à un régime par annuités.

   Mais le comble du cynisme est atteint avec l’assurance-chômage. On parle de justice pour les précaires et les chômeurs pour la retraite. Mais au même moment, 1, 2 millions de chômeurs-euses et de précaires peuvent perdre leurs droits à indemnités à cause des économies de 3,9 milliards sur leur dos, imposées par l’oukaze macronien qui vient de tomber.

   L’alternative à imposer sera celle d’un taux de remplacement à 75% du salaire pour tous et toutes (à minima le SMIC). Ce qui implique d’obliger E. Macron à l’augmentation les cotisations avec celle de l’espérance de vie. La bataille est commencée.

Le 20 juillet 2019.

Type:  Article Lundi, 22 Juillet, 2019 - 15:46 Nos communiqués Luttes sociales Politique
TheStyx

En soutien à Saïd Bouamama

2 mois ago

Le colloque de deux jours, organisé à Bobigny sur le thème « Mécaniques de l'extrémisme violent », a été troublé par l'absence d'un de ses organisateurs, le sociologue Saïd Bouamama, conséquence d’un veto émanant du ministère de l'intérieur. Cette intervention relaie une campagne expresse initiée par le Rassemblement national, aussitôt suivi par le FigaroVox et Valeurs Actuelles.

Les officiels qui devaient introduire le colloque, le président du conseil départemental, la préfète déléguée à l'égalité des chances du 93, la procureure de la République du 93 ainsi que la secrétaire générale du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), ont « boycotté » ce colloque, pour reprendre la formulation du Parisien. 

L'oukase contre Saïd Bouamama est d'autant plus étonnant qu'il est co-animateur depuis quatre ans du projet dont ce colloque est l’aboutissement, et qu’il s’agit d’un projet soutenu par l'État et en particulier la préfecture de Seine-Saint-Denis. L'intervention qu'il devait faire a été lue et chaudement applaudie ; quand elle sera publiée, chacun·e pourra constater, outre sa qualité, qu'elle est à mille lieues de constituer une «complaisance envers le djihadisme» comme l’en ont accusé ses détracteurs sans s’être donné la peine de l’entendre.

La question du djihadisme est donc instrumentalisée pour tenter de discréditer un sociologue dont les opinions politiques de gauche sont publiques, ses références intellectuelles se situant du côté du marxisme, à l'opposé de l'islam politique. Cette campagne de diffamation contre Saïd Bouamama émane de milieux islamophobes et d’extrême droite devant lesquels le pouvoir a cédé. 

La volonté destructrice de ces lobbys va donc jusqu'à tenter d’anéantir des structures et projets visant à réinsérer des personnes dites "radicalisées" dans une vie sociale partagée plutôt que de poursuivre une trajectoire dangereuse pour les autres comme pour elles-mêmes.

Nous, signataires, sommes solidaires de Saïd Bouamama et dénonçons l'attitude de ce pouvoir qui obtempère aux injonctions de l'extrême-droite, preuve éclatante de son double discours qui prétend la combattre en la renforçant quotidiennement.

Signataires: 

Viviane Albenga, sociologue, université de Bordeaux

Armelle Andro, sociologue, institut de démographie de l'université Paris-1

Marie Hélène Bacqué, sociologue, professeure, université Paris-Nanterre

Marion Carrel, maîtresse de conférences HDR en sociologie, université de Lille-CeRIES

Françoise Clément, sociologue, économiste, altermondialiste

Marguerite Cognet, sociologue, maîtresse de conférences, université Paris-Diderot

Jessy Cormont, sociologue, P.H.A.R.E. pour l’Égalité et université de Lille

Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, professeure émérite, université Paris-Diderot

Pauline Delage, sociologue, CNRS, rattachée au Crespa-CSU.

