Dans la rue, dans la grève et les assemblées populaires Agissons pour les exigences sociales et démocratiques

1 semaine ago

La lettre de Macron est une insulte aux mobilisations des travailleurs, aux chômeurs et chômeuses, aux femmes actives dans la lutte des Gilets jaunes, aux jeunes.

« Pas de question interdite » dit Macron, mais pas touche aux mesures économiques et fiscales ! Rien sur les salaires, sur l’ISF, pas touche aux 40 milliards du CICE donnés au patronat. Pour le reste, le peuple peut débattre, Jupiter tranchera. En revanche, il n'hésite pas à demander quel service public il faut supprimer. Et il ajoute une provocation : des quotas d’immigrés acceptés sur le sol français et la révision de la loi laïcité. De quoi donner du grain à moudre aux surenchères de M. Le Pen et des fascistes, pour se présenter ensuite comme le président « progressiste ». Mais, de quoi alimenter aussi le racisme, notamment contre les musulman.ne.s. De plus, la menace d’une atteinte aux libertés démocratiques, notamment de manifester, s’accroît avec la nouvelle loi en préparation.

Le mouvement des Gilets jaunes reste fort. La journée du 12 janvier, la neuvième, a vu doubler le nombre des manifestant.e.s dans tout le pays. La lutte s’amplifie.

L’essentiel de ses revendications (augmentation des salaires, des retraites, des allocations de chômage, des minimas sociaux, l’égalité femmes/hommes, la sécurité sociale universelle, la justice fiscale et le rétablissement de l’ISF, la défense et le développement des services publics, le renouvellement démocratique contre la 5ème République monarchique…) correspond à de fortes demandes dans la société. Confronté à cette mobilisation sociale inédite, Macron ne veut pas répondre.

Agissons donc avec les gilets jaunes, avec le mouvement syndical et associatif, avec les forces de gauche antilibérale rassemblées, pour contraindre le pouvoir à céder.

Un large rassemblement social et politique pour une alternative sociale, démocratique, écologique est indispensable :

- agissons dans les entreprises et les services publics, dans l’unité syndicale, pour désigner le patronat comme le commanditaire des attaques antisociales. Une journée nationale de grève interprofessionnelle est nécessaire, en lien avec les actions de blocage des Gilets jaunes.

- dans les villes et les quartiers, et avec les groupes de Gilets jaunes, aidons à organiser des Assemblées populaires pour écrire des exigences communes. Le mouvement social a besoin d’une plate-forme revendicative. Le 26 janvier, « l’assemblée des assemblées » proposée par les Gilets jaunes de Commercy (Meuse) peut être un grand moment de débat.

- les communes peuvent être des lieux d’approfondissement démocratique, contre l’Etat centralisateur. La Vème République monarchique a fait son temps. L’exécutif doit être mis sous contrôle populaire et celui des élu-es. Le Référendum d’initiative citoyenne doit devenir un droit.

- agissons aussi avec les associations écologistes pour renforcer les mobilisations contre le changement climatique, et l'inertie du pouvoir, avec pour première échéance la manifestation du 27 janvier.

- la vigilance s’impose face aux manifestations annoncées aussi le 27 janvier par les forces de droite opposées au mouvement social. La vigilance est également nécessaire contre toute parole raciste, antisémite, homophobe, sexiste.

Débattons tous et toutes ensemble dans le pays, sur les ronds-points, dans les entreprises, dans les mairies… Organisons des assemblées populaires pour élaborer et débattre des exigences que nous voulons défendre ! Montrons ainsi que les revendications portées par les  mobilisations actuelles, dont celles des Gilets jaunes, peuvent s'affirmer comme majoritaires dans le pays. Gilets Jaunes et d’autres mobilisations peuvent être majoritaires dans le pays.

Et ainsi rendre impératif le retour aux urnes pour un changement de politique !

ENSEMBLE propose que se mette en place un rassemblement à gauche qui puisse offrir une alternative majoritaire. Pour un gouvernement satisfaisant les revendications populaires.

Chacun et chacune d'entre nous est concerné : c'est le moment !

L’Equipe d’Animation Nationale d’Ensemble

Type:  Article Mardi, 15 Janvier, 2019 - 13:54 Luttes sociales
François Calaret

Exigeons l’amnistie des Gilets jaunes ! Signez la pétition !

1 semaine 1 jour ago

Ils n’étaient pas venus à Paris, Bordeaux, Toulouse, et tant d’autres villes, pour en découdre avec les forces de l’ordre. Ils étaient venus pour défendre leurs vies menacées, dégradées par la précarité, mises en joue par un pouvoir prêt à faire les poches de leurs parents retraités comme de leurs enfants étudiants, afin de valoriser le patrimoine financier des plus riches. Ils étaient venus pour protéger leurs droits fondamentaux, et aussi une certaine conception de la justice sociale, qui a longtemps fait l’honneur de la France.La stratégie de la tension, délibérément choisie par le pouvoir, ne leur a pas laissé la chance d’une protestation pacifique. Gazage, nassage et brimades en tout genre, puis au fil des semaines, matraquages, tirs de flashballs et grenades mutilantes, pour la première fois de leur existence, beaucoup de « Gilets jaunes » ont été confrontés à des brutalités policières indignes d’une démocratie, que des organisations comme Amnesty international ont elles-mêmes dénoncées.On ne compte désormais plus le nombre de manifestants, au casier vierge, mis en garde à vue, condamnés en comparution immédiate, ou aujourd’hui en instance de jugement. Certains connaîtront la prison, qui détruit, qui humilie. D’autres ne retrouveront jamais d’emploi. Un grand nombre d’entre eux verront leurs vies brisées à jamais. Nous ne pouvons accepter qu’une protestation contre une politique massivement rejetée par la population détruise ainsi des êtres pris pour boucs émissaires. Nous ne pouvons accepter qu’un pouvoir, qui a sciemment fait le choix de la confrontation, se serve d’eux pour intimider tout un peuple. Nous ne pouvons accepter l’idée d’une vengeance d’Etat.

C’est pourquoi nous appelons le Président de la République, Emmanuel Macron, et son Premier Ministre, Edouard Philippe, à mettre à l’ordre du jour une loi d’amnistie en faveur des hommes et des femmes aujourd’hui persécutés, mis en examen, ou détenus pour avoir participé à ce mouvement social d’ampleur historique. C’est pourquoi nous appelons dès aujourd’hui à l’arrêt des procédures en cours, à l’effacement des peines prononcées, et à ce qu’une réponse enfin politique, et pas seulement sécuritaire et judiciaire, soit donnée aux événements hors du commun que la France est en train de vivre.

Une telle amnistie est prévue par l’article 133-9 du Code pénal et légitimée par la tradition française, de nombreuses lois d’amnistie ayant ainsi été votées depuis le début de la 5ème République, notamment dans le cadre d’activités protestataires.

Un tel geste serait seul en mesure de commencer à rendre au pays l’apaisement qu’il ne saurait retrouver sur fond de persécutions pour l’exemple. « Nous ne reprendrons pas le cours de nos vies », disiez-vous Monsieur le Président, le 10 décembre 2018. Nous ne reprendrons pas le cours de nos vies tant que nos concitoyens n’auront pas pleinement retrouvé la leur.

Pour signer la pétition

Les premiers signataires :

    Isabelle Alonso (militante féministe, romancière)
    Alain Badiou (philosophe)
    François Bégaudeau (écrivain)
    Juan Branco (avocat)
    Stéphane Brizé (réalisateur)
    Mathieu Burnel (ex-inculpé dans l’affaire Tarnac)
    Annick Coupé (secrétaire générale d’Attac)
    Eric Drouet (gilet jaune)
    Annie Ernaux (écrivain)
    Gérard Filoche (membre de la CGT, Attac, fondation Copernic)
    Bernard Friot (sociologue et économiste)
    Thomas Guénolé (politologue)
    Eric Hazan (éditeur)
    Anasse Kazib (délégué Sud Rail)
    Zoé Konstantopoulou (avocate, ex-présidente du parlement grec)
    David Koubbi (avocat)
    Mourad Laffitte (réalisateur)
    Aude Lancelin (directrice de publication Le Média)
    Franck Lepage (éducateur populaire)
    David Libeskind (avocat, collectif « robe noire et gilet jaune »)
    Henri Maler (fondateur d’Acrimed)
    Jean-Claude Michéa (philosophe)
    Gérard Mordillat (réalisateur)
    Maxime Nicolle (gilet jaune)
    Gérard Noiriel (historien)
    Osons causer (YouTuber)
    Gilles Perret (réalisateur)
    Thomas Portes (PCF, syndicaliste CGT-cheminots)
    Bernard Stiegler (philosophe)
    Assa Traoré (comité Adama)
    Eric Vuillard (écrivain)
    Joseph Andras (écrivain)
    Fabien Archambault (historien)
    Dorian Astor (philosophe)
    Marc Belissa (historien)
    Yves Bernanos (réalisateur)
    Olivier Berruyer (fondateur du blog « Les Crises »)
    Olivier Besancenot (porte-parole du NPA, facteur)
    Alain Bihr (professeur émérite de sociologie)
    Laurent Binet (écrivain)
    Irène Bonnaud (metteuse en scène, traductrice)
    Véronique Bontemps (anthropologue, CNRS)
    Yannick Bosc (historien)
    Alain Boscus (historien)
    Youcef Brakni (comité Adama)
    Gérard Bras (philosophe)
    Mathieu Brunet (enseignant chercheur)
    Gael Brustier (écrivain)
    Emmanuel Burdeau (critique de cinéma)
    Pascal Buresi (historien, CNRS)
    Vanessa Caru (historienne, CNRS)
    Martial Cavatz (enseignant)
    Vincent Cespedes (philosophe)
    Alexis Charansonnet (historien)
    Yves Cohen (historien)
    Francis Combes (poète, éditeur)
    Mirabelle Cruells Thouvenot (attachée territoriale)
    François Cusset (écrivain)
    Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue)
    Laurence De Cock (historienne, fondation Copernic)
    Christine Delphy (sociologue, CNRS)
    Martine Derrier (spectacle vivant)
    Dany-Robert Dufour (philosophe)
    François Dumasy (historien)
    Bertrand Dumenieu (ingénieur)
    Mireille Fanon-Mendès-France (ancienne experte de l’ONU)
    Pascale Fautrier (écrivaine)
    Christian Ferrié (enseignant)
    Geneviève Fraisse (CNRS)
    Fanny Gallot (historienne)
    Susan George (présidente d’ATTAC)
    Laurence Giavarini (universitaire)
    Boris Gobille (sciences politiques)
    François Godicheau (historien)
    Maurizio Gribaudi (historien)
    Nacira Guénif (sociologue)
    Pierre Guéry (auteur)
    André Gunthert (historien)
    Elie Haddad (historien, CNRS)
    Florence Johsua (politiste)
    Leslie Kaplan (écrivaine)
    Sam Karmann (acteur)
    Pierre Khalfa (syndicaliste)
    Stéphane Kipfer (politiste, géographe, Toronto)
    Isabelle Krzywkowski (universitaire, SNESUP-FSU)
    Jérôme Lamy (historien)
    Dany Lang (économiste)
    Mathieu Larnaudie (écrivain)
    Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire)
    Gildas Le Dem (journaliste)
    Frédéric Lebaron (sociologue)
    Marie-Thérèse Lenoir (MRAP migrations)
    François Lescure (mathématicien)
    Michel Letté (historien)
    Ivan Marin (mathématicien)
    Céline Martin (historienne)
    Marion Messina (écrivain)
    Régis Meyran (chercheur en sciences sociales, journaliste)
    René Monzat (auteur, réalisateur)
    Dominique Natanson (union française des juifs pour la paix)
    Heitor O’Dwyer de Macedo (psychanalyste)
    Ugo Palheta (sociologue)
    Willy Pelletier (sociologue, fondation Copernic)
    Roland Pfefferkorn (sociologue)
    Emmanuelle Posse (professeur de philosophie, mère d’un gilet jaune condamné)
    Raphaël Pradeau (porte-parole d’ATTAC)
    Olivier Rabourdin (acteur)
    Jacques Rancière (philosophe)
    Eugenio Renzi (critique de cinéma, professeur de philosophie)
    Fabrice Riceputi (historien)
    Michèle Riot-Sarcey (historienne)
    Laurent Ripart (historien)
    Juliette Rousseau (militante, autrice)
    Arnaud Saint-Martin (citoyen)
    Catherine Samary (économiste)
    Benoît Schneckenburger (agrégé de philosophie)
    Todd Shepard (historien)
    Patrick Simon (revue Mouvements)
    Danielle Simonnet (conseillère de Paris)
    Arnaud Skornicki (politiste)
    Joy Sorman (écrivain)
    Catherine Stern (PCF – 28 Migrations)
    Federico Tarragoni (sociologue)
    Julien Théry (historien)
    Enzo Traverso (historien)
    Yves Vargas (professeur de philosophie)
    Eleni Varikas (professeur de théorie politique)
    Nicolas Vieillescazes (éditeur)
    Xavier Vigna (historien)
    Julien Vincent (historien)
    Fabrice Virgili (historien)
    Louis Weber (éditeur)
    Hela Yousfi (universitaire)
    Sophie Zafari (syndicaliste)
    Jean-Claude Zancarini (italianiste)
    Michelle Zancarini-Fournel (historienne)

Type:  Article Lundi, 14 Janvier, 2019 - 13:45 Droits - libertés
François Calaret

Le gouvernement veut limiter le droit de manifester : c’est inacceptable !

