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Communiqué du centre démocratique kurde de Montpellier

 

 

Manifestons ensemble Samedi  24 Septembre à 17 heures sur l'Esplanade!

Soyez nombreux!

Halte aux coups d’Etat militaires, politiques et administratifs en Turquie !

Non à l’isolement du leader kurde Abdullah Öcalan !

Libération d’Öcalan, solution politique à la question kurde !

 

La tentative échouée de coup d’Etat du 15 juillet 2016 a conduit à une

légitimation accrue des politiques antidémocratiques et liberticides

du pouvoir turc, en particulier à l’encontre des milieux démocratiques

et kurdes.

En réalité, la Turquie a connu un coup d’Etat, réussi celui-ci, il y a

un an, lorsque le Président turc Recep Tayyip Erdogan a rejeté les

résultats des élections législatives du 7 juin 2015, brutalement

interrompu le processus de paix avec le mouvement kurde et semé la

terreur dans tout le pays et en particulier au Kurdistan. Cette

politique de guerre et de terreur a finalement permis à son parti,

l’AKP, de remporter par la peur les élections anticipées du 1er

novembre 2015.

Depuis l’année passée, on ne compte plus les quartiers et villes

détruits au Kurdistan par les bombes de l’armée turque, ni les civils

exécutés. De nombreux maires et élus locaux ont par ailleurs été

destitués et emprisonnés. Ayant vu leur immunité parlementaire levée,

les députés du Parti démocratique des Peuples (HDP) sont également

menacés d’arrestation.

Ces politiques anti-démocratiques, ces atrocités, ont préparé le

terrain à la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016. L’impasse de

la question Kurde et le déficit démocratique ont toujours entraîné des

coups d’Etat en Turquie. L’échec du dernier putsch a eu pour effet de

lâcher la bride au despotisme frénétique d’Erdogan. L’Etat d’urgence

proclamé dans la foulée a conduit au limogeage de quelque 50 000

fonctionnaires et à des dizaines de milliers d’arrestations. Parmi les

personnes arrêtées, figurent de nombreux journalistes accusés

notamment de soutenir le mouvement kurde.

 

Dans les prisons, les détenus, en particulier les prisonniers

politiques, sont privés de leurs droits les plus fondamentaux :

privation de visites, de soins médicaux adaptés, isolement, tortures.

A cet égard, les conditions de détention du leader kurde Abdullah

Öcalan emprisonné sur l’île-prison d’Imrali depuis 1999 sont

particulièrement préoccupantes. Avant d’être autorisé à recevoir la

visite de son frère le 11 septembre dernier, il était complètement

coupé du monde extérieur, n’ayant aucun contact, ni avec ses proches,

ni avec ses avocats, depuis avril 2015, ce qui avait suscité

énormément d’interrogations et de craintes quant à la santé et la

sécurité de celui que des millions de Kurdes considèrent comme leur

principal représentant politique.

 

Voilà des années que le peuple kurde manifeste contre l’isolement

d’Öcalan et pour sa libération, notamment devant le Conseil de

l’Europe où se tient une veille permanente depuis plus de quatre ans.

Les institutions européennes restent cependant sourdes aux cris de

plus en plus alarmés de Kurdes. Pourtant, si l’Europe veut d’une

Turquie stable, elle a tout intérêt à contribuer à la résolution

politique de la question kurde. Par conséquent, elle doit faire

pression sur la Turquie pour qu’il soit mis fin à l’isolement d’Öcalan

qui, étant le principal représentant du peuple kurde, a le plus de

légitimité pour négocier avec l’Etat turc.

 

Le jour-même où Abdullah Öcalan a reçu la visite de son frère, les

autorités turques ont pris d’assaut 28 Mairies, dont 24 municipalités

kurdes gérées par le HDP. Leurs Maires et Conseillers municipaux ont

été destitués et remplacés par des administrateurs, en application

d’un décret pris dans le cadre de l’Etat d’urgence et totalement

contraire aux règles de la démocratie. Cet énième coup d’Etat contre

la démocratie vise essentiellement les Mairies kurdes dont les élus

ont obtenu 65 à 95 % des votes.