Christine Delphy, sociologue, chercheuse associée au laboratoire Triangle

Fabrice Dhume, sociologue

Jules Falquet, sociologue, université de Paris-Diderot

Eric Fassin, sociologue, Paris 8

Sonia Fayman, sociologue

Nacira Guénif, sociologue, professeure des universités, Paris 8

Malika Hamidi, sociologue et auteure, CADIS, Paris et Université Gaston

Berger, Sénégal

David Jamar, sociologue, université de Mons, Belgique

Pierre-André Juven, sociologue, CNRS

Maryam Kolly, sociologue, Université Saint-Louis - Bruxelles, Centre d’études Sociologiques

Fabienne Messica, sociologue

Marwan Mohammed, sociologue, CNRS, laboratoire CMH

Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherches CNRS (Lames)

Ugo Palheta, sociologue, université de Lille

Roland Pfefferkorn, sociologue, professeur émérite, université de Strasbourg

Aude Rabaud, maîtresse de conférences, université Paris-Diderot

Olivier Roueff, sociologue, CNRS

Patrick Simon, socio-démographe, Ined, membre du comité de rédaction de la revue Mouvements

Maryse Tripier, sociologue des migrations, professeur émérite, université Paris Diderot

Eleni Varikas, chercheuse études de genre, professeure émerite, université Paris-8

 

Autres signataires:

Ahmed Abbes, mathématicien, directeur de recherches à Paris

Elisa Aigner, assistante sociale, Seine-Saint-Denis

Salika Amara, professeure de lettres, retraitée

Verveine Angeli, syndicaliste, Union syndicale Solidaires

Etienne Balibar, professeur Kingston University London, professeur émérite Université de Paris-Nanterre

Ludivine Bantigny, historienne, université de Rouen

Adda Bekkouche, enseignant, université Paris-1, Panthéon Sorbonne

Louiza Belhamici, professeure, vice-présidente commission Islam&Laïcité

Sarah Benichou, enseignante, militante féministe

Farid Bennaï, FUIQP Paris

Mohammed Ben Yakhlef, élu municipal Villeneuve-Saint-Georges

Antoine Boulangé, enseignant, Espé Paris, Sorbonne université

Alima Boumedienne Thierry, avocate

Youcef Boussaa,psychiatre des hôpitaux retraité

Martine Boudet, conseil scientifique Attac France

Houria Bouteldja, PIR

Rony Brauman, professeur, université de Manchester

Fabienne Brion, faculté de droit et de criminologie, Louvain-la-Neuve

Alex Callinicos, Professor of European Studies, King's College (Londres)

Abdelaziz Chaambi, Coordination contre le racisme et l’islamophobie,

Ismahane Chouder, enseignante et formatrice, Commission Islam&Laïcité

Agnès Cluzel, infirmière, gilet jaune Auxerre

Jim Cohen, professeur, université Paris 3-Sorbonne Nouvelle,

Annick Coupé, syndicaliste, altermondialiste

Thomas Coutrot, économiste

Monique Crinon, sociologue, consultante, féministe antiraciste

Alexis Cukier, maître de conférences philosophie, université de Poitiers

Marina Da Silva, journaliste, Commission Islam&Laïcité

Laurence De Cock, historienne

Robin Delobel, journaliste, CADTM

Ludo De Witte, auteur

Bernard Dréano, président du Cedetim

Françoise Duthu, retraitée de l'Université Paris Ouest-Nanterre.

Ivar Ekeland, mathématicien et économiste

Ismael El Hajari, FUIQP Paris

Renaud Epstein, maître de conférences, sciences po Saint-Germain-en-Laye

Didier Epsztajn, animateur du blog Entre les lignes entre les mots,

Mireille Fanon Mendes-France, ex-UN experte, Fondation Frantz Fanon

Nadia Fartaoui, médecin, FUIQP Paris

Cécile Fontaine, FUIQP59-62

Pascal Franchet, président du CADTM France

Georges Franco, artiste peintre.

Bernard Friot, professeur émérite à l’université Paris-Nanterre

Isabelle Garo, philosophe

Vincent Genestet, consultant à la retraite, LDH

François Gèze, éditeur

Ouissame Ghmimat, militant des droit humains AMDH

Alain Gresh, directeur d’Orient XXI

Michelle Guerci, journaliste

Majdelil Guerda, militante FUIQP

Georges Gumpel, UJFP

Faïza Hirach, militante IWW Belgium

Julie Jaroszewski, artiste, militante

Pierre Khalfa, économiste, militant altermondialiste

Guillermo Kozlowski, philosophe

Stathis Kouvelakis, professeur à King's College (Londres)