1 semaine 1 jour ago

Il doit répondre aux demandes sociales et démocratiques !

Après Macron lors de ses vœux, c’est Edouard Philippe qui est monté au créneau lundi 7 janvier
pour un rappel à l’ordre. Sa préoccupation : comment en finir avec les « désordres » auxquels donne lieu la mobilisation Il faut sans doute comprendre aussi : comment faire en sorte que le
mouvement des gilets jaunes ne soit plus aussi fortement soutenu par l’opinion publique !
Car c’est bien cela qui accuse le gouvernement et son monde. Il est sourd à une révolte qui prend
profondément sa source dans les classes populaires qui ne supportent plus ce qu’elles vivent depuis
si longtemps.

Le gouvernement se dépêche de faire une nouvelle loi. Cette fois, pour aggraver les sanctions et
empêcher les « violents » de se mêler aux manifestations, mais surtout en réalité procéder à des
interdictions de manifester et criminaliser toute participation à une manifestation non déclarée. La comparaison faite avec les fauteurs de trouble dans les stades est une imposture, car il s’agit cette fois d’un droit constitutionnel : celui de manifester. LREM avait précisément rejeté la même proposition de loi au Sénat il y a quelques mois au nom du risque encouru pour les libertés individuelles !

De plus, tout montre que les forces de police ne sont pas privées de moyens de répression. D’ores et déjà de lourdes peines sont tombées, et vont continuer à l’être de manière aggravée. Un total provisoire établit à 3 747 le nombre de condamnations prononcées, plus 216 emprisonnements, plus de 4 500 mesures de garde à vue, plus de 1 600 blessés dont certains gravement. Des dizaines de milliers de personnes ont été gazées. Chacun a en mémoire les 151 lycéens immobilisés au sol à genoux, mains sur la tête, à Mantes-la-Jolie, et les lycéens victimes de matraquage dans toute la France.

Jouer la carte de l’ordre relève donc de la manœuvre politique. Confronté à une mobilisation sociale
à laquelle il ne sait ni ne veut répondre, le pouvoir agite la menace de la répression pour apeurer
l’opinion. Et comme par hasard, des forces très liées au pouvoir Macron appellent à manifester le 27
janvier prochain en faveur du rétablissement de l’ordre, alors que cette date du dimanche 27 janvier
est déjà prévue pour une mobilisation sur le climat !

Tout indique que des mesures se préparent pour porter un coup aux droits démocratiques.

Nous ne laisserons pas sans riposte la mise en cause des libertés.

Nous refusons la nouvelle loi en préparation.

Nous exigeons de satisfaire immédiatement les revendications sociales : une vraie hausse du SMIC
et de vraies augmentations de salaires, des retraites à taux plein et des allocations chômage, le
rétablissement de l’ISF et la justice fiscale, l’égalité femmes-hommes, la fin de la casse et le
développement de services publics de proximité sur l’ensemble du  territoire dans les communes
rurales, urbaines et de banlieues, et notamment des transports publics accessibles quels que soient
les revenus et le lieu de résidence, l’accès de toutes et tous aux soins (médecine générale, hôpitaux
et maternités de proximité).

Nous exigeons l’interdiction des armes possiblement mortelles ou très blessantes utilisées par les
forces de police comme les flashballs ou les grenades de désencerclement conformément aux
recommandations du défenseur des droits, la libération des victimes de la répression policière et
judiciaire injustifiée, l’abrogation de l’ensemble des dispositifs liberticides et attentatoires au droit
de manifester. La lumière doit être faite sur les chaînes de commandement responsables des
violences policières ayant abouti à des blessures de manifestant-es.

Nous soutenons les mobilisations des gilets jaunes aux revendications convergentes avec
celles du mouvement syndical et associatif. Nous participons aux luttes du syndicalisme, des associations de défense des libertés et des mouvements écologistes et féministes.

Nous serons également dans la rue le 27 janvier pour le climat et la justice sociale.
Le gouvernement doit répondre et céder aux revendications. C’est ce qu’attend une majorité de la
population.

Le 11 janvier 2019.
Ensemble!, Gauche démocratique et sociale, Nouveau parti anticapitaliste, Parti communiste des ouvriers de France, Parti de Gauche, République et socialisme.

Type:  Article Lundi, 14 Janvier, 2019 - 13:42 Droits - libertés
François Calaret

Contre la répression au Nicaragua

2 semaines ago

Deuxième planton devant l'Ambassade du Nicaragua :JEUDI 10 JANVIER 2019 A 18h30

34 rue de Bugeaud
Paris 75016
M° Porte Dauphine

Le Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua a décidé de faire des plantons devant l'Ambassade du Nicaragua tous les deuxièmes jeudis du mois a 18h30. 

Venez nombreux et nombreuses !

Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua

Type:  Article Mardi, 8 Janvier, 2019 - 09:34 International
François Calaret

Gilets jaunes, réflexions sur le moment actuel

2 semaines 6 jours ago

Le mouvement des gilets jaunes est totalement inédit. Imprévu et imprévisible, il pose une série de questions qui, pour n’être pas totalement nouvelles, n’en sont pas moins reconfigurées. Ce mouvement a posé des problèmes fondamentaux qui ne sont pas résolus.

Le mouvement des gilets jaunes permet de confirmer que l’histoire est création de l’inédit, c’est-à-dire, comme l’avait parfaitement vu Castoriadis, « capacité de faire émerger ce qui n’est pas donné ni dérivable, combinatoire ou autrement, à partir du donné »[1]. Imprévu et imprévisible, il pose une série de questions qui, pour n’être pas totalement nouvelles, n’en sont pas moins reconfigurées.

1. Un mouvement social qui naît et se développe en dehors des canaux traditionnels de la contestation sociale, cela n’est pas nouveau, que l’on pense par exemple à l’existence des coordinations dans les années 1980. Ces dernières remettaient frontalement en cause les stratégies et les formes d’organisation syndicales traditionnelles. Mais les coordinations étaient strictement corrélées à un milieu professionnel salarié et ont été largement animées par des militant.es de la « gauche syndicale » venant en particulier de la CFDT. Le résultat de ce processus a été, en bout de course, la création de nouveaux syndicats. On a ici affaire à tout autre chose. Il ne s’agit pas d’un mouvement ayant construit son identité sur l’appartenance au salariat[2]alors même que les salarié.es étaient sociologiquement largement majoritaires dans ce mouvement. Il n’y a pas eu affirmation d’une identité de classe au sens où le marxisme emploie traditionnellement cette expression en lien avec un imaginaire social émancipateur.

Car cet imaginaire social porteur de « lendemains qui chantent », le communisme ou le socialisme, lié organiquement au prolétariat, surdéterminant l’identité de classe des individus, a disparu suite à l’échec des processus révolutionnaires du siècle précédent et à l’expérience du « socialisme réellement existant ». Une fois cet imaginaire disparu, l’identité de classe s’est d’autant plus vite effondrée que la restructuration du capital a entrainé une dispersion des salarié.es avec notamment la fin des grandes concentrations ouvrières, le tout sur fond de défaites sociales considérables. Comme l’indique Etienne Balibar, les gilets jaunes « constituent un échantillon représentatif (et pour cette raison largement soutenu) non pas de la population française, au sens statique du terme (celui qu’enregistrent les recensements par catégories socio-professionnelles, âge, sexe, lieu de résidence, etc.), mais de ce qu’elle est en train de devenir, en raison des tendances massives du capitalisme contemporain[3] ».

2. Cette analyse renvoie effectivement aux « tendances massives du capitalisme contemporain ». La domination du capital ne se réduit plus à la sphère des rapports de production mais vise la société tout entière avec la volonté d’étendre le règne de la marchandise à tous les aspects de la vie sociale et à la vie elle-même. Les transformations du capitalisme entrainent donc une multiplicité d’antagonismes qui sont autant de terrains d’affrontement avec la logique marchande. Ernesto Laclau l’avait bien vu : « il n’y pas de raison pour que les combats ayant lieu dans les rapports de production doivent être les points privilégiés d’une lutte anticapitaliste globale. Un capitalisme mondialisé crée une multitude de points de rupture et d’antagonisme – crises écologiques, déséquilibres entre différents secteurs de l’économie, chômage de masse, etc. – et seule une surdétermination de cette pluralité antagonique peut créer des sujets (les italiques sont de nous) anticapitalistes globaux capables de mener à bien un combat digne de ce nom. Comme le montre l’expérience historique, il est impossible de déterminer a priori quels seront les acteurs(les italiques sont de nous) hégémoniques dans ce combat[4]». Il est d’ailleurs dommage que Laclau ne s’en soit pas tenu à cette analyse et ait cherché à retrouver sous le nom de « peuple » un sujet universel unique avec toutes les apories que cela entraine[5].

3. Dans le cas des gilets jaunes, l’augmentation des taxes sur l’essence a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » car elle touchait, non seulement à la précarité des conditions de vie, mais à l’organisation spatiale induite par un capitalisme combinant spéculation foncière et recherche de la compétitivité des territoires. La conséquence en est la désertification progressive de tous les territoires qui n’entrent pas dans cette logique, désertification dont l’État est le principal responsable. Cela explique que ce mouvement se soit structuré sur la base de groupes affinitaires et sur une base géographique. Ce constat n’épuise pas l’analyse. En effet, la question qui se pose immédiatement, c’est de savoir pourquoi les nombreuses tentatives de mobilisation sur ces thèmes n’ont jamais pu réellement dépasser le niveau local. Luttes contre la fermeture des hôpitaux de proximité, des maternités, des bureaux de poste, des lignes SNCF se sont multipliées dans toute la France depuis des années sans jamais parvenir à créer un rapport de force national, la plupart des gilets jaunes, dont c’est la première mobilisation, n’y ayant par ailleurs jamais participé. Plus même, d’autres mouvements sociaux ont aussi été fortement soutenus et ont été beaucoup plus massifs, comme par exemple ceux contre les réformes des retraites ou contre les lois travail. Ils n’ont pourtant pas réussi à faire reculer le pouvoir, ce qui a été le cas des gilets jaunes, certes de façon limitée mais réelle. Cela pose une question existentielle pour le mouvement syndical qui voit un mouvement social qui lui est étranger obtenir une victoire sur des thèmes qui relèvent traditionnellement de son action.

4. Certes, il y aura toujours une place pour le syndicalisme d’accompagnement social dans le néolibéralisme. On le voit dans la place retrouvée de la CFDT dans la « concertation sociale ». Emmanuel Macron avait cru pouvoir s’en dispenser en le traitant par le mépris. On peut penser qu’il a compris son erreur et que comme ses prédécesseurs il va revenir à une pratique qui donne à ce syndicalisme une place reconnue, ce d’autant plus que les « exigences » que ce type de syndicalisme portent sont assez raisonnables pour ne rien remettre en cause. Il en va tout autrement pour le syndicalisme de lutte et de transformation sociale qui se trouve profondément déstabilisé par cette séquence. Confronté à un mouvement qui ne s’enracine pas dans les luttes du salariat et qui, en général, le rejette, incapable de faire la preuve de son efficacité, le syndicalisme de lutte est confronté à un défi majeur. Ces difficultés viennent de loin et renvoient aux transformations du capitalisme, à des questions de stratégie et à la crise même d’un projet d’émancipation.

5. La restructuration du capital depuis les années 1980 a entrainé l’éclatement des chaines de valeur, une dispersion des salarié.es avec notamment la fin des grandes concentrations ouvrières, une montée régulière de la précarité dont l’ubérisation n’est que le dernier avatar. Dans des pays qui voient leur tissu industriel se déliter, le blocage de la production, arme classique du syndicalisme, non seulement devient de plus en plus difficile à mettre en œuvre au vu de l’atomisation du salariat, mais perd en efficacité. Le mouvement des gilets jaunes s’est situé sur un autre terrain, celui du blocage des flux de marchandises avec l’occupation des ronds-points et des péages d’autoroutes. Même si dans les faits ce blocage est resté modeste, il n’en faisait pas moins peser une menace pour une économie basée sur le zéro stock et le juste à temps. Mais vouloir paralyser l’économie suppose assumer un affrontement avec le pouvoir qui sorte de la ritualisation habituelle du conflit social, que ce soit d’ailleurs pour un blocage des flux ou un blocage de la production. Que ce soit en 2003 ou en 2010, lors de mouvements d’une ampleur considérable contre la réforme des retraites, cette paralysie n’a pas vu le jour que ce soit sous la forme d’une grève générale, réclamée par une partie du mouvement syndical, ou par le blocage de points stratégiques qui avait pourtant commencé à être mis en œuvre à une petite échelle par des équipes syndicales en 2010.