 

Cette mesure illicite et arbitraire ne peut avoir d’autres effets que

d’exacerber les problèmes actuels dans les villes kurdes et de rendre

encore plus difficile la résolution de la question kurde. Le HDP a

déclaré qu’il considérait comme « nulle et inexistante cette

règlementation qui ignore la volonté des électeurs et qui prive les

élus et les collectivités locales de toutes leurs compétences » et

ajouté que le peuple ne courberait pas l’échine « face à ceux qui

méprisent et sapent sa volonté ».

 

Non contente de réprimer les Kurdes à l’intérieur de ses frontières,

la Turquie mène des opérations armées en territoire syrien depuis le

24 août 2016, disant lutter ainsi contre Daesh et contre le PKK. Cette

intervention appelée « bouclier de l’Eurphrate » est en fait motivée

par le seul souci d’entraver l’avancée des forces kurdes qui sont

pourtant le principal rempart contre Daesh. L’unique et véritable

objectif de la Turquie est d’occuper à terme toute la région

frontalière, afin d’empêcher les Kurdes de mettre en œuvre leur projet

d’autonomie démocratique.

 

Centre Démocratique Kurde de Montpellier

Tel: 0619588183

 

Voir aussi un interview du centre démocratique kurde de Montpellier publié ce été sur notre site 

La vidéo ici ou cliquer sur l'image ci-dessous

 

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Interview de Mehmet militant Kurde Montpellier ( par Francis Viguié)

 

Nous sommes passés d'une situation où Erdogan et l'AKP semblait vouloir faire une ouverture en direction du peuple kurde à une guerre totale où le gouvernement turc engage une guerre civile barbare contre les kurdes. Comment expliquez vous ce changement ?

 

Entre 2010 et 2013, le mouvement politique kurde armé a mis en difficulté Erdogan. Oçalan, dirigeant kurde emprisonné, a lancé un appel pour la paix afin de solutionner la question kurde. Depuis son arrestation, il y a toujours eu des contacts, des négociations, où Oçalan a proposé d'en finir avec la guerre à travers un dialogue.

En 2013, il y a eu un accord pour une solution politique mais l'AKP (parti au pouvoir) n'avait pas de projet pour le Kurdistan. Jamais, l'AKP n'a dit comment il comptait trouver une solution. En fait, il s'agissait uniquement pour eux de gagner des votes kurdes. A ce moment là, le PKK contrôlait la majorité du Kurdistan, territoire où l'armée ne pouvait pas entrer. Erdogan, voyant qu'il ne contrôlait pas ces territoires a dû accepter la paix, mais à la condition que la guérilla se retire de ces territoires. Le processus de paix à commencé le 21 Mars 2013. Oçalan et le PKK avaient déjà lancé 8 fois un appel pour la paix. Oçalan lance un nouveau message de paix et l'état turc s'engage. Alors le PKK retire ses guérillas du Kurdistan Nord.

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Dans le même temps, à Paris, l'état turc fait assassiner 3 militantes kurdes. Ces assassinats ont été reconnus par les services secrets turcs. Ils ont aussi continué à parler du PKK comme d'un parti terroriste et jamais ils n'ont présenté un projet de paix !

Le processus de paix finit avec les élections. Erdogan voit que le HDP (parti des kurdes et de la gauche radicale) atteint 13% et lui fait perdre sa majorité. Il se rend compte que le processus de paix ne lui a pas servi vu qu'il n'a pas gagné les voix des kurdes.

Il change alors de ligne politique et déclaré une guerre pour gagner les voix des ultra-nationalistes turcs. Il nie le processus de paix et nie même qu'il y ait une question kurde.

 

 

 

 

Comment analysez vous le régime d'Erdogan après le putsch ?