Roland Lafitte, commission Islam&Laïcité

Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire

Monique Lellouche, militante antiraciste, UJFP

Nathalie Levallois, militante FI

Laurent Lévy, essayiste

Nadia Louachi, FUIQP Paris

Christian Mahieux, syndicaliste Union syndicale Solidaires

Gilles Manceron, historien, commission Islam&Laïcité

Malika Mansouri, maître de conférences, Paris

Michel Maric, maître de conférences en économie, université de Reims

Philippe Marlière, politiste

Fernanda Marrucchelli, Fasti

Gustave Massiah, économiste

Madjid Messaoudene, élu municipal Saint-Denis (93)

Ümit Metin, militant Acort

Regis Meyran, anthropologue

Zakia Meziani, militante associative et féministe, Tourcoing

Bénédicte Monville, conseillère régionale Ile-de-France

René Monzat, CI&L

John Mullen, professeur, université de Rouen

Sylvie Nony, historienne des sciences, CNRS

Sylvie Pinot, formatrice, FUIQP Nord

Christine Poupin, porte-parole du NPA

Ali Rahni, militant associatif Roubaix

Jocelyne Rajnchapel-Messai, UJFP

Laurent Ripart, historien, Chambéry

Joël Roman, philosophe

Code Rouge, artiste

Théo Roumier, syndicaliste SUD éducation

Alain Ruscio, historien

Catherine Samary, économiste altermondialiste

Maximilien Sanchez, conseiller municipal Gentilly

Manu Scordia, dessinateur

Djellali Seddaoui, FUIQP 59/62

Khadija Senhadji, socio-anthropologue et militante décoloniale

Michèle Sibony, UJFP

Patrick Silberstein, médecin, éditeur

Omar Slaouti, enseignant, militant antiraciste

Laurent Sorel, conseiller d'arrondissement Paris 20, France Insoumise

Catherine Stern, enseignante retraitée, RESF, Mrap, PCF

Julien Talpin, chargé de recherche en science politique, CNRS

Olivier Tonneau, enseignant-chercheur Université de Cambridge

Anne Tristan, enseignante

Marie-Christine Vergiat, ex-députée européenne

Christiane Vollaire, philosophe, chercheure associée au CNAM.

Stéphane Vonthron, France Insoumise, Lille

Louis Weber, éditeur

James Wolfreys, politiste, King's College Londres

Sophie Zafari, syndicaliste SNUIP P93

Associations et collectifs :

Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (Acort),

Association marocaine des droits humains, (AMDH-Paris/IDF)

Association rencontre et dialogue Roubaix

Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF)

Bruxelles Panthères

CGT de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration

Collectif de défense des jeunes du Mantois

Collectif féministe Kahina

Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie

(CRLDHT)

Commission Islam&laïcité

Editions Syllepse

Fédération des associations de soutien aux travailleurs immigrés (Fasti)

Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR)

Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP)

Identité Plurielle Tourcoing

Parti des indigènes de la République (PIR)

Union juive française pour la paix (UJFP)

Union des Tunisiens pour l’action citoyenne (Utac)

Type:  Article Mercredi, 17 Juillet, 2019 - 09:19 Anti-racisme
François Calaret

Région Occitanie: Parrainages républicains de lycéen-n-e-s réfugié-e-s

2 mois ago

Il y a quelques semaines j’ai été contactée par RESF31 (Réseau Éducation Sans Frontières de la Haute Garonne) afin de solliciter la région et sa présidente pour organiser un parrainage républicain pour 10 lycéen-n-e-s de l’agglomération toulousaine.

La présidente de région a répondu de suite positivement et on s’est lancé dans l’organisation de l’initiative.

Mardi 9 juillet jour de la cérémonie, il y avait une centaine de personnes qui se pressait devant l’hôtel de région : bien sur les jeunes et leurs familles mais aussi leurs soutiens, nombreux, amis, élèves solidaires, membres du réseau et élu-e-s.

J’ai eu le privilège de présider et d’introduire ce moment particulier. J’en ai profité pour rappeler le droit à l’éducation et la nécessaire expression de la solidarité, même si celle ci peut amener à se retrouver en prison comme pour Carole Rakete et Pia Klemp, capitaines courageuses ayant secouru des migrant-e-s en Méditerranée. Et je suis également intervenue pour que tout le monde se souvienne de l’arrivée de 500 000 réfugié-e-s espagnols en 1939 lors de la retirada. L’exil est une souffrance pour ceux et celles qui le subissent et le devoir d’êtres humains c’est d’accueillir tous ceux et toutes celles qui n’ont pas eu d’autres choix que de partir.