6. Il ne faudrait cependant pas fétichiser telle ou telle forme de lutte. Ce qui a créé la sidération du pouvoir n’est pas tant le blocage de l’économie, qui est resté très limité, que le caractère imprévisible de la mobilisation, auto-organisée et basée au départ sur des initiatives individuelles qui peuvent, ou pas, rencontrer un écho. Remarquons que ce caractère imprévisible s’était manifesté en 2006 lors de la lutte contre le contrat de première embauche (CPE), avec l’entrée dans l’arène de la jeunesse, lutte qui avait débouché sur un succès.Les gilets jaunes ont réussi à ouvrir une crise politique majeure, apparaissant d’autant plus comme un mouvement de fond dans la société qu’il ne se manifestait pas par les canaux habituels de la contestation sociale. Ce qui crée une crise politique, ce n’est pas le soutien de la population, ni l’ampleur des mobilisations. La crise politique nait quand ceux qui dirigent semblent n’avoir aucune prise sur ce qui se passe et c’est à ce moment que la division du pouvoir se manifeste et que des failles commencent à apparaître

7. Ce qui pose la question du rapport à la violence. Il est indéniable que l’occupation de lieux qui renvoient symboliquement au pouvoir comme les Champs-Elysées, les affrontements qui s’en sont suivis et l’impression de chaos à Paris le 1erdécembre ont été un des facteurs de la crise politique. De plus ces affrontements n’ont pas simplement été le fait des habituels groupes organisés, mais ont concerné nombre de manifestants ordinaires indignés par le comportement des forces de police, par l’attitude du pouvoir et révoltés par une situation d’injustice qu’ils ressentaient profondément. Cela explique probablement en partie le fait, décisif, que ces affrontements n’aient nullement entrainé une baisse du soutien du mouvement dans l’opinion publique. Pour cette dernière, le pouvoir a porté la responsabilité des affrontements par son attitude intransigeante et méprisante.

Ce n’est donc pas la stratégie prônant la violence comme moyen d’action qui a été couronnée de succès, c’est le fait que cette violence ait été mise sur le dos du pouvoir. Depuis maintenant quelques années, des affrontements réguliers ont lieu lors des manifestations syndicales, affrontements théorisés par certains comme une nécessité anticapitaliste. Or ces affrontements n’ont jamais permis la création du moindre rapport de forces, permettant au contraire au pouvoir de stigmatiser les manifestant.es. On ne peut donc que suivre Etienne Balibar quand il écrit « La violence physique en tant que contre-violence, antiétatique ou anticapitaliste, ne crée aucun rapport de forces favorable, encore moins une “conscience révolutionnaire”. Au contraire elle met la décision finale à la merci des flashballs, des grenades, peut-être des blindés ».

8. Parti d’une revendication précise touchant à l’augmentation des taxes sur l’essence, ce mouvement s’est élargi à la question de la redistribution des richesses en mettant l’accent à la fois sur la justice fiscale à travers l’exigence du rétablissement de l’ISF et sur la question du pouvoir d’achat avec l’exigence de l’augmentation du Smic et du minimum retraite. Mais la dynamique du mouvement ne s’est pas arrêtée là, débordant du social sur le politique, preuve s’il en était besoin que, lors de crises paroxystiques, la division entre le social et le politique devient obsolète. L’élan de leur mouvement a amené les gilets jaunes a posé la question de la nature de la démocratie avec une forte mise en cause de la démocratie représentative. Ils ont d’abord amené un démenti pratique au populisme de gauche pour qui « il faut construire le peuple ». Ils se sont construits eux-mêmes et n’ont pas eu besoin d’un leader charismatique pour cela. L’auto-organisation, favorisée par les réseaux sociaux, a permis non seulement l’organisation d’actions concrètes à l’échelle locale et nationale, mais aussi une discussion collective sur les revendications. Le refus de tout représentant, même provisoire, celui de tout porte-parole, de toute délégation a donné au mouvement ce caractère non contrôlable qui a paniqué le pouvoir. Cette auto-organisation a été une des forces principales du mouvement.

9. Ce refus de la démocratie représentative a des racines profondes. Historiquement au XVIIIesiècle, « le gouvernement représentatif » s’est mis en place pour empêcher la participation des classes populaires aux décisions du gouvernement. Aux XIXeet XXesiècles, la fin du suffrage censitaire et l’instauration du suffrage universel[6], arrachés de haute lutte, semblent transformer la nature du lien représentatif. La mise en place progressive d’un État social vient conforter le système dont la démocratisation s’accompagne de conquêtes sociales importantes. Le gouvernement représentatif se mue en démocratie représentative qui s’articule en quatre éléments : le suffrage universel, l’existence de droits fondamentaux et de droits sociaux, l’existence de contre-pouvoirs puissants, un espace public qui permet la confrontation des points de vue.

Ces quatre éléments sont aujourd’hui remis en cause. La montée de l’abstention, surtout dans les classes populaires, fait apparaître ce que certains ont pu appeler un « cens caché ». Les droits fondamentaux et les droits sociaux sont attaqués de toutes parts. Les contre-pouvoirs traditionnels sont très affaiblis. Les partis politiques de gauche et les syndicats connaissent une crise profonde : non seulement, l’imaginaire émancipateur sur lequel ils s’appuyaient a disparu, mais ils ont été incapables de bloquer la vague néolibérale et leur mode de fonctionnement vertical et hiérarchique entre en contradiction avec les aspirations des individus à l’autonomie. L’espace public était traditionnellement un espace où la plupart des individus étaient des spectateurs et où s’affrontaient des personnes reconnues comme qualifiées (expert.es, responsables politiques ou syndicaux, journalistes). L’arrivée d’internet a totalement changé la donne pour le meilleur (démocratisation des possibilités de production et diffusion de l’information et du commentaire), et pour le pire (règne de la rumeur, force des visions complotistes qui n’ont pas épargné le mouvement actuel, apparition aujourd’hui de la « post-vérité »).

La transformation du gouvernement représentatif en démocratie représentative n’a donc pas modifié la nature profonde du système. Nous vivons dans une oligarchie élective libérale : oligarchie, car nous sommes gouvernés par un petit nombre d’individus au service des plus riches ; élective, car nous sommes appelés régulièrement à choisir par notre vote ces individus ; libérale, car nous avons historiquement arraché un certain nombre de droits, que les classes dirigeantes essaient d’ailleurs en permanence de remettre en cause.

10. La remise en cause de la démocratie représentative est donc totalement légitime. Mais, ce rejet, si justifié soit-il, ne produit pas automatiquement de solution, ce d’autant plus que représentation et délégation sont souvent confondues. Pour Rousseau, en démocratie, le peuple doit exercer à la fois la fonction législative (ce qu’il appelle le Souverain) et la fonction exécutive (ce qu’il appelle le Prince). C’est évidemment impossible car cela supposerait que le peuple rassemblé assure toutes les tâches concrètes liées à l’exercice pratique du pouvoir. Cela rend pour lui la démocratie impossible et l’on connaît sa formule célèbre : « S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement ».

En réalité, aucun régime politique ne peut fonctionner sans délégation et en démocratie, ces délégués ne représentent pas le peuple, ils en exécutent les décisions. Ainsi à Athènes, la fonction législative est exercée par l’ecclésia, l’assemblée du peuple, et les fonctions exécutives sont tirées régulièrement au sort. De même, il ne peut y avoir de démocratie, et plus globalement de régime politique, sans les institutions qui lui correspondent. C’est le rôle des institutions politiques de créer les conditions d’une participation pérenne des citoyen.nes à la décision politique. Comme l’indique Castoriadis, le rôle de l’action politique consiste en dernière instance à « créer les institutions qui, intériorisées par les individus, facilitent le plus possible leur accession à leur autonomie individuelle et leur possibilité de participation effective à tout pouvoir explicite existant dans la société »[7]. Le problème pratique à résoudre est de évidemment de créer de telles institutions…

11. De plus, le rejet de la démocratie représentative ne saurait s’accompagner d’un rejet des partis politiques et des syndicats, sous peine de rejeter par la même occasion la diversité des points de vue inhérente à toute vie démocratique. Dans ce rejet pointe l’illusion que les gilets jaunes représente le peuple qui sous-entendu serait homogène. Or non seulement, les gilets jaunes eux-mêmes ne sont pas homogènes, mais surtout ils ne peuvent prétendre à être « le peuple ». Car de nombreuses composantes des classes dominées, même si elle ont regardé le combats des gilets jaunes avec sympathie, ne s’y sont pas engagées : classe populaires des banlieues des grandes villes, fonctionnaires, petits paysans, salarié.es des grandes entreprises…

Dans son dernier ouvrage, le philosophe Gérard Bras débute ainsi[8]: « « Qu’est-ce que le peuple ? Je n’en sais rien. Existe-t-il ? Il m’est impossible de répondre à cette question ». Le mot peuple est donc lui-même porteur d’une indétermination manifeste et sa définition fait l’objet de batailles politiques et idéologiques. Philippe Marlière et Michelle Riot-Sarcey[9]dénoncent les apories de la démocratie représentative et font l’éloge de la créativité démocratique du mouvement des gilets jaunes. Ils ont indubitablement raison. Mais ils en restent à cette critique et à ce constat et ne posent pas la question de savoir comment passer à une démocratie active agissant politiquement dans la société. Aucun regard critique n’est porté sur le mouvement actuel et la vision qui en ressort est celle d’un mouvement sans contradictions qui serait, par lui-même émancipateur. Telle est aussi la vision d’un certain nombre de responsables politiques qui se contentent de crier « vive les gilets jaunes » espérant sans doute ainsi recoller à un mouvement qui les rejette. Pierre Dardot et Christian Laval voient bien le problème posé par l’emploi du mot peuple ; ainsi, nous disent-ils « Ce peuple-là n’est jamais “le” tout, il n’est toujours qu’une partie, mais il est cette partie qui ouvre de nouvelles possibilités au “tout”, c’est-à-dire à toute la société ». Mais c’est pour aussitôt dénoncer comme une mystification « le peuple de gauche […] invention mensongère des vieux partis dont la seule fonction est de remobiliser leur base électorale à l’approche de certaines  consultations ou lorsqu’ils sont mis en difficulté ». Or, si le peuple n’est jamais « un », pourquoi considérer comme une supercherie le « peuple de gauche » alors même que cette notion a été un vecteur de mobilisation émancipatrice pendant des décennies. De plus Pierre Dardot et Christian Laval dénoncent « La coïncidence du peuple social et du peuple politique dans un “grand soir“fantasmé » alors que le dépassement de la coupure entre le social et le politique a été un des aspects les plus novateurs de ce mouvement.

12. Mouvement hétérogène, les gilets jaunes n’ont pas manqué de conflits internes. La presse s’est faite l’écho de conflits entre groupes occupant des ronds-points différents et divisés sur ce qu’il fallait faire et défendre. Rien que de plus normal dans un mouvement social. La présence active de l’extrême droite n’a pas réussi à marquer, pour le moment, en profondeur le mouvement qui est resté sur le terrain social et démocratique. Des incidents racistes et homophobes ont eu lieu, mais ils sont restés limités. La question des migrant.es que le RN voulait mettre au centre du mouvement est restée marginale même si les formulations les concernant dans la liste des 42 revendications des gilets jaunes sont pour le moins problématiques. Les visions complotistes autour du pacte mondial sur les migrations de l’ONU, massivement reprises sur internet et par certaines figures en vue des gilets jaunes, n’ont pas eu de prise réelle sur le mouvement, de même que les accusations délirantes portées contre le gouvernement à propos de l’attentat terroriste de Strasbourg.

Mais cela pose la question de savoir comment un tel mouvement peut arriver à débattre en son sein et à construire des consensus. Ainsi l’élaboration et l’adoption des 42 revendications apparues comme étant celles du mouvement est entourée d’un certain mystère… De même, le refus de toute délégation amène les médias à faire leur propre choix et à sélectionner celles et ceux qu’ils estiment être « des bons clients », créant donc, de fait, des porte-paroles. Ce mouvement a posé des problèmes fondamentaux qui ne sont donc pas résolus. Son avenir reste imprévisible et plusieurs possibles cohabitent : un rebond des mobilisations sociales ? un mouvement syndical reprenant l’initiative, une alternative à gauche revigorée, l’extrême droite tirant les marrons du feu… à moins que cela ne débouche sur un mouvement cinq étoiles à la française comme certains gilets jaunes l’ont déjà annoncé avec l’intention de présenter une liste aux élections européennes ? A l’heure où ces lignes sont écrites tout est possible, même le pire.

Pierre Khalfa

[1]La montée de l’insignifiance, p. 110.

[2]Contrairement à ce qu’affirme Samy Johsua, Back to basics, https://blogs.mediapart.fr/samy-johsua/blog/181218/back-basics.

[3]Etienne Balibar, Gilets jaunes: le sens du face à face,https://blogs.mediapart.fr/ebalibar/blog/131218/gilets-jaunes-le-sens-du....

[4]Ernesto Laclau, La raison populiste, Seuil, 2008,p.177.

[5]Pour une critique du populisme de gauche, voir Pierre Khalfa, Le populisme de gauche, réponse à la crise démocratique ?(https://blogs.mediapart.fr/pierre-khalfa/blog/021117/le-populisme-de-gau...) et Populisme de gauche, du nouveau ? (https://blogs.mediapart.fr/pierre-khalfa/blog/170918/populisme-de-gauche...).

[6]La France a le triste privilège d’être le pays qui a mis le plus de temps à passer du droit de vote réservé aux hommes au suffrage universel.

[7]Cornélius Castoriadis, Le monde morcelé, Seuil, 1990, p.138.

[8]Gérard Bras, Les voies du peuple, Editions Amsertdam, 2017.

[9]Philippe Marlière, Gilets jaunes : une remise en cause radicale de la démocratie représentative ?,https://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/141218/gilets-jaunes-u... ; Michelle Riot-Sarcey, Les Gilets jaunes ou l’enjeu démocratique, https://aoc.media/opinion/2018/12/12/gilets-jaunes-lenjeu-democratique/.
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Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:52 En débat Luttes sociales
François Calaret

Danger Le Pen….Que faire ?

2 semaines 6 jours ago

Quelques sondages, en plein mouvement des Gilets Jaunes, montrent des progrès du RN (ex FN) et un tassement de Mélenchon et de la FI, pour ne prendre que ces deux pôles. Il semble déjà assez clair que le mouvement des GJ profite à l’extrême droite plus qu’à la gauche radicale, même si Mélenchon, le mieux placé à gauche, a plutôt bien réagi au mouvement en comprenant qu’il fallait le soutenir.