 

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La tentative de coup n'était n'était pas un acte pour la démocratie mais une lutte de pouvoir. Il n'y a pas beaucoup de différence entre Erdogan ou Gulen, les deux sont des putschistes. Gulen soutient le coup d'état du 12 septembre 1980. De son côté, Erdogan ne reconnaît pas le résultat des élections et engage une guerre contre les kurdes. La guerre pour le pouvoir vient d'une tradition de l'empire ottoman. Tous les sultanats de l'empire ottoman ont tué des membres de leur famille. Comme il s'inspire de l'empire ottoman, Erdogan se situe dans cette tradition.

Quelles sont vos craintes après le putsch et la guerre civile actuelle ?

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Le Kurdistan est en pleine guerre, en situation d'urgence. Depuis le 7 juin 2015, 8 villes ont été détruites, 21 districts (petites villes), 850 personnes ont perdu la vie, 150 personnes ont été brûlées vives dans la ville de Cizire, 1 M 500 000 personnes ont été déplacées.... Plus de 20 maires kurdes ont été destitués par le pouvoir et remplacés par des fonctionnaires de l'état turc. Il y a aussi la levée de l'immunité des députés du HDP en raison du danger pour l'intégrité du pays. Nous voyons clairement  qu'Erdogan  ne reconnaît pas les représentants élus du peuple kurde, il ne veut que la guerre.

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L'un des buts des putschistes était d'éliminer Oçalan. Le chef des gendarmes, responsable de prison d'Imrali (où est emprisonné Oçalan) a été arrêté. Nous n'avons aucune information concernant Oçalan, sa santé, sa vie.

Depuis avril 2015, le gouvernement turc ne permet plus à sa famille ni à ses avocats de  rencontrer Oçalan. C'est un élément d'inquiétude très fort pour nous. Nous lançons une campagne internationale de pétition (voir ci-dessous). Nous demandons aussi au comité Européen contre la Torture de prendre ses responsabilités et qu'il aille rencontrer Oçalan.

De quoi à peur Erdogan ?

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La Turquie est devenu le principal pilier de Daesh et pourtant l'Union européenne soutient Erdogan et son gouvernement. Erdogan organise un génocide au Kurdistan, il faut réagir maintenant et non dans 100 ans comme pour le génocide arménien.

L'Union européenne soutient les combattant-es kurdes en Syrie et en Irak mais, en Turquie, ne dit pas un mot sur les massacres. Et le PKK continue à être considéré comme un groupe terroriste.

Allez vous prendre des initiatives en Europe et en France ?

S'il n'y a pas une visite rapide à Imrali, île où est détenu Oçalan, les kurdes vont se mobiliser partout.

Montpellier le 9 août 2016

 

Kurdistan, la mise en œuvre concrète d'un nouvel imaginaire démocratique 

Point de vue, par Caroline Molino, militante à Ensemble ! Montpellier

 

Ce qui se joue aujourd’hui au Rojava syrien et au Kurdistan nord (« Bakur », côté turc) ressemble moins à une lutte nationale qu’à une révolution sur des bases d’auto-organisation qui dépasse largement la simple carte identitaire kurde. 

Sous l'impulsion d'Öcalan inspiré par l'écologie sociale radicale de Murray Bookchin découvert depuis sa prison, le mouvement kurde a changé de paradigme : abandon de la revendication nationaliste désormais considérée comme une entrave à l'émancipation. En 2005, dans son texte consacré au « Confédéralisme démocratique », Öcalan propose « une voie pour le futur » et une vision de de paix pour l'ensemble du Moyen-Orient à rebours du modèle de l’État-nation façonné par l'Occident et de l'exclusive identitaire, et met en avant la portée universaliste de sa cause.

 

 

 

Le champ politique kurde est un des rares espaces au Moyen-Orient porteur d'un projet de société socialiste, écologiste, anti-patriarcale et sécularisée.