Au fur et à mesure du déroulement du parrainage et de la présentation l’émotion est allée crescendo avec la prise de conscience d’un moment fort, partagé, dans un contexte où se joue le drame des réfugié-e-s tous les jours, et celle d’être aussi soi même, marraine et parrain, issu-e-s bien souvent de l’immigration. Les destins de ses jeunes et des leurs, même à peine évoqués, racontent des histoires terribles, des drames parfois inimaginables. Leur courage a forcé l’admiration de tous et toutes.

Dans ma conclusion j’ai exprimé notre engagement ferme à soutenir ces jeunes et leurs familles. Et à continuer à exprimer notre entière et pleine solidarité, à faire de la région une terre d’accueil et d’asile.

Myriam Martin

Type:  Article Mercredi, 17 Juillet, 2019 - 09:01 Anti-racisme
François Calaret

Montpellier : lancement d’un appel pour co-construire une liste de confluences

2 mois ago

Ce vendredi 5 juillet était présenté à la presse un appel pour la co-construction d’une liste de confluences, pour une alternative sociale, écologique et démocratique.

Cet appel a été impulsé et soutenu par les insoumis.e.s de Montpellier. Muriel Ressiguier, député de Montpellier a d’ailleurs introduit la conférence de presse.

Il est soutenu par un grand nombre de militant-e-s, d’habitant-e-s de Montpellier venant de mouvements écologistes, sociaux, Gilets Jaunes, … des différents quartiers de Montpellier, d’origine sociale très diverse comme le montre la liste des 100 premiers signataires.

Point de hasard donc si c’est Hélène Raux, militante altermondialiste, qui a présenté cet appel aux journalistes présents.

Cet appel soutenu par une grande partie du monde militant de Montpellier dont l’une des principales forces politiques de Montpellier montre qu’il existe une volonté forte de lutter contre l’éparpillement des forces sociales, écologiques et citoyennes pour ces prochaines municipales.

C’est un appel pour ouvrir le dialogue entre ces différentes forces, un appel pour amorcer la co-construction d’une liste de confluences de ces forces en question, afin de gagner à Montpellier et co-construire une alternative sociale, écologique et démocratique pour répondre aux enjeux de l’heure.

Une précision importante, cet appel porte l’exigence d’une liste de confluences et propose une méthode mais ce n’est pas LE “texte fondateur” de la liste qui reste à co-construire. Ce texte reste à écrire avec toutes celles et tous ceux qui, partageant cette démarche, participeront à cette dynamique de confluences. Il en est de même pour le nom de la liste, bien-sûr.

Ensemble! Montpellier soutient bien évidemment cette démarche et mettra toutes ses forces à disposition pour qu’une telle liste existe.
Voici le texte de l’appel :

“Pour une liste de confluences à Montpellier”

Oui ! Un autre Montpellier est possible !
Même si tout ne peut pas être réglé à l’échelle de la ville, la mairie et la métropole disposent de leviers d’action. Ce sont des choix politiques.
Il y a urgence tant sur le plan social que climatique. Agissons ! Les marches pour le Climat, la mobilisation des Gilets Jaunes et toutes les mobilisations pour la justice sociale, la démocratie réelle, nous montrent le chemin.
L’équipe de Saurel privilégie les grands projets inutiles, gaspillant l’argent public comme le projet de Stade-Palais des sports ou la gare de la Mogère. Montpellier est gérée comme une marchandise, livrée aux spéculateurs de l’immobilier. Nos quartiers sont traités comme de la chair à béton. Lien social et préservation des espaces verts pèsent peu face aux bétonneuses, comme en témoignent la Friche à Mimi à Figuerolles ou le quartier Las Rébès.
Toutes ces dépenses se font au détriment de l’environnement, de la lutte contre la pauvreté et contre les inégalités. Les choix utiles sont délaissés : la rénovation et la construction d’écoles, de crèches, de lieux de vie agréables et abordables pour nos anciens, du mieux vivre pour les personnes handicapées, de la sécurisation, de l’aménagement pour les piétons et les vélos, de la construction d’équipements sportifs de proximité, d’hébergements et de logements sociaux, d’un développement des transports publics tendant vers la gratuité.
Les dégâts écologiques et humains sont considérables. Disons stop à la marchandisation de la ville et oeuvrons collectivement et démocratiquement pour une VILLE EN COMMUN.