Cela confirme, d’une part les ambigüités du mouvement, que l’on a observées, comme les réactions sur les réseaux GJ sur le pacte de Marrakech et les migrants ou comme le complotisme à propos de l’attentat de Strasbourg, qui aurait été une manœuvre du pouvoir macronien. Ce n’est pas ce point que je souhaite développer dans ce texte, mais l’autre aspect qui ressort des divers sondages de ces derniers jours : la victoire de Le Pen en 2022 n’est plus exclue. En 2017, Ensemble avait considéré, à juste titre, qu’il fallait appeler à barrer la route au FN, l’idée étant de faire qu’il ait le moins de voix possibles. Mais, même avant le, débat raté de Marine Le Pen, elle n’était pas en mesure de gagner.

Or, aujourd’hui, la situation est sensiblement différente : le pouvoir s’est affaibli très vite et la crise des GJ a aggravé sa chute dans l’opinion, à tel point que le mot d’ordre « Macron démission » est devenu central et qu’une haine contre le président est apparue forte durant les dernières semaines. Il aura du mal à rattraper cela. Et il sera bien difficile en 2022 de faire voter Macron au 2ème tour aux électeurs de gauche du 1er tour. Des camarades diront, à juste titre : notre perspective n’est pas de faire gagner Macron. Certes. Mais notre perspective, qui est de faire gagner une gauche vraiment de gauche ne paraît pas simple non plus : divisée, la gauche fait tout le temps moins de 30 % dans les sondages. Quant au rassemblement du peuple derrière la FI, qui était la ligne de Mélenchon après 2017 (l’est-elle encore ?), il est devenu totalement illusoire, même si la FI demeure en tête de la gauche.

L’autre élément qui conforte ce risque de victoire de la droite extrême, c’est bien sûr l’évolution internationale à cet égard. Les victoires de Trump, de Bolsonaro, les progrès de ces courants en Europe de l’Est étaient déjà inquiétants. Mais, trois situations récentes, dans des pays qui se rapprochent bien d’avantage de la structure sociale et politique de la France, montrent que le risque n’est plus théorique. Que l’extrême droite puisse l’emporter en Italie, même s’il y a des nuances à apporter au Mouvement 5 étoiles, c’est éclairant sur les possibilités de ces courants de gagner, y compris dans un pays qui a vu naître le fascisme et qui fut une terre d’émigration. Quant à l’Allemagne et à l’Espagne, où il y a un progrès rapide de l’extrême droite, même si ces partis demeurent loin du pouvoir, c’est très inquiétant. Dans ces deux pays, sans doute plus qu’en Italie, la mémoire du franquisme et de l’hitlérisme semblait avoir vacciné les populations. En Espagne, Vox, en Andalousie, se réclame ouvertement de l’ancien dictateur.

Alors, il nous faut revenir à la logique qui était celle d’Ensemble en novembre 2013 à la naissance de notre mouvement : le rassemblement de la vraie gauche, celle qui agit contre l’austérité et pour l’écologie, celle qui refuse les diktats de Bruxelles. Cette logique, une partie d’entre nous considère qu’elle est obsolète depuis la campagne de 2017, où Mélenchon, avec talent, a pris presque toute la place à gauche. On pouvait peut-être le penser au lendemain des présidentielles et des législatives. Mais depuis il n’en a rien été, que ce soit sur le terrain électoral, où il y a un tassement de la FI, dans des élections partielles comme dans l’Essonne ou dans les sondages. Et sur le terrain des mobilisations, on ne peut pas dire que la FI fédère le peuple. Elle est même souvent, par son sectarisme, à côté des mobilisations. Sur les GJ, la FI s’est manifestée en soutien, mais, sans se différencier, pensant que les GJ reprenaient son programme. Le résultat en terme électoraux ne semble, pour le moins, pas évident.

Il me semble nécessaire de discuter ici d’un argument souvent employé : il y aurait une course de vitesse entre deux radicalités, celle de l’extrême droite et la nôtre. Et il faudrait gagner cette course de vitesse. C’est, en gros, la ligne de la FI, encore qu’elle varie parfois à ce sujet. Cette ligne, quand a-t-elle réussi ? En Russie en 1917, dans une situation très différente, avec la guerre et une extrême droite liée au souvenir récent du tsarisme. A part cet exemple, je ne vois pas. Par contre, je vois une situation beaucoup plus proche de la nôtre : l’Allemagne des années trente. Le PC allemand, qui atteignit jusqu’à 13% des voix se présentait comme la seule alternative à Hitler, et il progressa dans les divers votes avant 1933. Oui, mais Hitler progressa bien plus vite et la division de la gauche, entretenue par le PC (le PS ayant aussi ses responsabilités), n’en faisait nullement une alternative crédible (alors que, dans les dernières élections libres avant la nuit nazie, la gauche avait plus de voix qu’Hitler).

Quelles que soient nos appréciations sur le passé ou la situation actuelle, les nouveaux éléments liés à ce qui vient de se passer avec les GJ nous interpellent. Un débat est indispensable dans notre mouvement et il l’est dans la FI. La question du rassemblement est posée de manière beaucoup plus pressante qu’auparavant :

    Parce qu’aucun mouvement ne peut, seul, répondre aux questions posées par la mobilisation des Gilets Jaunes, qui est un immense défi au mouvement ouvrier et à la gauche : nous (tous courants confondus) n’avons pas su exprimer les aspirations de celles et ceux que nous devons représenter et elles se sont exprimées en dehors de nous, quels que soient les efforts faits par les un.e.s ou par les autres. C’est une première, me semble-t-il.
    Parce que le danger d’extrême droite menace pour la première fois à ce niveau depuis la Seconde Guerre mondiale et que, même si elle tente de présenter un autre visage, nous savons ce que représente l’extrême droite, notamment pour les populations les plus fragilisées.

C’est bien pour toutes ces raisons qu’il nous faut débattre de la nouvelle situation. Un débat qui n’est pas que le nôtre et qui concerne tout le mouvement ouvrier, toute la gauche. A nous de débattre en interne et d’alerter en externe contre les dangers qui se profilent. Il ne faut pas que débattre, il faut montrer, partout où nous agissons, l’ampleur du danger.

Robert Hirsch

Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:48 En débat Politique
François Calaret

Trump attise la guerre, Macron enregistre un nouvel échec diplomatique…

2 semaines 6 jours ago

Décrétant Daesh vaincu, la brusque décision de Donald Trump du retrait des troupes états-uniennes de Syrie est porteuse de graves dangers pour cette région du monde. Elle ne va pas dans le sens d’une démilitarisation de ce pays mais ne peut, au contraire, qu’attiser la guerre.

Ce départ laisse le champ libre à une intervention militaire de grande ampleur contre le Rojava, menée par le régime belliqueux d’Erdogan en Turquie, auquel les Etats-Unis viennent de vendre pour 3,5 milliards de dollars de missiles Patriot. Pourtant cette zone, sous la direction du parti kurde PYD, représente malgré ses limites, une expérience progressiste dans cette région du monde. Mais l’offensive du régime d’Erdogan vise à écraser toute aspiration à l’autonomie politique kurde en Syrie et en Turquie.

Le départ des troupes états-uniennes incitera également le régime dictatorial d’Al-Assad et ses alliés (régimes iranien, russe et Hezbollah) à entrer dans une course de vitesse pour reconquérir les même territoires. Ces offensives à venir comme les alliances de circonstance, synonymes de partition de facto de la Syrie en zones d’influence, ne prennent aucunement compte des intérêts des populations après l’écrasement de la révolution dans ce pays. Or, Daesh n’est pas encore définitivement militairement vaincu, et l’absence de perspectives politiques pour les masses arabes sunnites de Syrie écrasées par un joug dictatorial risque fort de continuer à alimenter Daesh ou un succédané de Daesh.

Cette décision de Donald Trump constitue enfin un désaveu cinglant pour Macron qui comptait « convaincre » le Président americain de ne pas agir de la sorte en comptant sur leurs « bonnes relations » personnelles. Or, non seulement de telles « relations » ne sont en aucune façon un gage politique sur ces questions mais une telle idée frôle le ridicule avec une personne au comportement aussi erratique que Trump. Sous couvert d’un pseudo-réalisme qui n’est qu’un aveuglement à courte vue, la France s’est privé de développer une approche consistante et en mesure de contribuer à répondre à l’urgence actuelle.

Déjà lors de la bataille d’Affrin, le gouvernement et la majorité avaient foulé au pied les droits de l’Homme en refusant de voir en Erdogan une menace pour la paix. La France, ne souhaitant pas froisser son allié membre de l’OTAN, n’avait pas dit un mot en défense de ces combattantes et combattants kurdes. Aujourd’hui encore, la diplomatie française détourne le regard, nous confirmant une nouvelle fois que Trump et Macron font partie du problème et non de la solution pour faire face aux enjeux globaux auxquels le monde est confronté.

Le départ des troupes étrangères de Syrie doit être globale. Une protection multilatérale doit être assurée par des pays non impliqués et fournie aux populations locales afin qu’elles puissent construire leur avenir sans dictature. Le retour des réfugiés ayant fui la Syrie doit également être un droit assuré par cette protection multilatérale sans laquelle le retour ne signifierait rien d’autre qu’un aller simple vers la mort, les geôles d’Al-Assad ou différentes formes de répression tout en alimentant le terreau dont se nourrit Daesh.

Siégeant à la commission des affaires étrangères, je compte bien interpeller dès que possible le gouvernement sur cette situation dramatique. Et lui rappeler cette phrase d’Edmond Burke : «Pour que le mal triomphe, seule suffit l’inaction des hommes de bien.»

Clémentine Autain

Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:47 International Syrie
François Calaret

COP24 : pendant la catastrophe, la comédie continue…

2 semaines 6 jours ago

La vingt-quatrième Conférence des Nations Unies sur le climat (COP24) vient de se terminer à Katowice, en Pologne. Au lieu de s’appuyer sur le récent rapport spécial du GIEC pour prendre les mesures ultra-urgentes qui s’imposent afin de maintenir le réchauffement au-dessous de 1,5°C par rapport au 18e siècle, la Conférence a péniblement réussi à fixer les règles que chaque Etat devra suivre pour comptabiliser ses émissions de gaz à effet de serre après 2020. Le GIEC est renvoyé à ses chères études, le « rehaussement des ambitions » est remis à une date ultérieure et les pays « en voie de développement » doivent se contenter de promesses vagues concernant le Fonds vert pour le climat.

Parle d’urgence à mon c….

La COP21, à Paris, avait fixé un cap : « rester bien au-dessous de 2°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle tout en continuant les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C ». Dans le sillage de cette décision, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) avait été chargé de rédiger un rapport spécial sur les 1,5°C. Rendu public en octobre dernier, ce rapport alarmant concluait notamment que l’humanité dispose encore d’une douzaine d’années à peine (c’est un maximum) pour éviter un cataclysme de très grande ampleur, et que des changements importants à tous les niveaux de la société sont indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50% en 2030 et les annuler complètement en 2050.

A Katowice, les Etats-Unis, soutenus par la Russie, l’Arabie saoudite et le Koweit, ont mené bataille pour empêcher que le cri d’alarme des scientifiques soit pris en compte par les gouvernements du monde. Ils sont parvenus à leurs fins, puisque la COP24 s’est finalement contentée de remercier le GIEC d’avoir clôturé son rapport dans les délais. La déclaration de huit pages adoptée par la conférence ne fait pas une seule fois la moindre allusion à l’urgence absolue mise en évidence par le GIEC. Alors que les plans climat des gouvernement nationaux (« contributions nationalement déterminées » -CND- dans le jargon) mettent en perspective un réchauffement catastrophique de 2,7 à 3,7°C, aucun Etat n’a pris de mesures pour renforcer ses engagements. On verra plus tard comment combler le fossé entre les paroles de Paris et les actes des gouvernements… si on le comble.

Adieu responsabilités différenciées

Le dos tourné au diagnostic du GIEC n’est pas la seule cause d’indignation face à cette COP. La Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Rio, 1992) stipule que le réchauffement est une « responsabilité commune mais différenciée ». Il s’agit donc de répartir les efforts en tenant compte du fait que les pays dits « développés » sont les principaux responsables historiques du réchauffement. Cette clause, fondamentale pour les pays du Sud, est, depuis le début des négociations, dans le collimateur des pays riches, particulièrement des Etats-Unis. Or, sous couvert d’uniformisation des procédures de comptabilisation des émissions, la COP 24 marque une nouvelle étape de son escamotage progressif.

La COP24 a en effet décidé que les émissions de CO2 d’un pays riche – qui pourrait parfaitement cesser tout de suite de brûler du charbon pour produire de l’électricité – sont mises sur le même pied que celles d’un pays pauvre – qui n’a pas les moyens financiers et technologiques de développer des alternatives vertes. Cette équivalence serait certes justifiée si l’aide des pays développés à la transition énergétique des pays du Sud était réelle, substantielle, inconditionnelle et proportionnelle aux responsabilités historiques. Mais ce n’est pas le cas. Les cent milliards par an du « fonds vert pour le climat » promis à partir de 2020 (une somme est très insuffisante pour financer la transition et l’adaptation) restent surtout une promesse sur le papier, et les pays riches font la sourde oreille lorsque les plus pauvres demandent à être indemnisés pour les pertes et les dommages (losses and damages) causés chez eux du fait des typhons plus violents et autres évènements météorologiques extrêmes.