Au même titre que le soulèvement zapatiste de 1994, au moment des traités de libre-échange entre les Etats-Unis et le Mexique, a su marquer la renaissance d'un esprit de résistance à l'ordre capitaliste mondialisé, l'exemple de radicalité démocratique au Rojava répond à un imaginaire transnational de remise en cause des structures politiques traditionnelles.

 

« Le KCD est une organisation civile et sociétale qui tient le rôle d’un protoparlement du mouvement kurde, nous explique Musa. Il est composé de 501délégués, hommes et femmes, dont 60% sont élus lors d’une consultation populaire et le reste mandatés démocratiquement par différentes organisations politiques. Nous tenons une assemblée générale tous les trois mois, où nous veillons à prendre les décisions par consensus. Le Congrès refuse la hiérarchie et la mentalité étatique. Il refuse également la modernité capitaliste et essaie de lui substituer une modernité démocratique. » Musa nous expose, dans un discours plutôt formel, les paradigmes du projet démocratique du mouvement kurde. «  Le KCD cherche à appliquer trois principes : 1) L’auto-administration de la société civile. 2) L’autosuffisance économique vis-à-vis de l’État. 3) L’interdépendance et la coopération entre les organisations et les différentes composantes ethniques du Kurdistan (Arméniens, Assyriens, Araméens, Syriaques, Chaldéens, etc.). De la commune villageoise au canton, du quartier à l’assemblée de ville, nous encourageons la société à s’organiser du bas jusqu’en haut. » À Diyarbakir, il y a quarante-deux assemblées de quartier, ainsi qu’une dizaine de « commissions » portant sur les différents paradigmes  : éducation, travail, industrie non productiviste, urbanisme, écologie, femmes, jeunes, diplomatie, « problèmes et réparations » – paradigme qui repose sur un règlement des contentieux par des formes de médiation, en opposition «  au droit “positiviste” de la justice d’État qui repose sur la sanction et crée plus de problèmes qu’il n’en résout ». Assemblées et commissions se croisent et s’entremêlent et les couches du mille-feuilles du modèle démocratique kurde sont parfois complexes à démêler. « Notre combat prend en compte tous les acquis des mouvements antérieurs comme leurs défaites. Ainsi, nous pensons que la révolution russe de 1917 a échoué à créer une alternative démocratique à la modernité capitaliste et nous ne reconnaissons aucun pays socialiste au monde. Par ailleurs, nous n’attendons rien de l’État turc, qui, malgré quarante ans de résistance kurde, ne nous a jamais laissé aucun espace d’expression. Notre but est précisément de rétrécir l’État et d’augmenter l’espace démocratique. »

 

 

Depuis quinze ans, le parti pro-kurde BDP (Parti pour la paix et la démocratie – les six formations pro-kurdes légales antérieures ont été tour à tour dissoutes par la Cour constitutionnelle) a pu conserver la gestion de la ville de Batman. Aux élections de mars 2009, il avait obtenu 99 mairies au Kurdistan, mais peu après l’État turc procédait à l’arrestation arbitraire de près de 8 000 personnes sur tout le territoire, dont de nombreux élus kurdes et militants associatifs, pour tenter de contrecarrer la mise en place d’une auto-administration kurde. Aux élections municipales de mars 2014, le parti, en se ralliant sous la bannière HDP (Parti de la Démocratie des Peuples) avec une partie de la gauche turque, a confirmé sa position dominante et remporté plus de cent mairies, dont plusieurs villes-préfectures (Mardin, Diyarbakir, Sirnak, Siirt, Batman, Dersim – nom officiel, Tunceli – et Igdir). C’est aussi la seule force politique qui a proposé 40 % de candidatures féminines – en comparaison, au sein de l’AKP, les femmes ne sont représentées qu’à hauteur de 1,23 %.

La parité municipale, non reconnue par l’État, vise à mettre en place un système nouveau où l’homme et la femme administrent la cité d’égal à égale.