La ville que nous voulons

Nous voulons une ville où l’accueil et l’hospitalité sont la règle. Une ville sans discriminations, ni ségrégations urbaines. Une ville résolument engagée dans la transition écologique.
Nous voulons une ville où les droits fondamentaux sont respectés. Une ville où chacun bénéficie d’un logement décent, sans expulsion, une ville où la malnutrition n’a pas sa place, où la précarité énergétique n’existe pas, où l’accès à l’énergie est un droit, où chacun·e peut disposer gratuitement de la quantité d’eau nécessaire à sa santé, à son hygiène, où tous ont accès à la mobilité. Une ville où le droit à l’éducation et à la santé est respecté, garanti pour toutes et tous; où la culture est accessible à tous, comme un droit fondamental. Avec un taux de pauvreté de 28 %, la lutte pour l’emploi et contre la pauvreté sera notre priorité. Ainsi mettons en débat comme mesures immédiates : le développement d’un réseau de centres de santé municipaux gratuits, des repas 100 % produits locaux, gratuits, et, à terme, entièrement bio, pour tous les élèves dans les cantines scolaires, ainsi que les premiers m3 d’eau et les premiers kWh gratuits.
Nous voulons prendre le contrôle démocratique de nos biens communs : l’eau et son assainissement, la gestion des déchets, l’énergie, les transports publics, l’espace urbain. Nous voulons assurer la présence des services publics partout en particulier dans les quartiers populaires. Mettons-en place une nouvelle planification urbaine contre la spéculation immobilière, faisant de l’espace urbain et des terres agraires des Communs au service de l’intérêt général.
Nous voulons que Montpellier soit une ville qui prépare un avenir partagé. Nos institutions aideront à la création d’emplois durables. Les règles des marchés publics devront impérativement intégrer des critères de transparence, de justice sociale et environnementale. Notre ville peut et doit promouvoir un urbanisme ainsi que des politiques énergétiques et de mobilité répondant à la fois aux besoins sociaux et à l’urgence climatique.
Nous voulons des élu.e.s qui tiennent leurs engagements. Une municipalité qui ne cède pas face aux lobbys de l’argent, des multinationales, de l’immobilier. La transparence des institutions, le respect de la laïcité, le non cumul et la limitation du nombre de mandats dans le temps doivent être la règle. Les indemnités des élu.e.s seront plafonnées. Nous mettrons en place le référendum d’initiative citoyenne donnant aux habitant.e.s un véritable pouvoir de décision et de proposition.

Nous voulons instaurer à Montpellier et dans sa métropole une véritable démocratie où les représentant.e.s gouvernent avec les citoyen.ne.s, en lien étroit avec les associations. Une démocratie décentralisée dans les quartiers redéfinis et plus nombreux de Montpellier, ainsi que dans les villes et les villages de la métropole. Une démocratie avec des contrôles sociaux et écologiques sur les budgets. Une démocratie où à mi-mandat une votation stop ou encore permettra de faire un bilan d’étape des politiques menées et d’en tirer les conséquences.

Notre démarche
Pour construire la ville que nous voulons, nous ne pouvons nous résoudre à un éparpillement des forces sociales et écologiques à Montpellier. L’objectif est de permettre la confluence entre les militant.e.s associatif.ve.s, écologistes, syndicaux, politiques et tou.te.s celles et ceux qui aspirent à des mesures de justice sociale et de transition écologique.
Imaginons autre chose qu’une addition de sigles ou qu’une liste d’un parti qui se dirait ouverte aux mouvements citoyens. De trop nombreuses expériences montrent que ces démarches créent de la division au lieu de rassembler les forces disponibles pour porter une alternative.
Nous proposons une dynamique véritablement collective dans laquelle toutes les forces ont leur place. Il est crucial d’adopter un mode de fonctionnement qui rompe avec les tractations entre partis. Notre démarche sera construite lors d’une Assemblée réunissant toutes celles et de ceux qui se reconnaissent dans cet appel.
Au vu des dés à relever pour résoudre la crise sociale, démocratique, écologique que nous vivons, nous devons prendre des initiatives créatives qui rassemblent.
Si nous pouvons imaginer une autre ville alors nous aurons le pouvoir de la transformer. A nous toutes et tous de montrer qu’une autre ville, une autre métropole est possible