Cyniquement, ceux qui, à l’instar de Trump, nient la réalité du changement climatique « anthropique » – alors qu’ils en sont les principaux responsables – n’hésitent pas à prétexter de « l’urgence écologique » pour étouffer l’enjeu de la justice sociale. Justice dans les rapports Nord-Sud, évidemment, mais aussi dans les rapports entre riches et pauvres, au Nord comme au Sud. Le mouvement des Gilets jaunes montre clairement qu’il n’y a pas d’issue à la crise climatique par le biais d’une politique néolibérale qui fait des cadeaux aux riches au nom de la compétitivité, d’une part, et taxe les pauvres au nom de l’écologie, d’autre part. C’est pourtant cette politique hypocrite et injuste que les gouvernements veulent intensifier, au nom du sauvetage du climat. En particulier à travers l’instauration (remise à une COP ultérieure) d’un prix mondial du carbone et d’un nouveau « mécanisme de marché » pour généraliser la marchandisation des écosystèmes, avec droits d’émissions échangeables à la clé.

La croissance ou le climat ? Jésus ou Barabbas ?

A l’issue de cette COP, les commentaires de la plupart des observateurs/trices oscillent entre l’image du verre à moitié plein et celle du verre à moitié vide. On déplore la lenteur dans la mise en oeuvre du « bon accord » de Paris. Mais cette lenteur ne découle pas uniquement de la mauvaise présidence polonaise de la COP, de sa soumission aux intérêts charbonniers (la COP24 était sponsorisée par le plus gros exploitant européen de houillères), ou de la crise que le méchant Trump a ouverte dans le « modèle » multilatéral de gestion des relations internationales… Plus fondamentalement, elle renvoie à l’impossibilité de résoudre l’équation climatique sans rompre avec la logique productiviste du capitalisme. Du coup, elle invite à réexaminer le non-dit de la COP21, pour voir le côté obscur du « bon accord » de Paris…

Sauver le climat implique d’arrêter la croissance. Il faut, pour le dire simplement, produire moins et partager plus, ce dont le capitalisme est rigoureusement incapable. Il y a, en d’autres termes, un antagonisme profond entre la solution de la crise climatique, d’une part, et la logique capitaliste d’accumulation, d’autre part. Depuis un quart de siècle, les COP ne font rien d’autre que tourner autour de ce dilemme : la croissance ou le climat ? Jésus ou Barabbas ? L’accord de Paris a donné l’impression qu’une solution était trouvée, mais ce n’était qu’une déclaration d’intentions, un tour de passe-passe. Car, en coulisse, le « bon accord » était sous-tendu par un un projet capitaliste dingue et criminel : le « dépassement temporaire » du seuil de dangerosité du réchauffement. Barrabbas est libre, le Christ est sacrifié, Pilate s’en lave les mains.

UN SCÉNARIO D’APPRENTIS-SORCIERS

L’idée est la suivante: la barre des 1,5°C sera franchie en 2030-2040 – croissance pour le profit oblige ! – mais des « technologies à émissions négatives » et la géoingénierie permettront de refroidir le climat dans la seconde moitié du siècle. Dormez en paix, bonnes gens, tout est sous contrôle… Implicite dans l’accord de Paris, ce scénario est désormais tout à fait explicite dans les publications scientifiques qui servent de base aux négociateurs climatiques – y compris dans les travaux du GIEC.

Ce projet de « dépassement temporaire » est digne d’apprentis-sorciers, pour au moins deux raisons : 1°) les technologies en question sont hypothétiques, voire dangereuses (écologiqument ET socialement), et 2°) des catastrophes irréversibles – par exemple, une dislocation de calottes glaciaires entraînant une hausse de plusieurs mètres du niveau des océans ! – pourraient se produire pendant l’intervalle. Mais les apprentis-sorciers ont l’oreille des « élites » car leur « solution » semble permettre de repousser le dilemme de la croissance à plus tard. Du coup, elle laisse aux multinationales fossiles et aux banques qui les financent le temps nécessaire à la rentabilisation de leurs énormes investissements dans le charbon, le pétrole, le gaz. De facto, l’alliance des fossiles et de la finance dicte ainsi le rythme et les formes de la transition énergétique.

Totalement dévoués aux impératifs du profit, de la compétitivité (entre entreprises, mais aussi entre Etats protecteurs de « leurs » entreprises) les négociateurs ne demandent qu’à croire que le Dieu de la Technologie viendra à la rescousse de leur économie de marché et de son corollaire: la croissance infinie. D’où leur indifférence à la catastrophe en cours et leur enthousiasme, voire leur sincérité, à (tenter de nous faire) croire qu’ils ont conclu un « accord historique » – un de plus. Pendant la catastrophe, la comédie continue.
Justice sociale, justice climatique : un même combat

Après cette COP24, une chose devrait être claire comme de l’eau de roche : il n’y a rien, strictement rien à attendre des gouvernements, des Nations Unies, du « dialogue de Talanoa », de la « High Ambition Coalition », etc. Il faut abandonner radicalement toute illusion sur la possibilité de convaincre tous ces responsables du chaos, quels qu’ils soient, de l’avantage qu’ils auraient à « prendre le leadership » pour « rehausser les ambitions » en pilotant une « transition juste » vers un « développement soutenable », etc, etc. Ils n’en ont rien à cirer, point. Tout ce bla-bla, toute cette mise en scène ont un seul but : endormir les peuples, neutraliser leur réflexion, paralyser leurs organisations. C’est la stratégie de l’araignée. Collaborer, c’est se jeter soi-même dans la toile.

En Belgique, l’impasse de la stratégie de collaboration des grandes associations environnementales (et des directions syndicales qui les soutiennent) est apparue en pleine lumière. En effet, au lendemain de l’énorme manifestation climat début décembre (75.000 personnes à Bruxelles), la « Coalition climat » et le « Climate express » ont prié le gouvernement de droite de ne pas tomber, tandis que Greenpeace suppliait le roi de convaincre la classe politique de l’urgence climatique. Sans succès, évidemment. N’est-il pas évident que cette voie est sans issue? Lorsque tous les recours terrestres auront été épuisés, il ne restera plus qu’à implorer une intervention divine…

Cette impasse est en tout point similaire à celle dans laquelle les directions syndicales se sont enfoncées, fin 2014, en arrêtant leur plan d’action « pour donner une chance à la concertation ». On sait ce qu’il en est advenu : le gouvernement de droite a repris de l’assurance et démantelé l’une après l’autre de nombreuses conquêtes sociales.

Que ce soit en matière sociale ou en matière environnementale, la conclusion est claire : le seul langage que les dirigeants comprennent est celui de la force. Il faut donc construire un rapport de forces et, pour cela, il n’y a qu’un moyen: unir les luttes pour la justice climatique et pour la justice sociale dans une perspective anticapitaliste.

Daniel Tanuro

Publié sur le site de la Gauche anticapitaliste de Belgique.

Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:44 Ecologie
François Calaret

De la démocratie économique vers la démocratie totale

2 semaines 6 jours ago

Réunion – Débat

Samedi 19 janvier 2019, de 9h30 à 17h

31, rue de la Grange aux Belles 75010 Paris
Métro ligne 2, Colonel Fabien ; bus 75 ou 26

co-organisé par l’Association Autogestion (AA), l’Association des communistes unitaires (ACU), les Amis de Tribune socialiste (ATS), Cerises, l’Observatoire des mouvements de la société (OMOS), le Réseau pour l’autogestion, les alternatives, l’altermondialisme, l’écologie et le féminisme (AAAEF), le Temps des lilas et l’Union syndicale Solidaires.

La récente séquence des Gilets jaunes a mis à nu une aspiration à la démocratie face aux décisions d’un pouvoir dépourvu d’une quelconque assise populaire. Au-delà de la satisfaction de revendications relatives au pouvoir d’achat, une proposition de référendum d’initiative citoyenne semble émerger. Par ailleurs, en guise de « contre feux », le pouvoir s’est engagé sur une vaste concertation en vue d’éventuels correctifs sur l’actuelle constitution de la Ve république.

Pour autant, peut-on réellement parler de démocratie lorsqu’une fois passées les portes de l’entreprise, le domaine de la production est soumis à des ordres venus d’une hiérarchie ? Peut-on parler de démocratie lorsque les investissements sont soumis aux pouvoirs des banques et des marchés sanctuarisés par un néo-libéralisme autoritaire? Cette question porte en soi la remise en cause du rôle des propriétaires et des actionnaires. Quelle est la réalité de cette aspiration à la démocratie économique et comment peut-elle s’exprimer aujourd’hui ? Peut-il y a avoir une réelle révolution citoyenne en éludant cette question du champ de la démocratie ?

Si se réclamer de la démocratie est fondamental, cela reste sujet à de multiples interprétations. Comment peut-elle se concrétiser ? S’il est courant de dénoncer la démocratie représentative dans laquelle on délègue à des représentants l’exercice politique, comment la dépasser ? Comment organiser la délibération dans des structures de grande taille ? Délégués ou représentants ? Quels contrôle de ceux-ci ? Quels rôles pourraient jouer des référendums ou des assemblées tirées au sort ? S’agit-il de contre-pouvoirs ou d’une autre définition de l’acte de construire des règles communes ? Comment articuler entre elles les différentes structures de décisions ? Suffit-il de déclarer une égalité formelle de toutes et de tous pour que celle-ci se concrétise ? Y-a-t’il des droits fondamentaux qu’une majorité ne peut remettre en cause ?

Telles sont les grandes questions qui nous sont actuellement posées. Cette réunion s’inscrit dans la suite de la réunion du premier décembre dernier (Qu’est-ce qui manque aux luttes pour être victorieuses ?). La prochaine réunion devrait permettre d’aborder comment les uns et les autres affrontons ces questions même s’il ne s’agit pas de trancher entre différentes approches mais de voir plutôt comment elles peuvent contribuer à la constitution d’un corpus politique nouveau.

https://autogestion.asso.fr/19-janvier-de-la-democratie-economique-vers-...

Type:  Article Mercredi, 2 Janvier, 2019 - 10:40 En débat Politique
François Calaret

Élections au Brésil : l’extrême-droite met les droits du peuple en état de siège

4 semaines 1 jour ago

Élections  au Brésil : l’extrême-droite met les droits du peuple en état de siège

Au début de l’année 2018, aucun analyste brésilien ne se serait risqué à dire que cadre politique du Brésil échapperait à la polarisation entre le PT (Parti des Travailleurs) et le PSDB (Parti socialiste démocratique brésilien, centre-droit) et que se produirait un tournant brutal vers la droite et la réaction avec la victoire électorale de Jair Bolsonaro. On a affaire à une grande crise des projets de société qui s’exprime dans la victoire de l’antipetisme. Ce que nous devons comprendre, c’est cette crise des projets, ainsi que la signification de l’antipetisme. Tâche rien moins que facile, mais il nous faut commencer à y réfléchir.

Depuis la redémocratisation des années 80, les secteurs politiques brésiliens ont vécu dans l’illusion d’une démocratie en voie de consolidation. La pression populaire en faveur de la nouvelle Constitution a entraîné la promesse d’une universalisation des droits humains fondamentaux, pas seulement les droits civils et politiques mais aussi les droits économiques et sociaux. Le capitalisme brésilien allait-il pouvoir étendre la citoyenneté jusqu’à l’inclusion de tous les Brésiliens ?

En 2002 les travailleurs ont mis tous leurs espoirs dans l’élection du président Lula. C’était le signe que le projet de pays qui était désiré présupposait une autre manière de faire de la politique et la nécessité d’inclure les plus pauvres. Pour cela il fallait vaincre la peur et changer. Lula et le PT prirent la tête d’une grande coalition qui a gouverné le Brésil avec un fort taux de popularité. Pourtant, son unique action de réforme structurelle de l’État a été une contre-réforme de la sécurité sociale des fonctionnaires de l’État. En l’absence de réformes populaires, comme la réforme agraire, il a fragilisé les revendications des mouvements sociaux. Au lieu que les mouvements représentent les aspirations du peuple vis-à-vis du gouvernement, on en est venu à défendre les programmes du gouvernement vis-à-vis du peuple. Le gouvernement du PT est devenu le gestionnaire efficace de ce qui n’ébranlait pas le système, dans l’illusion d’une accumulation progressive qui pourrait améliorer la vie de tous.

De fait, les politiques redistributives (telles que l’augmentation du SMIC, des retraites et la bourse famille), en l’absence de réformes structurelles, ont intégré les dépossédés aux services essentiels, améliorant ainsi la vie d’une grande quantité de gens. Généralement, cette intégration s’est faite selon la logique du marché, comme cela a eu lieu pour l’accès à l’enseignement supérieur ou aux programmes de logement, en partenariat avec les entreprises, surtout les très grandes.

En même temps, le gouvernement du PT s’est appuyé sur l’agrobusiness, qui a continué à assassiner les militants des mouvements sociaux, et qui a dévasté des zones protégées et empoisonné la nourriture. Il a mis en place la législation antidrogues (2006) qui a fait exploser l’incarcération massive de la population. Il a refusé tout débat sur les questions environnementales posées par l’exploitation pétrolière géante du Pré-Sal (les grands fonds marins au large du Brésil), dans l’Océan Atlantique. Il a imposé le méga-barrage hydroélectrique de Belo Monte et le détournement du Rio São Francisco, indifférent à leurs impacts environnementaux et sociaux. Il a adopté une loi antiterroriste qui criminalisait les mouvements sociaux. Il est devenu l’allié des grandes entreprises et des banques. Il ne s’est pas seulement agi d’une lune de miel avec le marché, mais d’une relation durable et stable. Toutefois, le pacte de gouvernabilité était unilatéral, et quand la bourgeoisie a entrevu la possibilité d’ accords plus avantageux, elle a mis fin au pacte.