Les deux maires de Batman, Sabri Özdemir, le maire officiel, et la vice-présidente Gülistan Akel, nous accueillent tout sourires dans un bureau clinquant. Ils revendiquent une « gestion populaire », et ce en dépit des obstacles que leur oppose l’État turc. Outre la rupture affichée avec le clientélisme de leurs prédécesseurs, nous essayons de comprendre ce qui les différencie de gestionnaires municipaux classiques. Partant des mesures prises en direction des femmes, Gülistan Akel nous explique  : « Dès 1999, nous nous sommes concertés avec les organisations autonomes de femmes pour lutter contre leur exclusion de la société. Nous avons depuis ouvert un centre d’accueil pour les femmes victimes de violence, un atelier de formation professionnelles, des services de santé spécifiques. Nous souhaitons ouvrir un foyer d’hébergement pour les femmes, mais l’État cherche à nous en empêcher. Nous proposons aussi des stages de sensibilisation aux droits des femmes dans les quartiers. Batman possède aussi l’unique centre sportif féminin de Turquie ! Nous avons également instauré une journée gratuite pour les femmes dans les transports en commun, le mardi, afin de les aider à sortir de leur réclusion. Au sein du personnel de la mairie, nous n’acceptons pas les polygames et, si un employé est reconnu coupable de violences sur son épouse, nous reversons directement une partie de son salaire à celle-ci. »

Comment s’articulent les principes de l’autonomie démocratique ? « Nous essayons d’appliquer le confédéralisme démocratique, indique d’emblée Sabri Özdemir. Le processus d’assemblées de quartier débute seulement. Nous travaillons avec ces assemblées afin de répondre à leurs demandes et les sujets qu’elles abordent sont répercutés au sein du conseil municipal. L’administration locale, pour nous, c’est faire en sorte que la population puisse à terme parvenir à l’autogouvernement. 

Nous insistons sur trois principes de démocratie :

 1)La volonté du peuple doit prévaloir.

 2)Notre ville doit se rapprocher de la nature. 

3)Nous devons œuvrer pour l’émancipation de la femme. » 

 

La ligne du PYD  : 

« Nous avons construit une troisième voie en Syrie : ni avec l’opposition armée ni avec le régime, mais pour une transformation pacifique du pays. Bachar a affirmé avoir soutenu Kobané, mais c’est de la pure propagande, car avec la frontière turque fermée au nord et Daech attaquant par trois côtés, comment aurait-il pu nous venir en aide ? Nous sommes prêts à nous défendre si le régime nous attaque. Certaines organisations internationales essaient de nous calomnier en nous faisant passer pour des alliés du régime. Depuis les accords Sykes-Picot, les différentes puissances ont toujours voulu assigner les Kurdes à un camp ou à un autre, mais aujourd’hui, c’est notre propre camp que nous défendons. Notre position est claire : celui qui désire s’associer à notre projet, nous l’acceptons, du moment qu’il respecte la diversité de la société et l’autonomie démocratique. La résistance de Kobané est devenue un symbole international et la guerre contre Daech, une guerre pour l’humanité. Nous espérons que Kobané et le projet de confédéralisme démocratique va constituer une clé pour le Moyen-Orient… et le monde entier. »

« La guerre de Daech est une guerre faite aux femmes. Notre lutte est celle pour les droits des femmes du monde entier. »

 

Beaucoup de questions restent en suspens après ce court séjour au sein de la société kurde, notamment sur la mise en pratique de cette auto-administration qui souhaite tisser sa toile dans tous les domaines de la vie publique. L’aspect le plus frappant dans les discussions avec les interlocuteurs les plus variés – citadins, ruraux, hommes, femmes, instruits, analphabètes, jeunes, vieux, alévis, assyriens, yézidis, sunnites, déplacés de l’intérieur, déplacés de l’extérieur, turcs, arabes… –, c’est le refus commun de se laisser enfermer dans « un antagonisme fictif entre les peuples et les identités, sur lequel se greffe la religion ». 