Construire vraiment une liste de confluence

Un outil : le scrutin à jugement majoritaire
Nous proposons une dynamique véritablement collective dans laquelle toutes les forces ont leur place. Il est crucial d’adopter un mode de fonctionnement qui rompe avec les tractations entre partis. Notre démarche sera construite lors d’une Assemblée réunissant toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans cet appel. Sortons des vieilles pratiques. Pourquoi pas dans cette Assemblée prendre collectivement nos décisions en recourant au système du vote à jugement majoritaire, dans lequel chaque participant-e-s évalue l’ensemble des propositions ou des personnes candidates. Cela pourrait permettre d’obtenir des résultats plus consensuels car le scrutin pourrait mieux refléter les opinions du groupe. Ce mode de désignation pourrait être testé à l’occasion de la désignation des porte-paroles du collectif.

Type:  Article Mercredi, 17 Juillet, 2019 - 08:59 Elections
François Calaret

20 juillet : marche pour soutenir le « combat Adama » et « riposter à l’autoritarisme »

2 mois ago

Le 20 juillet 2019 à Beaumont-sur-Oise, cela fera trois ans qu’Adama Traoré est mort assassiné par la police. Trois ans que sa famille et ses proches se soulèvent pour demander la justice et la dignité dans la rue, dans les tribunaux, dans les médias. Trois ans qu’un quartier entier est soumis au harcèlement judiciaire, policier, et aux patrouilles militaires.

Le 20 juillet 2019, nous, Gilets jaunes, habitants de quartiers populaires, collectif de soutien aux exilé-e-s, habitants de territoires en lutte, syndicalistes, collectifs écologistes, paysan-ne-s, anti-nucléaires, collectifs antifascistes, organisations nationales, appelons tout le monde à converger à Beaumont-sur-Oise pour un énorme acte national en soutien au « combat Adama ».

Ce combat, c’est aussi le combat pour Ali, Lamine, Wissam, Amine, Gaye, Angelo, Babacar, et des dizaines de personnes tuées par la police au cours des dernières décennies, dans le silence et le mépris. Cibles de la violence d’État parce qu’elles sont racisé-e-s, parce qu’elles sont banlieusardes. Et c’est aussi le combat pour Zineb, Rémi, Malik, Vital et toutes les personnes tuées, mutilées, blessées par la répression féroce des manifestations. Après sept mois de mobilisations gilets jaunes, nous comptons plus de 2.500 blessés, 24 personnes éborgnées, 5 mains arrachées, le meurtre de Zineb Redouane, plus de 10.000 gardes à vues, 2.000 condamnations, 390 incarcérations… Au cours des dernières décennies, seules les révoltes des banlieues en 2005 ont été plus réprimées.

Il n’y a plus lieu de parler de « bavures » ou de « dérive autoritaire ». Utilisons les bons mots : nous entrons dans un régime autoritaire. La violence d’État auparavant réservée aux quartiers populaires se généralise à toute la société. Beaumont-sur-Oise, Mantes-la-Jolie, Calais, Bure, Briançon, et jusqu’aux Champs-Élysées : aucun foyer de contestation, aucune aspiration à la transformation sociale n’est épargnée. Face à cette situation, nous ne devons pas céder mais renforcer nos solidarités et tisser des alliances durables pour riposter.

En décembre 2018, le comité Adama a été l’un des premiers à prendre la rue, appeler à mettre « les quartiers en Gilets jaunes », et tendre la main pour créer ces alliances entre divers secteurs de la société. En mai 2019, il a co-organisé les rencontres inter-collectifs « Ripostons à l’autoritarisme » au cœur de Paris. Le 20 juillet 2019, il est temps d’organiser le « match retour » ! Pour riposter contre l’autoritarisme, nous appelons à un acte national historique à l’occasion de cette troisième « Marche pour Adama ». Tous et toutes à Beaumont-sur-Oise !