En ce qui concerne le régime politique, au cours des gouvernements Lula et Dilma, le PT a élargi une politique d’alliances avec les partis des secteurs de la bourgeoisie traditionnellement clientélistes et corrompus.

La tactique bien orchestrée de la bourgeoisie : mettre en place des coups d’État au sein de la « légalité »

Si l’on fait le bilan historique, après quatorze ans de gouvernements du PT, les travailleurs se retrouvent plus fragilisés qu’à leur début. Ceux qui ont occupé l’espace politique et se sont renforcés, c’est ceux qui ont mis en place l’impeachment de la présidente Dilma Rousseff, du PT. En réalité, Dilma a traversé une grave crise de légitimité populaire lors de son second mandat. Au bout du compte, elle s’était fait réélire avec un programme contradictoire, plus à gauche, mais a exécuté les politiques d’austérité dont les victimes sont les classes populaires. C’est ce coup porté au peuple qui ouvre la porte à l’impeachment, coup porté au gouvernement.

Ceux qui ont manigancé l’impeachment ont été pendant plus de dix ans les alliés du PT. Avec la destitution de la présidente s’opère une rupture institutionnelle qui a radicalisé l’action des secteurs néolibéraux et réactionnaires. Certains de leurs agents, comme les secteurs de l’agrobusiness ou des parlementaires corrompus, étaient parties intégrantes des gouvernements PT. Un secteur réactionnaire de l’église évangélique s’est consolidé dans l’alliance avec le PT.

D’autre part, des mouvements de l’extrême-droite sont formés et financés par de très grandes entreprises et fondations, qui visent à consolider un mode de vie néolibéral en diffusant leurs valeurs. À cette fin, elles ont besoin de modeler l’État pour imposer la gestion privée des politiques publiques. Des « think tanks » tels que Atlas Network, par exemple, agissent à la manière d’une internationale du capital en formant des cadres, en construisant un projet de société et en finançant des mouvements.

Ces mouvements idéologiques internationaux affectent aussi le pouvoir judiciaire, avec une partie des juges et des procureurs qui agissent comme s’ils étaient le seul pouvoir légitime. Comme s’ils étaient en dehors des rapports politiques et des conflits de classe, ce secteur du judiciaire traite l’action politique comme si elle était le problème à dépasser. Le combat contre la corruption est le prétexte, qui incarne l’esprit de la classe dirigeante, avec un tournant néolibéral dans la négation des conquêtes et des droits fondamentaux de la citoyenneté. On a ce paradoxe d’une élite judiciaire qui combat la corruption pour défendre toutes sortes de privilèges (parfois illégaux), coutumiers pour quiconque appartient à la classe dominante.

Avec Michel Temer au gouvernement, les trois pouvoirs officiels de l’État sont aux mains d’un secteur qui combine ses intérêts. Le Brésil se trouve avec un gouvernement illégitime, un judiciaire policier et militaire vivant avec un Congrès mafieux, et un État totalement au service du marché.

Le peuple n’a pas été aux abonnés absents durant ce processus. Nous avons connu de nombreux fronts de lutte et de résistance sous un gouvernement qui était encore perméable à certaines négociations. Nous avons comptabilisé des centaines d’assassinats de militants, des Sans-Terre, des indigènes. Des milliers de pauvres, de Noirs, de LGBT, etc. Rien qu’en 2017, plus de 60 militants assassinés. Nous avons eu de grandes mobilisations de rue en 2013. Des mobilisations contre les méga-événements de la Coupe du Monde de football et des Jeux Olympiques. Des occupations d’écoles dans tout le pays en 2016. De grandes mobilisations des secteurs syndicaux et populaires en 2017. L’assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro (PSOL), exprime la répression et la criminalisation des luttes sociales et l’augmentation exponentielle des persécutions contre les luttes de la gauche.

Même dans ce contexte, Lula bénéficiait d’un très grand nombre d’intentions de votes pour la présidence de la République. On pouvait prévoir que les secteurs réactionnaires ne seraient pas disposés à rendre le gouvernement au PT par la voie électorale. L’emprisonnement de Lula alors que l’appel n’était pas jugé a montré que la classe du capital était prête à tout, même à mettre en pièces le système politique avec pour seul but de radicaliser son agenda politique d’austérité non négociable. Mais il semblait encore que le marché parierait sur un gouvernement traditionnel de droite néolibérale, avec plusieurs candidats du vieux système politique. Cependant, la convergence de nouveaux et d’anciens acteurs réactionnaires et /ou néolibéraux a engendré la victoire de l’improbable Jair Bolsonaro, fondée sur l’antipetisme.

L’antipetisme qui s’est consolidé est un phénomène multiple. Si d’une part il exprime un fort refus de la corruption, comme si le PT était le seul parti impliqué dans les scandales de la « gouvernabilité » partagée entre les politiques et les entreprises qui interviennent dans le secteur public ; d’un autre côté, dans une situation plutôt complexe, l’antipetisme exprime aussi une négation radicale des idéaux proclamés par la gauche civilisée, tels que l’inclusion, les politiques de défense des minorités sociales, les droits des femmes, des LGBT, des misérables, avec un insistance forte sur la défense de valeurs morales considérées comme traditionnelles.

L’élection de Bolsonaro n’exprime ni un rassemblement d’électeurs cohérent, ni même une alliance de gouvernement totalement convergente. Les électeurs ont en gros voté contre le PT. Ce vote, cependant, exprime la déception à l’égard de choses que le PT a faites, mais aussi le résultat de fake news minutieusement planifiées pour toucher certaines sensibilités populaires. Avec une gigantesque machine à produire de l’intox, la vérité est devenue ce qui se répétait jour après jour sur les réseaux sociaux. Certaines entreprises transnationales ont mis en œuvre une impressionnante capacité de manipulation individuelle, mais massivement, en échange de millions de Reais, une manipulation engagée dans l’intention de reconfigurer le spectre politique mondial. C’est ainsi qu’on a voté contre le PT à cause de ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait. Par protestation contre la corruption, pour des mots d’ordre moralistes, en défense de la famille, et même contre un danger de « communisme imminent ». On a voté Bolsonaro contre le PT pour être contre le système politique en vigueur, dont l’expression était le parti au pouvoir depuis plus de dix ans. On a aussi voté contre les droits sociaux. Pour la première fois un candidat formule clairement un projet de retirer des droits aux plus pauvres au profit des riches et des patrons. Ils sont en train d’organiser une véritable contrerévolution du capital. Une partie de la population a soutenu ce projet. Une autre partie a voté en ayant perdu toute foi en la classe politique : « Ils ne font jamais ce qu’ils ont promis ! » Mais il est évident que seule une petite partie des électeurs connaissaient et soutenaient le projet qui doit être mis en œuvre.

Premières analyses du futur gouvernement

Le gouvernement élu suppose un front d’éléments fascistes, réactionnaires et ultra-libéraux, chaque groupe ayant cependant ses propres intérêts et de nombreux conflits internes. Un groupe important est celui des politiciens traditionnels spécialistes en magouilles, sans proposition consistante pour le pays. Leur expression concentrée est la famille de Bolsonaro. À ce groupe on peut en ajouter au moins quatre autres : un groupe de militaires, qui depuis un bon moment essaient de retrouver leur rôle politique. Un groupe de néolibéraux ultraradicaux. Un groupe d’évangéliques extrêmement réactionnaires, avec un étonnant soutien des catholiques intégralistes. De plus, un groupe de la classe moyenne qui fait sienne la judiciarisation de la politique.

Chacun de ces groupes, imprégné de ses propres intérêts, comporte des divergences à plusieurs degrés. Les néolibéraux veulent faire de l’éducation une entreprise marchande alors que les évangéliques veulent en faire un instrument de lutte culturelle. Les néolibéraux veulent se gaver avec la vente du patrimoine national et cela peut provoquer des conflits avec le nationalisme des militaires. Le secteur anticorruption peut ne pas accepter ou refuser d’être complice d’autres composantes de sa propre coalition, ou bien rester indifférent aux scandales touchant des politiciens traditionnels qui commandent ce gouvernement. Mais il est évident qu’il est difficile que tous les secteurs populaires qui ont voté Bolsonaro ou ceux qui composent son gouvernement soient d’accord avec toutes les positions obscurantistes en même temps et intégralement. Le point de convergence serait peut-être l’assaut donné contre les droits sociaux avec une mise en place radicale de politiques d’austérité. Comme ce mot d’ordre ne mobilise pas la population, on aura un gouvernement qui appellera une partie des gens à une croisade idéologique et moralisatrice fondée sur un monde de post-vérité et de fake news, tandis que sa priorité véritable sera la mise en œuvre de la pire forme de néolibéralisme, avec des conséquences graves pour ces mêmes gens. À cette fin, il va continuer à construire l’ennemi socialiste qu’il faudra persécuter politiquement, idéologiquement et juridiquement. En ce sens, il nous semble que pour consolider le projet de régression des droits et d’exploitation radicale du travail par le capital, la persécution des enseignants, des militants et des défenseurs des droits humains ne cessera pas de s’aggraver violemment.

Le plus grand mouvement de résistance à l’escalade de violence symbolique et réelle dont la campagne de Bolsonaro était l’expression, a été le mouvement suprapartidaire, spontané, des femmes nommé #EleNão, qui a mobilisé des millions de gens au Brésil et à l’étranger, dans des actions de rue et dans l’engagement militant à l’action politique, au-delà des élections. Ce sont des mouvements comme celui-là qui montrent la voie de la résistance. Face à un processus qui radicalise en contrecarrant tout espoir, notre rôle doit être de faire obstacle et contrecarrer ce qui paraît inéluctable. L’histoire a démontré qu’il ne sera pas possible de transformer le Brésil par la conciliation. L’heure est à l’organisation d’une résistance massive et sociale, respectant l’horizontalité des mouvements qui feraient leurs chemins, dans leur aspiration à la transformation de la société et au respect de la dignité humaine.

Devant la vague radicale de barbarie qui s’annonce non seulement au Brésil, mais aussi sur la planète, l’heure est venue d’organiser de grandes plates-formes de lutte à l’échelle internationale, condition indispensable pour que les travailleuses et travailleurs exploités, opprimés, précaires et marginalisés résistent à cette violente offensive de l’exploitation capitaliste.

18 décembre 2018
Allan Coelho, membre do PSOL, professeur de philosophie à l’ UNIMEP (São Paulo)

Béa Whitaker, membre de Ensemble.

Type:  Article Lundi, 24 Décembre, 2018 - 15:12 International
TheStyx

Bernard Defaix (1944-2018)

1 mois 1 semaine ago

Bernard Defaix est décédé le 12 décembre, à l’âge de 74 ans.  C’est un moment de grande peine, pour notre organisation comme pour de très nombreux militants qui l’ont connu, même si sa santé ne laissait guère d’espoir depuis des mois.

Il fut longtemps membre du PCF, enseignant de français et militant au SNES (FSU), à Attac, et à Ensemble !

Bernard a été un militant : dévoué aux tâches qui demandent une continuité, pourvu qu’elles visent  à l’unité dans les combats de classe. Maire-adjoint communiste très actif à la Culture à la mairie de Guéret (1983-1995).

Tenace, réfléchi, volontaire, cultivé, unitaire pour dix quand il le fallait, toujours prêt à réexaminer les situations pour assumer une continuité. Nous l’avons connu, animant et assurant le calme des débats et aussi bousculant les somnolences de quelques « coups de gueule » quand il le pensait nécessaire.

A la suite de la campagne pour le Non au Traité, il s’était beaucoup investi dans les efforts pour constituer une dynamique des Comités unitaires anti-libéraux. En même temps, il a mis tout le monde sur le pont, principal organisateur de l’importante Manifestation nationale de Guéret, en 2005, en faveur des services publics à Guéret, qui voit défiler sept mille personnes sous la neige. Ensuite, pour que cela ne reste pas « un coup », il avait réussi à constituer la Fédération des collectifs de défense et de développement des services publics rassemblant élus, usagers et personnels salariés. Elle sera rebaptisée ensuite Convergence des services publics.

Son souci était que les luttes locales pour les services publics soient soutenues par un réseau d’informations national et si possible par des initiatives communes.

De la Convergence, il devait assurer la Présidence. Il n'eut de cesse d'agir pour qu'une structuration s'ordonne et s’adapte aux situations. Il le faisait avec le souci de passer le relai, de sorte qu’il puisse rester actif mais comme l'ancien président de la Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics. Il y tenait énormément et d’autant plus qu’il avait des alertes de santé ; sans un cadre collectif assumant les tâches politiques et pratiques il aurait eu, disait-il, l’impression d’avoir provoqué un échec.         

C’est surtout la Creuse qui aura marqué son existence professionnelle, militante et personnelle et ses passions. Puis en Ardèche où il passa d’abord ses vacances avant d’élire domicile dans ce département il y a une douzaine d’années. Mais l’image de Bernard est celle d’un grand voyageur, se déplaçant en permanence pour participer à telle conférence, telle manifestation ou pour intervenir à l’invitation de collectifs locaux.