Avec le projet d’autonomie démocratique, la mise en œuvre de solidarités concrètes et en faisant de la libération des femmes une priorité, le mouvement kurde détient peut-être un projet d’utopie capable de désamorcer le piège des identités fermées, sur lesquelles prospèrent nationalisme, despotisme, fanatisme religieux et impérialismes au Moyen-Orient, et sur quoi spéculent les thuriféraires du « choc des civilisations », au Levant comme au Ponant.

http://cqfd-journal.org/CQFD-no132-mai-2015

 

Principes : 

Écologie sociale radicale inspirée du municipalisme libertaire de Murray Bookchin.

Ce système ne raisonne pas en termes de dictature du prolétariat mais repose sur la démocratie directe. Il est censé s’exercer depuis la « commune » en fonction des besoins sociaux et environnementaux de celle-ci, et aux moyens d’une industrie raisonnée, d’un urbanisme contrôlé, d’une agriculture biologique et de coopératives économiques.

"[...] un précepte libertaire fondamental : tout être humain est compétent pour gérer les affaires de la société, et plus particulièrement de la communauté dont il est membre. Aucune politique n'a de légitimité démocratique si elle n'a été proposée, discutée et décidée directement par le peuple, et non par de quelconques représentants ou substituts. C'est seulement l'administration de ces directives politiques qui peut être confiée à des conseils, des commissions ou des collectifs d'individus qualifiés, éventuellement élus, qui exécuteraient le mandat populaire sous contrôle public et en rendant des comptes aux assemblées qui prennent les décisions...." (Une société à refaire, édition Ecosociété 1993, p. 255-256)

Projet d'autonomie démocratique : conseils de quartiers qui définissent les besoins et proposent des initiatives. Ce sont les personnes qui luttent qui s'organisent en assemblée sur un sujet. Assemblées de quartier, académie des femmes. Ce qui peut se régler au niveau du quartier se règle au niveau du quartier, sinon le sujet remonte au conseil de ville, et au-delà jusqu'à l'échelon où cela peut se résoudre. (Confédéralisme démocratique).

Abandon de la notion d'avant-garde léniniste du PKK au profit d'une organisation horizontale. 

Öcalan : « On ne pourra jamais être libres si l'oppression subsiste contre une partie de la population. » Il est de l'intérêt général de supprimer les oppressions. 

Démocratie directe même dans l'armée des combattants : dirigeants de bataillons révocables. 40 % de femmes dans l'armée en bataillons non mixtes, commandés par des femmes.

Rééducation anti-patriarcale par les femmes

 

Co-gestion systématique homme / femme des responsabilités politiques

 

Organisation et défense des minorités, multilinguisme, multiculturalisme

 

Auto-organisation juridique pour résoudre les problèmes de voisinage : « Comités de la paix » qui font dialoguer les différentes communautés pour résoudre les problèmes de criminalité. Quand un crime est perpétré contre une femme, c'est un conseil de femmes qui va juger.

 

Pour aller plus loin

http://cqfd-journal.org/CQFD-no132-mai-2015

https://www.mixcloud.com/Debout_Education_Populaire/rapha%C3%ABl-nous-a-parl%C3%A9-de-son-exp%C3%A9rience-au-rojava-kurdistan-syrien-1704-15h/

« Le Kurdistan, nouvelle utopie – Un nouveau Chiapas au Moyen-Orient. » Mathieu Léonard.- Revue du crieur n° 4, juin 2016.

Kurdistan, la guerre des filles. Documentaire de Mylène Sauloy

 https://www.youtube.com/watch?v=WWdnAW83KTA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Murray_Bookchin

http://cqfd-journal.org/Le-paradoxe-d-Ocalan

Le blog de Raphaël Lebrujah dont beaucoup d'articles sont consacrés au Rojava https://blogs.mediapart.fr/laterreur/blog

 

Caroline Molino