Nous demandons :
• la vérité et la justice pour Adama Traoré et toutes les victimes de crimes policiers en France
• la fin du harcèlement judiciaire, policier et militaire dans les quartiers populaires
• l’interdiction du LBD-40, des grenades offensives et des techniques d’interpellation meurtrières
• l’amnistie pour les prisonniers et condamnés politiques qui luttent contre ce système injuste et/ou qui n’ont pas la bonne couleur de peau

Construisons partout une alliance de luttes, de collectifs et d’organisations pour résister et riposter à l’autoritarisme qui se généralise à toute la société !

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas se rendre à Beaumont-sur-Oise, nous appelons à des rassemblements et des manifestations partout en France devant les tribunaux et les commissariats, et tout autre geste qui paraîtra pertinent !

 

Contacts : laveritepouradama@gmail.com / retrouversouffle@riseup.net
Facebook : La Vérité pour Adama / Ripostons à l’autoritarisme

Premiers signataires :

    ANV COP-21
    Assemblées des blessé-e-s
    ATTAC France
    Beaumont en Commun
    CISPM (Coalition internationale des Sans-Papiers et Migrants)
    Comité Vérité et Justice pour Adama
    Comité Vérité et Justice pour Wissam
    Comité Vérité et Justice pour Jérôme Laronze
    Comité Vérité et Justice pour Ali Ziri
    Comité Montreuil Palestine
    Comité de soutien contre la répression au collège République (Bobigny)
    Collectif Féministes Révolutionnaires
    Collectif des Mutilés pour l’exemple
    Collectif des citoyens souverains
    Collectif contre les abus policiers 33 (CLAP 33)
    Collectif Burn Out
    CRID (Centre de Recherche et d’Information pour le Développement
    Désarmons-Les
    Les Désobéissants
    Désobéissance Écolo Paris
    DIEL (Droits Ici et Là-Bas)
    Cerveaux non disponibles
    Gilets Jaunes de la Maison du Peuple de Saint-Nazaire
    Gilets jaunes de La Cabane de la Place des fêtes
    Gilets jaunes Paris 18
    Gilets Jaunes Intermittent.e.s Chômeur.e.s Précaires
    Gilets Jaunes Enseignement et Recherche
    Gilets Jaunes Agrégat Extra
    Gilets Jaunes de Belleville
    Groupe de travail GJ Banlieues 31 (AG GJ de Toulouse)
    FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s)
    Décoloniser les Arts
    Femmes Gilets Jaunes Île de France
    Libérons Les !
    NPA
    L’Orchestre Poétique d’Avant-guerre (OPA)
    Réseau RITIMO
    Réseau « Sortir du Nucléaire »
    Solidaires
    Union Communiste Libertaire
    Zone de solidarité populaire Paris 18e

Personnes publiques :

    Sylvie Blocher, artiste
    Robin Campillo, cinéaste
    Laurence de Cock, historienne
    Elsa Dorlin, philosophe
    Didier Eribon, philosophe
    Annie Ernaux, écrivain
    Bouchra Khalili, artiste
    Geoffroy de Lagasnerie, philosophe et sociologue
    Mathilde Larrère, historienne
    Sandra Laugier, philosophe
    Édouard Louis, écrivain
    Chantal Mouffe, philosophe
    Dominic Thomas, professeur de littérature comparée
    Thomas Porcher, économiste

Ce texte est ouvert à la signature collectifs/orgas jusqu’au 20 juillet. envoyez votre signature à retrouversouffle@riseup.net.

Type:  Article Mercredi, 17 Juillet, 2019 - 08:56 Anti-racisme
François Calaret

6ème Université d'Ensemble! à Cap d'Agde, du 31 octobre au 3 novembre

2 mois ago

Automne...

Temps des semailles... Et moment pour prendre du champ !

Pour observer les horizons parfois obscurcis et lointains des enjeux géostratégiques, ou si proches lorsqu’il s’agit de l’Algérie, du Brésil, et d’autres pays d’Amérique latine, voire de l’Europe elle-même…

Pour interroger l’avenir de cette Terre, et de l’Humanité, lorsque pèsent sur lui tant de menaces écologiques : quelle est leur réelle gravité ? Quelles possibilités de conjurer les catastrophes annoncées ? Quelles transitions engager ?