Il était également attaché à ses engagements au sein d’Attac et la FSU, deux organisations au sein desquelles il aura occupé des responsabilités départementales.
De culture communiste, il avait été très heurté par la division des collectifs anti-libéraux en 2006-2007. Il participa dès 2007 à tous les efforts unitaires avec ce qui devint la FASE avec le double souci de ne pas créer une organisation de division supplémentaire et de faire avancer les possibilités de groupes locaux portant une reconstitution des forces de la gauche. Son espoir était que la dimension « services publics », souvent portée par des militant.e.s localement, soit un ferment de cette nouvelle politique à gauche. Comme beaucoup, il s’était engagé dans le Front de gauche en tant qu’indépendant et s’était investi dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2012. Il participa ensuite aux discussions et rencontres de Trait d’union entre les Alternatifs, la Gauche anticapitaliste, la FASE et la Gauche unitaire.
En novembre 2013, il signa l’Appel ardéchois à la constitution d’Ensemble !

Mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire et en devient membre. Il avait lu avec intérêt Contribution d’Ensemble ! Services publics et autogestion pour les assises nationales du service public fin 2016. Il sera très assidu aux réunions et investi dans les débats jusqu’à la fin.

À l’image de son action au sein de la Convergence des services publics, il était toujours dans une démarche unitaire, d’ouverture. Nous tenons d’autant plus à saluer sa mémoire que, dans sa modestie, il est un exemple vivant de ce que peut être un militant pour qui la priorité est l’émancipation collective.

Ensemble !

Bernard portait une conception militante totale de l’engagement. Pour lui, les différents terrains de la lutte n’étaient que des facettes complémentaires d’une même cause, celle de l’émancipation humaine et de la justice sociale. Que ce soit en tant qu’animateur de radio dans ses jeunes années, professeur de lettres en Creuse engagé dans la réussite scolaire de tous ses élèves, adjoint communiste à la Culture à Guéret en tant qu’élu communiste, militant syndical au SNES-FSU, animateur national de Convergence des Services Publics, à ATTAC, à la FASE ou à Ensemble !, ces combats croisés formaient un tout indissociable.

A ce titre, il était aussi un défenseur acharné de l’unité, rejetant les divisions de boutique pour rester sur la ligne de crête des idées et des combats à porter. Cela faisait de lui, dans la gauche de lutte limousine, une figure du rassemblement, dont il avait pu démonter la force lors de la mémorable manifestation nationale pour la défense des Services publics à Guéret, organisée sous la neige, en mars 2005 qui dénonçait notamment l’abandon des services publics en milieu rural.

Regrettant la division des collectifs antilibéraux et 2007, il s’était réjoui de la dynamique créée par Limousin Terre de Gauche qui rassemblait alors le NPA (puis Ensemble !), le PCF et le PG. Il y voyait un des moyens politiques d’incarner une alternative de gauche à la domination sans partage du PS limousin et de créer une dynamique nouvelle qu’il appelait de ses voeux à l’échelle du pays.

Et quand sa voix tonnait, derrière sa barbe blanche, c’était toujours pour partager, avec conviction un point de vue riche de son histoire militante mais aussi pour trouver, dans la confrontation des idées, des éléments de réponses aux questions, qu’en militant soucieux de rester ancré dans la réalité sociale, il se posait sans cesse.

Salut camarade, tu vas nous manquer. Vraiment. En ce moment nous pensons aussi à Janine, ta compagne, qui partageait, avec la même intensité, tes combats pour les services publics et la justice sociale.

Pour ENSEMBLE! Limousin
Stéphane Lajaumont

Type:  Article Samedi, 15 Décembre, 2018 - 18:32 Vie du mouvement
François Calaret

Fonds de dotation « la terre en commun »

1 mois 1 semaine ago

Fonds de dotation « la terre en commun »

Un fonds de dotation pour acquérir d’urgence
les bâtis, terres et forêts sur la zad de Nddl
Ou « la propriété au service de l’usage et du commun »

La mise en vente annoncée dans un avenir très proche des terres et bâtis menace directement tout ce qui a été créé, expérimenté sur la zad de Nddl. Nous pouvons l’empêcher.
Devenez acteurs de l’avenir de la zad en finançant son rachat par notre fonds de dotation « la terre en commun ».

Afin que notre victoire collective contre le projet d’aéroport puisse être prolongée, afin de sauvegarder cette zone que nous avons su préserver du bitume, le fonds de dotation « la terre en commun » doit pouvoir, grâce à vous, se porter acquéreur des biens lors de leur mise en vente.

- Pour que ces terres ne retournent pas à l'agriculture intensive
- Pour poursuivre la sauvegarde de la biodiversité sur ce bocage exceptionnel
- Pour garantir le maintien des activités collectives nées de la lutte contre le projet d'aéroport
- Pour renforcer un projet collectif et des pratiques innovantes contre l’appropriation privée et la fuite en avant productiviste.
- Pour voir fleurir de nouveaux projets basés sur l'entraide, la mise en commun et le respect de la terre et de la nature.

Ce fonds permet l'acquisition collective de terres et de bâtis, sans aucun système de parts ou d'actions. Les biens acquis sont donc placés en dehors de la spéculation et des recherches d'enrichissement personnel.
Par ailleurs, il permet à ses donateurs-trices de bénéficier de réductions d'impôts.

Poursuivre et développer nos pratiques :
Ce sont des pratiques agro-culturelles innovantes, respectueuses de leur environnement, économes en énergie et en matériaux tant pour la production agricole proprement dite que pour la (re)construction des habitats détruits et de nouveaux habitats. Ces pratiques, mises en œuvre après discussions collectives, sont ancrées dans la solidarité, l’entraide, la mutualisation des savoirs, l’expérimentation… Elles ont porté le développement d’une sociabilité et d’une économie non-marchande au travers d'une vie communautaire. Des activités culturelles (bibliothèque, groupes musicaux, rap, chorale…) et des activités artisanales (meunerie, boulange, conserverie, tannage…) y ont vu le jour. Une culture de l’accueil s’y est développée, contribuant à faire de ce lieu une référence et un point de gravitation pour d’autres lieux, un carrefour de luttes.
Nous avons dans ce bocage la conjonction exceptionnelle d'une zone d'une incomparable richesse et de personnes ayant acquis un niveau de connaissance rare du terrain et de sa biodiversité, motivées pour un projet agro-écologique.
C’est tout ce bouillonnement, porté par la lutte, qui fait la valeur de ce territoire. C’est ceci qu’il faut pérenniser, et transmettre aux générations futures. L’utopie qui préside à la construction quotidienne d’une vie collective et solidaire sur la zone, avec l’absolue détermination à en prendre soin, doit avoir droit d’existence… et de développement.

Faire un don :
Pour atteindre nos objectifs de rachat des terres, forêts et bâtis et soutenir les différents projets, plusieurs millions d’euros seront nécessaires. Vous pouvez y contribuer en faisant un don.

De la monnaie rendue par votre boulangère à l'héritage de votre grand mère, tout les dons seront essentiels.

Aidez nous aussi à faire connaître le fonds !

Votre don est éligible à la réduction d’impôt « Mécénat » :  Les particuliers qui consentent des dons au profit d’un fonds de dotation peuvent ainsi bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu (IRPP) à hauteur de 66% du montant des versements, dans la limite de 20% du revenu imposable.

Les dons effectués avant la fin de l’année seront défiscalisés dès 2019 et donneront une belle dynamique au démarrage du fonds.

Pour faire un don : www.encommun.eco/contribuez

Des acquisitions pour des pratiques unies et cohérentes, face à des menaces très réelles
Nous nous engageons dans un travail déterminé pour empêcher tout ce qui peut morceler la zad. Il faut éviter les agrandissements qui grignotent les petites exploitations, créent des fermes de centaines d’hectares gavés de pesticides et vides d’habitants.

La vision actuelle de la zad est très clairement incompatible avec celle des politiques et technocrates au pouvoir. Les projets de vie actuels seront menacés par des projets plus en phase avec les politiques agro-libérales qui auront certainement la priorité. D’où la nécessité d’un rachat le plus global possible.

L’acquisition par le fonds de dotation : la propriété au service d’une garantie sur l’usage

Le fonds de dotation est une structure récente (créée par la loi du 4 août 2008), d’intérêt général, qui peut percevoir des dons sous formes variées, défiscalisés à hauteur de 66%. Ces dons sont irrévocables et ne génèrent pas la propriété de parts de capital pour les donateurs. Le fonds peut user de ces dons pour acquérir des biens et en permettre l’usage dans le cadre de ses objectifs (voir pj objectifs).

Pour le foncier, comme pour les habitats que le fonds sera amené à acquérir, il s’agit d’une propriété privée certes, mais collective, non cessible. L’usage des biens acquis sera remis à des structures, collectifs ou à des personnes, sous des formes légales appropriées (conventions, baux...). Ces dernières devront garantir, y compris à terme, un usage respectueux des objectifs du fonds en général, et de la préservation de l’écosystème local en particulier. L’attribution comme la gouvernance générale du fonds, se fera sous le contrôle de structures déjà mises en place, avec des membres mandatés. Selon les statuts : "Le fonds se dote d'un comité consultatif composé de personnalités extérieures qui valident ou critiquent annuellement ses orientations éthiques et économiques. Il s'assure notamment du caractère désintéressé de la gestion du fonds et de la pertinence des investissement effectués au regard de ses objectifs."

L’urgence de la levée de fonds, et de son succès

Il est essentiel de pouvoir réagir dès que la situation se précise, et que les mises en vente commencent. La rétrocession de 800 ha de terres demandée par le Conseil départemental risque d’intervenir en tout début 2019. Nous ne pouvons pas laisser faire des structures ou individus aux dents longues, déjà à l’affût depuis des mois. Il nous faut donc dès cette fin d’année les moyens de nous positionner immédiatement comme acquéreurs.

Une méthode peu commune, au service d’un objectif exaltant

Certes il n’est pas très fréquent de faire appel à soutien sonnant et trébuchant au nom de la poursuite d’une utopie. Mais c’est bien la poursuite de la lutte pour l’avenir de la zad que nous vous proposons. Notre ambition est que nos contributeurs, s'ils le souhaitent, puissent, au delà du soutien financier, devenir, ou continuer à être, des acteurs de l’aventure collective. En ce sens, la zad, territoire ouvert, veut poursuivre l’accueil qu’elle a pratiqué dès son origine, et l'amplifier très largement. Car elle veut dessiner du commun en travaillant avec d’autres personnes en dehors et au-delà d’elle-même….

En guise de conclusion (provisoire !)

Ce qui se joue ici déborde infiniment le bocage, et l’avenir immédiat de ce territoire. La zad sollicite des imaginaires pour la définition d’autres libertés individuelles et collectives, pour une meilleure symbiose avec des environnements divers. Elle doit continuer à être ce véritable laboratoire de la transition écologique et sociale. Nous ne pouvons pas la laisser perdre. Si sa survie passe par le rachat, nous devons le réussir.

Alors, on le tient ensemble ce pari??

www.encommun.eco

La terre en commun contact : laterre@encommun.eco

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La Terre En Commun

Les Fosses Noires
44130 NDDL

Type:  Article Jeudi, 13 Décembre, 2018 - 15:48 Ecologie NDDL
François Calaret

Le fond de l’air est jaune

1 mois 1 semaine ago

Soulèvement populaire pour la justice fiscale et le pouvoir d’achat, les gilets jaunes cristallisent la convergence de toutes les colères contre Emmanuel Macron et, au-delà, le capitalisme néolibéral mondialisé dont il est le nom. De l’événement gilets jaunes ou de la structure du macronisme, qui va digérer l’autre ? Le simple fait que la question se pose est déjà extraordinaire. Un examen de clinique politique rudimentaire ne peut que renforcer le constat. L’arrogance de classe présidentielle et sa proximité avec les milieux financiers ont beaucoup contribué à faire monter la pression dans la cocotte-minute qui explose aujourd’hui. Mais la question politique posée par les gilets jaunes dépasse le cas Macron. Une fissure historique est ouverte. La tâche de toutes les forces anticapitalistes est d’élargir la brèche.

Coup d’arrêt

Arrière-garde du néolibéralisme triomphant des années 1990, Emmanuel Macron et ses soutiens ont hérité du pouvoir par un concours de circonstance. Qu’en ont-ils fait ? Sans coup férir, ils ont engagé le programme d’ajustement structurel que des décennies de résistances sociales n’ont eu de cesse de ralentir. La blitzkrieg fut un succès. Droit du travail, fiscalité, privatisations… Jouant sur l’avantage psychologique d’une victoire électorale surprise, la nouvelle équipe avança simultanément sur tous les fronts, déroulant sans ménagement un agenda entièrement structuré par les mots d’ordre éternels du capital que sont la compétitivité et l’attractivité pour les investisseurs.

Les réformes s’enchainaient à un rythme si effréné que, par l’effet domino des complémentarités institutionnelles, on pouvait craindre qu’elles ne fassent éclater ce qui reste du compromis social qui singularise l’hexagone depuis le milieu du XXe siècle. D’ailleurs, c’était l’objectif. Emmanuel Macron avait fait d’une détermination totale sa marque de fabrique. Au printemps dernier, il déclarait sur Fox News qu’il n’y avait « aucune chance » qu’il recule sur la réforme de la SNCF car, disait-il, « si j’arrête, comment pensez-vous que je serai en mesure de moderniser le pays ? ».

Eh bien c’est chose faite ! Emmanuel Macron a été arrêté. Il a un genou à terre. Pour la première fois du quinquennat, le pouvoir a cédé à la rue. En décidant d’abord d’annuler les hausses prévues sur les carburants puis de prendre une série de mesures limitées sur le pouvoir d’achat,  il a concédé sa subordination en dernier ressort au mouvement populaire. Et, comme Macron l’avait justement anticipé, la signification principale de ce coup d’arrêt, c’est que la normalisation néolibérale de la France qu’il s’était donné pour mission d’accomplir ne pourra pas avoir lieu dans l’immédiat.

Montée des profondeurs du pays, la colère des gilets jaune a brutalement donné corps à L’illusion du bloc bourgeoisidentifiée par Bruno Amable et Stefano Palombarini[1]. Faire de la France une Start-up Nation, mobiliser la finance pour sauver le climat et jouer les premiers de cordée… les signifiants positifs auxquels se rattache la feuille de route macroniste sont très minoritaires dans le pays. Et ils le sont d’autant plus qu’à l’heure des premiers bilans ils n’ont pas trouvé de confirmation dans le mouvement réel du revenu disponible et de l’emploi.

En haut, les firmes et les très riches ont tout de suite perçu les dividendes de l’élection de leur candidat. Mais en bas, les classes moyennes et populaires ont pris de plein fouet les politiques de la nouvelle majorité. Ces politiques ont accru la pression fiscale à laquelle la fraction de droite des classes moyennes et populaires est particulièrement sensible et, en même temps, mis en joue les garanties collectives, les services publics et la protection sociale auxquelles les fractions de gauche tiennent par dessus tout. Le mouvement des gilets jaunes est une contre-attaque sur ces deux fronts ; et de droite et de gauche donc, il a brutalement siphonné le carburant politique du pouvoir qui se retrouve en panne sèche sur la bande d’arrêt d’urgence.

Le temps de la discorde

En quatre semaines, la révolte des gilets jaunes est devenue un événement politique majeur, peut-être même le plus importants des cinquante dernières années en France. Sa puissance proto-révolutionnaire est le produit d’une combinaison inédite.

La géographie d’abord est très particulière. Il s’agit d’un mouvement périphérique qui, de péages en ronds-points, a tissé un maillage serré sur tout le territoire.  C’est ainsi qu’il s’est donné une grande visibilité,  une forte transversalité sociale – agrégeant de multiples catégories – et une puissante capacité de diffusion. Le fait que 20 % de la population française se considère comme « Gilet Jaunes »[2] est significatif.  Une fois le gilet jaune comme signifiant flottant de la révolte fixé, la structure en réseau permet toutes les appropriations et toutes les déclinaisons, favorisant ainsi l’agrégation des colères et leur convergence en plein Paris, au plus près des lieux de pouvoir.

Initiée sur les réseaux sociaux, la mobilisation des gilets jaunes ne fait l’objet d’aucun encadrement syndical ou politique. Cela ne veut bien entendu pas dire que les ressources militantes ne s’y déploient pas. Souvent, parmi les groupes qui entrent en action, quelques individus ont eu des expériences syndicales, politiques, associatives ou  furent impliqués dans luttes citoyennes, dans des ZAD. Surtout, cette lutte produit une nouvelle synthèse dans laquelle l’accumulation de rage contenue pendant trop longtemps et d’expériences des combats de ces dernières années sonnent ensemble l’heure de la revanche.

En haut ça tangue. Très fort… Le fait que le premier recul consenti se soit fait dans la cacophonie – plus de 24h d’ambigüité les 4 et 5 décembre sur le caractère pérenne de la non-application de la taxe sur les carburants – est un symptôme du désarroi qui s’est emparé des plus hauts cercles du pouvoir. Au moment où la crise éclate, il ne reste plus rien de l’élan de la fulgurante victoire présidentielle. Le gouvernement s’est rétréci, la hiérarchie policière est fragilisée par l’affaire Benalla, la jeune garde de conseillers présidentiels sourde aux remontées de ses administrations est aveugle sur la situation politique, les parlementaires déboussolés sont aux abonnés absents, le parti présidentiel inarticulé, sans ancrage territorial s’avère complètement inopérant pour endiguer la vague. Échaudé par l’accueil reçu au Puy en Velay, Emmanuel Macron se terre dans son palais. Il est « un peu perdu » nous dit un conseiller. En réalité paniqué, craignant pour sa vie.

Tous ces éléments participent de l’isolement de l’exécutif. Un isolement qu’il s’efforce de briser à partir du 5 décembre. D’abord en constituant une coalition contre « les désordres » et les  « violences », ce qu’il est parvenu à réaliser avec un certain succès pour la journée du 8 décembre. Le premier ministre se payant le luxe de remercier tous les responsables politiques, syndicaux et associatifs qui ont accepté de rejoindre son appel au calme. Un moyen d’essayer de contrebalancer une réalité contrariante. En dépit d’une stratégie de la tension maximale et d’une répression à la fois brutale et massive, la mobilisation ne faiblit pas mais s’enracine. Il y a toujours autant de monde dans la rue et des jonctions s’opèrent avec les écologistes des marches pour le climat et avec la jeunesse scolarisée.

Au lendemain du 8 décembre, l’exécutif poursuit sa manœuvre de désencerclement se met en quête d’une nouvelle combinaison politique qui lui permette de renforcer son assise. Consultant tous azimuts, il lâche un peu de lest sur le pouvoir d’achat et cherche de nouveaux appuis, au delà d’une majorité parlementaire numériquement forte mais socialement très étroite. C’est à ce stade des développements politiques que correspond l’intervention présidentielle du 10 décembre. Quelques rodomontades sur l’ordre républicain, un acte de contrition forcé et des concessions calculées au plus juste pour espérer faire baisser la pression. Rien de plus.

C’est un aveu de  faiblesse et un encouragement à la poursuite de la mobilisation. Mais cela ne doit pas faire oublier qu’il reste encore au pouvoir de nombreuses cartes en main, jusqu’à la suspension complète des libertés démocratiques ordinaires. La constitution donne la possibilité au Président de la République de recourir aux pouvoirs exceptionnels. Si, en 1958, De Gaulle pouvait tenter de rassurer en déclarant : « Pourquoi voulez-vous qu’à soixante sept ans je commence un carrière de dictateur ? ». Maintenant c’est Emmanuel Macron qui dispose de l’article 16 et lui n’a que 40 ans… L’ombre d’un devenir autoritaire plane sur un régime entré dans une crise existentielle.

Des contradictions au sein du peuple gilets jaunes

Une des singularité de ce mouvement est de poser frontalement la question du pouvoir : Macron démission ! est un mot d’ordre unanime qui sature tous les autres. Mais le contenu social de cette revendication reste indéterminé. Une bataille qui se joue sur les réseaux sociaux, dans les prises de paroles, sur les chasubles jaunes, sur les pancartes, sur les murs… C’est évidemment une difficulté majeure.

Dans ce mouvement cohabite, dans une grande confusion, des affects de gauche et des affects de droites, une grande masse de gens peu politisés, des militants anticapitalistes et des fascistes. De plus, il est impossible d’ignorer que les accessions au pouvoir de Bolsonaro au Brésil, l’alliance M5S–Legga en Italie et même, à la limite, Trump aux États-Unis sont, à des degrés divers, des répliques de mobilisations sociales au contenu initialement indéterminé : contre la hausse du prix des transport au Brésil, contre la corruption et contre des impôts considérés comme injustes en Italie ou encore, même si là l’ancrage côté républicain était plus évident, contre les sauvetages bancaires avec le Tea Party étatsunien.

Pour le dire vite, il y a dans les mouvements décadrés qui caractérisent cette décennie 2010 la recherche d’une issue hors du néolibéralisme. Une sortie qui peut se faire dans deux directions. La première est celle d’un réencastrement dans la communauté nationale : il s’agit alors de tenter de colmater la polarisation de classe à coup de panique identitaire. Si l’ennemi principal devient le migrant ou l’importateur chinois, une autre politique pro-capitaliste est possible.

C’est la stratégie Trump-Salvini-Wauquiez-Le Pen qui rompt avec l’idéologie de la mondialisation heureuse pour mieux consolider les acquis politiques arrachés par les classes les plus riches ces dernières décennies. Mais cette ligne inspire jusqu’au gouvernement. En témoigne la manipulation grossière tentée par le Ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, lorsqu’il répond aux questions du Figaro le 7 décembre : « Il ne s’agit pas seulement d’un ras-le-bol fiscal, mais d’une crise identitaire. (…)  ils se posent la question de l’avenir de nos enfants, s’interrogent sur la place des religions et notamment de l’islam. ».

Mêler l’Islam dans le prix de l’essence et le pouvoir d’achat, il fallait oser ! Malheureusement, cette réaction résonne avec les efforts de l’extrême droite pour mettre la question du pseudo « pacte de Marrakech » sur les migrations au cœur des discussions des Gilets Jaunes. La lucidité oblige à s’en inquiéter. A l’échelle internationale, les droites nationalistes ont une longueur d’avance. Et, du point de vue du capital, c’est aussi le chemin qui est le moins dangereux.

La seconde voie, est celle de la gauche et des mouvements sociaux. Une direction solidement élaborée dans la critique du néolibéralisme depuis les années 1990. Au sein des gilets jaunes, les demandes de justice sociale, de hausse des salaires, de défense des services publics et d’hostilité à l’oligarchie se nourrissent de plusieurs décennies de critique du capitalisme mondialisé et financiarisé. La centralité des revendications sur le rétablissement de l’ISF, la circulation des vidéos de François Ruffin ou d’Olivier Besancenot témoigne de la vitalité de cette main gauche du mouvement.

Mais le fait que ces demandes prennent corps hors des cadres de la gauche et des mouvements et que la mobilisation pose abruptement la question du pouvoir, est aussi un désaveu. La dénonciation du néolibéralisme par la gauche ne s’est pas imposée comme une perspective stratégique clairement articulée. Si l’on veut faire une autre comparaison internationale, l’émergence de Podemos en contrepoint au mouvement espagnol des places, apparaît comme l’exemple d’un débouché politique à gauche. Mais, hélas, un débouché qui est déjà acculé à un accord de soutien d’un gouvernement socialiste PSOE et semble toucher ses propres limites.

Il ne s’agit pas de détailler les circonstances, batailles et bifurcations qui singularisent les différentes trajectoires évoquées. Il s’agit seulement de se souvenir de ces expériences récentes pour souligner que l’énergie politique formidable déjà dégagée par les gilets jaunes ne restera pas sans lendemain. Aujourd’hui,  l’urgence c’est de tenir et d’élargir le front, d’arracher tout ce qui est possible au gouvernement, de tenter de le déstabiliser jusqu’à le faire chuter, d’apprendre et de découvrir ensemble de nouveaux horizons politiques. Mais c’est aussi, dans le même mouvement, d’anticiper sur la bataille qui viendra  après. Et là, c’est déjà une polarisation entre droite extrême et gauche conséquente qui se profile.

Questions de fins

Bien sûr, le fait que la hausse des prix des carburants ait mis le feu à la plaine de l’exaspération sociale n’a rien d’anecdotique. C’est même le symptôme d’une discordance des temps bien plus profonde que l’aporie du macronisme. Cela a été répété sur tous les tons, un des aspects clés des turbulences actuelles, c’est la désarticulation du temps long du réchauffement climatique et du temps court des fins de mois difficiles. Mais il n’est pas moins important de noter que la conflagration actuelle résulte aussi de la collision entre la discipline de fer de la mondialisation et les aspirations démocratiques.

À ce propos, Olivier Blanchard, l’ancien économiste en chef du FMI postait le 6 décembre ce tweet surprenant : « Se pourrait-il que, compte tenu des contraintes politiques pesant sur la demande de redistribution et les contraintes liées à la mobilité des capitaux, nous ne soyons pas en mesure de réduire suffisamment les inégalités et l’insécurité pour prévenir le populisme et les révolutions ? Qu’est-ce qui vient après le capitalisme ? » .

Qu’est-ce qui vient après le capitalisme ? C’est bien l’éléphant dans la pièce où se bousculent exigences populaires, crise écologiques et impasses économiques.

Le philosophe Frédéric Jameson écrivait qu’il est aujourd’hui « plus facile d’imaginer la fin du monde que d’imaginer la fin du capitalisme ». Enfermées dans l’éternel présent du néolibéralisme, assignées à résidence par le tourbillon incessant des injonctions marchandes, nos sociétés ont perdu le sens de l’histoire. Le futur se réduit à deux options également déprimantes : la répétition éternelle de ce qui est déjà ou bien l’apocalypse. Pour Jameson, ce qui importe vraiment c’est que le temps recommence à transmettre les signaux de l’altérité, du changement, de l’utopie : « Le problème à résoudre est celui de sortir du présent sans vent du postmoderne pour revenir à un temps historique réel, à une histoire faite d’êtres humains »[3].

Une histoire faite d’êtres humains. Pour que cela advienne, la colère qui fait monter les barrages et les barricades est une énergie indispensable. Mais elle ne suffira pas. Il lui faudra aussi l’ambition collective d’inventer un futur qualitativement différent de l’éternité marchande.

Cédric Durand, publié le 11 décembre 2018 sur le site de Contretemps.

Notes

[1]  Bruno Amable et Stefano Palombarini, L’iIllusion du bloc bourgeois, Raisons d’agir, 2017.

[2] http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2018/12/06/31003-20181206ARTFIG00...

[3] Frédéric Jameson, « Future City », New Left Review, May-June 2003

Type:  Article Jeudi, 13 Décembre, 2018 - 15:42 Luttes sociales
François Calaret