Pour faire retour sur les mouvements profonds à l’oeuvre, du soulèvement des Gilets jaunes à la démocratie malmenée ou niée, et questionner l’action politique, la crise de la (des) gauche(s), l’Histoire telle qu’elle paraît parfois se ressembler, des années 30 aux nôtres…

Pour débattre de bien d’autres sujets. Par exemple celui de notre propre fragilité psychique, lorsqu’est malmenée la psychiatrie…

Un moment de réflexion et de convivialité, pour lequel nous vous attendons !
Inscrivez-vous vite !

Fichier attachéTaille Plaquettes et tarifs480.42 Ko Type:  Article Dimanche, 14 Juillet, 2019 - 10:23 Université d'Ensemble!
François Calaret

Des centaines de Juifs et d’Arabes ont participé à la deuxième Convention Nationale de Standing Together.

2 mois ago

L’organisation politique israélienne Standing Together, que nous avons déjà présentée sur ce site (https://www.ensemble-fdg.org/content/des-cerfs-volants-tel-aviv ) a tenu il y a quelques jours sa seconde convention nationale. Nous traduisons ici le communiqué publié à cette occasion.

La 2ème Convention Nationale de Standing Together, organisation militante qui regroupe des juifs et des arabes israéliens, sur des bases socialistes, s’est déroulée le 28 juin à Kfar Kassem, un village palestinien situé à l’intérieur des frontières israéliennes qui a une longue histoire de luttes.

Près de 500 personnes, Arabes et Juifs, y ont pris part, démontrant la force et la croissance de notre organisation depuis la précédente Convention, il y a un an et demi. Durant cette période nous sommes passés de 250 à 1500 adhérents et nous avons été impliqués dans toutes les mobilisations importantes de la gauche en Israél, et nous avons développé notre implantation dans les différentes communautés et renforcé nos cercles militants locaux.

La Convention Nationale a approuvé la « Théorie du Changement », un document élaboré après une discussion de cinq mois au sein de notre mouvement, tant au niveau de la direction nationale que dans les cercles locaux, recueillant des dizaines de contributions et d’amendements. Elle a approuvé les modifications des statuts de l’organisation. Une séance de travail a permis la réunion de 11 groupes de discussions portant sur l’intervention de Standing Together dans les domaines suivants : lutte contre l’Occupation, logement, santé, justice climatique, organisation locale, égalité Juifs-Arabes, etc…

Lors de la Convention, la coordination nationale de Standing Together a été élue (41 candidats pour 25 sièges). Les membres de la coordination comptent :12 femmes (50%), 10 Arabes Palestiniens (40%) et douze personnes de moins de 40 ans (50%).  Parmi les élus, deux anciens membres de la Knesset, le Docteur Dov Khenin (membre du parti Hadash) et Mossi Raz (du Meretz).

9 résolutions présentées par les militants ont été débattues et 6 d’entre elles adoptées. Elles concernaient par exemple des dispositions renforçant le contrôle des militants sur la direction du mouvement, la mise en place d’interventions dans les villages et les zones éloignées des grands centres urbains, un plus grand engagement dans le mouvement pour la justice climatique, basé sur une analyse de classe de l’urgence climatique et sur le lien entre transformation sociale et environnementale.

Des invités ont également participé à nos travaux : une délégation de l’OLP, quatre maires, dont le responsable du Comité National des maires Arabes d’Israél, trois membres de la Knesset et trois anciens membres de la Knesset, provenant de quatre partis politiques différents : Meretz, Hadash, Taal et Mada, ainsi que les deux Co-Secrétaires Généraux du mouvement syndical « Pouvoir aux travailleurs ».

A l’issue de sa seconde Convention Nationale, Standing Together apparaît comme un mouvement renforcé, uni et optimiste qui développera son engagement dans les luttes de base et les campagnes pour mobiliser les Juifs et les Arabes d’Israél sur les valeurs de paix, d’égalité et de justice sociale.

Note : Taal et Mada (parti démocratique arabe) sont des partis arabes israeliens qui ont participé aux coalitions de gauche « liste unie ».

Mathieu DARGEL

Type:  Article Jeudi, 11 Juillet, 2019 - 09:25 International Israël Palestine
François Calaret